Anatomie des photos de vacances (26/07/2012)

0.jpgCe weekend, les juilletistes vont aller à la rencontre des aoûtiens. Pour les premiers, c'est le moment de revoir et de penser à classer les photos de vacances. Travail qui consiste à supprimer les ratés, les bougées, les floues, les mal exposés... et j'en passe. Puis de les classer.

La photo a une histoire du passage de l'analogique au numérique racontée dans "Le petit oiseau est de sortie".

N'ayez crainte, je ne vais pas vous faire un cours de photos, même si j'avais appris tout sur la photo et son traitement avant de pouvoir écrire.

Un survol suffira. En rire et en faire quelques démonstrations par l'absurde, avec humour, plutôt.

Alors, commençons dans le vif du sujet, sur le terrain des opérations en vacances.

- Tu vois, chérie, comme la campagne est belle, comme cette ville a un côté rustique, magique même.

- Tu as raison. C'est merveilleux. J'ai presque envie d'habiter par ici. Sors ton appareil et fais nous des photos souvenirs. On ne sait jamais.

Le "chéri" va obéir avec plaisir. Il va sortir le bel appareil de son sac. Il est neuf, acheté juste avant les vacances et va mettre tout ces belles images dans la boîte prévue pour. 

- Chérie, te rappelles-tu la fonction du bouton à gauche de l'objectif?

- T'occupe pas. Mets tout en automatique. C'est la molette sur le haut.  Tous ces gadgets, c'est pour les pros. Il s'agit de montrer aux amis, une fois de retour chez nous, les paysages, pas de passer une heure dans le bouquin.

Le "chéri" obtempère mais il reste sur sa faim. Il se demande pourquoi, ils ont tellement poussé, ensemble, à choisir ces gadgets lors de l'achat de l'appareil.

Le cœur doit avoir ses raisons que le raison ne connaît pas mais il y a de ces subtilités qui resteront parfois suspectes.

Supposons, l'arrivée à Pise.

Photogénique, Madame, devant la Tour de Pise, tente de redresser la tour du bout des doigts. Classique ou unique, on ne sait plus très bien. Et clic, une photo pour la postérité. On verra bien l'effet dans le petit truc rectangulaire de l'appareil ou alors, au retour, dans le grand écran.

Le chéri hésite à la prendre sans elle. "Sans elle"? Mais, voyons, il veut dire sans la tour de Pise. 

Sans la présence de sa "chérie" sur la photo, ce serait peut-être, un sacrilège et, à coup sûr, une scène de ménage, plus tard, au retour.

Un conseil pour le photographe d'occasion, surtout ne pas "couper" les jambes de la "chérie". Ce serait un nouveau "casus belli". La prendre avec les pieds compris et le sourire de circonstance de la crémière puisque l'argent a été dépensé. Ils prouveront aux collègues qu'elle était heureuse, souriante sous un soleil radieux, au moins, l'espace d'un clic.

Les collègues sont tellement suspicieuses qu'il faut prouver qu'elle était bien à Pise, entière et pas ailleurs.

C'est le b.a-ba du photographe heureux en couple.

Caricatural? A peine.

Non, vraiment, le photographe futé prendrait au moins deux photos, dans ce cas-là. C'est pas plus cher et ça peut rapporter gros.

Mitrailler, oui, bien sûr, un minimum, pour le moins mais pas pour le plus. 

Attention, il ne faut pas confondre la présentation de photos aux copains avec un film qui passe à 25 images secondes. Il faudra choisir les meilleurs photos pour ne pas lasser les spectateurs qui, eux, feront, parfois, un effort pour vous être agréable devant vos photos, même s'ils semblent, à d'autres moments, vous envier d'avoir vécu cette aventure photographique.

Changer de focale quand on mitraille. Ouais... mais pas n'importe comment.

Si c'est l'île en face qu'il faut prendre, vaut mieux prendre un télé puissant pour éliminer le trop plein de mer sur les bords. J'oublie, on peut toujours recadrer, mais garder trop de pixels inutiles, c'est du gâchis.

Voilà que cela me reprend, je commence déjà à faire le prof d'occasion !  Ok, fermons ce ban-là.

IMG_0003.jpgEssayez de donner un avis objectif sur les photos de quelqu'un d'autre, c'est se payer un bide magistral. L'objectivité est à plusieurs facettes et la subjectivité règne en maître dans l'arène. On n'aime pas... Point.

Certains magazines de photos se risquent à donner un avis mais c'est quand les lecteurs se prêtent à l’exercice. Sinon, c'est considéré comme arbitraire et qualifier comme une erreur d'appréciation pour un travail qui était considéré "cinq étoiles", à l'origine, par son géniteur. 

Pourtant, des règles se cachent derrière l'évaluation de la qualité d'une photo. Règles nécessaires si l'on veut présenter les résultats en dehors de la famille, s'entend. Les "autres" ne sont pas à leur coup d'essais. Ils connaissent la musique et sont de plus en plus exigent, les "salauds". En dehors du professionnalisme des médias, pour eux, cela risque d'être du pipo, vos photos.

A la base, l'habitude adoptée par les peintres a migré dans l'esprit des photographes. Le cadrage du sujet principal est un exemple parmi d'autres.

La règle des tiers est pourtant facilement oubliée.

Pas grave, elle peut se récupérer après, à la découpe.

Encore une fois, d'accord.

Le sujet principal au milieu et les subalternes sur les côtés, ce sont de vieux souvenirs périmés de papa ou de grand-papa. 

La profondeur de champ, un vieux truc, a été remplacée par des programmes dédicacés aux portraits,  aux paysages et aux sujets en mouvements.

La photo est un art de la lumière diffuse. Le soleil apporte trop de dureté et fait grincer les yeux du supplicié photographié. En basse lumière, avec le numérique, on ne parle plus de grains, mais de bruits. On change les mots, mais les problèmes restent les mêmes.

Élargir au panoramique, en numérique, devient un jeu d'enfant. Pas besoin d'un appareil dit panoramique, ni d'un fish-eye. Concaténer des photos entre elles, à l'aide de logiciels qui "stitch en panorama", existe, pourquoi s'en priver. 

Des angles de vue insolites, donner du relief en introduisant un plan rapproché et un autre éloigné, encore des trucs de cuisine pour restituer l'ambiance et la profondeur de champ, avant que n'arrive la photo en relief sans ses lunettes d'appoint. 

Jouer avec les ombres, les arrières-plans, les positions en plongée en contre-plongées, les contre-jours n'ont plus de secret pour le néophyte. Enfin, on peut l'espérer...

Mais, l'originalité sort, souvent, de la bouche des relativement "grands-enfants", de ceux qui n'ont aucune technique préalable qui cassent toutes les règles en mettant les défauts en exergue. C'est incontestable, ce cas existe, mais, ce n'est pas l'exception qui fait loi.

Avec des retouches, de copier-coller, de morphismes, cela demandent un doigté qui n'est pas à la portée du premier venu, à condition que quelqu'un sache de quoi il s'agit et comment faire.

Au retour, retoucher doit rester un plaisir, une passion, aussi, surtout depuis l’avènement des logiciels qui poussent comme des champignons sans bourse déliée, même si les champignons, eux, prennent des altitudes inespérées par leurs prix. 

Supposons que le premier travail de dégrossissement est achevé. Après le gros œuvre, c'est celui du classement qui commence. Avant, avec les diapositives ou même les négatifs, c'était la boîte de lumière sur laquelle on étalait les photos agrandies par en dessous et  une loupe par dessus. Ordonner les photos était relativement facile et seulement dépendant de la grandeur de cet outil essentiel à l'organisation.

En numérique, il en va tout autre. La boite à lumière, c'est sur l'écran d'un PC que cela se passe. Cette fois, on peut, zoomer agrandir ou diminuer le nombre de photos sur l'écran, c'est déjà ça. Si déplacer les images n'est pas difficile, garder le nouvel ordre choisi l'est beaucoup moins. Il existe des logiciels reséquenceurs mais ils attribuent une séquence de manière automatique à partir de la chronologie des prises de vues. Aucun, à ma connaissance, ne permet de créer un ordre en fonction de la position des photos, choisie après permutation et substitution sur un écran. Classer dans un ordre plus logique que celui de la chronologie, peut éviter de retrouver une duplication, une photo mal placée et donc, toujours malvenue. L'opération de séquencer se résume à une opération, en manuel intégral qui peut être jumelée à l'identification par un titre des photos. Si quelqu'un connaît la solution qu'il lève le voile, cela m'arrangerait. 

IMG_0001.jpgSurtout ne pas trop attendre pour cette opération pour les intituler. La mémoire humaine est défaillante dans le temps. 

Mais, vous savez tout cela j'en suis sûr.

Mon Touring Explorer va-t-il en dire plus? 

Une préface n'est pas très engageante, même si c'est bien dit.

"Décontraction ne rime pas forcément avec photogénie. A travers les images, c'est notre histoire que nous écrivons", est-il dit en préface.

Les chapitres suivent et ne vont pas démentir la première impression.

Aider à réaliser une anatomie des photos de vacances qui comme chacun sait, doivent être à la hauteur de la tâche, très dépendante de la scène ou du sujet à photographier.

Mais, pas de panique, car à la base, photographier, c'est du...

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1. Plaisir, sourire, plage

L'histoire du "smile", du fameux "chees", au moment de la photo est l'habitude aujourd'hui, mais n'existait pas sur les photos des grands-parents. Étrange? Serions-nous plus heureux aujourd'hui que hier? Non, il faut en donner l'illusion. Montrer qu'on a été content en vacances, elles qui ont été si chèrement payées et ont nécessité tellement de sueurs.IMG_0001.jpg

A l'époque, pour les portraits, il valait mieux montrer son ego dans la solennité sous le costume du dimanche. Les dents bien serrées, quand il en restait, n'étaient pas là pour sourire, mais à la rigueur, pour manger. On faisait la pose, comme on le fait aujourd'hui, pour la photo d'identité de son passeport.

George Eastman de Kodak a changé les faces et la donne. Ni au profit du dentiste, ni de celui du prothésiste, mais bien pour raison de marketing du producteur de tout ce qui construit une photo. Avoir un gueule qui rase les murs, ne fait pas vendre des films. Ce fondateur de Kodak a, dès lors, investi et légué une partie de sa fortune dans les cliniques dentaires.

C'est évident, le bonheur fait vendre. La "Kodak Girl" était là pour faire photographier ce que l'on n'avait pas encore penser ou oser faire: les petits-enfants, la famille lors des promenades et des sorties sous le soleil. En 1900, le Brownie, vendu à un dollar, devait fonctionner et consommer de la pellicule. Un max de pellicules. La stratégie marketing s'est retrouvée dans les imprimantes à jets d'encre qui ne coûtent pas chère à l'achat mais dont le manque à gagner se retrouve dans les consommables. 

A l'époque, les pique-niques étaient une occasion rêvée pour sortir les appareils sous le soleil arrière, exactement. Je dis "exactement", parce que le photographe devait l'avoir, à l'époque, dans le dos, pour avoir le maximum de chance et de luminosité. Relax, cool, les mots d'ordres du plaisir, des sourires et des clic-clac, font tout oublier.

IMG_0002.jpgTout a changé sauf les fondements de la photographie. Comment faire de bonnes photographies s'apprend toujours et la technique ne varie pas qu'elles soient faites avec un "ancien" appareil analogique ou un "nouveau" numérique.

Première constatation, on n'a jamais pris autant de photos que depuis l’avènement du numérique. Les avantages sont énormes par rapport aux films photos en 24-36 d'antan. L'immédiateté du résultat et le prix nul ne sont que les principaux.

Le numérique est aussi arrivé au nirvana du perfectionniste.

Cela a entraîné la déconfiture de Kodak comme le résultat de cette révolution dans le domaine de la photo.

Tous les fournisseurs de matériel, de films ont dû s'adapter s'ils ne voulaient pas mourir.

C'est décidé, on va faire des photos uniques, prises sous un angle unique, avec un appareil unique... et un photographe unique.

Plus vite dit que fait parce que les règles de la photo n'ont pas changé si l'outil l'a fait.IMG.jpg

"Mieux photographier", que de bouquins traitent de ces techniques créatives qui ajoutent un plus mais qui n'a plus l'heur d'être observé.

0.PNGMieux photographier est surtout affaire de circonstances climatiques, de l'heure des prises de vue et du sujet à photographier.

Le portrait à lui seul, mérite une foule de subterfuges pour effacer, les rigidités d'une pose, les imperfections des traits. Les remplacer par une impression d'être unique et belles sans rigidité demande des prises multiples, sans apprêt artificiels.

Le paysage, la macrophotographie, la nature morte, les animaux, les monuments demandent chacun, une approche différente et souvent plus facile que pour le portrait.

Je possède une série complète de fascicules de 'L'école de la photo" des Editions Atlas. 

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2. Surprise

Restons pragmatique et raisonnable. Rater une photo avec toutes la documentation des appareils, les livres, les magazines mensuels qui vous expliquent en long et en large, serait peut-être une gageure, mais n'a rien d'extraordinaire. Même les experts font des erreurs et ont des surprises. Il y a les surprises heureuses et malheureuses. Car, même les flous  apportent des surprises heureuses.  L'heure de matin et de soir pour la prise de vue, bien sûr, mais cela ne tient pas compte de certaines réalités du voyage. On fait une photo quand on le peut, pas nécessairement quand on le veut. Si c'est lors d'une visite organisée, pas question de dire au gentil guide de revenir un peu plus tard. Arrêter son temps pour la photo alors qu'il faut encore visiter énormément de choses dans la journée, vous abuseriez de son temps. Quand à prendre la photo exclusive, celle que personne n'a pu prendre, qui surprend même le photographe, là, on arrive dans le domaine de l'imaginaire, de la surprise sur prise. Henri-Cartier Bresson n'a jamais raconté le temps qu'il lui a fallu pour tirer le portrait dans un moment incisif ou plutôt "décisif" comme il l'appelait.  

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3. Espace de stockage

Le retour des vacances, c'est la période du grand nettoyage, de la grande lessive du linge et des mégas de photos. Il faut bien mettre de l'ordre dans cet amas de photos prises au vol dans le feu de l'action, pris parfois à la vas-vite et à répétition, avec le doigt trop longtemps sur le déclencheur. Il faut pouvoir espérer les montrer à qui de droit. Vite un petit logiciel qui va régler tout cela et transformer les ratés en acceptables. Encore une fois, tout dépend de ce qu'on appelle faire de la photo. 

3,5 milliards d'appareils photo numériques dans le monde. Mille milliards de photos prises, 30.000 photos par secondes. Cela fait du monde au balcon et en dessous du balcon! Partager et vous serez considéré. Picasa pour la technique, Flockr, Facebook pour l'étalage vous attendent "à œil raccourcix" dirait le GauloisLa postérité est assurée dans les nuages, pardon, le "cloud". Et comme chacun sait le ciel a un espace infini pour consigner les vies, mais pour en garantir la pérennité des souvenirs sans bourse déliée, c'est pas sûr....

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4. Amateurs

Voilà, le hic. Être amateur et pas professionnel. "Je voudrais bien, mais je peux point", chantait la Bonne du Curé. Faire de l'art ou faire du lard, cela se prononce de la même façon, mais c'est pas la même chose. "Exposition", "composition" et "passion" ne sont pas nécessairement aux mêmes "positions" dans le dictionnaire. Ce n'est pas pour rien que Ducros s'est décarcassé dans des cours avec examens et diplômes de sortie en porte-clé. Le professionnel prend son temps. Du respect pour lui et pour sa patience. Devant un objet ou un personnage avant de photographier, il a analysé ce qu'il a devant les yeux. Il va sortir ses filtres. Va-t-il sortir un filtre polarisant, un UV pour saturer les images? Cela devient presque impossible avec les petits portables qui ont la chance ou la malchance de montrer leur objectif qu'au moment stratégique et qui rentre au bercail ensuite. Le reflex garde ses lettres de noblesse dans ce cas. "Reflex", un mot bien choisi pour le définir. Un photographe, il faut le savoir, a appris à faire mentir ses images, à les bonifier ou au contraire les rendre choquantes pour répondre au but à atteindre. Autant savoir.

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5. Nostalgie

IMG_0002.jpgNumérique contre analogique. Le fossé du numérique est bien là. Oui, au cinéma, il y a le 3D qui arrive à grands pas, sans être sûr qu'il brisera la baraque. Le rétro, lui c'est à pas feutré qu'il revient.

Aurait-on la nostalgie quelque part? Les magazines reparlent du noir et blanc, les antidotes de la perfection reprennent du galons comme les microsillons et les 78 tours d'antan. Le livre "Prestige des réflex 24x36" de Paul Montiel sortait en 1981. On parlait déjà de double automatisme et de programmes en "multimodes". Que de produits depuis, penser à la focale, à l'ouverture, à la vitesse, à la sensibilité des films, de filtres, de mesures au posemètre, jumelées avec le flash TTL - Through The Lens- avec des objectifs qui vont du grand angle au téléobjectif qui y pensent encore?

Retourner aux photographies d'art ancien que l'on trouve dans les livres de l'époque pour en apprendre les filons du métier. Une époque pendant laquelle n'existait pas tous ces gadgets et qui demandait une préparation au petits soins. Dans mon bouquin, sorti en 1982, "La photographie d'art vers 1900", on parlait de l'histoire des origines à nos jours, "la qualité exceptionnelle et le choix judicieux" avaient valu, alors, une exposition. C'est presque émouvant de voir ces photos, je préviens.

Des poses longues de nuit, des filés dans les courses et devant la chute d'eau. Figé le mouvement au 4000ème de seconde n'est plus requis pour faire ressortir l'originalité en nous. La lomographie artistique pour calmer le jeu de la technologie galopante, mais que l'idée, elle est bonne. Tout à coup ce n'est le matos qui prend la main, mais l'esprit nostalgique, le côté "ludique" aussi. Le matériel de deuxième main, analogique, est bon marché. Un "bon cul de bouteille" fait parfois des miracles d'imperfections, tout aussi intéressantes. Les bons vieux films ont des sursauts de génie. Ils ont un seul problème, ils dépendent toujours des consommables, des films qui doivent encore être assez rentables à la production. Encore une fois, le premier mouvement est aisé, la suite pourrait l'être moins.

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6. Public

Les photos sur Internet ne sont plus familiales, elles deviennent publiques. Photos publiques, photos historiques ou cyniques, idylliques ou, encore, panoramiques, distribuées en virtuels pour représenter le réel de l'instant en les transitant d'un iPod à un iPad, d'un iPad à un iMac pour arriver enfin à la iClaque ou la iPlaque ferait désordre sur Facebook.  Alors, il faut aller plus loin. "Éliminez pour espérer qu'il en reste quelque chose", dit la pub. 

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7. Couper, coller et retoucher

Là, commence le travail et le véritable "sport". On va à l'emphase et peut-être mélanger le réel avec l'irréel. On risque de trahir, de transiger avec les réalités pris dans cette emphase porté par l’enthousiasme des vacances. La tentation est grande d'enjoliver. "Il y a le ciel, le soleil et la mer" comme dans la chanson et on veut oublier le reste.

0.jpgDis, chérie, est-ce que je garde la photo où tu es à côté de ce type mal fagoté qui t'as pompé du fric?

- Fais comme tu veux. Si je suis jolie sur la photo, tu peux essayer de couper ce qui dérangerait d'être vu par les copains. Il faut les inciter à y venir l'année prochaine et pas les repousser.

C'est peut-être cela le problème de celui qui croit faire la photo du siècle.

Il a coupé ce qui ne faisait pas beau, ce qui donnait l'insolite de la situation d'un pays qu'il a seulement frôlé plutôt qu'assimilé, il l'a éliminé. Sans le vouloir, il fait du tourisme et de la prospection pour les agences de voyages.

Ne pas s'offusquer si celui qui se met devant votre appareil, tend la main pour obtenir le rendu de sa pièce. Il a joué sa piécette comme vous au bureau.

Aujourd'hui, c'est moins derrière l'objectif que la photo se crée mais derrière l'écran. Plus sur le théâtre de l'action elle-même. Écran que l'on désire le plus large possible, mais que l'on restreint sur certains plans. Qui demande des heures de recueillements.

To be or not to be? Deux photos, côté à côté, vont pouvoir devenir des panoramiques dont on ne détectera même plus la concaténation. Chouette.

Des effets spéciaux, des mises en page, des retouches, des filtres, vont réapparaître comme par magie. Miracle de la technique. On pourra même donner deux ambiances différentes avec le même cliché. Le sépia, le noir et blanc et quoi d'autre encore dans cette panoplie en éventail...

La technique, les logiciels qui font tout et n'importe quoi, ont relevé tous les défis et le niveau technique de l'image à un tel point que pour trouver la photo extraordinaire, il faudra plus qu'un clic et plus qu'un déclic pour découvrir "la" photo qui fera rêver.

Se souvenir aussi de la photo qui gagne des prix et qui ne montre pas des cieux bleus et une mer verte. Les concours photos professionnelles ou grands publics permettent seulement un recentrage sur des optiques différentes.

Si voir ses photos sur l'écran de son ordinateur, de sa tablette ne coûte rien, il n'en est rien si un grand tirage sur papier est désiré. Imprimer ses photos sur l'imprimante à jet d'encre, c'est cette dernière et le papier qui entreront en compétition. Tirage par lots de photos ne rencontre pas les mêmes prix que les livres-photo, plus chers et plus présentables.

0.jpgQue dire comme conclusion?

Que l'on ne se baptise pas "photographe" sans biscuits et sans connaissances. Que seul le métier, l'expérience de nombreuses années permettent de faire sortir le bijou ciselé de l'orfèvre. La masse de photographies n'y changerait rien sans l'un des deux. Que photographier, c'est aussi respecter, ceux qui entreront sur les photos, conjugaux ou locaux.

Détecter l'insolite demande une acuité visuelle qui fait appel à un flash instinctif. Si on n'a pas le flash intégré sur la tête, ces images vont passer comme un pet sur une toile cirée, c'est-à-dire aura simplement glissé sur la bosse de son indifférence.

J'en reviens encore une fois à ce livre de Douglas Kennedy "L'homme qui voulait vivre sa vie" avec son photographe amateur. Je retiendrai l'aspect de cette passion dévorante de son héros pour la photo, riche par sa profession d'avocat qu'il n'aime pas, qui ne parle que de photos. Il faudra un "cataclysme" dans sa vie de couple pour qu'il fasse un tabac de sa passion. Un commentaire dit "En plus d’être un roman captivant, c’est un des meilleurs livres sur la photographie et les photographes que j’ai pu lire".  

La photographie, c'est comme l'écriture, on y laisse toujours un peu de soi entre les lignes ou entre les couleurs et les ombres.

Tout passera dans le geste de l'artiste. Le génie ne sera jamais dans le matos. La photo sera toujours le souvenir d'un instant troublant qui restera dans les mémoires. Un souvenir qui ne se reproduira plus jamais avec la même lumière, la même pensée, le même rêve ou le même cauchemar. 

Et, là, on regretterait de ne pas l'avoir fait, ce clic magistral et artistique à souhait.

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Les magazines de photo

Le "Chasseur d'images" du mois d'août, qui a été longtemps ma source d'inspiration, donnait sa leçon de photo.

Il donnait à nouveau tous les principes auxquels il fallait penser (mais pas toujours observer pour être original):

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Le magazine Photoschool, parlait lui de maitriser les masques, les calques, d'agir sur les couleurs en opposition pour augmenter les contrastes, de sortir le crayon et la pipette...

En vacances, il y a aussi la pluie.

Comment rendre la pluie intéressante

Bien, des choses, en somme. 

La pluie est un sujet en elle-même. On croit qu'il faut remiser son matos dans ces cas-là. Pas du tout. Le protéger de la pluie, ça c'est sûr, à moins qu'il ne soit prévu waterproof comme la montre bracelet. Mais il l'est rarement. 0.jpg

L'objectif du mini qui fait coucou en sortant de sa coquille, s'enrhume assez vite. 

Quand la "bête" éternue, seul son remplacement, permettra de retrouver la sérénité. J'ai expérimenté cet inconvénient, je sais de quoi je parle.

Denise remarquait hier ce qu'est la pluie quand elle tombe en cordes et donnait en conclusion:

"Après la pluie, ce n'est pas toujours le beau temps.".

Je ne pouvais trouver meilleure conclusion.

Bon retour aux juilletistes et bonnes photos.

 Parler de photos et ne pas en présenter?

En voici, dans une "Guiguette rouge" 

(bien travaillées après un clic)... 

L'enfoiré, 

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Citations:

 

Mise à jour 27 décembre 2017: Le magazine "Chasseur d'images" a sorti son 400ème numéro depuis 1976

Mise à jour 24 novembre 2018: Photo Brussels Festivalpodcast
et à Liège le Photo journalismepodcast

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