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08/02/2015

Veux-tu une nouvelle vie? (10 & 11)

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10: Reprise de conscience de Luiza 

« On a conscience avant, on prend conscience après. », Oscar Wilde


Je compose le numéro de téléphone que j'ai noté sur un bout de papier.

Cinq sonneries et puis une voix de dame qui retentit un peu essoufflée à l'autre bout.

- Bonjour, Manu à l'appareil que puis-je pour vous?

- Bonjour Madame, puis-je vous poser une question embarrassante?

- Oui, bien sûr, allez-y. Ce n'est parce que j'ai dû m'encourir du jardin que je suis essoufflée, que je ne pourrai pas vous répondre.  

- Reconnaissez-vous ma voix? Est-ce qu'elle vous fait penser à quelqu'un?

Un temps mort, puis une voix angoissée qui revient excitée.

- Est-ce toi, Luiza? Si ce n'est pas toi, ce serait troublant. La ressemblance avec elle est frappante. 

- Luiza, c'est le prénom que l'on m'a donné, en effet.

- Mais où es-tu? Que deviens-tu? Nous sommes angoissés ton père et moi. Je suis allé chez toi à Lisbonne et une voisine m'a dit que tu étais souvent absente et qu'elle ne t'avait plus revue depuis le début de l'année. Raconte-moi ce qui s'est passé et où es-tu. Je t'en prie, informe-moi.

- C'est toute une histoire. Moi, par contre, votre voix ne me rappelle rien. Comme le reste d'ailleurs. J'ai subi une perte de mémoire depuis le Nouvel An.

- Une perte de mémoire? Tu ne me reconnais pas. Que s'est-il passé?

- Ce qui l'a causée, je n'en savais rien. Je l'ai appris. Il parait que ce fut une chute pendant la nuit du réveillon. Une chute qui a fait le vide dans ma tête.

- Et maintenant, où es-tu. Je viens te chercher immédiatement, si je peux. Tu n'es pas à la rue tout de même?

- Non, j'ai été secourue par quelqu'un. José a assisté à ma chute et m'a recueillie sans que je puisse lui donner la moindre réponse à ses questions qui concernaient mon existence d'avant. Il a eu peur pour moi. Il m'a dit qu'il était fort probable que je ne reconnaîtrais pas ma famille si je la rencontrais aujourd'hui.

- Au fur et à mesure que tu parles, ta voix ne fait plus aucun doute pour moi, c'est bien toi, Luiza. Tu connais ton nom tout de même?

- Même pas. Quand je me vois dans le miroir, je ne reconnais que mon visage d'aujourd'hui. Je ne sais même pas s'il a toujours été ainsi. J'ai cherché sur Internet, les personnes perdues et j'ai trouvé une photo qui correspondait à peu près à mon visage actuel.

- Oui, j'ai donné une de tes photos anciennes à la police. Sache que ton nom est da Silva. Luiza da Silva. 

- Beau nom, mais cela ne me rappelle pas plus.

- Dis-moi où tu es et je pars sur le champ te chercher. Ta famille qui t'aime t'attend. Elle sera tellement heureuse de te revoir.

- Je me trouve entre Sintra et Cascais. Je suis chez la mère de José Martinez qui m'a recueilli. C'est un neurologue ou quelque chose d'approchant. Il a essayé de me faire retrouver la mémoire. L'adresse exacte, je ne la connais pas. Je ne peux pas vous dire comment m'atteindre. Je suis venue en voiture jusqu'ici. Si vous pouviez venir aujourd'hui, cela m'arrangerait. J'ai des doutes qui me sont venus avec le temps au sujet de José. Il n'est pas ici actuellement, mais à son bureau de Lisbonne...

Dis-moi "tu". Vouvoyer entre nous, cela me semble tellement difficile de te vouvoyer.

- D'accord. Excuse-moi. C'est encore difficile mais je vais faire un effort.

- J'arrive. Mon téléphone a enregistré ton numéro de téléphone. Je demanderai aux renseignements. Ne t'inquiète plus. Je téléphone à ton père qui est aussi le mien, je te l'apprends. Tu es ma demi-sœur mais je t'ai considérée comme ma vraie sœur. Juste le temps d'arriver. Disons dans trois heures.

- A toute à l'heure. Je t'attends. Tu ne peux t'imaginer à quel point, tu me redonnes confiance en moi pour retrouver ma mémoire. J'ai hâte de confronter mon présent avec mon vrai passé.

- A toute à l'heure. 

Je raccroche et repose le cornet du téléphone fixe.

Le téléphone au repos, je regarde devant moi, dans le vide et je sens la joie me monter à la tête avec une envie d'étendre mes bras au dessus de ma tête.

Peut-être était-ce trop espérer que ce soit une bonne famille, mais cela ne vaut pas la peine de rester sur un point d'interrogation depuis le début de l'année sans la connaître.

Ma demi-sœur s'appelle Manu. Elle a encore un léger accent dans la voix qui, je suis sûre, vient d'ailleurs.

Le temps va me paraître long à l'attendre. Je ne tiens pas en place. Il faut que je fasse quelque chose pour patienter.

J'abandonne mes recherches sur la machine de José et descends au rez-de-chaussée chez sa mère pour la prévenir de la visite de quelqu'un de ma famille qui dit me connaître.

Je lui raconte mon coup de fil, mon subterfuge et ma peur de me faire connaître à la police.

Nous en rions ensemble.

Elle semble autant heureuse que moi à l'idée que ma famille m'a peut-être retrouvée.

Avec elle, je sens que j'ai une complicité totale. Une complicité de femmes de deux générations. Je ne sais qui et comment a été ma mère, mais j'aurais aimé en avoir une comme elle.

J'ignore comment José va apprendre la nouvelle de mon départ. 

Je veux retrouver ce qu'a été ma vie. Peu importe si elle a été bonne ou mauvaise.

Je devrai peut-être changer son cours. Vouloir avoir une autre vie.

Mais, je veux être consciente de mon choix qui ne sera pas imposé ni par ma famille ni par José.

Je verrai cela dans l e seul ordre normal des choses. 


--------------

11: Premier membre de ma famille retrouvé

 

« La vie passe, rapide caravane ! Arrête ta monture et cherche à être heureux. », Omar Khayyâm

 

Dans les trois heures comme prévu, Manu arrive en taxi. Enfin, je crois, puisqu'elle vient dans la direction de la maison.

Par la fenêtre du bureau de José, je surveillais les allées et venues de la faible circulation autour de la maison. Depuis que je suis là, pas beaucoup de visiteurs.

Toute excitée, je descends pour l'attendre sur le perron.

C'est une dame, noire de cheveux. Sortie du taxi, elle s'avance vers moi. Quand elle me voit, celle qui s'est appelée Manu, sort son plus beau sourire à ma rencontre. 

Elle porte un album, sous le bras, semble-t-il.

Son visage ne me dit rien. Je ne la reconnais pas mais, son sourire est engageant et je veux la connaître et qui sait la reconnaître. 

- Je t'ai retrouvée. On m'a bien informé sur l'adresse. C'est bien toi, ma chère Luiza. Tu ne me reconnais vraiment pas? 

- Je suis bien obligée de l'avouer: non. 

- Je pouvais m'en douter en fonction de ce que tu m'as raconté. J'ai pris un de mes albums de photographies pour te prouver que tu as un passé dans notre famille.

- Très bonne idée.

- Que faisons-nous? Tu ne vas pas me laisser sur le pas de la porte. On entre dans la maison ou on part. 

- Viens, entre, je vais te présenter à mon hôtesse hébergeuse, la mère de José qui m'a recueillie après ma chute. 

- Je serai heureuse de la rencontrer.

- Je suis tellement impatiente. Je voudrais que nous retournions chez toi assez vite, puisque c'est aussi là que je retrouverai ma famille.

- Crois bien que ton père est aussi impatient de te revoir. Veux-tu retourner avant cela dans ton appartement à Lisbonne?

- Aucune envie. J'y retournerai plus tard quand je le jugerai nécessaire. Qu'y trouverais-je sinon des souvenirs morts dans mon esprit? On jettera en route, un coup d’œil sur les photos que tu as apportées. Je dis chez toi et je ne sais même pas où c'est.

- En Algarve. Dans le sud du Portugal. Tu vas te retrouver au milieu de toute la famille. Tu as dû remarquer que je gardais un accent étranger même après 13 ans pendant lesquels j'y vis avec mon mari Joao. J'ai une partie de famille portugaise et une belge. Je suis née en Belgique. Michel et Antoine, mes demi-frères, habitent là-bas. Je n'ai plus de contact avec Antoine. Avec Michel, bien. Je te rappellerai tout cela, plus tard. Dans son dernier coup de fil, il disait qu'il avait planifié de nous rendre visite dans moins d'une semaine. Ce sera une occasion de plus de rencontrer ce qui reste de ma famille belge. Il est médecin et il était de garde à l'hôpital lors des fêtes de fin d'années. Il n'a pu venir par ici avant cela.

- J'ai hâte de voir les photographies de toute la famille. Je me souviendrai peut-être de quelqu'un. Rentrons. Laisse-moi juste le temps d'écrire une mot pour José. Je vais te présenter à sa mère. Fais connaissance avec elle, pendant que je monte au premier. Je reviens très vite. Tu verras, elle est très gentille. José a une mère très sympathique.

Les présentations faites, je monte au premier.

Une feuille de papier sur le bureau de José et je griffonne sans beaucoup réfléchir:

 

Cher José,

J'ai trouvé sur Internet que j'étais recherchée. J'ai pris contact avec le numéro que la police m'a donné. Je suis arrivé jusqu'à ma demi-sœur, Manu. Ma famille et elle, me recherchaient en Algarve. Je ne la reconnais pas, mais qu'importe si elle me reconnait. Impatiente, je n'ai pu attendre ton retour. Je reprendrai contact avec toi, dès que possible. Je suis trop excitée de retrouver mon passé.

Je te remercie pour avoir tenté de me faire retrouver la mémoire. Je ne sais si je la retrouverai un jour dans son entièreté et ce qui a été ma famille, mais je ferai tout pour cela. 

Excuse-moi encore pour ne pas t'avoir attendu.

Ta mère te racontera mon premier contact avec ma demi-sœur, Manu.

Je t'embrasse...

Luiza,

 

Je laisse la lettre, bien en évidence sur l'ordinateur de José.

C'est comme si j'agissais comme un automate à grande vitesse.

Je redescends quatre à quatre.

Manu parle à la mère de José. Leur calme tranche avec mon excitation. S'intercalent quelques sourires en me voyant arriver.

Manu a compris mon excitation et a déjà téléphoné avec son portable pour obtenir un autre taxi. 

Cinq minutes après, un taxi klaxonne devant l'entrée.

J'embrasse la mère de José.

- Au revoir, Mamy. Je reviendrai. Vous acceptez que je vous appelle Mamy.

C'est la première que je l'appelle ainsi, mais elle me sourie. 

Visiblement, elle est contente pour moi et dit simplement.

- Bien sûr que j'accepte. Cela m'honore. Vas-y. Retrouve ta famille. Surtout, ne nous oublie pas. Reviens me voir dès que tu le peux. En peu de jours, j'ai appris à te connaître. J'aime ta force de ton caractère et surtout ton humour. 

- C'est promis. Tu sais, Mamy, je ne reconnais pas Manu, ma demi-sœur, mais elle me connait et cela ma suffit.

Manu et moi, nous nous retournons quelques fois vers la maison avec des signes de la main avant d'entrer dans le taxi.

Je suis heureuse. 

J'ai pris la résolution de faire la chasse au passé et rien ne m'arrêtera. 

Le futur, n'est-il pas destiné à un après imprévisible et pour se changer au besoin par soi-même, même sans avoir toute sa mémoire?

 

SUITE

08:55 Publié dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0)

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