Dis-moi ce que tu lis, je te dirai ce dont tu rêves (21/10/2011)

0.jpgIl y a bien longtemps, j'écrivais "L'éloge à la lecture". Mais il faut être orienté pour faire aimer la lecture, tellement il y a de choix. Qui lit vraiment? Ceux qui lisent, que lisent-ils?

Christophe Evans, sociologue de la lecture, donnait ses constations dans le Vif-L'Express avec la question "Que lis(i)ez-vous a vingt ans".

La "Fureur de lire", l'opération de séduction pour les livres, fêtait ses vingt bougies en octobre. Les jeunes lisent de moins en moins ou n'importe quoi, disent les "vieux". Était-ce mieux chez les soi-disant "vieux"?

En d'autres mots, ceux-ci ont-ils montré le chemin de la lecture, de manière efficace, aux plus jeunes ou se sont-ils laisser eux-mêmes à la paresse des médias plus modernes?

La lecture des livres est en net recul dans toutes les catégories de lecteurs.

Pas plus de lecteurs d'aujourd'hui que ceux du milieu des années 60, donc... Régression puisqu'en principe, l'éducation s'est allongée, que le nombre de médias disponibles n'a jamais été aussi important, que le choix de lectures explose. 

Les magazines, journaux en ligne ont pris le dessus, est-il dit. Les journaux se plaignent pourtant de leur rentabilité. France Soir vient de cesser la publication de son journal en papier.  

Il faut que les infos soient non payantes pour suivre le leitmotiv d'Internet qui dit "tout est gratuit" (en apparence du moins).

Internet, malgré son potentiel, a restreint le nombre d'heures de la "lecture pure et dure" pour se concentrer sur ce qui se consomme bien et s'énonce consciemment: l'actualité.

Les lecteurs s'évadent aussi vers la lecture de forums citoyens pour y trouver une autre vérité.

La lecture "littéraire" ne fait plus recette. Point.

On veut du court, du pratique et parfois, quand il reste du temps, du rêve.

Du pratique et du professionnel pour permettre aux lecteurs de rester à la pointe de la technicité et ainsi rester dans le coup dans les conversations. Ajouter l'utile à l'agréable et le payer au juste prix, tel est le contrat. Le côté plus savant est rejeté au calendes grecques, pour des moments plus propices comme les vacances, des moments pour espérer se ressourcer. Pour, en finale, se ressorcer avec des livres policiers dans ces moments privilégiés.

Les bouquins "fonctionnent" s'ils sont en phase avec l'esprit du temps et s'éditent quand le nombre de pages se limitent à 200 avec une police des caractères à gros caractères. Ça les use les yeux, la lecture de petits caractères!

Amélie Nothomb s'est fait une spécialité de phrases courtes et d'histoires courtes. Son dernier livre "Tuer le père" suit cette règle avec seulement 150 pages et une police de caractères "bien en chair". J'ai lu quelques bouquins de la dame au grand chapeau. J'en ai aimé certains, d'autres moins. 

Rester original, imaginatif est la clé du succès.

La BD, elle, reste chère alors elle est lue à la sauvette, dans les librairies et grandes surfaces qui permettent la lecture en son sein.

Le livre de poche, malgré une sortie plus tardive que la version originale, plus luxueuse, moins chère et plus transportable.

Qu'est-ce qui fait un "Bestseller"?

Première constatation: les titres, considérés comme bestsellers, ne sont pas les mêmes dans toutes les librairies à se partager les podiums "bestsellers". Pas d'unanimité.

Cela commence déjà mal... ou à y réfléchir, peut-être, bien, au contraire.

Plus question de Flaubert, Zola, Balzac, Hugo comme noms qui font rêver.

C'est d'accord. Trop scolaires, trop descriptif et/ou plus dans l'air du temps, ils n'intéressent plus que les étudiants romanistes. Libres de tous droits, au besoin, Internet existe pour les retrouver. Donc, les lecteurs passionnés sont ailleurs.

0.jpgInventer des scenarii impossibles et y faire pénétrer le lecteur, l'espace des quelques pages.

Ken Follet joue sur deux tableaux, les chroniques historiques saga, comme "La chute des géants" et les histoires plus courtes comme le "Scandale Modigliani" avec un regard dans le passé.

Une écriture qui ne nage évidemment pas dans la "modernité".

Bernard Werber qui a abandonné les sagas des fourmis, s'intéresse à plus existentiel dans son "Rire du Cyclope", tout en s'infiltrant dans la lecture plus savante.

Dan Brown s'intéresse aux histoires parallèles et se complait dans l'écriture de grands succès garantis par le mélange des réalités et des fictions sans véritables frontières.

On ne change pas ce qui marche. Il faut seulement se rappeler que ce sont des romans en espérant qu'ils fassent rêver.

C'est la distillation harmonieuse des réalités dans la fiction qui fait grimper les ventes.

La science fiction, c'est déjà entrer dans un stade plus évolué. On se perd déjà dans le présent, alors dans le futur, on risque de s'y égarer.

0.jpgGuillaume Musso  avec "La fille de papier" imagine la vie qui ne tient plus qu'à un livre, chez un écrivain en panne d'inspiration, alors que son "L'appel de l'ange" mélange les secrets d'interlocuteurs qui par inadvertance, ont échangé leur téléphone portable. Situation plausible mais dont l'extrapollation peut mener aux situations alambiquées.

Marc Lévy, dans "Le voleur d'ombre", a son héros qui capte les secrets de ceux qu'il croise.

Imaginer et vous serez considérez, encore une fois.

Être traduit en un quarantaine de langue multiplie les chances. 

Eric-Emmanuel Schmidt  dans "La femme au miroir" utilisent la magie du temps qui mettrait en présence trois époques, trois femmes mais qui pourraient être, en définitive, la même femme.

Dans un monde imaginaire et original et que le lecteur se sent transporté par téléportation dans le temps et l'espace, sans quitter son fauteuil, c'est gagné.

Mais qu'est-ce que rapporte un "Bestseller" à son auteur? Les noms les plus connus se feront des ponts d'or, d'autres vivoteront, comme partout, mais, encore...

Les romans francophones arrivent, loin derrière, les américains.

Marc Lévy et Katherine Pancol ont empoché 1,8 millions d'euros, hors taxe, grâce aux 15% sur le prix.

Le livre de Poche réalise rien qu'un argent de poche de 5 à 6% pour son auteur.

Le magnat du thriller est l'américain, James Patterson.

Il invente des histoires en rafales que des collaborateurs se chargent ensuite d'écrire.

Un truc comme un autre d'avoir des nègres pour son imagination.

Un roman sur dix sept est signé comme une marque de fabrique "James Patterson".

Ainsi, il a amassé 84 millions de dollars, en 2010 à raison de huit ou neuf bouquins par an.

Son héros, Alex Cross, son "Women's Murder Club", des intrigues féminisées, des feuilletons sans fin, comme ingrédients d'une cuisine ou d'une usine à succès.

Les marches du podium sont occupées par Danielle Steel, la reine du roman rose et Stephen King avec Twillight. Les Harry Potter.

Portés au cinéma, elles font un tabac chez les jeunes.

De l'exotisme, un peu de sexe, quelques descriptions suggestives et le compte est aussi bon comme dans les "Son Altesse Sérénissime le prince Malko Linge, le héros de la série de romans d'espionnage, SAS pour les intimes écrits par Gérard de Villiers

Mais, ce n'est pas toujours.

Il y a aussi les drames psychologiques, mixés à de l’espionnage, les histoires d'amour, les autobiographies, les romans d'idées comme on peut le trouver sur la couverture du livre à succès du plus français des Américains, Douglas Kennedy, "Cet instant-là".

En fait, lire s'apprend comme le reste.

Comme avec un ordinateur, en commençant par y "jouer" et, puis en usant ou mordu quitte en abusant mais surtout pas en se forçant à l'étude d'un traitement de texte ou d'une feuille de calcul.

Pas question pour moi d'avoir cité ces titres de livres pour en faire de la pub.

Il suffit d'aller voir ce que les grandes surfaces ou les librairies qui se croient délégués comme conseilleurs de leurs clients.

Les médias et les vendeurs de livres influencent les lecteurs.

Ça, c'est sûr.

Bernard Pivot avec "Bouillon de culture", suivi de "Apostrophes", ont invité les écrivains pendant plusieurs années.

"Une prestation honorable de l’auteur associée à une belle mise en place dans le rayon Apostrophes suscite souvent une augmentation spectaculaire des ventes et un surcroît appréciable de notoriété à la grande joie des professionnels du livre mais au dam de certains intellectuels et d’écrivains.", dit Wikipedia à ce sujet.

La raison serait-elle que la critique n'est pas aimée par tous?

Contre le livre papier, il faut dire qu'il manque d’interactivité entre l'écrivain et le lecteur.

Le droit de réponse est presque absent.

Plus le temps de tout lire, vu le débit croissant des bouquins.

Le lecteur ne veut plus prendre de risques au jeu de passe-muraille ou de colin-maillard, dans lesquels, on lui refile par le bouche à oreille, ce qu'il faut ou il ne faut pas lire.

Il veut garder un tant soi peu de démocratie, de pouvoir de choisir lui-même.

Comparer le lecteur d'aujourd'hui à celui qu'il était, il y a vingt ans, n'apporte aucune certitude, ni conclusions.

Un lecteur de romans reste un lecteur de romans.

Un non-lecteur, un non-lecteur.

Et, j'en connais des deux sortes.  

La concurrence des médias disponibles comme trouble-fête et qui tuent la lecture sur papier, est en cause très certainement.

La paresse, face à la difficulté, n'est pas une question d'époque, mais de continuité.

Dans un autre domaine, le film "The artist" qui revient au cinéma muet, est un bon test d'acceptation de ce que la modernité a tué.  

Le thème d'un livre doit rester proche et éloigné à la fois et garder un regard sur lui-même. Il y a des progressistes et des rétros qui ont un goût pour le vintage.

Observer son époque au travers d'un miroir actuel comme modèle de modernité, avec un rétroviseur bien orienté.

Se rendre compte, peut-être, qu'on aurait aimer ou détester vivre dans cette époque en refermant un roman historique apportera, parfois, réconfort ou amertume.

Puis, il y a les moments choisis: la période des prix littéraires comme le Goncourt (vendu en 2010, à 520.000 exemplaires). Ils feront sauter le champagne pendant un temps et puis, retomberont dans l'oubli. Ça aussi, c'est écrit. Devenus "Bestsellers", ils seront courtisés grâce au ruban rouge qui enserre la couverture. Malheureusement, le lecteur oublie vite, le ruban se détache de la couverture. Et qui sait, plus tard, quelqu'un attendra une réédition, si le goût du nouveau n'a pas pris le dessus.       

Frédéric Beigbeder dans "Premier bilan après l'apocalypse" joue au rassembleur d'idées. Il imagine, dans l'après, ce qu'il voudrait avoir à disposition comme livres. Son "Making of" commence, en fanfare, et explique la manœuvre: "Livres, tigres de papier, aux dents de carton, des fauves fatigués, sur le point de se laisser dévorer. Obsolète, nids de poussières, usine à silence, que l'on remplace par des écrans plats, qui demandent temps, fauteuil et codex. Qui ambitionnent de se projeter dans une autre expérience, dans un monde parallèle. Le livre sur papier est l'invention parfaite, selon Umberto Eco. Le romancier, un ermite qui se créerait une société. Lus par de vieux maniaques, cacochymes, déchiffreurs de l'Univers d'un romancier.".    

Bancal désir de choisir Camus, Proust, Kafka et bien d'autres écrivains classiques du passé. Pas même la grande bibliothèque d'Internet et peu d'écrivains d'aujourd'hui s'y retrouvent.

Les jeunes délaissent l'achat de livres, plus incités d'aller voir l'auteur, lui-même. Comme pour les CD de musique. Ils en consomment de moins en moins et préfèrent aller au concert, voir les artistes et sélectionner les plus "sensibles" vu le prix des CD qui, eux, n'ont pas baissé.  0.jpg

Les livres électroniques, les liseuses et la lecture auront-ils plus de succès s'ils s'accompagnaient d'une voix qui interprète le texte?

Cette forme parlée restera toujours une interprétation du texte transmise par des lecteurs professionnels, toujours aussi peu interactive.

Mais au fond, pourquoi pas un karaoké des textes de lecture?

Ainsi, par les intonations du lecteur, pourrait-on s'assurer du degré de sa compréhension. 

Le besoin tactile de tourner les pages par le doigt est rappelé par l'utilisation des iPod et iPad pour répondre à l'ergonomie.

Steve Jobs, par son "user friendlyness", n'a pourtant pas pu remplacer l'amour "physique" du livre papier pour ses fans.

Pour les enfants (et les grands ...), la sonnette qui imposait de tourner la page pour garder l'attention n'est donc toujours pas superflue.

Un habillage sonore, une illustration en 3D, rendre la lecture interactive par un petit micro...

Dites ce que vous rêvez, ce que vous touchez, sentez, écoutez, goutez, un auteur en fera, peut-être, le roman qui vous plaira.

Qu'est-ce qu'un bon livre?

Réponses multiples de lecteurs:

- C'est celui qui change un peu son lecteur", dit le premier.

- Celui qui apprend une expérience dont on peut extraire une philosophie dans la vie de tous les jours, dit le suivant.

- Un livre qui fait oublier qu'on est occupé à lire et qu'on est pressé d'en apprendre le dénouement, mais malheureux, pour avoir atteint la dernière page, répond le dernier.

Comme partout, ce sont les idées neuves, voire géniales, qui apportent l'intérêt.

Rien ne sert de pondre des lignes, si l'originalité, le besoin d'écrire, le plaisir de communiquer son rêve pour l'écrivain et la curiosité du lecteur n'y sont pas.

Dépoussiérer l'érudition littéraire traditionnelle?

Si Begbeider l'imaginait avec son livre, ce serait plus une illusion.  

Pour certains, les réalités de la vie de tous les jours sont déjà des abstractions à vivre, bien suffisantes, sans devoir les lire.

Le plaisir et la passion sont toujours liés, quelque part.

Je vous quitte.

Pas pour la fureur de lire mais pour une envie d'ouvrir le nouveau rêve d'un auteur en espérant que j'y pénétrerai.

Avant cela un petit film dont l'origine était un livre de Stephen King et qui rappelle ce que c'est d'aller trop loin: "Un romancier à succès est le créateur de la saga Misery, mais pour son dernier roman, il a décidé de faire mourir son personnage qui lui a apporté le succès afin de passer à autre chose Une infirmière, lisant ce dernier roman, découvre que son héroïne préférée est morte. Elle va alors le séquestrer afin qu'il écrive un nouveau livre", intitulé "Le Retour de Misery".


 

L'enfoiré,

 

Citations:

 

Mise à jour 8 juin 2017: Laurence Bibot pose la question "Dis-moi ce que tu lis, Rudy, je te dirai ce que tu voudrais être": podcast

 

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