23/06/2008

Le CapitaMal

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Nous subissons un "problème" dans la vie des entreprises que certains appellent "malheur" de nos générations jeunes. Le Capital. D'où vient-il? Comment en est-on arrivé là après une transition d'à peine un demi-siècle. La nostalgie de la génération du Baby Boom est-elle une sensation de vieux "dégénérés" insensibles comme le laisserait supposer certaines conversations entre jeunes ?

Si la Bourse n'existait pas telle quelle, telle que nous la connaissons? Et si l'argent n'était pas le nerf de la guerre? Et si...

J'ai eu le plaisir de rappeler les principes et dérives de la Bourse dans "Spéculons en paix" et dans "Le spéculte". Aujourd'hui, on se pose la question "Krachera, krachera pas?" comme si cela allait résoudre les problèmes. Les crises ont existé dans le passé et le marché s'est toujours régulé et redressé. Ce qui a changé, c'est Internet et les Médias qui ont ajouté une couche dans le catastrophisme. Ces médias sont là pour le scoop et comme les bonnes nouvelles ne font pas recettes, on passe à l'autre extrême. La Bourse, comme l'argent, est une question de confiance. Elle plane à des sommets, on ne comprend pas pourquoi ou s'effondre au sous-sol avec le même dérapage. Il y a, aujourd'hui, une crise qui accentue le problème: le pétrole et les excès de la Finance. Ce qui rend la peur contrebalancée par la réalité.  

le-capitamal-liquidites.jpgLa crise des Subprimes a été le dernier catalyseur. La Bourse n'y est pour rien. Elle n'a fait que suivre. Seul la crédulité est responsable. Les gestionnaires que sont les banques ont eu le pompon de cette crédulité. le-capitamal-subprime.jpg

Elles ont fait, depuis lors, une marche arrière toute dans les crédits. Elles ne prêtent plus sans avoir la sécurité à 100%. Alors, le capital à risque qui fait progresser bien être et potentiel dans l'augmentation de la main d'oeuvre, faut pas rêver... et les résultats sont à l'avenant.

L'économie s'arrête si l'équilibre n'est pas trouvé dans un futur proche. Cherchons le juste milieu le-capitamal-subprime2.jpget remontons aux fondements.

Les mouvements d'argent se font dans les Bourses du monde par différentes techniques. Les actions tiennent le haut du pavé dans les transactions commerciales. Or, il faut bien le dire, le jeu des actions permet les pires des excès. Celles-ci font partie du système Capitaliste. C'est "le" Capital dans toute sa splendeur. Alors, ne pourrait-on pas imaginer en lieu et place, dans ce même monde, des débouchés plus restreints par l'intermédiaire des seules obligations ou les seuls comptes intérêts qui rapportaient "x" pourcents? Une différence unique dans le pourcentage serait provoquée uniquement par la longueur du placement lui-même.  

Comme je le disais dans un article précédent, une société commerciale a besoin, tôt ou tard, de recourir à la Bourse pour obtenir plus de cash et prospérer dans les meilleures conditions. C'est une règle du marché et de pure logique. La manière d'y arriver importe peu. Dans le cas obligataire nous avons la sécurité en plus. Pas de mouvements de baisse ou de hausse désordonnés. Attendre l'échéance des transactions pour seule condition.

Le jeu n'est pas obligatoire. La spéculation non plus. La sécurité serait au rendez-vous, moins rémunératrice mais plus sûre en se basant sur les fondamentaux. L'éthique serait aussi sauve. Investir de l'argent dans une action dont on ne s'intéresse même plus de la destination est pour le moins manquant de responsabilité. Mais alors, pas d'effet de levier, non plus.

le-capitamal-crise-ps.jpgL'argent déposé par les épargnants va d'un côté apporter un intérêt pour lui et surtout du cash flow pour la Société qui n'aspire qu'à cela. Chacun y trouve son profit. Cela "rapporte" petitement.

Iconoclaste, cette idée-là? La Bourse a déjà des années et des siècles d'existence dans sa structure actuelle et caractéristique. Pourquoi s'en faire et demander ou penser à changer les choses? Les comptes d'intérêts de toutes sortes pourraient être destinés à ceux qui doivent "palper" au plus près leur argent, tandis que les obligations pourraient, elles, dans cette manière de voir représenter la manne financière nécessaire aux activités. De la petite vitesse, donc. Peut-on s'en contenter? Peut-on se suffir de cette alternative dans monde intégré ou la compétition fait rage?

La manière d'utiliser l'argent, de le placer sent trop le travail facile et non productif d'intérêt général et c'est le mal de tout être vivant. Un rapport de prix performance. La spéculation est la partie la plus négative de la Bourse. Elle s'applique, elle se limite à tous ceux qui ont de l'argent disponible en suffisance pour pouvoir le perdre, au pire, mais surtout pour gagner un maximum avec le moins d'effort, au grand mieux. Cette exclusivité organise le schisme de plus en plus grand entre la base et le sommet de l'échelle sociale. Le jeu, car il s'agit bien d'un jeu pour beaucoup en milieu de gamme, va se résumer avec l'introduction d'internet à du trading qui permettra d'acheter et de vendre sur la même journée et espérer gagner avant de s'endormir jusqu'au lendemain de substantiels revenus, de "return" dans le jargon du milieu. Dans le même temps d'une journée, celui qui travaille et qui ne fait partie ou ne pense que de très loin à l'existence d'une autre manière de gagner sa pitance de la journée. Tout cela est vrai, mais c'est notre condition d'homme.

le-capitamal-trader.jpgQuand j'ai écrit mon premier article sur le sujet de la Bourse, beaucoup de personnes m'ont pris comme un spécialiste et sont venus me poser des questions de savoir ce qu'ils devraient faire du petit magot amassé à la sueur de leur front. Me voilà, gourou...! Un coup d'oeil un peu plus attentif par soi-même, on n'y a pas pensé.

Qu'on ne vienne pas me dire que c'est un mal nécessaire. Le "Capital" aura encore ses heures de gloire. Wall Street imprimera sa marque dans l'économie mondiale encore très longtemps, comme beaucoup d'autres Bourses d'ailleurs. Euronext devenu sa consoeur de raison n'ajoute qu'un peu de sel dans l'histoire.

Le plus petit pays, le moins chanceux sur le "grand échiquier" veut avoir sa Bourse. Pour se grandir, on n'a rien inventé de mieux. Il assure une chance aux projets à se réaliser avec le "capital à risque". C'est une vitrine vers l'extérieur. Quand, en plus, elle marche bien et qu'elle rapporte à ses actionnaires, c'est le pactole assuré.

La spéculation folle, au vestiaire ? Plus de bulle spéculative qui explose en pleine figure à la moindre perte de confiance comme en 2000. Une sécurité, bien méritée, moins rémunératrice peut-être mais aussi moins artificielle.

Une preuve de contre productivité: pour les experts, les ordres "put". Ces ordres qui font leur beurre avec la baisse de rendement et la perte de vitesse d'une société. Au plus, elle s'enfonce, au plus l'actionnaire touche.

Si vous voyez plus bizarre, prévenez-moi.

Encore une fois, je ne suis pas ici pour casser le marché et remettre les affaires au niveau de la "Belle au bois dormant". Je me permets de penser autrement. Je lance ce pavé dans la marre pour y réfléchir.

D'autres y ont pensé par d'autres chemins:

le-capitamal-albert-frere.jpgLe capitalisme moderne, qui règne sans partage sur l’organisation de la vie économique depuis la chute du mur de Berlin et la disparition du communisme, se présente comme une gigantesque société anonyme constituée en pyramide, explique Jean Peyrelevade dans le livre "Le capitalisme total": à la base de celle-ci, quelques 300 millions d’actionnaires détiennent la quasi-totalité de la capitalisation boursière mondiale. Autrement dit, 5% de la population du globe, concentrée en Amérique du Nord, en Europe et au Japon, sont propriétaires de toutes les entreprises. Au deuxième étage de la pyramide opèrent les gestionnaires de fonds de pension, Sicav, caisses de retraite et compagnies d’assurances: ils sont quelques dizaines de milliers à décider du sort de la moitié des avoirs financiers de la planète en cherchant à maximiser l’enrichissement de leurs mandants, c’est-à-dire des «locataires» du premier étage. Et ce sont eux qui, selon l’ancien patron de Suez, de l’UAP, puis du Crédit Lyonnais, déterminent les règles du jeu— dont celles du corporate governance — qui s’appliquent aux entreprises et notamment la sacro-sainte exigence d’un return sur investissement d’au moins 15%. A l’étage supérieur, enfin, s’agitent les dirigeants des entreprises cotées en Bourse (quelques milliers). Attention toutefois: ces derniers ne sont pas les maîtres du jeu puisqu’ils doivent obéir aux fonds, donc aux gestionnaires de l’étage intermédiaire.

Selon l’analyse de Peyrelevade, ce sont bien ces derniers qui détiennent le vrai pouvoir. Le problème, poursuit-il, c’est que le nouveau capitalisme financier a pour unique but la création de richesses pour l’actionnaire, sans se soucier de l’intérêt général. «Des normes de rentabilité excessives conduisent les chefs d’entreprise à être les premiers agents d’une mondialisation sans frontière et à implanter leurs activités partout où ils peuvent trouver une main-d’œuvre moins onéreuse. Dans le même temps, de leur adoption découlent un sous-investissement ennemi du plein emploi et une vague de concentrations (...)» Une vision imposée par les Etats-Unis, estime-t-il, et «fondée sur le primat d’une liberté absolue d’entreprendre au service de l’enrichissement sans bornes des détenteurs du capital ». Si l’on continue sur ces mêmes bases, en privilégiant systématiquement le court terme et la «cupidité», on ira droit dans le mur.

Dans "Le capitalisme est en train de s’auto-détruire", Patrick Artus, le directeur des études économiques du Groupe Caisse d’Epargne, ne dit pas autre chose. Le capitalisme actuel ne fait rien d’utile de ses milliards, n’investit pas, n’a pas de projet et ne prépare pas l’avenir. La faute aux grands investisseurs qui exigent des entreprises des résultats trop élevés, ce qui pousse les dirigeants à privilégier le rendement à court terme plutôt que l’investissement, fût-ce au prix de délocalisations et de destructions d’emplois. S’ils se rejoignent dans le constat, Peyrelevade et Artus divergent en revanche quand il s’agit d’ébaucher des solutions. Pour Patrick Artus, il faut réformer la gestion de l’épargne et imposer de nouvelles règles de gouvernance aux gestionnaires et dirigeants comme aux régulateurs. Sans quoi, on n’évitera pas une crise de système. Jean Peyrelevade appelle, lui aussi, de ses vœux plus de régulation «pour assurer l’équilibre politique, éthique, écologique du développement de la planète ». Mais pour y arriver, il s’en remet au politique. Les gouvernements ne devraient plus se mettre au service de l’actionnariat, dit-il, mais inverser le rapport et réguler ce dernier. Plus concrètement, il propose d’encourager les actionnaires à conserver longtemps leurs titres (alors qu’ils se conduisent aujourd’hui comme des «passagers clandestins»), de soustraire les chefs d’entreprise au diktat des marchés financiers (en commençant par supprimer les stocks options, qui les inféodent aux mouvements boursiers) et, last but not least, de cesser de privilégier à tout crin les fusions et acquisitions et, partant, les concentrations. Ce dernier point est sans doute le plus polémique puisqu’il amène l’ancien grand patron français à adosser la notion d’intérêt général à la nationalité. Dans un entretien au Nouvel Observateur, il explique ainsi qu’on devrait pouvoir interdire une fusion «au nom de la politique industrielle ou de l’intérêt général d’une nation». Une conception qui, faut-il le dire, ne s’inscrit pas dans le cadre européen, dessiné à l’aune du marché unique.

 le-capitamal-interet-notionnel.jpgLes Intérêts Notionnels ne sont qu'un "truc" de plus pour attirer les capitaux sur son sol. L'intérêt est en cascade. 

John Kenneth Galbraith, humaniste en économie, avait bien compris le fonctionnement du capitalisme moderne. Récemment disparu, parler de lui est plus en hommage. Pour lui, les économistes ont évacué les dimensions politiques et morales de la science économique en repoussant le monde réel. L'économie de marché n'existe pas, dit-il, puisqu'elle n'a comme rôle que de générer du profit.

Que reste-il de Keynes? 70 ans déjà que cet économiste politique a écrit sa "Théorie générale" qui tente d'expliquer la fonction réelle de l'économie. Selon lui, l'offre ne créerait pas sa propre demande. La demande effective, par contre, déterminerait le niveau général de l'emploi. Un équilibre subtil se placerait donc entre les dépenses et une économie sans plein emploi et de "chômage involontaire". L'envie de consommer ou de thésauriser équilibrerait une anticipation de profit des entreprises. Les travaux publics devaient combler les "trous" pour faciliter le privé. Le crédit dans ce monde-là ne pourrait pas manquer en quantité et en souplesse. Pas de taux d'intérêt à la rescousse du jeu inflation-déflation pour éviter les dépressions. Donc, beaucoup de courage et de discipline pour équilibrer la balance commerciale. Le court terme a souvent remplacé les bonnes initiatives. Peut-être, faudra-t-il réinventer son rêve et lancer une version 2 à celui-ci. Espérons que le remake sera de taille.

En 2006, en une journée, 11 entreprises changent de main dans le monde. 1.300 milliards euros ont été du voyage dans l'année. La force de frappe ne réside plus dans les pays habituels. Le Brésil, par exemple, a pris son ticket avec détermination.

Le manque de vision stratégique restera le handicap majeur des actions. Le petit porteur sera qu'il le veuille ou non un suiveur sans aucune influence comme la gouttelette sur la vague. Naviguer à vue dans le brouillard le plus épais tachant d'éviter les tempêtes voilà l'investisseur moyen. Entre temps, comme toujours et partout, il faudra toujours se rappeler que dans les océans capitalistes, les petits poissons seront toujours mangés par les gros. Les gros poissons se feront manger par les requins. Les requins, à leur tour, par les gros requins. Tout n'est qu'une question d'échelle. Alors, défiance ou assurance aveugle? Georges Soros, milliardaire, bien connu de la haute finance, veut changer les choses. Son livre, "Le grand désordre mondial" devrait éclairer sur ces objectifs?

le-capitamal-buffet.jpgBob Reich, ancien ministre du travail de Bill Clinton s'exprimait dans le Nouvel Obs en janvier 2006. Ce théoricien de l'économie mondialisée redoutait l'ascension d'un "supercapitalisme" dans son dernier livre du même nom. Le modèle d'efficacité présenté par les USA et ses émules aurait changé de cap. Une capacité de croissance forte par les valeurs était remise en question. Sous l'effet de la globalisation. Les inégalités ne peuvent que se creuser. Une dynamique de la compétition et concurrence exacerbée profite aux uns et font exploser les autres citoyens. Créer de la valeur ajoutée est un plus, mais s'intéresser à toutes les catégories est mieux. Qui assumera la production, sinon les classes moyennes ou populaires? Selon lui, une complète rééducation, une rectification par l'impôt sont seuls capables de changer l'exubérance irrationnelle. Il constatait qu'en 1998, les plus riches (1% des USA) possédaient 20% de l'Amérique. Le salaire moyen n'a pas vraiment progressé depuis trente ans. Pas de faux coupables. Chacun responsable mais pas coupable. Rien que des acteurs dociles du "System". L'Etat, plombé par les lobbyistes, ne trouvera pas sa sortie seul un cas de conscience citoyen pourrait y arriver. La politique tourne de plus en plus à coup de dollars. Une sacrée pêche au volontarisme contre les lois d'airain de l'économie, conclut-il.

Est-ce du Capital qui a mal dont il faudra parler ou n'est-ce pas plutôt du Capital sous forme de CapitaPasMal?

Une question de cette seule et rare confiance. Confiance dans le marché, confiance dans l'argent papier ou virtuel, dans sa manière de prendre connaissance des choses qui sont à la base de notre existence. Tout est basé sur la valeur intrinsèque, fondamentale ou imaginée. Sans elle, c'est la gangrène qui plonge dans un futur non raisonné vers le néant. La grenouille devra seulement prendre un peu de recul avant de vouloir se faire plus grosse que le boeuf. Après la boulimie, y aura-t-il une cure d'anorexie? Probable. La Bourse est le reflet de notre confiance en nous-même.

Un rappel: la panique est mauvaise conseillère et les pertes des uns ne seront pas perdues pour tout le monde. Et les paniques, parfois, on les provoquent artificiellement car on aime chez les Grands. Et tout le monde joue, sans distinction, dans cette même cours des grands ne fut-ce par les fonds de pensions qui recherchent la meilleure rentabilité.   

"Mais comment a-t-on pu en arriver là?" se demandait un autre blogueur. J'ai essayé modestement à en donner les tenants et les aboutissants.

L'enfoiré,

Des Boursiers pandaesques?

Citations:

  • "Le Capital mourrait si, tous les matins, on ne graissait pas les rouages de ses machines avec de l'huile d'homme.", Jules Vallès

  • "Le stalinisme, c'est la voie la plus longue pour aller du capitalisme... au capitalisme.", Lech Walesa

  • "La supériorité des occidentaux tient, en dernière analyse, au capitalisme, c'est-à-dire à la longue accumulation de l'épargne. C'est l'absence de capitaux qui rend les peuples sujets.", Jacques Bainville

  • "Le capital ne manque pas. Ce qui manque, c'est la vision."Mickaël Milken

  • "L'argent est plus utile que la pauvreté, ne serait-ce que pour des raisons financières", Woody Allen

10/06/2008

Chronique d'un chassé-croisé de "bling bling"

chronique-dun-chasse-croise.jpgDe l'amour à la réalité politique, aurais-je pu titrer mon article. La France vit une situation nouvelle après une année de pouvoir sarkosienne. Elle se réveille avec des réformes sur les bras dont elle ignorait la profondeur. En Italie, nous en sommes au troisième épisode de l'ère berlusconienne. En observateur étranger, je me suis documenté sur ce que pensait un Italien bien pensant qu'est Umberto Eco.

Souvent, je me suis senti impertinent en voyant l'étonnement des Français après leur vote de leur président en 2007. Président de droite, bien marqué, Sarkozy a pris le pouvoir démocratiquement avec des résultats confortables en sa faveur en 2007. Une fougue presque mystique voulait reléguer 30 années "glorieuses" dans les oubliettes de l'histoire. Un an après, le désenchantement et la hargne se reflétaient dans les blogs sur Internet et ailleurs. Le pouvoir d'achat, bien sûr, n'a pas été à la fête pour l'Europe entière, mal supporté par les plus pauvres. Logique implacable d'une droite qui privilégie normalement le pouvoir de l'argent. Mais, est-ce la seule raison?

sarko-show-un-an.jpgN'y a-t-il pas un système, un "régime"  plus fondamental qui se cacherait derrière cette nouvelle droite française qui se voulait centralisant des aspirations de toute la population? Êtes-vous tous des patrons, ai-je demandé dans ma candeur naïve vue de l'étranger. Paradoxale, cette conquête démocratique? Cela aurait pu en rester là, sans réponse quand j'ai lu le livre de Umberto Eco "A reculons comme une écrevisse" dans lequel il comparait une situation politique très semblable dans son pays l'Italie.

Situation qu'il décrivait avec dépits et une profonde justesse amère. Comme interlocuteur, connaisseur de l'Italie, je ne pouvais trouver mieux. Né en 1932, Umberto avait connu le fascisme et les affres des frasques de Mussolini. Dans l'histoire plus récente, depuis 1994, il y a eu Berlusconi  et l'Italie qui vit actuellement le 3ème épisode, le 3ème règne dans un flip flop avec le PS.

Allo, les studios, ici, l'Italie et son régime politique présentés par Umberto Eco dans un long chapitre de son livre.  

energie-de-sauvetage-velo.jpgPourquoi une alternance entre Socialistes et le parti du Pôle qui se dit des Libertés. Expliquer une opinion publique et son choix politique est dépendant de sa population dans une démocratie. J'ai déjà eu l'occasion d'en parler dans "Show avant tout" qui faisait quelques pas dans l'explication. La France avait un profond désir de changement dans la fonction présidentielle. L'Italie, elle, n'en a aucune volonté apparente de changements, elle patine dans l'habitude et la complaisance partagée. Berlusconi rêve d'atteindre la position de président.

A part ce départ, rien de tellement différent. Le changement quand cela ne va pas bien, qui serait contre? Et bien de ce côté, ce n'est pas une question idiote. En apparence, du moins. Le chauvinisme existe bel et bien en Italie. Vouloir briller avec le moins d'effort, on aime. Le bling bling a peut être un autre nom en italien, mais il s'agit du même instinct. Et si on n'est pas à bord de ce bateau-là, on cherche à y monter.

On aime Berlusconi, c'est clair. On veut ignorer les travers, les écarts de langages, les gaffes de Berlusconi. On ne se préoccupe pas de la source de la rivière, du moment qu'en finale, en amont, la richesse des alluvions profite dans la "combinacion" à chacun. Faire une photo de la manière de gouverner ressemble dès lors à la technique présidentielle française. Les ingrédients du pouvoir italien est efficace face à une population canalisée. Le show médiatise ne se passe plus dans les journaux mais à la télévision, cadenassée, elle, dans les mains du pouvoir lui-même. Ne passe sur antenne que ce qui est bon pour le pouvoir. Le foot et le sexe comme incitants pour faire rêver et surtout pour ne pas trop réfléchir. La publicité politique est la potion magique qui permettra cet effet de rabotage. Résignation ordonnée par des slogans publicitaires classiques, simplistes, agressifs pour les autres partis et ignorants de ses propres tarres. On n'est plus au lave plus blanc, mais au lave le moins sale possible pour que cela passe dans l'opinion. Bling bling au sommet, klong klong à la base avec les miettes de la mise en scène.

Pas réformiste, l'Italien est plutôt abstentionniste. Les réformes de l'imagination sont derrière depuis belle lurette dans un certain défaitisme.

Pour faire taire l'opposition, il faut la diaboliser. L'adversaire, il faut l'insulter au besoin avec une bonne dose de populisme négativiste. La solution ne se trouve pas chez soi, donc se défendre commence par l'attaque. Pour le peuple, simplisme de la réflexion: Berlusconi est riche, donc il n'aura aucune envie de voler ses concitoyens comme la corruption semblait l'avoir fait avec le parti de l'opposition ancestrale de la gauche. Intellectuels s'abstenir.

le-show-avant-tout_naples.jpgQuelques tours de perlimpin pour montrer sa bonne foi en disant vouloir diminuer la pression fiscale, luter contre la criminalité avec sévérité et sans déviances pour confirmer son état d'esprit proactif.  Attente messianique au départ, désenchantement, ensuite, mues en amorphisme, apaisée par l'esprit érodé de l'intérêt personnel qui converge avec la communauté nationale. S'il n'y avait que les partisans réels, passe encore, mais il y a la majorité qui transite par l'image virtuelle du sommet, fascinés par le bling bling et les fesses des jolies présentatrices sur le petit écran. Quelques promesses comme celle du vendeur, une fois par jour, pour garder l'audience et l'attention des médias suffisent.le-show-avant-tout_naples-berlue.jpg

Rien n'empêche de tout dire, un jour, et son contraire, le lendemain. Les journaux de l'opposition, on sait qu'ils ne font pas l'unanimité et sont donc de moins en moins lus. Pas de contradictions dans ce cas. L'opposition se doit d'être frustrée. Obligée de réagir pour garder un semblant de démocratie, ne pas cautionner l'adversaire et perdre ainsi son identité, sont les seules solutions à première vue qu'il lui reste. La provocation en miroir de Berlusconi, ensuite. Encore de nouvelles promesses pour boucler la discussion à son avantage, enfin. Logique de la provocation pour détourner l'attention seule. Le lendemain, si cela s'avère un choix erroné, un "Vous m'avez mal compris" donnera la correction et, en plus, un test de réactivité de l'électorat pour en connaître sa réceptivité.

President à la CE, Berlusconi traitait de kapo un Allemand ou qualifiait de "touriste chahuteur éméché" un autre parlementaire étranger. Ce qui constituait un réveil du chauvinisme de manière gratuite en prime et augmentait encore une fois l'audience des médias pour des semaines de discussions par la suite. Du moment, qu'on occupe la première page des journaux, qu'espérer de mieux? L'effet de "bombe" utilisé à répétition avec machisme, les coups bas "ad hominem" pour augmenter la confusion des médias complètent la mise en scène.

Dans cet orchestre de la démesure quelle est la solution pour l'opposition sans jouer dans le jeu et se discréditer? Umberto en soulignait les points de combat.

Probablement, le blackout. Agir bien avant de réagir. Anticiper avec des idées révolutionnaires et avec les mêmes méthodes de la provocation. Faire rêver et toucher par les cotés sensibles de la poche des citoyens. Mettre au pied du mur par des projets novateurs. Court-circuiter le rapport trop direct entre le chef et le peuple en renvoyant la discussion au parlement. Dénoncer la collusion entre les pouvoirs exécutifs, parlementaires, judiciaires et médiatiques. Du charisme manque probablement dans l'opposition socialiste. Une volonté d'y croire, aussi. Le régime médiatique populiste se travaille avec des atouts dans son jeu et pas dans celui de l'adversaire. La sympathie du téléspectateur ne se crée pas uniquement par des sourires et des promesses impossibles. La culture de gauche, devenue hégémonique, a peut-être perdu le goût de la critique, trop sensible a l'esprit du temps, en attaque dispersée et limitée à la réaction. Une culture dominante se partagerait-elle entre mysticisme par un rappel à la gauche chrétienne, traditionaliste avec au sommet plus de templiers que de réels partisans?

La démocratie n'est pas une forme de conquête de la faveur publique reposant sur une mise en scène et une stratégie de la tromperie. Encore faut-il avoir l'oeil critique et l'action proactive. L'Histoire est toujours écrite par les vainqueurs.  

Dernièrement, je pouvais lire dans un journal italien que Berlusconi n'était pas contre un appel à la rescousse du leader de l'opposition socialiste. Encore un rappel à un précédent français, pas tellement éloigné pour museler ceux qui pourraient gêner.

L'Italie ne serait-elle qu'un précurseur à ce que la France pourrait vivre dans le futur? Une répétition d'aller et venue au fil des élections qui suivent amour et haine?

Ah, oui, je vous prie d'excuser d'avoir raté ce scoop, Umberto parlait aussi de "consociativisme". Un mot qui, je suis sûr, aura son pesant de recherche.

Le coeur aurait-il, cette fois encore, des raisons que la raison ne reconnaîtrait plus du tout ou serait-ce dans la succession normale de situations bien méditée de ce qu'est un électorat moderne?

Allo, les studios français. "Sarkozy: Berlusconi en plus sournois"?

A vous de critiquer la pensée d'Umberto Eco ou de dire que vous ne vous sentez pas concernés par une certaine ressemblance.

L'Enfoiré,

Un autre article  sur le sujet en 2007 

Le Panda et ses commentaires...

Citations:

  • "En démocratie, la politique est l'art de supprimer les mécontentements.", Louis Latzarus
  • "Tout n'est pas politique, mais la politique s'intéresse à tout.", Nicolas Machiavel

 

29/04/2008

Enlève-moi, mes puces

 

Le "Question à la Une" du 22 avril a de quoi inquiéter. Les puces sont là. Ne préparez pas vos insecticides. Celles-là sont faites "maison", électroniques. La technologie est passée par là. "Big brother" aussi. Les RFID vont apprendre beaucoup de choses sur nous à notre insu. Démocratie en danger? "Confiance, ce n'est qu'une fausse alerte", disent certains. Mais encore...

Le code-barres, c'est décidément ringard. Cette fois, il faudra compter sur la Radio Frequency Identification (RFID) et elle va générer un risque bien plus important dans notre vie de citoyen au quotidien. Celui-ci a peur d'être fiché. Il va être servi.

Certains scientifiques qui analysent le problème, nous disent même que le RFID serait plus dangereux que tout ce qui a été créé pour assurer la sécurité avec en contrepartie un avantage bien trop spécifique. dans le domaine de la sécurité, les caméras de surveillance ne seraient désormais qu'un complément vis-à-vis de ce nouveau moyen de catégoriser les citoyens. Dangereux, car tout le monde en tirerait un profit apparent au départ. Si cela n'avait pas de points positifs, cela le serait moins. Sans un caractère imposé à terme et un risque de ne pas être au courant de ce qui s'y cache, ce pourrait n'être qu'un gadget de plus. Une caméra au dessus d'un immeuble, cela se voit. Ici, ce n'est plus le cas, c'est invisible et, de plus, l'information qui s'y réfugierait pourrait s'alimenter à distance et à l'insu de son porteur. Le piratage pourrait bien vite s'interfacer. Implantés sous la peau, dans les dents, ces puces, on en oublierait leur présence et leur potentiel. Autorisation d'en insérer sous la peau depuis 2004 aux États-Unis. Les raisons se retrouvent dans les domaines pratiques, sécuritaires, publicitaires et commerciaux. Les étiquettes RFID attachées aux vêtements complètent la panoplies. Les applications sont infinies.

Pratique, car il pourrait être considéré un système "carte proton" ambulant, porte monnaie électronique, rechargeable à la demande. Biométrie avec cartes médicales sous la peau. Santé en liberté? Les produits vendus se verraient fichés et inventoriés dans un temps bien plus court et moins coûteux. Utilisée en test, des étiquettes RFID accélère de manière drastique le travail du stockiste dans son inventaire. Elles communiquent à distance, leur présence à une distance maximale de 10 m. Le stockiste n'aura plus qu'à se balader avec des détecteurs entre les rayons pour établir l'inventaire. Stock réel minimum garanti. Clients et fournisseurs contents. Les nouvelles cartes d'identité électroniques contiennent déjà une puce électronique et contiendront toutes les informations personnelles nécessaires que l'on voudrait y insérer: mutuelle, santé par le remplacement de la carte SIS...

Sécuritaire, pour les bébés identifiables et les personnes âgées soufrant de la maladie d'Alzheimer. Traçabilibilité dans le temps et l'espace. L'émission présentait une situation qui allait jusqu'à l'impossibilité de quitter le bâtiment, ascenseurs bloqués. Elle ne disait rien dans le cas d'incendie. Repérables aussi par GPS en cas de perte ou de disparition. Avec les caméras de surveillance, criminels sous garantie de repérage, encore mieux cernés qu'avec bracelet électronique à la cheville. La prison virtuelle est à portée quand on sait le pénurie de places dans les prisons.

Publicitaire, car les clients ne recevraient plus que des publicités ciblées. Habitude de consommation espionnée. Profil de l'acheteur capté. En Belgique, les chiens sont déjà obligatoirement "pucés" pour rester identifiable vis-à-vis de leur maître.  Des milliards de puces sont prêtes à l'emploi. Coût de production, un euro. Prix de vente jusqu'à 150 euros suivant l'usage. Sur ces puces, un catalogue de numéro à 16 chiffres peuvent être relié avec des bases de données de tous les types rassemblées sur ordinateurs. Pour le présent, il ne faudra pas oublier que les puces, c'est aussi un marché énorme qui ne correspond pas du tout à l'idée du marché aux puces. Désormais, il a même son salon, son journal, son fil rouge... Microsoft a une version Beta de son BizTalk RFID Mobile. Des espions dans tous les étages de l'entreprise sont probablement déjà programmés. Pour le futur, un choix entre sécurité et liberté individuelle et peut-être d'autres applications dont on n'a pas encore imaginé les retombées. Des associations se sont créées pour attirer l'attention sur les dangers, mais elles restent bizarrement très confidentielles. Il est certains que des règles précises, des limites d'utilisations soient légifèrées.

"La puce" est passée au cinéma. L'insecte aptère ne pouvait jamais trouver meilleure correspondance technologique. Il faudait seulement se rappeler que ces puces sautent, piquent et propagent les maladies.

L'enfoiré,

Des puces chez Le Panda?

 

Citations:

  • « On dessine toujours les éléphants plus petits que nature, mais les puces sont toujours plus grandes. », Jonathan Swift

  • « Il n'y a pas de preuve que la puce, qui vit sur la souris, craigne le chat. », Henri Michaux

  • « Quand on se cherche des puces, on finit par devenir pouilleux. », Adrien Therio

  • « Une puce ne peut pas piquer une locomotive, mais elle peut rendre fou le machiniste. », Quino

16/04/2008

Le show avant tout

le-show-avant-tout.jpgUn article du Soir m'a interpellé par son analyse et sa justesse. Il s'agissait d'essayer d'expliquer le pourquoi de l'attraction dont Silvio Berlusconi jouissait aux yeux du peuple italien. Pascal Martin en était l'auteur. Comme il risque d'être archivé, je le soumets ici pour le commenter et le comparer avec d'autres cas en Europe.

Son retour en force pose question. Quand on connaît son passé et la manière dont il vient de conquérir le nouveau "trône" d'Italie, il y a de quoi s'inquiéter pour l'Europe.

Voici le texte:

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« La société italienne est une société où les mamans veulent que leur petite fille soit Miss Italie et leur fils footballeur. Tout ça sans trop travailler ».

Élu en 2006, le Vert Arnold Cassola faisait partie dans la précédente législature des députés venus de l’étranger. Mi-Maltais, mi-Italien, il habitait alors Etterbeek. En s’installant à Rome, il a découvert une manière très différente de faire de la politique. Comme un coup sur la tête.

« Depuis deux ans, Silvio Berlusconi a tout fait pour faire tomber le gouvernement Prodi. Il y a beaucoup de désillusion à gauche car le public n’a pas mesuré les conséquences positives de son travail. La baisse du déficit public, par exemple », explique le député. Côté Berlusconi en revanche, tout serait négatif : plusieurs tentatives de corruption auprès de certains sénateurs, les affaires (désormais prescrites), des mensonges en pagaille, et son indécrottable machisme. « Au palais des Sports il y a peu,raconte Cassola, il a réuni 8.000 femmes et il leur a dit que “dona” venait du verbe latin qui signifie dominer. Oui, a-t-il dit, vous êtes bien dominatrices à la maison. Mais le prix à payer pour cela est de bien cuisiner pour donner des forces aux guerriers. Et tout l’auditoire a applaudi. »

Mauvais goût

L’Europe a multiplié les populismes au cours de la dernière décennie, mais aucun n’égale ce mélange de puissance, d’arrogance et parfois de mauvais goût. Et pourtant ça marche. Pourquoi ?

La réponse la plus fréquente est que dans un pays où l’individualisme est la règle, la réussite professionnelle de celui que l’on surnomme aussi Sua Emittenza tient lieu de modèle. En tant qu’entrepreneur, propriétaire du Milan AC, homme de média et de politique. Sa fortune est immense. Sa présentation soignée, son bronzage permanent et ses liftings à répétition achèvent l’image d’un gagneur, paré à gérer l’Italie comme une de ses entreprises.

Mais cela ne suffit pas. Le sociologue Franco Ferrarotti voit en lui un catalyseur. Silvio Berlusconi exprimerait les contradictions de la péninsule italienne qui n’en manque pas. « L’Italie, explique-t-il, est une société trimillénaire qui est en même temps une structure politique très récente avec un sens de l’Etat qui n’est pas encore là ».Berlusconi en tirerait largement profit. « En Italie,continue Ferrarotti, il n’y a pas d’idée de la fonction publique comme telle. Le pouvoir est fait pour favoriser la famille. »

Famille, Eglise, réussite sociale… les valeurs de la droite berlusconienne séduisent du Nord au Sud, passent outre les fractionnements et les clivages sociaux grâce… au petit écran. Par le truchement de ses télés, Berlusconi a réussi à donner du rêve à tous, en livrant au téléspectateur ce qu’il veut entendre. Cette thèse est défendue par Carlo Freccero, le responsable de la RaiSat, qui a payé par plusieurs années de placard le fait d’avoir diffusé une contre-programmation aux télés berlusconiennes. « Berlusconi a donné une identité par le truchement de la télé à ceux qui sont loin des centres-villes et des lumières. Quand ils sont chez eux brille le reflet bleu de la télévision. Comme dans la pub de L’Oréal, il leur dit “Perchè tu vali”. “Parce que tu le vaux bien”. » Le message fonctionne. Il capture le téléspectateur lambda, le remplit.

Depuis quinze ans, ce cocktail de séduction a permis au Cavaliere de rester dans le cœur des Italiens. Et dans les urnes.

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Un an avant, nous avions Nicolas Sarkozy, que l'on a aussi découvert bling bling. Il y a bientôt huit ans, le phénomène "je ne sais rien, mais je dirai tout" était déjà plébiscité aux États-Unis. J'avais déjà eu un article sur le sujet "Italie à coup de bottes". C'est Berlusconi III qui opte, une nouvelle fois, de chasser le naturel, pour revenir au galop.

Le Vif - L'Express paru avant les élections du 13/14 avril, se posait la question "Italie Western ou spaghettis?".

Walter Veltroni, comme opposant, comme suiveur de Romano Prodi. Les deux hommes de cette opposition "tous feux, tous flammes" avaient quoi à opposer au rêve proposé par Silvio Berlusconi? Le message socialiste "L'Italie vers la croissance zéro" est invendable. L'Europe, avec ses problèmes, face au nationalisme qui voulait faire revenir l'Italie sur le podium des grandes nations.

Walter Veltroni ne s'est pas vraiment affronté avec son adversaire politique.  Le match était Super Walter contre Sua Emittenza. Veltroni susurrait à l'oreille des Italiens déprimés :" Si puo fare" ("On peut le faire"), comme s'il voulait se donner le courage pour lui-même de rentrer dans la cage aux fauves.  

Car, de fauves, il faut parler.

2066637746.jpgSourire éclatant, Il Cavaliere sait montrer les points négatifs de ses adversaires. Tous les coups sont permis. Tout dans l'image. Tout dans le show. Savoir ce qui fait plaisir à entendre. Moins regardant dans sa propre assiette et ses scandales remisés aux objets perdus.  Chercher les faiblesses de l'autre et trouver les bonnes paroles humoristiques adéquates pour faire rire. Acceuillit à Palerme avec des pancartes "Silvio santo subito" comme le Pape Jean-Paul II. Une place de président lui suffira en premier ressort. Voilà les recettes.

L'histoire humaine retient ceux qui passent la rampe et qui gagnent, jamais ceux qui tente d'y arriver. Y a pas photo. Campagne sans bataille. Charisme à la sauce populiste. Trop de faiblesses dans l'analyse des électeurs pour contrer. Rien ne marche mieux que de flatter l'ego de ses électeurs par les rêves. Un peu de "bling bling" existe en chacun d'entre nous. Certains s'en font l'écho et les idoles. Le citoyen doit seulement garder les pieds sur cette terre, tout en regardant parfois, un peu, les nuages au travers du ciel bleu.

Y a-t-il des différences entre ce genre de coups de buttoir aux États-Unis, en France, en Italie?

Pas beaucoup, si ce n'est que pour réussir, on doit s'associer de plus en plus avec ce que l'on sait être un peu moins démocratique comme Forza Italia.

La France avait connu le même phénomène, il y a moins d'un an. Le rêve de faire de la France une nation de prestige. On sait ce qu'il en sort à présent.

1299838265.jpgEn Belgique, pour faire passer en force le projet de scission de Bruxelles-Hal-Vilvoorde, malgré un cordon sanitaire, les partis d'extrême droite ont été appelés à la rescousse. 

L'Italie avait connu le Duce, il y a désormais "Il Cavaliere", "Sua Emmittenza". On est moderne. Une chaîne de télévision virtuelle permet d'atteindre plus de monde que les discours les plus physiques.

Décidemment, il faudra beaucoup de messages positifs et du charisme objectif et motivé en contre pouvoir. Peut-être quelques cauchemards aussi....   

Mais puisque le "bis repetita placent" (les choses répétées plaisent)...

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L'Enfoiré,

Le show chez Le Panda?

Je tiens à remercier RIF et KROLL pour leurs caricatures

Citations:

  

  • "Egalitarisme : rêve de pauvre, cauchemar de riche.", George Elgozy

  • "L'histoire est un cauchemar dont je cherche à m'éveiller.", James Joyce

     

 

15/03/2008

Rétro Chine (1)

retro-chine_carte.jpgGrande Chine, ton histoire ne date pas d'hier. Te revoilà plus forte que jamais, pour nous le rappeler et parfois pour nous effrayer. Nous sommes à quelques mois de l'ouverture des JO de Pékin. Essayons une rétro pour extrapoler, ensuite, sur l'avenir dans un deuxième volet.

L'histoire de la Chine remonte à la nuit des temps. Très riche par ses histoires de dynasties d'empereurs jusqu'en 1911. Le Figaro consacrait, en mars, un hors série en panorama sur cette épopée. Remontons seulement au début du 20ème siècle. L'impératrice Tseu Hi manipula les Boxers dans le but de repousser les étrangers hors de Chine. Le dernier empereur, PuYi, très jeune, resta enfermé dans la Cité Interdite (évocation dans le film "Le dernier empereur"). Le 1/10/1949, la Chine virait au rouge vif avec Mao Zedong, qui surnommé le Grand Timonier, créa sa République populaire avec le petit livre rouge comme livre de chevet. Il lança sa Révolution Culturelle, le 18 août 1966, pour mater les opposants. Se succédèrent après sa mort (10/9/1976), la Bande des Quatre menée par Jiang Qing qui croyait pouvoir prendre le pouvoir de son mari décédé, jusqu'à leur jugement. Par après, pourtant, Deng Xiaoping, surnommé le Petit Timonier, comprit que l'autarcie ne pouvait engendrer un futur sur le long terme avec une Chine trop refermée sur elle-même. Il  ouvrit les fontières au modernisme à la chinoise et à une reconversion complète vers l'économie occidentale. Le 4 juin 1989, l'élan de liberté est brisé sur la Place Tian Anmen. Un nouvel élan, plus fort encore, survint lors de la désignation de Pékin comme ville des futurs Jeux Olympiques de 2008.

Film du temps, suspense en thriller pour les uns et liesse pour les autres dont on pourrait avoir une description et un titre de "Joutes Octopusiennes avant le 8 août 2008 à 8 heure" avec le parti chinois comme producteur, une centaine de millions de réalisateurs et plus d'un milliard deux cents millions de figurants. Donc: Actions

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Sous une idéologie communiste menée par un parti unique dominant, une corruption toujours présente, une privatisation d'une petite minorités d’entreprises, l’économie de marché dans sa version la plus excessive voulait oublier, ostensiblement, le carcan socialiste désiré à l’origine. Une volonté de rattraper le temps perdu se manifestat pourtant d’une manière assez chaotique. Dans un boum économique, une élite se constitua des fortunes immenses en permettant de construire de véritables empires et s’attribuant le droit de vivre dans un luxe inimaginable. Les quotas d’exportation, supprimés en janvier 2005, décision prise dix ans auparavant entre les partenaires économiques, suffit pour faire croître le nombre de ces multi millionnaires et faire apparaître des milliers de nouvelles voitures flambant neuves dans les rues de Pékin.

Les quotas à l'exportation, une fois sautés, ils avaient bien vite été dépassés. Le blocage des cargaisons en excédent, arrivées par bateaux dans les ports européens, n'avaient plus reçu l'autorisation de décharger créant une nouvelle crise appelée ironiquement par les Anglais de "crise des soutiens-gorges" due à la pénurie qui s'était produite au grand dam des importateurs et des distributeurs européens. Ce dilemme survenait seulement deux mois après un accord correctif sur ces fameux quotas fixés entre la Chine et l'UE. Surprenant vaudeville qui se résumait par la question: "Alors, Monsieur Mandelson, tu bloques, volonté de la France et de l'Italie ou tu débloques, aspiration de l'Allemagne et d'autres ?". Acte II: en parfait équilibriste, il a trouvé le compromis: on débloquait et on 'grignotait' du quota de 2006 pour laisser entrer les marchandises. Un nouvel "œuf de Colomb" ! Il aurait suffi ensuite de recommencer l'Acte II si nécessaire, les années qui suivirent.

 

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Pourtant, déjà lors de la période de Noël de 2005, bien que l'on pouvait penser qu'un avenir radieux se présentait aux industriels chinois. Paradoxalement, voilà que le vague à l'âme se manifestait chez les fabricants de jouets chinois tandis que plus de 80% des jouets envahissaient l'UE. Bon nombre de producteurs de l'univers des enfants avaient été mené à la faillite par la hausse de leur coût de production qui n'avait pas pu trouver un correspondant dans leur prix de vente mis souvent au rabais par la volonté du marché. La crise du SRAS, les produits pétroliers à la hausse, la hausse du prix de la main d'œuvre avaient grevé les prix de revient. Concurrence interne. "Nous avons décidé de fabriquer des jouets moins chers, sinon on ne pourra pas survivre", disait un producteur de jouet. Le dumping écrasait son propre initiateur et concepteur.Les autres marchés plus haut de gamme étaient encore très limités à la copie des produits occidentaux. Les contrefaçons inondaient les marchés malgré les brevets. Si un progrès extraordinaire était au rendez-vous, le domaine intellectuel était pourtant un peu laissé en rade. Inventer et innover, nous en étions encore loin bien de la sophistication.

Brûler les étapes a des effets pervers sur l'environnement. Le 13 novembre 2005, par exemple, après une explosion d'une usine pétrochimique, probablement due à une erreur par manque de contrôle. Les conséquences catastrophiques ont été rendues publiques seulement le 24 novembre car les 80 kilomètres de pollution ne pouvaient plus se cacher. Une nappe de benzène, produit extrêmement nocif, s'est répandue dans le fleuve Songhua, au nord-est de la Chine, affluent de l'Amour et menacait la ville de Harbin et ses 4 millions d'habitants jusqu'à inquiéter la Russie. La suspension de distribution d'eau est telle que la brasserie de la ville a été demandée à la rescousse pour fournir l'eau qui était destinée au brassage de la bière. Urgence artificielle pour construire le pays  avec une croissance trop rapide contre urgence pour la préserver des erreurs de parcours. Une nouvelle explosion, plus tard.


ef024cfe8ebd9ab883bd5db4529d6015.jpgFin 2005, la Chine décide de réduire sa dépendance vis-à-vis de ses besoins énergétiques. Elle va fermer 2400 mines de charbon dont l'exploitation souffrait de trop d'accidents par coup de grisou et d'une gestion sans beaucoup de scrupules pour les mineurs. Ce qui ne se dit pas, c'est que ces coups de grisou se produisent par manque de respect de ses travailleurs et se subissent par eux à coup de "forcing" pour en fin de journée pouvoir se payer un bol de riz.

Mi-avril 2006, un reportage "Fait divers" rapportait que dans le Sud du pays, le travail des enfants était utilisé pour le recyclage des déchets électroniques et aussi radioactifs car il ne faut pas oublier que la Chine possède la bombe atomique et a dû la tester. En effet, 50% de tous les pays à haute technologie du monde exportait en Chine leur trop plein de matériel périmé ou déclassé. Cela en dépit de l'interdiction d'importation de déchets. PC et circuits intégrés prenaient une valeur non négligeable quand on sait qu'ils détiennent souvent beaucoup de matière tel que le mercure et  l'or. Le niveau de pollution entrainé dénote par contre un excès 5 fois supérieur à la norme supérieure. L'analyse du sang des enfants accuse une augmentation d'anormalité et 80% entre une et cinq ans, sont atteint de saturnisme. Mais encore une fois, mutisme chinois et de la communauté iinternationale qui profite de la situation.

Retour au 19 ème siècle à l'européenne? Championne dans l'inégalitaire, la Chine l'est avec 5% de sa population qui se partage plus de 50% des richesses.  Les plus de 40 ans se souviennent de 1989 et de sa dure répression qui a laissé des traces. Avoir raison trop tôt et avant les autres Roumanie, URSS et pays de l'Est... n'apporte que rarement le succès. Après les paysans et les ouvriers, voilà les étudiants, les rejetons de classes moyennes qui manifestent leur mécontentement et leur volonté de préserver la valeur de leurs diplômes. Des sociétés privées délivrent des diplômes dévalués qui sont de véritables arnaques tandis que les grandes universités sont hors de prix. Lenovo, entreprise créée par Liu Chuanzhi est devenue l'incarnation du succès chinois et attire les étudiants sur le campus de Tsingshua comme les mouches. Un chiffre d'affaire de 13 milliards de dollars (3ème constructeur informatique) depuis le rachat de la division PC d'IBM ne passe pas inaperçu chez les jeunes qui y trouvent le confort high-tech américain. S'adapter aux désirs du client a toujours été son leitmotiv. Comment échapper à la réussite, pourrait-on penser? On en reparlera dans la deuxième partie.

L'histoire de la Chine peut être lue dans le livre de Jacques Gernet, professeur à la Sorbonne de Paris VII.


Réactions des autres:

En guise de réveil, l’Europe tente de se réunifier pour peser plus lourd dans le pouvoir décisionnel. On réagit au coup par coup sans véritable énergie de protection de sa propre économie. L'OMC empêche tout protectionnisme trop ostentatoire ou pointé comme trop passéiste.
La volonté nécessaire, la solidarité acceptée dans les déclarations est souvent non suivie d’effet réel dans la pratique. L’établissement d’un budget européen, nerf de la guerre, n’a même pas pu s’accorder très facilement dans les dernières réunions de l’UE à Bruxelles. L’Europe était, il est vrai, en panne d’idées et d’argent. Les élections françaises et néerlandaises étaient passées par là. Le Luxembourg, heureusement, par son 'oui' a pu faire croire qu'elle n'était pas morte dans l'esprit des gens. Le mini-traité va-t-il tout arrangé?

En 2006, le PIB de l’Union Européenne représente 9700 milliards d’euros, celui des US, 10500 milliards d’euros, la Chine s’octroyant seulement 1800 milliards d’euros. La croissance correspondante des premiers trottine au dessous de 2%, les seconds roulant encore à du 4%, tandis que l’Asie fonçait à du 10% et plus dans le même temps.

Le goût de l’innovation, des projets futuristes et leurs investissements dans ces domaines porteurs permettent aux US de se maintenir dans la bonne moyenne contre vents et marées. 80% des brevets mondiaux leur sont encore attribués. Dans cette volonté et grâce à la force de référence du dollar, ils n’hésitent pas à s’endetter et laissent aux autres le payement de leurs découverts. Ils vendent leurs dettes et achètent à l’étranger. La crise du Subprime, récente, montre un nouveau talon d'Achile pour tous. Réformer l’économie de l’Europe, sans reconstruire ses propres bases, arrivait au plus mauvais moment avec de tels niveaux de faiblesse dans la croissance. Ce n’était certes pas le ferment des investissements majeurs.

Dans ce contexte, la France poussée par les promesses électorales, voulant apporter plus de bien être à sa population, avait pris la direction opposée à toute la logique du 'prix / performance' en offrant les 35 heures par semaine. Penser accorder plus d’emplois en diminuant la quotité de travail de chacun n’était pas un pari gagnant quand le nombre d’heures de travail est en diminution. L’heure de travail devenait plus chère et moins compétitive en comparaison avec l’étranger. Le sacrosaint mot ‘productivité’ ne cessait de sortir des réflexions et, l’oublier, c’était faillir à courte échéance. Plus d’heures de loisirs n'était pas d’un grand bénéfice si le pouvoir d’achat n’augmentait pas dans le même temps. C'était le contraire qui se préparait. Moins d’argent en poche et continuer à vivre comme par le passé obligeait à se préoccuper beaucoup moins de la qualité et plus du prix. Le revirement de politique actuel n'a pas changé la donne.

Pour la FED, financer le déficit était la seule préoccupation pour rester crédible dans leur potentiel de remboursement. Laisser filer le dollar vis-à-vis des autres monnaies pour soutenir ses propres exportations montre une stratégie du chacun pour soi. 

Le « low cost » asiatique, les délocalisations d'une part et le chômage d'autre part allaient de pair.
Beaucoup d’automatismes allaient évidemment dans le même sens de la diminution drastique de temps de travail nécessaire pour produire. Définir les secteurs de pointe du futur, faire mieux que toutes concurrences et se cantonner aux niches productrices d’heures de travail étaient à rechercher sans assurance d'y arriver. Ces nouvelles niches hautement technologiques ne comblaient malheureusement pas les ‘trous’ apparus après la disparition de la ‘vieille’ industrie lourde nécessitant beaucoup plus de main d'oeuvre.

66d30ea6a2ae40994ccddc9918656547.jpgCe qui énervait les partenaires de la Chine, c'était qu'au lieu de réajuster normalement le cours de sa monnaie à la suite d'une surchauffe provenant de son succès et des excédents, la Chine préférait refinancer la dette US. Les excédents gonflaient de 22% au 1er semestre 2006 (14 milliards de $). Il était impératif de stopper ou de contrôler la surchauffe. Une consommation interne plus robuste devenait nécessaire. Elle reste très faible actuellement et réservée à une élite.
La main d’œuvre bon marché chinoise associée à ce jeu de monnaies maintiennent artificiellement les prix à l’exportation à des taux tellement bas qu’ils en devenaient insoutenables pour les économies occidentales.

Le 21 juillet 2005, peut-être victime de leur succès, les Chinois décidaient de cesser d'arrimer leur yuan au dollar et réévaluaient de 2,1% la valeur de leur monnaie. Pour les occidentaux, le réajustement a été pourtant insensible car trop faible et profitable uniquement à quelques autres marchés asiatiques.  Pourtant l'économie asymétrique de la Chine révélée par la situation intérieure et des régions les plus pauvres ne pouvait soutenir une appréciation trop forte de sa devise. Les économistes ne s'attendent qu'à un total de hausse de 6% au meilleur des cas. Ce qui éviterait un impact commercial trop brusqué.

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Mais, le pourcentage de 1,31% du PIB dans les investissements chinois en matière de Recherche et Développement était en hausse constante et pouvait, s'il continuait de la sorte, dépasser celui de l'UE qui atteingnait péniblement 1,93 % du PIB.

La faiblesse de certaines entreprises occidentales a incitées la Chine dans une politique du «Zou Chu Qu» ("allez vers l’extérieur") en s’attaquant aux fleurons de l’industrie occidentale par des OPA et des investissements très sélectifs et très stratégiques.