L'Herbe à brûler (26/09/2026)

Capture d'écran 2026-08-26 133217.png"L'Herbe à brûler" de Conrad Detrez narre les péripéties d'un jeune Wallon. Elles le mèneront du pensionnat de la petite bourgade de Saint-Rémy au Brésil, en passant par le séminaire de l'université de Louvain. Il y fera tantôt l'expérience de l'amitié, tantôt celle de la découverte des querelles théologiques, liturgiques et linguistiques et plus tard celle des premières amours et des premiers engagements politiques. Dans un Brésil déchiré par la misère et les grèves, il connaîtra la prison, la torture avant d'être expulsé. De retour en Wallonie, il mourra au milieu des plantes que sa mère affectionnait tant. Ce dernier volet d'une autobiographie hallucinée raconte une désillusion d'un Candide qui, ayant vécu trop vite et trop intensément, a cultivé son jardin jusqu'à l'épuiser. Ce roman picaresque exceptionnel porte en  lui les fantasmes d'une génération qui a rêvé de renverser toutes les idoles.  

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Préambule

Conrad Detrez, né le à Roclenge-sur-Geer (en wallon Roclindje-so-Djer, en néerlandais Rukkelingen-aan-de-Jeker) et mort du sida le à Paris, est un écrivain, à la fois romancier et poète belge d’expression française et un militant wallon naturalisé français en 1982. Son père, boucher, est d'origine wallonne, sa mère d'origine flamande. Son enfance, dans le climat d'un catholicisme rural. Brillant élève à l'école communale du village et au catéchisme de la paroisse. Pensionnaire au Collège de Visé à partir de 1949, puis à celui d'Herstal, il poursuit des études secondaires gréco-latines. Tenté par la prêtrise, il entre en 1957 au séminaire de Saint-Trond. Tandis que sa mère meurt en 1959, il étudie la philosophie et la théologie à l'Université catholique de Louvain. 

A la campagne de son enfance à Saint-Rémy, il devient séminariste à Louvain en proie à la guerre des écoles, religieuses contre laïques marquée, ensuite, par les tensions entre Wallons et Flamands. Ensuite, des amourettes sexuelles furtives avec une femme, avec un homme l'obligent à revoir sa volonté d'entrer dans la prêtrise. Après avoir quitté les Ordres et rompu ses vœux, il part pour le Brésil où il fait l'expérience de la politique, de la misère et de l'homosexualité. Transitant par la France, il assiste aux événements de Mai 68 qui lui correspondent dans un milieu d'étudiants. De retour en Belgique, il est confronté aux déchirements du pays en revenant aux sources, à Bruxelles, en proie à la désillusion de ne jamais avoir trouvé de paradis sur terre.

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Son œuvre

Nourrie de son enfance paysanne et de sa jeunesse séminariste en Belgique, elle est fiévreuse et baroque. Un éveil brutal à la politique et à la sexualité en Amérique du Sud, lui apporte une reconnaissance d'être un écrivain guérillero. En mission de conseiller politique à l'ambassade de France au Nicaragua, il est marqué par la propension à la bouffonnerie, à l'excès, au fantastique, en alliant la tradition flamande aux formes réalistes et fantastiques de la littérature latino-américaine emprinte de mysticisme. Avec l’espoir révolutionnaire et un érotisme homosexuel sans ostentation, il passe de la foi chrétienne à la foi marxiste dans un militantisme révolutionnaire et clandestin jusqu'à en faire de la propagande entre la France et le Brésil comme journaliste au sujet de la guérilla dans le pays. En correspondant de presse, via un "canal compétent" comme il le dénomme, sous le coup de la censure, il construit la rédaction de son roman, en concert avec une chasse à l'amour partagée avec des hommes et des femmes de passage pour fuir la solitude.

Aujourd'hui, comme artiste, il semble oublié par la postérité, alors qu’il a tellement dit de son époque.

En 1978, il décroche en France le prestigieux prix Renaudot pour son livre «L’Herbe à brûler». Roman autobiographique d'un halluciné dans lequel il raconte la désillusion d'un Candide qui a vécu trop vite et trop intensément dans une vie courte de 47 ans en partant du récit de sa jeunesse à son ouverture au monde en découvrant qu’il aime les hommes. Le retour au pays, des racines et de l’aboutissement de sa quête de l’identité, son œuvre marque la fin de l’homme nouveau rêvé dans lequel Dieu est mort...

Son livre vient d’être réédité par Espace nord. La postface de Clément Dessy, chercheur FNRS de l’ULB,  le remet dans son contexte avec un esprit critique: "Une lecture pénible et un mot fin difficile à atteindre. Le héros subit son destin autant qu'il le provoque. Flou sur les frontières, poreuses, qui séparent la fiction de la réalité, il distille des indices pour rattacher son roman à son histoire.  Par moments, ces impressions de désordre généralisé m'ont emporté au cœur mêmes des événements, j'ai vibré pour les très fortes affections amicales et amoureuses de Conrad. À d'autres, ils m'ont laissé de marbre et je n'ai pu faire autrement que de les lire sans les vivre ".

Cette Postface est claire à son sujet.

"Au contact d'étudiants et de prêtres expatrier, Detrez se sensibilise aux souffrances et à l'ampleur des répressions dans le séminaire de l'Amérique latine sans avoir étudié le personnalisme, l'existentialisme et l'athéisme de Jean-Paul Sartre. En 1970, un tribunal militaire brésilien le condamne par contumace à deux ans de prison, ce qui l'empêche d'y retourner. Il affaiblit lui-même son pouvoir par l'autofiction avec le soupçon de la fiction. Essentiellement, il n'a eu que le recours à l'ironie et à la dérision voire l'autodérision pour se tenir hors de l'eau et ne pas se noyer. Il a peut-être retrouvé cet esprit à Bruxelles, pour mettre à distance les idéologies politiques et religieuses en se comparant à une plante sauvage qui cherche le déracinement mais qui, brûlé, revient aux sources au feu de l'amour et des passions pour mourir ou pour renaître". 


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Sélection personnelle de phrases et de citations de "L'Herbe à Brûler"

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Extrait de "Romans vides, romans pleins" 

"Or moi je veux voir. Je demande des paysages, des climats, du fantastique, je veux des visions. Moi je veux que sur tout : châteaux, campagnes, que sur Paris et sa banlieue, sur le désert ou la banquise, que sur Bruxelles ou Managua, on me donne un regard, on m'en impose un autre, à l'occasion plus incisif, qui renouvelle le mien. Je veux qu'on me fasse sentir le temps, la femme, le passage d'un train, comme jusque-là, jamais, je ne les avais sentis. Ou alors, au moins, qu'on m'apprenne des choses neuves : sur Jésus, Lénine, La Callas ou sur moi. Je veux qu'un auteur ouvre en moi mes propres abîmes".

Cet extrait résume complètement toute la vie de Conrad Detrez 

Il voulait tout connaitre, tout expérimenter, tout vivre en accéléré et en condensé. Sans avoir pris la moindre photo, il a raté la beauté des paysages.

Conrad s'est rendu compte qu'il faisait fausse route dans sa décrépitude pour parler en abondance de ses aventures devenues des réquisitoires dans l'improvisation. A y réfléchir en prenant du recul, il était condamné à l'échec dans ses souvenirs avec Rodrigo, Zozo et bien d'autres. Echec final dont il a été conscient.

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Réflexions du Miroir

Les événements, une vie troublée et la mort de sa mère l'ont poussé, à quitter son village natal et son pays, la Belgique, avant d'y revenir, brisé et y mourir sans avoir découvert, dans le calme et la plénitude, les beautés des pays qu'il parcourait. Je n'ai trouvé aucune description des paysages par lesquels il passait. Il ne faut pas chercher dans son livre de belles descriptions touristiquement vôtre. Pour lui, l'humain devait lui apporter les réponses et les solutions à ses problèmes psychiques, puisque la foi religieuse lui avait inculqué l'idée fondamentale du christianisme. Homme seul, peut-être, mais dès qu'il se retrouve en groupe, tout change. Il décrit une Eglise catholique romaine complètement sclérosée à travers l'histoire d'un homme qui du pensionnat catholique en petit puis en grand séminaire. Il avait décidé de vouer sa vie à Dieu tandis que son Eglise se perdait en conjonctures et en querelles sans intérêt pour lui.

Certains chapitres m'ont rappelé mon billet philosophique "Comment trouver les mots justes ? " qui subdivise en catégories et en profils. On ne les trouve jamais quand on en a besoin. Mais on les retrouve interprétés parfois dans ses souvenirs même s'ils n'existent pas dans la réalité pour exprimer ses pensées particulières.

Conrad Detrez est-il authentique au contact de la nature, parrèsiaste à vouloir tout dire, taiseux dans des conversations truffées de poncifs ou diplomate censé être compris par un lecteur ?

Probablement, un peu de tout, comme les fromages belges, dans les quatre profils en fonction de son environnement et de son entour-âge.

Son roman, très émouvant, volontiers lyrique, fait partie d'un ensemble d'œuvres autobiographiques pour en finale, raconter la fin d'une certaine culture catholique belge francophone, attachée à l'unité du pays, au Roi, à la tradition dans une langue riche où l'on sent poindre une ironie acerbe comme acte politique, insurgé contre tout. Usé prématurément, il pensait vivre comme un étudiant éternel à distribuer des tracts de révolutionnaires. 

Il avait beaucoup d'herbe à brûler sur son passage quand on n'y voit pas la beauté de l'herbe que l'on brûle.

Formé par la doctrine chrétienne, Conrad Detrez a toujours pensé que l'homme, crée à l'image d'un Dieu unique pluripotent dans l'amour, était bon. Il voulait partager cette image.

Bébé, enfant qui n'est pas encore entré à l'école, il le concevait ainsi, mais après, la déconvenue devait survenir. 

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Journal de la semaine

Toute la journée de mercredi dernier a fait carton plein sur des sujets à discuter et à analyser. Je vais m'y limiter. 

1. La plume de Thomas Gunzig nous rappelle quelques vérités bonnes à savoir en politiquepodcast.

2. Les films de la semaine  sont aussi là pour poser des questions existentielles.

Ils sont tous bons d'après la critique de Hugues Dayez

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Capture d'écran 2026-09-25 202631.png3. Le premier roman "C'était ça ou mourir" de Thélyson Orélien est devenu un phénomène de la rentrée littéraire tout en étant au centre d’une polémique sur un supposé usage d’IA que l’auteur et ses éditeurs démentent fermement. Ce livre raconte l’odyssée de Jonas Dorléon, professeur haïtien fuyant la violence de Port-au-Prince et traversant la République dominicaine, le Brésil, le Mexique, les États-Unis dans l’espoir d’atteindre le Canada. Le récit explore l’exil, la survie, la dignité et la mémoire, porté par une écriture poétique et intense.  Avec ce titre, le livre de Thélyson Orélien est parfaitement dans l'air du temps. De plus, il a vécu la même expérience que Dany Laferrière en 2010 quand "tout bouge autour de lui". Que son livre soit écrit avec l'IA ou non, ne me fait une plus belle jambe. L'IA dans la version actuelle n'est en fait qu'une synthèse statistique des idées des hommes et cela ne devrait pas générer une polémique et une panique de cette ampleurpodcast. Plusieurs figures de proue de l’IA qui ne sont pourtant pas "Open Source" et qui en profite, appellent à ralentir, pour des raisons de sécurité dans le développement des modèles les plus avancés. La belle affaire! La croissance des bénéfices du secteur est là pour durer. "Tout investisseur doit être exposé au secteur, lequel est devenu aujourd’hui nettement moins cher". .Le problème de l'IA ne se situe pas vraiment dans sa version actuelle. Elle est construite par les hommes et pour les hommes avec ses bons et ses mauvais points. Là, où il faudra commencer à avoir peur, c'est si l'IA passait à une version 2.0 qui se désolidarisait des humaines en cavalier seul. Ce serait trop tard si les trois lois de la robotique d'Azimov n'avaient pas été prises en considération. 

La Cactus imagine l'IA pourrait menacer notre existence" et l'humour réduit d'autant la peur podcast

Dans le même ordre d'idée de l'humour, Signatures sur RTL invitait Le Chat, Philippe Geluck au sujet de son musée qui a enfin trouvé son localpodcast

4. L'homme est tellement obnubilé par ses profits personnels ou ceux du groupe auquel il appartient, qu'il est tellement peu naturel dans ses actions, ses croyances et ses réflexions à la recherche d'un monde meilleur. Alors, il est normal que tout le monde s'en fout "Entre nous" comme le chante Chimène Bady ou comme Julien Doré qui chante "Nous" en s'éclatant avec un clip avec des dinosaures, encore plus explicite.

5. RTL représentait "Insaisissables 2" avec ses Quatre Cavaliers avec le jeu "tel est pris qui croyait prendre".


6. Capture d'écran 2026-09-25 071856.pngL'invité du 28' présentait le pape Léon XIV alors qu'il se trouve en France pendant quatre jours à partir de vendredi. Il semble être d'une autre trempe que d'habitude d'après cet interview podcast. 

Il faut lire ce commentaire qui commence par "La religion est depuis longtemps un trait caractéristique de la civilisation humaine et a façonné des cultures et des sociétés entières dans le monde entier. Mais la composition religieuse du monde est loin d'être statique. Elle évolue constamment en raison de la croissance démographique, des migrations et des choix de foi des individus".

La question de se retrouver au milieu entre le bien et le mal dans le chaos de notre monde, de post-vérité, de fake news, de forts contre les faibles, de leurres, devient difficile à suivre et à analyser. Tout se mélange dans un amalgame de situations burlesqques.  ARTE présente l'éventail du monde des croyances en trois phases : "La nature humaine", "Dieux, esprits et gourous", "Un monde meilleur". Les croyances ont le même message, mais ne s'accordent pas entre elles dans la manière d'adapter leurs concepts de base basés sur une foi extraite seulement du passé révolu  podcast.

Capture d'écran 2026-09-25 082843.pngLa philosophie et la science tentent de penser avec une morale semblable mais dans un autre sens plus progressiste en portant plus son regard dans une foi vers le futur que vers le passé des ancêtres et des traditions pour se préparer à se protéger des dangers qui menacent, avant qu'ils se manifestent sans l'apport d'une autorité supérieure omnipotente quelconque.Capture d'écran 2026-09-25 204033.png 

A chacun sa liberté de penser à Dieu ou à exclusivement à l'être humain tel qu'il est, bien vivant, mais aussi plein de conneries dans lequel il faut trouver son chemin. Chez moi, le mot "Dieu" n'avait jamais été cité dès le départ. Il a fallu que je trouve mon chemin sans aide. Bref, difficile de comprendre la mécréance pour un croyant et difficile de comprendre la croyance pour une mécréant. 

Capture d'écran 2026-09-25 205256.png7. A la tribune de l'ONU, quelques brutes prennent la paroles chacun à leur tour pour comparer leur puissance par rapport aux autres devant des abrutis abasourdis qui n'osent pas ou plus réagir. L'ONU est nécessaire pour blablater mais totalement inefficace parce qu'elle n'apporte aucune solution corrective obligatoire sous peine de sanctions. 

8. Je terminais la soirée de mercredi par la vision du film "Une affaire privée" qui démontre que l'on peut avoir la solution à un problème pour résoudre une enquête devant les yeux, sans la voir.


La Dérive des Continents posait une question étrange.

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Lire est surtout intéressant "quand les livres délivrent", quand on apprend quelque chose de neuf et pas quand il terrasse son lecteur avec des nouvelles dont il connait les tenants et les aboutissants.

Même sr je ne crois pas, je ne peux qu'applaudir les discours du pape dans une époque troublée comme la nôtre. Pragmatique, je ne suis probablement pas sur la même longueur d'onde que vous mais ma laïcité est ouverte à toutes les options et opinions. Si, pour vous, la foi peut vous aider à vivre et à vous réconforter, c'est tant mieux pour vous mais cette foi ne doit pas être imposée à ceux qui ne la partagent. Avoir la foi en soi, c'est autre chose, mais tout aussi motivant. Dès le départ, Conrad Detrez n'avait pas cette foi en lui-même. Il la cherchait dans un ailleurs impossible où l'herbe est déjà brûlée d'avance. Le pape Léon XIV a connu cela avant d'être pape quand il s'appelait Robert Francis Prevost.

Après la chanson "Les Chaussures Roses" du jeune TeddyBear que j'avais insérée en fin du billet "Les Bateaux sur la terrasse", il me semblait que sa chanson d'espoir "Le Plus Beau" du même auteur, termine parfaitement ce billet. 

Allusion

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