18/11/2009

L'art du jeu

Nous sommes déjà entrés par la grande porte du jeu de la loterie. A côté d'elle, à l'échelle nationale, existent bien d'autres moyens qui permettent de passer le temps agréablement ou de manière vraiment plus stressante. Le jeu a une histoire. Profite-t-il à nous mêmes ou est-ce pour un profit bien plus commun, plus trouble aussi?

 

L'art du jeu.jpgNous avons fêté le jeu par la Loterie à la suite de son 75ème anniversaire. Superstition aidant, vendredi 13 dernier, 15.000 euros de mise, plus de 7000 transactions s'ajoutaient toutes les minutes. Plus de onze millions, cela laisse rêveur. Cela a aussi créé un blocage du système et le lotto a perdu la boule. A l'occasion de l'anniversaire, à Bruxelles, un exposition "L'art du jeu" présente une collection de 130 objets, de tableaux, de sculptures et de documents historique. "Elle illustre le thème central de la fascination séculaire de l'homme pour le jeu de hasard, de l'Antiquité à nos jours", dit la publicité de l'exposition. Alors, remontons dans l'histoire.

L'histoire du jeu remonte vraiment à l'apparition de l'homme. D'abord très simple, le jeu s'est très vite complexifié pour grimper le jeu au niveau du culte, de la passion, de l'abrutissement, quitte à en devenir stressant.L'art du jeu10.jpg

Dérivatifs des esprits troublés par une situation difficilement supportable psychologiquement, les jeux de société, les jouets ne sont que le reflet de la réussite ou de l'inconfort de nos sociétés. Beaucoup de petites histoires, de légendes tournent autour des jeux.

Les Égyptiens auraient inventé une forme primitive du jeu de l'oie, les Grecs, les dames, l'Orient, les échecs, les Américains, le Monopoly en 1935, ... Pas de limites sinon l'imagination. Depuis lors, ce dernier jeu serait le plus vendu dans le monde avec ses 200 millions d'exemplaires à la disposition d'un demi-milliard de joueurs. Ce premier jeu "à devenir millionnaire" a rendu son mythique inventeur, Charles Darrow, (ou successeurs de Elizabeth Magie, 30 ans plus tôt) millionnaire en dollars de l'époque. Le Scrabble, en trouvant à placer ses lettres dans 29 langues différentes et 121 pays, suit immédiatement. En 1948, Alfred Mosher, alors au chômage, avait exploité sa passion pour les mots et développé le Lexiko ancètre du Scrabble.

L'art du jeu20.jpgLes Échecs, le maitre des jeux de réflexion et de stratégie rend ses plus fanatiques, fou des points ELO. Ce jeu reste le meilleur microcosme de vie pour apprendre à reconnaitre les forces et les faiblesses d'un adversaire dans une joute.

Le fameux "wargame" (jeu de guerre) effraie par son concept de simulation des batailles et des guerres.20081022Crise Paradis.jpg

Mais, il y a les jeux moins casse-tête qui n'entraîne que le porte-monnaie. On peut miser dans ces jeux,  y parier sur n'importe quoi, désormais. Les paris en ligne sont de ceux-là. En Europe, dix milliards d'euros en 2006 y transitaient. Au grand dam des Etats concernés, ses producteurs utilisent encore par des endroits comme Malte pour contourner la législation et échapper aux 30% des bénéfices à verser dans les caisses de l'État.

Jouons ensemble_licencié.jpgLa modernité d'Internet, les solitudes d'Internet cachent, dès lors, les vices les plus cachés! Tout se retrouve dans le virtuel, dans l'anonymat.

Deuxième business d'Internet après le sexe, le jeu pourrait le dépasser ! En temps de crise, on peut encore plus justifier de vouloir gagner le gros coup, vite fait.

Nous en sommes de plus en plus loin de cette idée de délassement apportée par le jeu. L'attirance de l'argent a pris le relais.

Le Nouvel Obs titrait récemment "Internet. Le tripot va s'ouvrir". Fini le le monopole du Loto et du PMU. Des dizaines de nouveaux acteurs - souvent proche de l'Elysée - se lancent dans les paris sportifs et le poker en ligne...". Alors, si l'Etat s'en mêle...

Ce sont des jeux de société dans lesquels il devient difficile de trouver une société. Comment exprimer sa joie ou son amertume devant une machine inerte et sans âme? La machine va dans son plus grand effort envoyer un cordial "Bravo" pour féliciter son joueur, mais à part cela ? La présence d'un "adversaire" de jeu, par son côté visuel, vocal, émotionnel si nécessaire dans les instants de mise en parenthèse de la vie est devenu bien absent. Pendant que nous séchons devant un coup à faire ou ne pas faire, la pub en coin aura eu, aussi probablement, l'occasion d'attirer le regard  sur autre chose et rien que cela aura justifié l'installation d'un jeu dit "gratuit".

Le Vif L'Express parlait récemment de la métamorphose des jeux vidéo et d'une année 2009 historique dans le domaine. Au Festival de Gamescom à Cologne, le 22 août dernier, on s'y pressait de partout pour s'exercer au Nitendo DSi. La version Go de la Playstastion, était annoncée pour le 1er octobre. Elle sera portable sous forme de jeux uniquement accessibles après téléchargements, était-il dit. "Aion, ton univers impitoyable". Bizarrement, la distribution en ligne ne s'est pas encore frottée à la loi HADOPI. Les nouvelles générations arrivent et se bousculent. La Playstation 3 Slim ne sera qu'un intermède avant la version 4.

Les adeptes de la joystick, n'en déplaise à certains, s'abrutissent par leur fanatisme. Les raisons de cette intoxication? Un esprit qui se veut jeune, poussé par l'obligation d'être dans le coup? La violence qui en fait partie ne me donne pas la confiance que l'on devrait trouver dans tous les délassements. Un "Questions à la Une" du 9 mai 2007 (vidéo) se posait la question "Les jeux vidéo forment-ils des meurtriers?". Serait-on dans la représentation de la violence gratuite pour associer, plus tard, les dérives du virtuel vers le réel? GTA, Manhunt, Dead Rising, ultra réalistes, permettent d'incarner ni plus ni moins que des « serial killers ». Rendent-ils agressifs? Les psychologues n'ont pas une réponse commune. Mais, la dépendance poussent ces pratiquants à accumuler les heures nocturnes jusqu'à en perdre le sommeil et écarte toute envie de s'adonner à toutes autres activités. Dérivatifs stressants à souhait et sans beaucoup d'intérêt, sinon tenir éveillé et stressé. La tactique se résume à sa plus simple expression et la réflexion n'est vraiment plus de la partie. Douze à vingt heures accrochés devant l'écran du PC force à penser que lui, au moins, restera toujours le plus fort.

Le replis et l'agression sont du parcours quand une discussion s'engage avec un "moralisateur" du jeu. Les jeux vidéos sont devenus les plus vendus sur les marchés. Ce qui rend, déjà, ce "moralisateur" sujet à caution. Les fabricants de ces jeux en veulent plus et ne cherchent pas, nécessairement, à attirer toujours d'autres consommateurs tels que des amateurs de devinettes, énigmes qui demanderaient trop de remue-méninges. Alors, on ratisse de plus en plus large, mais on ne rase plus  vraiment plus gratis. Douze milliards de dollars en 2008 aux États-Unis. Ce n'est plus Tintin qui a un public de 7 à 77 ans (pub probablement déposée), mais on espère atteindre un public de 6 à 60 ans, plus rentable. On va donc d'une version d'Alice détective chez Majesto Games à un jeu à coup de questions-réponses pertinentes à des âges divers bien ajustés chez Electronic Arts (Smarty Pants). On parle même de ces jeux comme remplacement des moteurs de recherches. C'est déjà un mieux par rapport aux jeux violents. Mais...

Peut importe les média utilisés pour y arriver. On peut, désormais, tout faire. A distance, par portable, pourquoi pas?

Nintendo est limité même si celui-ci fait un malheur dans les ventes. Les démons du jeu, qui se retrouvent parmi adultes et enfants, ont été envoutés par "World of Warcraft" (WOW) qui se joue dans le monde virtuel d'Internet où les abonnés vont pouvoir s'adonner 24h sur 24h. L'année passée, son éditeur, filiale de Vivendi, allait encaisser 400 millions d'euros (CD=45euros + 13euros par mois pour l'abonnement) parmi les cinq millions d'adeptes, anonçait-on. Vivre une vie en parallèle dans des personnages de fiction du passé avec des noms moyenâgeux, des avatars dans le monde d'Azeroth. Pièce de théâtre de drogués de jeux, dans laquelle, il n'est pas permis de laisser la vraie vie suivre son cours bien qu'on encourage, paraît-il, les joueurs à faire des pauses. Bien qu'interdit, un trafic d'objets virtuels existe bien et de l'argent bien réel entre en jeu. Un monde lucratif virtuel, parfois plus cruel, plus capitaliste que le réel, donc.

Une forme de jeu nouvelle vague (apparue en 2003) entre dans les dédales d'une "Second life". Univers de soleil et de couleurs mais qui se vit de nuit. L'"ancienne vie" est mise de côté pour faire place, cette fois, à un monde où tout le monde est beau, tout le monde est gentil. Écologique, le voyage n'existe plus: on se téléporte. Tous les phantasmes y sont permis déguisé par un avatar. Jeu de rôle théâtral, du style Mangas japonais, qui transgresse le réel sans avoir étudié les règles du théâtre. Encore marginal en Belgique (6500 adeptes), SL, sera-ce le nouvel opium jeune où il faudra être présent pour exister ?

S'il s'agissait d'étudier de recréer l'histoire par le jeu, il n'y aurait pas de risque en la demeure. Mais, le goût ou l'esprit guerrier serait moins appréciable et pourrait trouver une finalité dans d'autres environnements beaucoup moins pacifiques.

Pour les grands consommateurs du réels, il y a les machines à sous. Deux casinos, déjà, au centre de Bruxelles. Serge Minet, thérapeute clinicien, responsable de la clinique du jeu pathologique au CHU Brugman (auteur de «Le plaisir du jeu : entre passion et souffrance : La joueuse») crévelait le caractère de danger dont on ne peut encore estimer les effets. La fraicheur de l'événement d'être la seule ville à avoir ce dérivatif dans son sein empêche les statistiques fiables. On dénombre 100.000 Belges "passionnés" par le jeu. 15% d'entre eux sont clairement "à risque". Il parait que les Belges sont de plus en plus accros aux jeux. Les jeux à effets immédiats par le gain ou la perte (Presto) sont évidemment plus dangereux. Mais, tout jeu comprenant une récompense en argent peut être considéré comme des "toxiques" à risques comme les drogues douces ou fortes par la dépendance qu'il entraine. Jouer, cela n'est rien. C'est rejouer qui est le problème majeur. Le joueur "mordu" va jurer qu'on ne l'y prendra plus à son entourage, mais, en le disant, il se lance dans le parjure. L'excitation face aux machines à sous est trop forte. Les thérapies habituelles sensibilisent et forcent à parler de leur vice en voulant être solidaire. Un profile pathologique a été dressé en 2005 par la Commission des jeux de hasard. Le rapport qui en a été fait ne manque de soulever le problème des troubles psychologiques et compulsifs perçu par l'anxiété et la dépression des accros. Le sur-endettement et la contagion chez les proches dans le vice ne trouvent de solution que par l'abstinence complète et l'interdiction d'accès aux tables de jeux comme il serait fait pour une drogue forte.

Plus il y a de l'argent à la source et plus, il y aura de candidats à l'accomplissement du vice. Ce qu'on appelle les drogués du jeu se retrouvent dans toutes les classes sociales. Le casino est leur refuge de prédilection. Darry Cowl avait demandé aux casinos qu'il fréquentait de lui en interdire l'accès. Ce réveil n'a pas été automatique et a nécessité de l'aide de son entourage et une thérapie de psychanalystes si cela ne suffisait pas. Les machines à sous génèrent une addiction telle que 300.000 personnes sont "accros" en France d'après de statistiques récentes mais certainement incomplètes. Certains joueurs repentis ont entrepris des actions en justice contre ces casinos pour leur manque de prévention et de précautions prises vis-à-vis de leurs "victimes volontaires". Arrivé au stade où le joueur ne peut s'arrêter. Il est, alors, difficile de s'apercevoir qu'il perd jusqu'à son instinct de conservation. Dans cette spirale, le domaine du jeu est passé dans celui de la roulette russe. Les innocentes cartes de jeu et les dés arrivent vite à passer la ligne verte. Ils se faufilent dans les poches avec trop de facilité même s'ils affichent une popularité qui ne s'émousse jamais. Grâce au hasard, au bluff et à la stratégie que le jeu de cartes demande, le poker est un phénomène de société qui traverse le temps. Poussé par le showbiz, 80 millions de joueurs réguliers est en augmentation. Prochainement, une nouvelle loi belge va mettre le holà à des parties clandestines qui se terminent parfois très mal.

On pourrait croire que les attrait des relations humaines ne font plus recette. Heureusement, il y a les jeux traditionnels à l'ombre, à la maison ou ailleurs. Jeux sans gagnants ni perdants et qui font participer les joueurs en coopération par le besoin de relations humaines qu'ils procurent. Les jeux de rôle ont pour objectif de défendre ensemble une position dans "Les Chevaliers de la table ronde" ou "Donjons et dragons", par exemple. Plus besoins nécessairement de récolter des points ou de faire plier un adversaire. Il s'agit, plutôt, de faire partie d'un univers imaginaire.

Après les effets pervers, du côté des bons points, car il y en a, évidemment, ce sera un meilleur apprentissage de la complexité par le jeu, parfois un microcosme de la vie réelle. Constater la facilité des tout jeunes faces aux ordinateurs. Pour eux, le jeu a été l'initiation naturelle qui fait la différence par rapport aux séniors. Jeux d'acteurs, aussi, dont le joueur ne serait que l'un des personnages du scénario.

Les jeux éducatifs existent, mais, il est avoué, qu'ils n'attirent pas les foules. Peut-être un manque de bon scénario?

Exorciser nos pulsions primaires, les transgresser, pour fonction du jeu vidéo? Peut-être. Tout dépend du joueur, lui-même. S'il est seul, en permancence, face à un écran, cela ne devient pas nécessairement du jeu. Un paliatif, du temps perdu sans dépense physique du corps, très certainement.

20071121R Jeu de l oie.jpgLe jeu dévoile toujours son caractère. Ne réussit pas qui veut quand il s'agit de lancer un coup de bluff au poker ou lors de la recherche d'un emploi.

Quant à moi, je parle de jeu et pourtant, je suis loin d'être ce qu'on peut appeller un "joueur".  Je suis probablement complètement dépassé par l'actualité.

Sur mon PC, ce sera très difficile de trouver beaucoup de programmes qui font partie de cette catégorie. S'ils sont là, c'est qu'ils y étaient au départ. Je n'ai jamais voulu frapper mon supérieur dans le réel, alors dans le virtuel, je n'y aurait pas même pensé...

La tombola n'est pas mon truc. Les lotos qui fleurissent de temps en temps, n'ont vraiment pas eu l'art d'attirer mon attention. J'ai, même, du mal à définir les règles du jeu qui alimentent toutes les cases de ces petits billets qui permettront en principe à l'un des joueurs de sortir gagnant de sa condition à bon compte, si l'on en croit les annonces de la publicité.Devenez Scandaleusement Riche.jpg

Il y a quelques années, j'ai eu l'occasion de passer deux jours à Las Vegas. Selon les statistiques, que l'on m'a données, seulement 2% des visiteurs ne touchent à aucune machine à sous pendant leur séjour. Je me retrouvais, sans le savoir, dans cette minorité.

Donc, désolé, c'était mal parti que d'en parler, je l'avoue. Vous aurez, probablement, d'autres expériences plus passionantes à raconter.

Le jeu ne sert pas qu'à jouer, à se faire plaisir, à faire passer le temps agréablement. Ne pas le savoir, c'est répondre, sans réfléchir, aux désirs de quelques uns de plus intéressés aux grands jeux. Ne pas se le rappeler, jouer, deviendrait  dans ce cas, à une perte de sa liberté.

Le jeu en vaut-il la chandelle? Si la mèche n'est pas trop chaude, oui.

Alors, sera-ce, les jeux sont faits: perd, impairs et ... trépasse ou voulez-vous jouer avec moi, ce soir?

 

L'enfoiré,

Des gagnants ou des perdants sur Agoravox?



Citations :

  • "On ne réalise vraiment que l'on a perdu à la roulette qu'une fois sorti de la salle de jeu, pas à l'intérieur.", José Artur

  • "La partie la plus cérébrale du jeu - de beaucoup la plus importante - demeure invisible ; c'est donc que le muscle y sert d'écran à l'intelligence", Pierre de Coubertin

  • "Le jeu permet de tout oublier, y compris qu'on n'a pas les moyens de jouer", Philippe Bouvard

 

12/10/2009

L'Economie sous le feu du Nobel

L'économie devait subir les contre coups de ... l'Économie. Le Prix Nobel de l'Économie devait être attendu au coin de la réflexion cette année après la crise qui a failli faire imploser notre monde par l'effet domino.

L'économie sous le feu du Nobel_Cristal.jpgCe 12 octobre, le Prix Nobel de l'Économie est tombé... en retard sur l'horaire.

Il s'agit d'américains, une femme (pour la première fois) Elinor Ostrom et Oliver Williamson pour leurs travaux sur la gouvernance économique. lls n'étaient pas dans la liste des candidats présentis. Travaux sur la gouvernance qui démontrent l'efficacité des entreprises et des associations locales. Doutes sur l'efficacité des marchés. Plus de pouvoirs aux communautés publiques ou privées pour agir vite et à moindre coût. La gestion des conflits par l'utilisation des hiérarchies. Limites des trop grandes entreprises impactées par les fusions.

Elinor Ostrom, de l’Université d’Indiana (centre), « a démontré comment les co-propriétés peuvent être efficacement gérées par des associations d’usagers », précise le comité.

Oliver Williamson, de l’Université californienne de Berkeley (ouest), « a montré que les marchés et les organisations hiérarchiques, à l’image des entreprises, ont des structures de gouvernance alternatives qui diffèrent dans leur façon de résoudre les conflits d’intérêt ».

Elinor Ostrom est optimiste si pas admiratrice de la méthode chinoise.

Le point de départ de Williamson et de la TCT (Théorie par Coûts de Transactions) est de postuler que toute transaction économique engendre des coûts préalables à leur réalisation : coûts liés à la recherche d'informations, aux "défaillances" du marché, à la prévention de l'opportunisme des autres agents etc.

Ce prix de l'Economie cloturait comme toujours les Nobel. Il n'existait, d'ailleurs, pas dans les projets d'Alfred Nobel. Pas de Nobel des mathématiques, non plus. En 1969, il est créé sur les recommandations du Gouverneur de la Banque de Suède, la plus ancienne banque centrale du monde. Derrière elle, très certainement, une envie de mesurer cette économie pour l'améliorer et pour rechercher les meilleurs moyens, les plus performants d'augmenter, toujours plus, la compétitivité, au besoin avec cynisme.

Cette fois, on l'attendait, ce prix de l'Économie, si pas avec impatience, avec beaucoup de curiosité. L'histoire officielle récente a secoué les habitudes et la routine. Les questions étaient nombreuses. Allait-on ronronner comme d'habitude? Allait-on connaître les moyens d'éviter une nouvelle crise ou faire fondre les grandes disparités de notre monde par des formules "savantes" de solidarité? Comment sortir des exceptions alors que tout est prévu pour les protéger comme les paradis fiscaux?

Il fallait changer les idées et les conclusions, souvent prises dans les périodes d'euphories jusqu'en mi-2008. C'était sûr.

Le Nobel de la Paix n'a peut-être jamais été aussi proche ou même intégré à celui de l'Économie.

Qu'est ce qui fait un Nobel de l'Economie?

20091011Nobel Pais.jpgDans mon article, "Et la raison fut", de l'année passée, je reprenais quelques constatations et erreurs du processus de modélisation qui n'étaient pas adaptés aux réalités plus complexes. Mettre le futur en formules s'est montré très hasardeux. Faute de paramètres oubliés ou mal interprétés par leur importance, on arrive parfois à "adoucir" des courbes graphiques de l'évaluation des risques. L'effet levier et l'effet domino passent souvent au second plan des réalités. Le modèle brownien sous-estime complètement ces effets vitaux analogiques et par là, humains, totalement en dehors de la relation avec le numérique. Se baser sur le jeu, pour parallèle, comme cela l'a été fait, pouvait donner des surprises que l'on n'oublie pas quand on perd et fait rêver quand on gagne.

L'Economie n'est pas une science exacte.

Une science? Le Robert dit "'ensemble de connaissances, d'études d'une valeur universelle, caractérisées par un objet (domaine) et une méthode déterminés, et fondées sur des relations objectives vérifiables".

Relations objectives vérifiables? Tout dépend de ce que l'on en fait. L'homme passe très vite du rationnel à l'irrationnel.

Le prix de 2008 par Paul Krugman prêterait à sourire. Paul Krugman analysait la mondialisation des capitaux et de la main d'œuvre. Je rappelais ce détail: cet économiste de gauche n'hésitait pas à dire : "Croire qu'il suffit d'aligner la rigueur budgétaire, l'orthodoxie monétaire, la logique antiétatique pour conduire au succès économique, tient de l'hérésie". Cela a, plutôt, un goût de réchauffé aujourd'hui.

Si on remonte à 2003, ce n'est plus sourire mais franchement rire des théories de Robert Engle et de Clive Granger qui étaient récompensés par le prix Nobel de l'Économie grâce à leur analyse sur la fiabilité des prévisions économiques. LOL.

Joseph Stiglitz avec son "nouveau keynesianisme" a reçu le prix en 2001 et reste écouté, encore aujourd'hui, avec beaucoup d'attention mais plus comme un Messie que comme un rêveur socialisant. L'économie du développement par l'obtention de l'information et par son traitement ne suffit plus. Le salaire de l'efficience pour optimiser le profit n'est plus respecté ni dans un sens ni dans l'autre. Pas plus d'ouvertures entre le haut et le bas de l'échelle des valeurs au niveau mondial.

Son adversaire, patron au FMI,  Kenneth Rogoff, dit "Les humains sont d'une arrogance ! Lorsque tout va bien, ils oublient l'histoire et pensent que cette fois, les choses vont tourner différemment".

Quels étaient les candidats, cette fois?

Ce n'est pas comme les prédicateurs tel Nouriel Roubini qui avait lancé la sonnette d'alarme en premier, qui apporterait la solution miracle. Il fallait rester positif et pas se transformer en Cassandre dès les premiers signaux qui pouvaient être aussi mal argumentés ou trop liés à la boule de cristal. Il faut apporter des raisons, des corrections, des solutions, construire et pas seulement détruire.

Ernst Fehr et Matthew Rabin suivaient l'économie comportementale avec la psychologie et la sociologie comme fil rouge.

William Nodhaus et Martin Weitzman faisaient la relation entre l'économie et les changements climatiques.

Récompenser pour la remise en cause des modèles dominants pouvait s'imaginer.

Jean Tirole, Robert Shiller sont dans la veine de Krugman en généraliste de l'économie.

Tony Atkinson pourrait-il tirer des conclusions efficaces sur la seule question des inégalités?

Le capitalisme et le libéralisme ont, tous deux, été montrés comme les responsables de la chute vertigineuse de nos économies. Toute la planète a subit une hécatombe de crises successives: immobilières, financières, commerciales, sociales et j'en passe. Reprendre des vieux trucs du passé, Plan Marshall, New Deal, Bretton Woods, ne permettent pas, sans une réactualisation, bien adaptée aux réalités d'aujourd'hui, d'assurer la réussite.

Milton Friedman, à sa mort , était baptisé par "The Economist", comme l'économiste le plus influent du 20ème siècle et des autres. Il ciblait son action sur la quantité de la monnaie en soutenant les taux de change flottants qui étaient à la base de la dérégulation des marchés financiers. Maîtriser l'inflation. comme l'ennemi numéro un.  Il a avoué qu'il s'était trompé. La mondialisation et les produits à bas prix en provenance des pays à bas salaires a contrecarré l'inflation. Bretton Woods qui poussait à alimenter la planète de dollars a fait plongé le déficit des Etats-Unis dans les abîmes d'un déficit structurel. La convertibilité du dollar et les taux de change fixes ont sauté en 1973. La volatilité des monnaies a poussé à se protéger contre les fluctuations et par extension, à la spéculation. Aujourd'hui, 80% des transactions financières ne sont plus que des allers et retours dans une même semaine. Alors, une taxe Tobin, pour inverser la vapeur?   

20081014Crise sauvetage.jpgCombler les trous, les déficits en catastrophe pour ne pas plonger corps et biens, a été la solution "save", mais toujours à posteriori , réactive plutôt que proactive avec véritable plan de bataille dans le parfait accord mondial. La plupart des crises qui feraient sombrer l'ensemble, sont passées. C'est le moment d'analyser, de synthétiser pour espérer des ajustements et un avenir plus radieux. On reparle même de pertes de valeurs morales plutôt que financières auprès des jeunes qui ne voient plus l'argent comme une source de bien être mais comme une pierre qui fait sombrer le bateau corps et biens. Les problèmes écologiques ont aussi apporté une impression de mauvaise conscience.

Comment tout changer, sans tout bouleverser et revenir à la case départ?

Modéliser les corrections au "système" pour supprimer un risque d'une autre crise encore plus désastreuse?

Les modèles en économie ne sont pas une affaire de modes. Il a ses principes et règles.

Mais, l'économie réserve des surprises qui n'obéissent jamais totalement au passé. Alors...

L'économie sous le feu du Nobel_Bruchon.jpgEt si je reprenais un billet de l'année passée de Paul Hermant, journaliste à la RTBF, qui avait cette chronique philosophique, il y a déjà un an et qui rassemblait les événements avec une vision décalée mais qui ne pouvait pas voir avec la distance du temps:

"Il est question du présent qui n’est jamais actuel, du passé qui vient trop tard et du futur qui arrive trop tôt…Cette question revient de savoir pourquoi, nous autres qui sommes gens postmodernes, sommes tellement désireux de disqualifier notre passé, de le flétrir, de l’abîmer. .... Tout se passe comme si nous avions besoin de rendre notre passé suspect — comme si nous n’avions pas vécu ce que nous avions pourtant cru vivre — pour nous convaincre que l’avenir est décidément plus vivable que ce que l’on nous dit et que tout ce qui est annoncé aujourd’hui à son propos est sujet à caution. Il est vrai que nous allons sur ces questions de dates butoirs en dates butoirs. Et l’on ne peut s’empêcher en égrenant ces échéances ... de nous rendre malgré nous à une sorte de millénarisme consenti car voilà : nous en sommes aujourd’hui à programmer une fin tous les jours, le pétrole, les abeilles, l’archipel de Tuvalu, etc…De sorte que dans cette querelle entre un passé indésirable et un futur non désiré, c’est finalement le présent que nous ne voyons plus. Nous n’avions pas vu, par exemple, que les banques étaient une espèce menacée de disparition."

L'économie sous le feu du Nobel.jpg

"Le Nobel a une jeunesse éternelle" constatait mon journal. Qui dit jeune, dit malléable. Rien d'immuable, donc, derrière des formules. Si à la foire, nous aimons tout ce qui augmente l'adrénaline, nous aimons le suspense, à être surpris, il ne faudrait pas pousser trop loin cette envie. Tous n'y survivraient pas.

On est bien loin de la solution humoristique de Raymond Devos "Si on veut avoir un peu d’argent devant soi, il faut le mettre de coté".

Si, avant hier on disait, "Rien ne se perd, rien ne se crée". Hier, "Tout évolue, tout change, tout se déplace". Aujourd'hui, on constate, après coup, que changer, c'était surtout de poche.

La gouvernance méritait une analyse plus fine dans tous les domaines de son pouvoir.

La méfiance envers l'Économie augmentait car elle décevait. Des groupes se sont formés. Ce ne sont plus des Economistes, à part entière. Le cercle s'est élargit à des penseurs. Il s'appelle, parfois, d' INET ("Initiative for a New Economic Thinking").

Il s'agit de partager l'information de haut en bas de la hiérarchie. L'information asymétrique ne fonctionne plus. Les marchés ne peuvent plus fontionner parfaitement sans observer un recul. Réguler, oui. Mais avec tous les éléments, tous les artifices en main. Réguler les produits, aussi. La modélisation en réseau avec interactions des marchés et du monde du travail en son complet. Complément de l'un par l'autre.

Jacques Attali préconise sept remèdes miracles: le respect de soi, l'intensité, l'empathie, la résilience, la créativité, l'ubiquité et  la pensée révolutionnaire.   

Derrière la méfiance, d'autres se nomment, désormais, "Objecteurs de Croissance".

Peut-être, le Nobel de 2010?

Sacré Nobel...


L'Enfoiré,



Citations:



  • « Le prix Nobel, c'est une bouée de sauvetage lancée à un nageur qui a déjà atteint la rive. », George Bernard Shaw

  • « Se donner du mal pour les petites choses, c'est parvenir aux grandes, avec le temps. », Samuel Beckett

  • « Un prix Nobel a décrit le bonheur comme étant l'accomplissement de plus que ce que vous n'étiez en droit d'espérer. », Anonyme


30/09/2009

Diviser ou multiplier?

Mettre le voile au vestiaire ou se voiler la face devant des problèmes identitaires. Voilà la question qui se posait après les manifestations de plus en plus tendancieuses porté par une foule de positions religieuses ou autres. Un philosophe était de la partie dans la discussion. Profitons-en pour ouvrir celle-ci et pour relier l'analogique au numérique.

20090820Afganistan élections.jpgAprès la France qui avec un esprit républicain avait accepté le voile mais mettait la burqa sur la sellette du questionnement. La Belgique reprenait la question de l'acceptation du voile à l'école. Le MR belge demandait d'interdire le voile et tout signe religieux à l'école au moins jusqu'à l'âge de 16 ans.

Le 22 septembre, le philosophe Guy Haarscher était interrogé à la RTBF sur l'interculturalité. Il faut apprendre à vivre ensemble, était sa conclusion. Il pilote des Assises de l'interculturalité. Une nouvelle tentative de rapprochement dans notre pays qui se paye une capitale baptisée comme un laboratoire de l'Europe.Multiplier ou diviser.jpg

Les religions prêchent à la multiplication, alors qu'elles cherchent à diviser les peuples entre les bien aimés de différents Dieux et de ceux qui n'en seraient pas.

Pour réussir une intégration, dit Guy Haarscher, il y a deux conditions:

1. éviter le racisme "qui existe des deux côtés", également dans les minorités.

2. lutter contre l'intégrisme religieux "car quand il y a des problèmes, quand il y a des conflits, quand les gens sont dans une position de vulnérabilité, ils sont captés par des groupes intégristes".

La laïcité serait un modèle à préserver en l'état pour tout le monde. "Laos veut dire peuple. L'État est l'état de tout le peuple et pas seulement ceux qui pratiquent une religion ou une autre. Cela a été un grand combat en Belgique contre la domination du catholicisme. La laïcité est la liberté pour chacun. Mais pour ça, il faut éviter que les religions, d'où qu'elles viennent, ne recolonisent l'Etat", concluait-il.

"Laïc, c'est le hic" écrivais-je, un jour. Être athée ne veut pas dire être laïc, m'avait-on rappelé à l'époque. 20090622Iran circulez.jpgOk. Mais... « L'église ne reconnaît qu'une sorte de laïcs : les siens. », disait Carl Dubuc

"Il faut être ferme contre les pratiques racistes et contre l'intégrisme", ajoutait le philosophe en prenant la position d'interdire le voile à l'école. Là, se trouve la véritable nuance.

Ici, ce philosophe prêche pour la non-reconnaissance d'une appartenance à une religion, au moins pendant les premières années de la vie d'un enfant. Assez normal de ne pas être embrigadé pour un adulte en formation.

Je ne vais, pourtant, pas reprendre le flambeau de cette discussion, trop présent dans tous les médias pour en remettre une couche. Les représentations vestimentaires, comme la mode ont déjà pas mal de points d'interrogation dans l'histoire. Cette pièce de tissu cache la femme du plus simple au plus intégriste par hidjab, jilbab, tchador, niqab, burqa. De moins en moins, ouvert vers l'autre. Les témoignages féminins se retranchent, derrière la Foi, les convictions ou la culture pour expliquer leur décision tout en se voilant la face.

Mais ne nous voilons pas la face et cette fois dans sa version au figuré. Nous nous retranchons derrière une foule de barrières.

Question: Sommes-nous prêts à nous aimer ou au contraire, nous écartons-nous de plus en plus d'une volonté de communion des peuples derrière nos frontières rikiki? Beaucoup d'éléments perturbateurs à l'amour entre les hommes sur le chemin de l'intégration. 20090813Birmanie.jpgLes frontières existent bel et bien. Même l'idée de la nation ne suffit plus. On pense, désormais, régionaliser à sous-régionaliser, en espérant se placer plus près des convictions des gens, plus en relation avec leur culture propre, plus en relation, aussi, avec ce sol qui a vu naître ses propres contemporains, concitoyens, plus en communion avec notre enseignement spécifique. Les langues, aussi, s'attachent comme une colle indélébile et invisible à nos envies de reconnaissance. Tout est aussi en place dans l'environnement pour séparer: les idéologies, le pouvoir d'achat, les religions, les symboles... Tout divise pour empêcher les contacts plutôt que de les multiplier.

Personne n'est le clone d'un autre. C'est notre haut degré de complexité qui veut cela. Similaire, mais jamais totalement identique. Mais, c'est un pluralisme d'idées, une richesse, dit-on. C'est très probablement vrai, mais, c'est aussi un grand défit qui ne trouvera son échappatoire qu'avec l'effort de chacun.

Déjà, au niveau de base, dans l'entité familiale, garder 'l'église au milieu du village", suivant l'expression consacrée, cette richesse peut être une affaire de discussions opiniâtres.20090503LiberalSocialiste.jpg

Voilà, que le besoin d'écologie, lui-même, entrave le rapprochement physiques entre les hommes en espérant réduire les déplacements à des limites congrues à vélo, mais sans frais énergétiques. La Nature est à considérer comme un interlocuteur de poids. Elle impose ses ressources limitées et tout le monde est concerné. Le "Syndrome du Titanic" présenté par Nicolas Hulot, ce dimanche 27 septembre, le rappelait avec force telle qu'une contrainte planétaire. Le but, d'après lui, c'était de préparer le terrain avec une neutralité non partisane pour rechercher le plus d'efficacité. La culpabilité n'existe pas hier, on ne savait pas. Elle commence aujourd'hui, disait-il. Donc, chacun devra inventer à sa manière le choix de son renoncement par rapport au passé.

Le "divide ut imperes" (diviser pour régner) serait-il, donc, condamné à exister pour expliquer cette séparation entre les peuples. Les politiques, sans le dire, aiment cette maxime. Ils ont leurs propres lois, leurs propres règles de fonctionnement. Dresser des frontières, c'est installer, en définitive, plus de dirigeants à la tête de chacune des entités.

Si d'un autre côté, les villes rassemblent les peuples, elles en deviennent tellement grandes que l'éloignement entre ses membres en devient trop importante. Le mondialisme et le commerce se prêtent à l'ouverture et les échanges entre les peuples mais ne permet pas les échanges sociaux de base de vie. Basé uniquement sur le modèle financier, il a aussi raté son but.

Obama dans son discours à l'ONU, avec son éloquence bien connue, allait dans le sens de l'intégration au niveau des nations par ces mots "une nouvelle ère de coopération multilatérale, basée sur un intérêt et un respect mutuels". Pourtant son éloquence ne suffit pas ou demanderont un effort pour trouver le bénéfice commun, s'il existe était-il ajouté. Le ministre des Affaires Etrangères belge, Yves Leterme avait, dans son discours, quelques mots empruntés à Obama et en avait d'autres plus spécifiques, mais cela sonnait juste. Il reprenait pour commencer les paroles de Jean Monnet "Rien ne se crée sans les hommes. Rien ne dure sans les institutions" avant de précher pour un multilatéralisme inclusif dans le respect de la dignité humaine et la lutte contre la prolifération. Il ne manquait pas de relever les lacunes de l'ONU, par son manque de rigueur et de transparence. Bruxelles est reconnu comme le laboratoire de l'Europe en ce qui est de l'intégration multiple. La coopération multilatérale et consensuelle devient un must pour ne pas exploser.

Très récemment dans l'échelle humaine globale, Internet a fait une percée inattendue pour rassembler les hommes de la terre de manière virtuelle alors qu'ils n'auront jamais l'occasion de se rencontrer physiquement dans le réel.

On fête, cette année, le dixième anniversaire des Blogs. Ils préparaient cette ouverture par la présentation de l'égo des participants. Les forums ont extrapolé en recentrant les discussions. Les réseaux sociaux complètent le processus en mélangeant les deux aspects en ouvrant des amitiés souvent fictives mais réelles dans leur finalité de rapprochement et des connexions en réseaux dans une grande Toile. La demande augmente en permanence, preuve du succès, même si le système, lui-même, reste soutenu par des règles du commerce.

Les forums ne peuvent plus se complaire par des monologues comme au temps du livre et du journal à sens unique. Le droit de réponse existe, cette fois. Sans un rythme de croisière de questions-réponses, le forum terminerait sa course prématurément. Il s'agit maintenant d'écouter attentivement ses amis et ses ennemis de convictions dans un processus fusionnel en apportant son expérience. La dérive serait la foire d'empoigne. Seule l'intégration, bien comprise, de tous les paramètres, de tous les facteurs dans un consensus sans compromission aura, en définitive, un droit de cité pro-actif. Le gourou tentera encore d'en imposer, mais il sera bien vite reconnu comme tel et remis à la place qu'ils n'auraient jamais dû quitter. Ce sera le retour nécessaire des candides avec leur propre interprétation, qu'il faudra aussi prendre en compte. Une sorte de polythéisme renaît de ses cendres sous cette forme. Chacun, adulte et critique, à la fois dieu, serviteur, régulateur de ses propres phantasmes.

Le monde se freinera, peut-être, par cette nouvelle démocratie tout azimut mais il en crèverait de presser sur le champignon en ne comprenant pas le besoin de consolidation des opinions.

Revendiquer d'exister en entité unique, mais à l'intérieur d'une toile et d'un réseau d'idées. 20090809E18 travaux.jpgTout un programme !

Une nouvelle interprétation de l'égocentrisme? Non. Il y a bien une obligation de répondre au besoin naturel de préserver son corps et son esprit dans un jeu de quilles avec des interconnexions. Chacun, seul devant son destin, mais en interaction qui rend responsable envers les autres et ... soi-même dans un monde complexe.

Alors, il y a nos peurs qui sont toujours là. Le magazine "Psychologies" en parlait de celles-ci dans son magazine de septembre. Nos peurs seraient, statistiquement et dans l'ordre dégressif, dues à la pensée que nos enfants ne seraient pas heureux, de la maladie, de la dégradation de l'environnement, du chômage, du manque d'argent. On ne trouve pas la peur de vivre en société dans la liste. Elles seraient, donc, plus portées par l'imagination que par la réalité. Alors, il y a les palliatifs. La recherche scientifique et la Foi en Dieu arrivent comme secours avec le fatalisme comme pilule de l'ignorance des réalités.

20090516Pape retour.jpgEt si, pour une fois, nous étions las d'entendre d'un côté "C'est normal, c'est l'évolution de l'espèce qui veut cela" et de l'autre "C'est normal, c'est Dieu qui veut cela", comme s'il n'y avait jamais aucun responsable et que nous n'y sommes pour rien et que nous n'y pouvons rien.

Exister, par nous mêmes et pour nous mêmes.

L'effet Papillon n'est pas un mirage. La physique quantique en apporte une preuve, par l'absurde.

Intégrisme, que cette volonté d'être unique? Non. Cette volonté, si elle existe parfois, se vera vite canalisée, récupéré par plus intégriste, encore. Heureusement, elle ne va pas jusqu'au bout de ses ambitions. L'homme reste un animal grégaire mais pas de manière illimitée. 20090629Jacqson mort.jpgIl aime exister en solitaire mais c'est dans un groupe solidaire qu'il se sent le mieux. Mais, ce n'est pas en "meute" qu'il exprime son identité.

L'anthropomorphisme dévie notre vision avec les réactions bizarres des animaux, conformes pourtant à un protectionnisme naturel de groupe ou dans une entité familiale. Mais elle peut aider à comprendre les différences. Nous nous enorgueillissons avec quelques neurones en plus, d'exprimer nos conclusions.

Le 25 septembre, ARTE se posait la question "L'intelligence collective, une spécificité collective?". L'émission s'intéressait à certaines formes de collectivités manifestées dans les airs par les vols en groupe des sansonnets, par les dérives des épinoches dans les mers et par les fourmis sur terre. Les buts essentiels de cette manière de vivre étaient la recherche de nourriture et de se protéger des prédateurs. Organisations relativement simples dont les interactions concertées de changement de directions se régulent par l'imitation des mouvements des congénères les plus proches. Tous égaux dans cette organisation.

Nous nous distinguerions des animaux par le fait que certains individus, plus complexes ou évolués que ceux du groupe, existeraient pour que la masse aime les hiérarchies et réagir en fonction d'un entourage plus vaste et accepte des idées qui passent le mieux dans leur ensemble.

20090930Planski story.jpgCela va de croire à un modèle prédéfini, inculqué, médiatisés parfois à outrance, par un copier-coller auquel il faut se conformer pour suivre une vieille histoire d'obéissance du système animal de transfert d'informations de génération en génération.

En contradiction avec les animaux qui agissent par interactions, c'est par l'intermédiaire de représentants, d'idoles ou de mentors qu'il sort sont épingle du jeu plutôt que par l'expérience personnelle qui reste la minorité. Critiquer les idoles, alors, c'est sortir du bois, prêt à en découdre.

Serions-nous dans une phase de transition par le besoin d'en comprendre les mécanismes et les risques par l'étude des... robots? Différence majeure avec le cas de ces animaux, c'est d'être sorti de cette proximité, cette convivialité à petite échelle de l'environnement immédiat pour passer à une approche mondiale de tous les systèmes dans une intégration globale.

Internet aurait donc ouvert une boîte de Pandore pour assurer la sécurité et le développement durable de l'ensemble. L'organisation se cherche entre programmé et auto-programmé en cherchant une sagesse de groupe et en évitant au mieux les turbulences par la prudence. On a pu remarquer l'année passée que l'auto-régulation pure et dure dans le domaine des finances est dangereuse et contre productive.

Alors, pourquoi pas vivre sa vie, en cherchant sa propre vérité par l'expérience permanente, en être éternel insatisfait, sans dogme? En découvrir les risques, les erreurs et avoir le courage de le reconnaitre dans la confrontation avec les autres pour les corriger en sera probablement l'autre phase.

20090512Pape en Israel.jpgPlus question de résoudre l'équation en divisant par l'utilisation de la fausse multiplication.

Multiplier, c'est pour accélérer le mouvement. Diviser, c'est pour le freiner. Donc, incompatible et antagoniste.

Certaines religions se présentent en défenseur de la multiplication mais n'en assument pas les conséquences ou se cantonnent à une ségrégation vis-à-vis de ceux qui ne feraient pas partie leur Arche de Noé.

Pour parler savant, face aux fonctions, la solution ne serait plus de parler de dérivées mais d'intégrales. Dans le langage photographique, passer de l'analogique, de l'argentique au numérique. Notre époque se veut de plus en plus complexe. Cela ne veut pas dire qu'il faille masquer notre incompétence à l'assumer en restant derrière un défaitisme de consensus mal analysé. Vivre en autarcie n'est plus de mise. Le monde, devenu village. Il faudra, donc, de plus en plus apprendre à vivre ensemble.

Question d'aptitude à l'ouverture nécessaire pour trouver l'association et les liens. Question d'aptitude à une écoute attentive, plus de temps à consacrer à sa compréhension et par un retour du miroir sur soi pour en fusionner les conclusions. La Loi d'entropie rappelle que le chaos est au bout sans un peu d'ordre dans un melting pot. On ne change pas efficacement les autres. On se change soi.20090927Louis Michel ONU.jpg

Le « happy end » est l'objectif final. Il existera, si on le veut, un peu, beaucoup ou passionnément. Nous le valons bien, comme dirait la pub. Donc, autant participer à l'objectif et à son destin loin de la réédition de "L'apocalysme".

Le changement est heureusement dans l'air. L'histoire rappellent les erreurs du passé. Le futur contiendra les découvertes d'aujourd'hui.

Tester pour trouver le chemin le plus pratique, le plus adéquat à toutes situations du moment et de demain. Diviser les problèmes pour en multiplier les intérêts personnels en communs dans l'harmonie comme seule valeur universelle de vie de l'homme.

« L'expérience est dans les doigts et dans la tête. Le cœur n'a pas d'expérience. » écrivait Henry David Thoreau.

Un kōan le confirmait par la culture japonaise, "Toute chose n'est connue que parce que l'on croit la connaître".

Entre multiplier et diviser, il faudra choisir avec une nouvelle règle à calcul.

L'Enfoiré,

Agoravox multiplie ou divise?

Citations extraites du seul livre de Bernard Werber "Le Mystère des dieux":

  • « Nous ne sommes que des pièces d'un jeu qui nous dépasse et qui n'existe que pour amuser les dieux »

  • « Ce n'est pas parce que vous êtes nombreux à avoir tort que vous avez raison »

  • « A force d'être libre on finit par être seul »

  • « Tant que les dieux étaient immortels, leur vie n'avait pas de sens".

23/09/2009

Robinson cambré cherche Vendredi

Le 27 aout,  le "Journal des vacances" de la RTBF l'annonçait aux actualités: le Chalet Robinson est reconstruit. L'envie pour jouer à Robinson sans quitter Bruxelles, tous les Bruxellois le connaissaient au cœur du Bois de la Cambre sur l'île du même nom. Souvenirs d'enfance et histoire déjà longue de ce bois de la Cambre créé sur une petite partie de l'espace de la Forêt de Soignes.

Robinson cambré cherche Vendredi9.jpgFait divers local, par excellence? Pas vraiment.

Pour le Bruxellois, le Bois de la Cambre représente beaucoup de moments de relaxations dominicaux, de souvenirs et de rêveries en toutes saisons et à toutes les époques.

Le Bois de la Cambre, créé de toute pièce entre la ville et la Forêt de Soignes, a toute une histoire. 124 ha de la Forêt lui sont consacré en 1860. C'est à l'architecte-paysagiste allemand Edouard Keilig que l'oin confie l'aménagement du Bois en 1861. Son projet avec une île est le seul retenu. Ce fut l'île Robinson, avec son chalet au centre, dès 1877.

En 1870, sous Léopold II, l'avenue Louise percée et débouche sur le Bois de la Cambre inauguré, lui-même, artificiel, et le lac creusé pour en faire rebondir l'île Robinson. L'aristocratie, la nouvelle bourgeoisie et le peuple s'y rencontraient.

Problème ardu, l'eau s'évaporait ou passait dans la nappe phréatique. Il a fallu quelques temps pour le résoudre.5.jpg

L'été, c'était le canotage, l'hiver, le patinage sur la glace. Fréquenté les après-midi des weekend, ce fut un succès complet jusqu'à l'automne 91, avec son enseigne "Café-Tea Room".

"Au XIXe siècle, le bois était un lieu incontournable de la capitale. Guinguettes et kiosques y assuraient une ambiance bon enfant et l'endroit était très fréquenté", explique l'échevin en charge des Propriétés communales, Mohamed Ouriaghli.3.jpg

Le Bois de la Cambre est aménagé comme un havre de paix et aussi pour la beauté des yeux. Beaucoup de points de vue très connus des Bruxellois qui aiment se promener les après-midi d'été dans ses chemins boisés pour se retrouver au centre face à son lac creusé et son île Robinson artificielle.

Il a inspiré également beaucoup de peintres.

Commencé en 1863, peut-être, un vendredi, la première version de ce chalet a connu les beaux jours de ses visiteurs venus déguster glaces et crêpes sucrées. Véritable but de promenades, les beaux jours des weekends.

En 1896, première catastrophe, il était parti en fumée, mais c'est lors l'incendie de 1991, qu'il ne resta rien.

6.jpgPerdu corps et âme ce beau chalet faute d'interventions immédiates. D'accès difficile, les pompiers devaient traverser le lac en pédalos pour éteindre le feu. Réduit en cendres, il faisait pauvre figure. Plus rien pendant près de vingt ans. On commençait à désespérer qu'il renaisse un jour. Le bac qui le traversait, resta inoccupé et ne traversa plus le lac pour atteindre l'île artificielle en face. Perché sur l'île du lac, son absence faisait tache sur l'horizon dans la désolation.

Dix-huit ans d'attente, jusqu'à fin de mai dernier, voici, le renouveau, le chantier de reconstruction ouvrait ses portes. Didier Thiry comme initiateur du projet de reconstruction.

Des accords avec les autorités de la ville allaient, enfin, changer cette désolation à la vue de tous. Reproduction presque à l'identique de la version de 1877 et de style très tendance, le chalet doit garder son côté convivial et chaleureux de l'époque, est-il dit. Les visites doivent reprendre comme par le passé.

La reconstruction a eu ses détracteurs. Havre de paix pour les oiseaux ou partagé avec les hommes?

En béton dans la version précédente, cette fois, c'est vraiment en bois. Bois ignifugé, on l'espère. Deux incendies sans son histoire, cela commence à faire beaucoup. Il faut dire qu'il n'est pas le seul à avoir subi le même sort. Véritable hécatombe. La Laiterie qui s'envole en fumée en 1973 et jamais reconstruite. Trois autres pavillons, en parties classés, renaissent de leurs cendres dans le Bois de la Cambre. Le Chalet du Gymnase, connu par sa Patinoire à roulettes l'été, à glace l'hiver, le Chalet Rossignol qui loge les "Jeux d'Hiver" après un incendie criminel en 2005 et le Pavillon des Chasses. Tout pour redonner le lustre d'antan au Bois de la Cambre.

En plus de ces rénovations, une ASBL intégrant la Ville, les amis du Bois et les différents concessionnaires va ainsi être mise sur pied. "L'objectif est de faire connaître les différentes activités qui ont lieu au bois de la Cambre, explique Serge Van der Heyden, membre de l'ASBL. Différentes cartes thématiques, concernant la flore, la faune, mais aussi l'écologie, le patrimoine et l'histoire seront distribuées aux promeneurs".

Autour du lac, ce sera tout se qui roule, ce qui court ou ce qui marche. Mais pas de moteur le weekend depuis 2002. Avec, successivement, des sentiers aux noms évocateurs: Sentier des nénuphars, de l'Iris, des canotiers...

En son centre, dernier de la série, le Chalet Robinson, a, donc, réouvert.

Préparez les pédalos pour cet automne ensoleillé, tirez le bac qui le relie à la berge sans en avoir le mal de mer et huilez ses treuils électriques.

Chalet Robinson sans vendredi.jpgCar, après les gaufres et les glaces, on se prépare au Chalet à plus grand encore. Il faudra être encore plus rentable après cet investissement. Réceptions, dîner de galas, mariages, tout y sera prévu. On pourrait même y chercher son Vendredi, bien cambré.

Le Brussels Club y organisa sa rentré lors du Gala d'Ouverture.

"Une île entre le ciel et l'eau" comme le chantait Lama ou "Au large de l'espoir" de  Jacques Brel en pensant des Marquises du Pacifique. En plein cœur de Bruxelles, bien loin des eaux bleues du Pacifique, on aime aussi jouer au Robinson.Chalet Robinson sans vendredi_avant.jpg

2009, l'année où la Cambre sortira définitivement du bois et les gens y rentreront?

Après les images d'hier, cliquer pour voir les images d'aujourd'hui


L'enfoiré,

Sur Agoravox, des Robinsons ou des Vendredi?


Citations:


  • « Chaque étincelle est à elle seule tout l'incendie ; elle le porte, l'augmente, le diffuse », Jean Marcel

  • « Si vous voulez aller sur la mer, sans aucun risque de chavirer, alors, n'achetez pas un bateau : achetez une île ! », Marcel Pagnol

Robinson cambré cherche Vendredi7.jpg

26/08/2009

Antwerpen, une histoire de main coupée

A Antwerpen, ville flamande du Nord de la Belgique, le 15 août est une occasion de refaire l'histoire.

Antwerpen_01.jpgJe vous ai souvent parlé de ma ville, Bruxelles. Et si on prenait la route plein Nord. A peine une quarantaine de kilomètre et voilà Anvers ou plus exactement Antwerpen, capitale de province, d'arrondissement, de district.

Cette année, la fête de Marie tombait un samedi. La journée était superbe. 30°C au compteur. Pas de vent. La journée allait être très chaude. Ce n'était pas mon coup d'essais dans cette ville. Un parking difficile m'avait déterminé de l'oublier un peu. Un samedi, mais férié, donc plus de problème. Mais, je savais qu'Antwerpen rivalisait avec Liège le 15 août dans l'esprit de fête. Il est vrai que les radios francophones sont assez muettes sur ce qui se passe dans le Nord.

Ici, ce n'est pas le peket qui est bu, mais la bière. Le genièvre, qui est aussi une sorte de peket, c'est pour la soirée, dans le travail de réduction de la soif plus alcoolisée. La promenade traditionnelle dominicale, même pour l'Anversois, c'est au départ de la gare et la remontée du boulevard du Meir jusqu'à l'Escaut. Les amoureux du shopping et de la mode s'y poussent, vers les vitrines, avec des regards obliques de passants honnêtes. La mode a, parait-il, vraiment pris ses gallons de noblesse dans la ville. Mais, je ne vais pas m'avancer plus loin dans ce genre de révélations qui me seraient étrangères.

A l'époque, ce quartier privilégié représentait celui des aristocrates. Même, si la ville compte désormais bien plus de classes moyennes, cela n'a pas changé très visiblement du côté des maisons qui bordent cette allée piétonnière, bien large. Y restaurer les dorures n'est pas rare pour faire revivre les lustres d'antan.

"Une ville internationale à dimension humaine", lit-on dans les . "Pour un weekend d'enfer", un peu plus loin. Et, c'est vrai, il y a de quoi faire et voir.

En chemin, ce boulevard central d'Antwerpen fait défiler des habitations baroques pour faire revivre le temps de l'âge d'or, mixées avec des palais de la Belle époque. La gare date de cette dernière époque glorieuse avec un dôme prestigieuse qui ne peut prendre place que dans de grands espaces de fer et d'acier. A côté de la gare, sur 10,5 ha, le zoo. Fondé en 1843, il affiche son grand âge mais rappelle les espèces exotiques avec quelques 6.500 animaux descendants parfois des animaux ramenées lors de l'époque coloniale au Congo.

Au départ, un gratte-ciel, moderne, dénote avec l'ensemble, mais on ne peut s'arrêter à cette impression de déjà vu, dès l'abord du boulevard.

Après le croisement avec le boulevard de ceinture, au centre du fameux Meir, c'est d'abord le peintre David Teniers qui se présente fièrement sur son socle de marbre. Antoon Van Dijck, lui, trônera, sur son socle de pierres, un peu plus loin. Tous de grands peintres flamands qui ont élu domicile à proximité. Jacob Jordaens, autre peintre de la même époque, a aussi posé son chevalet dans les environs.

Sur chacun des côtés du boulevard, les habitations vont donner le tournis aux visiteurs intéressés par ces maisons hautes qui n'en finissent pas d'éblouir avec ses angelots dorés dans des alcôves insérés dans les façades. Un groupe de Japonais s'affaire avec leur mini boîte à souvenirs numériques, à bout de bras suivant le doigt pointé d'une guide.

Le Boerentoren, visible de loin, "Tour des Paysans" représentait, en 1931, fut un projet révolutionnaire comme seul gratte-ciel en Europe. Culminant avec ses 97 mètres de haut, il donne un aspect "New York", année 30. Il restera jusqu'en 1950, le bâtiment le plus haut d'Europe. Pas vraiment, beau, mais, être classé monument historique, donne des obligations que la beauté n'effacera jamais.

Grands magasins, petits magasins, banques, assurances se partagent ces édifices prestigieux avec des façades dignes d'une époque révolue. Mais, c'est encore plus loin, sur une autre grande place que l'on se retrouvera face au plus célèbre peintre de la ville, Pierre Paul Rubens. Sa maison-atelier va dérouter le visiteur que je suis, l'espace court d'un détour de 100 mètres. Façade renaissance, plutôt austère, avec un aspect baroque à l'intérieur et dans le jardin Renaissance.

En arrière plan, la cathédrale gothique dépasse, déjà, les maisons avec sa flèche unique du haut de ses 123 mètres. C'est sur cette Groenplaats, devant la statue de Rubens que la vue est la plus féerique sur la plus grande église gothique des anciens Pays-Bas, l'Onze-Lieve-Vrouwekatedraal.

C'est ici aussi, que commence la grande foule à l'occasion de la fête de Marie. Les bars à bière sont bondés. Les terrasses, les restaurants affichent complet. On y mange moules et frites avec pizza en entrée. Devant la cathédrale, un attroupement, pour créer l'animation, camouflé à l'identique, on y mime des statues, en vert de gris du bronze. Le potentiel de 24.000 personnes que l'église pourrait contenir, d'après le guide touristique, personne ne songerait à le vérifier sinon pour s'y rafraîchir à l'intérieur.

Le défilé ou la pénitence, au pas d'homme, commence dans un style procession d'Echternach. Plus loin encore de petites échoppes où l'on peut acheter n'importe quoi se bouscule sur la Grand Place, appelé Grote Markt.

Au milieu trône le symbole de la ville, la statue de bronze de Jef Lambeaux (1887) qui rappelle la légende d'Antwerpen. Comme toutes les légendes, elle reste ancrée dans les mémoires bien plus que l'histoire, elle-même. Comme toujours, cela commence par "il était une fois un géant, Druon Antigon qui demandait un passe-droit  exorbitant pour le passage sur le fleuve Escaut. La punition des récalcitrants était une main coupée. Le guerrier romain, neveu de César, Silvius Brabo mit un terme à cette pratique et coupa la main de ce géant trop intéressé par l'argent. La ville "Hantwerpen" (jeter la main) garda ce nom jusqu'au 17ème siècle. En libérateur, sa statue tend fièrement cette main coupée. Perché au dessus d'un socle supportant les "Trois Filles de l'Escaut" avec au pied de la statue, plus surprenant, une tortue, un dragon, un dauphin et un phoque. Cette légende explique l'amour de la ville pour la libre circulation dans son port.

Le mot "fierté" est toujours d'actualité dans cette grande ville. La richesse des Flandres ressort de manière très visible au détour d'une rue, d'une avenue ou d'un boulevard, et pas uniquement sur le Meir.

Le mot Anvers, lui-même est aussi d'origine flamande: "werf" (lever de terre). Sur les flancs de la place, l'hôtel de ville aux drapeaux, des maisons des Guildes avec façades à redans regorgent de dorures. Antwerpen, détrompant la légende, serait plutôt en ancien néerlandais "aan de werpen", c'est à dire "près des digues".

Le XVIème siècle est omni présent sur la place. Jusqu'en 1520, Antwerpen était le plus grand port du monde. Toutes les maisons datent d'après 1583 après le saccage de la ville par Philippe II. Des maisons gothiques à pignons, à croisillons et colonnettes, se perdent en conjectures pour éblouir par leur côté baroque. L'histoire de cette ville sera en berne à la venue de cet espagnol, très catholique, alors qu'à cette époque, le Nord est protestant. En 1576, le coup de grâce était donné à la ville. En 1585, l'Escaut avait été fermé, une première fois, réduisant le port comme une peau de chagrin. Il sera rouvert en 1795, pendant la période française et son renouveau se poursuivra jusqu'en 1815. L'embargo anglais contre Napoléon remis le collier. Il fallut attendre la liberté de la navigation, après une autre période creuse. Cette liberté perdure désormais.

Aujourd'hui, sur la place, en ce jour de fête, les marchands manifestent avec impatience leur envie de vendre, habillés avec les atours de l'époque de Rubens. Vêtements reconstitués que l'on ressort d'année en année pour cette occasion. Les vélos, eux, sont tous harnachés en file indienne, inutilisables dans cette foule.

En prenant ensuite le Suikerrui (le "Canal au sucre"), enfin, nous y sommes, sur les berges de l'Escaut. Déjà, le grand large se fait sentir. On respire. L'Escaut ramène cet air de fraîcheur bien nécessaire. Des berges du fleuve, la vue est large, splendide. On se presse pour embarquer sur le bateau Flandria à la découverte du port. Le tunnel des voitures sous le fleuve, trop loin, ne s'imagine même pas.

Nous sommes à 85 kilomètres de la mer. Quatrième port dans le monde après Rotterdam, Singapour et Hong Hong, il voit passer annuellement quelques 160 millions de tonnes de marchandises. L'ère industrielle y a pris son essor. Après l'indépendance de la Belgique en 1830, le libéralisme le plus débridé de la bourgeoisie francophone repoussera la misère du prolétariat flamand dans les campagnes. Aujourd'hui, on compte près d'un demi million d'habitants. Troisième ville en superficie en Belgique. Cette ville est surnommée 't Stad ou "koekenstad" par référence aux biscuits servis dans les tavernes avec le café et la chantilly aromatisée d'alcool.

Le commerce et la mer, ici, on connaît sur le bout des doigts. Une véritable tradition quand on est un port de cette dimension. Si, pendant un temps, Bruges était sa rivale, l'ensablement de la ville de Damme a fait perdre à celle dernière et son élan vers la mer au profit d'Antwerpen.

Plus que millénaire, cette ville-port a une histoire à rebondissements dignes d'un thriller d'aujourd'hui.

Le Steen, château de pierre sur le port, rappelle sa situation fortifiée. Il servit de prison jusqu'en 1827. Aujourd'hui, il abrite le Musée de la Navigation.

L'Inde, Bornéo puis l'Afrique du Sud vont initier un autre commerce celui du diamant. 8% des exportations belges sont concentrés dans le diamantaire. 85% de diamants bruts transitent par Anvers pour être taillés. Un rapport annuel de 79 milliards de dollars.

Un véritable DiamondLand. "Diamonds Are Forever" chante Shirley.

Les diamantaires se retrouvent plutôt là d'où l'on a commencé la visite, du quartier autour de la gare. Au retour, je rencontrerai, d'ailleurs, quelques habitants qui en font partie de ce commerce et qui sont assez discrets en autre temps. Différent, ce monde-là vit quasiment en district clos. Nous sommes samedi, je le rappelle, le jour du Shabbat. Peu importe la chaleur qu'il fait. Des juifs hassidiques, pour la plupart, sortent leurs habits en l'honneur de ce jour de prière pour se rendre à la synagogue. Après Londres, Antwerpen est le plus grand centre hassidique. (Etre Loubavitch, c'est refusé la mixité).

Pour l'homme, ce sera souvent le schtreimel de fourrure sur la tête, la barbe sous le menton et la jaquette juste au corps en satin noir très brillant. Une coiffe noire de feutre, aussi, très typée qui n'a plus rien à envier au Borsalino. La légèreté du Kippa, elle, ce sera pour le lendemain. Pour les enfants, ce sera la coupe upsherin ou à boucles. La sobriété des vêtements pour les dames et les jeunes filles à talons plats. La liste des choses à faire dans la culture juive ont leurs raisons que l'on ne perd pas son temps à contester mais seulement à constater.

L'islam n'est, d'ailleurs, pas moins représenté dans la ville, mélangé aux protestants et aux catholiques plus ancestraux avec une tolérance apparente ou calculée.

20090826Van Rompuy retour.jpgEn cette période troublée entre communautés, il s'agit de parler néerlandais ou mieux en dialecte flamand. Nous sommes en pays flamand et le sentiment général est : "Antwerpen, een stad, waar de Vlamigen thuis zijn" (ville où les Flamands sont chez eux). Je ne contesterais aucunement. Le VB détient les votes d'un tiers de la population même s'il a perdu quelques plumes. Je ne vais pas me donner plus de chaleur avec cette pensée.

Très loin de l'idée de refaire les JO de 1920 sur le Geminal Beerschot. Le foot reste le sport dérivatif préféré. Preuve à l'appui, la série de télévision "Fc De Kampioenen" qui n'en finit pas de dérouler ses épisodes avec un humour flamand très caractéristique.

Mais, refermons le guide touristique. Antwerpen vit dans un monde en pleine effervescence. Les dancings et les nuits agitées ont attiré des gens moins bien intentionnés. Il y a des affaires célèbres ou moins flatteuses. Ca sent parfois le roussi. C'est parfois parfaitement loufoque. La promiscuité raciale ne fait pas toujours des heureux. J'en connais que le malthusianisme chatouille. D'autres qui s'y plaisent quand les affaires marchent bien, ce qui est un bon moyen d'effacer n'importe quel trouble de croissance. La population de la ville a brusquement doublé dès 1980. 2.315 habitants au km2, ce qui positionne la concentration de la ville à la tête de la Belgique. 14,61% d'allochtones. Un taux de chômage de 14% que la crise n'a pas arrangé.

Je retrouve, bientôt, mon véhicule et jette un dernier regard, vers ces anversois, d'un autre style, d'une autre culture qui n'ont manifestement pas peur de la chaleur ni froids aux yeux.

Je laisserai pour une autre visite, le Musée Plantin Moretus, le Musée Van den Bergh et celui des Beaux-Arts qui valent, certainement, le détour.

A l'intérieur de la bagnole, la clim va me remettre les idées en place, pour oublier très vite mes derniers soucis avec images rêveuses enregistrées de ce que j'ai vu cetté belle après-midi.

Au retour, d'autres villes prestigieuses d'art et d'histoire, comme Lier (Lierre) et Mechelen (Malines) défileront successivement jusqu'à Bruxelles.

Ce soir-là, la BRT aura reçu ma petite visite. Il y a des moments où, il faut se rappeler que la Belgique est bilingue et un rafraîchissement des langues donne des ailes, apprendre à connaître l'autre Communauté, beaucoup d'idées.

Les images de tout cela, c'est ici, je mets ma main à couper...

L'Enfoiré,

Des touristes intéressés chez Agoravox?


Citations:

  • « Une ville ressemble à un animal. Elle possède un système nerveux, une tête, des épaules et des pieds. Chaque ville diffère de toutes les autres : il n'y en a pas deux semblables. Et une ville a des émotions d'ensemble. », John Steinbeck

  • «Tu vois les hautes tours s'élever au-dessus des maisons seulement quand tu as quitté la ville. », Friedrich Nietzsche

  • « Fêtes nationales ?... Fêtes religieuses ?... Le peuple n'est pas toujours tellement regardant, quant à l'origine de ses joies. Pourvu qu'il s'amuse, il n'en demande pas davantage. », Francis Blanche

19/08/2009

Changer ensemble pour seulement être

LChanger pour exister en public_agent.jpg'idée est lancée depuis quelques temps: "Il faut changer ou mourir". Des réformes, en France, on en est arrivé à l'indigestion. Sommes-nous condamnés à ne jamais stabiliser les potentiels acquis? Sommes-nous des mutants perpétuels plus rapide que l'évolution elle-même?

"Dans une économie globale, basée sur la connaissance, les cycles d'innovation se font de plus en plus rapide", lisait-on dans la presse.

C'était en septembre 2006, vous vous rendez compte, cela fait bien un siècle, après tout ce qui s'est passé depuis.

Les CEO modernes se devaient, d'après "Les 4 clés de la gestion de l'innovation", d'amener un changement majeur dans leur entreprise. La pression générée artificiellement génèrerait une concurrence accrue mais aussi une cascade d'effets secondaires. Si améliorer l'efficacité générale de l'entreprise par leur démarche paraissait naturel en ces temps de course contre la montre, on en oubliait, en même temps, que l'opération était loin d'être gratuite et pas toujours profitable.

Ces fameuses quatre clés de la réussite, les principes de base, appris dans les cours de management ne seraient plus valables?

  • une génération d'idées collégiale et ouverte vers l'extérieur.

  • une vision "métier" et technologique rafraîchie qui apporte l'éclairage nouveau qui manquait.

  • une gouvernance adéquate dans l'équilibre du portefeuille des initiatives innovatrices.

  • un lien évident et clair entre stratégie de l'entreprise et l'innovation.20090701Négociations avancées Ethiques.jpg

Avec elles, personne ne pourrait reprocher au patron, au gestionnaire, à l'homme politique, d'avoir pris la décision de changer. La création de valeurs a de ces aléas qu'il faut pardonner dans le cas de ratage manifeste sous peine de se voir exclus du processus de progrès.

S'il ne s'agissait que de trouver des améliorations dans les changements, ce ne serait pas trop grave. Constater après coup, qu'après l'installation de l'innovation, qu'il y aurait, peut-être, mieux valu penser à autre chose au moment de la signature pour lancer le projet tout beau, tout nouveau, personne ne le voulait.

Synonyme de création de nouveaux produits, dans le domaine technologique surtout, on voulait implémenter de nouveaux processus. D'après la notice, ceux-ci seraient plus rapides, plus efficaces, plus rentables, moins chers... le "clé sur porte de l'innovation" à la portée de tous, rendu indispensable à force d'être porté par l'écho des sirènes. Le consommateur se voit contraint et forcer d'acheter le nouveau produit qui remplace le précédent mais qui ne le satisfait plus. On a trop souvent tendance à considérer le changement comme un progrès par essence. On ne consolide plus, on change pour changer et rester dans le mouvement général. Les résultats dans l'entreprise et en politique de cette tendance à l'auto-allumage n'ont pas toujours été à la hauteur des ambitions. Faire partie du "système", de la machine, du rouleau compresseur, avec la crise actuelle, comme nous connaissons, va refroidir ce genre d'excès d'optimisme.

L'informatique, en particulier, nous a bien appris à pousser sur ce champignon de l'évolution et de l'espoir d'une éventuelle révolution.

- Quoi, vous n'êtes pas encore à la version 12.15 bis ? Celle qui fait tout ce que vous demandez?

L'impact de ces modifications n'est peut-être pas sensible ou évident après l'installation, mais il l'est certainement sur le temps qu'il a fallu pour désinstaller la version antérieure, installer la nouvelle et la tester dans ces moindres recoins et fonctionnalités qui existaient au paravent. On appelle cela, en anglais, "overhead" (ce qui passe par dessus la tête et qu'on ne compte pas).

Ce processus de mise à jour est presque transparent avec le software libre. Une seule confirmation de l'acceptation et le processus de l'installation de la nouvelle version commence. Les nouvelles fonctions qui justifieraient le mouvement n'ont souvent pas eu le temps de passer au travers de l'évaluation de l'utilité. Le temps, c'est de l'argent. Pourquoi tester les éléments de l'innovation? N'est-ce pas normal que cela marche, puisque c'est de cela que l'on parle en premier lieu dans toute la campagne d'installation de la nouveauté. On verra par après si l'expérience sera décevante ou non et si le risque en valait la chandelle.

Et si, on attendait la version 13.0? Et bien, non on ne peut pas. Les versions intermédiaires sont là pour corriger les erreurs de la version n-1. C'est dit, la version n+1 tiendra encore la route avec les autres compagnons de routes installés sur les PC. La signature est implicite, tout le monde doit y croire. La sécurité en dépend. Un cas typique du "sans bouger" qui serait une preuve absolue de son manque de perspicacité et de son immobilisme malsain.

Utiliser les fonctionnalités existantes dans le durable, garder les bonnes lunettes pour lire les données qui se seront adaptées à la nouvelle sauce, garder le support du fournisseur dans le statu quo. Des problèmes pour les récalcitrants, réfractaires.

Assumer de manière harmonieuse, un changement que l'on n'a pas opéré par soi-même avec sa propre clé sur porte. Voilà, peut-être, une autre vérité plus insidieuse, encore.

Bouger, pour vivre ou pour survivre? Aux âmes "sensibles" de trouver leurs intérêts devant de tels dilemmes.

Changer.jpgLa "disruption", mot de l'étrange, est un mode de pensée qui défie aussi les conventions établies tout en essayant de créer des visions nouvelles capables de faire évoluer une marque vers un sommet inégalé. Nous sommes dans le domaine des idées qui refusent les modes de pensées répétitifs, des certitudes rassurantes et de l'immobilisme qui dénaturent l'envie de progrès. Pas question de mettre le changement au frigo car il est sensé apporter l'amélioration à quelque chose qui tourne sans problème depuis des lunes. Le "nice to have" prend le pas sur le "mandatory". La proie pour l'ombre. Se tourner du côté des habitudes est la pire réaction que le mot "disruption" ne pourrait accepter.

Changer pour exister Entreprise.jpgRéduire les coûts de manière drastique pour augmenter les bénéfices, dans le durable, en gagnant en flexibilité, est le but avoué. Ces démarches sont-elles bien comprises d'emblée en faisant le tri entre le positif et le négatif? Augmenter les revenus n'est plus qu'un rêve lointain. L'ensemble de l'entreprise, une fois la décision prise, sera entraînée comme dans un engrenage à part entière et, parfois, à plein temps dans l'opération "survie". Une fois, implanter, faire marche arrière, déshonoreraient les décideurs et donc, il faut écraser et s'aplatir devant la sainte décision. Quand on "aime", on ne compte plus les déboires et les surprises de la nouveauté. Cela se laverait dans le sang. Pour appuyer le bien fondé, certains experts le clament encore haut et fort: les entreprises qui ont innové par des changements de structure organisationnelle, s'avèrent être des candidates parmi celles qui ont dégagé la meilleure marge opérationnelle lors des 5 dernières années. Donc, raboter les convictions trop statiques.

Il n'est pas rare, malgré les aveux du fournisseur, de pouvoir monter en puissance dans l'échelle des versions sans aucune perte d'efficacités, de rencontrer par après des fonctionnalités qui n'existent plus qui ont été oubliées ou qui ont été remplacées par d'autres mais qui ne correspondent plus vraiment à la politique ou à la vision de l'utilisateur.

Le Dieu du marketing le voulait. Il a ses raisons que la Foi, seule, encourage. Question de politique ou de vie.

Vu cette fuite en avant, 20090812Régularisation.jpgun besoin de régularisation est désormais dans l'air.

John Steinbeck affirmait que lorsque l'homme vieillit, il est dans sa nature de se protéger contre le changement, particulièrement si le changement apporte une amélioration. Curieux? Non, tout n'est pas bon à prendre et l'expérience de l'âge apporte une sagesse inédite dans la jeunesse.


On lisait, en effet, plus tard: "Le changement est perçu différemment selon l'âge".

Les jeunes cadres seraient plus critiques que leurs aînés face aux remaniements organisationnels. Curieux ce raisonnement porté par les statistiques. Les seniors considèreraient que les changements opérés dans leur société a été un succès. La motivation serait même améliorée par les communications accrues d'après eux. Une surcharge du travail et une détérioration de l'ambiance de travail viennent néanmoins enrayer les avis des deux catégories de cadres. Un désaccord de départ serait la pire des situations. Le scepticisme confirme le dilemme. La fréquence des changements ne fera qu'accentuer le mal être et la difficulté à suivre le train en marche trop rapide.

En politique "pure et dure", il y a les spécialistes, les champions du côté des réformes.20090624Remaniement ministériel.jpg

De véritables athlètes, toutes catégories. On ne sait plus où l'on veut aller mais, populisme aidant, on fait le pas pour progresser, pour exister aujourd'hui. On veut ignorer que la politique est devenue de véritables sables mouvants dans lesquels, pris de court, on patauge à vue. Prévoir des normes et des moyens de les faire appliquer en passant par des lois répressives ou non, cela prend du temps. Alors, "moraliser ses instincts", vous n'y pensez pas...

Réfléchir, cela prend trop de temps. Avoir de l'avance à l'allumage, c'est bien dans la période de test, pas dans celle de la décision et de l'implémentation sans possibilité de retour aisé à la case départ. Définir le but à atteindre avec assurance, les moyens pour y arriver et les tester, c'est quasiment impossible en politique.

Il y aura, dès lors, pour un gouvernement, la version "un" suivit de la version "deux". La suite est à l'avenant. Le retour à la case départ "0" est programmé, en secret, réservée aux initiés.

En temps de crise, le processus de sape ou de restauration s'accélère. Il faut avoir des idées géniales pour changer et cela demande plus qu'une idée.

Il y aura les prédicateurs, les conseillers en entrée. Au porte-parole de faire son travail d'éclaircissements, de digestion de l'idée, avec le maximum d'effets en faisant semblant que tout va s'améliorer.20090605Obama Egypte.jpg Puisqu'on a négocié jusqu'à plus soif, on se justifiera à la postériorité et on priera pour que cela marche.

A l'ouest, du nouveau? Ah, oui, là-bas, le Messie est arrivé. Tout dans la tête et même dans les potentiels de la confiance. Tout pour plaire. Tous prêt pour le croire. Merci pour eux. Aux conservateurs de s'adapter avec les progressistes en tire fesses. Mais, les Messies ne sont plus ce qu'ils étaient. Leurs actions reçoivent des objections. En tant qu'européen, on ne comprend pas les réactions des conservateurs qui contestent le projet de "socialisation" des soins de santé, pourtant tellement nécessaire. Libertaires jusqu'au suicide, refus de tout interventionnisme de l'État. Une vision américaine du problème. Mais, on en parlait, aussi, à la radio, avec une spécialiste. Et pourtant, il faudra y passer un jour. C'est écrit dans les astres de la mondialisation.

"Les maître de l'économie ont compris qu'il fallait que tout change pour que tout continue", lisais-je dans le billet de Jean Daniel du Nouvel Obs pascal. On sortait, à l'époque, de la réunion du G20 à Londres. Les pressions de Barack Obama opposées aux réformes de Nicolas Sarkozy. Il était question de l'intégration de la France dans l'OTAN. On cherchait la sortie de la spirale vertigineuse des suppressions d'emplois. On parlait des gesticulations de la Corée du Nord et au Proche Orient. Mais on remarquait un vent de paix qui soufflait et un souci d'apaisement contagieux. Le "bon vent" était là pour suivre le titre du billet. L'écriture philosophique revenait. François Mauriac renaissait. 20090819Justice and co.jpg

Ce ne serait pas mal, si la Justice avait la bonne idée de se moderniser, de "se manager". Là, c'est plutôt de vieilles casseroles ou ce ne sont plus que les manches de celles-ci, que l'on aperçoit. Alors pour la meilleure soupe? L'affaire Fortis ferait-elle toujours des vagues ... de manches. Là, il s'agit plus de sclérose comme le laisait comprendre ce professeur en Droit Judiciaire? Toutes les lois existent ou presque mais ne sont pas appliquées. "Ce n'est pas parce qu'ils sont nombreux à avoir tort, qu'ils ont raison", lisais-je dans "Le Mystère des dieux".

- Allergiques aux changements, allez vous rhabiller, vous n'avez pas beaucoup d'avenir dans nos murs, dit une voix.

Suis-je rétro, nostalgique du passé, un conservateur de premier, un vieil aigri?

Oh, que non. Proactif, toujours, bien au contraire. J'en ai seulement vu, un peu trop passer des innovations, des projets qui devaient révolutionner son homme et qui se sont terminés par un flop magistral. Trop de déchets, trop d'investissements de soi-même et de l'entreprise à fonds perdus, pour accorder les nouveaux violons avec un résultat qui n'a pas été à la mesure de ses promesses. Si vous en voulez plus, un eBook vous attend. Sans engagement, bien sûr.

C'est l'utilisateur ou le citoyen qui reste le maître atout de la réussite. Les résistances peuvent être très fortes au niveau de l'expérience technique, financier, politique et de tous ces utilisateurs finaux qui devront assumer sans rechigner par après si aucune opposition ou obstacle majeur ne s'est pas manifestées.

L'hostilité peut pourtant se comprendre aisément. Comment acquiescer quelque chose qui est forcé par en haut et, non décrit complètement, dans le détail et qui se présente à celui qui ne possède pas les connaissances techniques mais seulement quelques vagues notions des avantages prévus pour le vivre.

Pour le fournisseur, avoir vendu l'idée, va représenter un retour sur investissement en progrès substantiel financier et une expérience nouvelle dans la partie des tests que lui même n'aurait pas eu le temps de passer en revue. La mise en place de l'idée reste un risque très important, consolider son produit, y apporter les idées intéressantes par l'intermédiaire du client utilisateur est certes très rentable, aussi. L'évolution culturelle pourrait trouver un réel avantage commun dans la partie de ping-pong qui va s'engager dans la suite entre les acteurs.

L'innovation, c'est vrai, n'est pas nécessairement pleine de risques, mais elle demande beaucoup de temps pour être étudiée et analysée de manière sérieuse. Le grand saut dans l'inconnu est la rançon de l'ignorance. Un droit à l'erreur est naturel mais il devra aussi passer à la moulinette de l'évaluation sérieuse. La priorité est d'améliorer, pas de se lancer pieds et poings liés dans l'inconnu. La vision globale du réel bénéfice et la cohésion de l'ensemble sont primordiaux dans le choix du chemin à prendre. Le remplacement d'un projet par un autre plus prometteur ne peut être envisagé que s'il n'est pas pénalisant pour ceux qui l'ont conçu, l'ont à implémenter et l'ont à utiliser. Une stratégie d'entreprise ne se respecte qu'avec tous ces aspects de rentabilité.

Changer pour changer est un leurre dont on se mord les doigts en finale. Brûler les étapes, sans tester le changement avant l'installation ne peut que s'attirer les ennuis à brève ou à courte échéance.

Nous sommes, souvent, devenus des apprentis sorciers de la nature pour le bénéfice d'un changement à court terme. On a accéléré le rythme de ces changements de telle manière que la nature de l'homme ne peut plus l'assumer. Le climat et le réchauffement de la planète sont une des conséquences. On parle parfois de "Capitalisme naturel". Une des solutions, probablement.

Il ne faut pas laisser forcer les changements par une voix bien intentionnée. Laissez votre jugement en décider à votre façon. Vous aurez gagné quelques points dans la sagesse. Aux niveaux des États, rien ne passe mieux dans l'opinion que l'idée de réformes. On se met dès lors à rêver. On ne sait ce qu'on veut voir changer, mais on change.

Réforme de l'État en Belgique. La révision de la constitution, excusez du peu. On parlait dans le Nouvel Obs de "Réforme aux forceps". Réformes de tout par ce qui passent par l'esprit du Président. Alors, oui, on change pour changer. On s'inquiète de souffrir par son manque de cohérence. On n'a même plus le temps d'analyser les résultats des changements précédents, parce qu'on pense déjà aux suivants. Plus de gagnants dans les opérations, style "cataclysmes", tous perdants.

La presse écrivait, récemment, "La gestion du changement n'est-elle pas la première victime de la crise?". Un peu plus loin, un autre article "Frappé de plein fouet par la crise, la Californie est au bord de la faillite". La Californie, là d'où toutes les idées nouvelles partent. Cela fait réfléchir.

Quant aux banques, toujours pointées comme responsables, elles doivent prêter de l'argent. L'épargne belge, avec la crise n'a jamais été aussi haute (172,5 milliards d'euros). L'ancien patron d'Euronext et nouveau de Fortis, Bruno Colmant prévoit le changement avec encore plus de dureté dans l'économie de marché et moins de sécurisation des processus. Courant et contre courant.

Seul le mot "ensemble" pourrait changer cette conformiste au passé. Pas question d'implanter un processus sans prendre la température extérieure dans un monde globalisé.

La démocratie n'existe qu'en politique pas au niveau des entreprises. Chez elles, ce sont ceux qui n'en ont rien à cirer de la bonne gestion de l'entreprise, mais qui ne pensent qu'au rendement de leurs placements: les actionnaires et, en indirects, les épargnants. Responsabiliser pour objectiver et motiver, on n'y penserait même pas dans ce jeu de dupe où l'éthique n'a aucun droit d'existence.

Changer ensemble ou décider de ne rien faire. Mais le changement ne sera pas que cosmétique. Ce seront les mentalités, elles-mêmes qui seront sur la sellettes. La hiérarchie qui devra suivre des règles de conduite car le chef a ses raisons que la raison ne connaît pas toujours. Il faudra oser la court-circuiter, au besoin, si elle ne joue pas son rôle de management. Même le bas de l'échelle, où sont ceux à qui on ne demande, généralement, pas l'avis, devra faire son acte de contrition aussi, comme je l'indiquais dans ce commentaire qui allait à contre courant de l'article de l'auteur. L'innocence sera toujours détournée à l'avantage du plus malin.

Conflit de générations ou d'idéologies? Un planning harmonieux qui planerait au dessus de deux générations, des deux idéologies, cela changerait.

Les conservateurs diraient "Pourquoi changer quelque chose qui marche". Les progressistes, "rien ne vaut un changement pour remuer la m...". Bien mieux, une sélection du meilleur dans les deux champs d'investigation.

Alors, vite un temps pour consolider tous les changements. Pour les comprendre. Pour les assimiler.

L'événement de la semaine, ce fut l'anniversaire des quarante ans du Festival de Woodstock. On lit dans les journaux: "Trois jours de paix, de musique, de boue et de chaos" et "la révélation de la fracture générationnelle avec le mouvement hippie". Les hippies, depuis lors, bien vieillis, se souviennent. Résultat des courses, une seule personne y a gagné financièrement dans l'aventure, mais tout le monde ne se souvient que des bons moments. L'amour et la générosité, ils y ont cru. La musique et la chanson restent les véhicules des souvenirs et des espoirs. La vie, elle, va devoir changer très fortement. C'est clair. Ce ne sera pas avec des fioritures.

Un parallèle amusant? Dans les bals populaires, pour attiser les conversations et donner un "nouvel éclairage", souvent, quelqu'un crie "Changez". Il vous faudra trouver un autre partenaire pour faire partie du jeu. Espérons que celui-ci ne vous marchera pas sur les pieds tous les instants. Le pas de deux qui s'engage peut paraître très peu cadencé au spectateur sur le bord de la piste.

L'ouverture comme état d'esprit", écrivait Argoul, il y déjà bien longtemps. Évidemment...

"La formation et l'emploi peuvent aussi virer au vert", "Les personnes ayant un MBA devraient avoir l'ambition de devenir plombiers", "How I started making $7.500 a month working an online part-time job from home", lisais-je successivement, ce weekend. Un rêve ou un cauchemar futur?

Changer en mode plus privé, c'est encore un autre coton. Là, aussi, il s'agira d'exister, de choisir un modus vivendi et ce ne sera pas plus simple ni exempt de décisions difficiles à prendre.

Puisque tout finit en chanson ou vers, ma vision:

"Réformes pour et par la forme" :

Pourquoi devoir commencer par choisir ?

Une carrière n’est-ce pas se faire plaisir ?

Il ne s’agit pas de rêver à être employé

Mais de creuser un sillon plein de fierté

Se tromper et se retrouver dans l’errance

Pendant une vie où tout ne serait que rance

Alors, quand il faut décider de son temps

Ne faudrait-il pas connaître son tempérament ?

La vie s’enfuit, pas dans une véritable course

Penser uniquement à augmenter sa bourse

N’apportera qu’une pâle idée du bonheur

Chercher un créneau précis et à l’heure

Qui dit qu’en nous, il n’y ait qu’une personne ?

Tendre l’oreille au réveil qui sonne

Ne pas craindre cette envie de changement

Qui ne saura que soi-même autrement

Réinventer ce moment où on se lasse

Evitera de se retrouver dans l’impasse

Au début ne chante que le printemps

La pensée d’avoir emprunté le chemin du ciment

Se retrouver dans l’engrenage de l’été

Ensuite pour engranger ce qu’on a semé

Continuer dans les couleurs de joie de l’automne

N’empêche pas de trouver le travail monotone

Alors avant le grand départ de l’hiver

Pensez à sortir dans le confort du divers.

Mais, je vous ai fait trop réfléchir. C'est encore les vacances et elles sont sacrées, celles-là.20090803SansPapiers.jpg

Le soleil décline à l'horizon. Alors, une dernière fois, chacun son truc à poil, à plumes ou sans l'un ni l'autre.

Profitez des derniers moments de plénitudes et ne changer rien à vos habitudes. Lisez pour l'occasion, les écrits, très actuels, de Nietzsche. A votre retour, on aura eu des idées neuves et parfois folles pour vous accueillir. Alors, pas de précipitations. Il faut toujours s'adapter à son environnement et à son époque.

L'Enfoiré,

Parler ensemble ou séparemment sur Agoravox?

Kroll était en vacances. Merci à Johan De Moor d'avoir pris la relève.20090817VanRompuy en vacance.jpg

Citations:

  • "La civilisation n'est qu'une mince pellicule d'un chaos brûlant", et

  • "Ce n'est pas pour votre droit que vous vous battez, vous les justes. C'est pour faire triompher votre image de l'homme", et

  • "Grâce à la liberté des communications, des groupes d'hommes de même nature pourront se réunir et fonder des communautés. Les nations seront dépassées.", et

  • "Jadis le moi se cachait dans le troupeau, le troupeau se cache encore au fond de moi", Nietzsche

  • "Changer le monde commence par se changer soi-même.", Roger Mondolini

12/08/2009

La méchanceté, tout un art

Le Magazine Littéraire de cet été avait un dossier très complet sur l'Art de la méchanceté. En littérature, c'est par un échange de mots parfois "verts" avec une certaine méchanceté que l'on remplace par un coup de poing bien placé dans un monde plus physique. Mais, alors comment exerce-t-elle son art, cette méchanceté et quelle est son histoire?

La méchanceté, tout un art.jpgQuelques chapitres de ce dossier devraient nous éclairer sur les épisodes d'une mise en condition pour exercer l'Art de la méchanceté.

Un forum n'est pas exempt de ce genre d'exercice. "Parlons peu mais parlons bien" disait, une rédactrice de l'un d'eux qui entamait le sujet avec des yeux féminins, en s'adressant aux "collègues" rédacteurs de cette enceinte virtuelle. Le souci d'annihiler l'agressivité était le maître mot de son article poussé par les inquiétudes de notre époque qui rencontre la concurrence, les barrières et qui empêchent de respirer convenablement, disait-elle. Déshumaniser les relations humaines semblait son plus grand reproche. Pourtant le malin plaisir de refroidir les instincts, les plus humanistes, de nuire son prochain, se cachait derrière quelques répliques qui suivirent. Alors, cette fois, appelons un chat, un chat. Le mot "méchanceté" n'avait même pas été effleuré dans l'article. Étudions-en les arcanes dans le passé et dans notre présent.

Il y a les critiques littéraires officiels, ceux qui sont là pour orienter les lecteurs, pour donner une leçon, violente à la base ou non vers l'auteur du texte. Ce filtre peut prendre le mauvais chemin et faire dévier l'initiateur de l'œuvre littéraire pour mauvaise compréhension des buts. L'amour de la réplique poivrée vient comme maître-atout. L'œuvre écrite manque d'aisances dans le droit de réponse et d'interactivité. Alors, l'auteur s'en retrouvera parfois groggy, mais c'est la règle du jeu.

L'interactivité devrait, pourtant, avoir une place prépondérante. Dans les forums virtuels de la Toile, ce n'est pas le cas. Certains auteurs se payent un maximum d'interventions sous forme de trolls sans consistance, haineuses, partisanes, entrecoupés, heureusement, de passages plus intéressants. La propagande n'est pas exempte des forums et mérite des alertes avec réactions bien musclées. Placer son désaccord, sans précisions, n'a pas la moindre efficacité, ça c'est sûr. Mais l'anonymat a permis de descendre le niveau et la valeur proactive des interventions.

"Pimenter" pour faire mouche avec le moins de mots possible est pratiqué depuis la plus haute Antiquité. Des hiéroglyphes prouvent que les anciens Égyptiens osaient critiquer leur Pharaon par leurs petites faiblesses.

Tout le monde se rappelle du panache de la tirade du nez de Cyrano de Bergerac. De l'humour grinçant, mais de l'humour vrai et bien construit. Pas de méchanceté bête. Une réplique, sans faux fuyant, vaut tous les discours de la Terre. Tout le monde n'est pas à mène de faire usage des bons mots bien salés et poivrés. Il faut de l'expertise et de la connaissance du sujet pour enrayer toute contre attaque. Prévoir l'imprévisible. La rixe oratoire n'en sera que plus belle que si les pouvoirs ne sont pas plus forts d'un côté que de l'autre de la barrière. A armes égales, cela devient un arc et une flèche. Une flèche et un arc. Rapports de forces égaux sans disgrâce politique. De la belle ouvrage. La diplomatie viendra par après.

Le pouvoir, le côté racial, cela casse tout et s'interpose pour tomber dans l'idiotie. La subtilité est ailleurs et se cache derrière les ambiguïtés de haut vol. Pas de deuxième essais ou alors de la même veine. Les plus beaux succès viennent d'ailleurs suite à une réaction au conformisme et à la bêtise. Énoncé d'une traite presque magique et par surprise avec une technique mortifère sans intention de la donnée. Citations avec le moins de mots possible. Nous en verrons quelques "goals" de la sorte en fin d'article. Art du mal par la persuasion de l'absurde de situation, révélé au vol d'une phrase. Si l'interlocuteur a l'intelligence d'en rire, c'est gagné par ricochet. "Les cris désespérés sont les chants les plus beaux", disait Musset. Les spectateurs se régalerons de l'échange.

Les paroles dans le réel des rencontres physiques ne permettent pas cette répartie. La rapidité et la surprise des réactions à données fait plus partie du hasard.

Dans l'écrit, le temps et la surprise sont d'un autre ordre. La répartie devient un sport dans le recueillement d'une feuille blanche, d'un texte écrit préalable ou par l'intermédiaire d'un écran. Là, c'est du recul, du calcul, de la recherche qui est nécessaire. Le jeu d'échec commence. Le premier qui avance son pion, ne sera pas forcément celui qui fera le "Mat". Le fou n'est pas celui que l'on croit. Pas de limite de temps. Des coups à l'avance pour le bien de la partie. L'expérience de ce "jeu" peut se donner une chance par la pratique de l'humour sans verser dans la rixe et la colère.

Ce qui est désolant, c'est que sous le couvert de pseudos, la méchanceté gratuite a souvent tendance à exploser. La vie actuelle est plus agressive, pourquoi pas leurs reflets. Le pseudo, faussement incognito, donne de l'assurance à l'auteur "disgracieux" ou "irrespectueux". Plus besoin d'être original et humoristique sans étiquette. Les réponses deviennent partielles et partiales. On élimine les points qui dérangent. Le jeu de ping-pong est sans allant. C'est un combat entre un mouton et un moutonné à qui perd gagne. La victoire à la Pyrrhus finale, dégoûtera son vainqueur. Dès lors, si on n'a pas atteint le fond, on commence très vite à en sentir les odeurs.

Chacun a sa technique de réponse aux invectives. Fabriquer sa réplique est affaire de doigté et de persuasion qui se veut un correspondant à la hauteur. Pas de secret, pas d'adaptation d'une situation sur une autre. Du coup par coup. Pas d'ego transposable vers un autre. Seulement des règles de respect de règles implicites du "jeu" mais qui ferait patiner l'originalité. L'art de la méchanceté se joue comme la vie. Rien n'est gratuit. La faille, chez l'autre, se découvre parfois après des recherches. Sans mentir ou pervertir la réalité.

"Le poids des mots face aux idées", écrivais-je un jour pour exprimer les différences de cultures.

Anne Roumanoff caracolait, avec humour, "Dire du mal de soi aux autres, c'est idiot. C'est leur donner des idées qu'ils n'auraient pas forcément eues tout seul".

La presse n'est pas plus tendre et ici, il s'agit de BD et de Tintin.

Il est vrai que c'est surtout "A cash city" qu'il ne faut pas avoir de faux espoirs.

En remontant le temps, même sans Internet, des querelles ont été épiques et parfois dans des luttes plus meurtrières moralement que physique.

Le magazine littéraire parlait de Catulle et de son émule Martial qui faisaient les délices de la polémique insidieuse et crue, par l'intermédiaire des épigramme. La politique s'introduit, alors, avec le danger de la posture, sans réel argumentaire, dans un rapport de forces au bras de fer, y était-il précisé.

Le venin se retrouve avec Pierre Aretin, redouté pour ses "pasquinades" dans la forme de la médisance.

Pour Léon Bloy, que tout irritait, la critique passait par à l'autodestruction. Il s'en était fait une raison d'être par la pureté et par sa solitude.

Saint-Simon avec ses Mémoires ne s'inquiétait plus de savoir s'il était méchant ou charitable, pouvait être considéré comme le roi des piques.

"La méchanceté croît avec le progrès des idées", disait Rousseau avec une philosophie toute particulière aux gens de lettres qu'il considérait comme les êtres les plus vils qui soient. Lucidité d'égoïsme de l'amour-propre tout en récusant cette vision manichéenne et en admettant ne pas s'aimer eux-mêmes chez ses contemporains, chacals savants.

Le 19ème siècle voit naître dans les salons où l'on cause, le pire et le meilleur des jeux de mots. La haine littéraire contre la médiocrité y pousse du grotesque à la farce. La pièce d'"Hernani" d'Hugo marque, par le scandale, l'apogée des batailles entre romantiques et néoclassiques.

La fantaisie de la méchanceté a toujours évolué dans le temps en fonction de la notion que l'on avait accolée au "mal". Celui-ci progresse à pas feutrés. Il est banalisé ou au contraire rehausser d'emphase en fonction du point de réception de l'attaque. Longue tradition de la méchanceté pour dire tout haut ce que le monde n'ose dire que tout bas.

20090227Vacances.jpgAujourd'hui, dans notre époque qui demande d'aller toujours plus vite, la caricature remplace, souvent, une longue tirade par l'image flash. Humour acerbe, sarcasmes qui feront mouche du premier coup d'œil ou se perdra lamentablement. Méchanceté ou critique constructive? Parti pris, non objectif, si le même regard critique n'était pas donné avec la même virulence de part et d'autres des barrières. On adore ou on déteste ce genre d'approche, pas de demi mesure, si le recul nécessaire n'est pas entrepris. La méchanceté commence, seulement, avec la bassesse, nulle, non productive et subjective.

Pour le spectacle, il y a les amuseurs publiques, imitateurs et autres qui apporteront cet humour grinçant en pointant des personnages politiques ou de la vie publique. Michel Drucker était "cuisiné" samedi dernier dans l'émission "L'habit ne fait pas Lemoine" et constatait que la période Age tendre et Tête de bois était repoussée dans des tournées nostalgiques. Le dixième des réflexions, lancées aujourd'hui, il y a vingt ans auraient fait l'exclusion et le renvoi sur le champ. Mais il est resté le "gentil" de la bande des présentateurs. Les jeunes ne l'apprécient en général plus car il n'est pas assez vindicatif. Pour durer, il est obligé de laisser la place à ceux dont c'est le métier du génie de la "méchanceté" humoristique tel qu'Anne Roumanoff ou Canteloup. Laurent Ruquier, lui, même avec des clashs, s'assure les rires de son parterre d'invités intéressés par sa cause et par la rigolade.

A la télé, les "Guignols de l'Info" ont encore de beaux jours avec en arrière plan "Le canard enchaîné".

La littérature, elle, se doit de jouer dans la subtilité et l'enthousiasme de la bonne parole. La société policée, sous le couvert de l'éducation jésuitique est (mal)heureusement en perte de vitesse. La vie a été et est un combat, une joute perpétuel. La perfidie de salon du XIX ème siècle, la cruauté des apartés, le théâtre de Molière, de Shakespeare se sont transformés en théâtre de Boulevard. Les arbitres, les modérateurs, c'est le public lui-même qui s'en charge.

La méchanceté a-t-elle progressé avec notre époque? Pas vraiment. L'histoire montre le contraire. Le 18ème siècle de Rousseau a probablement été bien pire. "Tout cela eût été moins facile à faire dans tout autre siècle. Mais celui-ci est particulièrement un siècle haineux et malveillant par caractère", avouait-il. Notre époque s'est seulement gadgétisée. Elle s'est donnée des outils neufs pour se répandre à toutes les classes de la population dans les pays dits démocratiques. Et cette extension fait la différence. Dans le milieu du travail, le jeu de la chaise musicale a créé le chacun pour soi avec le matérialisme en toile de fond. Dans les tensions, le psychisme verse naturellement dans les conflits verbaux avec la vengeance et le vitriol comme encre "sympathique". L'amour et la haine ne sont-ils pas les meilleurs complices? Vigny à la question d'un littérateur qui remarquait cette animosité de langage avec ses alteregos, répondait "Que voulez-vos: nos nous aimons!".

20090305Fillon.jpgLa méchanceté fait, aussi, partie de la "peopleisation" des personnages que d'être rappelé en permanence comme "The man you love to hate" en écho à un slogan hollywoodien. Il s'agit d'être à tout prix. Tout, sauf l'anonymat, pour les hommes politiques.

Rappel: "le méchant, c'est toujours l'autre".

Henri Bergson dans un discours enflammé présentait la vie moderne comme une ouverture à la diversité des opinions par l'intermédiaire de la politesse, de la générosité, voire de la charité.

L'agacement peut venir du coup par l'idéologie du sympa. Béatitude tout aussi peu productrice de progrès, même si cette pensée est aimée de la population quand on voit les entrées pour le film des Chtis. Alors, ce sera dénoncer les erreurs et la bêtise pour, simplement, ne pas se faire "chier". La panoplie des actions possible est à la hauteur des ambitions: impertinence, irrespect, provocation, blasphème... mais dans les bonnes formes.La méchanceté, tout un art Obama.jpg

Bourreaux ou victimes. Réceptionnaires d'un message bon ou mauvais, organisez vos duels. Soyez présents, détendus, c'est la modernité qui le veut. Soyez original. Privilégiez les faits incontestables avec les sources de vos dires sous le manteau. Soyez actifs, voir radioactifs. Jouez aux figures de style, à l'allégorie, par exemple, mais pas nécessairement à l'« allez gorille ». Pas confondre non plus entre calembours et "calles au bourg".

Au travail, bons "tortionnaires" de forum dans le respect, la responsabilité et l'humour...

"Une jolie fleur dans une peau de vache, Une jolie vache déguisée en fleur", chantait Brassens.

Cette méchanceté-là, toute relative, deviendra, peut-être, une relation de type "win-win" pour l'écrivain, le lecteur et pour le spectateur. Sans polémique... enfin, presque.


L'Enfoiré,

Sur Agoravox, ce sont les durs des durs.


Citations:

  • "Je préfère le méchant à l'imbécile, parce que l'imbécile ne se repose jamais", Alexandre Dumas

  • "Quelques-uns meurent trop tôt. Beaucoup meurent trop tard. Très peu meurent à temps", Friedrisch Nietzsche

  • "Le singe est un animal trop débonnaire pour que l'homme puisse en descendre", Friedrisch Nietzsche

  • "L'ennui chez l'homme célèbre, c'est qu'il se prend pour ce qu'il est devenu, non pour ce qu'il est resté", Georges Perros

  • "Si on ne voyait que les gens qu'on estime, on ne verrait personne", Crébillon fils

  • "Les Français ont horreur des inégalités, mais ils adorent les privilèges. Souvent, "inégalité", c'est le nom que tu donnes aux privilèges des autres", Anne Roumanoff


21/07/2009

Les croisades à la croisée des chemins

Les croisades à la croisée des chemins_croisé.jpg

Les croisades à la croisée des chemins Saturne 5.jpgMais qu'est-ce qui pouvait bien relier les croisades et la conquête de l'espace? Le dernier Historia  de juillet me posait cette question avec ses deux sujets d'été dans le même magazine. D'après lui, il allait nous révéler ce qu'on n'avait jamais dit sur les croisades, tout en nous apprenant les coulisses de la conquête spatiale.

Qu'est ce qui a motivé cet élan d'aller à Jérusalem pour en découdre et partir en croisade? Quelle motivations pour la conquête de l'espace? Insolite cette question, cette association d'idées et de liens entre deux époques tellement différentes? Historia ne s'est probablement même pas posé la question du choc des époques, lors de l'élaboration de son magazine. Des croisades, il en parle en huit phases. La conquête de l'espace, ce sera en bien plus d'étapes. Mais qu'est-ce qui pousse les hommes à dépasser leurs limites? Il faut aussi faire intervenir la philosophie, la Foi, la psychologie, la condition d'homme pour y répondre.

Pour les croisades, c'est chasser l'infidèle, protéger les pèlerins pour la raison officielle des croisades, mais encore... De tous temps, l'homme a aimé croiser le fer, à se mesurer à son prochain.

La conquête de l'espace, huit siècles plus tard, n'a pas le même objectif final, mais il en reste quelques gènes.

Suivons le fil rouge d'Historia.

Les croisades vers les lieux saints.

Le 27 novembre 1095,  à Clermont, le Pape Urbain II, prononçait un discours qui allait faire date. Il fallait exhorter les preux chevaliers à se rebeller contre les menaces turques et pour délivrer la Palestine et les byzantins des infidèles. Huit croisades importantes vont, dès lors, se succéder entre 1096 et 1270. Pèlerinage ou reconquête des lieux saints perdus? Réconciliation entre l'église et la chevalerie? Contestations et affronts qu'il fallait laver dans le sang? Diviser pour régner en occupant des chevaliers trop turbulents? Hypothèses réalistes soulevées par les historiens quoique l'anarchie féodale n'existerait pas, pourtant, d'après le magazine.

Du côté du Pape, l'histoire est plus claire. Avoir perdu l'autorité sur la partie orientale, les âmes des ouailles en perdition, un élan de délivrance de la veuve et de l'orphelin qui seraient persécutés par les autorités locales. Mais, surtout le schisme latin et grec, de 1054, qui passe mal. Un revanche est dans l'air du temps. Il n'est même pas question de libérer Jérusalem. Mais, l'Occident et Orient se regardent, dès lors, en chien de faïence. A un moment donné, il fallait faire parler les armes au service de l'église. Entreprise hasardeuse qui donnait le blanc seing pour la guerre et le crime.

Mais, les chevaliers, il faut les convaincre d'aller risquer leur vie. Ce n'est pas un Pape, du moins au début, qui serait tenté par l'expédition par lui-même. Nous sommes à l'époque du chevalier courtois, ne l'oublions pas. L'amour courtois, pas la haine. Quel bénéfice pour soi-même au retour d'expédition?Trouver la gloire pour sortir d'un anonymat et se voir entrer dans la postérité.  Voilà un argument indéniable.

Mais il y en a un autre: le goût de l'aventure. L'aventure, c'est l'aventure, dirait-on, aujourd'hui. Partir pour voir ailleurs ce qui s'y passe. Quelles en sont les richesses? L'or attire toujours comme l'aimant.

Les voyages ne font-ils pas la jeunesse?Les croisades à la croisée des chemins_Aigues Morte.jpg

Pierre l'Hermite, prédicateur illuminé, prèche devant les petites gens. Il lève un simili armée de 15.000 pauvres qui fuent la misère pour gagner le bonheur à destination en Palestine. Une croisade populaire de petites gens, bien vite convaincus par des idées religieuses, qui se mettent en marche et qui se retrouvent, sans surprise, perdus corps et biens dans l'opération.

Les croisades à la croisée des chemins Godefroid.jpgLa première croisade (1096-1099) est celle des Barons. Trois voies différentes, Godefroy de Bouillon, Raymond de Toulouse et Robert de Flandre se lancent par les terres en passant par des routes différentes. Point de ralliement à Constantinople. Ils atteignent, tous trois, Jérusalem et mettent celle-ci à genoux, le 15 juillet 1099, après avoir avalé Nicée et Antioche au passage. C'est une réussite. Effets de surprise. On fonde le Royaume de Jérusalem et puis, plus rien ne les retient sur place.

Retour et près de cinquante ans qui suivent, pendant lesquels, on n'y pense plus vraiment. Affaires intérieures, d'abord. Repos du guerrier et défaire la ceinture de chasteté de leur chère épouse qui se morfondait, restée au château. "Home, sweet home". Entre temps, les musulmans reprennent, de proche en proche, leurs positions d'antan comme si de rien n'était. Ce n'est pas quelques tentatives de récupération qui vont changer les choses. L'attrait de l'aventure n'y est plus. Conquérir est une aventure, mais pas la maintenance des territoires conquis.

En 1120, les Templiers, imités par les Hospitaliers, comprenaient l'erreur, le laxisme et comment la corriger. Associer les deux cultures en combinant la stratégie lourde des chevaliers à la tactique légère de la guérilla des musulmans et ajouter l'efficacité de la discipline.

En 1144, la situation se complique pourtant. Les États francs sont reconquis par l'émir Zengi à Edesse.

Les croisades à la croisée des chemins_Batailles.jpgEn 1145, un autre Pape, Eugène III, se devait de laver l'affront mais aussi, de changer le scénario et les appâts pour relancer la machine de guerre. Une bulle "Quantum praedecessores", envoyée à Louis VII, va donner une opportunité. "Être croisé" devient une image de marque. La rémission des péchés, la protection des biens et de ceux qui resteraient à domicile, plus de condamnations pour méfaits après l'opération de récupération, l'annulation des dettes, voilà des atouts indéniables pour redonner l'envie de voir du pays. Carottes devant l'âne, qu'il ne faut pas laisser passer. Le pieux Louis VII  est aussi intéressé. La paix relative qui régne, ne reste plus dans les prérogatives.

La 2ème croisade s'élançait, donc, en 1147 avec un souverain à la tête. Les voies terrestres restaient mieux pénétrables que les voies maritimes. Il ne faut pas changer ce qui marche. On oubliait les mésaventures de cette traversée de l'Europe. Les montagnes et les cours d'eau à traverser, restaient périlleux. Terres inconnues pour la plupart d'entre eux. En 1149, ce fut un échec considérable. Une préparation minutieuse ne peut effacer un manque complet de stratégie du combat des dirigeants et quelques querelles de clocher pour corser, qui fissurent les ententes les mieux structurées. Résultats: Antioche et Edesse aux oubliettes. La bataille de Hattin en 1187, va mettre le moral à zéro à ces preux chevaliers. Saladin va infliger une défaite mémorable et en reprendre les bénéfices de la victoire. Partie remise.

La 3ème croisade (1189-1192) s'embarque avec les meilleurs, les Rois, les plus redoutables, les ... Rambos. Frédérique Barberousse, Philippe Auguste, Richard Coeur de Lion.... Excusez du peu. Un coup dans l'eau, pourtant. Barberousse se noie lors de la traversée d'un cours d'eau. Compensation, Saint-Jean-d'Acre devient une base de retranchement. La légende du Roi Arthur avec le Saint Graal, l'épée d'Excalibur et la Table Ronde reprennent du service. L'honneur doit rester sauf. Pas question d'être à cheval sur la literie dans ses conditions.

Jésus reste le "top manager", le dépositaire de la question de vivre ou mourir de l'époque. Jérusalem, une pénitence consentie avec ses risques, un châtiment pour une armée de métier avec la Croix comme porte parole.  Les chevaliers pauvres vont pouvoir, aussi, y trouver leur compte en se couvrant de gloire. Les plus riches, eux, vont seulement vouloir conforter leurs avoirs. Changement de sponsors et de bénéficiaires.

La 4ème croisade, de 1202 à 1204, va conforter les richesses à Venise. Quelques sauts de puce le long de l'Adriatique dans les possessions plus anciennes, assuraient l'intendance. La croisade s'arrêtera à Constantinople. Jérusalem et les lieux saints ne sont plus l'objectif. Détournement des richesses par le pillage de Constantinople. Nous sommes entre banquiers, investisseurs vénitiens. Ce seront carnages et dégâts collatéraux, comme on le dirait aujourd'hui.

La connaissance de la mer permet de penser à emprunter la voie maritime. Autre aventure. Autres difficultés. Ce sont les tempêtes qui seront au rendez-vous et feront chavirer les pèlerins. Si Molière avait existé, la phrase "Qu'est ce que je suis venu faire dans cette galère" aurait sûrement été prononcée. Dans un environnement hostile et un contexte de troubles de conscience, les B.A. tournent très vite à la désillusion. Changement de programme.

La 5ème croisade de 1217 à 1221, change de patrons et de stratégie. André II de Hongrie et Léopold VI d'Autriche prennent la mer à Spalato (Croatie), mais veulent user du troc de la ville Damiette en Égypte pour récupérer la Ville sainte.

En 1228, la 6ème croisade, la technique d'ambassade continue. Frédéric II de Hohenstaufen utilise, un autre subterfuge, la diplomatie. On négocie. Le traité avec le sultan Malik al-Kamil redonne les lieux saints aux chrétiens.

La 7ème croisade de 1248 à 1254, c'est Saint Louis, lui-même, qui veut s'installer, après avoir croupi dans une prison égyptienne. Son ambition: réorganiser les lieux saints dans la durée.

La 8ème croisade de 1270, c'est la croisade en trop. Saint Louis est Victime du choléra. Sa croisade avortée à Tunis. Cela met un point final aux ambitions de ce Saint. Si la maladie s'en mêle...

Plus tard, les Templiers deviennent un danger politique pour Philippe Le Bel et pour le Pape Clément V. Victimes de la politique, ils seront jugés et condamnés à mort au bûcher après un procès d'hérésie? Hérésie d'avoir été trop organisé, trop drillé, trop efficace pour protéger ses lieux saints? Leur malédiction restera planer au dessus de la tête de leurs juges.

Les voies de la Terre et de la Mer resteront toujours impénétrables comme la voix du Seigneur l'a toujours été.

La conquête de l'espace

Les croisades à la croisée des chemins_Espace.jpgChangement d'époque, changement de styles.

800 ans plus tard, voilà une nouvelle conquête qui commence. Plus moderne. Le ciel et les étoiles a, de tous temps, attiré le regard et fait rêver les astronomes mais aucun ne comptait vraiment y faire un tour. Pourtant, deux blocs, deux idéologies, se font face et se détestent. Chacun voudra avoir la suprématie sur l'autre quitte à se mouiller la chemise pour réaliser l'impossible.

L'ambition de conquête est la même. Seul les méthodes et les équipements vont devoir terriblement changer. L'esprit chevaleresque a-t-il été mis en quarantaine? Pas sûr. L'envie de prestige est toujours là, exacerbée par un public devenu plus attentif, plus instruit et plus blasé et qu'il faut garder en haleine par plus d'aventures, encore. Pour l'Occident, c'est la croisade antinommuniste.

Ces deux blocs rivaux, l'Ouest et l'Est, vont s'affronter dans la course à la Lune et du ciel même si le but de départ n'est pas totalement celui-ci. Pas de David, pas de Goliath, du moins, à première vue. Le combat est incertain. Pragmatisme soviétique contre pouvoir et puissance industrielle massive américaine. Aucun des deux ne connaît le potentiel de l'autre, au départ.

Ce 21 juillet 1969, le sort en était jeté. Neil Armstrong posait le pied sur un sol inconnu et prononça la phrase célèbre, imaginée dans l'urgence : "C'est un petit pas pour l'homme, mais un bond de géant pour l'humanité". Apollo 11 restait sur orbite et le Lem, Eagle, se posait dans la Mer de la Tranquillité. Un peu avant l'alunissage, noyé par les infos du radar, un ordinateur de 64K de mémoire ROM et 4K de RAM avait sonné une alarme stridente. "Magnifique désolation" constatait Buzz Aldrin à la vue du sol lunaire. Une bannière étoile à planter. Ramasser un peu de sol lunaire avant le retour.

Conquête de l'espace qui avait déjà douze ans d'âge. Les téléspectateurs avait déjà l'habitude d'écouter le poème symphonique très solennelle de Richard Strauss "Also spracht Zarathoustra". Fond sonore repris par le film "2001, l'Odyssée de l'espace". Tout le monde, à part la Chine, a vécu l'événement devant les télés en noir et blanc avec des images assez floues et se rappelle dès lors son occupation du moment. Ce fut l'euphorie, l'apothéose. (video)

Le Pape Paul VI souhaita "Honneur, salut et bénédiction à tous les artisans de cette grande entreprise" à l'occasion. Certains incrédules osèrent lancer des rumeurs d'imposture.

Le 28 juillet, la Pravda, elle, reprocha à Washington d'utiliser le succès lunaire à des fins politiques. Comme si Zorro prévenait de son arrivée. Titiller l'adversaire suffit parfois pour saper les motivations les plus ancrées. Le pouvoir sur l'esprit est plus fort que toutes les démonstrations. Et si cela s'était mal passé?

En 25 mai 1961, KJ.F. Kennedy avait fixé un objectif pour la fin de la décade d'aller sentir la pesanteur de la Lune pour relever le défi russe. Son discours était enflammé "Voici le moment pour notre nation de prendre ouvertement la première place dans l'exploration de l'espace". Et il fallait le réaliser dans la décade. (video)

Les prédicateurs ne sont jamais les payeurs. Ils sont là pour diffuser les espoirs, quitte à déformer les réalités trop banales de budgets (24 milliards de dollars). L'espoir fait vivre. Il ne verra pas le succès de son entreprise.

Alors, quand l'enthousiasme participe, la rédemption des âmes et les revanches en cascade passent au second plan pour motiver le pire et le meilleur. Guerre des justes contre l'"axe du mal", comme disait G.W.Bush, bien plus tard.

Les croisades à la croisée des chemins_Apollo11.jpgJe ne vais pas reprendre l'histoire de la conquête de l'espace par le menu comme le faisait, pour l'occasion, un autre rédacteur en épisodes de manière très détaillés (1), (2), (3), (4), (5), (6), (7). Toutes les radios et télévisions du monde s'en chargent aussi.

Ici, une seule introduction des étapes principales.

300.000 kilomètres entre la Terre et la Lune, c'est autre chose que la conquête de Jérusalem réalisée par les Croisés. C'est évident. Personne à combattre. L'histoire de Jérusalem, entre temps, reste toujours un point d'achoppement des idées et des religions. Donc, de ce côté, affaire à suivre.

Il y a eu un "avant 1969" et cela a été, aussi, une grande croisade, une épopée avec des naufrages et des catastrophes dans les interstices des succès.

L'aventure, elle, commence dès la fin de la guerre. Wernher von Braun rêve d'aller dans l'espace. Scientifique, après la guerre, acculé, il offre ses service aux USA, qui, avec ses connaissances du V2, de la première fusée, digne de ce nom, ne pouvaient refuser bien longtemps son passé nazi. Son entrée va, un temps seulement, se trouver en compétition avec la Marine des États-Unis. (discussion sur le sujet)

En URSS, Staline, de l'autre côté du rideau de fer, s'était rendu compte pendant la guerre, qu'il fallait se préparer contre le nouvel adversaire américain. Le souvenir des bombes atomique américaines était encore frais dans les esprits. La guerre froide était née. Le communisme contre le capitalisme.  Sortir une fusée capable d'envoyer un missile avec une bombe nucléaire de l'autre côté, devenait une obligation instinctive. Là, aussi, un scientifique rêve à l'espace: Sergey Korolev et à rien d'autre. Dans le goulag, entre les travaux forcés, il a eu le temps d'en rêver. Son nom restera dans l'ombre jusqu'à sa mort en 1966, suite à pression exercée par le Politburo.

Destins croisés, objectifs parallèles, entre les scientifiques des deux pôles,  qui ne se connaissaient même pas. Objectifs complètement différents du défi politique comme préoccupations des chefs d'État. Un choix à faire entre missiles et satellites.  (ARTE et ses émissions sur le sujet).

Les budgets disponibles entre Est et Ouest sont, en réalité, totalement disproportionnés. Le challenger est du côté soviétique en parlant de potentiel. Pour les Russes, il faudra, dès lors, ruser, montrer ou ne pas montrer pour avoir une chance de réussir. Filtrer les informations et même les tenir sous le manteau comme secret d'État pendant des dizaines d'années en cas d'échec. L'esprit démocratique n'est heureusement pas encore au pouvoir en URSS. La vie et la mort, non plus, n'ont pas la même valeur entre l'Est et l'Ouest. Ces préambules donnent une avance au challenger pour compenser un potentiel moins important. La propagande, ensuite, va jouer à fond. Informations filtrées, tronquées contre diffusées avec fanfare.

Retour aux sources, aux initiateurs, aux précurseurs. Jules Verne, Georges Mélies et Hergé avec Tintin en étaient-ils vraiment? Sur papier, oui. La réalisation, c'est autre chose.Les croisades à la croisée des chemins_Tintin.jpg

Succès et échecs vont se succéder à rythme soutenu dans la réalité.

En 1957, ce fut le premier spoutnik soviétique (vidéo) qui entra dans l'histoire de la croisade moderne entre ces deux mondes.  La chienne Laïka fut la première sacrifiée de l'histoire spatiale. Les steppes de Sibérie en revenant sur Terre, ce sont des espaces énormes pour atterrir. Première gifle pour les Américains.

A Bruxelles, à l'Expo 58, dans les grands pavillons de l'URSS et des USA, c'est la grande démonstration de propagande pour les premiers et la tentative de faire oublier le retard pour le second. (Une réplique de Spounik 1 et une représentation de la capsule de la chienne Leïka, première passagère de l'espace, étaient là pour appuyer les efforts du collectivisme russe).

Les croisades à la croisée des chemins_Floride3.jpgEn 1958, réaction du berger à la bergère, les USA réalisent la première mise en orbite avec Explorer1. On préfère amerrir dans l'Océan. Les budgets sont décidés. La NASA est créée. Cap Canaveral est la base de lancement.Les croisades à la croisée des chemins_Floride2.jpg

L'année 1959 est le retour de la suprématie russe avec Luna 1 qui survole la Lune. Les soviétiques enfoncent, une nouvelle fois, le moral américain en 1961 avec le premier cosmonaute, Youri Gagarine placé en orbite terrestre pendant quelques tours et puis s'en vont. (video)

Un an plus tard, l'astronaute, John Glenn tente d'annuler l'avance soviétique (video). Ham, le concurrent "animal" à Laïka, est revenu sur Terre.

1963, la première femme russe, Valentina Terechkova. Revendication féministe? Non, bien sûr, une simple étape comme une autre.

1967, trois astronautes de la mission Apollo 1 meurent asphyxiés. Komarov subit le même sort dans sa capsule Soyouz. Retours de flammes et du sort quand tout va trop bien.

1968, Apollo 8 permet aux américains d'aller voir les cratères de la Lune de plus prêt. 1969, pour y poser les pieds. Les vols Apollos vont dès lors, retournersur la Lune à rythme soutenu.

Les croisades à la croisée des chemins_Floride.jpgEn 1970, Apollo 13 remet les pendules à l'heure des risques réels. Un réservoir d'oxygène avait eu la malencontreuse idée d'exploser. Sauvetage in extremis. (video).

L'envie de faire des économies se fait sentir, progressivement. La navette est née. Quoi de plus naturel de penser réutiliser les véhicules de l'espace récupérables. L'enthousiasme américain est à son comble. Tout devient possible.

En 1976, six navettes américaines sont conçues. Le programme russe des navettes sera abandonné en 1993. Trop cher.

Les navettes Challenger en 1986, Columbia, en 2003, qui se désintègreront, pour rappeler que rien n'est gagné définitivement. Sept astronautes perdus dans chacune des navettes.

Une conquête de l'espace qui a coûté très probablement la chute de L'URSS et qui ne laisse que des cacahuètes des efforts consentis pour les américains "terrestres" avec des dettes qui s'amoncellent. Personne n'imagine qu'une crise puisse survenir un jour. Le low-cost et ses prémices ne vont pas remettre les pendules à l'heure.

1979, l'Europe relève le défi et la fusée européenne Ariane prend la relève avec des chances multiples. La "panne" des Américains après la perte de Challenger, permet d'espérer à un avenir florissant pour leur propre fusée.

1982, le premier spationaute français porte la preuve des capacités du lanceur Ariane.

1983, Ronald Reagan relance une idée de conquête différente. Sa "Guerre des Étoiles". L'instinct reprend toujours ses droits. La Perestroïka est encore dans les limbes.

1998, l'ISS international commence à se construire. (video)

2001, premier touriste met les possibilités dans le civil à coups de millions de dollars (video)

2003, SHouzhu 5 met en "boîte" son premier taïkonaute.Les croisades à la croisée des chemins_émergents.jpg (video)

2004, Mars n'est plus une planète que l'on voit par temps clair. (video)

Quels sont les retours bénéfiques pour tous de cette conquête de l'espace? Les spécialistes répondront: les nouvelles technologies, des expériences en milieu spatial, des retombées scientifiques par les recherches importantes en apesanteur réalisés dans l'ISS avec le laboratoire de l'espace (Exemples: la fusion de métaux entre eux pour réaliser des ordinateurs plus puissants ou des médicaments plus pur, la pesanteur masquant les réactions, les produits détergents par la mousse aux réactions spécifiques, la médecine, les télécommunications...). Il y a eu aussi d'autres points moins connus tel que l'obligation d'oublier un peu le marketing en standardisant les contacts entre les différents éléments utiles de la station spatiale. Rappelons aussi, qu'en 1961, entre les deux "K", Kennedy et Khrouchtchev, cela a manqué de tourner au désastre pour le monde dans une guerre nucléaire. Si l'espace n'avait pas changer la donne en perdant quelques milliards de dollars dans l'espace, que ce serait-il passé du côté militaire?

Les croisades à la croisée des chemins poubelles.jpgMoins bénéfique, la poubelle des engins qui voguent dans l'espace à la gloire de notre époque prestigieuse et toujours prêts à retomber un jour. Sur la lune, abandonnés, 3 jeeps, 6 drapeaux américains des carcasses de sonde, 170 tonnes de déchets. Sur Terre, les Etats-Unis sont en retard avec le côté social, l'éducation qui aurait pu être moins sélective, voire exclusive.

Le progrès est-il à ce prix? Peut-être. Le spectacle? Absolument. L'émotion? Toujours.

Que faisions-nous le jour où l'homme a marché sur la Lune? Les réponses n'ont pas manquées.

J'ai toujours été surpris de la mémoire des gens et de la fougue avec laquelle, ils communiquaient leurs souvenirs d'événements heureux alors que les malheureux, les tristes et déchirants étaient subrepticement occultés. L'honneur d'y avoir été, d'être présents et probablement d'avoir la chance d'avoir survécu des moments hors du commun?

La navette avait été créée pour raison de coût. Pourtant, aujourd'hui, ses jours sont comptés. Il s'avère qu'elles ont été bien plus coûteuses que les fusées, elles-mêmes. Mais en revenir à celles-ci, sera, peut-être, tout aussi difficile pour les Américains. On oublie très vite ou plutôt, on est très vite obsolète si on perd la "main".

Les vétérans, les 12 hommes qui ont foulé le sol lunaire entre 1969 et 1972, ont marqué l'histoire. Incontestable. Les honneurs n'ont pas toujours apporté la lumière. Neil Armstrong s'est replié dans une sorte d'autisme, obsédé par les traces de pas qu'il a laissées dans la poussière lunaire et refuse tout interview en intentant un procès à tous ceux qui tenteraient d'outrepasser. Edgar Mitchell s'est versé dans le mysticisme. James Irwin raconte avoir senti la présence de Dieu au cours de son voyage. Alan Bean peint la Lune comme seul sujet obsessionnel de ses pensées.

Conclusions:

L'espace et les croisades d'antan avaient, toutes deux, à l'origine une rivalité entre deux entités.

Le voyage touristique terrestre, aujourd'hui, a permis d'aller voir avec ses yeux que le paradis n'existe nulle part et surtout comment ses contemporains vivent ou survivent. La Lune n'est qu'une étape. Très proche et pourtant, tellement difficile d'accès.

Formidables incitents que la rivalité et le voyage !

Faudrait-il qu'il y ait une nouvelle concurrence forte pour que les choses avancent? Des projets existent, mais Mars et autres sont dans les tablettes pour des horizons lointains. Que se passera-t-il entre temps? Les distances sont totalement différentes. Si, Mars n'est que la première étape d'une conquête, les vitesses atteintes devront considérablement évoluer. Les années lumières restent pour la cinématographie de la "Guerre des Etoiles".

En 2004, GW Bush annonçait le projet Constellation qui voudrait voir le retour sur la Lune en 2020 et l'installation d'une base permanente en 2025. La crise actuelle pourrait bien postposer la réalisation de ce rêve pour qu'il ne devienne pas un mirage. Barack Obama a chargé Norman Augustine, de réexaminer de manière approfondie, ce programme.

Le travail d'équipe ne suffit pas comme impulsion. La maxime dit que le ridicule ne tue pas. C'est vrai, il ne le fait que quand il est à répétition.

Le projet de l'espace avec l'ISS a commencé un recentrement au niveau international. La concurrence n'est pas morte pourtant. "Expérience, tu ne nous rattraperas jamais", écrivais-je, il y a déjà 2 ans à l'occasion des vols chinois.

Pourtant, s'il y a bien un projet qui monopoliserait le monde entier et ses habitants, c'est l'espace. Sur Terre, tout a été découvert en dehors des profondeurs maritimes.

De plus, l'espace ne fait pas uniquement rêver. Il peut faire peur, aussi. Une nouvelle météorite, un peu plus grosse que d'habitude, pourrait avoir des envies de rencontre avec notre Terre. Il n'y aurait, alors, rien pour la contrer ou de lui prier d'aller voir ailleurs. L'atmosphère permet heureusement d'éviter la plupart de ces morceaux d'ailleurs, mais, il est, aujourd'hui, convenu que la disparition des dinosaures est survenue suite à l'impact d'un météorite.

L'esprit des croisades du Moyen-âge est loin. Les sacrifices ne sont plus ce qu'ils étaient sur les champs de batailles. Ils sont devenus volontaires. Se battre pour la Science et pour le progrès des générations suivantes.

20090720Anniversaire 69.jpgLa passion de l'espace et l'envie de connaître sont devenus les drogues de notre temps. Le goût de l'exploit fait toujours recette.

Méfions-nous de la ferveur. Le spirituel peut être très temporel et surtout glouton dans ses ambitions, en gloires héroïques et en dégâts pour l'humanité à mettre dans les profits et pertes.

Les nouvelles croisades s'appellent désormais, djihad ou par d'autres noms, tout aussi impressionnants avec des références plus ou moins douteuses à la religion.

A part, les kamikazes, l'homme moderne ne se sacrifie plus avec les armes à la main. Un Pape ne parviendrait plus à le convaincre. C'est le progrès de notre époque.

L'enfer est très souvent pavé de très bonnes intentions, au nom du paradis.

La compétition est ailleurs et pas nécessairement plus pacifique.

Aujourd'hui, certains diront toujours "God bless you".

Dans une relation, parent-enfant, entre dirigeants et dirigés, le prestige et les honneurs resteront les meilleurs agents liants. L'aventure complète, ensuite, le tableau.

Belge, je me dois de fêter trois anniversaires. Le 21 juillet, bien sûr, c'est notre fête nationale belge.

En voici des images matinales toutes fraiches.

Eddy Merck endossait trois maillots au Tour de France, le 20 juillet 1969. Mais, c'est à 3h56, heure française, le 21 juillet, qu'on apprenait que le premier pas de l'homme avait été apposé sur la Lune, le satellite de notre Terre. 40ème anniversaire fertile en événements.

Nous gardons un oeil vers l'espace à l'Euro Space Center de Redu. Je serais mal vu par Dirk Frimout et par Frank De Winne (son message du 21 juillet) qui est là haut actuellement pour plusieurs mois de ne pas y faire allusion.

Non, Historia, dans le fond, avec le parallélisme des deux sujets dans un même magazine et les hasards de la publication, ce n'était, en définitive, pas une mauvaise idée.


L'Enfoiré,


Des commentaires croisés qui se cachent chez Agoravox?


Citations:

  • "C'est lorsque vous avez chaussé vos pantoufles que vous rêvez d'aventure. En pleine aventure, vous avez la nostalgie de vos pantoufles.", Thornton Wilder

  • "Choisir, c'est sans cesse rejeter celui que tu es, pour celui que tu pourrais être. C'est l'esprit d'aventure.", Paul La Cour

  • "En ce monde, on vit mieux en disant la bonne aventure qu'en disant la vérité.", Georg Christoph Lictenberg


16/07/2009

Suffixe "variable"

Suffixe variable_évolution.jpg L'évolution, encore et toujours. Parce qu'elle varie, elle-même; dans le temps au fil des découvertes. Elle progresse. Après 150 ans, le Néo-darwinisme a fait évoluer sa théorie et pas uniquement la sienne. Les mentalités, elles-mêmes, en furent altérées. Pourquoi pas, une conversation imaginaire dans le temps à la recherche des chaînons manquants?

Après l'article "Préfixe 'Evoluer'", le Science et Vie de juin (n°1101) faisait l'inventaire des dernières investigations et découvertes que Darwin ne pouvait pas connaître.

La théorie de l'Évolution évolue elle-même. Alors, si on y mettait un peu d'humour avec une rencontre imaginaire, du 3ème type, mêlée à de l'histoire très post-moderne ?

Hériter n'est ce pas la meilleure manière de continuer? Malheureusement ou heureusement, en fonction du bénéficiaire, peut aussi se voir amputer de beaucoup d'acquis de la génération précédente ou s'en voir conserver une partie à l'insu de son plein gré. Car, on ne conserve rien tel quel. Rien ne se perd, rien ne se crée, tout change ou se déplace... de poche, aussi.

Où, il y a de la gêne, il n’y a pas de plaisir. Ce ne sont pas les gènes qui vont contredire ce principe de base. Pour les individus, ce serait entre égoïsme ou altruisme avec l'environnement comme toile de fond. Pour les gènes, dans le fond, ce n'est pas tellement différent.

Chacun sur son arbre de vie et laissons faire la nature des choses. Mais qu'entend-on dans la forêt?

- "Espèce de con, pourquoi as-tu fait cela? Tu ne connais pas la dernière interprétation et sa dernière évolution?", dit une petite voix avec mauvais caractère.

- "Sale canaris, mal emplumé. Qu'est ce qu'une "espèce de con", au moins le sais-tu, de quelle espèce, es-tu? Chacun doit avancer à son rythme pour parler d'espèces et les vaches seront bien gardée. Qui t'as donné ce sale caractère? De qui as-tu hérité cela", répond une grosse voix.

Ils ne s'étaient même jamais rencontrés avant, ces deux-là et ils n'étaient déjà pas d'accord. Vite dit, donc, de chercher à s'entendre, dans ce monde-là. Alors, fusionner, vallait mieux pas.

Suffixe variable_pinson.jpgLa Science, elle, a ses raisons que la raison adore exprimer avec le plus de précisions, quitte à noyer le poisson.

Le mystère allait-il s'épaissir ou s'applanir? La réponse est très dépendante des interlocuteurs et, eux, très dépendants de leur racine et de leur Foi.

A l'écoute, Darwin se réveilla et s'en retourna même dans sa tombe à entendre ces mots.

- "Je me suis basé sur mon intuition avec mes pinsons à bec variable et ça me fait une belle jambe de retrouver votre ancêtre commun qui évolue au fil de vos fantaisies de générations. Le résultat avec toi reste plutôt très douteux.", dit la voix caverneuse de Darwin.Suffixe variable_anniversaire.jpg

- "Mais, calme-toi, on n'est pas fâché, cher Darwin. Seulement une petite querelle de voisinage. C'est la loi, par ici. Les mots dépassent souvent les pensées les plus intimes. Il faut répondre à vitesse ou à impulsions réduites en jouant sur les gaz et la pédale de l'accélérateur. Tu sais, la spéciation passe aussi par les allèles et un peu de sélection naturelle comme antidotes aux réactions trop rapides ou mal appropriées, cela ne fait pas de mal.", s'empresse de répondre le pinson. "Il faut seulement s'adapter aux circonstances. Tout change ici bas, mais toujours à vitesse variable. Il faut donné le temps au temps, que diable. Ta théorie, tu as mis le temps à la sortir. Mon bec, si je dois en plus, le fermer, où irais-je? Et puis, je ne suis pas naturaliste, moi. Donc, tu devrais en savoir plus sur la question, non? L'hérédité, cela ne te dit rien?".

- "L'hérédité et les héritages sont affaire de niveau de parenté au bénéfice du plus rapproché. La ligne directe, c'est le pactole assuré. Ce l'est un peu moins pour les copains dans la nature environnante. Le copinage, les arrières petits neveux, il faudra qu'ils s'y fassent. Ils n'auront pas la gloire avec l'héritage.".

- "Exactement. Ça c'est chez les individus. Tu en connais les risques. C'est presque identique dans l'infiniment petit. Les généticiens, depuis ton départ, ont relevé le gant et ils l'ont très souvent largement ouverte cette hérédité avec beaucoup de théories, en plus. L'ADN a de ses secrets que le commun des mortels ne peut pas se rendre compte, sans se poser beaucoup de questions. Ces généticiens ont, souvent, des réponses que tu ne comprends pas tout de suite mais qui sont très peu fixées dans le durable. Donc ne t'en fais pas trop. Il est tellement instable, ce serpentin, face à tellement d'ennemis ou de faux amis. Cent génomes d'animaux. Mille génomes de bactéries. Des milliers de génomes viraux. Tous, séquencés, aujourd'hui. Te rends-tu compte du boulot pour ces généticiens?".Suffixe variable_H et F.jpg

- "Des généticiens, des génomes? Je dois avoir manqué quelques marches dans la compréhension. Mon concept et mes convictions ont toujours été "Croisez et multipliez", j'ai toujours pratiqué cela avec ma famille. Neuf enfants, c'est pas mal, non? Mon épouse n'a peut-être pas l'intelligence de l'homme, mais de la tendresse, bordel ! Qu'est-ce que t'en fait? Explique moi."

- "D'accord. C'est Mendel qui expliqua, en premier, avec son support matériel de l'hérédité que les avoirs, les acquis se transmettent par les gènes entre générations. Mais ce n'est pas tout, ceux-ci peuvent muter au passage. Tu ne me reconnaîtrais pas avec ma couleur bariolée d'aujourd'hui. Et pourtant, mon plumage n'est déjà plus le même qu'à ma naissance. J'évolue même entre mes contemporains. Quant à mon ramage, en cherchant bien, La Fontaine pourrait bien avoir une fable cachée dans son mémento pour la décrire. Pour l'idée que tu te fais de la femme, il faudra un peu la réviser, à mon avis. Sais-tu que chez mes contemporains humains, c'est la crise et un plan de relance parle d'investir dans la femme sous le terme de Womenomics? Ça, t'en bouche un coin, non? Pendant toute ta vie tu as été malade. Sans le savoir, tu étais, probablement, en déphasage avec la sélection naturelle. Avec ta stature courbée, ta barbe en bataille, qui sait, tu étais, peut-être, non viable."

Darwin, étourdit, réfléchissait. La moutarde commençait à lui remonter par les narines. "Non viable?", se disait-il. L'intelligence de ce rejeton dépassait celui de ses pères. Jamais entendu un pinson qui parle et qui soit si féru d'érudition et si insolent, à la fois. La descendance avec mutation devient une véritable descendance d'enfer, pensa-t-il. Plus aucun respect pour les aînés. Pourtant, intrigué, il demanda:

- "Tu parles d'ADN. De quoi s'agit-il? Serait-ce l'"Âme à Dose Naturelle"?, s'inquiète Darwin.

- "Non, l'Acide Désoxyribonucléique. C'est la partition de la symphonie génétique. T'es pas au courant? James Watson et Francis Crick l'ont découvert bien après toi. T'as vraiment une structure vestigiale, dit? Génotypes vers phénotypes, pour ne rien te cacher."

Darwin commence à chanter mentalement "Il est malade, complètement malade", tandis que le pinson, joyeux, sautant de branche en branche, continuait sa théorie post-moderne tout en continuant à faire l'étalage de ses connaissances.

- "Nous sommes marqués chimiquement. Les pros de ce marquage appellent cela de l'épigénétique. Stephen Jay Gould expliquait, ainsi, l'élasticité de notre évolution dans sa vitesse d'exécution contrairement à ce tu disais, au sujet de l'évolution, graduelle et lente. C'est à vitesse variable. Cela expliquerait même les chaînons manquants chez tes chers fossiles en y apportant des ponts inattendus. Véritable équilibre ponctué par quelques monstres prometteurs mais qui restent heureusement anecdotiques. Question d'interpréter la partition, les protéines, les virus, par exemple, sont dans le coup et influencent l'ARN. Ils s'attaquent à l'ADN pour en déstabiliser l'édifice, encore plus. Tout est imbriqué dans le processus. Tous pour un, un pour tous. Dans ce jeu, on en oublie, si c'est la poule qui a fait l'œuf ou l'inverse. Contradictoire, tout cela? Non, complémentaire. C'est ce qu'on appelle la discipline de l'évo-dévo. Non, c'est une "super synthèse", du saltationnisme.".

- "ARN? Qu'est ce, encore, cela? L'Attraction Répréhensible Naturelle? Espèce de pinson, qui ne parle plus mon langage. Tu recommences? T'as la couleur de tes plumes et de tes poux. Même pas une queue plus longue, mais pour ce qui est de la tête, t'as exagéré avec le plomb. T'es vraiment plus le fils de ton père et de ta mère. Mutant, va."

- "Encore une fois, tu te trompes. L'ARN, c'est de l'acide ribonucléique et la spéciation a eu des effets qu'il faut juger sur pièce. Le découvreur, c'est entre autres, Marshall Nirenberg. T'as qu'à t'y faire, aujourd'hui, on découvre les choses en équipes. Carl von Linné, tu t'en souviens, peut-être, espérait pouvoir nous classifier avec ses étamines, ses pistils à en choquer plus d'un de son époque. Et bien non, c'est plus compliqué que cela, il y a, en plus, un flou artistique. Ces sacrés emmerdeurs de virus ont tout cassé avec leurs subtilités du travail bien fait en véritables kamikazes. Leur évolvabilité est diablement plus rapide sans consensus. C'est, parfois, une explosion qui fait évoluer et il faudra chercher une nouvelle niche écologique, comme dit Mark Pagel. Car il y a les accidents de parcours, qui, en définitive, marchent à merveille, comme avec Alice, ma copine, qui vole plus vite que moi avec son bec aérodynamique. Et le concept de la co-évolution en symbiose, des transposons, avec les bénéfices partagés et le stress qui influence, tu connais?"

- "Tu me les gonfles. Tu es devenu un virus dangereux, un carriériste qui se gargarise de mots, pinson de mes deux. Mais ce qu'on ne pourra jamais me reprocher, c'est d'être écolo avant l'heure. Et, ça cela vaut tous les mots de la terre.".

Suffixe variable_carière.jpgManifestement, la conversation s'envenimait. Un véritable dialogue de sourds. Querelles de générations, aussi. Ces jeunes ne pensent qu'à l'évolution de leur carrière. Le pinson en avait encore beaucoup de choses à raconter à Darwin. Traduit par Clémence Royer, sa théorie à fait des émules dans pas mal de secteurs et certains en ont tiré des conclusions hâtives en soutien à leur propre théorie qui n'avait plus rien à voir avec l'idée scientifique. Le mot d'eugéniste, lui brûlait le bout du bec. Lui parler de son fils aîné, qui, lui aussi, n'était pas exempt de fantasmes. Traduire n'est ce pas trahir?

Mais, il était vraiment temps que chacun reprennent sa route.

Le pinson s'envola et Darwin se retourna en réfléchissant à un ailleurs meilleur.

Suffixe variable_java.jpgIl n'aurait même pas osé parler d'informatique, alors que là aussi, des processus d'héritage existaient au grand bénéfice de ses utilisateurs et développeurs. Suffixe varier evolution.jpg

Il ne chercha pas son Créateur. Il pensa donc simplement qu'il était et qu'il continuerait son chemin dans le ciel jusqu'à la fin des temps. Il ne voulait pas en savoir plus.

Il n'avait pas entendu le biologiste russe Theodosius Dobzhansky dire « Rien n'a de sens en biologie, si ce n'est à la lumière de l'évolution ». Mais, ce n'était certainement pas dit dans sa langue de pinson.

Cela aurait pu le rassurer un peu, pourtant, avec des principes simples, universels et complémentaires de la descendance avec modification et de sa sélection naturelle.20090210Darwin.jpg

Depuis, Armand de Ricqlès avait constaté que "La théorie synthétique a fortement évolué par incorporation - et donc dépassement - de points de vue initialement très critiques et par l'émergence de champs nouveaux venant la compléter".

Massimo Pigliucci, lui, se taisait mais il n'en pensait pas moins.

20090711Obama et le Pape.jpgLa théorie de l'évolution pourrait-elle devenir, enfin, prédictive et dessiner l'évolution future des êtres vivants? Là, ce serait aller trop loin. Ce n'est pas le but du jeu. L'histoire est pavée de "trop" bonnes intentions. Les apprentis sorciers habitent souvent le futur, que l'on voudrait ne pas avoir à imaginer.

Que le Futuroscope de Poitiers eut pu imaginer un tortunosaure, passe encore, mais, n'est pas singe qui veut.

Modifier un homme vers son propre progrès? Quel progrès? De toute façon, il faudrait terriblement le bricoler pour qu'il reste varié, cet homme, sans devenir "avarié".

Alors, les sélections ne sont plus tout à fait naturelles. Contre nature, même. Les castings ont commencé.

Pour évoluer, aujourd'hui, rien ne sert de partir à point, il faut toujours courir.

L'Enfoiré,


Sur Agoravox, des commentaires variés ou avariés?


Citations:

  • "Si on repassait le film de la vie, le scénario ne serait pas le même", Stephen Jay Gould

  • "L'évolution est une théorie au sens propre du terme, c'est-à-dire une vaste synthèse intégrant et rendant compte d'une multitude de données observationnelles et expérimentales dans un cadre rationnel et unifié. Ce n'est donc, pas une hypothèse parmi d'autres mais un système ouvert.", Armand de Ricqlès

22/06/2009

L'Est dans tous ses états

L'Est dans tous ses états.jpgDans son histoire, l'Union Européenne est passée successivement à 6, 9, 12, 15, 25 et 27 membres au cours de son histoire. Événements passés plus ou moins inaperçus pour les uns avec enthousiasme pour les autres. Les flonflons ont disparus. Les élections européennes ont eu 56% d'abstentions, sans émotions et sans gloire. La crise a touché aussi l'ancien bloc de l'Est. Où en sont les bouleversements de Far East?

Après l'Europe à 27, élargie à l'Est le 1er mai 2004, et celle de 2007 avec la Roumanie et la Bulgarie, qu'en est-il après 5 ans pour les premiers et deux ans pour les plus jeunes ? Des prédécesseurs ont eu à se féliciter d'être entré dans le "grande maison", tel que la péninsule ibérique. Alors?

Beaucoup de désenchantements. Passé de 15 en 27 en Europe a eu aussi des effets contradictoires à l'Est, chez les nouveaux élus. Le véritable coup de fouet des précédents élus a été, en général, un coup dans l'eau pour les nouveaux. La fusion demandait des accords et une intégration qui n'ont pas eu lieu. La finance n'est pas tout. Le social non plus. Pratiquer l'Europe demande des règles plus uniformisées. La langue, par exemple, trait d'union entre les citoyens, toujours aussi peu commune en dehors du commerce international. Cela demandait de grosses modifications au niveau scolaire et au moins une génération pour s'y préparer. Toujours dans les limbes de l'imprécision. Mais prenons un nouveau recul en comparant ce qui est comparable.

Déjà en mars 2008, on pouvait lire « Bientôt la fin de l'Eldorado à l'est ? ». Cette idée accompagnait la grève chez Dacia avec l'âge d'or des bénéfices qui s'achevait lentement. Le manque de personnel qualifié compliquait la vie des employeurs. Les rattrapages salarials se dégonflaient.

La Hongrie, la plus au centre d'Europe des quatre, est rongée par les dettes. En recul de 3,3%. Plus de 50% de majoration sur les prets en devise. Le forin a emporté dans sa chute, ceux qui croyaient qu'au contraire, il a allait être revalorisé. Les achats de maisons étaient devenus irrationnels. On achetait jusqu'à 7 maisons. Le niveau de salaire moyen brut s'élève à 791 euros par mois et le chomage se limite à 7,8%. Un GEOde 1982 (N°43) parlait de Budapest, la "reine du Danube" qui voulait s'ouvrir réellement sur le monde occidental. Du rock dans la cité magyare de Franz Liszt et de Béla Bartok dans une vie culturelle intense avec 25 théâtres et 9 bibliothèques nationales. Grande cité thermale dans laquelle on débite 40 millions de litres d'eau chaud par jour pour y soigner entre autres du rhumatismes et de l'arthrite. On y joue aux échecs sur les bords de piscines. L'étau du stalinisme sautait en 1989.

La Lettonie est frappée de plein fouet par la bulle immobilière qui fera probablement école. A Riga, c'est la spéculation qui s'est emparée de la population. On construit pour le promoteur plus par besoin. Le niveau de salaire moyen brut s'élève à 682 euros par mois, l'inflation plafonne à 15,2% et le chomage se limite à 7,5%. Une contraction du PIB de 12%. "Elle attend une bouée de sauvetage", est-il dit.

La Slovaquie à un surnom de "Détroit à l'Est" avec ses 3 entreprises automobiles qui ont dépassé la Belgique en nombre de voitures produites. Le pays a limité la casse. Zone euro oblige. Le niveau de salaire moyen brut s'élève à 697 euros par mois, l'inflation pafonne à 3,9% et le chomage se limite à 9,6%.

Roumanie, la "Dacie heureuse" comme aime bien la définir les brochures touristiques pour faire revenir les devises et attirer la "gent capitaliste". Pas trop d'informations en provenance de ce pays. Seulement parfois des Roms ou des prostituées roumaines, mais à part cela, la Roumanie ne défraye pas trop la chronique. A la lecture d'un article sur le sujet, les souvenirs de mon voyage, me reviennent et me font presque revenir en courte culotte. Vous pensez c'était, il y a 35 ans. Je suis revenu aux photos de l'époque et cela se confirme "diablement" actuellement. Les Tsiganes, Roms, gitans, ne proviennent plus de Roumanie même s'ils y ont une origine.

Huit fois la Belgique avec 22 millions d'habitants, voilà ce que représente l'heureuse Dacie. Véritable mosaïque de cultures et de langues héritées de l'histoire et de passages d'ethnies différentes. Sous le nom de "Romania", elle a été la région orientale importante de la Rome antique.

L'année 1974, quelques baux depuis et que de changements en perspectives "cavalières" ou non. Je me souviens mais depuis, je ne suis jamais retourné. Je devrai comme vous lecteur, je me dois de faire confiance à ma mémoire et, surtout, à la mise à jour.

L'Est dans tous ses états_2.jpgMamaia, sur la Mer Noire, était le lieu de vacances par excellence, à l'époque. La grande ville Constanta, proche, apportait une impression plus citadine. Pas tellement d'agences de voyage qui détournent le regard vers cet horizon, aujourd'hui. La douceur du climat type méditerranéen n'a pourtant pas changé et le thermalisme y sont toujours les atouts incontestables. La capitale reste secrète. Le Danube et son embouchure étaient la visite naturelle en pleine nature dans les catalogues d'excursions. Le patrimoine rural était là et l'est toujours. Nous étions, en 74, sous le régime dictatorial de Ceausescu. Pays le plus pauvre d'Europe, pacifique et pacifié. Endormie sous le poids de ce régime. Pas question d'entreprendre des conversations trop dirigées dans la rue. La discretion assurée. La "Securitate" pouvait se trouver derrière n'importe quel mur. Le plus grand hôtel de Mamaia, l'International, était réservé aux voitures avec plaques spéciales. Attention, faut pas, à l'intérieur, le confondre avec le confort occidental. Dans les rues, en douce, on venait auprès du touriste trop reconnaissable, pour échanger des devises à un tarif sans concurrence avec celui pratiqué par l'officiel. Le leu se transformait tout à coup en lei, son pluriel. Les magasins, eux, pratiquaient une ségrégation de fait. Touristes d'un côté, autochtones de l'autre. Nourriture top niveau pour les premiers, pour devises étrangères et en deuxième source, avec tickets de rationnement, pour les autres, quand il y en avait. Pas de mélange. Les étalages reflétaient plus encore cette différence par des tarifs dissuasifs convertis en devise. Un GEO de 1989 (N°119) titrait même "La Roumanie à la casse". On parlait de faillite. Le "Conducator", avec son culte de la personnalité obsédant, l'y avait mené en accusant les paysans de ne pas assez produire pour l'exportation. Des milliers de villages allaient être rasés et remplacés par des centre agro-industriels. Le Plan de la systématisation du dicateur et de sa nomenklatura regroupaient trois millions d'habitants dans des cités béton. On parlait déjà d'économiser. La consommation d'essence, c'était 20 litres par mois et par automobile en dehors de Bucarest. "Partidul, Ceausescu, Romania". Le peuple, lui, rêvait de sa part de glasnost et de perestroïka, enveloppé dans autre chose que des flacons vides.

Cela, c'est pour le préambule vécu dans un autre temps.

Aujourd'hui, Nicolae Ceausescu, le Génie des Carpates entre 1969 et 1989, n'est qu'un lointain souvenir. La surprise totale pour cet homme et son épouse, d'être jugés et condamnés un Noël de 1989 et qui espéraient le fêter et garder le poste jusqu'à la fin des temps et qui ne voyait pas son peuple. Crime de la non assistance à personnes en danger.

Seul son Palais du peuple demeure, en place, comme le plus mégalomane batiment en pierre dans le monde. Depuis, plus d'une nouvelle génération veulent aller de l'avant. La révolution de ce Noël 1989 est passée par là. Vingt ans, bientôt. Une génération qui n'a même pas connu ce passé troublé et de frustrés pour la plupart des habitants. Un élan de faire table rase du passé partout dans le monde se terminait en point d'orgue par une véritable révolution inattendue.

Année de tous les dangers que celle-là. Il faut dire que l'année 89 a été fertile en événements d'insurrections. Les plus marquants, la Chine, d'abord, qui, dans le sang, avait raté son entrée dans le monde des vivants. L'écroulement du monde soviétique, ensuite, avec le mur de Berlin, comme point d'orgue. La RDA, pure et dure, et le mur de Berlin tombaient en poussières, du même coup. Dans le détail, il y eu aussi: L'Afghanistan qui se débarrassait de l'armée rouge. L'ayatollah Khomeiny en Iran, qui lançait sa fatwa sur l'écrivain britannique d'origine indienne, Salman Rushdie. Boris Eltsine, en URSS, qui apparaissait pour la première fois sur la scène publique avec des réformes sous le bras tandis que Gorbatchev s'évertuait avec sa perestroïka sous les aiselles et visitait Pékin. Yasser Arafat devenait chef d'état. En France, la Corse était au bord de l'insurrection en fêtant son bicentenaire. Belfast était sur les genoux, après 20 ans de guerre d'usure. De Klerk, en Afrique du Sud, qui promettait une "nouvelle ère" multiraciale. On découvrait un non-communiste à la tête de la Pologne. La Hongrie ne restait plus cette tache blanche habituelle, sur la carte. Les Vietnamiens qui quittaient le Cambodge et espèraient retrouver la paix après 50 ans de guerre.

Le Père Noël 89 avait, donc, eu la Roumanie dans sa hotte révolutionnaire pour fermer le bal de cette année très chaude. Le Conducator, liquidé. Son épouse et lui, incrédules, face à ce qu'on leur reprochaient alors qu'ils n'avaient jamais été contestés à leur vue à courte distance. Et aujourd'hui?

L'Est dans tous ses états_4.jpgLes brochures de tourisme n'ont pas ou plus beaucoup, les destinations de l'Est dans leurs feuilles pleines de couleurs. Les horizons bleutés de la Méditerranée et son charme attirent, toujours, plus. La Roumanie est absente, tandis la Croatie renait de ses cendres en pleurant les morts de la grande Yougoslavie dans les années 90. Ce n'est que la crise actuelle, un peu d'attrait vers la culture exotique qui pour des raisons économiques abattra, peut-être, les frontières de l'hésitation au retour vers l'Est.

Non, après cette année-là, rien n'était plus comme avant à l'Est.

Sur les côtes, le réveil a été le plus visible.

L'Est dans tous ses états_1.jpgDans la Roumanie de l'intérieur rurale, on utilise encore l'adjectif "ancestral". La pauvreté a toujours freiné le modernisme. Les agriculteurs cultivent avec les moyens les plus vétustes et le cheval remplace le tracteur des pays voisins. Les routes sont elles encore plus traversées par vaches, oies et canards que par les voitures. Dans le village, cela n'empêche pas la joie de vivre et de pousser l'hospitalité à sa valeur originelle. La terre est cultivée avec la panoplie d'outils que l'on ne reconnait plus chez que dans les musées. Le rythme de la tradition se traîne au ralenti, hors du temps. Les fêtes folkloriques ne sont pas maintenues par le tourisme mais pour garder la cohésion et le respect de la religion et de la crainte de la sorcellerie. Elles trouvent leur apothéose à la Noël oubliant la simplicité de tous les jours. Sourire garanti et gratuit.

Du côté des jeunes, la volonté de s'expatrier est endémique. En réaction à cette fuite des cerveaux, le gouvernement tergiverse sur les moyens de la contenir. Une augmentation des salaires est considérée comme un risque d'inflation. Entre temps, de jeunes informaticiens essayent de s'immiscer dans les filières très rentables d'internet, mais pas toujours très honnêtes. La piraterie moderne est entrée dans les moeurs. Informatique et internet leurs outils de pénétration dans le monde de l'innocence occidentale. Il faut rappeler que le revenu par tête d'habitant représente seulement 44% de la moyenne des pays européens et que 9,5% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté suivant la conception de ses voisins.

L'Est dans tous ses états_3.jpgEn dehors de cette ruralité charmante, les attraits touristiques sont nombreux. Le Nord avec les monastères et églises de bois peint. L'Est avec le delta du Danube en pleine nature avec tous les oiseaux possibles cachés derrière les joncs. Au centre, la ville de Sibiu qui partage le titre de ville de culture avec Luxembourg en 2007. Un héritage médiéval avec places fortifiées explique ce choix et aussi grâce à la présence de banques qui ajoutent à la ressemblance plus moderne entre les 2 villes d'Europe. Le moyen âge se retrouve aussi dans la ville Sighisoara, véritable musée à ciel ouvert, inscrite au patrimoine de l'Unesco. Pour les passionnés de l'étrange, le château de Bran avec le fantôme du comte de Dracula comme hôte des lieux. Sorti de l'imagination d'un écrivain qui avait pris pour modèle le comte sanguinaire de Vlad. Au Sud, la capitale Bucarest est qualifiée de "Petit Paris", "petit" qui compte malgré tout 2 millions d'habitants. Au détour des grandes avenues et des fontaines, musées, théâtres, son palais immense, devenu le Parlement, érigé à la gloire du dernier dictateur mégalomane qu'était Ceausescu.

 

L'Est dans tous ses états_Vote fin 2008.jpgLes Roumains votaient en décembre 2008, lors d'élections législatives marquées par un duel serré entre la gauche social-démocrate (PSD) et la droite démocrate-libérale (PDL), et une faible participation (19,84%, soit bien en-deça des taux enregistrés à la même heure lors des législatives de 2004 (27,18%) et de 2000 (27,25%). Quelque 18 millions de Roumains étaient appelés aux urnes pour renouveler leur Parlement, avec en jeu 315 postes de députés et 137 de sénateurs, selon un nouveau mode de scrutin à un tour combinant le vote uninominal avec le vote sur listes.

 

Un pays avec un pied dans le futur à l'Ouest et un dans le passé à l'Est. Enfin, presque, un pied... parce que l'agriculture est encore la meilleure manière de tenir la forme en Roumanie.

20090619Campagne et moteurs.jpgIl faudrait peut-être renverser l'idée que l'Ouest est la terre promise. Noêl prochain, 20 ans après sa révolution, la Belle au Bois Dormant aura-t-elle trouvé son prince? Pas sûr, du tout.

C'est désormais la grande braderie des faillites à bord, comme nous venons de le voir. Les prédateurs sont assoiffés des bonnes affaires. Les "prédatés" resteront piratés. A l'Est comme à l'Ouest, rien de nouveau de chaque côté d'une frontière, toujours efficace, mais qui est, seulement, devenue plus virtuelle que physique.

La maxime est devenue "Dis-moi par qui tu es fréquenté, je te dirai qui tu es".L'Est dans tous ses états_5.jpg

 

Paul Valéry, lui, disait :

"Le moderne se contente de peu".

 

Tout est question d'époque et de mentalités. Ca ne se choisit pas l'endroit où l'on naît et le milieu que l'on fréquente. Une idéologie, ça ne se conquiert pas dans l'espace d'un "Far East" et des rêves, mais plutôt dans le temps, les sacrifices, la solidarité, la clarification des buts et de leurs suivis en parlant d'une seule voix.

Et si la Russie demandait, un jour, d'entrer dans l'Union européenne?

GazProm, cela vous rappelle certains problèmes d'approvisionnement?

Anti-américains, certains pays européens le sont. Alors pourquoi pas? Un gros morceau à avaler, la Russie, ça, c'est sûr.

Si pour la Turquie, c'est plus contestable, la Russie, elle, en fait bien partie de l'Europe géographiquement.

 

L'Enfoiré,

Sur Agoravox, d'autres habitués de l'Est

Opinions d'une habituée

Mise à jour 16 octobre 2009: Une interprétation de la situation de la Roumanie par l'intérieur "La théorie du choc ou crise mondiale"


Citations:

 

  • "Quand on n'a pas ce que l'on aime, il faut aimer ce qu'on a", Proverbe roumain

  • "Il n'est plus proche parents qu'une bourse pleine et un sac de farine", Proverbe roumain

  • "Le changement de chef fait la joie des sots.", Proverbe roumain

 

 

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