13/09/2008

Le chic, le chèque et le choc chypriote

33f64d4f4e31c5ba0114ed546bcd87d4.jpgLa fin des vacances a sonné. C'est le moment de revoir ses photos. Et, si on allait à Chypre, troisième île de la Méditerranée. Dans le peloton des derniers arrivés dans la communauté européenne. Chypre reste très insulaire, très à l'écart de la folie du continent. Une phrase d'Alice Sapritch va me servir de titre et de fil conducteur.

Mon voyage dans cette île de Chypre qui a vu naître Aphrodite, déesse de l'amour au rocher Petre tou Romiou en sortant de l'écume de la mer azur, date de 1987.

Depuis lors, cette déesse garde un oeil passionné sur les couples en vacances. Le tourisme, déjà lors de mon passage, avait pris un tournant décisif. Mais, d'après ce que j'ai pu lire, ce tournant n'a pas été fait en dépits du bon sens. J'ai pu voir dans un documentaire récent que les choses avaient beaucoup changé depuis ma visite. Donc, cet article pourrait paraître obsolète par certains points. Je ne l'espère que pour une chose : la fameuse ligne qui sépare le Nord du Sud de l'île.

Insulaire, à cet époque, je peux le confirmer par son côté sécurité. Une anecdote caractéristique en témoigne. Un jour, attablé en plein air, je remarque qu'un touriste a oublié au plein milieu d'une table, son appareil photographique. Croyant qu'il s'est écarté un temps, je ne réagis pas et j'oublie l'incident. Prêt d'une demi heure après, j'entends des exclamations du touriste qui s'est aperçu de son erreur et qui est revenu. L'appareil était toujours là. Il n'avait pas bougé malgré les nombreux passants qui auraient pu avoir des tentations bien moins altruistes.

Ca, c'est pour le chic.

Alors, oui, il y a d'autres événements qui ont jalonné mon voyage à la fin mai de cette année-là.

Destination Paphos, lieu de culte du tourisme chypriote. Lieu de séjour, par excellence. Lieu d'histoire, aussi.

Commençons par le début. Arrivé à l'aéroport, j'apprends que mon hôtel est malheureusement complet et qu'il ne peut m'accueillir dans les meilleures conditions. Légère colère, légère déception. Encore un "overbooking", me dis-je. Pourtant, ce contretemps va s'avérer être bénéfique en définitive.

Un petit hôtel nouvellement construit m'était réservé. Pas besoin de se souvenir du nom, existerait-il encore d'ailleurs? Les choses évoluent tellement vite. Tout nouveau, tout beau et surtout plein de charme. Les chambres sont dignes du rêve de Disney. Tout est chaleur, l'accueil et les Mickeys et peluches disposés sur un couvre-lit en peau de zèbre. Le soir, calme et volupté. Peu de touristes. Service de premier choix personnalisé. Nourriture recherchée et tutti quanti. Petite piscine, et terrasse solarium sur le toit, tranquille et panorama garanti sur facture pendant la journée. A la réception, comble de ravissement et de coïncidence, une jeune belge avec laquelle nous avons pu tailler de multiples "bavettes". Nous sommes encore loin de l'esprit du "le toutou, le toutou, le touriste". Pas d'animation, tapageuse.

Paphos, capitale du tourisme. Ville qui déjà d'elle-même donne des envies de rester. Le côté archéologique est certes plein de surprises pour la beauté des yeux. Avoir des vestiges de 8000 ans avant notre ère, cela laisse rêveur.

Village à 30 kilomètres de Larnaka, il restera dans les mémoires des archéologues par son côté de parfaite conservation. Déclaré comme patrimoine de l'humanité par l'UNESCO en 1998. L'art de la poterie n'était alors pas encore entré dans les moeurs. Le néolithique et toutes les civilisations qui se sont retrouvées sur l'île dans les âges. Conquérant de ce point stratégique de la Méditerranée. Près de l'hôtel, le site des "Tombes des Rois" remonte à la nuit des temps creusé dans une argile jaune éclatant sous le soleil. Plus loin, la maison de Dionysos fait souffrir le visiteur de n'être pas né plus tôt tellement les mosaïques en plein air et les décorations sont belles et rendent envieux le plus blasé. Beautés réfugiées pendant 16 siècles sous terre, que l'on imagine déjà dans sa cour. En sortant de cet espace historique, j'ai même découvert un morceau ébréché d’une tasse de l'époque probablement romaine. C'est dire que les archéologues avaient encore du travail pour quelques années. Le théâtre antique est loin d'un modèle réduit en accueillant probablement des milliers de personnes.

Le port, lui, est équilibré entre un phare et un fortin carte postale. Les tavernes permettent de se prélasser en attendant le coucher du soleil. 69931af4dbeebba1aa4f819c8b2c3d90.jpg

Les pélicans se disputent le ciel et se posent parfois en pleine foule en se foutant pas mal du regard oblique des passants honnêtes comme dirait Brassens. Ils y ont élu domicile. Reposés, ils repartent, tournoient à nouveau jusqu'à l'étourdissement probablement près à plonger à grande vitesse pour happer le poisson.

0af59ff1f1cc3c58d8ab8ae0855002a9.jpgLe château byzantin avec son arche, l'église de Saint Paul, des bains arabes, les pierres Dighenis, les catacombes Saint Solomon avec son arbre plein d'ex-voto attachés aux branches complètent les attraits "vieilles pierres" de la ville.

Paphos est aussi le point de départ de beaucoup d'aventures dans l'île. L'est-il encore aujourd'hui?

Revenons à l'histoire. Le nom "Chypre" vient de la découverte du cuivre, "kuprum" en latin. Le commerce prospère avec le Proche Orient a fait le reste de sa reconnaissance comme lieu stratégique. Les Mycéniens vont l'investir par l'intermédiaire d'une dizaine de petits royaumes dont Kition future Larnaka. Les Grecs, les Assyriens, les Egyptiens, les Perses se sont disputé ce sol riche avant Alexandre le Grand. Byzance verra Nicosie comme capitale. Principalement dans la région du Troodos, les chapelles, les monastères avec des murs décorés byzantins, surchargés de fresques délicates seront du parcours d'une visite qui culmine vers les 2000 mètres d'altitude au mont Olympe. Les pins apportent heureusement la fraîcheur.

883813da9b8cc6d39909e766ad6b65b1.jpgLe monastère de Neophytos c95e94661f3dd71b08591e7758251e15.jpget surtout celui de Kykko détiennent les plus belles mosaïques byzantines murales sous les arches d'une cours intérieure.648e9960b175f41755b853f572a80995.jpg

Richard Coeur de Lion lors d'une tempête en 1191 fera plus qu'une escale en envahissant l'île. Les Francs, les Vénitiens, les Ottomans, les Anglais se succèdent ensuite. On y parle toujours cette langue et on roule à gauche pour garder les habitudes.

Une indépendance en 1960 présidée par Monseigneur Makarios, favorable au rattachement avec la Grèce volera en éclats en 1974 après un coup d'état fomentée par la Grèse des colonels et l'intervention des Turcs qui investissent le Nord de l'île jusqu'à aujourd'hui. La tombe de Makarios, toujours vénérée, était toujours surveillée 24h sur 24 par des militaires qui se relaient inlassablement. Après ce coup d'état, l'île a été coupée en deux parties. Le sud, toujours grec, le nord, devenu turque par la force. Le 1er janvier 2004, la République de Chypre orthodoxe du sud entre sous le giron de la Communauté Européenne. Le 1er janvier 2008, l'euro remplace la livre. Les négociations entre la partie grecque et turque n'ont pas encore trouvé de résolution définitive. La Turquie voit sa propre adhésion compromise pour ce problème. La « Ligne verte », qui ressemble plus à un mur, de Nicosie s'affalera, un jour, comme celui de Berlin. C'est écrit, mais on n'a pas encore ajouté la date. Le 11 septembre, une nouvelle tentative de réunification aura lieu. En début d'année, une rencontre du grec, Demetris Christofas, et du turc, Mehmet Ali Talat, a eu lieu sur l'aéroport désafecté de la dernière capitale divisée du monde. Chypre, pressée par l'ONU, devra organisé, tôt ou tard, un référendum. La population organise des marches des deux côtés de la "Ligne Verte". Renvoyer les 40.000 militaires turcs du nord de l'île dans leur foyer n'est pas la plus banale des décisions. Varosha est devenu une ville morte dans la partie turque.   

Entre temps, les Grecs et les Turcs de l'île attendent de retrouver un peu plus souvent leur famille de l'autre côté. Chypre turque n'est pas reconnue à part par la Turquie. Cela veut dire qu'elle ne doit obéir à aucune règle internationale. Cela avec le plus grand plaisir des truands, de la mafia qui coulent des jours paisibles au bord de la mer tout en règlant impunément les « petites affaires ». La politique a décidément ses raisons que la raison du sentiment ne connaît pas.

Ça, c'est pour le choc.

Depuis, la République est coupée en deux. Mais, avec 200 kilomètres de côtes, la bataille du tourisme est gagnée dans le Sud par ses côtés archéologiques à Kourion, historiques à Kolossi, ses traditions, sa gastronomie, et la sauvagerie des ses côtes sous le vent plus au nord près des bains d'Aphrodite. Les hôtels se comptent désormais par centaines.

Ça, pour finir, c'est pour le chèque.

Car on parie sur la qualité, pas sur la quantité. Pas de tourisme de masse (à cette époque du moins) et la restauration des ruines et des bâtisses parachève le travail. L'agrotourisme est né en 1987. La cueillette des oranges et des olives intéresse le touriste. En pleine campagne, la brasserie Kyo distille sa bière, consommée avec délice dans toute l'île. Je ne vous ai pas dit: on roule à gauche sur l'île.

Non, vingt ans depuis mon passage, il faudra que je réactualise un peu tout cela.

Mais, je suis sûr que je ne vais pas refaire le test de l'appareil photographique. Le numérique a ses raisons que l'analogique ne connait plus.

 

L'Enfoiré,

 

Le Panda a-t-il du chic? 

En photos : http://decouvertes.lesoir.be/main.php/chypre/

Citations:

 

  • "Tant qu'il reste au renard une dent, il ne sera pas pieux", proverbe chypriote

  • "Le soleil passe les frontières sans que les soldats lui tirent dessus", Proverbe chypriote

Ecrire un commentaire