Les fondations du libre échangisme (19/09/2015)

Après avoir parler de la Bourse de manière quelque peu originale en la reliant à la physiologie humaine, c’est le moment de parler de l'histoire de l’économie et d’en chercher les alternatives. Alternative économique parlait de la pensée économique au travers des âges. 25 siècles de pensée économique d'Aristote à Joseph Stiglitz par Gilles Dostaler.

1.jpg- La spéculation a été interdite jusqu’en 1865, disait Paul Jorion.

Si on lit l’histoire de la spéculation, pour Richard DawkinsGeoffrey MillerIan Stewart ou Jack Cohen, la spéculation serait pour l’homme, une activité vitale pour survivre et se reproduire avec la réflexion,  la décision et  le choix comme des activités  spéculatives. 

Toutes les recherches qui passent par l’atomisme sont condamnées par les jésuites dès 1632 et le matérialisme (articles 285 et 2124 du Catéchisme) par l’Église contemporaine.

Serait-ce les religions qui l’ont interdite?

 

0.jpgLes Nobel de l"économie ont souvent primé les théories qui se basent sur le jeu. L’économie bien que consommatrice des mathématiques, n’est pas à classer parmi les sciences exactes.  

Les université propagent les cours d'économie et continuent à se baser sur l’histoire des maîtres dont les théories si elles avaient une raison d'exister hier, ne l'ont plus nécessairement ni aujourd'hui ni demain si elles ne se réactualisent pas ou se réforment fondamentalement en fonction de ce qui s'est passé pendant ces "sept ans de bonheur" que le caricaturiste Vadot a dessinés de sa plume piquante dans un recueil dont je possède un exemplaire.

Les empires économiques remontent loin dans le temps.

Existeraient-ils s'il n'y avait eu des penseurs pour les aiguiller?

Paul Jorion se lançait dans une diatribe en parlant de "Mortelle espèce humaine". Cassandre ou clairvoyance?

Pour plusieurs gourous de la Bourse, une guerre se prépare.

Les économistes mal aimés pendant le Moyen-Age et qui devaient trouver les moyens financiers pour leur souverains n'ont pas eu de vie très longues. Ils finissaient souvent au gibet comme fauteurs de troubles et empêcheurs de tourner en rond.

0.jpgAristote et le pouvoir corrosif de l'argent.

Ses concepts ont servi de fondements aux systèmes philosophiques ultérieurs et sont encore utilisés aujourd’hui pour expliquer l’homme et le monde. Il avait réfléchi à tout, était prêt à discuter de tout, du moment que le débat faisait avancer les connaissances.

"L'homme est un un animal civique ou politique. La recherche du bonheur s'effectue ensemble. Le travail manuel est incompatible avec ses activités. S'il est nécessaire, il trouve sa solution dans l'institution de l'esclavage. L'économique s'oppose à la chrémastique. La division du travail entraîne l'échange par la monnaie dans son usage propre mais non-naturel. La théorie de la valeur est réduite à l'utilité sans enrichissement".

Le Point avait son hors série "Aristote", le couteau suisse de la pensée, apportait une consécration à titre posthume.

Napoléon, stratège militaire, plus organisateur qu'innovateur, était doté d'un bon sens économique et a jeté les bases de l’État moderne. En 1799, quand il prend le pouvoir en répudiant le Conseil des Cinq-Cents, la France est au plus bas économiquement avec des dettes énormes, plus de numéraires en caisse et une stagnation de l'activité commerciale intérieure qui se reflète sur le commerce extérieur. S’il n'a pas lu "La Richesse des nations" d'Adam Smith, il s’en inspire avec des idées du libre-échange. 

Saint-Simon, en prophète de l'industrialisation, est chargé de faire sortir les pouvoirs politiques du clergé et de la noblesse. Le pouvoir passa ainsi dans les mains d’une élite de légistes et de métaphysiciens.

0.jpgLe "Traité d'économie politique" de Jean-Baptiste Say, pionnier de l'économie de l'offre par l'utilité et de l'économie autonome, est rejeté par le Tribunat tandis que l'autorité du bon sens de Napoléon mobilise les compétences de Mollien, Gaudin, Bérenger, Lebrun... La liberté marque le pas face à l'égalité et au despotisme. Rétablir l'équilibre des finances publiques et garantir la sécurité du recouvrement, tout en faisant la guerre qui coûte cher, était  l’objectif à atteindre. Le franc germinal qui rétabli la stabilité et la convertibilité, est admis par tous. La banque de France fut chargée de ranimer le crédit en lui donnant le privilège de battre monnaie. La Cour des Compte vérifiait en établissant un cadastre des biens immobiliers dans une simplicité exemplaire. Le protectionnisme sous forme de Blocus pour s'abriter de la concurrence industrielle britannique, pour une France essentiellement agricole.

Adversaire, John Maynard Keynes donne un rôle plus actif à la monnaie. 

L'économie serait ainsi au service de la politique et du social avec la demande comme moteur de la production, de l'emploi et du revenu, pense-t-il.

Son courant de pensée à l'instar de Marx qui ne possédait aucun diplôme d'économie, avait des dons en mathématiques et de philosophie avec les fondements de la logique des probabilités. 

Il avait une vie privée dans la quête du bonheur qui faisait partie d'une société secrète des "Apôtres" et il fut influencé par les Principia Ethica, George Moore contre la morale victorienne et pour l'émergence de la modernité dans le groupe de Bloomsbury. Publiciste prophète de réformes pour éviter l'écroulement d'une civilisation fragile enthousiasmée par le fascisme et le bolchevisme.

Moore considérait que l'économie devait occuper le siège arrière d'une voiture dont les commandes devaient revenir à l'éthique et au politique.

Pour lui, la réduction des salaires n'était pas le moyen de rétablir l'emploi. 

Son ouvrage "Théorie générale" s'attaque de front à la théorie classique qui considère que le marché à la main invisible engendrera spontanément le plein-emploi en s'appuyant sur la théorie quantitative de la monnaie considérée comme neutre.  

Il a une nouvelle analyse de ce que peut être le capitalisme.

Dans "Treatise on Money", il n'apporte aucune justification théorique à la politique qu'l exerce dans la pratique, mais elles apparaissent dans "Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie", six ans plus tard.

Dans "Treatise", il répète que cela implique le caractère non quantifiable de l'économie par les probabilités. Il est illusoire que les sciences humaines se règlent par les sciences économétrique que l'on dirait numériques aujourd'hui tout en conservant les statistiques comme repère.  

S'intéresser uniquement à sa répartition par la seule force des marchés est un non-sens pour engendrer spontanément le plein-emploi qui suit la théorie quantitative de la monnaie plutôt que qualitative. La loi de Say qui dit que l'offre crée la demande, ne tient pas compte des réflexes de protection humains. La demande est la source du moteur de la production sans avoir un retour automatique sur l'offre. La demande de consommation très psychologique n'augmente que partiellement avec le revenu le fait. La demande de l'investissement est volatil et plus déterminant par son capital marginal qui sert à anticiper les revenus liquides futurs des investisseurs et pour les inciter à les bloquer sur une longue période.

Abstraction du temps, de l'incertitude et des anticipations humaines...

L'économie est pour lui, une science morale qui doit traiter les pulsions et les volontés humaines.

C'est la conjonction avec ce blocage qui est le retour de manivelle des problèmes du néo-capitalisme. Les pouvoirs publics ont été obligé de créer une demande additionnelle par leurs propres dépenses pour ne pas euthanasier le système. Socialiser l'investissement et euthanasier le rentier n'apparaît qu'en fin de livre.

La macroéconomie keynésienne, lestée du temps et des anticipations et microéconomie néoclassique walrasienne se sont opposé jusqu'en 1970.

Le monétarisme que j'avais appelé "vaudou" a repris le manche de cet avion supersonique qui vole souvent sans siège éjectable..

Keynes avait une théorie tellement complexe, parfois contradictoire, que plusieurs têtes pensantes ont repris comme un flambeau nouveau à leur compte.

Ceux qui furent à la base de la conception de Keynes, furent David Riccardo et Thomas Malthus.

Sciences humaines, mais jamais sciences exactes. 

Paul Jorion a sorti en septembre un livre sur le personnage de Keynes: « Penser tout haut l’économie avec Keynes ».

Sur France Culture, il en parlait avec le titre "Rebâtir l'économie avec Keynes".

Comment reconstruire la réflexion économique après la crise de 2007 et la débâcle d’une « science » aux ordres de la finance ?

En quoi la lecture de Keynes peut-elle nous y aider ou non?

À partir des années 1870, la pensée économique, qui existait jusque-là sous l’appellation d’économie politique a opéré un tournant radical qui a fait d’elle une supposée « science » économique. Paradoxalement, depuis cette époque, une réflexion qui était jusque-là authentiquement de nature scientifique s’est dévoyée, singeant avec une détermination croissante les signes extérieurs de la scientificité, mais s’éloignant en réalité de plus en plus de ce qui serait une réelle démarche scientifique, sacrifiant en particulier la validation par la confrontation des constructions théoriques avec les données empiriques, de crainte qu’un tel test ne mette en péril les acquis dont l’« harmonie préétablie » avec les desiderata de la communauté financière est considérée providentielle. Cela, sans que la question soit jamais posée du pourquoi d’une telle étonnante providentialité.
Le résultat nous est connu: lorsqu’une crise d’une ampleur considérable s’est déclenchée en 2007, les économistes, dans leur quasi-totalité, ne l’avaient pas vu se dessiner. Faute d’une modélisation adéquate, ils se montrèrent alors incapables de proposer les mesures adéquates pour remédier au mal qu’a engendré la ou les crises qui se sont enchaînées. Un moment désarçonnés, ils se sont ressaisis et ce sont à nouveau eux qui dispensent leurs conseils et leurs prévisions décollées de la réalité économique, aussi bien dans la presse que dans le cadre universitaire.
Que conviendrait-il de faire ? Il faut bâtir enfin et sans plus tarder la théorie qui fait encore défaut.

N’y a-t-il rien encore d’où prendre un nouveau départ ?

- Si, il y a l’œuvre de John Maynard Keynes', répond Paul Jorion mais qui ajoute qu’il faudrait la réactualiser ou la fondre dans celle d’Aristote.

Keynes apparaît comme un économiste de plus à s’être révélé incapable de lire les rapports de force au sein des mécanismes économiques. Marx l’a fait bien entendu, mais a malencontreusement voulu en exonérer la formation des prix. C’est Aristote seul qui, en son temps, a fait du rapport de force entre acheteur et vendeur l’essence-même du prix. Keynes a lui malencontreusement extrapolé ses cogitations de boursicoteur et de spéculateur en modèles de la formation du prix ou du taux d’intérêt, oubliant qu’il y a quelqu’un en face qui voudra que le prix ou le taux lui soit plus favorable que celui qu’escompte Maynard en tant qu’acheteur ou vendeur, en tant qu’emprunteur ou prêteur.

- Maynard ! T’es pas tout seul ! T’as oublié qu’il s’agit dans les affaires et dans tous les cas de figure, d’un bras de fer ! 

Jorion dit être de formation d’«anthropologue économique»et que cela ne ressemblerait pas du tout à la science économique qui s’est faite essentiellement par la comparaison de ce qu’on voit dans des sociétés extrêmement différentes de la nôtre. Si cela met déjà en perspective, elle ne permettrait pas d’avancer beaucoup avec ces seules données.
- Dans le texte "Aristote", Karl Polanyi  découvre l’économie qui marchait qu'il faudrait ressusciter, dit Jorion.

0.jpgL’économie de la Grèce du IVe siècle avant Jésus-Christ, n’est pas la nôtre. La finance est apparue dans un domaine plus complexe, entrevu seulement par Aristote comme un « nouveau paradigme » alors qu'il n’est pas neuf mais resté inutilisé.
Cela ne ressemble pas à ce que l’on a appelé « keynésien ».

Encore trop dans la grande tradition, même s’il se distingue fort de cette tradition dans laquelle il se trouvait, il y est encore suffisamment pour qu’il faille encore aller ailleurs pour encore sortir de ce cadre.
Ce ne serait plus aller à contre-sens en disant 'Nous vivons la plus grande défaite historique de la pensée keynésienne'.

Corriger les erreurs des sciences dites humaines par les sciences pragmatiques des chiffres et ainsi tenter de juguler les mouvements erratiques que l'on peut découvrir chez les humains, s'avère bien aléatoire avec l’ordinateur numérique.

Celui-ci a pris le pas sur l’ordinateur analogique parce que ce à quoi on le destinait,  à l’armée,  dans les universités et les entreprises, demandait de l’exactitude dans les résultats de calcul.

L’ordinateur analogique, plus proche de l’homme, ne recherche pas autant d’exactitude mais plus d'approximations. Des approximations comme donne un oscilloscope reprenant toutes les données existantes généralisées pour être plus réalistes. Ce qui demande bien plus et que seule la force démultipliée du calcul quantique pourrait ouvrir une nouvelle voie bien plus efficace dans cette direction.

Le Science et Vie du mois d'octobre titrait un article "On pense tous en quantique". Nos états d'esprit se superposent. Nos jugements interfèrent. Nos pensées peuvent s'intriquer. Nos perceptions oscillent quantiquement pour éclairer la psychologie humaine. Nos neurones ne sont pas quantiques puisque se serait confondre entre langage informatique et logique de circuits électroniques.    

Comment à l’aide des conjonctures peut on créer des conjectures valides? Comment ne pas fausser les raisonnements basés uniquement sur des chiffres les plus économiquement vôtres? 

L'histoire de l'économie est celle d'un ménage jamais content qui se répercute dans les cimes du pouvoir.

Cela devient un véritable marché d'idées et d'idéologies opposées qui ont des hommes comme précurseurs bien avant les Nobel et parfois en parallèle à ce prix prestigieux qui ne couronne que le sommet de l'iceberg de la finance.

Paul Jorion osait lancer sur BFM en lançant un pavé dans la marre aux canards de la finance: "les trois-quart des modèles en Finance ne valent pas un clou". Pas étonnant qu'il se fasse récemment torpillé par la VUB avec des propos révolutionnaires.

Cela expliquerait, en partie, le raté magistral dans la prévision des évènements qui allait suivre 2007 et qui pourrait se reproduire si les modèles économiques ne sont pas actualisés ou réinventés.

Si au cours de ces deux derniers articles, j’ai voulu mettre en avant les théories de Paul, ce n’est pas parce que je les partage toutes mais parce que j’aime les idées neuves et que je déteste  toutes censures de toutes formes.

Aujourd'hui, qui aurait pensé que le mondialisme que nous connaissons, aurait pu brouiller les cartes?

Il a changé la donne en apportant le levier qui permettait de pratiquer des prix au plancher en dessous de la parfaite rétribution d’un travail accompli. Quand à  la machine, la robotisation et les humanoïdes qui remplacent l’homme, la rétrocession des bénéfices devra un jour s’opérer de manière équitable. 

Chacun des philosophes et des économistes sont les disciples d'un père qui leur a enseigné sa science comme des disciples d’une religion. Donc il faut toujours remonter dans l'histoire pour trouver les maîtres à penser sur lesquels ils se sont rattachés pour comprendre leurs discours.

Le nouveau livre de Naomi Klein "Tout peut changer" s'attaque plus aux fruits qu'aux racines du problème.

La déflation est de retour, constate la BCE.

1.jpgLa FED a hésité une nouvelle fois à remonter les taux du coût de l’argent et a décidé de ne rien changer, prouvant ainsi que la santé rebondissante de l’économie américaine n’est qu’un leurre.

Bientôt le père de famille n’aura même plus à  gérer son patrimoine en investissant dans l’avenir.

Attentiste, il marchera "à  reculons comme l’écrevisse", comme l’écrivait, un jour, Umberto Ecco.

Toutes les activités cesseront et le prix des matières premières chuteront de plus belle.

Aujourd’hui, la crise s’est inscrite dans de grandes migrations du sud vers le nord, bouleverse tous les plans et efface les crises précédentes comme si elles avaient moins d’importance.

1.jpgLa crise des migrants était latente et prévisible, pourtant, mais restait occultée derrière des naufrages en Méditerranée avant d’exploser aux frontières .  

Pour les migrants qui ont tout perdu, les théories d’économie n’ont évidemment aucun sens.

Pour certains comme Jacques Attali et pour les patrons, cette nouvelle migration à  marche forcée est une chance pour rendre l’Europe plus forte, pour d’autres, une catastrophe importée.

L’avenir appartient aux jeunes et aux idées neuves.

Au Japon qui a connu beaucoup de vicissitudes dans son histoire, le groupe SEALD essaye de rappeler qu'ils n’en veulent plus de la guerre.

Dans la conclusion de "Traité athéologie", Michel Onfray écrit "Le relativisme est dommageable. Désormais, sous prétexte de laïcité, tous les discours ne se valent pas: l’erreur et la vérité, le faux et le vrai, le fantasque et le sérieux. Le positivisme ne peut se contenter de la neutralité. A toutes les théologies abracadabrantesques, je préfère en appeler aux pensées alternatives à l’historiographie philosophique dominante: rieurs, matérialistes, radicaux, cyniques, hédonistes, athées, sensualité et voluptueux".0.jpg

Changez le mot 'laïcité ' par 'économie' et vous aurez un autre traité.

Expurgées de ses dérives et de ses extrasystoles sans fondement, les actions en Bourse, pourraient, peut être ainsi, une forme démocratique de participation des citoyens dans la vie publique et des entreprises.

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Une rétrocession de bénéfices plus substantielle en fonction des risques?

Là, risquer n'est pas une garantie. Il faut laisser un peu de risques, non? Les rétrocessions des bénéfices rendus par les machines qui éliminent des jobs, il faudra bien que cela se passe sous une forme ou une autre.

Dans mon billet précédent était rappelé le proverbe allemand "Dieu règne au ciel et l’argent sur la Terre".

La solution aux problèmes terrestres n’est donc pas à rechercher en levant les yeux vers le ciel mais de sortir un super plan de relance du chapeau.




Il faut dire que les temps ont changé.
De nos jours, c'est chacun pour soi.
Ces histoires d'amour démodées
N'arrivent qu'au cinéma.
On devient économe.

L'enfoiré,

 

Citation:

 

Mise à jour 21 septembre 2015: Alexis Tsipras a gagné son pari en spéculant sur une réélection


 

Mise à jour 28 septembre 2015: "Feedback du livre de Paul Jorion"

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