02/11/2009

L'après "Point mort"

L'année passé, à la même époque, je parlais de la mort sous l'angle de la science. Cette fois, j'aborderai le sujet par le côté économique, mercantile. J'ai oublié de vous dire le principal, c'est la fête de la Toussaint, celles des morts, aussi. Et les morts, on les aime avec humour et respect.


L'après point mort4.jpgL'année passée, c'était "Point mort". Je parlais de la mort avec des accents scientifiques. Beaucoup de points finaux mais qui ont tous un avant et un après. La mort, un sujet difficilement classable dans la catégorie "parodie".

Encore une fois, Halloween est passé dans la confidentialité de ce côté de l'Atlantique. Les sorcières ont remisé leurs ballets et  leurs masques de terreur jusqu'à l'année prochaine. Elles ne feront plus peur. Fête très rentable pour les commerçants était-il rappelé pour l'occasion.L'après point mort.jpg

La Toussaint, elle, fête catholique, tombe un dimanche. Jour de repos, de récupération, donc, pour ceux qui travaillent. Les cimetières vont  faire le plein de visiteurs pour honorer leurs morts malgré une météo très peu encourageante. 

Il suffit de se promener dans les cimetières à l'occasion de ces moments de recueillements pendant lesquels on fait revivre ceux qui ne sont plus. Pour beaucoup, ce sera la visite annuelle des parents et amis, passés de l'autre côté du miroir. Certains se promènent avec un plan en main. D'autres se questionnent pour retrouver la tombe.

- Non, c'est pas ici. C'est la rangée suivante...

- Tu es sûr? Cela a beaucoup changé depuis notre dernière visite de l'année passée.

L'après point mort5.jpgLa mémoire, c'est vraiment d'une infidèlité notoire. Faire oeuvre de mémoire, un sacerdoce.

Mourir, c'est même tout un programme. Programmé pour une date indéterminée.

La chanson de Brel, je la prendra sous sa forme raccourcie "Mourir cela n'est rien. Mourir la belle affaire".

Car, dans le programme, il y a les "avants" et les "après" qui ne manquent pas de piquants. La mort fait vraiment vivre beaucoup de monde. Moments de recueillements dans un monde de brutes.

Rebobinons les événements qui entourent ces moments de tristesse ou la préparation pour le grand voyage.

Dans l'ordre, on pourrait commencer par la préparation. Une vie pour résoudre le problème de mettre de l'argent de côté, tout en  en gardant  devant soi. Les banques sont là pour vous y aider.

Il existe aussi une série de sociétés, de professions qui s'intéressent à votre fin.Oublions les frais qui se joignent aux alea de la vie. Les frais de santé, dans la case "Frais de maintenance".

Les Assurances Funérailles vous rappellent qu'il faut penser à ce point de non retour pour l'organiser au mieux de vos intérêts et ceux de vos ... héritiers. A la radio, les publicités pour ces sociétés sont plus fréquentes que d'habitude.

L'après point mort6.jpgPour ce faire, des contrats avec la mort sont présentés sous plusieurs formules. On vous dit  avec la publicité "Prévoir son départ, c'est vivre en pensant à l'avenir". Mais, pas folle la guêpe, le prix à payer est dépendant de votre âge, de votre sexe. Vous ne devez pas passer à un examen médical, ni  apporter un certificat de santé préalables. Vous pouvez choisir la périodicité. Un prix spécial, (on n'y a pas encore pensé), si  les mensualités, vous les payez suite à un ordre permanent. On vous dit que l'héritier, nommé par vous, disposera d'un capital pour éviter le blocage de vos comptes pendant la période variable avant la succession. Quinze ans de participations aux frais pre mortem seront suffisants pour "assurer" parait-il. Les suivants le seront,  assurés. Rassurés, même. Pour vous-même, s'il le faut pour n'être pas envoyé à la casse, d'autres assurances existent aussi.

Il est vrai, on assure tout de nos jours, alors pourquoi pas la mort et l'après?

La rente viagère pour assurer une fin honorable? Tout le monde se souvient du film "Le viager" qui occasionnait une franche rigolade. Signe des temps, les banques veulent , elles aussi, jouer ce rôle pour ceux qui n'ont pas de successeurs avoués quitte à ajouter quelques centimes additionnels calculés par les actuaires.

Je viens de faire un test proposé par ce site qui se targue d'établir votre ligne de vie et votre longévité. Le résultat est troublant. Je devrais vivre jusqu'à 99 ans. Je ne suis pas sûr que cela va rassurer mes héritiers.

Les anciens Egyptiens prévoyaient la vie éternelle. Nous n'irons pas jusque là. L'éternité qui en parle aujourd'hui dans notre époque du cours terme?

Continuons notre chemin de la vie à la mort.

L'après point mort7.jpgUn jour, la fin est consommée. On est arrivé. On a raccroché. Les suivants que l'on appelle "successeurs", devront faire appel aux "spécialistes", les pompes funèbres.  Qui oseraient encore les appeler "croque mort"? Ils ont de véritables talents d'organisateurs. Ce sont de fins psychologues à l'écoute des interlocuteurs d'un jour. Là, tout va bien. Ils arrangent tout.  C'est du sur mesure. La liste des choses à faire, les certificats à fournir, les actes de naissances, le choix de la "caisse", pardon du cercueil, le choix du mode de transfert dans l'au delà.  Fleurs ou couronnes? C'est vrai que personne n'est prêt devant la mort et les traumatismes qu'elle engendre. Tout, je vous dis. Pas de soucis et avec le sourire réparateur de circonstance. C'est fou, comme l'on commence à exister  quand on n'y est plus. C'est à croire que les tickets de cinéma ne sont pas fournis pour  vous arrêter de pleurer et vous faire penser à autre chose. Serait-ce pour suivre la chanson "Et mourir de plaisir"? Passionnant métier celui de pompes funèbres, disait l'un d'entre eux, lors d'un interview. On voudrait bien le croire avec un sujet aussi délicat. Condoléances, mes frères.

Ah oui, j'oubliais, il y a l'église aussi, par laquelle il faudra transiter ou non. Monsieur le curé se fera une joie de vous rappeler les étapes de la vie en général, avec des psaumes et épitres écrits, pour la circonstance, depuis des milliers d'années. Cela n'a, peut-être, rien à voir avec votre cas précis, mais qui s'en plaindrait.

Première intrusion des fleuristes dans le parcours. Car qui imaginerait un enterrement sans fleurs. Cela ne se fait pas chez les gens biens et les gens de biens.

Ensuite, très vite, il faut écrire les faire parts, les formules de politesse. Appeler les notaires qui doivent entrer dans le jeu. Il y a de quoi organiser. Les successions et les testaments, ce ne sont pas de minces affaires à prendre à la légère. Il ne faudra pas oublier les petites enveloppes comme le faisaient quelques banques. Il faut dire qu'il y a du travail de recherche. L'Etat aura sa part du gâteau avec les bougies en sus si les dons du vivant du défunt n'auront pas été préenregistrés. Les fameux trois pourcents en ligne directe se gonflent très vite quand les montants ont été épargnés trop longtemps. Mais, quand on aime, on ne compte pas. On prie. Plus tard, ce sera le choix de la pierre tombale.

L'après point mort8.jpgA la Toussaint, le fleuriste ne craint pas d'être oublié à cette occasion. Son chiffre d'affaire en dépend.

Puis, il y a ces jours de congés que l'on s'est réservés, que l'on ne peut pas perdre et qu'il serait intéressant d'accommoder avec un petit voyage d'une semaine au soleil. L'Egypte attire le maximum de candidats belges au voyage pour cette semaine de congé des écoles  et des parents.  L'Egypte? Est-ce une volonté de revoir ceux qui espéraient de vivre l'éternité? Si vous changez de direction et allez jusqu'à La Havanne, par contre, le cimetière de la ville sera probablement la première visite organisée qui vous sera offerte. Il faut dire que l'époque d'avant Castro a vu porter quelques grands  mafiosi jusqu'au repos éternel. Tout y est bon pour faire revivre ce passé complètement révolu, que l'on exècre, mais qui s'accorde au futur sous de meilleurs auspices. On aime le passé et le souvenir, même quand il est malheureux et qui ne fait plus partie de nos "tendres" jours d'existence. Les cérémonies ont commencé pour la chute du Mur de Berlin. Un anniversaire, comme celui-là, cela fait des souvenirs à ne plus savoir qu'en faire.

Dans mon cimetière, plus discret, on pouvait lire ces paroles pleines de sagesse: "Habitants de ces demeures, bientôt nous vous rejoindrons. Vous êtes les pionniers. Bientôt nous vous suivrons". Il faut dire que mourir, cela ne veut pas dire la même chose dans toutes les cultures. La simplicité et l'étroitesse des tombes tranchent parfois avec l'exubérance d'autres. Tout le monde ne peut pas occuper le Cimetière Marin de Sète, comme le rappelait France2., samedi dernier Les places sont chères dans l'éternité face à la mer. Tiens, Menton, sur la bute, ce ne serait pas mal non plus. On y venait de loin pour finir ses jours.L'après point mort9.jpg

Sur le panneau qui explique ce qu'est la nécropole de Bruxelles, on peut lire : "Après l'indépendance de la Belgique, la gestion des cimetières devint l'objet d'un conflit entre l'Eglise et le pouvoir civil. Un arrêté de cassation de 1864 trancha le différend en faveur des communes. C'est dans ce contexte que fut créé l'actuel cimetière de Bruxelles. Il se voulait aussi une réponse aux problèmes de salubrité publique que posait la localisation en pleine agglomération des anciens cimetières bruxellois. D'une superficie de trente hectares, la nouvelle nécropole fut inaugurée le 15 août 1877. A compter de cette date, plus aucune inhumation ne fut permise dans les anciens cimetières. Leur fermetures entraîna le transfert de près de neuf cents concessions à perpétuité. La fin du XIXème siècle s'inspire largement des styles du passé, l'antiquité ou le Moyen Age ou l'Art Nouveau et l'Art déco."

Décidément, nous en occasionnons des problèmes à la communauté, nous, les mortels. On s'inspire de l'art ancien ou nouveau. Monuments classés, pas toucher.

L'après point mort3.jpgSoyons moderne.

Alors, l'argent pour conjurer le sort et la mort?

Le souvenir a un prix, faudra en faire son deuil de son vivant.

La mort est une petite entreprise qui ne connait pas la crise.

Que cela soit à la mode Brel, lui qui l'a souvent chanté, dans un Tango funèbre, dans un dernier repas, ou dans le moribond, ce sera pour après, bien après.

Carpe diem pour tous...

 

L'enfoiré,

 

Tout cela en photos?


Pour l'occasion, si je mettais à l'honneur un poème récent trouvé ici et écrit par un certain Jamal.

Sur Agoravox, pas de point mort?


Citations:

  • "Les cimetières sont pleins de gens irremplaçables et qu'on n'a pas remplacés.", Françoise Giroud
  • "Je ne regrette pas les grosses sommes que j'ai dilapidées. L'idée d'être l'homme le plus riche du cimetière me répugne.", Roman Polanski
  • "Le cimetière est un jardin où l'on vient apporter des fleurs une fois par an.", Méon Bloy


23/09/2009

Robinson cambré cherche Vendredi

Le 27 aout,  le "Journal des vacances" de la RTBF l'annonçait aux actualités: le Chalet Robinson est reconstruit. L'envie pour jouer à Robinson sans quitter Bruxelles, tous les Bruxellois le connaissaient au cœur du Bois de la Cambre sur l'île du même nom. Souvenirs d'enfance et histoire déjà longue de ce bois de la Cambre créé sur une petite partie de l'espace de la Forêt de Soignes.

Robinson cambré cherche Vendredi9.jpgFait divers local, par excellence? Pas vraiment.

Pour le Bruxellois, le Bois de la Cambre représente beaucoup de moments de relaxations dominicaux, de souvenirs et de rêveries en toutes saisons et à toutes les époques.

Le Bois de la Cambre, créé de toute pièce entre la ville et la Forêt de Soignes, a toute une histoire. 124 ha de la Forêt lui sont consacré en 1860. C'est à l'architecte-paysagiste allemand Edouard Keilig que l'oin confie l'aménagement du Bois en 1861. Son projet avec une île est le seul retenu. Ce fut l'île Robinson, avec son chalet au centre, dès 1877.

En 1870, sous Léopold II, l'avenue Louise percée et débouche sur le Bois de la Cambre inauguré, lui-même, artificiel, et le lac creusé pour en faire rebondir l'île Robinson. L'aristocratie, la nouvelle bourgeoisie et le peuple s'y rencontraient.

Problème ardu, l'eau s'évaporait ou passait dans la nappe phréatique. Il a fallu quelques temps pour le résoudre.5.jpg

L'été, c'était le canotage, l'hiver, le patinage sur la glace. Fréquenté les après-midi des weekend, ce fut un succès complet jusqu'à l'automne 91, avec son enseigne "Café-Tea Room".

"Au XIXe siècle, le bois était un lieu incontournable de la capitale. Guinguettes et kiosques y assuraient une ambiance bon enfant et l'endroit était très fréquenté", explique l'échevin en charge des Propriétés communales, Mohamed Ouriaghli.3.jpg

Le Bois de la Cambre est aménagé comme un havre de paix et aussi pour la beauté des yeux. Beaucoup de points de vue très connus des Bruxellois qui aiment se promener les après-midi d'été dans ses chemins boisés pour se retrouver au centre face à son lac creusé et son île Robinson artificielle.

Il a inspiré également beaucoup de peintres.

Commencé en 1863, peut-être, un vendredi, la première version de ce chalet a connu les beaux jours de ses visiteurs venus déguster glaces et crêpes sucrées. Véritable but de promenades, les beaux jours des weekends.

En 1896, première catastrophe, il était parti en fumée, mais c'est lors l'incendie de 1991, qu'il ne resta rien.

6.jpgPerdu corps et âme ce beau chalet faute d'interventions immédiates. D'accès difficile, les pompiers devaient traverser le lac en pédalos pour éteindre le feu. Réduit en cendres, il faisait pauvre figure. Plus rien pendant près de vingt ans. On commençait à désespérer qu'il renaisse un jour. Le bac qui le traversait, resta inoccupé et ne traversa plus le lac pour atteindre l'île artificielle en face. Perché sur l'île du lac, son absence faisait tache sur l'horizon dans la désolation.

Dix-huit ans d'attente, jusqu'à fin de mai dernier, voici, le renouveau, le chantier de reconstruction ouvrait ses portes. Didier Thiry comme initiateur du projet de reconstruction.

Des accords avec les autorités de la ville allaient, enfin, changer cette désolation à la vue de tous. Reproduction presque à l'identique de la version de 1877 et de style très tendance, le chalet doit garder son côté convivial et chaleureux de l'époque, est-il dit. Les visites doivent reprendre comme par le passé.

La reconstruction a eu ses détracteurs. Havre de paix pour les oiseaux ou partagé avec les hommes?

En béton dans la version précédente, cette fois, c'est vraiment en bois. Bois ignifugé, on l'espère. Deux incendies sans son histoire, cela commence à faire beaucoup. Il faut dire qu'il n'est pas le seul à avoir subi le même sort. Véritable hécatombe. La Laiterie qui s'envole en fumée en 1973 et jamais reconstruite. Trois autres pavillons, en parties classés, renaissent de leurs cendres dans le Bois de la Cambre. Le Chalet du Gymnase, connu par sa Patinoire à roulettes l'été, à glace l'hiver, le Chalet Rossignol qui loge les "Jeux d'Hiver" après un incendie criminel en 2005 et le Pavillon des Chasses. Tout pour redonner le lustre d'antan au Bois de la Cambre.

En plus de ces rénovations, une ASBL intégrant la Ville, les amis du Bois et les différents concessionnaires va ainsi être mise sur pied. "L'objectif est de faire connaître les différentes activités qui ont lieu au bois de la Cambre, explique Serge Van der Heyden, membre de l'ASBL. Différentes cartes thématiques, concernant la flore, la faune, mais aussi l'écologie, le patrimoine et l'histoire seront distribuées aux promeneurs".

Autour du lac, ce sera tout se qui roule, ce qui court ou ce qui marche. Mais pas de moteur le weekend depuis 2002. Avec, successivement, des sentiers aux noms évocateurs: Sentier des nénuphars, de l'Iris, des canotiers...

En son centre, dernier de la série, le Chalet Robinson, a, donc, réouvert.

Préparez les pédalos pour cet automne ensoleillé, tirez le bac qui le relie à la berge sans en avoir le mal de mer et huilez ses treuils électriques.

Chalet Robinson sans vendredi.jpgCar, après les gaufres et les glaces, on se prépare au Chalet à plus grand encore. Il faudra être encore plus rentable après cet investissement. Réceptions, dîner de galas, mariages, tout y sera prévu. On pourrait même y chercher son Vendredi, bien cambré.

Le Brussels Club y organisa sa rentré lors du Gala d'Ouverture.

"Une île entre le ciel et l'eau" comme le chantait Lama ou "Au large de l'espoir" de  Jacques Brel en pensant des Marquises du Pacifique. En plein cœur de Bruxelles, bien loin des eaux bleues du Pacifique, on aime aussi jouer au Robinson.Chalet Robinson sans vendredi_avant.jpg

2009, l'année où la Cambre sortira définitivement du bois et les gens y rentreront?

Après les images d'hier, cliquer pour voir les images d'aujourd'hui


L'enfoiré,

Sur Agoravox, des Robinsons ou des Vendredi?


Citations:


  • « Chaque étincelle est à elle seule tout l'incendie ; elle le porte, l'augmente, le diffuse », Jean Marcel

  • « Si vous voulez aller sur la mer, sans aucun risque de chavirer, alors, n'achetez pas un bateau : achetez une île ! », Marcel Pagnol

Robinson cambré cherche Vendredi7.jpg

26/08/2009

Antwerpen, une histoire de main coupée

A Antwerpen, ville flamande du Nord de la Belgique, le 15 août est une occasion de refaire l'histoire.

Antwerpen_01.jpgJe vous ai souvent parlé de ma ville, Bruxelles. Et si on prenait la route plein Nord. A peine une quarantaine de kilomètre et voilà Anvers ou plus exactement Antwerpen, capitale de province, d'arrondissement, de district.

Cette année, la fête de Marie tombait un samedi. La journée était superbe. 30°C au compteur. Pas de vent. La journée allait être très chaude. Ce n'était pas mon coup d'essais dans cette ville. Un parking difficile m'avait déterminé de l'oublier un peu. Un samedi, mais férié, donc plus de problème. Mais, je savais qu'Antwerpen rivalisait avec Liège le 15 août dans l'esprit de fête. Il est vrai que les radios francophones sont assez muettes sur ce qui se passe dans le Nord.

Ici, ce n'est pas le peket qui est bu, mais la bière. Le genièvre, qui est aussi une sorte de peket, c'est pour la soirée, dans le travail de réduction de la soif plus alcoolisée. La promenade traditionnelle dominicale, même pour l'Anversois, c'est au départ de la gare et la remontée du boulevard du Meir jusqu'à l'Escaut. Les amoureux du shopping et de la mode s'y poussent, vers les vitrines, avec des regards obliques de passants honnêtes. La mode a, parait-il, vraiment pris ses gallons de noblesse dans la ville. Mais, je ne vais pas m'avancer plus loin dans ce genre de révélations qui me seraient étrangères.

A l'époque, ce quartier privilégié représentait celui des aristocrates. Même, si la ville compte désormais bien plus de classes moyennes, cela n'a pas changé très visiblement du côté des maisons qui bordent cette allée piétonnière, bien large. Y restaurer les dorures n'est pas rare pour faire revivre les lustres d'antan.

"Une ville internationale à dimension humaine", lit-on dans les . "Pour un weekend d'enfer", un peu plus loin. Et, c'est vrai, il y a de quoi faire et voir.

En chemin, ce boulevard central d'Antwerpen fait défiler des habitations baroques pour faire revivre le temps de l'âge d'or, mixées avec des palais de la Belle époque. La gare date de cette dernière époque glorieuse avec un dôme prestigieuse qui ne peut prendre place que dans de grands espaces de fer et d'acier. A côté de la gare, sur 10,5 ha, le zoo. Fondé en 1843, il affiche son grand âge mais rappelle les espèces exotiques avec quelques 6.500 animaux descendants parfois des animaux ramenées lors de l'époque coloniale au Congo.

Au départ, un gratte-ciel, moderne, dénote avec l'ensemble, mais on ne peut s'arrêter à cette impression de déjà vu, dès l'abord du boulevard.

Après le croisement avec le boulevard de ceinture, au centre du fameux Meir, c'est d'abord le peintre David Teniers qui se présente fièrement sur son socle de marbre. Antoon Van Dijck, lui, trônera, sur son socle de pierres, un peu plus loin. Tous de grands peintres flamands qui ont élu domicile à proximité. Jacob Jordaens, autre peintre de la même époque, a aussi posé son chevalet dans les environs.

Sur chacun des côtés du boulevard, les habitations vont donner le tournis aux visiteurs intéressés par ces maisons hautes qui n'en finissent pas d'éblouir avec ses angelots dorés dans des alcôves insérés dans les façades. Un groupe de Japonais s'affaire avec leur mini boîte à souvenirs numériques, à bout de bras suivant le doigt pointé d'une guide.

Le Boerentoren, visible de loin, "Tour des Paysans" représentait, en 1931, fut un projet révolutionnaire comme seul gratte-ciel en Europe. Culminant avec ses 97 mètres de haut, il donne un aspect "New York", année 30. Il restera jusqu'en 1950, le bâtiment le plus haut d'Europe. Pas vraiment, beau, mais, être classé monument historique, donne des obligations que la beauté n'effacera jamais.

Grands magasins, petits magasins, banques, assurances se partagent ces édifices prestigieux avec des façades dignes d'une époque révolue. Mais, c'est encore plus loin, sur une autre grande place que l'on se retrouvera face au plus célèbre peintre de la ville, Pierre Paul Rubens. Sa maison-atelier va dérouter le visiteur que je suis, l'espace court d'un détour de 100 mètres. Façade renaissance, plutôt austère, avec un aspect baroque à l'intérieur et dans le jardin Renaissance.

En arrière plan, la cathédrale gothique dépasse, déjà, les maisons avec sa flèche unique du haut de ses 123 mètres. C'est sur cette Groenplaats, devant la statue de Rubens que la vue est la plus féerique sur la plus grande église gothique des anciens Pays-Bas, l'Onze-Lieve-Vrouwekatedraal.

C'est ici aussi, que commence la grande foule à l'occasion de la fête de Marie. Les bars à bière sont bondés. Les terrasses, les restaurants affichent complet. On y mange moules et frites avec pizza en entrée. Devant la cathédrale, un attroupement, pour créer l'animation, camouflé à l'identique, on y mime des statues, en vert de gris du bronze. Le potentiel de 24.000 personnes que l'église pourrait contenir, d'après le guide touristique, personne ne songerait à le vérifier sinon pour s'y rafraîchir à l'intérieur.

Le défilé ou la pénitence, au pas d'homme, commence dans un style procession d'Echternach. Plus loin encore de petites échoppes où l'on peut acheter n'importe quoi se bouscule sur la Grand Place, appelé Grote Markt.

Au milieu trône le symbole de la ville, la statue de bronze de Jef Lambeaux (1887) qui rappelle la légende d'Antwerpen. Comme toutes les légendes, elle reste ancrée dans les mémoires bien plus que l'histoire, elle-même. Comme toujours, cela commence par "il était une fois un géant, Druon Antigon qui demandait un passe-droit  exorbitant pour le passage sur le fleuve Escaut. La punition des récalcitrants était une main coupée. Le guerrier romain, neveu de César, Silvius Brabo mit un terme à cette pratique et coupa la main de ce géant trop intéressé par l'argent. La ville "Hantwerpen" (jeter la main) garda ce nom jusqu'au 17ème siècle. En libérateur, sa statue tend fièrement cette main coupée. Perché au dessus d'un socle supportant les "Trois Filles de l'Escaut" avec au pied de la statue, plus surprenant, une tortue, un dragon, un dauphin et un phoque. Cette légende explique l'amour de la ville pour la libre circulation dans son port.

Le mot "fierté" est toujours d'actualité dans cette grande ville. La richesse des Flandres ressort de manière très visible au détour d'une rue, d'une avenue ou d'un boulevard, et pas uniquement sur le Meir.

Le mot Anvers, lui-même est aussi d'origine flamande: "werf" (lever de terre). Sur les flancs de la place, l'hôtel de ville aux drapeaux, des maisons des Guildes avec façades à redans regorgent de dorures. Antwerpen, détrompant la légende, serait plutôt en ancien néerlandais "aan de werpen", c'est à dire "près des digues".

Le XVIème siècle est omni présent sur la place. Jusqu'en 1520, Antwerpen était le plus grand port du monde. Toutes les maisons datent d'après 1583 après le saccage de la ville par Philippe II. Des maisons gothiques à pignons, à croisillons et colonnettes, se perdent en conjectures pour éblouir par leur côté baroque. L'histoire de cette ville sera en berne à la venue de cet espagnol, très catholique, alors qu'à cette époque, le Nord est protestant. En 1576, le coup de grâce était donné à la ville. En 1585, l'Escaut avait été fermé, une première fois, réduisant le port comme une peau de chagrin. Il sera rouvert en 1795, pendant la période française et son renouveau se poursuivra jusqu'en 1815. L'embargo anglais contre Napoléon remis le collier. Il fallut attendre la liberté de la navigation, après une autre période creuse. Cette liberté perdure désormais.

Aujourd'hui, sur la place, en ce jour de fête, les marchands manifestent avec impatience leur envie de vendre, habillés avec les atours de l'époque de Rubens. Vêtements reconstitués que l'on ressort d'année en année pour cette occasion. Les vélos, eux, sont tous harnachés en file indienne, inutilisables dans cette foule.

En prenant ensuite le Suikerrui (le "Canal au sucre"), enfin, nous y sommes, sur les berges de l'Escaut. Déjà, le grand large se fait sentir. On respire. L'Escaut ramène cet air de fraîcheur bien nécessaire. Des berges du fleuve, la vue est large, splendide. On se presse pour embarquer sur le bateau Flandria à la découverte du port. Le tunnel des voitures sous le fleuve, trop loin, ne s'imagine même pas.

Nous sommes à 85 kilomètres de la mer. Quatrième port dans le monde après Rotterdam, Singapour et Hong Hong, il voit passer annuellement quelques 160 millions de tonnes de marchandises. L'ère industrielle y a pris son essor. Après l'indépendance de la Belgique en 1830, le libéralisme le plus débridé de la bourgeoisie francophone repoussera la misère du prolétariat flamand dans les campagnes. Aujourd'hui, on compte près d'un demi million d'habitants. Troisième ville en superficie en Belgique. Cette ville est surnommée 't Stad ou "koekenstad" par référence aux biscuits servis dans les tavernes avec le café et la chantilly aromatisée d'alcool.

Le commerce et la mer, ici, on connaît sur le bout des doigts. Une véritable tradition quand on est un port de cette dimension. Si, pendant un temps, Bruges était sa rivale, l'ensablement de la ville de Damme a fait perdre à celle dernière et son élan vers la mer au profit d'Antwerpen.

Plus que millénaire, cette ville-port a une histoire à rebondissements dignes d'un thriller d'aujourd'hui.

Le Steen, château de pierre sur le port, rappelle sa situation fortifiée. Il servit de prison jusqu'en 1827. Aujourd'hui, il abrite le Musée de la Navigation.

L'Inde, Bornéo puis l'Afrique du Sud vont initier un autre commerce celui du diamant. 8% des exportations belges sont concentrés dans le diamantaire. 85% de diamants bruts transitent par Anvers pour être taillés. Un rapport annuel de 79 milliards de dollars.

Un véritable DiamondLand. "Diamonds Are Forever" chante Shirley.

Les diamantaires se retrouvent plutôt là d'où l'on a commencé la visite, du quartier autour de la gare. Au retour, je rencontrerai, d'ailleurs, quelques habitants qui en font partie de ce commerce et qui sont assez discrets en autre temps. Différent, ce monde-là vit quasiment en district clos. Nous sommes samedi, je le rappelle, le jour du Shabbat. Peu importe la chaleur qu'il fait. Des juifs hassidiques, pour la plupart, sortent leurs habits en l'honneur de ce jour de prière pour se rendre à la synagogue. Après Londres, Antwerpen est le plus grand centre hassidique. (Etre Loubavitch, c'est refusé la mixité).

Pour l'homme, ce sera souvent le schtreimel de fourrure sur la tête, la barbe sous le menton et la jaquette juste au corps en satin noir très brillant. Une coiffe noire de feutre, aussi, très typée qui n'a plus rien à envier au Borsalino. La légèreté du Kippa, elle, ce sera pour le lendemain. Pour les enfants, ce sera la coupe upsherin ou à boucles. La sobriété des vêtements pour les dames et les jeunes filles à talons plats. La liste des choses à faire dans la culture juive ont leurs raisons que l'on ne perd pas son temps à contester mais seulement à constater.

L'islam n'est, d'ailleurs, pas moins représenté dans la ville, mélangé aux protestants et aux catholiques plus ancestraux avec une tolérance apparente ou calculée.

20090826Van Rompuy retour.jpgEn cette période troublée entre communautés, il s'agit de parler néerlandais ou mieux en dialecte flamand. Nous sommes en pays flamand et le sentiment général est : "Antwerpen, een stad, waar de Vlamigen thuis zijn" (ville où les Flamands sont chez eux). Je ne contesterais aucunement. Le VB détient les votes d'un tiers de la population même s'il a perdu quelques plumes. Je ne vais pas me donner plus de chaleur avec cette pensée.

Très loin de l'idée de refaire les JO de 1920 sur le Geminal Beerschot. Le foot reste le sport dérivatif préféré. Preuve à l'appui, la série de télévision "Fc De Kampioenen" qui n'en finit pas de dérouler ses épisodes avec un humour flamand très caractéristique.

Mais, refermons le guide touristique. Antwerpen vit dans un monde en pleine effervescence. Les dancings et les nuits agitées ont attiré des gens moins bien intentionnés. Il y a des affaires célèbres ou moins flatteuses. Ca sent parfois le roussi. C'est parfois parfaitement loufoque. La promiscuité raciale ne fait pas toujours des heureux. J'en connais que le malthusianisme chatouille. D'autres qui s'y plaisent quand les affaires marchent bien, ce qui est un bon moyen d'effacer n'importe quel trouble de croissance. La population de la ville a brusquement doublé dès 1980. 2.315 habitants au km2, ce qui positionne la concentration de la ville à la tête de la Belgique. 14,61% d'allochtones. Un taux de chômage de 14% que la crise n'a pas arrangé.

Je retrouve, bientôt, mon véhicule et jette un dernier regard, vers ces anversois, d'un autre style, d'une autre culture qui n'ont manifestement pas peur de la chaleur ni froids aux yeux.

Je laisserai pour une autre visite, le Musée Plantin Moretus, le Musée Van den Bergh et celui des Beaux-Arts qui valent, certainement, le détour.

A l'intérieur de la bagnole, la clim va me remettre les idées en place, pour oublier très vite mes derniers soucis avec images rêveuses enregistrées de ce que j'ai vu cetté belle après-midi.

Au retour, d'autres villes prestigieuses d'art et d'histoire, comme Lier (Lierre) et Mechelen (Malines) défileront successivement jusqu'à Bruxelles.

Ce soir-là, la BRT aura reçu ma petite visite. Il y a des moments où, il faut se rappeler que la Belgique est bilingue et un rafraîchissement des langues donne des ailes, apprendre à connaître l'autre Communauté, beaucoup d'idées.

Les images de tout cela, c'est ici, je mets ma main à couper...

L'Enfoiré,

Des touristes intéressés chez Agoravox?


Citations:

  • « Une ville ressemble à un animal. Elle possède un système nerveux, une tête, des épaules et des pieds. Chaque ville diffère de toutes les autres : il n'y en a pas deux semblables. Et une ville a des émotions d'ensemble. », John Steinbeck

  • «Tu vois les hautes tours s'élever au-dessus des maisons seulement quand tu as quitté la ville. », Friedrich Nietzsche

  • « Fêtes nationales ?... Fêtes religieuses ?... Le peuple n'est pas toujours tellement regardant, quant à l'origine de ses joies. Pourvu qu'il s'amuse, il n'en demande pas davantage. », Francis Blanche

09/07/2009

Que c'est triste Venise

Le monde entier connaît Venise. Parfois un pèlerinage est nécessaire pour voir ce qui y a changé. Alors, en route, à pieds ou à rames, mais surtout pas en voiture. C'est la période des vacances, non?

Que c'est triste Venise_01.jpgQue c'est triste Venise
Au temps des visites mortes
Que c'est triste Venise
Quand on n'y pense plus
Que c'est triste Venise_05.jpg


On cherche encore des mots
Mais l'oubli les emporte
On voudrais bien rêver
Mais on ne le peut plus

Que c'est triste Venise_15.jpg


Que c'est triste Venise
Lorsque les barcarolles
Ne viennent souligner
Que des souvenirs creux

Que c'est triste Venise_10.jpg


Et que le cœur se serre
En pensant aux gondoles
Abriter le bonheur
Des couples amoureux

Que c'est triste Venise_20.jpgQue c'est triste Venise
Au temps des visites mortes
Que c'est triste Venise
Quand on n'y pense plus


Que c'est triste Venise Miusée.jpg


Les musées, les églises
Ouvrent en vain leurs portes
Subtile beauté
Devant nos yeux repus

Que c'est triste Venise.jpgQue c'est triste Venise
Le soir sur la lagune
Quand on cherche une main
Que l'on ne prend pas

0.jpg

Et que l'on ironise
Devant le clair de lune
Pour tenter de se rappeler
Ce qu'on ne rêve pas


Que c'est triste Venise Miusée.jpg

Bonjour tout les pigeons
Qui nous ont fait escorte
Bonjour Pont des Soupirs
Bonjour passés perdus
Que c'est triste Venise Miusée.jpg

C'est trop triste Venise
Au temps des visites mortes
C'est trop triste Venise
Quand on n'y pense plus

--------

Que dire de plus, après cette chanson qui date déjà de 1964 avec des paroles de Françoise Dorin? Ne cherchez pas, ce n'est plus l'original. Je me suis attaché à lui changer quelques mots.

Après un long weekend épique  du 15 août, il y a déjà 30 ans, je me devais de retourner à Venise qui a eu tant d'heures de gloires dans son histoire.

Comment choisir les photos parmi tant de vues prises sur place, tant d'images, tant de vies qui ont déambulé dans ses ruelles, navigué sur ses canaux et traversé ses ponts?

Pas de soleil, ce jour-là. Pas de voitures pour nous rappeler à l'ordre, ici. Tout se passe au fil de l'eau, de la naissance de l'homme, en passant par sa vie active, commerciale et jusqu'à son dernier voyage.

Venise sait qu'elle est belle. Séductrice, envoûtante, magique... sont des adjectifs qui lui vont bien. Elle sait se faire aimer et payer à sa juste valeur. Il faut seulement du temps au visiteur. Des Palais à ne plus savoir qu'en faire: Ca' d'Oro, Ca' Foscari, Ca' Dario... se prélassent, au soleil, le long du Grand Canal.

Pas question de se perdre à Venise, grâce à lui. Son "S" inversé est un guide, tout à fait efficace. La voie est d'ailleurs usée par les pas, entre la gare et la place Saint Marc. "Dritto" est la réponse standard, à toutes questions sur la direction à suivre. Une véritable ornière s'est creusée. Il n'y a qu'à la suivre dans le flot incessant des touristes, en gardant bien sa droite pour suivre un règlement implicite du piéton fair play. Au Pont de Rialto, on est très proche. Le monde s'y est agglutiné. Pas question de le rater.

Ravissements, une fois, arrivé à destination. La place s'offre, grande, au sortir d'une ruelle étroite. Le son de violon du Caffè Florian ajoute au cérémonial de l'accueil. Nous sommes chez Vivaldi, autant s'en rappeler. Café, ouvert depuis 1720, rien que pour préciser son passé prestigieux à l'ombre de ses alcoves.0.jpg

Sous l'impulsion vigilante de la Torre dell'Orologio, les deux Maures, eux, scandent, imperturbables, les heures d'un coup de gong, depuis plus de cinq cents ans.

En été, la distraction est de mise. Elle est même conseillée. Des publicités pour les spectacles s'étallent à la vue de chacun. On s'affère, dès lors, pour installer les tréteaux d'une énorme scène sur la place. Il faut s'y habituer, on a l'habitude de voir grand par ici.

Que c'est triste Venise Miusée.jpgLa basilique est toujours auréolée de mosaïques sur la façade. Elle demande une patience infinie pour être abordée par l'intérieur. Une longue file, à l'entrée, figée, avant de passer à la visite en cortège dans ses dédales de couloirs fait peur. Je sais, il faut se faire désirer, mais, quand le temps est compté, c'est risqué de passer à côté de beaucoup d'autres choses. Je resterai donc sur mes souvenirs d'antan.Que c'est triste Venise Miusée.jpg

Le Palais des Doges reste la visite rituelle des touristes. Pas question de partir et ne pas s'y être intéressé d'une façon ou d'une autre. Tout s'y prête à l'invitation: les souvenirs, l'histoire, la littérature... Les salles du Palazzo Ducale avec des toiles illustres vont défiler devant nos yeux. Les prisons font froid dans le dos. Pas étonnant que Casanova ait fait la belle pour retrouver les beaux yeux d'une autre belle.

Sur la place, les pigeons sont au rendez-vous. Sans eux, Venise ne serait pas ce qu'elle est. Ce n'est pas le lion de pierres, l'emblème de la ville, qui les empêcherait de prendre cette place et de laisser quelques fientes sous leurs pattes en guise de rémunération à leurs promenades. Car, "à Venise, les pigeons marchent et les lions volent", disait Cocteau. Que c'est triste Venise Miusée.jpg

Plus loin, le Pont des Soupirs se préparait, cette fois, une cure de jeunesse, caché derrière une publicité trop actuelle. Etre sponsor donne-t-il tous les droits?, me demandais-je. Les pubs envahissantes ont d'ailleurs pris place sur d'autres monuments à des endroits très stratégiques qui ne méritaient pas ce déluge de modernités.

Elle est aussi secrète, cette ville. Il suffit de passer dans un autre quartier moins fréquenté pour s'en apercevoir. Des ruelles étroites, de petits ponts, permettent, alors, de flâner dans un autre temps, dans le silence revenu, tout en ne s'écartant pas du Grand Canal. Havres de paix, bien cachés, où les oiseaux perdent encore le temps à l'ombre des places et des arbres. Autre monde, presque autre époque, aussi.

Son histoire est pourtant fébrile et remonte bien avant notre ère. Mais, elle a vraiment commencé lorsque vers 450, les Barbares lombards ont fait fuir les Vénitiens sur les îles de la lagune et tout s'est enchaîné. Les habitants sont devenus insulaires, réfugiés des temps jadis et riches. L'influence de la Vénétie n'allait ensuite que s'affirmer et se confirmer comme un véritable monopole du monde commercial de l'époque. La 4ème croisade apportait richesses et renommée dans toute la Méditerranée. Le voyage de Marco Polo, sur la route de la soie, étendait la connaissance du monde asiatique pour sa ville.

Du premier Doge, Paolo Lucio Anafesto au dernier, Ludovico Manin, le 120ème, la Sérénissime République de Venise connut les fastes les plus brillants. Grâce à sa suprématie maritime, le commerce des épices exotiques, des soies, du sel, de tissus orientaux ont été surprenant d'efficacité. Les vestiges de l'autorité vénitiennne se retrouvent partout sur les rives de l'Adriatique. 0.jpg

Les campaniles des églises s'élèvent sur tous les horizons bien au delà de la Vénétie. Une population stable que ne dépassa guère les 160.000 habitants.

Son déclin n'est dû qu'aux coups de boutoir ottomans. Le rouleau compresseur turc lui a fait perdre la Crète, Chypre et, plus grave, l'autorité sur la Méditerranée. La peste noire décimera aussi une partie de sa population. De banquière, la ville s'est vue contrainte d'emprunter pour maintenir son train de vie fastueux. Bonaparte mit un terme à cette tradition de succès et de maîtres incontestés, les Doges.

Des personnages célèbres dans tous les domaines artistiques font parler d'eux avec Venise comme filtre ou toile de fond. Tous chantent sa gloire avec leurs moyens d'expression propres: Vivaldi, Albinoni, Casanova, Monteverdi, Shakespeare, Mann, Musset, Byron, Titien ... Jusqu'au cinéma avec son festival, mais aussi de Bond en Bond par 3 fois (en 1963, 1979, 2004).

Capitale du plaisir à l'extrême. Le plaisir trouvait écho par son Carnaval unique au 18ème siècle. Celui-ci pouvait durer jusqu'à 6 mois sans discontinuer. Il se perpétue de manière très aristocratique, aujourd'hui. La richesse des parures en témoigne.

Le plaisir charnel, aussi, pour les riches et les pauvres donnait du travail à 11.600 courtisanes, parfaitement enregistrées, obligées d'exhiber leurs poitrines pour attirer le maximum d'"âmes sensibles et charitables". Le Rio Terra Rampani près du Pont delle Tette les abritait. La Calle del Paradiso complétait le tableau avec le nom prédestiné.

Sirène endormie, Venise a trouvé son Prince Charmant après les travaux de salubrité et grâce au train qui la relie au continent: le tourisme triomphant. Le patrimoine culturel se retrouve en bonne place dans celui de l'Unesco se vénère comme il se doit.

La crise récente a probablement effleurée les habitudes, mais pas vraiment touchée vu le nombre de ses visiteurs. La ville reste riche de son passé. Visiteurs bourgeois ou, plus simplement amateurs de culture sous toutes ses formes.

Triste Venise? Si, elle incite à la nostalgie, c'est une nostalgie par séquences, avec des minutes qui sont comptées, pourtant, entrecoupées de stress, d'urgences comme partout ailleurs. Impressions sans véritables réalités, donc.

La région, la Vénétie, très conservatrice, très religieuse, sous contrôle de la Ligue du Nord comprend Padova, Treviso et Vicenza, en véritables émules aristocratiques de Venise. La région renferme un nombre très important de palais prestigieux, occupés par des familles vénitiennes.

En hiver, Venise mériterait plus la version originale de cette chanson que chantait Charles Aznavour. Nimbée d'irréalité, sous une chape de brouillards, portée par les brumes marines, la Cité des Doges devient alors, mystérieuse et fantasmagorique. La période du Carnaval, avec ses revenants de la lagune, tente seulement d'émerveiller, de surprendre, pendant une période plus courte que par le passé.

Triste Venise? Question de point de vue. Ce sera sous les fentes des masques inquiétants ou avec l'esprit plus intimiste sous les voiles.

0.jpgLa cité a un don pour jouer à s'aimer sur les gondoles, aidées par les prouesses chantantes du gondolier. Ce sera parfois avec le téléphone portable dans une main. Tout se modernise. Le métier de gondolier ne fait pas exception.0.jpg

Le 15ème siècle a tellement magnifié ces embarcations de 11 mètres de long, asymétriques, de couleur noire par décret, que la facture pour les assembler s'élève au bas mot à 25.000 euros. Alors, on amortit la dépense au mieux des courses.

Oui, Venise joue son va-tout, sans casino, sur la corde sensible de nos rêves et de nos euros.

« Venise est une ville de passion : c'est une ville pour les lunes de miel ou pour les ruptures. », disait Alfred Capus.

Le vaporetto, lui, restera toujours plus anonyme, plus standard, plus utilisé car moins cher et plus rapide. Quant au gondolino, c'est pour la course, pas pour le commun des mortels.  La fameuse limitation de vitesses ne peut être transgresser que par les vedettes de la police, les ambulances et les pompiers. Tous se croisent dans un désordre apparent mais qui reste parfaitement orchestré dans la sécurité.

Venise, une cité d'exceptions, un passage obligé, la Mecque du tourisme à l'italienne?

Tous ces pseudonymes lui conviennent, très certainement, aussi.

Bruges, notre Venise du Nord, ne fait pas le poids vis-à-vis de l'originale. On n'a que les prétentions que l'on peut.

Mais, Venise est, aussi, contre nature car la lagune garde sa loi qui n'est pas celle des hommes.

L'Acqua Alta continue à faire peur. L'élévation relative du niveau des mers conjuguée avec l'affaissement dû à la tectonique des plaques n'est pas faite pour calmer les esprits. Pas la peine de rappeler le réchauffement climatique.

Sombrer, elle ne le pourrait, théoriquement, pas, dit-on, pour rassurer. Le projet MOSE, commencé en 2003, prendra fin en 2014. 4 barrières, 78 portes pour séparer la lagune de la mer pendant les grandes marées. Les alternatives ont été analysées mais c'est ce projet qui a été adopté.

Si, André Suares disait de « Venise : quelle ville pour les marins ! Tout flotte et rien ne roule. Un silence divin ! », Pavel Vejonov ne manquait d'ajouter « En ce monde, la moitié des théories n'ont pas d'autre raison que celle de justifier nos actes. ».

Rien n'est décidément parfait en ce bas monde.

L'Enfoiré,

Autres amoureux de Venise qui vous en apprendrons bien plus que moi

L'Agora et sa voix, auraient-ils des envies de voyages?

22/06/2009

L'Est dans tous ses états

L'Est dans tous ses états.jpgDans son histoire, l'Union Européenne est passée successivement à 6, 9, 12, 15, 25 et 27 membres au cours de son histoire. Événements passés plus ou moins inaperçus pour les uns avec enthousiasme pour les autres. Les flonflons ont disparus. Les élections européennes ont eu 56% d'abstentions, sans émotions et sans gloire. La crise a touché aussi l'ancien bloc de l'Est. Où en sont les bouleversements de Far East?

Après l'Europe à 27, élargie à l'Est le 1er mai 2004, et celle de 2007 avec la Roumanie et la Bulgarie, qu'en est-il après 5 ans pour les premiers et deux ans pour les plus jeunes ? Des prédécesseurs ont eu à se féliciter d'être entré dans le "grande maison", tel que la péninsule ibérique. Alors?

Beaucoup de désenchantements. Passé de 15 en 27 en Europe a eu aussi des effets contradictoires à l'Est, chez les nouveaux élus. Le véritable coup de fouet des précédents élus a été, en général, un coup dans l'eau pour les nouveaux. La fusion demandait des accords et une intégration qui n'ont pas eu lieu. La finance n'est pas tout. Le social non plus. Pratiquer l'Europe demande des règles plus uniformisées. La langue, par exemple, trait d'union entre les citoyens, toujours aussi peu commune en dehors du commerce international. Cela demandait de grosses modifications au niveau scolaire et au moins une génération pour s'y préparer. Toujours dans les limbes de l'imprécision. Mais prenons un nouveau recul en comparant ce qui est comparable.

Déjà en mars 2008, on pouvait lire « Bientôt la fin de l'Eldorado à l'est ? ». Cette idée accompagnait la grève chez Dacia avec l'âge d'or des bénéfices qui s'achevait lentement. Le manque de personnel qualifié compliquait la vie des employeurs. Les rattrapages salarials se dégonflaient.

La Hongrie, la plus au centre d'Europe des quatre, est rongée par les dettes. En recul de 3,3%. Plus de 50% de majoration sur les prets en devise. Le forin a emporté dans sa chute, ceux qui croyaient qu'au contraire, il a allait être revalorisé. Les achats de maisons étaient devenus irrationnels. On achetait jusqu'à 7 maisons. Le niveau de salaire moyen brut s'élève à 791 euros par mois et le chomage se limite à 7,8%. Un GEOde 1982 (N°43) parlait de Budapest, la "reine du Danube" qui voulait s'ouvrir réellement sur le monde occidental. Du rock dans la cité magyare de Franz Liszt et de Béla Bartok dans une vie culturelle intense avec 25 théâtres et 9 bibliothèques nationales. Grande cité thermale dans laquelle on débite 40 millions de litres d'eau chaud par jour pour y soigner entre autres du rhumatismes et de l'arthrite. On y joue aux échecs sur les bords de piscines. L'étau du stalinisme sautait en 1989.

La Lettonie est frappée de plein fouet par la bulle immobilière qui fera probablement école. A Riga, c'est la spéculation qui s'est emparée de la population. On construit pour le promoteur plus par besoin. Le niveau de salaire moyen brut s'élève à 682 euros par mois, l'inflation plafonne à 15,2% et le chomage se limite à 7,5%. Une contraction du PIB de 12%. "Elle attend une bouée de sauvetage", est-il dit.

La Slovaquie à un surnom de "Détroit à l'Est" avec ses 3 entreprises automobiles qui ont dépassé la Belgique en nombre de voitures produites. Le pays a limité la casse. Zone euro oblige. Le niveau de salaire moyen brut s'élève à 697 euros par mois, l'inflation pafonne à 3,9% et le chomage se limite à 9,6%.

Roumanie, la "Dacie heureuse" comme aime bien la définir les brochures touristiques pour faire revenir les devises et attirer la "gent capitaliste". Pas trop d'informations en provenance de ce pays. Seulement parfois des Roms ou des prostituées roumaines, mais à part cela, la Roumanie ne défraye pas trop la chronique. A la lecture d'un article sur le sujet, les souvenirs de mon voyage, me reviennent et me font presque revenir en courte culotte. Vous pensez c'était, il y a 35 ans. Je suis revenu aux photos de l'époque et cela se confirme "diablement" actuellement. Les Tsiganes, Roms, gitans, ne proviennent plus de Roumanie même s'ils y ont une origine.

Huit fois la Belgique avec 22 millions d'habitants, voilà ce que représente l'heureuse Dacie. Véritable mosaïque de cultures et de langues héritées de l'histoire et de passages d'ethnies différentes. Sous le nom de "Romania", elle a été la région orientale importante de la Rome antique.

L'année 1974, quelques baux depuis et que de changements en perspectives "cavalières" ou non. Je me souviens mais depuis, je ne suis jamais retourné. Je devrai comme vous lecteur, je me dois de faire confiance à ma mémoire et, surtout, à la mise à jour.

L'Est dans tous ses états_2.jpgMamaia, sur la Mer Noire, était le lieu de vacances par excellence, à l'époque. La grande ville Constanta, proche, apportait une impression plus citadine. Pas tellement d'agences de voyage qui détournent le regard vers cet horizon, aujourd'hui. La douceur du climat type méditerranéen n'a pourtant pas changé et le thermalisme y sont toujours les atouts incontestables. La capitale reste secrète. Le Danube et son embouchure étaient la visite naturelle en pleine nature dans les catalogues d'excursions. Le patrimoine rural était là et l'est toujours. Nous étions, en 74, sous le régime dictatorial de Ceausescu. Pays le plus pauvre d'Europe, pacifique et pacifié. Endormie sous le poids de ce régime. Pas question d'entreprendre des conversations trop dirigées dans la rue. La discretion assurée. La "Securitate" pouvait se trouver derrière n'importe quel mur. Le plus grand hôtel de Mamaia, l'International, était réservé aux voitures avec plaques spéciales. Attention, faut pas, à l'intérieur, le confondre avec le confort occidental. Dans les rues, en douce, on venait auprès du touriste trop reconnaissable, pour échanger des devises à un tarif sans concurrence avec celui pratiqué par l'officiel. Le leu se transformait tout à coup en lei, son pluriel. Les magasins, eux, pratiquaient une ségrégation de fait. Touristes d'un côté, autochtones de l'autre. Nourriture top niveau pour les premiers, pour devises étrangères et en deuxième source, avec tickets de rationnement, pour les autres, quand il y en avait. Pas de mélange. Les étalages reflétaient plus encore cette différence par des tarifs dissuasifs convertis en devise. Un GEO de 1989 (N°119) titrait même "La Roumanie à la casse". On parlait de faillite. Le "Conducator", avec son culte de la personnalité obsédant, l'y avait mené en accusant les paysans de ne pas assez produire pour l'exportation. Des milliers de villages allaient être rasés et remplacés par des centre agro-industriels. Le Plan de la systématisation du dicateur et de sa nomenklatura regroupaient trois millions d'habitants dans des cités béton. On parlait déjà d'économiser. La consommation d'essence, c'était 20 litres par mois et par automobile en dehors de Bucarest. "Partidul, Ceausescu, Romania". Le peuple, lui, rêvait de sa part de glasnost et de perestroïka, enveloppé dans autre chose que des flacons vides.

Cela, c'est pour le préambule vécu dans un autre temps.

Aujourd'hui, Nicolae Ceausescu, le Génie des Carpates entre 1969 et 1989, n'est qu'un lointain souvenir. La surprise totale pour cet homme et son épouse, d'être jugés et condamnés un Noël de 1989 et qui espéraient le fêter et garder le poste jusqu'à la fin des temps et qui ne voyait pas son peuple. Crime de la non assistance à personnes en danger.

Seul son Palais du peuple demeure, en place, comme le plus mégalomane batiment en pierre dans le monde. Depuis, plus d'une nouvelle génération veulent aller de l'avant. La révolution de ce Noël 1989 est passée par là. Vingt ans, bientôt. Une génération qui n'a même pas connu ce passé troublé et de frustrés pour la plupart des habitants. Un élan de faire table rase du passé partout dans le monde se terminait en point d'orgue par une véritable révolution inattendue.

Année de tous les dangers que celle-là. Il faut dire que l'année 89 a été fertile en événements d'insurrections. Les plus marquants, la Chine, d'abord, qui, dans le sang, avait raté son entrée dans le monde des vivants. L'écroulement du monde soviétique, ensuite, avec le mur de Berlin, comme point d'orgue. La RDA, pure et dure, et le mur de Berlin tombaient en poussières, du même coup. Dans le détail, il y eu aussi: L'Afghanistan qui se débarrassait de l'armée rouge. L'ayatollah Khomeiny en Iran, qui lançait sa fatwa sur l'écrivain britannique d'origine indienne, Salman Rushdie. Boris Eltsine, en URSS, qui apparaissait pour la première fois sur la scène publique avec des réformes sous le bras tandis que Gorbatchev s'évertuait avec sa perestroïka sous les aiselles et visitait Pékin. Yasser Arafat devenait chef d'état. En France, la Corse était au bord de l'insurrection en fêtant son bicentenaire. Belfast était sur les genoux, après 20 ans de guerre d'usure. De Klerk, en Afrique du Sud, qui promettait une "nouvelle ère" multiraciale. On découvrait un non-communiste à la tête de la Pologne. La Hongrie ne restait plus cette tache blanche habituelle, sur la carte. Les Vietnamiens qui quittaient le Cambodge et espèraient retrouver la paix après 50 ans de guerre.

Le Père Noël 89 avait, donc, eu la Roumanie dans sa hotte révolutionnaire pour fermer le bal de cette année très chaude. Le Conducator, liquidé. Son épouse et lui, incrédules, face à ce qu'on leur reprochaient alors qu'ils n'avaient jamais été contestés à leur vue à courte distance. Et aujourd'hui?

L'Est dans tous ses états_4.jpgLes brochures de tourisme n'ont pas ou plus beaucoup, les destinations de l'Est dans leurs feuilles pleines de couleurs. Les horizons bleutés de la Méditerranée et son charme attirent, toujours, plus. La Roumanie est absente, tandis la Croatie renait de ses cendres en pleurant les morts de la grande Yougoslavie dans les années 90. Ce n'est que la crise actuelle, un peu d'attrait vers la culture exotique qui pour des raisons économiques abattra, peut-être, les frontières de l'hésitation au retour vers l'Est.

Non, après cette année-là, rien n'était plus comme avant à l'Est.

Sur les côtes, le réveil a été le plus visible.

L'Est dans tous ses états_1.jpgDans la Roumanie de l'intérieur rurale, on utilise encore l'adjectif "ancestral". La pauvreté a toujours freiné le modernisme. Les agriculteurs cultivent avec les moyens les plus vétustes et le cheval remplace le tracteur des pays voisins. Les routes sont elles encore plus traversées par vaches, oies et canards que par les voitures. Dans le village, cela n'empêche pas la joie de vivre et de pousser l'hospitalité à sa valeur originelle. La terre est cultivée avec la panoplie d'outils que l'on ne reconnait plus chez que dans les musées. Le rythme de la tradition se traîne au ralenti, hors du temps. Les fêtes folkloriques ne sont pas maintenues par le tourisme mais pour garder la cohésion et le respect de la religion et de la crainte de la sorcellerie. Elles trouvent leur apothéose à la Noël oubliant la simplicité de tous les jours. Sourire garanti et gratuit.

Du côté des jeunes, la volonté de s'expatrier est endémique. En réaction à cette fuite des cerveaux, le gouvernement tergiverse sur les moyens de la contenir. Une augmentation des salaires est considérée comme un risque d'inflation. Entre temps, de jeunes informaticiens essayent de s'immiscer dans les filières très rentables d'internet, mais pas toujours très honnêtes. La piraterie moderne est entrée dans les moeurs. Informatique et internet leurs outils de pénétration dans le monde de l'innocence occidentale. Il faut rappeler que le revenu par tête d'habitant représente seulement 44% de la moyenne des pays européens et que 9,5% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté suivant la conception de ses voisins.

L'Est dans tous ses états_3.jpgEn dehors de cette ruralité charmante, les attraits touristiques sont nombreux. Le Nord avec les monastères et églises de bois peint. L'Est avec le delta du Danube en pleine nature avec tous les oiseaux possibles cachés derrière les joncs. Au centre, la ville de Sibiu qui partage le titre de ville de culture avec Luxembourg en 2007. Un héritage médiéval avec places fortifiées explique ce choix et aussi grâce à la présence de banques qui ajoutent à la ressemblance plus moderne entre les 2 villes d'Europe. Le moyen âge se retrouve aussi dans la ville Sighisoara, véritable musée à ciel ouvert, inscrite au patrimoine de l'Unesco. Pour les passionnés de l'étrange, le château de Bran avec le fantôme du comte de Dracula comme hôte des lieux. Sorti de l'imagination d'un écrivain qui avait pris pour modèle le comte sanguinaire de Vlad. Au Sud, la capitale Bucarest est qualifiée de "Petit Paris", "petit" qui compte malgré tout 2 millions d'habitants. Au détour des grandes avenues et des fontaines, musées, théâtres, son palais immense, devenu le Parlement, érigé à la gloire du dernier dictateur mégalomane qu'était Ceausescu.

 

L'Est dans tous ses états_Vote fin 2008.jpgLes Roumains votaient en décembre 2008, lors d'élections législatives marquées par un duel serré entre la gauche social-démocrate (PSD) et la droite démocrate-libérale (PDL), et une faible participation (19,84%, soit bien en-deça des taux enregistrés à la même heure lors des législatives de 2004 (27,18%) et de 2000 (27,25%). Quelque 18 millions de Roumains étaient appelés aux urnes pour renouveler leur Parlement, avec en jeu 315 postes de députés et 137 de sénateurs, selon un nouveau mode de scrutin à un tour combinant le vote uninominal avec le vote sur listes.

 

Un pays avec un pied dans le futur à l'Ouest et un dans le passé à l'Est. Enfin, presque, un pied... parce que l'agriculture est encore la meilleure manière de tenir la forme en Roumanie.

20090619Campagne et moteurs.jpgIl faudrait peut-être renverser l'idée que l'Ouest est la terre promise. Noêl prochain, 20 ans après sa révolution, la Belle au Bois Dormant aura-t-elle trouvé son prince? Pas sûr, du tout.

C'est désormais la grande braderie des faillites à bord, comme nous venons de le voir. Les prédateurs sont assoiffés des bonnes affaires. Les "prédatés" resteront piratés. A l'Est comme à l'Ouest, rien de nouveau de chaque côté d'une frontière, toujours efficace, mais qui est, seulement, devenue plus virtuelle que physique.

La maxime est devenue "Dis-moi par qui tu es fréquenté, je te dirai qui tu es".L'Est dans tous ses états_5.jpg

 

Paul Valéry, lui, disait :

"Le moderne se contente de peu".

 

Tout est question d'époque et de mentalités. Ca ne se choisit pas l'endroit où l'on naît et le milieu que l'on fréquente. Une idéologie, ça ne se conquiert pas dans l'espace d'un "Far East" et des rêves, mais plutôt dans le temps, les sacrifices, la solidarité, la clarification des buts et de leurs suivis en parlant d'une seule voix.

Et si la Russie demandait, un jour, d'entrer dans l'Union européenne?

GazProm, cela vous rappelle certains problèmes d'approvisionnement?

Anti-américains, certains pays européens le sont. Alors pourquoi pas? Un gros morceau à avaler, la Russie, ça, c'est sûr.

Si pour la Turquie, c'est plus contestable, la Russie, elle, en fait bien partie de l'Europe géographiquement.

 

L'Enfoiré,

Sur Agoravox, d'autres habitués de l'Est

Opinions d'une habituée

Mise à jour 16 octobre 2009: Une interprétation de la situation de la Roumanie par l'intérieur "La théorie du choc ou crise mondiale"


Citations:

 

  • "Quand on n'a pas ce que l'on aime, il faut aimer ce qu'on a", Proverbe roumain

  • "Il n'est plus proche parents qu'une bourse pleine et un sac de farine", Proverbe roumain

  • "Le changement de chef fait la joie des sots.", Proverbe roumain

 

 

23/04/2009

Sucer mais pas avaler (1)

Le 15 avril, je lisais un article du journal l'Echo qui annonçait les élections en Inde pour le lendemain. Le titre était "L'instabilité politique menace l'Inde". Voici, les tenants et aboutissants de l'affaire, extrapolés ensuite à la mode de chez nous.

20090417Elections Indiennes.jpgJ'ai déjà eu l'occasion de vous parler de l'Inde d'aujourd'hui sous les notes d'une "Symphonie indienne". Nous voici dans des temps plus difficile. Entre 2004 et 2008, la croissance moyenne s'élevait à 9%. Le top de toutes les démocraties. Depuis fin 2008, ce pourcentage tombait à 7% à cause de la crise. Pas mal, quand on sait que les autres, à part la Chine, comptent en négatif. 

Deux partis "colosses" se présentent aux élections du 16 avril pour les élections démocratiques très "british" à cause de son passé historique. Mais, une myriade de petits partis fait un troisième "larron" assez communiste et régional et inquiète. Plébisciter par le scrutin devient plus aléatoire que de normal. Plus d'un millier de partis régionaux avec la caste des "intouchables" rendent le résultat instable avec des risques dignes du jackpot. Un système de quotas pour cadenasser trop de zèle. La crise a aussi touché ce continent et dix millions d'emplois assignés au domaine de l'exportation sont passés à la trappe. Chacun des candidats plus populiste que l'autre s'apprête à "améliorer le sort des masses", avec des "vertus sociales" dont ils ont le secret, tout en sachant qu'il devra rivaliser avec de futurs alliés très capricieux sans même avoir les résultats du vote. L'Inde, un véritable continent. Rien que l'Uttar Pradesh, avec ses 9% de la population globale, double la population de l'Allemagne.

Tous les principes pour attirer les électeurs sont bons. De la discrimination positive, la population n'en connaît pas trop la signification de ces mots mais vont devoir choisir en fonction d'éléments très spécifique à chacune des "conditions humaines" qui sont très embourbés en castes si pas castrées. Il faudra y aller de l'opportunisme au populisme de bon ou de mauvais aloi. Ce qui est proposé est d'ailleurs sujet à beaucoup de réflexions aux yeux des occidentaux avec ses besoins très différents et spécifiques.

Les problèmes sont nombreux même pour les bras de Shiva. Cela commençait très mal d'ailleurs. Un relent de terrorisme, le souvenir des attentats de Bombay que l'on temporise et des tendances séparatistes font partie de ce pays immense. Partage entre Sikhs, Tamouls, problèmes communautaires et religieux, tendus entre hindous, musulmans et chrétien. Un développement rural qui s'est perdu dans le choix de la "révolution verte" qui a mené les paysans au suicide, la corruption, crimes gratuits et statut des femmes toujours en suspens, le Pakistan, voisin difficile, avec l'éternel Cachemire comme pomme de discorde. L'Inde est en fait plus représentative en parlant des Indes. Cela fait du monde à toucher par la "bonne parole".

Le Parti du Congrès imagine s'attirer les pauvres en leur faisant miroiter l'accès à 25 kg de riz ou de blé par mois comptabilisés à 3 roupies le kg. Les électeurs, au niveau de la ruralité, l'annulation des charges des emprunts agraires. Pour les entreprises et la classe moyenne, des responsabilités fiscales pour s'opposer aux privatisations.

Le Parti BJP, lui, propose aux les pauvres 35 kg de blé ou de riz par mois à 2 roupies le kg, l'annulation des dettes des fermiers et l'exonération des impôts pour les classes moyennes. Du côté des infrastructures, il voudrait augmenter les investissements massifs dans l'énergie électrique, mais interdire les investissements étrangers dans la distribution et les technologies de l'information.

20090311Baril.jpgLe patronat préfère, d'après les sondages, préfère le BJP mais soutient le parti du Congrès en préconisant de "voter pour la continuité" à 68% de cet électorat. Veiller à conserver l'image de marque de l'Inde oblige.

La crainte pour les affaires avec l'étranger de l'"hindouisation" autoritaire de la société est bien présente.

Si le budget des élections n'est pas comparable avec celui des États-Unis, il n'en est pas moins vrai que la démesure dépasse tous les shows médiatiques. Le dépouillement aura lieu le 16 mai. Élection à la majorité à un tour, la coalition n'en sera pas plus facilitée et les risques de dérapage monopolisaient déjà les plans des polices locales.

Première réaction: Qui est considéré comme pauvre ou riche? Quels sont les critères? Qui sera catégorisé au milieu dans la classe moyenne? Les frontières sont floues et subjectives avec des sauts d'élastiques qui ferait pâlir de stupeur l'occidental par les ambitions indiennes au raz des pâquerettes. Le bengi du pouvoir d'achat de l'Indien est manifestement plus court et fluctue à plus petites vitesses dans un temps et un espace bien plus étroit. Le big bang de Bangalore, la vitrine de la réussite technologique et les frasques féeriques de Bollywood opposées à la jungle du Bihar. Le film aux 8 oscars « Slumdog millionaire » n'est qu'une représentation de cette différence.

Mais, passons à un autre continent. Plus précisément en Afrique du Sud. Coïncidence, le championnat Indian Premier League de cricket s'y jouait le 18 avril. Ce sport-business, opium et religion du peuple brassait des centaines de millions de dollars pour s'expatrier, pour fuir le terrorisme et les élections. Tout transposer à 9.000 kilomètres et pas de problèmes financiers. Bizarre comme une délocalisation avec des frais gigantesques arrange plus que ne soigne. Etre vu par ses fans d'un sport pratiqué de toutes pièces et qui se retrouve uniquement à la télé. Renoncer aurait été encore plus couteux. Les affaires délocalisées, offshorisées, passe encore, mais le sport !

Le 22 avril, c'est au tour de l'Afrique du Sud de passer au vote après la démission du Président Thabo Mbeki, trop technocrate ou distant. La pauvreté pendant son mandat a pourtant régressé très fort avec des aides sociales, une transformation urbaine. On est loin de l'euphorie à l'époque de Mandela avec l'abolition de l'Apartheid en toile de fond. Cette fois, on reconnait la corruption et l'incompétence qui planent au dessus des têtes, les pronostiques restent clairs, l'ANC se verra dégringoler de 64% à 60% d'après les extrapolations et les tendances. Un nouveau statu quo? Les "mauvaises langues" disent même que l'enjeu des élections pour son challenger résiderait chez à lui garder une chance de garder son immunité dans une lutte de pouvoir sans merci. Zoulou, plus populaire, plus charmeur mais inculpé par deux fois, pour une affaire de viol et une autre de corruption avec acquittement et non lieu. Quels seront les sucres d'orge qui seront distribués? Seront-ils sous forme de riz en grains distribués par ses quatre femmes et dix sept enfants? Deux philosophies de gestion complètement différentes: l'une charismatique et distante, l'autre populaire. Un kilo de plumes contre un kilo de plomb? Cela fait toujours débat et inquiète l'étranger sur les intentions intimes de l'élu du coeur.  

Comme partout, quand il faut voter, il faut se rappeler du lien étroit entre prix et performance et surveiller de très près les programmes. Promettre c'est bien, arriver à ses fins, c'est encore mieux. Les différentiels ne se retrouvent pas uniquement dans le roulement des mécaniques. Ajuster, personnaliser le citoyen est souvent bien plus ardu que prévu.

Et si on partait à l'Occident, toute. Nous y sommes bientôt à nos élections de juin.20081127PS Sego.jpg

La France virera-t-elle toujours à tribord pour réformer à la méthode révolutionnaire?

On en arrivait même à regretter Chirac. Des gaffes sont du parcours.

Les États-Unis se sont données un Président, disons, "original". Il s'attaque à la politique par l'autre bout. Il doit se protéger contre les racismes et les extrémismes. Il laisse publier le mode d'emploi de son prédécesseur.

20090123Guantanamo ferme.jpgIl ferme Guantanamo. Il a eu l'idée d'augmenter les taxes des riches pour en retrouver mille dollars dans les poches des classes moyennes.

La Belgique ne compte pas vraiment de révolutions dans ses votes. Quelques arbitres "huilent" les résultats en alliances opportunes. Une évolution par tassements, par remontées, oui, que le CRISP explique, sans beaucoup de surprises, après coup. Une ressemblance fictive avec l'Inde, les problèmes communautaires, on connaît. Les surprises ne confirment que les règles de la simple conformité. Il y a des percées pour précéder ou accompagner des résultats lissés par le vote à la proportionnelle. Air du temps, le Parti Ecolo pourrait rapporté quelques voix de contras, serait prédit. Sucer les sucettes à l'anis en vert, en orange, en bleu ou en rouge, du moment que cela reste toujours "acidulé".

20090416Californie.jpgUn profond malaise ou désaccord se creuse entre la démocratie et le citoyen. Le vote en Belgique est obligatoire, mais, pour 35% des électeurs, les Belges se disent non intéressés par le vote. Mal parti pour les partis.

Ce 15 avril, revenait la délégation des Parlementaires d'une mission en Californie pour les uns, d'un voyage touristique pour les autres. Tollé qui a fait les manchettes, si pas les manches entières des quotidiens. Deux députés étaient invités pour en parler franchement sur notre antenne radio. Les commentaires allaient bon train en période de crise et de fins de législature. La mission parlementaire sortait par la petite porte dans le même temps. Sucer était-il nécessaire quand il n'y avait plus rien à avaler? Mais,on assume.20090414Délégation wallonne.jpg

"Chez ces gens là, Monsieur, on ne s'en va pas..." chanterait, encore une fois, Jacques Brel.

Alors, on lèche et on compte les points.

Alors, si on imaginait les partis qui réagiraient en équivalent occidental à la sauce indienne ou sud africaine?

20090418Pauvres.jpgLe citoyen est-il tellement différent? Georges Frêche qui disait « J'ai toujours été élu par une majorité de cons » semble dire le contraire et se conformer aux gagnants pour être dans le coup.

Chez nous, en Belgique, ce n'est pas deux partis mais quatre partis traditionnels principaux dans toutes les directions, qui sont multipliés en nombre par des communautés linguistiques, mais, qui sous les mêmes couleurs, ne se confondent pas. Imaginons. Rêvons.

Dans cet exercice de fiction, le pauvre se verrait attribué des "bons pour" par mois, avec quelques dizaine d'œufs au lard, des kilos de patates puisque, comme disait J.P. Coffe, on fait de bons gâteaux pas chers avec elles, quelques boîtes de pâtes fraiches pour varier les menus, des services d'aides pour les jours de déprime, une peu de matériel de cuisine pour se rappeler qu'on est au 21ème siècle.

Le rural, une machine à traire, une motivation pour pouvoir cultiver ses champs et produire la nourriture du premier.

20090219VacancesSans Voiture.jpgLa classe moyenne s'amuserait avec l'ordinateur de bonne facture offert généreusement pour suivre les résultats des ... élections, accompagné du GSM pour garder le contact avec les copains, quelques litres de pétrole pour assurer le changement de la petite auto devenue trop grinçante par endroit et pour conserver quelques vacances au soleil, une promesse de sécurité d'emploi et de bonne santé, de travail, sans excès. Qui oserait obtenir un droit à la reconnaissance de ses chefs et cela de la "cave au grenier" en suivant l'échelle sociale de son entreprise?

La catégorie "nantie", elle, pour finir, se verrait octroyer, par mois, quelques dîners avec madame, souvent oubliée, un voyage aux Bermudes pour garer quelques rentrées, un droit de penser à autre chose. Aura-t-il prévu une visite de son personnel pour se rendre compte de visu sur site? Pensera-t-il à son droit de passer du trop plein au seulement bien rempli, sans excès non plus, en lâchant la bride et laissant un peu fuir la soupape de sécurité avec des parachutes plus souples, en feuilles d'or mais plus en lingots, décidément trop lourds?20081028Parachute doré.jpg Un avant-projet de loi qui s'y intéresse? Il y aura une révolution pour le monde bancaire et financier. Oui, mais, n'est-ce pas au niveau en dessous de la ceinture? Tout le "corps" des entreprises, tous les pays devraient se concerter pour éradiquer les excès du phénomène qui s'est immiscé dans les habitudes.   

20090311Salaire.jpgUn rêve? Est-ce la classe moyenne en cause ou pas plutôt son extension qui n'a pas été à la mesure de la tâche pour être encore plus « moyenne »? Il est vrai que le fossé entre riches et pauvres s'est creusé de façon abyssale: les uns croulent sous le travail et les autres n'en trouvent pas.

Mai 68 est mort. L'année passée on fêtait son 40ème anniversaire. Je tentais une comparaison d'époque comme si c'était des révolutions en parallèles?

La réalité, elle, se contente de chiffrer tout cela. On parlait d'index de crise, de récompense à la performance. En 2008, en Belgique, on lisait que les salaires avaient augmenté, curieusement, de 6,1%, hors index, à un 2,3%. Qui s'en souvient? Certains prix se sont tassés. D'autres ont continué à prendre du gallon. Perdre son emploi reste la hantise. Les horaires largement dépassés et la flexibilité tout azimut étaient demandés comme "la" vache à lait d'une vie concurrentielle en entreprise pour rester "breack-even" avec les voisins. Ils nous em... ces voisins. Les desiderata des travailleurs de 30 à 45 ans étaient pourtant complètement différents de ceux qui devaient tenir le cap ensuite jusqu'à 60 ou 65 ans, espérant l'âge d'une retraite sans "trou d'air". Il n'était toujours nulle question d'instaurer une vie démocratique dans les murs de l'entreprise. On a oublié que le patron avait ses raisons que la raison a du mal à toujours comprendre. Les informations, elles, ne circulaient que, souvent, filtrées à la limite de la bienséance.

Tout le monde se sentait coincé quelque part et se regardait en chien de faïence en espérant que la faïence change de main. Après les crises du pouvoir d'achat, des banques, de la finance, voilà celle de la politique.

Je n'irai pas chercher le bon mot de la fin de Madame "on ne vous dit pas tout" même sans le verre à la main de radio bistrot. Gardons l'humour.

La politique est, il est vrai, un sacré problème qui avale le politicien tout en suçant l'électeur.

 

L'Enfoiré,

Chez Agoravox, on suce ou on avale? 

 

Citations:

  • "En démocratie, la politique est l'art de supprimer les mécontentements.", Louis Latzarus

  • "La politique est plus dangereuse que la guerre... A la guerre, vous ne pouvez être tué qu'une seule fois. En politique, plusieurs fois.", Winston Churchill 

 

10/04/2009

Migrer, pour vivre ou survivre? (2)

L'"Atlas des Migrations", présenté par Le Monde nous a entraîné sur notre planète migrante. Au travers de l'histoire, les peuples se sont intégrés sur toutes les terres disponibles. La vie n'a pourtant pas été rose pour ces voyageurs à la recherche d'un hypothétique paradis ou, plus prosaïquement, d'un ailleurs meilleurs. Cette fois, voyons cette intégration de ces immigrés, chez les autochtones, qui ne sont, souvent, que des allochtones dans un passé plus ou moins lointain. Le futur ne sera que ce qu'on décide aujourd'hui, contraint ou suite à des réflexions sur les réalités du monde.

Migrer pour vivre ou survivre Atlas.jpg4. Intégrations et fractures

Le monde est pris de fièvre migratoire que ce soit en réel ou en virtuel. Il est devenu un village, pour en revenir à une émission de chez nous. Il est devenu un immense melting-pot, par amour du voyage  ou au forcing. La publicité transite par les médias, télé, Internet qui passe allègrement les frontières attise les convoitises. Cela ne veut pas dire, que l'on migre de foi et avec les mêmes moyens. Parfois pour le meilleur, souvent, pour le pire. L'immigration crée crispation identitaire pour les autochtones et l'espoir d'une cohabitation par le métissage pour les nouveaux arrivés. Ce ne sont plus des sauts de puces trans-frontaliers qui limitaient l'investissement dans des temps anciens. Les distances n'existent plus. Mais, c'est l'Amérique du Nord, l'Europe occidentale, le Moyen-Orient et les pays émergents qui sont passés au rouge depuis à peine 20 ans. Une démographie galopante de la population pauvre venant au "secours" ou en "surplus" d'une démographie qui était en déficit et vieillissante dans les pays dit "riches", plus riches. Les migrants ne représentent pourtant que 3% de la population mondiale.

Fossés économiques entre pays riches et tiers-monde, crises politiques qui poussent aussi à s'expatrier. Quitter son pays est même banni par certains d'entre-eux. Certains pays n'apposent simplement pas le cachet sur le passeport ou les visas d'entrée ou de sortie. Migrer, un rêve qui tourne parfois au cauchemar tout en gardant une obligation psychologique de réussite pour l'intéressé. Ce n'est pas partout que l'homme devient, au mieux ou au pire, une "marchandise" comme une autre. La migration reste inégalitaire, limitée par un transit qui ne ferait pas obstacle à la finance dans un libre échange bilatéral.

L'Europe s'accorde à reculons. Chaque pays d'Europe veut pouvoir conserver sa souveraineté comme un "jardin secret". Si le pacte européen du 16 octobre 2008 essayait de coordonner la transhumance, il n'ambitionnait pas une politique volontaire et unifiée avec une obligation de réussite. Combat de tranchés derrière une espèce de Ligne Maginot du protectionnisme à dimension variable, écartelée entre humanitaire et économique. La crise actuelle n'a fait qu'accentuer la remise en question des pactes de papier et renforcer les boucliers de protection. Décisions d'une carte bleue ou verte comme passeport, votées à la majorité qualifiée, c'est-à-dire avec des compromis qui frisent les compromissions à la traîne derrière un Traité de Lisbonne, mal accepté. L'espace Schengen aux courbes plus ou moins harmonieuses mais totalement artificielles n'accorde pas les violons de l'ensemble.

De l'émigration à l'immigration. Le monde change et les pôles d'attractions aussi. Il vieillit et rajeunit à la fois. L'Italie, l'Espagne sont passé à l'étape inversée de la migration à vitesses variables. Les nouveaux migrants remplacent les anciens. Les religions jouent à l'obstacle ou au catalyseur selon le cas. La crise économique met le pied sur le frein. Régulariser si, c'est dans les cordes, mais pas trop acculé dans celles-ci. Les Roms, les voyageurs invétérés, gênent l'Italie très protée à droite.

La mise au ban des clandestins se fait avec des dispositifs sécuritaires de plus en plus policiers au détriment du droit lui-même. Ceuta et Mellilia restent dans les mémoires. Quand la mort est au bout du voyage, on dépasse les limites de la déshumanisation et on absorbe mal l'inflation dans les risques engagés pour gagner un paradis de plus en plus fictif quand la croissance ne suit plus.

Islam.jpgBien loin l'idée de "Bienvenue à tous" de la France entre 1851 et 1946. A l'époque, il fallait devenir français, avoir une origine pas trop lointaine et accepter travailler à la mine, par exemple, pour la mère patrie. L'expansion et le repli entre 1946 et 2008 furent, au départ, une intégration imbriquée à la colonisation pour suivre l'expansion pendant les Trente Glorieuses. Des inégalités croissantes, suites à la mondialisation comme base des échanges, menèrent à une rupture sociale, un regain de xénophobie, un repli identitaire et des violences en réaction à une marginalisation. On compte, aujourd'hui, 50% des immigrés qui auraient la double nationalité. L'expatriation gagne du terrain chez les jeunes français, attirés par des salaires plus élevés ou simplement pour trouver un emploi suite à une recherche trop longue. Garder ses "œufs" au frais dans le même panier de la chance n'est plus toujours rentable. Avec le bagage dans la tête ou à la main, les jeunes s'en vont, souvent, fonder famille, dans la durée et sans retour à l'origine.

Le Royaume-Uni qui est un point de chute ou un tremplin. On trie à la frontière sur le volet et on prie de s'intégrer plus officiellement avec de moins en moins d'esprit multiculturel. La liberté de paroles, et de gestes, le respect des différences culturelles ont reçu leur coup de grâce, ébranlés, à la suite des attentats du 11/9/2001 et de l'attentat de Londres. Permis de séjour à points, écoles publiques confessionnelles plus contrôlées, caméras publiques, absence de mariages mixtes marquent la crise du multiculturalisme.

L'Allemagne est de plus en plus en gros déficit d'intégration. Le taux de chômage des immigrés reste supérieur à celui des Allemands de souche. L'introduction du droit du sol, l'enseignement de l'allemand, idées tournées vers plus d'intégration et moins d'assimilation, font partie du revirement de la politique actuel.

La Russie entonne le chassé-croisé postsoviétique, partagé entre départ vers les nouveaux pays de l'ex-URSS ou les pays de l'ouest et les arrivées vu une certaine relance avec un déficit tout de même pour les arrivées malgré les besoins grandissants d'immigrés partageant la culture. Redéploiement dans un commerce "de valise", pour étudier, pour travailler sous le couvert d'un tourisme d'apparence, mais en va-et-vient. Un commerce d'émigrants qui peut avoir à l'extrême des relents plus mafieux et une immigration supportée après l'assimilation de la culture russe.

Quatre siècles de rêve américain (anniversaire en 2007) ont forgé l'identité du pays. Nation d'immigrants par excellence. Ellis Island le rappelle dans un musée. Colons venant d'Outre-Atlantique, vers le Far West, repoussant les Indiens dans des réserves. Immigrants politiques, économiques, plus tard poussés par la famine. Des esclaves noirs suivirent, à peine 20 ans plus tard. New-York, la Pomme reste la porte d'entrée, toutes catégories, sous l'effigie de la Statue de la Liberté. San Franciso, Frisco rappelle le goût de l'Europe. La fin du 20ème siècle a connu une moyenne d'un million d'immigrants par an intrigués par l'envie de faire du neuf quitte à prendre tous les risques. On est seulement, cette fois, un peu moins sûr, avec la crise surtout si elle dure. Les quotas avec plafonds sont apparus sous-jasent des aspects de xénophobie religieuse. La force montante des latinos revendique, elle, ses droits après avoir servi de main d'œuvre à bon marché dans l'immobilier. L'Amérique blanche a résolument vécu. Les minorités d'aujourd'hui, qui représentent 30% de la population, deviendront le majorité dans moins d'un tiers de siècle. Dans les écoles, 62% des enfants sont noirs, latinos, asiatiques ou proviennent des îles du Pacifique.

Le Canada a pris le choix de l'immigration, mais se perd entre francophones et anglophones et en temps d'attente pour recevoir le sésame.

Le Brésil, on le quitte et on l'adopte via les pays extérieurs, encore plus pauvres. Pays immense et ça bouge bien à l'intérieur avec une préférence pour les villes côtières du Sud-Est.

L'Australie et la Nouvelle-Zélande sont avant tout pragmatiques avec des permis à points. Les Maoris restent plus inquiets sur leur propre territoire en Australie. Pour leur langue, c'est déjà perdu.

Une pirogue pour l'Europe, pour de jeunes africains de l'Ouest dans une stratégie de survie, très organisée par des convoyeurs qui encaissent les bénéfices. L'Afrique reste le continent de tous les exils vers l'intérieur du continent où les attendent xénophobie et expulsions.

Les pays du Golfe sélectionnent leurs travailleurs, importés d'Asie mais avec une préférence arabe.

L'Inde préfère une émigration de proximité avec des saisonniers très précaires. Xénophobie en ville. Partir reste néanmoins un privilège de riches. Le retour des cerveaux indiens programmé pour trouver de nouveaux "ghettos résidentiels" qui font envie dès le départ.

5. Le monde de demain

Aux problèmes humains vient s'ajouter un palmarès catastrophique de la climatologie et cela pour tous: la nature et le réchauffement climatique créera, d'après les prévisions, de plus en plus de naufragés de l'environnement par un choc thermique, par les inondations dues à la montée des eaux et aux cyclones de plus en plus dévastateurs. Ailleurs, c'est la sècheresse par la désertification et la terre en pénurie d'eau douce et potable en manque de gestion efficace. Plus d'un milliard de personnes n'ont pas accès à l'eau potable ou à un système d'assainissement. En 2080, 3 milliards d'êtres humains pourraient, cruellement, manquer d'eau. Le déclin de l'agriculture pourrait données des retombées incalculables. Une mauvaise gestion des ressources pourrait donner le signal de départs encore plus massifs. Partir serait, dans ce cas, survivre.20090328Europe Elections.jpg

Le Pôle Nord qui se déshabille de ses glaces et se réveille. Il devient le "point chaud" du globe vu son potentiel stratégique pour les pays limitrophes et un réservoir d'énergie. De nouvelles routes maritimes vers un Groenland, plus vert, pourraient accueillir de nouveaux immigrants.

Le diabète, la maladie du siècle et le ravage du paludisme (maximum en Inde) sont des problèmes avec un impact sur la croissance. L'immigration serait devenu la solution du déclin pour palier le problème démographique. Le nombre de personne âgée augmente de 2,6% par an et seule une "réévaluation positive" pourrait inversé le phénomène. L'explosion démographique vers la folle croissance des villes ne semble pas la solution. En 2007, un milliard d'habitants vivent dans des bidonvilles aux abords des mégapoles. L'immigration solution au déclin avec des forces vives en dépression avec 20090402Obama a Londres.jpgdes politiques à revoir.

Alors, une gouvernance proactive et distributive de rendements et des compétences serait une autre voie de considération des migrations?

Joseph Alfred Grimblat, un des auteurs de cet Atlas, disait que l'immigration même illégale a globalement des retombées positives sur le développement des pays d'accueil. Un effet à la baisse sur le niveau des salaires, ce qui est défavorable aux employés, mais favorables aux consommateurs sur le coût de production. Une transmission des cultures et des technologies apporterait d'autres compensations. La fécondité faible dans les pays développés provoque le déclin et le vieillissement de la population. 47 millions d'émigrés par an seraient nécessaire pour équilibrer le système de retraite des pays du nord. Le travail et l'esclavage ont parfois été de l'autre côté du rivage. Exodes, expulsions, exils et bannissements ont été, dans l'histoire, les compléments de l'infamie pour raison d'état, de cultes. L'écrémage de masse au XIXème siècle, plus ou moins volontaire, a fait place à des réfugiés forcés par les conflits armés et les idéologies controversées. L'immigration renversera-t-elle la vapeur?

Une gouvernance mondiale pour organiser les migrations est nécessaire. Les marchandises ne peuvent précéder les hommes dans leurs mouvements, sans les accompagner, tôt ou tard. Un nivellement par le bas et vers le haut en même temps comme conclusion? Les migrations peuvent étouffer les précédents arrivés, les autochtones en difficulté, eux aussi, mais les nouveaux s'étoufferaient en même temps à plus ou moins long terme. Problème d'acceptation et de compétitions difficiles, au centre des préoccupations de la vie en commun quand la couverture devient plus étroite. L'OIM, chargée par l'ONU, n'a pas compris que le compromis doit se trouver à l'échelle la plus globale possible et non pas dans des réactions étatiques au coup par coup et à plusieurs vitesses, cachée derrière des organismes disparates en octopus de la confusion. Tout est lié: le travail, les institutions, la scolarité, le social, la vie avec sa logique implacable des pays, dit développés, confrontés à la survie, des autres pays. S'il y a des lacunes, elles se répercuteront sur tous. Les souverainetés ont fait rétrograder les processus d'intégration en ouvrant ses portes en période de haute conjoncture et les refermant en période de restrictions ou de restructurations. La migration sélective n'est qu'un aspect de la partialité, non reliées aux réalités humaines. Croire que les familles ne suivent pas les initiateurs du voyage serait un leurre. Les nationalismes font place aux régionalismes. On rétrécit son horizon pour s'enfermer dans le virtuel au niveau mondial. Les rêves d'autonomie, de vivre en "stand alone" ressortent périodiquement. (ex. que se soit en Belgique ou en Kabylie)

20090406G20.jpgLe sommet du G20 à Londres et la Conférence du 60ème anniversaire l'OTAN, ont débouché sur des accords de partenariat. Pressions et crises ont pris toutes les plages des discussions pour y arriver.

"Tournant historique" et "Rupture avec le passé" ont été déclarés, haut et fort, même si en coulisse, ce n'était pas nécessairement l'amour fou. L'Europe, à plusieurs vitesses, se cherche toujours une voie commune dans beaucoup de domaines. L'unité monétaire est loin d'avoir pu ajouter au mot "Europe" celui d''"unie". Le social a à peine effleuré les consciences. Une langue de rapprochement de fait n'existe que dans les contacts internationaux et dans le virtuel. La nouvelle pensée à l'américaine a même troublé les Européens quant à l'intégration de la Turquie dans l'UE. Pas un mot de la migration des populations. Ce n'était seulement pas à l'agenda. L'argent reste le nerf de la "guerre".

Quant aux revenus de la migration, où se trouve la balance de ces transferts de personnes et, donc, de fonds dans l'économie? Là, on pourrait défoncer les idées reçues. Celles-ci varient selon le pays de destination des migrants et de la richesse, tout en perturbant le fonctionnement du pays le moins modernisé ou la suspicion vis-à-vis de la diaspora de ce dernier. L'émigration des "cerveaux" remonte le trafic des compétences dans un véritable système de dominos avec un cadre mondialisé sans réelle compensation pour les pays à la population migrante. Déficit de migration alors qu'elle ne cesse d'augmenter.

Une vision objective à mettre en opposition à la plus subjective d'une invasion des immigrants? Visions toujours très sensibles et polémiques? Sortons du magazine et passons à la pratique du terrain.

Beaucoup de lecteurs m'ont déjà parlé de Bruxelles comme d'un laboratoire de la migration. Et c'est vrai, les nationalités se bousculent, s'entrechoquent en communautés ou vivent entre elles sans frontières en harmonie apparente.

En Belgique, 20071010Accord immigration.jpgles problèmes des sans-papiers n'en finissent pourtant pas d'émouvoir les populations et les politiques de tergiverser. Un avis en billet non politique. Ne nous leurrons pas sur la question, "Près d'un Belge sur trois est raciste" et donc résistant à l'infiltration des étrangers sur son propre territoire. Les statistiques ne donnaient aucune référence au racisme latent dans l'autre sens qui n'est pas non plus inexistant. Ce n'est pas vraiment une question de race, mais de différences de cultures, de manière de vivre qui serait en question, ni un véritable problème de couleur de peau. Dans les pays chauds, on ne vit pas au même rythme. C'est une différence qu'il ne faut pas oublier.

Une rencontre de 3ème type difficile, mal programmée, serait, donc, à assumer dans la proximité et une peur de l'inconnu de ce "Métèque" qui a ses propres casseroles à tirer au pied et qui vient "narguer" avec sa propre pensée. Migrer, chez nous, à Bruxelles, n'a pas beaucoup de kilomètres à parcourir pour s'y retrouver à plein. Les "contacts" existent et sont parfois durs. Les susceptibilités vite exacerbées. Ce n'est pas une erreur, une simple normalité. Quant à la violence, elle est périodique, scandée mais pas limitée dans aux seuls contacts entre races. J'ai pu l'éprouver un jour, personnellement.

Etre sans-papiers ouvre la porte aux excès. Chercher les raisons du profit et perte explique mieux le phénomène. Pas de relations directes, mais plutôt subordonnées à cette situation de flou, un actif sur deux dans le monde travaille en noir est-il constaté récemment. Ce qui montre aussi la perte de moyens pour les Etats.

Une ou deux générations seront nécessaires pour s'accroder et faire le "ménage" dans la tête des nouveaux concitoyens tout en conservant leur idéologie. Les règles de l'Egalité des chances, poussées à l'extrême n'y pourront rien changer dans la pratique du seul moment et sans le recul du temps. Quelques articles sur Agoravox au sujet des migrations m'ont intéressé. Cultures, racines, terres que de problèmes en perspective. Les religions y ont ajouté aussi une dose d'intégrisme et du refus des autres que ce soit par l'islam, question de perception et d'employabilité, par le volonté de vivre seul du judaïsme ou celle d'réintégrer des interdits d'un autre temps dans le christianisme. La peur de l'autre vient de cet ensemble de différences qui seront toujours d'actualité divisés entre pouvoir et argent. Le rêve qui tournerait à l'arnaque au Québec. L'enfer du paradis dans l'attente du passage. Un problème de dignité humaine positionné aux sans-papiers ou le film "Le si beau voyage". Diversité, une chance pour seulement dormir tranquille.

Les changements de mentalités prendront beaucoup plus de temps, même si la crise a secoué les consciences. J'écrivais, il y a un an, le contre-pied, dans "Enfin, la faim", mais personne n'y avait compris le fin mot.

Migrer pour vivre ou survivre_Racisme.jpgDu 19 au 29 mars 2009, c'était la semaine contre le racisme pour tenter de faire réfléchir à la question à remettre à l'ordre du jour en boucle.

Le dumping social européen focalisé par et sur l'économie ou un équilibre avec des distorsions uniquement tournées vers les compétences de chacun?

Le Reaganisme et Margaret Thatcher qui voulaient délocaliser en Irlande, en se débarrassant des règles ont entamé la confiance par le libéralisme à outrance et se retourne contre l'Irlande, elle-même, aujourd'hui.

Cette histoire de gros sous, d'économie a plongé l'Islande dans le marasme.20081010Crise Islande.jpg

Le néo-libéralisme sans autorité publique en réduisant la couverture sociale a, jusqu'ici, raté le coche de la néo-migration.

Les femmes émancipées ont ouvert une autre voie à l'émigration. Elles restent toujours plus exposées au chômage, et cela migrante ou non. Mais elles s'y retrouvent, tout de même, dans leur prise en main en s'offrant l'indépendance par la conscience dans le milieu d'origine où il aurait été inexistant. Migrations à la recherche d'opportunités qui vont jusqu'aux mariages blancs. Le but est atteint. L'avenir aura sa propre réponse, logique par l'adaptation des habitudes. La multitude l'emportera, alors, sur l'Empire égalitaire.

Des accords bilatéraux entre pays pour recruter (ou de débaucher) des migrants assortis de quotas existent, mais, c'est une immigration à la carte qui y est préconisée avec une répression pour les clandestins, un travail temporaire pour les moins qualifiés et une 'appréciation alléchante pour les plus qualifiés suivant un "Pacte européen de l'immigration et de l'asile". Un partenariat, sinon rien et si rien, pourrait-on en conclure et espérer? Pas vraiment dans la pratique. "Like a hobo" (former un groupe, faire le colporteur, le charlatan") avec sa maison de plus en plus sur le dos semble être une nouvelle pratique.

Utopie que celle de Michel Serre, qui dans le Magazine des Philosophies poussait en avant son "si" on instaurait une paix perpétuelle comme réédition du rêve de Kant? Aujourd'hui, plus que tout autre, quand le monde est devenu un village, nous avons besoin de contacts parfois plus réels que virtuels. Les transports qui consomment de l'énergie, n'ont plus la cote auprès des écologiques. La téléportation rêvée par Paul Virilio n'est pas encore à l'ordre du jour.

20090407Migration.jpgComme on dit que "nul n'est prophète dans son pays". Aller retrouver ses semblables dans un autre espace temps et, parfois, décider d'y vivre, relève d'un esprit entreprenant avec des risques non négligeables.  Y-t-il des intérêts cachés pour l'immigré? Pour des raisons économiques ou politiques, le rapport prix-performance sera vite fait à posteriori. Le rapport change bien vite avec le côté financier. Des surprises exitent entre pays voisins qui auraient des lois dites "similaires". L'Europe, qui se veut unie, est loin d'observer des normes comptables et fiancières, compatibles entre les pays qui la compose. Les impôts, les pensions subissent des taxations très peu avantageuses pour celui qui a fait le pas de la migration en milieu de carrière. Les fonds de pension sont vite considérés, au grand dam de ses administrés, comme des placements bancaires susceptibles d'être taxés au prix fort, très différent du pays d'origine.

Mais, cela est probablement une autre histoire et un autre Atlas à construire. Celui du Monde diplomatique? C'est à voir, puisqu'il était dit que ce serait un "Monde à l'envers".

Nous sommes tous des émigrés et des métis, chantait, Julien Clerc. L'évolution et la vie l'ont voulu ainsi.

Sera-ce, dès lors, circulez, y a rien à voir ou, peut-être, avec plus de recul, tout à y gagner?

Ce pourrait n'être plus alors pour seulement vivre, mais aussi pour survivre.

Et si on riait une dernière fois...

L'enfoiré,

Sur Agoravox, que dit les soi-disant "sédentaires" des migrants?

 

Une adresse, juste au cas où? 

Mise à jour du 20 juin 2009: Journée mondiale des réfugiers : 42 millions de réfugiers dans le monde20090620Journée du réfugier.jpg 

Livres sur le sujet:

 

Citations:

  • « Ce qui reste de tous les voyages est le parfum d'une rose fanée... », Cavidan Tumerkan

  • « Certains pensent qu'ils font un voyage, en fait, c'est le voyage qui vous fait ou vous défait. », Nicolas Bouvier

 

21/09/2008

Funchal, le "fun" de chaleur

p2.jpgFunchal, capitale de Madère, une ville qui a évolue en un quart de siècle depuis ma première visite.

On fêtait, cette année, son 500 ème anniversaire d'existence, plus commerciale que sa rivale Machico, première capitale de l'île. p02.jpg

Et pourtant, si on cherchait plus loin, on trouverait déjà en 1351, si pas avant par les Phéniciens, des traces de l'existence de l'île.

D'après le guide, tout y est calculé, tout est en place pour y assurer le bien être des ses habitants.

Région autonome, son gouverneur, Alberto Joao Jardim, l'est depuis 1978. N'est-ce pas une longévité démesurée dans un pays démocratique? Mais, il y a un truc. Avant chaque élection, on imagine et on inaugure en grande pompe, un nouveau pont, une nouvelle route ou un tunnel, une extension à l'aéroport.

Rien de nouveau sous le soleil. Mais ici, on oublie tout, car les déplacements sur l'île sont vitaux.

Au sujet de l'aéroport, n'atterrit pas qui veut à Madère. Une expertise du pilote, toute particulière, est requise et cela malgré une piste d'atterrissage qui s'est considérablement allongée en 2000 depuis un crash de fin des années 70. A cheval au dessus de la mer, le travail mérite une attention de surprise. Quand j'y étais en 83, la piste allongée était encore en construction et une escale à Lisbonne était du voyage et les trop gros porteurs n'étaient pas du voyage. L'IATA avait précipité les travaux d'allongement.

Quant aux tunnels, depuis ma première visite sur l'île, il y en a une foule de nouveaux. Fini les routes dangereuses ou trop étroites qui bordaient la mer. Si celles-ci existent encore, elles sont devenues l’attraction pour le fun.

L'hôtel Savoy Classic nous l'avions choisi en connaissance de cause. Repère 25 années auparavant. Nos "vieux os" méritaient un peu plus d'estime que de coutume dans ce pèlerinage après un quart de siècle. Existant depuis 1912 dans une première version. Reconstruit en 1926. Accompagné d'une nouvelle version en 2002.

Première constatation, air du temps, respect de l'age ou plus prosaïquement, pension trop étroite ou mal ajustée aux besoins, le personnel de l'hôtel, bon pied bon oeil, pouvaient compter sur quelques heures de vol au compteur des années.

Des seniors parmi les seniors qui avaient une moyenne d'age qui approchait facilement de la cinquantaine, sinon plus. Le mot "classique" dans son nom expliquait aussi le choix. Un paradis, ancienne vague, avec des meubles d'époque où l'on n'aurait pas l'air "MAD" en bons vivants comme un Madérien.

Celui-ci vit, avec moins en poche, c'est presque sur. Manger n'est pourtant pas son souci majeur. Les jardins, les parcs exotiques ou tout pousse y abondent. Cela permet, en insulaire, de voir défiler le temps à une autre vitesse.

p3.jpgUne île subtropicale qui s'étire sur à peine 57 Kms sur 22 de large. A peine, 800 Kms2. Volcanique de formation, elle a bondit en dehors de l'atlantique, dont on ne voit que son sommet comme un iceberg fige sur les fonds marins. Elle subsiste cependant, à l’abri des secousses sismiques donc pas de tremblements de terre.

p8.jpgAucun habitant, quand elle fut découverte en 1419 par Zarco, portugais très subtil du côté du commerce, envoyé par Henri le navigateur. Rien. même pas d'animaux en dehors des oiseaux. L'île de Porto Santo, à 30 Kms, au Nord-Est, avait été visitée l'année précédente. Celle-ci jouit d'une plage de sable d'or longue de 10 Kms réservée aujourd'hui aux vacances des madériens et qui sauva d'un naufrage les découvreurs aventureux. Christophe Colomb y séjourna ensuite. 

"Madeira" signifie "bois". Il en existait alors à perte de vue. Trop pour en faire une exploitation à l'époque. L'écologie n'avait pas encore ses fanatiques. Les forêts furent considérablement rétrécis à la suite des incendies volontaires pendant plusieurs années. Cela réduisit souvent les espèces de plantes endémiques. La canne a sucre qui y poussait attirait bien plus les Portugais pour un commerce royal. La vigne et le vin de Madère firent ensuite des miracles pour enrichir l'île. Les Amériques étaient très intéressées par ce breuvage royal. Le Duc de Clarence se noya dans un tonneau de doux Malvoisie en 1478. Son histoire est magique, sortie du hasard et des voyages sur mer.

Napoléon n'eut pas le plaisir d'y débarquer pour le goûter en transit pour St Hélène. Crime de lèse majesté. La peinture flamande a eu aussi son heure de gloire sur l'île.

La reine Victoria initia le tourisme à sa manière en cherchant à échapper aux rigueurs de l'hiver. Churchill, logé à l'hôtel Reids toujours existant, y peignit quelques tableaux de Camara de Lobos.

Un aéroport en 1964 continua le processus d'invasion de la gente de "tou tout touristique".

Un paysage tropical qui rassemble toute les végétations de la terre, une température moyenne de 22 degrés qui s’estompent de 10 degrés à l'altitude maximale de 1863 mètres. p0.jpg

Lunaire à l'est, très montagneuse au centre, verdoyante sur les pentes surplombant la mer avec précipices a faire pâlir "vertigo", plateaux et piscines naturelles à l'ouest. p4.jpg

L'eau ne manque pas. Elle est acheminée par l'intermédiaire de "levanda", petits ruisseaux qui dévalent en cascades à certains endroits.

Dix fois moins de touristes qu'aux Canaries assez proches et bien plus assurée pour l'eau. Des hôtels se rassemblent, volontairement, à certains endroits bien précis à l'ouest de la ville de Funchal. La population se réservant les autres quartiers.

Plus de chars a boeuf,p5.jpg ni de hamacs ambulantsp7.jpg.

Seuls les azulejos le rappellent encore.

Le fameux toboggan (Carros de Cesto) existe encore pour le fun ou pour répondre à un voeu de maintient du patrimoine de l'UNESCO.p6.jpg

La pêche à la baleine s'est arrêtée depuis longtemps. Le thon, l'espadon et l'espada, ce dernier, poisson typique qui vit dans les grandes profondeurs se retrouvent sur les étales du marché de poissons appellé Mercado de Lavadores (des travailleurs) au côté des marchandes de fleurs. p01.jpg

Il faut dire que quand l'espada remonte des profondeurs, il ne fait pas dans le détail et est toujours prêt au combat. p00.jpgPoisson épée, noir qui ressemble à une grosse anguille, se sert en filet avec tout légume et fruit. Mais la banane frite redore son blason agréablement pour les papilles.

p9.jpgDans le nord, Santana concentre des habitations en chaumières qui font le charme des appareils numériques des touristes. Aux sommets des montagnes, les nuages s'accrochent, menaçants, sans atteindre Funchal que rarement.

Le madère, ce vin existe en 4 sortes du plus doux ou plus sec. On fêtait les vendanges en ce mois de septembre. J'ai pu y assister à Funchal et la fête, on connait là-bas.

Que dire comme conclusion?

A l'actif, Madère est une île superbe. Elle jouit d'un climat idéal, de l'eau garantie, une végétation exotique abondante, des arbres qui font concurrence aux fleurs, un paradis de vacanciers, pour le moins. La pauvreté n'existe pas vraiment. Les soins sont quasiment gratuits. Une université, parait-il, mais dans une seule discipline. Sommet d'une montagne au fond de la mer par volcanisme, elle ne subit plus de tremblements de terre. Paradis tranquille, pourrait-on dire.

A son passif, pour y vivre, il y a l'exiguïté de l'île, son éloignement. Mille kilomètres de Lisbonne. Tout doit être importé du continent, ce qui grève un peu plus les prix. Une seule industrie, le tourisme. Un monde en miniature tout en verticales qui prennent des formes de pentes et de précipices. Beaucoup d'émigrants reviennent de l'Afrique du Sud et du Venezuela pour finir leur vie, fortune faite. Ce qui prouverait un amour certain de l'île. Les maisons restent relativement chères (300 à 1000 euros par m2) en rapport avec la proximité du rivage.

Rien n'est parfait en ce bas monde.

Après cette description, j'ai déposé mon dernier bouquin "Deception point" de Dan Brown. Aucun rapprochement à faire avec l'île. Choix très mal adapté, c'est sûr. 

Je me suis retourné vers la piscine. On y indiquait une température de 28 degrés, du Chlore fixé à 1,3 et un pH de 7,23. Je n'allais pas contrôler si tout était véridique. Cela me semblait parfait. Comment résister d'ailleurs?00.jpg

Quant à vous, est-ce par curiosité que vous avez atteint ces dernières lignes? Je ne vois pas d'autres raisons.

 

L'Enfoiré,

D'autres photos

La Panda à Madère? 

Citations:

  • "La vie est mal faite. Les juniors devraient jouir des moyens financiers pour en profiter. Les seniors, pour garder la forme, devraient se mettre au travail.", des paroles de quelqu'un qui me voulait du bien.

13/09/2008

Le chic, le chèque et le choc chypriote

33f64d4f4e31c5ba0114ed546bcd87d4.jpgLa fin des vacances a sonné. C'est le moment de revoir ses photos. Et, si on allait à Chypre, troisième île de la Méditerranée. Dans le peloton des derniers arrivés dans la communauté européenne. Chypre reste très insulaire, très à l'écart de la folie du continent. Une phrase d'Alice Sapritch va me servir de titre et de fil conducteur.

Mon voyage dans cette île de Chypre qui a vu naître Aphrodite, déesse de l'amour au rocher Petre tou Romiou en sortant de l'écume de la mer azur, date de 1987.

Depuis lors, cette déesse garde un oeil passionné sur les couples en vacances. Le tourisme, déjà lors de mon passage, avait pris un tournant décisif. Mais, d'après ce que j'ai pu lire, ce tournant n'a pas été fait en dépits du bon sens. J'ai pu voir dans un documentaire récent que les choses avaient beaucoup changé depuis ma visite. Donc, cet article pourrait paraître obsolète par certains points. Je ne l'espère que pour une chose : la fameuse ligne qui sépare le Nord du Sud de l'île.

Insulaire, à cet époque, je peux le confirmer par son côté sécurité. Une anecdote caractéristique en témoigne. Un jour, attablé en plein air, je remarque qu'un touriste a oublié au plein milieu d'une table, son appareil photographique. Croyant qu'il s'est écarté un temps, je ne réagis pas et j'oublie l'incident. Prêt d'une demi heure après, j'entends des exclamations du touriste qui s'est aperçu de son erreur et qui est revenu. L'appareil était toujours là. Il n'avait pas bougé malgré les nombreux passants qui auraient pu avoir des tentations bien moins altruistes.

Ca, c'est pour le chic.

Alors, oui, il y a d'autres événements qui ont jalonné mon voyage à la fin mai de cette année-là.

Destination Paphos, lieu de culte du tourisme chypriote. Lieu de séjour, par excellence. Lieu d'histoire, aussi.

Commençons par le début. Arrivé à l'aéroport, j'apprends que mon hôtel est malheureusement complet et qu'il ne peut m'accueillir dans les meilleures conditions. Légère colère, légère déception. Encore un "overbooking", me dis-je. Pourtant, ce contretemps va s'avérer être bénéfique en définitive.

Un petit hôtel nouvellement construit m'était réservé. Pas besoin de se souvenir du nom, existerait-il encore d'ailleurs? Les choses évoluent tellement vite. Tout nouveau, tout beau et surtout plein de charme. Les chambres sont dignes du rêve de Disney. Tout est chaleur, l'accueil et les Mickeys et peluches disposés sur un couvre-lit en peau de zèbre. Le soir, calme et volupté. Peu de touristes. Service de premier choix personnalisé. Nourriture recherchée et tutti quanti. Petite piscine, et terrasse solarium sur le toit, tranquille et panorama garanti sur facture pendant la journée. A la réception, comble de ravissement et de coïncidence, une jeune belge avec laquelle nous avons pu tailler de multiples "bavettes". Nous sommes encore loin de l'esprit du "le toutou, le toutou, le touriste". Pas d'animation, tapageuse.

Paphos, capitale du tourisme. Ville qui déjà d'elle-même donne des envies de rester. Le côté archéologique est certes plein de surprises pour la beauté des yeux. Avoir des vestiges de 8000 ans avant notre ère, cela laisse rêveur.

Village à 30 kilomètres de Larnaka, il restera dans les mémoires des archéologues par son côté de parfaite conservation. Déclaré comme patrimoine de l'humanité par l'UNESCO en 1998. L'art de la poterie n'était alors pas encore entré dans les moeurs. Le néolithique et toutes les civilisations qui se sont retrouvées sur l'île dans les âges. Conquérant de ce point stratégique de la Méditerranée. Près de l'hôtel, le site des "Tombes des Rois" remonte à la nuit des temps creusé dans une argile jaune éclatant sous le soleil. Plus loin, la maison de Dionysos fait souffrir le visiteur de n'être pas né plus tôt tellement les mosaïques en plein air et les décorations sont belles et rendent envieux le plus blasé. Beautés réfugiées pendant 16 siècles sous terre, que l'on imagine déjà dans sa cour. En sortant de cet espace historique, j'ai même découvert un morceau ébréché d’une tasse de l'époque probablement romaine. C'est dire que les archéologues avaient encore du travail pour quelques années. Le théâtre antique est loin d'un modèle réduit en accueillant probablement des milliers de personnes.

Le port, lui, est équilibré entre un phare et un fortin carte postale. Les tavernes permettent de se prélasser en attendant le coucher du soleil. 69931af4dbeebba1aa4f819c8b2c3d90.jpg

Les pélicans se disputent le ciel et se posent parfois en pleine foule en se foutant pas mal du regard oblique des passants honnêtes comme dirait Brassens. Ils y ont élu domicile. Reposés, ils repartent, tournoient à nouveau jusqu'à l'étourdissement probablement près à plonger à grande vitesse pour happer le poisson.

0af59ff1f1cc3c58d8ab8ae0855002a9.jpgLe château byzantin avec son arche, l'église de Saint Paul, des bains arabes, les pierres Dighenis, les catacombes Saint Solomon avec son arbre plein d'ex-voto attachés aux branches complètent les attraits "vieilles pierres" de la ville.

Paphos est aussi le point de départ de beaucoup d'aventures dans l'île. L'est-il encore aujourd'hui?

Revenons à l'histoire. Le nom "Chypre" vient de la découverte du cuivre, "kuprum" en latin. Le commerce prospère avec le Proche Orient a fait le reste de sa reconnaissance comme lieu stratégique. Les Mycéniens vont l'investir par l'intermédiaire d'une dizaine de petits royaumes dont Kition future Larnaka. Les Grecs, les Assyriens, les Egyptiens, les Perses se sont disputé ce sol riche avant Alexandre le Grand. Byzance verra Nicosie comme capitale. Principalement dans la région du Troodos, les chapelles, les monastères avec des murs décorés byzantins, surchargés de fresques délicates seront du parcours d'une visite qui culmine vers les 2000 mètres d'altitude au mont Olympe. Les pins apportent heureusement la fraîcheur.

883813da9b8cc6d39909e766ad6b65b1.jpgLe monastère de Neophytos c95e94661f3dd71b08591e7758251e15.jpget surtout celui de Kykko détiennent les plus belles mosaïques byzantines murales sous les arches d'une cours intérieure.648e9960b175f41755b853f572a80995.jpg

Richard Coeur de Lion lors d'une tempête en 1191 fera plus qu'une escale en envahissant l'île. Les Francs, les Vénitiens, les Ottomans, les Anglais se succèdent ensuite. On y parle toujours cette langue et on roule à gauche pour garder les habitudes.

Une indépendance en 1960 présidée par Monseigneur Makarios, favorable au rattachement avec la Grèce volera en éclats en 1974 après un coup d'état fomentée par la Grèse des colonels et l'intervention des Turcs qui investissent le Nord de l'île jusqu'à aujourd'hui. La tombe de Makarios, toujours vénérée, était toujours surveillée 24h sur 24 par des militaires qui se relaient inlassablement. Après ce coup d'état, l'île a été coupée en deux parties. Le sud, toujours grec, le nord, devenu turque par la force. Le 1er janvier 2004, la République de Chypre orthodoxe du sud entre sous le giron de la Communauté Européenne. Le 1er janvier 2008, l'euro remplace la livre. Les négociations entre la partie grecque et turque n'ont pas encore trouvé de résolution définitive. La Turquie voit sa propre adhésion compromise pour ce problème. La « Ligne verte », qui ressemble plus à un mur, de Nicosie s'affalera, un jour, comme celui de Berlin. C'est écrit, mais on n'a pas encore ajouté la date. Le 11 septembre, une nouvelle tentative de réunification aura lieu. En début d'année, une rencontre du grec, Demetris Christofas, et du turc, Mehmet Ali Talat, a eu lieu sur l'aéroport désafecté de la dernière capitale divisée du monde. Chypre, pressée par l'ONU, devra organisé, tôt ou tard, un référendum. La population organise des marches des deux côtés de la "Ligne Verte". Renvoyer les 40.000 militaires turcs du nord de l'île dans leur foyer n'est pas la plus banale des décisions. Varosha est devenu une ville morte dans la partie turque.   

Entre temps, les Grecs et les Turcs de l'île attendent de retrouver un peu plus souvent leur famille de l'autre côté. Chypre turque n'est pas reconnue à part par la Turquie. Cela veut dire qu'elle ne doit obéir à aucune règle internationale. Cela avec le plus grand plaisir des truands, de la mafia qui coulent des jours paisibles au bord de la mer tout en règlant impunément les « petites affaires ». La politique a décidément ses raisons que la raison du sentiment ne connaît pas.

Ça, c'est pour le choc.

Depuis, la République est coupée en deux. Mais, avec 200 kilomètres de côtes, la bataille du tourisme est gagnée dans le Sud par ses côtés archéologiques à Kourion, historiques à Kolossi, ses traditions, sa gastronomie, et la sauvagerie des ses côtes sous le vent plus au nord près des bains d'Aphrodite. Les hôtels se comptent désormais par centaines.

Ça, pour finir, c'est pour le chèque.

Car on parie sur la qualité, pas sur la quantité. Pas de tourisme de masse (à cette époque du moins) et la restauration des ruines et des bâtisses parachève le travail. L'agrotourisme est né en 1987. La cueillette des oranges et des olives intéresse le touriste. En pleine campagne, la brasserie Kyo distille sa bière, consommée avec délice dans toute l'île. Je ne vous ai pas dit: on roule à gauche sur l'île.

Non, vingt ans depuis mon passage, il faudra que je réactualise un peu tout cela.

Mais, je suis sûr que je ne vais pas refaire le test de l'appareil photographique. Le numérique a ses raisons que l'analogique ne connait plus.

 

L'Enfoiré,

 

Le Panda a-t-il du chic? 

En photos : http://decouvertes.lesoir.be/main.php/chypre/

Citations:

 

  • "Tant qu'il reste au renard une dent, il ne sera pas pieux", proverbe chypriote

  • "Le soleil passe les frontières sans que les soldats lui tirent dessus", Proverbe chypriote

06/09/2008

La sauce Madere, une préparation de tous les dangers

aetroport.jpglenfoire-terroriste.jpg

Cela aurait pu mieux commencer.

Le compte à rebours pour ce voyage à Madère a commencé.

Décollage à 6 heure et quart.

Un taxi avait été réservé la veille pour "quatre heure moins le quart.

C est ce que je croyais du moins.

Le préposé a l'enregistrement, lui, avait compris "et quart".

Coup de fil et la rectification se met en branle dans l'énervement des acteurs avec l'intérêt en commun.

Démarrage en trompe la mort.

Pas de trafic a cette heure, mais en approchant de l'aéroport, les choses changent.

Le chauffeur me prévient qu'il vaudrait mieux faire son entrée par l'intermédiaire des arrivées plutôt que l'autre réservée aux départs.

Je ne m'empêche pas de lui susurrer à l'oreille ma finesse enfoireuse que c'est normal qu'il y ai autant de voitures pour l'aéroport : n'avons nous pas augmenté le pouvoir d'achat?

Un sourire sans réponse me répond.

Son conseil est suivi au vu des files sans fin.

Pour gagner ce temps précieux, il nous débarque à l'entrée de sauvetage.

Remerciements d'usage pour sa perspicacité et nous voila devant le grand tableau d'embarquement.

Rangée "un", allons-y. Des chicanes à plusieurs rangées nous donne un peu la nausée, mais on avance.

Les bagages sont enregistrés, enfin. Un bagage à main pour chacun et voila la douane pressée de nous voir sortir du pays et à nous envoyer vers notre destin de touristes.

Des couloirs et des escalators à n'en plus finir.

Arrivée aux portiques électroniques. Tout le monde a appris qu'il ne peut subsister aucun liquide dans le fameux bagage à main.

Les terroristes ont gagné une marque indélébile sur le sort des vacanciers.

On a prévu le coup, donc pas de problème.

On est docile dans notre état. Les bagages passent au scanning.

Celui de mon épouse reste étonnamment en rade au milieu.

Une bombe de laque et une bouteille de crème solaire n’ont pas l'air de plaire à la douane.

Là, cela se corse vraiment. Il faudra rebobiner le tout et retourner au check-in pour enregistrer le bagage du terroriste amateur.

Sur l'écran noir de ses nuits blanches, il a gagné sa journée et prouve son efficacité, le douanier.

Son efficacité est impitoyable. Il a récupéré le sourire que nous avions 5 minutes avant de voir ses dents d'acier.

Pas besoin d'expliquer l'excitation dans le voyage de retour vers le check-in.

Périple a l'envers au travers des escalators, des tapis roulants des couloirs.

La file inverse s'inquiète même de cette excitation.

Arrivé au check-in et pour un supplément de bagage, on accepte l'exception de l'exécution immédiate.

Le bagage à main devient des lors bagage supplémentaire sans plus.

On pèse 8 kilos au compteur. Il faut d'abord payer ce surplus.

Aille! Pour ce faire, il faut traverser l'aérogare. Le kilo s'avère des plus gourmand.

Neuf euros par kilo, faites le compte.

Retour au check-in. Sourire entendu d'un autre préposé qui veut bien remplacer le collègue à la pause pipi.

Retour définitif vers les entrailles de la terre avec ses escalators et ses tapis roulants.

Les scanneurs sont là. Plus léger cela passe.

La chaussure de mon épouse par contre est d'un intérêt particulier.

Je la retrouve pied nus en attente d'un retour espéré dans le plus bref délai.

Etait ce l'odeur qui avait attiré où excité les appareils, pensais-je.

Le détecteur de mensonge ne dit rien. Ouf, on passe.

Direction l'avion au plus vite. On arrive il reste à peine un quart d'heure.

Je frémis a l'idée de ce qui aurait pu se passer si notre chauffeur du matin n'avait pas pris la bonne décision.

Les "terroristes de pacotille" sont à bord.

Départ dans les temps.

En parlant de temps, les choses vont très vite se ternir.

Plus d'une heure de nuages qui lèchent méchamment nos ailes et cela secoue ferme.

La météo avait prévu un temps très mauvais.

Pas question de la contredire cette fois.

Sans calme, sans recueillement, nous sommes secoués et le déjeuner servi a la chance d'arriver à destination.

Les trous d'air ne sont pas que des trous, ce sont des bosses aussi.

Arrivée pourtant dans le soleil et dans les temps.

L'aventure, c'est l'aventure mais quant à la sauce Madère, je pourrai donner des leçons, cela se prépare en secouant très fort.

Je confirme. C'est le départ de vacances.

 

L'enfoiré.

 

A la sauce Panda, alors?

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