Tcherno bile ou boum? (02/09/2006)

nucléaireNous sommes bien à l'abri de toutes répétions de ce qui s'est passé il y a 20 ans. Pas si sûr. Plus, on s'approche de l'endroit de l'événement, plus la peur continue malgré l'effort des autorités pour minimiser et faire oublier les conséquences à long terme de la catastrophe de Tchernobyl. 

"Les murs se sont mis à trembler et le béton à grincer. Quelque chose de terrible avait dû se passer", se rappelle un ancien ingénieur de la centrale Lénine à 20 kilomètres de la catastrophe du 26 avril 1986 à 01:23. Deux explosions suivirent en pulvérisant le 4ème réacteur, créèrent un trou béant et firent sortir un nuage de poussière radioactives qui allait se répandre au gré des vents et des pluies sur l'Europe entière.

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Quand l'explosion de Tchernobyl eut lieu ce jour maudit, personne ne fut averti des risques inhérent à ce genre d'explosion qui se trouvaient autour du site ni les pays alentours.

Il y eut bien Three Mile Island comme indice de ce genre de problème, mais cela était arrivé bien loin de là. L'incrédulité, pour le personnel de garde du site, est souvent la réaction naturelle. Qui prendrait l'initiative d'évacuer les 500 personnes de la centrale, mais pour aller où? Le chaos, en plein. Sans vêtement de précaution, ni respirateurs et devoir faire face aux flammes. Il fallut quelques heures, quelques jours, quelques semaines même avant que la catastrophe n’ait pu être cachée plus longtemps pour qu'un porte parole du gouvernement annonce à la télévision (14 mai 1986) qu'elle avait eu lieu mais que le risque n'était pas grand et que les dispositions prises avaient été prises. Par la suite, il devint clair que l'on n'avait pas eu à faire à un incident banal. Les populations ont été alors délogées ou parquées dans d'autres zones qui n'étaient peut être pas moins contaminées. La mobilisation va se constituer et des "liquidateurs" vont se sacrifier sans le savoir quelques mois plus tard pour déblayer le terrain au maximum.

Les scientifiques qui ont voulu parler, voulu avertir les populations des dangers ont été très vite muselés. Certains ont même eu leur vie brisée dans la disgrâce. Le secret autour de la catastrophe a pourtant transpiré et des mouvements se décrochant des réactions timorées des autorités compétentes ont percé le mur dus silence.

L'affaire du scientifique Professeur Youri I. Bandazhevsky qui a fait le rapprochement entre les retombées et le Césium 137 pour démontrer que les maladies génitales sont liées à la chaîne alimentaire viciée. Emprisonné en 2001 après un procès, son livre  "La philosophie de ma vie" relate cette prise de conscience. 

La chute de l'URSS n'en a été que précipitée car la confiance de la population envers les autorités de l'époque avait été perdue. Le manque d'information fait souvent plus de mal que l'information elle-même.

Vingt ans après, trente kilomètres autour de la centrale sont toujours invivables. Les champs sont contaminés pour des centaines d'années. Les échantillonnages des sols a permis de confirmer l'impact considérable sur les enfants. Les déficiences immunitaires passent par la thyroïde et se transmettent de génération en génération. Le relogement de 330.000 personnes s'est souvent fait dans la désolation. La santé mentale n'est pas à négliger. La crainte des rayons n'a pas été éloignée et la persistance de l'idée que les radiations les ont condamnés à une mort précoce reste dans les mémoires. A l'époque, pourtant, les autorités annonçaient que toutes les radiations et retombées seraient bien vite disparues. Mais pour où? Voilà la question qui n'a pas trouvé de réponse claire. Dans les nuages, certainement, juste après l'explosion et toute l'Europe en a eu son compte. L'ensemble de magma est bien resté sur place. Un sarcophage bien étanche a été coulé et c'est en partie l'UE qui a financé, frais définitivement trop chers pour l'Ukraine d'aujourd'hui. Si d'aucuns disent que l'impact du rayonnement a été en définitive moins tragique que prévu par la suite, il n'en est pas moins vrai que des milliers des victimes par cancers, des malformations à la naissance et par mortalité précoce sont à dénombrer dans le bilan à ce jour, toujours non définitif, de ce qui a été vraiment une catastrophe. Kiev la grande ville la plus proche dont le sol a été contaminé, répercuté dans la nourriture et les effets génétiques. Sans véritable solution, cette situation se fera sentir encore comme un cadeau empoisonné pour les générations présentes et futures. Les maladies de la glande tyroïde sont les plus nombreuses mais ont pu être traitées dans 98% des cas avec succès. La distribution d'iode stable aux habitants les plus exposés est probablement efficace mais mieux vaut n'avoir jamais à l'utiliser. Le "Forum Tchernobyl des Nations Unies", consortium formé de 8 agences des Nations Unies et de représentants des nations de la Biélorussie, d'Ukraine et de Russie ont reconnu une "culture de dépendance" dans la confusion de l'impact à rapprocher avec les comportements fatalistes des populations affectées. Un état de pauvreté n'est également pas à sous-estimer dans cet état d'esprit. Questions et/ou affirmations? Mythe pour l'un ou réalité pour l'autre. De toute manière, les causes réelles de la catastrophe sont encore aujourd'hui épaulées par des suppositions. Négligence du personnel, défauts de conception à la base de la tragédie et des gaz radioactifs perdus dans l'atmosphère?
 Depuis lors, l'URSS s'est disloquée et les problèmes d'énergie nucléaire par les centrales se sont retrouvés éclatés sur plusieurs territoires. D'autres centrales qui ont été fabriquées dans la même génération et avec les mêmes risques sont toujours en service.

Il était donc naturel qu'à l'occasion du vingtième anniversaire, cette année, des déclarations alarmistes reviennent sur la table concernant l'impact sur la santé et l'environnement. Sujet de plus en plus sensible.
 Greenpeace pose la question de la gestion d'une catastrophe du même genre dans le futur. Les plans catastrophes s'ébauchent et sont répétés, testés pour parer au plus pressé. Mais il n'y a que la réalité d'un drame qui seule pourra dire s'ils ont été suffisants et efficaces. Les populations sont devenues plus regardantes, plus exigeantes et le risque nucléaire n'est plus un vain mot. Les "apprentis sorciers" en sont pour leurs frais et doivent affiner leur message pour faire passer la "pilule" du nucléaire. Gérer une crise générée suite à un "accident" nucléaire dépasse l'entendement. Les populations doivent s'en remettre aux experts, incapables elles-mêmes. Il dépasse allègrement toutes les frontières. Alors si le maximum de précautions n'est pas pris à tous les points, il n'est pas rassurant de savoir qu'une "épée de Damoclès" pourrait se retrouver bien cachée chez des voisins même éloignés. Le risque zéro n'existe pas. Feu Alain Bombard déclarait avec force face à ces dangers que "seul les événements impossibles arrivent toujours". Le danger de terrorisme n'est pas nul non plus à sousestimer. Il est pris très au sérieux pour protéger les accès aux centrales.
"Tchernoblues" est le livre qui parle peut-être le mieux du phénomène "risque".

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En Belgique

Nous avons la centrale de Tihange et de Doul, qui produit la moitié de l'électricité et aussi 70.000 m3 de déchets in décontaminables. Quatre villes avaient été désignées pour accepter le stockage de ces déchets. Mol a une radioactivité qui s'élève à certains endroits à 10 fois la normale. Fleurus et Farciennes l'ont démocratiquement refusé même si des compensations financières étaient substantielles. Les habitations ne sont jamais très loin des endroits où on peut avoir été enfoui des déchets hautement radioactifs dans les profondeurs. Il faut savoir que la longévité des radiations de ces déchets s'étale entre 100.000 et un million d'années. Enterrés, bétonnés, il n'en reste pas moins que l'on ne parvient à protéger l'extérieur qu'en plaçant le maximum de barrières, mais ce n'est que ralentir le processus inéluctable de la détérioration des conteneurs. Les fûts s'érodent et gonflent toujours partiellement. Enfouir sous une profondeur de terres sablonneuses ou argileuses n'apporte pas à long terme une protection à 100% de la nappe phréatique. La Belgique avait signé pour programmer la fermeture des centrales entre 2015 et 2025 après 40 ans de services. Des recommandations récentes reviennent et demandent une prolongation de 20 ans. L'argument est que la lute contre l'effet de serre serait plus urgente que la question des déchets nucléaires.

Les écologistes étaient parvenus à pousser l'énergie nucléaire vers la fermeture des centrales dans un avenir assez rapproché. La France vient de décider la même extrémité dans 40 ans. Pourtant la pénurie de pétrole qui s'annonce et l'impossibilité de combler le manque de potentiel par les énergies alternatives a poussé les gouvernements à faire marche arrière. Sortir du nucléaire est possible, mais c'est un problème de réajustement de la société aux disponibilités de remplacement pour l'approvisionnement d'énergie.

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En France

En France Champagne, à Soulaine, pas de maisons aux alentours. L'imperméabilité est encore mieux assurée par des chapes multiples de béton enserrées dans de l'argile par la société Andra.

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Un peu de chimie nucléaire

nucléaireL'Uranium naturel est l'U238 et il en faut 30.000 tonnes pour produire 50 kilogrammes d'Uranium enrichi U235 pour créer une bombe nucléaire. Neuf pays l'ont actuellement officiellement.

Il faut enrichir des quantités d'Uranium jusqu'à l'ordre de 10 à 20%.

Les procédés d'enrichissement de l'U238 sont coûteux et sophistiqués techniquement : la transmission par membrane de l'Uranium gazeux utilisé au début pour la 1ère bombe et récemment par les centrifugeuses. On décante par ce dernier procédé des 2 types d'Uranium par l'U235 plus léger et sa différence de masse.

L'U235 présent à concurrence 1 atome pour 135 atomes d'U238. C'est dire s'il faut plusieurs passages pour atteindre la teneur de 50% nécessaire pour disposer d'une arme nucléaire de l'équivalant d'Hiroshima.
Le 28 avril, l'Iran a opté pour l'escalade de la crise qu'il a entamée avec la communauté internationale devant le Conseil de Sécurité de l'ONU. Le gouvernement iranien a réussi à faire passer le nucléaire au niveau de la fierté nationale aux yeux de leur population. medium_Tcherno_bile_ou_boom_Dons.2.jpg

La bile des États-Unis et des pays européens prend des dimensions qui inquiètent n'importe quel pacifiste. Contre vents et marées, se sentant en situation de force ce 31 août à l'expiration de l'ultimatum qui l'obligeait à stopper ses activités sensibles, l'Iran a décidé de continuer l'enrichissement d'uranium pour en théorie combler son besoin en énergie pacifiquement mais aussi probablement s'accorder une place parmi les possesseurs de la bombe nucléaire dans le domaine militaire. Non impressionné par les menaces, l'Iran veut ainsi faire comme ses voisins le Pakistan et l'Inde et s'offrir une "assurance vie". Pied de nez à toutes les autres autres forces de la planète qui ne peuvent trouver un rafraîchissement dans l'eau lourde générée en complément par ce pays islamique. La production de pétrole iranienne à destination de la Chine et de la Russie, grande consommatrice actuelle, procure un argument de poids au producteur contre des sanctions trop vite acceptée par l'Occident.   

L'AIEA a tenté de découvrir le secret de Téhéran sans y parvenir. Signer le protocole au Traité de non-prolifération nucléaire ne va pas à l'encontre d'un développement pacifique et civil de l'atome. Le passage de l'un à l'autre n'est pourtant pas assez distancé pour faire craindre le pire aux autres signataires. L'achat clandestin de matériel (centrifugeuses de type P2) auprès du père de la bombe atomique pakistanaise permettant l'enrichissement à 90% et des acquisitions techniques ne rassurent pas. Du point de vue de l'Iran, ils s'inscrivent ainsi dans une volonté de casser la dépendance énergétique et à l'autre extrémité aussi d'assouvir un besoin de reconnaissance, de prestige et d'obtenir leur assurance de "tranquillité" d'égal à égal comme ce fut le cas aux temps de la guerre froide pour les USA et l'URSS.

medium_Tcherno_bile_ou_boom_Coree.jpgLa Corée du Nord s'y est mis aussi depuis. Elle a même fait exploser sa bombe de visu. Les réactions ne se sont pas fait attendre, mais ce ne sont que des coups d'épée dans l'eau. On n'aime moins montrer les dents quand on a peur de son propre "râtelier" et de plus, ses dentistes sont chers de nos jours.   

Une nouvelle course aux armements qui déstabiliserait la région est la plus redoutable épée de Damoclès. Une confrontation autre que diplomatique ne serait pas mieux et certainement pas couronnée de succès. Une normalisation des relations commerciales et politiques serait certes plus garante de sécurité car l'isolement d'un pays n'a jamais été profitable ni pour l'un ni pour l'autre. Bush, appuyé par l'UE refusait de tergiverser et d'attendre Téhéran jusque fin août résolu dans une conviction commune que l'Iran ne devrait pas se doter de l'arme nucléaire et devrait suspendre l'enrichissement de l'uranium.    

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  Le nucléaire en question
A la question traditionnelle de savoir si on est pour ou contre le nucléaire, pour l'instant il n'y a pas vraiment d'échappatoire crédible eu égard nos besoins grandissants en énergie. Un demain, très proche, le nucléaire de fusion devrait sortir des projets et rêveries.

Une anecdote personnelle très récente: A l'arrêt devant un feu, je me suis fait emboutir l'arrière de ma voiture par une autre, qui devinez quoi, était pilotée par...  une Iranienne. Coïncidence? Je n'ai pas manqué d'imaginer qu'elle voulait faire la "bombe" avec moi. Bombe qui aurait pu être programmée par son GSM qu'elle tenait à disposition et dont elle fit un usage intensif pendant que je remplissais le constat d'accident. Mais, je ne vous ai évidemment rien dit.  

Bonne nouvelle, le projet Iter (International Thermonuclear Experimental Reactor) devrait apporter un soleil miniature sur terre. Coût du projet une dizaine de milliards d'euros sur 30 ans.

L'U.E, la Chine, l'Inde, le Japon, la Corée du Sud, la Russie et les États-Unis se lanceront dans la bataille du projet de fusion nucléaire contrôlée après avoir signé ce 24 mai un accord pour établir un réacteur expérimental de recherche à Cadarache au SE de la France. C'est le rêve des physiciens et aussi le Graal énergétique de l'humanité.

Le combustible le deutérium inépuisable ou le tritium facile à produire. Pas d'emballement du réacteur et pas de déchets radioactifs à long termes (12 années max). La mise en pratique n'est malheureusement pas si simple. Cent millions de degrés sont nécessaires pour démarrer le processus. Quel matériau  résiste à cette température? Aucun, aujourd'hui. La faisabilité scientifique et technologique sera-t-elle au rendez-vous? Produire cinq cents mégawats seulement pendant 400 secondes ne permettra évidemment pas de produire plus d'énergie qu'il n'en faut pour préparer la fusion. Vingt ans avant de nouvelles générations de réacteurs. Des réacteurs industriels peut-être à l'horizon 2050 ou 2100. 

Cette énergie-là, une fois domptée, sera inépuisable et sans déchets dangereux. Les budgets, encore une fois, seront énormes pour y arriver.

Qui a dit que cela sera facile? Faut pas rêver. Mais rien ne devrait être trop beau pour avoir le soleil sur terre et la lumière à domicile en "porte-clé".

Une peu d'humour pour clôturer ce billet...

nucléaire

L'enfoiré,

 

Citations: 

nucléaire29/10/2016: un nouveau sarcophage a été installépodcastnucléaire




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