Bouchons sur l'eau, au sol et dans le ciel londonien (07/06/2012)

0.jpgLondres, une ville qui dépasse les dimensions  de Los Angeles, passe une année d'événements majeurs qui carburent dans tous les domaines et des bouchons se dessinent.

D'abord, Londres vient de célébrer le "Queen Diamond's Jubilee", les 60 ans de règne d’Elisabeth II.

Jubilé de Diamant pour la Reine, fêté en quatre jours, avec dimanche, le point principal, une armada de plus de 1000 bateaux qui a sillonné la Tamise entre Putney et Tower Bridge avec le "Gloriana" qui date de 1662, l'époque de Charles II, contemporain de Louis XIV en France.Une "Big Party", unconcert pop devant le Palais de Buckingham terni par l'absence du duc D'Edimbourg et en parallèle, une dizaine de milliers d'événements organisés pour l'occasion.

Hommage à la Tamise, à la "London's River", à l'esprit anglais de la fête.

Cinq ans de préparation au Jubilé. La tradition et le protocole obligent toujours dans un monde quelque peu à part où on ne fait pas uniquement rouler à gauche pour être différent.    

L'historien, Francis Ballast, rappelait ce parcours qui a vu la Reine Victoria comme première "Diamond's Jubilee" mais qui mentionne aussi que le Commonwealth n'est plus le Dominium sur 60% des terres émergées comme il l'était au début de son règne, mais plutôt une entente culturelle avec la langue anglaise et le système juridique comme intérêt en commun. Élisabeth II, si il y a subit une érosion du pouvoir, reste toujours immensément respectée par la population. Le rapprochement avec le peuple fut encore plus effectif avec sa mère, la Queen Mum. 0.jpg

"Racines et les Ailes" plantait le décor dans un Spécial Londres. "C'est du Belge" de même avec l'émission "Il était une fois, Elisabeth II", dans laquelle on suit avec ses 5000 chapeaux et robes assorties. Ce fut son grand-père, George V qui créa la dynastie des Windsor. L'année 1936 fut celle des trois rois se partageant le trône entre George V, Edouard VIII et George VI. L'année 1992, l'"annus horribilis" pour Elisabeth II. Douze premiers ministres pendant son règne. Des présidences de gauche et de droite se sont succédées à Buckingham Palace, à partir des États-Unis, de France et d'ailleurs. Des souvenirs doivent se retrouver dans le livre de Isabelle Rivère "Dans l'intimité du règne". Ceaucescu n'a pas laissé que de bons souvenirs chez Elisabeth II en 1978.

"Hiératique et pourtant si humaine", cette reine Elisabeth II.

Un petit tour au château de Winsor explique encore mieux le fond de l'affaire de la saga des "Windsor et Mountabatten". Test de nationalisme et de l'estime de la royauté. Tout ce qui peut se décliner aux couleurs de l'Union Jack est de sortie. 

Les opposants à la monarchie réclamaient la république et le droit d'élire leur propre chef d'Etat avec des calicots: «nous ne sommes pas des sujets». Ils se sont fait huer en chantant le "God save the Queen".  Les «rebelles» expliquaient la démarche dans un français parfait. Extraordinaire, pour un anglais... La royauté ne coûte que moins d'une livre en impôts par an et par sujet, parait-il. Tout le reste viendrait de tout ce qui est vendu en relation avec la royauté. L'image de la Reine se retrouve partout, sur les boîtes à biscuits, les cendriers... et les rentrées touristiques montent les recettes à un milliard de livres. Les touristes de partout font entrer les livres sterling dans les caisses de l'Etat.

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Mais, revenons à la capitale, Londres.

Il y a d'abord le Grand Londres, une mégapole qui prend les dimensions gigantesques de 1579 km2, 15 fois celles de Paris, alors que Los Angeles n'a que 1296,6 km2. Huit millions de Londoniens.

Rien à voir avec la City de Londres, bien connue, avec sa Tour de Londres, Tower Bridge, Big Ben et le Parlement qui, le long de la Tamise, se fraient une place nostalgique dans les clichés souvenirs et sur les cartes postales.

Le Londres moderne, lui, est constitué de "The Shard" de 310 mètres de haut, du "London Eye", du "Gherkin" et d'autres gratte-ciel qui sont visibles de loin.

La ville a beaucoup changé mais elle est restée encadrée pour arriver à le faire dans les règles très british en traditions, très utilitaire, aussi. L'intérêt reste économique, fonctionnel et pas uniquement tourné vers le seul côté esthétique comme pourrait le faire penser Paris. 

2012, une année de grands événements pour l'Angleterre. Le Jubilée peut être considéré comme une répétition pour l'événement suivant, les Jeux Olympiques de fin juillet.

Alors, on commence à avoir peur de l'affluence que cela va provoquer dans le ciel et au sol. Les jeux olympiques de Pékin sont encore dans les mémoires comme vitrine de la Chine. Il fallait faire différent.

D'abord, l'Eurostar est le moyen de transport majeur qui n'en fait plus une île. Aussi rapide que l'avion si l'on veut se rendre au centre de Londres. A la descente du train, un hôtel de luxe y attend le touriste et l'homme d'affaires, avec une vue imprenable sur la gare. 

L'Est de Londres a été réservé aux JO comme un nouvel espace de vie avec un parc urbain que l'on voudrait récupérer après les jeux. L'Orbit en son centre est une oeuvre d'art architecturale de 115 mètres qui permettra une vue globale sur le parc olympique.

0.jpgLe protocole n'a pourtant pas changé. Les huit parcs royaux à Londres. Hyde park, Kensington Gardens, Regent’s Park ou Richmond Park...comme parcs royaux font de Londres la capitale la plus verte d’Europe ! Espaces verts dont l'origine dépasse les mille ans d'histoire.

Des quartiers industriels sont devenus commerciaux ou résidentiels parfois extravaguant. Le cosmopolitisme n'a fait que s'accentuer. 400.000 Français y résident. Difficile de trouver un job. 3000 euros par mois pour louer un appartement qu'il faut partager en collocation entre étudiants.   

Le trafic aérien pour et autour de Londres est à la hauteur de ses ambitions. Le trafic compte les vols de Paris et de Frankfort réunis.

Quatre aéroports viennent à la rescousse de Heathrow: Gatewick, Stansted, Luton et City. Heathrow a déjà trois terminaux qui se partagent les pistes en fonction de leur destination.

Ajouter une troisième piste, un sixième terminal à Heathrow, a été refusé.

Alors, on a pensé à un nouvel aéroport à 55 kilomètres de Londres, à l'embouchure de la Tamise: le Thames Estuary Airport.

Une plate forme maritime assez loin de tout pour ne pas ajouter de nuisances sonores. Le coût entre 60 et 84 milliards d'euros. Sont espérés 180 millions de passagers par an.

Magnifique, mais pas pour tout le monde0.jpg.

A l'Est de Londres, les propriétaires des appartements espèrent louer leurs biens à prix d'or pendant les jeux aux détriments des locataires existants. Des prix de 1500£, 2500£ sinon beaucoup plus, deviennent de nouvelles normes. Les locataires sont mis à la porte en prévision même si les propriétaires ne sont pas sûrs de relouer.

Quand on attire, à l'Est, autant de monde cela crée une concurrence et fait craindre de perdre un potentiel en manque à gagner, attise quelques jalousies. L'Ouest va jusqu'à se rebiffer.

Puis, ce qui n'arrange rien, il y a l'engagement de gouvernement pris en 2006 pour 2050 de réduire de 80% des émissions de carbone. 1.jpgQuand on connaît la pollution en CO2 qu'un avion produit, il y a intérêt à se tourner vers les constructeurs pour trouver des avions qui volent sans bruit et avec le moins de kérosène.

Mais qu'est-ce qui attire tant le monde à Londres?

En 2007, s'il y avait bien le vertige d'une société dynamique dans lequel je parlais de Londres mais c'était dans une période "avant crises". Cette fois, dans le jargon médical cela pourrait s'appeller le VPPB, avec le mot "Bénin" remplacé "dépendant du Bénéficière". Tout est toujours profitable, si on y trouve son propre intérêt.

En 2007, était dit que "Le luxe reste discret et passe outre les crises. Il faut quand même être cheikh du Qatar pour se payer l'appartement de 1.800 mètres carrés en construction face à Hide Park pour 147,5 millions d'euros.". 

Depuis, les crises se sont incrustées comme une tache d'huile dans le monde entier. Il fallait rechercher réduire ses ambitions dans des espaces plus appropriés destinés aux hommes d'affaires et aux touristes fortunés.

0.jpgLà, l'étonnement est radical. Une nouvelle bulle immobilière a pris place, gonflée par des Arabes, des Italiens, des Français, par des tycoons asiatiques et... par des Grecs dont les fortunes sortent de Grèce et cherchent un nouveau refuge. Ils ne passent pas par les banques. Ils payent cash. La livre donne plus de confiance que l'euro. Plus de 50% des maisons londoniennes sont ainsi vendus à des étrangers. Et les millions de livres valsent et transitent pas des agences immobilières.  

"La valeur du bien semble inversement proportionnelle à son taux d'occupation. Quant aux propriétés modestes, elles voient leur prix baisser.", est-il constaté.

Marché bizarre et à deux vitesses?

0.jpgTroisième édition des JO en 2012, après ceux de 1908 et de 1948. En 1908, c'était parti même pour une durée de trois mois. Aujourd'hui, c'est en deux semaines qu'il faut rentrer dans ses frais. Londres veut que cela soit rentable. Les JO se veulent les plus verts de l’histoire avec un budget calibré à 9,3 milliards de livres. L'idée est de tout réutiliser après la fermeture.  Le village sportif est destiné à devenir un beau quartier résidentiel et familial avec 3.600 appartements.

L'East London, parent pauvre, jusqu'ici, avec ses 250 ha, après sa remise à neuf, apportera le renouveau qui est la logique intrinsèque à la volonté d'organiser ces jeux. 
   

Plus, on arrive à l'échéance, la révision du budget approche les 13 milliards, voire les 30 milliards si on prend en considération les coûts indirects, les Anglais espèrent qu'ils ne seront pas perdus à jamais. 1500 entreprises se sont déjà partagé le pactole de 9 milliards d'euros comme des morceaux du beau gâteau aux mille bougies.

Alors, hésiter entre l'envie de rassurer ou celle d'impressionner n'a pas de raison d'être. Tout coûte désormais très cher.

En 2010, la ville de Rome s'est, d'ores et déjà, retirée de la course à l'investiture des prochains JO en réponse aux problèmes financiers de l'Italie. Quand on n'a plus les moyens, il vaut mieux s'abstenir.

Les JO en 8 chiffres sont hallucinants:

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1. Ce sera la plus grande mobilisation de personnel militaire et de sécurité depuis la Seconde Guerre mondiale. 13.500 troupes seront déployées. C’est plus que le nombre de celles qui se trouvent actuellement en Afghanistan. Les effectifs militaires totaux sont estimés à entre 24.000 et 49.000 soldats, mais le chiffre réel est secret, ce qui explique l'ampleur de cette fourchette. Des missiles sol-air, le bateau MMS Ocean prêts à bloquer le port à Greenwitch, des Typhoons seront près à décoller. Le budget de sécurité s'élève entre 600 millions et un milliards de livres, voire 3 milliards.

2. 1.000 agents de la diplomatie américaine et du FBI ainsi que 55 patrouilles avec des chiens seront envoyés sur la zone olympique. Celle-ci sera circonscrite par une clôture de 18 km de long, électrifiée avec une tension de 5000 volts pour séparer cette zone du reste de la ville.

0.jpg3. Les compétitions vont opposer 17.000 athlètes sur 17 jours, ce qui devrait coûter 59.000 livres  par athlète, soit 3.500 livres par athlète et par jour. Cela représente un total de 1,2 milliards d'euros...

4. Les Jeux olympiques d’Athènes en 2004 étaient encore plus coûteux, avec un montant de 90.000 livres par athlète. Ils ont, d'ailleurs, contribué à la crise grecque.

5. Sous la pression des États-Unis, les effectifs de sécurité ont été plus que doublés, par rapport à ceux qui avaient été prévus l’année dernière. Le coût de la sécurité à Londres pourrait atteindre 553 millions de livres selon les hypothèses les plus hautes.

6. Les spécialistes ont travaillé sur 27 scenarii de menaces et d’attaques terroristes diverses pendant les Jeux.

7. 4.000 chauffeurs assureront le transport de 40.000 officiels, bureaucrates, politiciens et personnalités variées pendant les 17 jours. Ils seront en mesure d'utiliser un système de voies spécialement construites pour l'événement dans les rues de Londres. Les touristes les plus riches pourront aussi emprunter ces voies s’ils acceptent de s’acquitter de 20.000 livres pour s’offrir le pass VIP.

8. 1.400 maisons qui ont été spécialement construites pour le village olympique. La famille royale du Qatar les a financées pour en devenir le propriétaire pour un montant de 557 millions de livres.

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Le CIO, une multinationale aux poches bien garnies. Les droits audiovisuels des JO ont augmenté de 50% par rapport à ceux de des JO de Pékin. La sécurité, un problème majeur. Nouveau? Non, mais plus crucial. Le CIO contribue au niveau de 553 millions d'euros, 14% du budget global, soit plus de 4milliards d'euros qui proviennent des droits audiovisuels pour 80% et du sponsoring. Samaranch et Rogge s'en sont précoccupé. En local, le LOCOG, le comité olympique anglais, fournit le reste.  

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De ce côté du Channel, on s'étonne souvent que l'euro n'est pas le bienvenu, que la Grande-Bretagne se tourne plus vers les États-Unis que vers l'Europe. 

Il y a des bouchons sur l'eau, au sol et dans les airs, mais on n'est pas bouchonné à Londres. "Fier d'être britannique", comme le disait le Prince de Galles lors d'une fête qui fut à l'échelle mondiale (vidéo). Être représentante d'un pays pendant 60 ans, aux yeux du monde, cela fera toujours mieux qu'une présidence limitée dans le temps. Le Japon est un exemple de plus de cette longévité.

0.jpgDans l'histoire, le "François de France" était déjà employé en Angleterre dans les actes et les documents royaux. Le plus ancien manuel de «françois», le Traite sur la langue françoise, a été composé par un Anglo-Normand, Walter de Bibbesworth, entre 1240 et 1250. Il était destiné aux nobles anglais, qui avaient déjà des notions de «françois» et désiraient parfaire leurs connaissances dans cette langue qui se retrouvait jusque vers le milieu du XIVe siècle. Les Contes de Canterbury écrits par Geoeffrey Chaucer mettent en scène une prieure qui avec les belles manières de la haute société anglaise parle le "françois". Aujourd'hui, trouver un anglais qui parle plus de langues que la sienne, devient plus difficile. Tout Internet, tout le monde parle le globish.

Londres, la ville sans limites en mutation et invention permanente où la Reine jubile, écrit le Hors-Série de Le Point. 63% de la population en dessous de 45 ans.

L'excentrique maire, Boris Johnson, arriviste, gouailleur, gaffeur, a rempilé pour un second mandat en 2009. A l'humour douteux, en 2004, il lançait dans sa campagne: "Votez tory, votre femme aura des gros seins".

Alors, les JO de Londres, est-ce le triomphe de la peur sur le courage?

Wait and see and meanwhile forget the fear because, the slogan is always in french "Honi soit qui mal y pense".



L'enfoiré,

 

Citations:

 

Pour les photos, ma dernière visite dans le centre est trop lointaine, je ferai appel à Denise Caron dans sa série de Chronique londonienne:

Millenium, Foule, Masques, Musique, Quotidien, Glaces, Sauts, Lions, Verbe, Couleurs d'Ecosse, London Bridge.....

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Mise à jour 08 avril 2013: Décès de Margaret Thatcher Une main de fer sans gant de velours

Mise à jour 21 avril 2016: Elisabeth II fête ses 90 ans.

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10/1/2020: Après le Brexit voilà le MegXit>>>

Avec son cactus

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