Spectres (06/10/2026)
Thomas Gunzig présente son livre "Spectres" avec ces mots: « Ce que l’on voyait du Plan dimensionnel secondaire, c’était un paysage. Un paysage étrange et calme. Un ciel d’un noir parfait, immaculé, sans étoiles ni corps célestes. Le sol semblait constitué de structures rectangulaires s’accumulant les unes sur les autres comme l’auraient fait des feuilles mortes en automne. Jusqu’à l’horizon, ou ce qui faisait office d’horizon, il n’y avait rien d’autre qu’un relief légèrement vallonné évoquant la houle sur un océan calme. Je voulais un roman sur la folie, l'avidité, l'amour au milieu du désespoir, la magie dont est capable la science, la curiosité sans limite, la nature du hasard et la relativité générale. Et surtout, je voulais que tout cela devienne une aventure qui m'emporte avec, à l'intérieur, des personnages qui seraient comme des amis. »
...
Préambule
Lorsqu’une physicienne découvre l’accès à une dimension parallèle, il faut peu de temps au capitalisme pour s’en emparer. On y construit des bases. On fore. On détruit. L’objectif ? Exploiter ce qui fut pendant longtemps le plus grand mystère de l’être humain.
Thomas Gunzig, invité le 2 septembre sur La Première radio, répondait aux questions posées :
(cliquez sur l'image ci-dessous)
...
Première partie : le Présent
Les personnages
Tom Alman a un travail de maintenance et dans le service après-vente chez Zénith Dynamics et FitDynamics en tant qu'électromécanicien. Il travaille pour obtenir de l'argent. Il ne trouve rien de passionnant. Sans famille, enfant unique, il n'aime pas le passé. Il adore sa fille Lou. Il estime ne pas être à la hauteur de son père, directeur financier de "PowerCellsInnovation" comprenant l'extraction du carbotitanium, la maintenance, le soutien logistique, l'administration et la comme bon souvenir par le biais d'un ombilic cérébral, nourri par la puissante toxine du mauvais qui l'a rendu fou dans une haine pure. RockSolid1 basé sur le retour sur investissement.
Léa a un travail qualifié par la créativité. Son métier la passionne. elle est toujours dans une zone d'abstractions mathématiques et de mécanique quantique dans un monde fictif intérieur au milieu d'un complexe universitaire clos sous la gouvernance de Nora, une IA multimodale, de 2500 hommes vivant en autarcie où tout est faux dans une illusion de contrôle avec la cohésion de la performance et de l'efficacité optimale. Elle ignore sa fille Lou. Elle a un trou dans le cœur. Elle avait vécu simplement jusqu'à l'âge de 6 ans quand la malédiction s'est produite et qu'elle a commencé à s'intéresser au fonctionnement du monde. Ella a perdu son temps au lycée. A l'université, fini l'insouciance de l'enfance. La volonté de relier la mécanique quantique à la relativité générale par la gravitation quantique à boucles, une théorie qui décrit l’espace-temps déterministe de l'espace-temps constitué de quanta discrets, unifiant relativité générale et mécanique quantique probabiliste de la matière. Chaque orgasme remettait de l'ordre dans ses idées après avoir parlé sciences et de changer le monde, là où personne n'allait. Elle espérait se retrouver enfant et son langage pour revenir à la matrice de son intelligence et l'énigme de la raison des choses, source du bonheur comme coordonnées du réel.
Lou, leur fille qui est née malgré des précautions de contraception. Ils habitent séparés dans deux appartements. Ils se sont rencontrés à la suite d'un bug dont Tom était chargé de trouver la réparation mécanique.
Couple mal assorti ? Tom aime Léa. Elle n'a jamais envisagé de vivre avec Tom toute sa vie. Ils vivent sur des lignes parallèles sans connexions. Dans "Advenced Dimensional Exploration and Observation System", on n'a que le choix entre le chaos ou un mode merveilleux amical. Une première expérience dans un Plan dimensionnel secondaire est réussie avec le rat Nicolas. Le deuxième essai avec Léa et Darian dans une lumière à 300 lux sans source lumineuse identique, semble un crépuscule terrien avec 5.000 kelvins équilibrant vitesse et gravité. Minimiser l'énergie en obéissant à des statistiques simples de nanotechnologies. Fournir des informations par les ondes cérébrales et copier les consciences lors du saut. L'information est archivée après la mort biologique, intriquée dans un phénomène quantique de microtubes de neurones. Cet événement existentiel affecte toutes les croyances et visions du monde dépendantes de la gestion de la communication, destinées aux neurosciences, aux philosophes et aux théologiens par ce saut quantique intemporel. Au milieu du néant, le faux côtoie le vrai dans un protocole du module élémentaire entre le lieu et le sens dans un silence absolu. Cela permet d'apercevoir le monde d'avant avec ses pollutions, son effondrement des écosystèmes dans un baroque créatif d'expérimentation de formes, de règles de genre, de classes et d'espèces constantes et homogènes et de configurer le temps dans deux états simultanément. Pendant l'expérience, Darian est tellement triste qu'il sort du module de protection et se tue en espérant se purger dans une remise en ordre intérieur. Léa revient trois ans après. Ses parents sont morts à cause de la chaleur du climat. Richard Valenkov propose à Léa d'étudier la dérive temporelle et les répétitions fractales.
En plus des noms de personnages de la fiction d'autres sont bien réels : Georg Cantor, Niels Bohr, Richard Feynman, Paul Dirac, Werner Heisenberg, Max Planck, Heindrik Lorentz, Matveï Petrovitch Bronstein, Alain Aspect...
...
Deuxième partie : Le Chaos
Pour Léa, il n'y a rien d'inexplicable. il n'y a que les esprits ne parvenant pas à dépasser leurs limites dans les phénomènes de magie, des surnaturels par un explication du questionnement scientifique lié à la nature du Plan Dimensionnel secondaire.
Après la mort, l'objectif est de stabiliser le climat terrestre à l'aide de ressources inconnues de l'extraction de carbotitanium. Nathan Blok, engagé dans ZenithDynamics pendant sept années par Richard Valenkov se retrouve parmi Sigrun Halberg, Igor Malachenko et Léa qui sont taillés dans le bois dont on fait les légendes avec un livret "Chambre de Transition Collective pour le projet RockSolid1". Dans un saut, Nathan Blok retrouve la mémoire morte de son épouse Anissa. Le temps ne s'écoule pas. La connexion avec les choses dans une noosphère négative entre entropie et anti-entropie détruit le cryptomène. Il veut retrouver son épouse adorée, décédée dans un accident. Il programme un sabotage du centre sans se préoccuper de la mort de 2500 personnes. Il est arrêté. Léa lui rend visite quand un tremblement catastrophique se produit. Une perturbation électromagnétique au point d'impact des énormes excavatrices Kraken de carbotitanium. Malgré le disaster plan, mis en œuvre, le chaos commence. Des entités fantomatiques sous forme de spectres s'introduisent dans le centre et enveloppent d'un voile blanchâtre ceux qu'ils rencontrent pour les tuer et crée un effroi généralisé. "On a bousillé notre monde croyant qu'il était à nous alors que nous ne sommes que des locataires arrogants par notre intelligence avec l'intuition qui devrait prendre le pas sur la logique. Emportés par ma curiosité, ma passion de la recherche, ma volonté de découvrir les secrets de l'univers visible ou invisible, mais peu soigneux de bousiller un autre monde. Par ma faute..." conclut Léa. L'écho de la conscience de Léa flotte dans un espace sans dimension, sans coordonnées, sans durée, sans espoir dans une reconfiguration de son métabolisme avec au Point Zéro entre lumière de la vie et ombre de la mort. Les grandes avancées scientifiques sont souvent le résultat de connexions surprenantes dans un équilibre comme flux. Léa ne comprend pas la formule de Nathan Blok ΔΨ + Ψ = 1-R.
"L'humain est-il mauvais? L'humanité est-elle malade si sa maladie est sa force et son génie à la recherche du seul profit engendrant la destruction du vivant suite à des désirs médiocres et à son instinct déguisé en morale et le déni le Plan dimensionnel secondaire ?, dit l'ombre de Darian qui, de dépit, veut tout sacrifier.
...
Réflexions du Miroir
Arrivé à la page 333 du livre, je n'irai pas plus loin dans ma description du livre. La fin du livre est à la page 389 dans une troisième partie intitulée "Un milliard d'années". La formule de Nathan Blok est expliquée entre ces pages. Une question à poser aux lecteurs de ce billet : "Quand tout est perdu, une mauvaise idée est-elle préférable à pas d'idée du tout ?".
Le livre m'a fait penser au vieux film "Soleil vert" sorti en 1973 mais qui menait son action et sa situation en 2022.
Thomas Gunzig dans son interview disait qu'on ne devait rien comprendre pour pouvoir lire son livre.
C'est vrai, mais, il faut avoir un certain esprit scientifique qui ne cherche pas à tout comprendre et espère même à le vouloir ainsi décrit dans le livre: "l'amour des sciences, des maths, de l'élégance des équations, du lien entre libido et recherche, du plaisir de la découverte, des questions sans réponse, des mystères sans fin, du rôle de la rêverie, de l'imagination qu'on appelle "le Voyageur".
Je reprends le commentaire d'un des lecteurs de Babelio que je rétrécis
"Tom, agent d'entretien. Léa, scientifique de l'expédition. Ils sont les parents d'une petite Lou. Voilà qui pourrait sembler parfaitement banal si Léa n'avait pas accouché sur la station et si cette naissance n'était pas, en théorie, impossible. Avant leur départ, comme tous les membres du personnel, ils ont consenti à l'installation de deux dispositifs contraceptifs distincts qui rendent toute grossesse pratiquement inconcevable. Au moment où Léa tombe enceinte, ils ne font plus l'amour depuis plus d'un an. Lou est une présence mystérieuse ou miraculeuse. La station dans laquelle ils vivent, RockSolid1, a les dimensions d'une petite ville et abrite cinq cents employés soigneusement triés sur le volet. Tout y semble conçu pour permettre à une communauté humaine de vivre pendant plusieurs années sans confrontation. Sans fenêtre vers l'extérieur pour permettre de contempler l'autre monde avec des collines noires sous une atmosphère noire, une lumière perpétuellement crépusculaire, aucun oxygène et des températures avoisinant les –50 °C. Absolument rien ne semble fait pour accueillir la vie humaine. Cet espace hostile et dérangeant constitue pourtant la raison même de la présence des cinq cents habitants de RockSolid1 avec son sol regorgeant de carbotitanium, un matériau censé pouvoir contribuer à enrayer les dégâts déjà considérables provoqués par le dérèglement climatique sur Terre. La découverte scientifique de Léa ouvre une possibilité inespérée d'accéder à une ressource capable de sauver la planète ou de limiter sérieusement les conséquences de ce que l'humanité lui a fait subir. Entre une découverte scientifique susceptible de sauver le monde et son exploitation, il y a l'entreprise RockSolid qui a flairé le filon. Le plan dimensionnel secondaire devient donc une gigantesque mine à ciel ouvert et une formidable opportunité industrielle exploitant un territoire vierge, la course aux ressources et la promesse de profits colossaux. Après avoir sérieusement endommagé son propre monde, RockSolid a trouvé la solution la plus conforme à ses habitudes d'aller en exploiter un autre monde. Avec ses équations impossibles, ses phénomènes inexplicables et ses inquiétants dérèglements, Thomas Gunzig parle de choses terriblement terrestres avec le capitalisme qui détruit tout. Le plaisir du roman tient à sa découverte progressive et repose sur les conséquences de son exploitation. L'humanité reproduit ailleurs les mêmes mécanismes, avec la même incapacité à envisager ce qu'elle détruit dès lors qu'une ressource paraît exploitable. Cet « ailleurs » n'est précisément pas un territoire comme les autres. Ce que les hommes prélèvent, creusent et bouleversent touche notre mémoire collective essentielle de l'écologie et de l'industrie en fragilisant cet espace, son milieu, ses ressources et ses fondations sur lesquelles les vivants continuent de se construire. Quelle place nos morts occupent-ils parmi nous en nous léguant des souvenirs, des récits, des gestes, des savoirs, des façons de penser pour comprendre le monde ? Une immense sédimentation dont nous héritons sans même en avoir conscience et sur laquelle chaque génération apporte une sorte de capital accumulé de civilisation et vient à son tour prendre appui. Que resterait-il d'une civilisation si elle se mettait à détruire cette mémoire dont elle est issue ? Lorsque la transmission se fissure, le passé disparaît avec la possibilité même de construire l'avenir. La mémoire collective est un héritage conservé pieusement du vivant et d'une infrastructure invisible de nos sociétés menaçant par là-même le futur en frôlant la distorsion de temporalité même en l'effleurant. Les théories exposées, les découvertes scientifiques, la manière dont les recherches sont menées et la vitesse à laquelle elles aboutissent paraissent parfois invraisemblables par tâtonnements, par validations successives de protocoles tandis que les questions éthiques restent largement en retrait.
Les grandes qualités du livre Spectres sont son rythme, son caractère haletant et son accessibilité en préférant l'efficacité romanesque et philosophique à la vraisemblance du processus scientifique. Les personnages restent assez proches de leur fonction à la limite de la caricature. Cela avance très vite. Ne s'attarde guère sur les chemins de traverse de la psychologie. La fin désarçonne avec un dénouement alambiqué qui a l'élégance de dissimuler des questions vertigineuses sous les habits du divertissement en entrant dans un autre univers parallèle qui n'existe pas où une civilisation tient encore debout, pour obliger à mieux regarder le nôtre. Thomas Gunzig réussit à nous perdre suffisamment pour nous donner le vertige, sans nous abandonner en chemin. Quand l'intelligence renonce à suivre les équations, l'intuition prend le relais. À coups d'allers-retours dans le temps, progressivement éclairé par une chronologie volontairement éclatée, il distribue les informations au compte-gouttes, déplace sans cesse le regard et prend un plaisir manifeste à faire croire à la compréhension avant de retirer brutalement le tapis sous les pieds. Le roman se teinte par moments d'horreur et de thriller, avec quelques scènes franchement inquiétantes, voire glaçantes. Il devient difficile de poser le livre par pour savoir « ce qui va se passer » mais pour comprendre ce qui était déjà en train de se passer et ce qui semble, pendant longtemps, dépasser complètement l'entendement dans ces sept années de fameux plan dimensionnel secondaire.
Les Spectres font peur ?
Un petit cactus France-Belgique 4-1 , vous ferait-il moins peur ?
...
Principes scientifiques fondamentaux
Je les ai survolés en faisant appel à Wikipédia qui explique la gravitation quantique à boucles.
La gravitation quantique à boucles (GQB) vise à quantifier directement la relativité générale sans introduire de nouvelles hypothèses, contrairement à la théorie des cordes. Elle repose sur la quantification canonique non perturbative de l’espace-temps, ce qui signifie que l’espace et le temps ne sont plus considérés comme continus mais comme formés de grains élémentaires ou « atomes d’espace » . Ces quanta sont organisés en réseaux de spins, où chaque lien est caractérisé par un spin, représentant la structure discrète de l’espace et du temps. Les notions classiques de distance, d’aire et de volume sont remplacées par des opérateurs quantiques dont les spectres sont discrets. L’espace-temps apparaît comme une trame granulaire, extrêmement fine, à l’échelle de Planck, (environ un milliard de milliards de fois plus petit que le noyau atomique). Cette granularité permet de repenser aux phénomènes de singularités cosmologiques et au comportement quantique des trous noirs.
La gravitation quantique à boucles a permis d’obtenir des résultats significatifs, par la formule de Bekenstein-Hawking pour l’entropie des trous noirs où A est l’aire de l’horizon du trou noir, kB la constante de Boltzmann, c la vitesse de la lumière, G la constante gravitationnelle et ℏ la constante de Planck réduite. Elle fournit une réalisation mathématique de la «mousse» d’espace-temps imaginée par Wheeler. La théorie est non perturbative et indépendante de tout fond géométrique préexistant, ce qui la distingue des approches classiques de la gravité quantique. Malgré ses succès, elle présente encore des défis dans la dynamique complète de l’espace-temps quantique et la connexion avec le Modèle Standard des particules. Difficiles à tester en raison de l’échelle extrêmement petite des quanta d’espace, la gravitation quantique à boucles offre une vision radicalement nouvelle de l’espace-temps dans laquelle la continuité classique est remplacée par une structure discrète et quantifiée comme approche prometteuse pour comprendre la gravité à l’échelle quantique et explorer des phénomènes inaccessibles aux théories classiques.
Fiat Lux
Le S&V du mois de septembre présente la lumière sous toutes ses formes.
"Elle pourrait doper les performances de l'IA quand les électrons seraient remplacés par des photons pour transporter de l'information en dépensant moins d'énergie sans dissipation dans les data centers", pointe Sylvain Gigan.
...
L'auteur Thomas Gunzig
La culture est devenue le parent pauvre des problèmes économiques belges. La Science est souvent dénigrée.
Je connais Thomas Gunzig depuis ses éditos du "Cafés serrés" du mercredi à la radio depuis 2011 qui apporte une vision particulière à l'actualité.
J'ai sélectionné, au hasard, un enregistrement du 24 janvier 2020 que j'avais fait quand il partageait l'antenne avec Bert Kruismans, Alex Vizorek et Laurence Bibot
.
De cette époque, il reste le seul à sortir son édito le mercredi souvent avec humour noir.
Il y a donc presque 7 ans de cet enregistrement. Les idées n'ont pas changé mais les têtes de Turc différentes, oui.
J'ai lu quelques livres de Thomas Gunzig.
"Rocky, dernier rivage", je l'ai analysé sur Réflexions du Miroir.
Thomas a cosigné le scénario de "Le Tout Nouveau Testament".
Alors que Dieu passe ses journées à rendre la vie des gens infernale, Ea, sa fille, souhaite punir son père pour son comportement. Pour libérer les humains de la peur de la mort, elle dévoile par SMS la date de décès de chaque individu et bloque l'ordinateur de Dieu, qui lui servait à manipuler les mortels. Sur les conseils de son frère J.-C., elle part alors à la recherche de six nouveaux apôtres.
Le livre "Spectres" m'a étonné et intéressé par son lien avec ma formation scientifique. Thomas Gunzig l'a probablement écrit en hommage à son père, Edgar Gunzig, physicien et cosmologue, entré à l'ULB en 1957 et qui, aujourd'hui, a 88 ans.
Allusion






Imprimer