Marche aux symboles ou crève (06/01/2008)

Qu'est-ce qui fait bouger le monde? Est-ce le train-train, le metro-boulot-dodo ou les symboles ? C'est un peu ce que l'on pourrait se poser comme question au moment où la morosité règne ou l'avenir est nettement moins radieux.

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Nous sommes entourés de symboles.

Représentations qui permettent de quantifier, de comparer, d'expliquer. Quand on ne parvient pas à les évaluer, on passe aux métaphores

Vous ne vous en souvenez probablement pas. Les symboles passent et trépassent plus vite que prévu. Il font rêver et puis s'en vont.

Le 1er février 2007 entre 19:55 et 20:00, on avait été fixé pour réveiller le bon peuple dans sa « reconquête symbolique» de la planète. Cinq minutes de black-out volontaire n'allaient pas remettre les pendules à l'heure, ni les compteurs à zéro.

1980dced8061fb48a1115797d10ee571.jpgEteindre tout ce qui est allumé pour soutenir un mouvement de réveil de la crainte de voir, un jour, le grand clash de notre planète et l'homme sur les genoux. Allait-on respecter cette injonction citoyenne? Du réchauffement de la planète, tout le monde en parlait déjà. Cela s'est accentué encore depuis. Même Bush reconnaissait qu'il y avait un « problem ». Des gestes simples de réduction de la vitesse de quelques électrons. Parti de France, la Belgique s'est joint à la manifestation.

Ce symbole écologique avait été orchestré et devait prouver, par la démonstration, la sensibilité des gens d'aujourd'hui vis-à-vis de ceux de demain. 27% de la production énergétique totale de la Belgique se retrouve chez le consommateur à domicile. La date fixée à proximité du rapport des 500 experts du climat réunis à Paris en colloque avait été choisie pour lancer cette action tout à fait symbolique. Un mail sur un autre symbole, Internet avait été à l'origine de l'étincelle. Le symbole allait-il être efficace et salvateur? 10% de consommation en moins maximum étaient attendus soit 500 MégaWatt. Le site www.elia.be allait le révéler 15 minutes après. A 19h50, celle-ci s’élevait pour la Belgique à 12.220 MW. Immédiatement après 19h55, heure d’appel à l’extinction des lumières, elle est tombée de 325 MW inférieur, soit une diminution de 2,7%. A 20 heures, à la fin de l’action, la consommation remontait à 11.800 MW.0de02a8bed33b2697475127e5f355f57.jpg

Autre action tout aussi symbolique, les 6, 7 et 8 février, nous étions conviés à utiliser votre GSM de façon plus rationnelle dans le cadre des Journées mondiales «moins de blabla au téléphone portable, plus de SMS dans les lieux publics». L’initiative avait été lancée en 2001 à l'initiative de l'écrivain français Phil Marso, auteur du premier roman en langage SMS. Objectif: sensibiliser les utilisateurs de portables pour ne pas devoir en arriver un jour à une politique semblable à celle liée au tabac, avec l'aménagement de zones silencieuses. L'initiative, cette fois, était soutenue par Teslabel, ASBL belge de lutte contre la pollution électromagnétique avec le slogan : «Moins de deux minutes avec mon portable, c'est sans prise de tête pour mes neurones.». Cette fois, la consommation se voulait symbolisée. Les mouvements citoyens qui transitent par les blogs, par les SMS ont un impact plus important qu'il n'y paraissait.

Encore une fois, papillonant sur les sujets, Paul Hermant, journaliste de la Premier RTBF arrivait à la rescousse avec des symboles moins médiatiques, parfois locaux, mais tout aussi sensibles suivant la proximité:

Alors, nous qui avons éteint la lumière cinq minutes hier soir, à quoi avons-nous bien pu passer les 1435 qui restaient et qui ont fait notre journée ? Peut-être bien, comme cela a été mon cas, à s'interroger sur cette histoire qui s'est passée à Saint-Nicolas, je veux dire Sint-Niklaas dans le pays de Waas. En effet, au moment où l'on apprend que les procédures du divorce seront désormais simplifiées, voilà que trois petits couples flamands qui entendaient, eux, se marier, refusent que leur union soit bénie par un Noir, je veux dire qu'un échevin de couleur officie ès qualité à la célébration de la cérémonie civile de leurs justes noces. Wouter van Bellingen, c'est le nom de l'échevin, figure en huitième place sur la liste des édiles et a, dans ses attributions, la jeunesse, les relations internationales et l'état civil, il appartient au parti Spirit et a récemment invité tous les écoliers de la commune à voir le film d'Al Gore. C'est un jeune échevin, il a 34 ans. Il est aussi le premier échevin noir de Flandre. Issu des élections d'octobre dernier, cela ne fait donc jamais qu'un mois qu'il est en fonction. Trois mariages annulés ou postposés en 31 jours, en raison de la couleur de la peau d'un officier d'état civil belge, c'est beaucoup pour une commune de 70.000 citoyens dont 25% des habitants, il est vrai, ont choisi le Vlaams Belang, aux élections communales. Cette histoire se passe au moment où un sondage controversé est publié dans la presse française. Si ce sondage est contesté, c'est qu'il ne s'est adressé qu'aux Noirs et certains y ont lu la volonté de pratiquer le premier sondage ethnique de l'histoire de la République. Mais ses résultats nous apprennent que si 37% des 13.000 personnes interrogées estiment que les discriminations contre les Noirs s'aggravent, elles sont cependant 81 % à faire confiance aux associations, 72 % à l'école et 68 à ce qui est, chez nos voisins, le Centre pour l'Egalité des Chances. Même si une large majorité estime que c'est plutôt aux Noirs eux-mêmes à faire évoluer positivement la situation, la confiance accordée aux institutions étonne en même temps qu'elle rassure. Que pourrait bien dire Wouter van Bellingen aux Noirs de France, lui qui, par son élection, se retrouve, de fait, à en gérer une, d'institution ? A-t-il un mot d'espoir à faire passer à nos amis français ou devra-t-il malheureusement convenir que même quand on est une institution, les discriminations continuent et la bêtise galope ? Au fait, la commune de Sint-Niklaas a participé, hier, à l'action pour la planète. A 19h55, les lumières de la Grand Place se sont éteintes. De 19h55 à 20h, hier à Saint-Nicolas, il a fait tout noir.

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Obsolètes ces réflexions d'un autre espace, d'un autre temps? Oui et non.

Des exemples, parmi bien d'autres de l'actualité, font des parallèles, et pas des moindres.

Alors, question: Marchons-nous seulement à coups de symboles?

Sans eux, serions-nous paralyser par l'effroi ou par l'habitude de la somnolence « Metro, boulot, dodo »? Faut-il des manifestations plus énergiques pour réagir?

Le 16 août 2007, Elvis Presley revenait à l'honneur à l'occasion du trentième anniversaire de sa mort. On relançait la vapeur, comme si elle s'était éteinte. Quand on sait que sa " petite entreprise posthume" ne connaît pas la crise. Un milliards d'euros de chiffre d'affaire encore aujourd'hui. Les symboles valent un certain poids à la bourse. La ville de Memphis doit une fière chandelle à son digne pensionnaire pour l'éternité et aussi à cause de la maison de Graceland qui attirent 800.000 admirateurs de tous les effets et objets de l'intimité de l'idole. Le jeu de piste est toujours ouvert pour réveiller les souvenirs de tout ce qu'à toucher de près ou de loin leur idole. Etre témoin a un poids sentimental mais surtout financier. Les "anciens" qui ont partagé l'existence de l'idole n'ont pas de soucis à se faire pour leurs vieux jours en gestionnaires de l'idolâtrie. Les symboles et les mythes ont la vie non pas "dure" mais bien "molle". Il n'y a qu'à entretenir le souvenir par couches successives plus ou moins beurrées. Le symbole du showbiz pourrait-il, un jour, remplacer notre propre image symbolisée? 

Dans le passé, les catalyseurs aux mouvements de foule, souvent pour mener une « promenade » guerrière, se faisaient par l'intermédiaire du tambour ou de la cornemuse. Ce n'est plus le cas. On évolue. On passe à la Toile. On s'y embourbe, mais on marche.   

Dans un passé ancien bien belge, un opéra banal la"Muette de Portici" avait réveillé le patriotisme en latence, lancé la révolution et fait naître la Belgique, indépendante sur la scène des nations. La Belgique depuis vit depuis 1830 et virevolte de symboles en symboles au gré des communautarismes. De "petites exclusivités" tel que la décision unilatérale communautaire de la scission de BHV ont suffi pour mettre le feu aux poudres. Symbole, encore, à géométrie variable.  ec3bff53d1c1e68d36de7e0c74000ae2.jpg

Cette fois, heureusement, nous sommes dans le domaine de la prise de conscience de son bien être actuel et futur. On est prévenu et pourtant...

"Le symbole des symboles est certainement Dieu", disait Carl Gustav Jung.

Tout est symbole dans les mains de celui qui veut arriver à ses fins. Il ne suffit que d'un peu de charisme et de réflexions dirigistes.

c808d47cfccf4bb11592653e27615efb.jpgCe qui va se mettre en place du côté républicain pour les élections américaines en est une preuve flagrante. Un Mormon et un pasteur batiste... dans le premier tour aux caucus. On ne s'aime pas des deux côtés, mais le sentiment est le même. La tradition pure et dure, intégriste dans le fond.

La religion grapille des points. Se préparerait-elle à un jihad à l'envers? Faudra-t-il en appeler d'autres plus tournés encore vers une symbolisation à outrance?

Du côté démocrate, Obama Barak l'emporte symbolisé par un renouveau et du changement radical  par la jeunesse. Le symbole du changement dans l'unité de l'Amérique face à celui de l'expérience. La division, on se la gardera probablement par après. 

Entre temps, le réchauffement climatique a, semble-t-il,  encore de bons ou de mauvais jours en perspective car il est loin de monopoliser les foules et les programmes. Alors, on suit le symbole dans une fuite toujours plus avant.

0440f864fff51f192c183f5e1e316983.jpgLe prix de 100 $ pour le baril de pétrole, comme des jalons d'arithmétiques décimales dans les résultats de Wall Street, comme plafonds ou planchers ne représentent, en fait, rien de plus qu'un compteur qui passe un cap. On ne dope rien. On ne cherche d'ailleurs pas à rassurer. Bien au contraire. On explique sans expliquer les raisons de l'altitude rapide: baisse des stocks américains (imprévoyants les américains?), un hiver très froid US (des prévisions à long terme, c'est nouveau?)... 

J'avais ouvert la discussion dans « Veux-tu être mon idole » par l'intermédiaire de notre volonté d'avoir des représentants, d'en rechercher la crème avec ostentation et absolutisme, oubliant une fois de plus que chacun avait un rôle à jouer par petites touches successives, peut-être, mais avec l'efficacité de la masse.

Les leaders de la "bonne parole" ont toujours dû se démener pour éveiller et agiter les esprits. Le président Sarkozy a été le symbole du changement, de la rupture avec les trente nonchalantes, comme n'ont pas manqué de le rappeler certains "pro". Moins d'un an après, les résultats ne sont plus symboliques et les "anti" se sont réveillés à la découverte de ce que le symbole a ses revers cachés. 

Nous avons besoin de lignes de conduite quand l'horizon s'épaissit. Pas de problème. Prendre le temps d'analyser ce qui est proposé est aussi une obligation par respect de ce que la nature nous a offert avec plus de générosité.

Il reste à espérer que nous ne devenions, un jour, les "Moutons de Panurge" symbolisés.

Les JO de Pékin vont s'ouvrirent le 8/8/2008. Le 7/7/2007 avait vu des candidats au mariage à la pelle.b1952f25851e333c31aa6de5dc780706.jpg   

Cette année, on nous a cassé notre "symbole", celui de l'entrée dans une année que l'on voudrait joyeuse. Pour des raisons de terrorisme et d'attentats latents, le feu d'artifice de Bruxelles avait été annulé. Niveau d'alerte 4 sur une échelle qui en compte 5. Bruxelles, capitale de l'Europe, s'était réveillée en tant que telle, comme une cible du terrorisme. On ne connaîtra jamais si le symbole était à la hauteur de sa représentation.

Autre symbole et rêve brisé, celui du Dakar, annulé, pour les mêmes raisons, même si l'événement est très discutable. Les symboles occultent souvent l'essentiel qui ne se trouve pas dans les rêves mais dans une vérité pure et dure. L'organisateur du Rallye, lors de son discours d'annonce, ne manquait pas d'affirmer que "le symbole du Dakar ne mourra pas".

Pour accompagner mon article "La trentième terrorisée", je dirais simplement que le symbole ne mourra peut-être pas, mais le rallye, oui. De sa belle ou de sa mauvaise mort. Les temps changent. Il faudra s'en rappeler par des anniversaires et non pas par ignorence ou aveuglement. Des alternatives existent. J'avais parlé d'un Rallye à vélo dans mon article de janvier 2006.    

Il y a aussi les symboles que l'on ne nomme pas ainsi: les références.

Je ne parle pas des références demandées lors de la recherche d'un emploi. Quoique?

Il s'agit des références à des personnages plus ou moins célèbres qui permettent des entrées plus aisées à des postes enviés. Les copains sont mes copains en somme. Ce n'est pas nécessairement de la corruption, mais on peut franchement parler de passe-droit. 

Et pourtant, ils tournent, ces symboles, et pas toujours dans la choucroute.

L'euro avait été pris comme bouc émissaire de l'augmentation des prix. L'Italie et la Grèce avaient considéré que cela suffisait. Une grève de la consommation symbolique d'un jour avait été décidée par le passé. Le monde ne s'est pas arrêté de tourner pour autant. Et pourtant, le retour de flamme n'a pas été nul.

Le référendum, très souvent non reconnu comme moyen de réaction aux événements en dehors des élections démocratiques, est pourtant les seul moyen de prendre la température d'une population.

Cette année 2008, il faudra encore s'apprêter à d'autres symboles parfois moins pacifistes. Les idées ne manquent pas. Je les sens germer. On a très mal recommencé d'ailleurs au Kenya.06e6f53e5d4775e67e596b08dabecbe3.jpg

Alors, symbole, lève-toi et marche pour ne pas nous faire crever. 

 

L'Enfoiré,

Le Panda, symbolique? nenni

 

Citations:

 

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