Ecrire en analogique ou en numérique (22/01/2009)

Un copain me disait, récemment, à la lecture d'un de mes textes que j'écrivais souvent comme je programmais. Pas faux, me suis-je dis. Je l'avais même écrit dans un de mes anciens articles « Le mal au blog » en disant que je ne voyais pas tellement de différences dans les deux disciplines.

0.jpg"Les gens aiment bien qu'on les aide, qu'on les amuse et il ne faut pas trop les fatiguer", m'informait-il. "L'écriture n'est pas de la programmation", ajoutait-il pour m'inciter à plus de réserve, plus de souplesse ou moins d'autres choses dont je laisserais des traces personnelles. La façon d'écrire ne fait que refléter une foule de préalables. Elle laisse quelque chose de l'écrivain, du rédacteur, derrière elle.

On a déjà écrit sur le sujet, mais il était plutôt question de technique.

Alors, je me suis interrogé, introspectivement. Serais-je trop hermétique, trop froid comme le prétendait mon copain ? Pas de sentiments à chaud.

S'ils existent, sont-ils trop distillés derrière des pare-feux? Le titre m'est venu par sa modernité. Qu'est-ce qui fait l'analogique? Comment devient-on numérique dont j'ai depuis longtemps passé le Rubicon de la rupture? Définir ce dernier petit nouveau "numérique" est peut-être plus facile que de définir l'analogique humain.

A la base, en numérique, il y a le système binaire avec le 0 et le 1 comme outil pour créer tout le reste. Une porte est dès lors ouverte ou fermée en numérique. Pourrait-elle être entrouverte dans l'analogique?

L'idéologie de l'émotion communiquée par la chanson et la poésie serait dans le camp analogique dans son exclusivité. La froideur scientifique et de la raison dans l'autre.

0.jpgPourtant, question: Pourquoi comptait-on les pieds en poésie auparavant, sinon pour y associer le côté numérique? C'est bien beau un quatrain. L'habitude qui part et qui revient de plus belle dans le mouvement de la chanson "rap", revendicative, scandée même dans une litanie avec peu d'observations analysées et des rimes finales très approximatives. Le côté chantant n'est manifestement plus là quand il s'agit de revendiquer. L'agréable disparaît pour faire passer "le" message qui n'est plus aussi rose qu'on le voudrait. L'harmonie a du plomb dans l'aile. L'époque a changé. Nous sommes en crise et cela ne date pas d'hier. Internet a fait ressortir une lassitude de l'angélisme et la chanson d'amour des "Années bonheur". A la recherche de nouvelles valeurs, dit-on. Mais quelles valeurs? Cherche-t-on là où elles sont réellement?

La programmation a une logique. La dichotomie du numérique s'associe normalement d'un arbre construit hiérarchiquement appelé organigramme comme squelette. L'écriture n'en aurait-elle pas?  L'analyse ne ferait pas partie de l'analogique.

Mes phrases seraient des instructions. Une erreur d'appréciation ou de tournure de phrase, un « bug ». Des erreurs d'écriture, des défauts qui se développeraient sans émotions. Alors que, dans les mains de l'artiste, les erreurs en deviendraient des diamants de beauté.

Nous retrouvons les sciences exactes face aux sciences humaines. Construire avec un préambule et des préalables à la thèse développée en chapeau. Des paramètres contenus et définis avant de procéder.  La recherche des sources comme moelle épinière. Le pied de l'article avec ses conclusions plus intimistes, plus subjectives. Voilà, ma technique. Aurais-je dévié à ma tâche en cherchant la structure en tout?

Le joueur d'échec, calculateur, aussi, voit, lui, plusieurs coups à l'avance. Un rédacteur qui se respecte ne devrait en connaître tous les coups de manière exhaustive. Il n'y a pas de hasard chez lui. Le scénario est connu, seule la forme est extensible ou non.

Quel est le secret? Comment briller dans un groupe de personnes en parlant d'un livre à peu de frais?

Qu'est-ce qui est important dans un livre pour la plupart des gens?

Le prologue et l'épilogue.

Dans 80% des cas, quand ces deux chapitres existent, vous avez au départ, les données, interlocuteurs, situation  et en finale, la finalité,

Le reste est du remplissage, de la technique pour atteindre la fin de l'histoire.   

Qu'est-ce que votre paye votre patron à la fin du mois?

Votre travail ou ce que vous avez réalisé avec ce qu'il vous a donné pour y arriver?

Cette cuisine intérieure ne vous sera intéressante si vous êtes vous-même intégré dans le processus. 

Le pragmatisme est devenu aujourd'hui, la seule manière de penser en manque de temps.

Nous sommes devenus plus numériques que par le passé.

Ecrire en style analogique ou numerique_Montre.jpgRemettre les pendules à l'heure se fait bien en analogique et en numérique dans le même espace temps. La montre bracelet associe souvent les deux systèmes sans confrontation. Le pouls de ce même poignet fait aussi dans l'émotion mais avec un rythme plus contrôlé.

Le nouveau schisme de l'analogique et du numérique, n'en serait-il qu'illusion?

Une nouvelle lutte entre cœur et raison, peut-être aussi.

Artiste ou scientifique ou technicien?

Religion ou laïcité? 

Foi contre espérance?

Oppositions surfaites, mais parfois bien faites.

Le dernier Vif L'Express (3003) mettait d'ailleurs les pieds dans le plat avec un titre "Et si le monde se portait mieux sans Dieu?".

Procès de Yahé, Allah ou Jésus Christ face à l'athéisme de Richard Dawkins qui définit les religions comme instruments du pouvoir et vice versa.

Le programme de différences et d'idées pour éveiller l'intérêt, la curiosité du lecteur par l'information ou par les seuls états d'âme qui se rejoignent toujours à l'infini. Amour courtois ou platonique que l'on retrouvait dans l'histoire sans même parler de numérique.

Écrire est le reflet de soi. Pas de doute là-dessus.

Question de philosophie d'écriture et de manière de vivre, très certainement. La "rigueur" du rapport des faits ou la "décoration" enjolivée du poème. Aboutissements de deux formes d'écriture.

L'envie du texte littéraire opposé au rapport scientifique des faits. Serait-ce une bête propension ou un combat de l'hémisphère gauche du cerveau qui limiterait la pensée à son corps et de l'hémisphère droit qui au contraire traiterait l'info dans l'espace et le temps?

Le temps pour accomplir cette entreprise humaine, donne aussi une différence notoire entre les deux styles et leurs approches.

La méthode analogique se limitant dans l'instant et l'instinct sur un coin de table. La méthode numérique moins consensuelle qui prendrait plus de temps pour se structurer dans la rigueur et la recherche de preuves tout azimut. Une musique, construite avec des phrases qui se terminent par des rimes pour le suivant. Dans les deuxième cas, pourtant, de manière pragmatique, les mêmes 26 lettres d'un alphabet organisées en mots, en phrases, en chapitres.

Est-ce faire preuve de trop peu de spontanéités que de prendre le temps pour écrire?

Je suis persuadé du contraire. Écrire un billet, un article est une foule de spontanéités mises bout à bout et cela, pas nécessairement devant une feuille blanche. Les idées viennent quand on ne s'y attend pas. Avoir le bout de papier sous la main pour se rappeler d'une élucubration passagère dans la systématique est alors le secours.

0.jpgAnalysons le phénomène, plus en détail, emportons-nous jusqu'à l'extrapolation.

Une construction programmatique ne joue pas dans le mélodrame. Elle se veut informative, exhaustive, sous forme de rapport le plus objectif, ensuite, séparé, le suggestif pour engendrer des réactions.

Il y a les faits qu'il faut faire partager dans leur vérité en séquences chronologiques bien dissociées.

Pas de panique. Du réel et du tangible. Des blocs de pensées avec une architecture structurée, complétés dans des temps plus ou moins longs, dans des espaces plus ou moins larges, appuyés par l'expérience et l'enseignement.

Pas de premier jet que l'on solde trop vite dans la boîte. Pas de répétitions, de redondances que les programmes détectent avec facilité. Pas d'endoctrinements, pas d'arrêt sur image. Des images qui se suivent du temps « x » au temps « y » avec des paramètres qui changent en permanence.

Technique de l'éprouver avec l'esprit en arrière plan et le cœur comme muscle plutôt qu'inspiration.

Pour parler dans le langage de la programmation, nous serions déjà à version 15.002 en gardant la mise à jour sous le manteau alors que le programme de l'autre serait toujours accroché à la version stabilisée n° 12.0.

Alors écrire, c'est quoi? Trouverons-nous des idées dans des rayons d'une même librairie ou de magasins différents?

La réponse trouve son origine derrière l'éducation et la formation de l'ego de son écrivain.

Pas de différence pourtant dans le mal à sortir ses mots dans les deux cas. Le fond fait partie des deux versions mais la forme prend des couleurs différentes.

La préface du livre d'Olivier de Kersauson, "Ocean's songs" disait dans la préface que son livre lui avait été incitée suite à la rencontre qu'il avait faite avec les fondateurs de Google.

Rencontre entre celui qui avait passé sa vie à courir le monde et ceux qui l'ont apporté à domicile dans une dématérialisation du savoir. Deux personnes qui se ressemblent pourtant dans le virtuel ou réel mais qui restent sur des lignes parallèles, en se frôlant sans vraiment se toucher en dur. Deux mondes qui ne se comprennent qu'avec l'aide d'un mémento de vocables propres.

A babord ou à tribord, toute, pour l'un... A gauche ou à droite, pour l'autre. 

Il est à constater que chez l'interlocuteur de l'autre bord, le lecteur, il peut se trouver une certaine aversion si le texte en lecture ne correspond pas à sa propre approche.0.jpg

Problème plus existentiel que l'on résume ou assume avec sa propre vision. Le dialogue devient aussi compliqué qu'entre le religieux et l'athée sans confession sinon celle de sa raison.

Trouver des compromis sans compromissions devient la difficulté majeur.

Les États-Unis sont un bouillon de culture des deux bords. Ils se chevauchent, s'imbriquent même avec des extrêmes incompréhensibles pour l'Européen. 

Créationnisme contre évolution. "Deux cent ans après la naissance de Darwin, la guerre continue", écrivait le dernier Nouvel Obs.  

Même dans l'écriture, on dissocie les deux approches. Les événements sont des agents de rencontres et de liaisons. Pas d'hommes bioniques mais des hommes de chair et de sang qui raisonnent ou saignent. 

Le « to be or not to be » pourrait-il se transformer en « Believe it or not » et en "God bless you" dans ce cas?

0.jpgVoltaire, l'homme des Lumières, disait tour à tour "Moi, j'écris pour agir" et "Si Dieu n'existait pas, il faudrait l'inventer". Paradoxe de l'homme qui pense dans les deux voies.

Gardons des interfaces, des vulgarisateurs, qui créent des liens généralistes, sans gadgets entre ces deux pôles de l'attraction humaine.

Je m'en vais, dès lors, moi, "le numérique", compter les pieds de mon « poème ».

A vous, « analogistes », de chercher les rimes. C'est décidé, je ne me lancerai qu'avec précaution dans les textes de chansons.

Mais, imaginez ce que ce serait des chansons enfoireuses. Cela aurait du pied mais sans les mains.

Même si Laurent Voulzy avouait que "Toutes les chansons racontent la même histoire", ce n'est pas vrai.

Amusant de trouver dans la presse récente, ce choc des idées.

Dans le même temps, on rencontre des périodiques qui rappellent que nous entrons en 2009 avec la tête dans les étoiles dont je parlais dans la "Théorie du tout" et qu'en même temps, fleurissent des articles qui on trait essentiellement à la religion.

Sciences et vie, le côté "astronomie" et de celui de l'astrologie se trouvera ailleurs.

Historia parlait, dans le même temps d'"Enfer et de Paradis", le magazine "Le monde des religions" de "La femme dans la religion".

Le Siècle des Lumières confronté à l'accroissement des créationnistes.

Caricatural tout cela? Pas vraiment.

Le magazine « Science et Vie » l'a très bien compris d'ailleurs. Il joue sur les deux tableaux. Car, la Nature avec un grand « N », celle qui navigue entre deux eaux, qui en jouit ou qui devient une ennemie pour les deux parties. Du moment que l'on laisse une porte d'entrée, pourquoi pas?

Aucun fatalisme, aucun surnaturel, aux travailleurs de l'ombre et de la lumière. Mais, au fait, qu'en penserait les robots?

L'astrophysicien, Jean Pierre Petit, a même créé un genre nouveau, la Bande Dessinée Scientifique dans un savoir-sans-frontières. Le 7ème ciel n'existe pas et n'est qu'un mythe. On vit seulement avec des illusions et des utopies que l'on retrouve comme la carotte devant l'âne de Buridan.

Pour toucher à l'actualité, sommes-nous à une autre croisée des chemins qui se matérialise par une personnalité comme Barack Obama, qui a probablement plus un programme de tout changer sans rien changer?

"Paradis socialiste contre enfer capitaliste", lisais-je dans l'un des magazines.

Un axe du mal ou du bien ? Certainement pas, surtout quand l'enfer, c'est toujours les autres. Prêter serment sur la Bible n'est pas aussi anodin qu'il n'y parrait. Son discours d'investiture va être très étudié sous toutes les coutures même s'il se termine par "God bless you". Une première allocution.

Ecrire en analogique.jpgDès le lendemain, c'était parti.

Comment parviendra-t-il à renverser la situation? créée par son prédécesseur? Un travail de Titan. Alea jacta est. 

Déjà, un Obamètre se met en place.

0.jpgAura-t-il un esprit plus analogique que numérique? Il faudra très probablement les deux.

Il faudra comme disait Max Gallo en parlant de l'histoire "Imaginer avec prudence ce qui peut survenir et aussi s'y préparer, de tenter parfois de l'éviter et quelquefois de la favoriser".

Pas de miracle, pas de prophétie à rechercher là-dedans. Du pragmatisme avec l'histoire qui reste le laboratoire de l'homme.

Nous l'avons, peut-être, échappé belle, d'ailleurs.

Jean-Luc Hees écrivait dans son livre qui se voulait le plus humoristique sur le sujet "Obama, what else?". Le livre décrivait sans complaisance chacun des compétiteurs.

0.jpgMiss Palin était, et pour cause, sa tête de pipe. Il était dit en substance: Elle vous emmerdait. Elle jouait cavalier seul. Elle pensait toute seule, buvait de la bière et tirait sur tout ce qui bouge à plume ou à poil. Elle incarnait l'Américain moyen qui ne connait que les frontières de son état ou au mieux de son pays. La femme du froid, de l'"average". Celle qui n'a pas besoin des Lumières car elle voyait l'homme et les dinosaures en contemporains. Elle imaginait probablement le plaisir, que cela devrait être de pouvoir tirer sur les ptérodactyles.

Obama avec « Yes, we can » pour saluer le "Retour du Jedi", de Rambo, du "Magicien d'Oz", avec, cette fois, « Out of Africa » vers un autre « American Dream » dans une "Stratégie du Choc" des idées et des mots, comme des autres? Un homme complet, honnête, intelligent, courageux, intègre, charmeur, humoristique, sérieux avec l'analogique dans le cœur et le numérique dans la tête. Tout un programme! Programme mis en opposition avec la manière plus numérique de Sarkozy. Bling-bling contre Bing-Bong, je suis là et bien là?

0.jpgIl faut retourner à la visite d'Obama chez Sarkozy pour en sentir déjà les prémisses et les suites pour l'Europe.

"La démocratie et la politique sont trop importants pour les laisser dans les seules mains des experts." disait quelqu'un.

Comme disait un article "Plaisir d'amour... plaisir d'écrire", la forme n'est que l'aspect en surface. Pour le fond, il faudra un peu plus creuser.

Écriture, une passion des lettres à partager comme moteur de contacts. Tellement, volatiles et volontaires, ces écrits.

0.jpgCes mots, constitués que d'un ensemble de 26 lettres dans notre langage. Bien suffisantes pour en faire un fromage. Les trous que l'on découvre dans celui-ci, une technique de la logique floue?

Les acteurs-lecteurs de cet échange, eux, seront-ils, analogiques ou numériques dans un match du cerveau émotionnel contre néocortical?

Entrez vos mots de passe en minuscule, comme il est dit, et ne répondez surtout plus par la question: "Les chiffres, aussi en minuscules?"

Avoir les boules, ça se fait aussi bien avec le boulier compteur que par les coups de boules.

0.jpgOui, brasseur de l'information pour taquiner les neurones, iconoclaste à mes heures et avec humour, ça me botte...

Au fait, merci à celui que je nomme mon "antidote" pour m'avoir fait comprendre qu'il faut le cœur et le cerveau pour vivre en harmonie avec soi-même.

Le sourire, lui, reste un problème des zygomatiques conduit par les deux.

Puis, dormir, beaucoup dormir, laisser mûrir un texte, jusque quand on ne parvient plus à trouver ni d'analogies, ni de numéricité... 

Je m'en vais à la cuisine des mots d'orfèvres...


 

L'enfoiré,

 

La manière d'écrire, une affaire de génome aussi à en voir les commentaires?

Sur Agoravox, fait-on dans la analogique ou le numérique?

 

Citations, 

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