Mes dernières pensées sont pour vous (20/01/2018)

9.JPG"Ce sont vraiment mes dernières pensées ou, si vous préférez, mes dernières maximes. Et c'est à vous que je les destinais comme un signe d'amitié reconnaissante pour m'avoir supporté depuis si longtemps. Bien qu'aucun notaire n'ait apposé son cachet sur ce petit livre, vous pouvez le considérer comme un testament n'ambitionnant que de vous léguer quelques sourires. Dans le meilleur des cas, vous y trouverez un brin de raison cueillie à la faveur d'une promenade tout au long d'une vie dont, quoiqu'il arrive désormais, personne ne pourra prétendre qu'elle fut courte. Ainsi, ai-je eu le temps de chercher sous les turpitudes et la méchanceté, ces occasion d'en rire que préférait Beaumarchais aux tentations d'en pleurer. Bref est devenu mon adverbe favori depuis que, comme les collégiens d'aujourd'hui, j'ai dû 'compacter' ma matière grise. Bien sûr la concision exclut les nuances et rend tricardes les périphrases. Mais que de clarté en plus et d'hypocrisie en moins. J'aime les formules qui s'écrivent plus joyeusement et se retiennent plus facilement. J'aime économiser les mots. J'aime ciseler un axiome jusqu'à ce qu'il ait l'air d'être un proverbe volé à la sagesse populaire. Ma plus grande fierté serait que l'on attribue une de ces pensées à quelqu'un qui n'en est pas l'auteur mais auquel on reconnaît beaucoup plus de talent qu'à votre serviteur".        

Ainsi, commençait le livre de Philippe Bouvard.

J'avais déjà eu l'occasion de capter plusieurs citations de ses livres précédents dans mon autobiographie "L'envie dans le regard"

Cela prouvait probablement que nous avions quelques similitudes, si pas aptitudes identiques dans la manière de penser. Ce qui suit va peut-être ajouter une nouvelle couche.

 

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Le livre est conçu comme un glossaire alphabétique de mots que Philippe Bouvard développe de manière tantôt hilarante, tantôt acerbe, mais jamais dénuée de vérité et de bon sens, ce qui constitue un régal pour celui qui s'arrête après la lecture de chaque phrase.

Le lecteur critique des livres, le Professeur Dan, en avait repris quelques réflexions sur son blog.

J'en ai sélectionné la plupart et j'en ai ajouté d'autres qui me paraissaient tout aussi intéressantes personnellement.

A la mode d'autrefoisQui vole un œuf vole un bœuf. Et, faute de recette pour les cuisiner ensemble, s'en va dîner au restaurant.  (p. 9) 
Comme on fait son lit, on se couche. A moins d'avoir du personnel de maison (p. 9) 
L'exactitude est la politesse des rois et l'impolitesse des horloges.  (p. 10) 
Les glorioles sont à la gloire ce que les marioles sont aux héros (p. 11) 
Animaux: L'oiseau est le plus égoïste des animaux qui vole sans passager (p. 17) 
Argent: La différence entre les gouvernants et une gouvernante, c'est que la seconde ne dépense pas plus d'argent qu'elle n'en n'a.  (p. 27) 
A
rt: Depuis un demi siècle, il ne jetait rien à la poubelle. Aujourd'hui, il est l'un des plus grands collectionneurs d'art moderne. Un tuyau à refiler aux éboueurs (P. 29) 
Avec des sens: Sans les maladies mentales, on douterait très souvent que l'homme ait un cerveau (p. 34)
Sans l'invention du téléphone mobile, on serait obligé de parler avec des gens qu'on a invité à dîner (p. 34)
Cinéma: Les gens heureux n'ont pas d'histoire. Donc pas de films, pas de romans. Pauvres gens (p. 41)

Cocus: L'avantage du ménage à trois, c'est qu'il y en a toujours un disponible pour répondre au téléphone quand les autres sont occupés.  (p. 43)
Culture: Preuve qu'on peut tout acheter sauf la culture : elle est le seul luxe de certains pauvres. Et, pour les nouveaux riches, elle dépasse rarement l'épaisseur d'un vernis. (p. 47)
Enseignement: Dans mon enfance, le certificat d'études primaires garantissait qu'on savait lire et écrire. Son équivalent est aujourd'hui le doctorat en lettres.   (p. 49)
L
e bilinguisme est la possibilité de baragouiner simultanément deux idiomes accordés à des jeunes gens qui ne s'expriment pas encore couramment en français.  (p. 50)
Espérance de vie: M
ourir très vieux donne plus de temps pour désespérer de l'espèce humaine et pour voir disparaître ceux qui font mentir l'optimiste statistique.  (p. 55)
État: Compte tenu du nombre d'actes et de propos prohibés par les lois accumulées, on gagnerait du temps et on économiserait du papier en n'affichant plus que ce qui est permis.  (p. 59)
Famille: Sa diminution progressive qui tient de moins en moins compte des enfants à charge, a fait entrer le quotient familial dans l'arsenal des contraceptifs (p. 63)

Femmes: Il n'y a, le plus souvent, d'autre différence entre une beauté et une femme quelconque que l'idée qu'on s'en fait (p. 67)
La femme puise dans le Rimmel son énergie faux cils (p. 67)
Baiser la main d'une femme diminue de moitié le risque d'être giflé (p. 68)
Les femmes coquettes le sont autant qu'à la fin du XIXème siècle mais avec beaucoup moins de vêtements (p. 68)
La lumière est le second coup dur porté - après la nature - aux femmes laides (p. 69)
Les reines de beauté doivent abdiquer à la première ride (p. 69)
Dieu a donné la beauté aux femmes pour leur faire oublier les inégalités (p. 69)
Fisc: Heureux les pauvres qui sont assurés de pouvoir au moins léguer à leurs enfants, le désintéressement et l’honnêteté (p. 64)

Gastronomie: La gastronomie, composante de la culture, est un alibi de goinfre.  (p. 73
)
G
enre humain: De nos jours, la réussite sociale réside moins dans la reconnaissance du talent que dans la comptabilisation des efforts déployés pour faire croire qu'on en a.   (p. 82)

Idées générales: Est-ce par inadvertance ou par hypocrisie qu'on dit toujours "à bientôt" à des gens qu'on ne souhaite jamais revoir et que généralement on ne reverra jamais ?   (p. 85)
Cessons de regarder de travers ceux qui marchent droit dans une autre direction.  (p. 86)

Journalisme: Le sport : une actualité entièrement fabriquée par l'homme dont les dates ainsi que les lieux sont connus plusieurs mois à l'avance et dont les journalistes rendent toujours compte avec les mêmes mots.  (p. 96)
L'actualité est ce dont on ne parlait pas hier, qu'on n'évoquera plus demain et qu'on ne mentionnera aujourd'hui que s'il n'y a pas plus catastrophique.  (p. 98)
Justice: Les droits de l'homme feront un sacré progrès le jour où une loi définira le maquillage féminin et la chirurgie esthétique comme des tentatives d'escroquerie.  (p. 100)

Contrairement aux femmes, c'est pour signifier qu'il n'est pas d'accord que l'avocat enlève sa robe.  (p. 100)
Littérature: Le philosophe donne son avis sur tout quand il n'est pas parvenu à le vendre.  (p. 105)
Médecine: La vocation du proctologue remonte à son premier suppositoire (p. 116)
Mort: L
a mort, châtiment suprême des hommes qui n'ont commis d'autres crimes que de vivre. (p. 119)
La décomposition des corps a au moins le mérite de garantir qu'on n'aura plus à faire aucun effort physique dans l'au-delà.  (p. 119)

On ferme les yeux des morts pour leur éviter le triste spectacle de la ruée des héritiers chez le notaire.  (p. 120)
L'expression "pauvre mort" s'explique par le montant des droits de succession.  (p. 121)

Les écologistes, opposés à l'éradication des platanes sur le bord des routes, soutiennent que c'est la vitesse qui tue et pas les arbres. On pourrait en dire autant des armes qui ne donnent jamais la mort sans que les hommes appuient sur la détente.  (p. 128)
Nature: On parle d'un mois d'automne comme d'un vieux séducteur : il a beaucoup plu...  (p. 128)
Politique: L
e commerce doit ses succès à la clientèle; la politique, sa mauvaise réputation au clientélisme. Dans les deux cas, on est souvent trompé sur la marchandise.  (p. 135)
On appelle transition démocratique la passation de pouvoir entre un dirigeant inconsolable de s'en aller et un successeur qui n'a reculé devant rien pour prendre sa place.   (p. 140)

Professeurs: Les nouveaux grands-parents ont moins de choses à enseigner à leurs petits-enfants que ces derniers n'en ont à leur apprendre.   (p. 145)
0.JPGReligions: S'ils ont respecté le vœu de chasteté, les ecclésiastiques qui dissertent de l'amour ne connaissent ce dernier qu'à travers les confessions. C'est-à-dire les ratages des modestes et les exagérations des vantards.  (p. 147)
Le bon côté de ceux qui ne croient pas au paradis, c'est qu'ils n'ambitionnent pas d'envoyer ceux qui ne pensent pas comme eux en enfer.   (p. 149)
Sciences: L'homme a créé l'intelligence artificielle quand il s'est avisé qu'à l'état naturel il ne serait jamais très futé.  (p. 155)
C
e que l'homme est parvenu à savoir de l'homme tient déjà davantage du miracle que de la science.  (p. 156)

Sexe: À quelle utilisatrice des sex-toys pourrait-on faire croire aujourd'hui que voilà à peine un siècle la bonne vieille machine à coudre était mise à l'index parce que ses trépidations excitaient la libido des petites mains ?  (p. 161)
Il y aurait moins de célibataires si le plaisir solitaire n'était pas aussi efficace.  (p. 163)
Tout le monde grimpe tellement sur tout le monde qu'on se croirait revenu à l'époque des pyramides.   (p. 166)
Si: Si le pire n'est jamais sûr, le meilleur est la moins certaine des hypothèses.   (p. 173)
Si j'avais été une femme, j'aurais vécu très confortablement de mes charmes. Sauf qu'aujourd'hui, je ne trouverais plus de clients que dans les rues mal éclairées.  (p. 178)
Société: Un bon mot peut être considéré comme réussi lorsqu'il fait sourire les dix premières secondes et donne ensuite à penser.   (p. 184)

C'est parce que l'hypocrisie revient moins cher que la matière plastique qu'on recense beaucoup plus de faux-culs que de fessiers postiches.  (p. 187)
Sur moi-même: J
e n'ai pas été plus intelligent que les contemporains que j'ai parfois distancés, j'ai été un peu plus rapide. (p. 195)
J
'aime ma langue maternelle d'un amour incestueux. Ce qui parfois engendre des enfants mal formés. (p. 197)
J
e n'ai pas assez de courage pour ne plus rien faire (p. 197)
J
e m'accuse d'avoir cherché la reconnaissance d'une société à laquelle je refuse mon estime (p.197)
O
n me situe à droite. Ne serait-ce que parce que je ne suis pas à gauche et qu'on ne serait être nulle part (P. 197)
J'aime le paradoxe parce qu'il permet de dire tout, son contraire et n'importe quoi (p. 198)
L
e temps que ceux qui avaient raison de ne pas m'aimer dénonce l'abondance des mots et la pénurie de pensées, j'étais déjà passé à la phrase suivante (p. 198)
J
'aurai atteint très tard - trop tard - la majorité intellectuelle. Longtemps, j'ai boudé les exégètes, délaissé les mises en perspective. Aujourd'hui, je m'en délecte comme si j'avais remplacé le café par le jus de crâne (p. 199)
L
a mémoire n'est pas trop mauvaise mais elle est devenue sélective. Par exemple, je ne me souviens absolument plus des bons mots des autres (p. 200)
J
'ai renoncé à tirer les ficelles quand j'ai vu la tête des pantins (p. 201)
J
e préfère un mensonge rassurant à une vérité angoissante et le silence aux propos de tous ceux qui ne sont pas de mon avis (p. 201)
Ma mission ici-bas n'était pas impossible mais je suis assez fier après quelques décennies de pouvoir dire 'mission accomplie' (p. 201))
Télévision: Grâce aux émissions culturelles, les mots sont souvent plus savants que ceux qui les emploient.  (p. 205)
Travail: L
a politique anti-chômage ressemble au tango : un pas en avant, deux pas en arrière mais toujours trop de monde sur la piste.   (p. 213)
O
n appelle supérieur hiérarchique (en insistant sur le qualificatif) les quidams dont seule la hiérarchie explique la supériorité.   (p. 214)
Vie de couple: L
a sagesse populaire qui professe qu'il faut choisir entre être heureux en amour et avoir de la chance au jeu semble oublier que la vie de couple est une loterie.  (p. 219)
Vieillesse: L
'avantage du très grand âge réside dans la disparition quasi quotidienne des gens qu'on n'aimait pas.  (p. 221)
J
adis, quand un vieillard racontait toujours la même histoire, on le soupçonnait de gâtisme. Aujourd'hui, on se félicite qu'il n'ait pas Alzheimer.  (p. 224)
Voitures:  Au départ, le symbole de toutes les libertés. A l'arrivé, l'incarnation de toutes les contraintes (p 127)
Plus d'attente à la porte du garage lorsque l'auto aura été définitivement remplacé le vélo (p. 127)
La nouvelle société sera en place le jour où il y aura autant de voitures sans chauffeur qu'il y avait jadis de chauffeurs sans voiture (p. 130)

Qu'est-ce que le politiquement correct aujourd'hui d'après Nicolas Vadot?

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Biographie de Philippe Bouvard (88 ans) Auteur de plus de 60 livres. Fils unique, issu d'un père catholique dont le père abandonne sa mère le jour de son accouchement, après lui avoir volé ses bijoux, et d'une mère juive d'origine alsacienne qui est opticienne de métier. Sa vocation d'écrivain naît à huit ans lors de vacances avec sa mère et son beau-père quand il croise sur La Croisette, Jean Cocteau. Il croit que l'écriture apporte la fortune. Il lance son premier journal de lycée, 'Schola 44' dans lequel il publie des éditoriaux et des nouvelles. Après avoir échoué trois fois au baccalauréat, il entre à l'École supérieure de journalisme de Paris. Quand la direction s’aperçoit qu'il se fait rémunérer par ses camarades pour rédiger des devoirs à leur place, il est renvoyé après quelques mois avec l'appréciation « n'est pas doué pour le journalisme mais réussira dans les professions commerciales ». Les étapes suivantes passent par la presse écrite, la radio et la télé avec « Le Petit Théâtre de Bouvard », qui a permis de révéler de nouveaux humoristes devenus vedettes aujourd'hui et les « Grosses têtes » qu'il a présenté avec son rire qui le secouait de la tête aux pieds et vedettes que je ressorts de l'ombre du temps quand elles y sont entrées définitivement. Mariée depuis soixante ans, il ne parle jamais de celle qui partage sa vie, Colette Savage, la mère de ses enfants..Il avoue "Je ne l'ai pas été un mari modèle, mais je suis souvent loin. Je ne suis pas trop encombrant. Pour finir avec plaisir, nous devons laisser du temps au temps. Je vois peu de moi. J'essaie de prendre soin de profiter des petits-enfants de mes enfants.”



 

Épilogue

Cher Philippe,

A tous les romans, quand il y a un prologue, il faut toujours qu'il y ait aussi un épilogue.

Je ne pense pas que votre livre soit le dernier.

Vous disiez dans votre prologue "Ma plus grande fierté serait que l'on attribue une de ces pensées à quelqu'un qui n'en est pas l'auteur mais auquel on reconnait beaucoup plus de talent qu'à votre serviteur".

Alors imaginons... Je dis bien, imaginons, que ce soit vraiment le dernier roman.

Dans les "Petites annonces" de Laurent Baffie, il y a une annonce qui nous concerne "Corbeau belge vend papier à en-tête pour lettres anonymes".

Je pense avoir trouver une solution qui vous amuserait....

Et si c'était un Belge?

Et si on greffait une grosse tête française

sur un petit corps surréaliste belge?

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Nous verrons la semaine prochaine, ce que cela pourrait devenir

 

Eriofne, 

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