Plus de rameurs, SVP (03/12/2005)

La course au pouvoir dans la vie des sociétés commerciales génère des situations "bizarres" qui ressemblerait à une course aux alouettes. Il serait intéressant de comprendre comment les choses se passent réellement. 

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Le but de tout un chacun dans un système capitaliste (ou non, d'ailleurs)  est de progresser dans la vie, de gagner de l'argent, et donc de grimper dans la hiérarchie et cela le plus rapidement possible.
Une tête bien faite et bien pleine, telle est la tendance. -Progresse, prouve-le, sinon tu n'es rien.

Avec cette envie toute légitime, on arrive à une situation bizarre: une pyramide inversée où la base des travailleurs, les exécutants, les ‘sans grade’ diminuent dangereusement par rapport au nombre croissant des dirigeants.

Comme il n'y a pas toujours de potentiel financier, un titre plus ronflant, une position à responsabilité, vient à l'esprit. Devenir "cadre" ou être "encadré" à vie?

En fait, tout le monde reste "encadré", mais chacun veut l'ignorer.

Décider de la direction des projets arrive à être moins ardu que de trouver les gens qui en assumeront la charge au plus bas niveau. Le patron de grandes sociétés a l'impression de sécurité, de bien "manager" son entreprise par l'idée que des gens de haut niveau motivés sont présents pour le seconder au mieux.  

De cet état de la société, on pourrait montrer une série d'effets pervers:

Conclusions: Les lourdeurs de certaines structures de sociétés ne sont pas une illusion et la productivité en prend un coup pour le moins.    

entrepriseDans le passé, pour apporter la main d'oeuvre nécessaire dans la grosse industrie, l'immigration a été le sauveur de beaucoup de pays et d'entreprises qui ne trouvaient plus le personnel pour des boulots jugés désormais trop avilissants (mines, travaux d'entretien,...).

Aujourd'hui, il faut produire. Produire vite et au meilleur compte. Les titres ronflants sont prisés. Enfin, prisé est un mauvais mot car il ferait penser à prix, à valeur. Meilleur rapport prix-performances. Le supérieur n'est pas là pour vous gratifier d'une meilleur vie, mais de faire monter d'un cran, la sienne et de faire tourner le moulin. Après, il s'en fout. Si vous êtes arrivés trop haut pour vos compétences, ce sera la porte de sortie et un "amen" pour au revoir.

Les délocalisations et  l'outsourcing apportent, dans ces dernières années, un nouveau ballon d'oxygène aux entreprises pour trouver la main d'oeuvre bon marché et l'intelligence nécessaire au codage des programmes dans l'informatique de service.

En sera-t-il longtemps ainsi? Rien n'est moins sûr. Si le but des pays émergents, comme l'Inde et la Chine, de sortir de leur cocon est devenue la priorité majeure, il n'en est pas moins vrai que le désir de leur main d'oeuvre n'est pas de rester dans l'ombre bien longtemps, mais de progresser en salaire (et oui, on apprend vite !), en pouvoirs et en pouvoir d'achat. En Inde, la valse des changements de société pour augmenter ce salaire a d'ailleurs déjà commencé tout comme ce fut le cas dans les années "fastes" du travail dans nos pays.

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Juste une parenthèse pour faire rentrer la vapeur dans la locomotive: la société belge qui vient de gagner ces galons d'Entreprise francophone de l'année 2005 du marché belge est une petite société informatique "Callataÿ & Wouters" qui avec quelques 320 ingénieurs informaticiens spécialisés dans l'informatique bancaire et financière génère 33,6 millions d'euros de chiffre d'affaire, dont un quart dans le département R&D. 

A la question d'un journaliste au patron de la société: "N'avez-vous pas pensé à l'outsourcing en Inde?".

Sa réponse amusée fut:  "Nous sommes en pourparler pour envoyer des ingénieurs belges en Inde".

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"Allégoriquement vôtre", je vous présenterais notre sujet sous cet angle:

entrepriseLa vallée ne serait-elle pas assez belle, qu'il faille grimper absolument sur les sommets souvent enneigés et subir une atmosphère à l'air raréfié?

Plus gratifiant, bien sûr, de voir loin à partir des sommets. Les montagnes n'auront jamais de cesse d'être vaincues du côté Nord, Sud, Est et Ouest par des alpinistes ayant la connaissance et l'expertise nécessaire pour s'assurer le maximum de chance de réussite. Pourtant les accidents d'ascension ne sont pas rares et des décrochages mortels surviennent après les meilleures préparations. 

L'aventure toujours renouvelée n'arrêtera jamais cette motivation de vouloir se surpasser.

Les habitants de la vallée n'ont absolument pas moins de mérite malgré tout cela. Je dirais même qu'ils peuvent en trouver des avantages indéniables.

Avoir un projet à réaliser du début à la fin, en choisissant les techniques, les méthodes par eux-mêmes et pour eux-mêmes n'est certes pas à dénigrer ni à rabaisser. L'un ne va pas sans l'autre et l'oublier c'est s'assurer des échecs retentissants. 

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Albert Jacquard écrivait dans "Petite philosophie à l'usage des non-philosophes":

"Le vrai problème est d'éliminer du pouvoir ceux qui ne le cherchent que par goût du pouvoir. L'homme politique idéal est Cincinnatus, qui refusait le pouvoir et qu'il a fallu aller chercher, pour en faire un président, alors qu'il labourait son champ. Parmi les progrès nécessaires, la mise en place de procédures permettant de nommer chef celui qui ne désire pas être chef est particulièrement urgente. Vaclav Havel, poète, a été nommé président. Le voulait-il vraiment?"

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Au cours de ma carrière, j'ai connu un collègue qui avait atteint presque le sommet dans la hiérarchie de la société qui nous emploie (ceux qui me connaissent parmi les anciens s'en souviendront) et qui, un jour, a décidé de redescendre à un rang bien inférieur pour retourner au niveau technique où il se sentait plus utile encore et probablement plus en accord avec lui-même. Ce genre d'attitude n'est certes ni apprécié par l'entourage immédiat, ni par notre société qui n'a pas compris. Le prestige de l'étiquette, ça ne s'efface pas aussi facilement. Pourtant, l'obligation de prendre des décisions que l'on ne ressent pas, ou plus, dont on ne voit pas la finalité, mais qui sont imposées par plus haut encore, devient parfois insoutenable à la longue. Etre entre le marteau et l'enclume n'est jamais une position aisée. L'isolement du chef en fait un non-inclus de la masse, pas un "hors la loi", bien sûr, mais un "hors-groupe" que l'on tient à l'écart ou que l'on force à rester planer à une autre altitude. Le chef doit également tenir à l'oeil que la responsabilité qu'il a prise, l'oblige à avoir la reconnaissance du travail accompli par ses subalternes en partageant avec eux les mérites en cas de succès ou les plaies en cas d'échec. Mais cela, c'est dans le meilleur des mondes, bien sûr !

Comme je l'ai sous-entendu en préambule, le management a une place indispensable dans nos sociétés, il faut se rappeler cependant que les échelons de la hiérarchie font partie d'une échelle sans fin et qu'une fois le premier franchi, c'est parfois une période pendant laquelle le promu à de hautes destinées n'arrivera peut-être jamais à assouvir complètement son besoin de pouvoir. Le CEO, au sommet, a lui aussi des obligations vis-à-vis des actionnaires. Donc, une boucle de plus en définitive... 

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Certaines tâches manuelles sont délaissées pour la raison simple de ‘pas assez gratifiantes’ ou n’apportant pas le levier nécessaire à la reconnaissance dans la société.
Les parents d’aujourd’hui ont aussi leur part de responsabilité dans cette vision dévaluant le travail manuel.
Et pourtant de multiples postes restent vacants et cet état d’esprit génère artificiellement une pénurie. Cherchez un bon plombier de confiance et vous comprendrez aisément la difficulté de la tâche. Toutes les niches du travail devraient trouver un nombre suffisant d’occupants.
Le pluralisme des potentialités devrait à terme aboutir à l’équilibre.

Les mieux adaptés aux situations du moment arriveront à maturité. La sophistication n’est pas nécessairement l’apanage de la réussite ni de la satisfaction.

Alors, maintenant, ramons ensemble.

 

L'enfoiré

 

Dans le monde des insectes, même philosophie

 

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