Et si c’était à refaire ? (28/10/2006)

réflexionsAprès chaque tranche de vie, la question de faire le bilan vient normalement à l’esprit. Après avoir limé les extrémités négatives et positives, que reste-il en pertes et profits ?

Par tranches de vingt à trente ans, espace d’une génération, des césures volontaires ou involontaires, intimes ou dépendantes de l’entourage, des restructurations dans les manières de vivre, obligent souvent à des changements qui déterminent la suite en bien ou en mal.

Deux tranches de vingt ans dans une active derrière moi, sans interruption. 

Je vais donc tenter cet exercice périlleux à nouveau.

Expériences et pages se sont succédées à un rythme dont on ne peut pas définir, à coup sûr, la vitesse et l’évolution.

Cela demande une certaine préparation pour faire le transit.

Personnellement, j’ouvre bientôt la 3ème tranche. Je ne me souviens plus du bilan précédent établi dans les mêmes circonstances, il vaut donc mieux, cette fois, l’écrire.

Avant d’extrapoler sur le futur, des questions plus générales sur l’époque que nous avons vécue dans la tranche écoulée, pouvait donner une vision moins aléatoire et plus solide.

Sommes-nous depuis le point de départ précédent en bonus ou en malus globalement dans le progrès de soi et de l’homme en général ?

L’addition des points positifs et négatifs, une fois établie, sommes-nous gagnants ou perdants ?

Le domaine technologique a beaucoup progressé, c’est tout à fait vrai.

L’utilisateur arrive plus facilement à ses fins et son existence en a été améliorée. Du côté négatif, moins de temps nécessaire pour exécuter une tâche a été néfaste surtout pour le niveau d’emploi non qualifié. La mise au placard de l’oubli a été dévastatrice pour les travailleurs jeunes et vieux. La volonté de trouver l’achat au meilleur marché comme seule raison a poussé les entreprises à trouver des solutions de rentabilité supplémentaires effaçant du même coup un nouveau contingent de travailleurs.

La médecine a apporté plus d’assurance de vivre mieux et plus longtemps. Les vies sauvées ont eu un effet étrangement accélérateur en fournissant de nouveaux chômeurs plus précocement à un marché saturé de main d’œuvre. Puis, à quoi sert de prolonger la vie, si elle se termine par un syndrome d'Alzheimer non maitriser? Ce syndrome est à surveiller en premier.

Beaucoup de pièges n’ont pu être évités malgré une apparente amélioration du niveau de vie général. Les moyens efficaces de haut rendement ont apporté un échec chiffrable du côté humain qui n’a pu se lisser que par une progression relativement douce mais constante de la détérioration des rentrées financières des familles.

La liberté confirmée par la volonté politique des états n’a pu abolir ce retournement de situation. Le mouvement de mondialisation a rendu les marchés très dépendant, plus volatiles et instables, talonnés de partout par des coups de boutoirs des nouveaux concurrents. Hors compétition au niveau des prix, de nouveaux venus ont cassé toute possibilité de conserver un bénéfice confortable. Un mal? Non. Simplement, une remise à niveau.

Les clients, vu leur paupérisation, demandent encore plus d’efforts en tant que consommateurs pour pouvoir continuer les excès maintenus psychologiquement par la publicité.

On pourrait se demander si le prix des biens disponibles à tous les niveaux de la chaîne du passé révolu n’était pas défendable dans le principe. Les déplacements se faisaient par des moyens plus souvent publics. Les voitures sont devenues une obligation de la culture moderne mais on a en même temps épuisé les réserves énergétiques à plus ou moins long terme sur la planète qui, tout à coup, prend une dimension inattendue de finitude dans ses réserves. La possibilité d’utiliser la sacrosainte voiture pour tout déplacement a engendré une nouvelle génération d’obèses avec des risques accrus dans les maladies cardiovasculaires.

Mais, tâchons de rester positifs et constructifs. Constater les faits n'empêche pas de trouver d'autres solutions.

Oui, dans un "monde ailleurs", je peux plaider que j'ai pu réaliser ce que j'ai voulu et au moment où je le rêvais.

Travail et hobbies se sont confondus pour moi sans me donner l'impression de passer de l'un à l'autre.

Être porté par une vague naissante est toujours une situation à préconiser. Peut-être bien "The right man at the right place, at the right moment". Ancune nostalgie. Ce serait du temps perdu à prendre sur le temps présent.

Qu'espérer de plus quand, en plus, on m'a payé relativement bien pour réaliser ces désirs? Que le travail a plus été un hobby qu'un réel travail.

Malheureusement, je ne suis seulement pas sûr que cela soit possible demain sans de nouveaux "push" internes ou externes.

Mais je ne suis pas ici pour parler du passé et me lamenter d'un futur dont je ne vois pas la partition avec les mêmes notes.

Je suis ici, par contre, pour tenter un "rollback" éclairé, pour essayer d'apporter les réflexions d'un 'dinosaure' en étudiant les points qui ont marché et d'autres qui auraient pu être différents pour le bien être de chacun.

Ce qui n'a pas marché et qui ne marche toujours pas, c'est l'interface entre génération. Ce fameux flambeau, que l'on devrait se transmettre, fier et persuadé qu'il faut entretenir la flamme, reste souvent en rade. Personne ne semble en vouloir et à chaque "représentation", on recommence à nouveau les mêmes erreurs, les mêmes réinitialisations du compteur sans se demander s'il faudrait ou non s'en préoccuper.

Certains m'ont fait remarquer que si je me pose la question "Et si c'était à refaire?", c'est que j'avais des regrets dans l'orientation prise.

Ma réponse est catégorique et je le répète: "Non, à la même époque avec les mêmes "starting blocks", avec des arguments rectifiés par la pensée d'aujourd'hui, je referais ce que j'ai décidé avec la même fougue, la même détermination sans en changer fondamentalement la route".

J'ai fait ce que j'ai voulu avec la motivation qu'il fallait pour réussir. Pas de fierté ni de fausse pudeur derrière cette déclaration, une simple constatation. Point final.

Transposer cette situation, prendre une route similaire avec pour départ aujourd'hui me paraîtrait plus profitable dans la forme d'une deuxième session avec les armes de l'expérience.

Les choses ont changé, c'est sûr, les acteurs interprètent de manière complètement différente les mêmes scènes et dialogues de cette même scène "boulot-métro-dodo" mais avec des "artifices", des décors qui ont sensiblement évolué et à une vitesse de plus en plus accélérée.

Au départ, même si l'ambition de faire carrière, de creuser son trou n'y était pas, se lancer dans l'étude dans laquelle on se sent bien a toujours été primordiale. Peu importait si l'on remarquait ensuite que l'on avait fait fausse route, la direction prise sera la "colle" qui ouvrait d'autres portes, la carte de visite en main, dans un secteur presque identique à celui que l'on quittait.

Plus question aujourd'hui de penser faire carrière dans le même job ni dans le même secteur. Agilité et conversion facile sont devenues des impératifs.

Les marches du savoir ont été gravies dans nos deux périodes de référence avec la même difficulté.

Faut-il y recourir obligatoirement? Non, l'université n'est certes pas le passe-partout de la réussite. Plus terre à terre, la profession de foi, celle qui motive parce que c'est celle qui correspond à son ego et dans laquelle on se sent bien, cela ira aussi.

Une fois sur les rails de la vie, que reste-t-il à faire?

La pub nous le sert à tous les menus : "Soyez différents". Dans ce cas, le dessein est évidemment de respecter une manière de vivre en tant que consommateur. L'idée sous-jacente est pourtant intéressante. Rester dans le rang équivaut à s'immiscer dans le flux de la majorité en y sombrant dans une habitude assommante.

Je me suis souvent senti, personnellement, comme un électron libre mais qui restait encore trop attaché à son noyau. Sécurité et paix de l'esprit sont dans ce cas les maîtres-mots. Cela ne fait pas exploser les autres atomes dans la promenade de l'espace temps, mais cela donne une impression rassurante du chemin bien déblayé et bien balisé par l'expérience.

Dans ce monde-là, on ne crache évidemment pas dans la bonne soupe et on ne cherche pas à découvrir de nouveau goûts. Intellectuellement et financièrement, on s'y retrouve heureusement. L'adrénaline apportée existe mais est moins débordante, sans plus.

Pas de regrets, pourtant, quand on fait ce qu'on veut mais au moment où d'autres le décideront.

Pas de nostalgie en disant c'était mieux avant et que le déclin est à la porte d'une période médiocre. Il faut toujours voir de l'avant. Regretter, c'est perdre son temps. Que faire dans la voie du présent et, peut-être, un peu du futur en chacun pour soi. Les ouvertures existent. Les communications n'ont jamais été aussi importantes même si elles ne sont plus tellement physiques.

Alors, les "enfoirades" de toutes sortes dont vous avez l'habitude, vous n'allez pas y échapper. Ca va secouer ferme. Il va falloir souquer ferme pour suivre les mouvements dans tous les azimuts.

En même temps, de nouveaux projets germent sous le "chapeau". Je ne vous en parle pas encore. Ce genre d'élucubration doit prendre plus d'assise.

A y bien réfléchir, que ferais-je si c'était à refaire? Simple. Ce ne serait pas tellement différent, à part quelques marches sautées sur l'échelle de la vie. Les bides, j'en ai eu comme tout le monde.

Je me souviens la phrase dite dans le film "Le toubib" de Granier-Deferre dans lequel Alain Delon interprétait le rôle d'un chirurgien prestigieux, brisé par la vie, à quelques kilomètres du front d'une hypothétique troisième guerre mondiale. Cette phrase disait à peut près ceci: "Je préfère me tromper du tout au tout et de passer à l'action que je regretterai, peut-être, plutôt que de râler d'avoir laissé passer la chance de me lancer dans l'entreprise qui se présentait à moi". Cela m'est resté en mémoire depuis sa sortie en 1978.

réflexionsMais, nous sommes décidément au début de ce 21ème siècle et le bilan n'est là que pour dessiner de nouvelles bases avec de nouvelles cartes à jouer en prime. Alors, essayons d'être original. Car c'est bien d'originalité qu'il faudra dans notre nouveau monde en agitation perpétuelle. Être original, c'est oser. Et vice et versa.

Trouver de nouvelles idées pas pour le simple devoir de changement, inventer des solutions innovantes, révolutionner en torturant ses méninges. Voilà ce que veut le monde actuel. Peut-être plus qu'avant et pour un coût minimum. Éliminer ce qui a été fait et dit au plus vite et envoyer l'arsenal des idées obsolètes aux oubliettes.

Une maxime bien en place parmi les principes de bonne conduite dans notre société est toujours "Invent the future". Celle-là, au moins, j'y adhère complètement.

Moins de confort, une confiance mesurée par succès ou échecs interposés, c'est l'avenir de l'homme de demain. Le fil à couper le beurre ne sera peut-être pas la meilleure filière. Quoique... Chercher par contre du côté des problèmes de son temps et du suivant est une piste bien plus profitable.

Des idées en provenance de mes rêveries?

Le système "D" ferait alors place au "E", "F" et suivant. Que de lettres à passer en revue avant d'arriver en bout de course.

Tout est bon pour faire progresser le schmilblick. Un proverbe chinois que je viens d'entendre: "Il vaut mieux allumer une allumette que de maudire l'obscurité".

Bien sûr. Mais il faut choisir la bonne allumette. Si c'était à refaire, peut-être ouvrirais-je une nouvelle start-up pour réaliser un rêve, un projet utopique.

Al Gore en visite à Bruxelles présentait son film "Les vérités qui dérangent". Rien que pour répondre aux problèmes de notre temps pour y ré-étudier et trouver la manière d'appréhender le futur très proche.

J'aime rêver à l'impossible, mais cela vaut la peine quand il s'agit de l'amélioration naturelle de la vie.

Je connais déjà la réponse du commun des mortels : "Y-a plus qu'à".

C'est sûr, mais la question n'est pas vraiment là. Se sentir en "commun dans le flux" ou "libre dans le mouvement" serait plus digne de réflexions intimes.

Je l'ai dit ailleurs, j'ai confiance en vous les jeunes. Je vous ai vu travailler quand on vous en donnait la chance. La chance, je connais ce qu'elle peut apporter.

Avec de tels principes, je vais me la poser "ma" question: "Serais-je prêt ou capable d'assumer une 2ème "sess"?".

Je vous tiendrai au courant de ma conclusion.

Yannick Noah disait dans sa chanson « Donne-moi une vie »:

J’ai eu tout cela. Pourquoi se plaindrait-on ?

 

L'enfoiré, 

 

PS. Je dédie ce texte à mes collègues qui m'ont toujours apporté aide, sourires, compréhension et réconfort quand il le fallait depuis de nombreuses années. Nous avons eu jeudi dernier, une soirée spéciale lors de mon départ: une pièce théâtrale en quatre actes que j'avais intitulée : "Rock around the clock". 

 

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