19/07/2011

Et il fait toujours tourner et courir le monde

L'argent, nerf de la guerre, a toujours été de toutes les préoccupations, mais avec un certains brouillard dans les manières de le conserver. L'idée du bonheur était dans les prés, très probablement. L'un n'empêche pourtant pas l'autre quand on constate que cela intéresse fortement des spécialistes de ce qu'on en fait de ce nerf de la guerre.Cet article avait été écrit pour parler de l'argent, en général. Il a pris une autre connotation. Il est devenu un billet en droit de réponse à une polémique.

argent,homme

L'anglaise, Gillian Tett, a une formation d'anthropologue. En 2005, elle se tournait vers les affaires de Wall Street.

Curieux, se dirait-on. L'anthropologie mènerait-elle à l'argent?

Cela semble vu qu'elle n'est pas unique à être passée d'une science humaine à une science qui approcherait plus les chiffres et le monde numérique.

Si vous me suivez couramment, vous avez pu constater que cette évolution existait, au moins, dans un autre cas: celui de Paul Jorion. J'en parlerai en fin de ce billet pour faire suite à ce qui créait une polémique.  

Gillian Tett était passée, d'abord, par la case "journalisme" en devenant la directrice en chef de "Financial Time". Elle a tout comme Jorion, sentit le risque de la faillite du système financier avant la crise de 2007.

"Les banquiers sont déconnectés et trop arrogants", disait-elle. Tous deux se sont félicités d'avoir alerté l'opinion et s'en sont retrouvés au devant de la scène.

La complexité des produits des marchés, toujours en croissance, CD, CDS, le manque de transparence, avait mis la puce à l'oreille de Gillian Tett que cela ne pouvait durer. Il était devenu trop facile de rouler les innocents qui ne sont pas intégrés dans le processus que par les intermédiaires, en juges et parties, infiltrés dans le processus de décision. Elle écrivait "Fool's Gold". Les tours de passe-passe financiers de la J.P.Morgan n'y étaient pas étrangers. 

"Comprendre le monde, c'est comprendre l'argent", avait Gillian comme slogan.

Je ne peux qu'applaudir cette déclaration. L'étude des bases économiques devrait faire partie de toutes les branches d'études comme si elle était une langue, un langage particulier auquel il faut se résoudre pour vivre en harmonie dans notre monde cruel. Le culturel sans voir la circulation de l'argent, c'est penser prendre des vessies pour des lanternes. L'argent est un sujet "chiant" mais un sujet avec un certain "intérêt". Alors, la plupart des gens s'en remettent aux bons soins de leurs conseilleurs sans en comprendre les fins mots.

Rien ne sert de gagner sa vie, parfois très durement, si c'est la perdre, sans comprendre l'utilisation de ses revenus par la suite. L'argent a un but unique d'être un outil qui donne un potentiel pour aujourd'hui et demain. Il n'est pas une fin en soi. Veiller à contrer son effritement par l'inflation n'est pas une question, c'est une saine décision.

Le citoyen lambda a des tendances à rêver. Les chiffres lui donnent mal à la tête quand il y a trop de zéros dans les montants. Savoir lire un bilan d'une société n'est que le premier pas. Alors, qu'il ait des gogos aux passages n'est pas une surprise.   

Sans l'argent, ce serait revenir au troc pour se procurer ce dont on avait besoin pour vivre, manger, s'habiller et se loger. Dans le troc, l’État, le social, la solidarité n'auraient pas leur part du gâteau sous forme de taxe. Un bien ou un mal? Question qui trouve réponse dans la lutte entre libertarianisme et socialisme. Des mots en "-isme" ont toujours un lourd passé.

Qui est le dindon de la 'farce' dans ce jeu de donnant-donnant? 

Il a fallu inventer une monnaie d'échange qui permette des échanges pour rendre le commerce plus facile et surtout de percevoir la dîme du chef. Les chefs se sont succédés avec des noms divers : empereur, seigneur, roi et finalement État et gouvernement représentatif.

Tout allait pouvoir s'acheter avec les billets, la monnaie ou l'argent électronique. L'homme moderne allait connaître une fuite en avant pour gagner toujours plus d'argent aux attraits infinis. La virtualité de l'argent et les dettes ont radicalement effacé le travail de production qui s'y cachait. Pour l'avoir, cet homme allait devoir pour la plupart du temps, travailler plus et travailler, de plus en plus, jusqu'à accepter toutes les compromissions, tous les sacrifices et à vendre son bien être. Travailler mieux, plus efficace, c'est encore toujours des plans sur la comète. argent,homme
Le travail, devenu de plus en plus prenant, monopolise temps et entourage. Point.

Allégorie pour allégorie dans un couple?

Les conjoints d'un ménage courent le plus souvent dans la même direction pour engranger le matelas nécessaire pour satisfaire les moindres envies. D'abord aux États-Unis, suite à la concurrence de compétitivité que nous connaissions, les entreprises se sont mis à exiger, par contrat, plus de flexibilité dans le temps des prestations et dans la mobilité, l'éloignement vis-à-vis du domicile des employés. Si l'employé veut faire carrière ou simplement garder sa place, c'est l'acceptation de ces contraintes, de ces exceptions qui sont devenues souvent généralités. Être appelé à partir pendant une semaine à des centaines de kilomètres devient monnaie courante. Être "carriériste" ou être "famille", un choix très difficile dans un concerto imposé à main levée.

Les États-Unis ont du mal à se faire à l'idée de ce que représentent les pays européens, eux qui ont souvent choisi l'esprit conservateur républicain.argent,homme

La dimension d'un pays comme la Belgique, pourtant appelé cœur de l'Europe, n'est qu'un conté, une bourgade à l'échelle américaine, quand on a l'habitude d'aller d’État en État sans quitter le sol de la patrie!  De part et d'autre du couple, loin des yeux loin du cœur, les époux cherchent à meubler le temps.

L'engrenage vicieux a commencé. Est-on à l'aube d'un bouleversement ou d'une évolution prise dans la douleur? Le mot "révolution" est trop sanguinaire, mais l'évolution des mentalités est inévitable.  

Les essais libres d'infidélité comblent les temps libres. Je ne dis pas qu'il faille prendre des allures de "pigeons" (l'expression "être le pigeon" proviendrait-elle de cet état de dépendance) qui n'ont qu'un partenaire dans une vie. Mais, la découverte de ces "déraillements" est suivie non seulement par la dislocation des membres du couple et du divorce avec tous les autres acteurs de la maisonnée. Je crois que ce ne serait pas une mauvaise idée pour les entreprises modernes de faire des réserves pour leurs employés pour de futurs émoluments d'avocats. Les divorces augmentent et dépassent les unions en nombre. argent,hommeLes stress tests imposés aux banques témoignent de ce besoin pour un contrat de mariage. Mais, ils n'apportent pas la preuve de leur solidité, de leur transparence et ne rassurent pas.

Les enfants, au milieu du jeu de quilles, se retrouvent déséquilibrés. Sans guide, ils se retrouvent bien souvent à la rue, mêlés à ce que l'on a l'habitude d'y rencontrer: bandes et paumés. A la dérive, leurs études s'en ressentent. Le divorce les projette dans le ballottage et commence à ne plus reconnaître les vraies valeurs. Pour sauver les apparences (les meubles, diront les habitués de l'image), chacun des partis va s'efforcer de combler le vide par des cadeaux de toutes sortes pour faire semblant que la visite du jour est la plus importante. Drogues, mauvaises fréquentations sont souvent le tribut de ce manque de cohésion des parents. Sans plus de repère, la boucle est bouclée, car, après cette constatation faussée de la vie de couple, ils seront prêts à entamer le même rythme dans leur vie propre d'un futur mal agencé.

argent,hommeL'argent a gagné la bataille, il fait toujours tourner le monde même si c'est un monde qui n'est plus très responsable. Je suis malheureux de vous l'apprendre. Je ne suis aucunement prude ou bigot, à vous raconter la belle histoire de Cendrillon, chez Disney, et lancer l'anathème sur des pratiques libertaires modernes. Ce modèle de vie apporte des aspects négatifs, sans moralités intrinsèques, une fois entrés dans la normalité.argent,homme

Faut-il tout lâcher, oublier toute morale et toute "hygiène" de vie au bénéfice de ce 'dieu dollar'? Le jeu en vaut-il la chandelle? Les mœurs évoluent, c'est un fait. Elles le doivent surtout quand l'incendie est passée toute proche et que le feu n'est pas totalement éteint. Rester lucide des tenants et aboutissants est une contrainte de l'humanité adulte. La chanson d'aujourd'hui, à plus de 90% des cas, rappelle ce besoin d'amour, ces déchirements perpétuels à répétition. On l'entend d'une oreille distraite, mais est-on prêt à l'écouter?

De notre temps, s'assurer du maximum d'argent dans le minimum de temps est devenu un jeu. Les tombolas font rêver. On est prêt à risquer, à sacrifier le plus gros, son "ego", pour les gains faciles. Le dernier gain de 130 millions d'euros à l'Euromillion a montré que se présenter avec le chèque sur la photo, a encore de beaux jours dans l'esprit des gens. Qu'en feront-ils de cet argent? Si on se rappelle de certaines familles comme la famille Empain, rien n'est assuré. Une génération pour construire la fortune, une autre pour tenter de la faire fructifier et la suivante, pour la dilapider. Qui aura gagné aux fonds des filets? Le capitalisme, bien sûr. argent,hommeLa proie pour l'ombre aussi. La publicité comme initiatrice pour combler tous nos désirs les plus cachés, les plus inexistants dès le départ. Habemus Papam: le marketing.

Dans le "sport", tous les coups sont permis pour prendre place sur le podium du gagnant avec la "petite" récompense financière. A ce point de vue, il est même passé à la vitesse supérieure. Le brassage de ce dieu "money" est devenu énorme. Les magouilles, de toutes sortes, par le dopage, les "velléités" du vrai sport mises en sourdine pour emmagasiner les retours sonnants et trébuchants. Tous les pays sont touchés tour à tour. Course folle vers l'inaccessible étoile.

argent,hommePour les entreprises, abattre son concurrent en le féodalisant, en l'englobant par la fusion et le rachat, c'est augmenter son propre pouvoir. Le fric est toujours prêt à tout écraser sur son passage.

L'argent est devenu plus difficile à acquérir qu’auparavant. Sous forme réelle ou virtuelle. C'est un fait. Pas grave, on lui ajoute une couche de protection, c'est gratuit.... temporairement. Alors se l'approprier par tous les moyens est un choix de société qui se prend dans la douleur. Car peu d'élus à l'arrivée. Les mailles du filet sont serrées. Vive le veau d'or.argent,homme    
Un recul est nécessaire sans philosophie mais avec une simple clairvoyance. Il ne faudra pas crier haro sur la mondialisation si l'on n'est pas prêt à faire l'exercice de lecture en soi.

Michel de Kemmeter parlait de l'argent comme d'un miroir de nos peurs. Les problèmes sont liés à la rapidité, la complexité et le risque de l'utiliser. Il ne croyait pas à la décroissance mais à une croissance de la valeur ajoutée. J'en étais fort aise et j'applaudissais.

argent,homme Zong Quinghou est le plus riche de Chine avec une fortune estimée à 12 milliards de dollars. Patron de Wahaha ("Enfant content" en mandarin). Ni alcool, ni golf, ni bling bling. Il vit avec 20$ par jour. Il travaille jusqu'à 23h à son quartier général de Hangzhou. Son seul luxe est d'avoir un lit au bureau. Sa technique maintenir ses coûts au plus bas pour ses boissons.

Des appels du pieds de Bill Gates et Warren Buffet sont restés sans réponses.argent,homme

"Quand on donne aux bonnes œuvres, on ne sait pas où l'agent atterrit. Le dilapider, c'est du gâchis. Aider les pauvres à devenir riches. Leur apprendre à pêcher plutôt que leur donner du poisson", voilà son crédo. 

L'argent pour le commun des mortels reste son seul pouvoir. Les différences d'approche de ce qu'il est l'argent et du comment le préserver ou l'utiliser, reste donc nécessaire.

La polémique avec Paul Jorion:

Paul Jorion a eu la même filière que Gillian Tett, dans une phase antérieure.

Le premier avril, je le "bousculais" une première fois. Il remettait le couvert, il y a deux semaines avec l'aide de son fidèle lieutenant, Julien Alexandre, mon dernier commentaire n'était jamais arrivé à destination. Il se retrouve désormais sur Postjorion.

Dois-je le répéter encore une fois? "Sur mon blog, on vient ou on ne vient pas. Je m’en fous complètement". On ne peut être plus clair, non?

Mon blog est écrit par moi et pour moi, comme des "snapshots", des références à une époque. Il est construit sans lieutenant, comme le serait un journal personnel. Je donne accès sous forme de blog, comme beaucoup le font dans la modernité, sans y insérer une mention "Paypal". Comme je me fais fort de répondre à tous ceux qui me prêtent une attention particulière en apportant un commentaire et qu'ainsi, je m'efforce de répondre à tous, je n'en veux pas des masses que je ne pourrais assumer. Alors, parler de pub pour mon blog quand je donne un lien.... faut pas charrier! Sortir un texte de son contexte, c'est aussi traduire et parfois trahir.

Je commente, au besoin, d'autres blogs ou forums. C'est peut-être par solidarité ou pour exprimer une idée personnelle qui peut être parfois en opposition. Si je n'ai qu'à ajouter un seul "Bravo", je me tais. 

Paul, vous n'êtes pas le seul à réfléchir aux problèmes de notre temps. Et ceci justifie cela.

Vous avez été invité lors d'un "Ce soir ou jamais" chez Frédéric Taddei. Dans notre "Vif-L'Express" de la semaine, celui-ci répète, à qui veut l’entendre, qu'il ne coupe jamais la parole à qui que ce soit, que tout est permis, sauf ce qui est interdit. Vous y aviez raison d'élever la voix et de reprocher aux banques ce qu'elles avaient fait subir à ses épargnants. Partiellement raison de plébisciter Cantona qui voulait retirer ses fonds des banques. L'a-t-il vraiment fait? Farce ou attrape en coup de pub?

Alors, je me tourne vers vous, Paul.

Avez-vous été vindicatif, en direct, sur le terrain, quand vous étiez employé d'une grande banque américaine ou étiez-vous aux abonnés absents en attendant un moment plus opportun après avoir été "déclassé" par la crise?

Les victimes du "système", elles, sont restés sur le tapis, groggys.

Nous avons à peu près le même âge. Je comprends votre message mais il ne correspond pas à la vague de fond. Les conseilleurs ne sont jamais les payeurs et l'enfer est souvent pavé de très bonnes intentions.

La semaine dernière, à la suite de votre "C'est vendredi du 15 juillet 2011, rebelote, le chemin de la croisade et ... de la non-observance de tous les avis contraire à l'esprit de votre blog. J'étais étonné de voir passer ma boutade "si vous avez de l'argent en trop, faites en dons à ce blog" sans réaction. Puis j'ai continué à suivre les débats.

Le pseudo nommé "Nobel", se trouvait sous le feu nourri des contestataires dès son commentaire, parce qu'il a eu l'innocence ou l'impudence de demander au départ:

«Face à la possible érosion de l’euro et à la très probable accélération de notre baisse du notre pouvoir d’achat, quels conseils, que faire du peu que nous avons ? Faut-il vendre notre maison, notre appartement et transformer les euros acquis en francs suisses par exemple? Faut-il convertir les quelques euros que nous avons en banque»

Cela montrait, pour le moins, son désarrois. Non, le blog n'est pas un lieu qui se prête aux conseils financiers. C'est évident puisqu'il préconnise l'agonie du capitalisme.

Il était répondu avec ironie: "Symbole dérisoire et pathologique! Dérisoire car nous ne sommes que de passage et nous n’emporterons rien, pathologique car confondre les verbes être et avoir c’est la conséquence d’une angoisse pathologique, une peur du lendemain qui pousse à l’accumulation et à la cupidité. Le capitalisme est en train de vaciller, c’est une opportunité formidable pour changer de paradigme; saurons-nous la saisir?".

En attendant, qu'est-ce qu'on fait? On fait semblant qu'on n'a pas compris?

Mais, Julien, le lieutenant a une idée:  "Vous semblez résolus à profiter du spectacle de la crise plutôt que de l’empêcher, je vous conseille d’acheter : du pop-corn,  des lunettes et un écran 3 d,  un maxi coca 1l. Dans le cas contraire, il existe (encore) plusieurs moyens de prévenir la chute finale ou tout du moins d’en limiter les dégâts : faites la promotion autour de vous de l’interdiction des paris sur les fluctuations de prix, du bancor, d’une chambre internationale de compensation… et du blog où vous avez découvert ses idées, afin de les rendre incontournables."

Nous y voilà. Voilà pourquoi mon premier commentaire n'a pas été censuré.

Ensuite le débat allait s'envenimer dès le 15ème commentaire. Si cela intéresse le lecteur, je l'invite à allez-y voir.

Mon commentaire allait tenter de remettre au bon étage, c'est à dire, de replacer à la source du problème. Une nouvelle fois censuré. Le voici, donc, sans rêve, sans émotion, sans trémolo, pragmatique :

@Nobel et @Julien,
  Le blog de Paul a le privilège de réunir les avis qui sont parfois antagonistes sinon totalement antinomiques. Ils expriment, parfois, un désarroi général par deux bouts différents.
  Mon premier commentaire, à sa vidéo, était volontairement tragico-comique: "Trop de sous, placez les en dons chez Paul."
  Personne n'a relevé "la grossièreté" du processus.
  En fait, ce raisonnement est celui que l'on rencontre chez les gourous des sectes.
  Dans cette filière-là, ce n'est pas un enfoiré qu'on attrapera.
  Je ne manque pourtant pas d'assister à son "C'est vendredi". Très peu, les autres jours.
  Ne vous inquiétez pas, pensez à vos enfants, vos petits-enfants, une chanson bien connue.
  Encore faut-il en avoir. Soyez généreux, pensez aux suivants.
  Je dirais que pour penser aux suivants, il ne faut pas aussi se tirer des balles dans le pied, ni oublier son propre passé.
  Il faut survivre si ce n'est pas vivre.
  Ici, ce n'est pas le Temple du Soleil où on est prêt à se suicider que je sache.
  Nobel, s'il exprime son désarroi, je le comprends. Le travail est parfois très dur. Il a mérité un retour sur investissements (admirez les mots que j'utilise), il ne s'agit pas de le dilapider.
  L'argent est un outil, pas une raison en soi. C'est ma théorie et ma pratique.
  Le capitalisme, une histoire récente qui date du 19ème siècle?
  Ben non, déjà en Mésopotamie, il a existé dans des formes préliminaires.
  Tout n'est qu'équilibres subtils entre inflation et récession.   
  Tout foutre à l'eau, alors? Le bébé et l'eau du bain?
  Amusez-vous avec le bassin qui vous reste dans les mains.
  Il est clair que celui qui n'a rien, n'a pas de soucis à se faire sinon de tendre la main pour qu'on la lui remplisse avec un peu de pain et l'autre qui a fait des réserves pour des jours "sans" possibilités a aussi du soucis à se refaire. L'argent ne se trouve pas sous le sabot d'unc cheval.
  Suis-je de droite ou de gauche avec ces paroles?
  Je n'en sais rien. J'agis en courant alternatif.
  Sans une responsabilité d'une grande famille, je peux tout me permettre.
  Demandez à Paul ce qu'il faisait, dans sa première vie, avec ses gains, puisqu'il faisait partie d'une grande institution financière.  
  Sommes-nous une grande famille dans le genre humain?
  Bonne question, je vous remercie de l'avoir posée, tellement elle m'amuse."

Nobel, on ne le reverra, probablement, plus. L'enfoiré, prendra du champ. Ouf. Vous direz-vous... Le "blog de Paul Jorion" en gagnera-t-il ?  

L'argent ne fait pas le bonheur, disent ceux qui n'en ont pas. Y contribue-t-il? C'est très variable. Chercher la raison de l'argent dans la philosophique, c'est ne pas la chercher au bon endroit. C'est plus une question de psychologie, du passé et du présent de son intervenant, pas de la philosophie.

Le commentaire de Lady Marwina remettait les choses à leur place en fonction de la vidéo précédente qui parlait de prendre un peu de distance à l'aide de l'humour: "Après avoir visionné la vidéo d’aujourd’hui, qui m’a fait rire à plusieurs reprises (jaune, certes, mais rire) j’en suis arrivée, pour la ixième fois, à la conclusion que ce qu’il y avait de positif dans le présent c’est que nous n’avions pas perdu le sens de l’humour.".

La suite du commentaire valait le détour.

L'humour n'est résolument pas la principale préoccupation de beaucoup de forums ou de blogs.

La part d'anthropologue qui est en vous, c'est ce qui m'intéressait dans le blog. L'économie, le comment le "système" marche, de cela, j'en avais de bonnes notions. 

Bruxelles a beaucoup d'avantages, constatait Michel de Kemmeter lors de la fin de son interview. "Le belge est humble, pragmatique, créatif, industrieux et adaptable", disait-il.

Non, rien ne lui échappait à ce "Mister Money"...

Ce qu'il aurait fallu répondre c'était peut-être ceci. Chat échaudé craint l'eau froide. Sans minauder.argent,homme

Paul, vous auriez pu vous en rappeler puisque vous y êtes né, un 22 juillet. Déjà, un bon anniversaire, pour vendredi, donc.

J'espère que la "peoplerisation" n'aura pas changé le professeur d'anthropologie, de sociologie, intéressé dans les sciences cognitives des débuts.

Il y a déjà 20 ans déjà, au sujet de l'argent, sortait la chanson Cash City du québecois, Luc De La Rochellière. Cette chanson restera probablement d'actualité, très longtemps.

Mais, ne vous inquiétez pas, Paul, j'adore aussi la chanson de Zaz, "Je veux", mais ça, c'était "dans mon jeune temps", comme le chantait Lynda Lemay.


L'enfoiré,


Citations :

  • "Le plus grand luxe n'est pas l'argent ou le pouvoir, ce ne sont que des moyens qui permettent de s'offrir l'innocence.", Martin Page
  • "Il n'y a pas que l'argent dans la vie, il y a aussi les fourrures et les bijoux", Elisabeth Taylor
  • "- Mais pourquoi courent-ils si vite ?
    - Pour gagner du temps ! Comme le temps, c'est de l'argent... plus ils courent vite, plus ils en gagnent !"
    Raymond Devos
  • "Jésus disait: si on te frappe sur la joue, tends l'autre joue. Crésus disait: si on te met mille balle dans la main, tends l'autre main", Philippe Geluck

01/07/2008

Corrections à l'amiable

Le 19 janvier 2007, on lisait dans la presse (Le Soir) que la Californie voulait interdire la fessée aux enfants de moins de trois ans. Dans un dossier, le Nouvel Obs 2277 de la semaine dernière reprenait le flambeau du thème de la gifle et se posait la question de "l'autorité jusqu'où". Corriger, n'est ce pas aimer, en somme ?

educationL'État de Californie va examiner une proposition de loi qui propose de transformer en délit, avec prison à la clé, le fait de donner la fessée à de jeunes enfants. Le texte, préparé par une députée de la région de San Francisco, la démocrate Sally Lieber, voulait punir les parents qui donneraient la fessée aux enfants de moins de trois ans. Les parents deviendraient passibles des tribunaux et risqueraient un an de prison ou 1.000 dollars d'amende. "Je pense qu'il est plutôt difficile de faire admettre qu'il faut battre un enfant de trois ans ou moins", argumentait Mme Lieber, qui souhaitait introduire la proposition devant l'assemblée. Le texte risque de provoquer des débats entre les pros de la protection de l'enfance à tout prix et les "contres" tenants d'une politique plus réaliste. "Où s'arrêtera-t-on?", avait demandé le député républicain Chuck DeVore parmi les contres. "Quand allons-nous devoir voter une loi qui rendra obligatoire pour chaque parent de lire un livre à son enfant pendant 30 minutes minimum chaque soir? Nous sommes sur la même pente", avait-il affirmé.

Le gouverneur Arnold Schwarzenegger s'était souvenu avoir été "frappé à tout propos" lors de son enfance et n'avoir pas trouvé cela injuste. Difficile de renoncer à la violence qui avait fait partie de presque toute sa carrière et sa filmographie. Il disait comprendre que l'on souhaite "se débarrasser du comportement physique brutal de certains parents" tout en affirmant que lui et sa femme Maria Shriver n'avaient jamais battu leurs quatre enfants.

Que faut-il en retenir de cet état d'esprit toujours avantgardiste californien?

Jusqu'à trois ans, il n'est pas possible de penser arriver à ses fins dans la compréhension d'un enfant de ce que l'adulte estime comme naturel comme comportement . Donc, rien de plus que la normalité. A cet âge, ce serait traumatiser sa progéniture et laisser des traces indélébiles dans l'esprit en formation. Un enfant-bébé ne voit pas le mal dans ses actions encore limitées d'ailleurs. Il serait tout à fait inutile de lui forcer une réflexion dont il ne voit pas les raisons intimes par la force. L'adulte, encore dans la joie de la "nouveauté", ne pourrait ainsi briser l'instinct de protection de sa succession naturelle et imposer ses intimes "convictions". Mais, une législation pour orchestrer tout cela est vraiment le coup de l'éléphant dans un magasin de porcelaines. Est-ce le rejeton de cet âge qui irait se plaindre de son statut de victime à l'autorité? La raison, encore une fois, est une affaire de la noblesse ou non de la personnalité. Les droits de l'enfant doivent être respectés.

Plus âgé, la vraie éducation commence pour l'adulte en préparation. Là, on ne joue pas dans la même cours. La compréhension pourrait se "faire aider" par des moyens plus physiques sans verser dans les excès injustifiables.

La fessée est de plus en plus poussée dans le domaine de l'inadmissible. Et pourtant, croire que tout le monde comprend de manière innée la force du dialogue posé, "en adulte", est un leurre. education

Chez les animaux, c'est clair, la correction existe. Le petit chat qui ne veut pas suivre, se verra remettre dans le droit chemin de manière ferme à coup de pattes et avec une prise en "bouche" très efficace.

En Europe aussi, il est question d'introduire dans les lois, des articles qui pénaliseraient les atteintes physiques aux enfants. En 1979, la Suède votait même une loi interdisant tout châtiment corporel avec seulement 30% d'avis dans ce sens aux yeux de la population.

Trop souvent, les plis sont pris et la crainte de l'enfant n'y étant plus, l'éducation ne se fera plus dans les règles de l'art. Le laxisme et l'air du temps qui veut pousser les adultes plus longtemps au travail pour espérer de conserver un pouvoir d'achat, ajouteront les touches pour correspondre à la nouvelle norme.

Ne serait-ce plus judicieux d'imposer la fessée aux adultes de 7 à 77 ans, période bien déterminée par Hergé pour élargir la période de vie des lecteurs de Tintin dans une "histoire belge"?

educationTout dernièrement, en Belgique, un drame familial poussait la mère d'un jeune drogué qui la harassait, a tué son fils. Moment d'exaspération, de colère. Tous les voisins étaient aussi au courant des disputes. Alors, n'y a-t-il pas eu une erreur d'appréciation au départ? La fessée n'était-elle pas devenue un peu trop virtuelle, derrière un écran d'ordinateur? Une affaire récente, entre un enseignant et un élève, réveillait la France entière sur la question de l'éducation et de son traitement dans la pratique.

En 1974, Pinoteau sortait son film "La gifle" avec le fort en bras de l'époque Lino Ventura. Plus d'une génération après où en est-on ? Une dossier sur la question du Nouvel Obs remettait le couvert à la table des négociations. La "Nostalgie du martinet" était mis en concurrence avec des théories comme "l'effet papillon".

Alors rebobinons le temps. Quand l'enfant n'était pas roi. Sans aller jusqu'aux châtiments corporels, il était clair que l'éducation était plus musclée et le respect des parents et des enseignants étaient bien plus affirmés.education

Révolution culturelle, on n'en est plus là. Révolution de gourous qui se veulent partisans adversaires? Il faut néanmoins remarquer que le monde des adultes d'aujourd'hui est de moins en moins avares de "gifles". Elles sont plus verbales d'accord, mais les dégâts psychologiques n'en sont pas moins catastrophiques. Le service militaire des jeunes n'existe plus. Les enfants récalcitrants aux USA sont envoyés par leurs parents dans des écoles qui cassent la personnalité, style "GI". C'est aller un peu loin. Pourtant, certains jeunes en mal de reconnaissance et de repères se lancent eux-mêmes dans la carrière militaire, pas seulement pour raison de sécurité d'emploi, mais en recherche de repères qu'ils n'auraient pas ressentis dans leur enfance.

En Europe, les adeptes de Françoise Dolto avec la "Cause des enfants" et les psys s'interrogent sur la technique d'éducation à adopter au coup par coup de bévues et d'échecs. Mai 68 est passé par là: "Interdire d'interdire" dans une rupture de plus en plus nette entre parents et enfants. Ceux-ci n'ont pas de dettes envers leurs aînés. Exact. Mais quand on est responsable de sa progéniture, il y a de la marge et des limites à respecter à la bienséance coupable. A toutes époques de la vie correspond une distribution adaptée de bons et de mauvais points. Le libéral Sarkosy ajoutait une touche de plus en voulant même dépister de manière précoce (en dessous de 3 ans) la délinquance. Pour quoi en faire? Pour mettre en maison de redressement? Suivez mon regard, vous trouverez facilement où chercher.

Des groupes "Lève la main contre la fessée" ou "Ni claque ni fessée" préconisent l'abolissement de la fessée ou de la claque. Mais, il est aussi clair qu'aller dans ce sens tête baissée ne correspond pas à la réalité de la vie. Avec l'expérience, on peut d'ailleurs remarquer que les générations précédentes ont mieux tenus le coup contre l'adversité que les plus récentes. Dans les années 60, encore, il n'était pas rare de se faire pincer autrement que moralement. Je peux en témoigner.

Cette fois, les médicaments sembleraient remplacer les gifles pour les enfants, les déprimes pour les adultes qui n'auront pas pu accepter la remontrance?

Pendant ce temps, les enseignant craquent. Ils pètent les plombs. Quand on ramasse, réunis, tous les laxismes des ayants droits, il y a peut-être de quoi.

Et si, un jour, on apprenait dans les programmes des écoles à être vraiment "parent"? Il n'y a pas que le sexe qui importe dans l'éducation sexuelle. Plus de dictateurs, plus de "crème à reluire". Seulement des responsables à la sortie.

Alors gifle ou pas gifle pour les "têtes à claques" ?

education

 

La vie est une perpétuelle éducation dans un subtil mélange entre carottes et coups de bâtons.

Ce matin, à la radio, la Ministre Catherine Fonck, chargée de l'aide à la jeunesse et de l'enfance, répondait à la question de l'utilisation des puces électroniques chez les jeunes. Elle répondait en finale de l'interview: "l'éducation, c'est d'abord et avant tout, dans le relationnel".

Je crois que je ne pouvais trouver meilleure fin. Il ne faut jamais se chercher les puces même si c'est un réflexe.

Çà  pique, ces mouchards de puces!

 

L'enfoiré,

 

Citations:

  • "Il est des enfants qu'on ne peut espérer corriger sans leur administrer de temps à autre la fessée. Certains adultes conservent le naturel de ces enfants", Marie-Antoinette Grégoire-Coupale

  • "On est correct qu'en corrigeant", Joseph Joubert

  • "Prendre le taureau par les cornes est plus correct que de tirer le diable par la queue, mais plus fatigant que de sucer un esquimau.", Jose Artur

28/05/2008

Ote ton bandeau et ajuste ta balance (3)

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Dernières critiques ou constations

0.jpgLa Justice est la même pour tous, dit on, mais n’est-elle pas un peu plus juste pour certains ? En son âme et conscience, le juge doit établir la culpabilité ou l’acquittement des inculpés. Tâche lourde de conséquence. Quelle responsabilité si la tâche est réalisée, comme il se doit, dans les règles de l’art!

Dans mon premier article, je soulevais le problème des arriérés judiciaires. Une émission télé "Opinions publiques" en parlait avec tous les acteurs : avocats, politique, justiciables. Il en ressortait qu'il est fonction du type de justice. Équilibre entre temps de préparation nécessaire à une bonne justice et retards pour cause de mauvaise infrastructure. Le droit pénal, réglé par l'appareil d'état, le tribunal du travail et du commerce n'avaient pas beaucoup d'arriéré. Le Droit civil, réglé par les acteurs même, était reconnu comme un point plus noir. La Justice administrative, qui fait intervenir le Conseil d'Etat, était pointé comme le pompon de la lenteur. Le Tribunal de Police était peut-être pire encore. Une nouvelle loi de 2007 impose en Belgique d'établir un calendrier précis pour tout jugement. Cette réforme n'a pourtant pas fait que des heureux du côté des avocats qui la désignent comme invivable. Retards de dossiers, textes de mauvaises qualités, les deux langues nationales et deux cultures différentes, comme raisons invoquées...étaient les excuses, mais pas pour en faire des généralités. Multiplier les audiences, le rendement obligé par les magistrats pour appliquer des lois précises, diminuer les reports, étaient les solutions avancées. Si l'arriéré a été diminué pendant la période préparation du dossier, celui du jugement lui-même est perfectible. Depuis l'affaire Dutroux, la confiance en la justice est parait-il passée à 70%. Les avocats qui allongeraient les honoraires avec le temps ne seraient que des clichés. Il est vrai que les clients eux-mêmes y trouvent parfois un intérêt. Un bon dossier est un dossier clôturé pour les deux partis. Les cours d'appel réunissent parfois dans leur juridiction trop d'arrondissements. Celle de Bruxelles avait déjà reporté des affaires pour 2011. Les tribunaux de Première instance trop enclins à repousser dans la cour suivante? Une étude a été en charge de mesurer la charge de travail du magistrat. La Réforme du Grand Franchimont devra encore s'ajuster. Il n'en reste pas moins que l'arriéré doit se résorber pour éviter le sentiment d'impunité.

Statuer en toute équité avec des précédents comme base: principe qui évite au juge d'appliquer le droit d'une manière aveugle. Théoriquement, voilà un principe qui dans le fond est parfait. Mais, c'est également donner au juge un très large pouvoir d'appréciation des faits. La psychologie des parties en présence influence tout homme de bonne volonté. Une jurisprudence future, moins adaptée à l'exception présentée dans l'actuel, pourrait ressortir du chapeau avec quelques imperfections.

La "Cours n'est pas compétente" ou "Affaire recevable mais non fondée" sont des formules bien pratiques qui pourraient être traduite plus simplement et correctement par "Je ne veux pas entendre". Mais je peux me tromper...

Juger les juges, certains en imaginent la possibilité quand la justice dérape. Les avocats seraient aussi au dessus des conventions de séparation des pouvoirs? Même si ce n'est pas l'exception.

La culpabilité des puissants sera également mieux défendue par le choix de ténors du barreau que les avocats « pro deo » commis d’office pour le commun des mortels sans gros moyens financiers?0.jpg

Dans le fond, la justice, à ne pas confondre avec la Justice, n'a-t-elle pas été inventée par les grands de ce monde pour empêcher les petits de la rendre? Personne ne peut se faire justice à soi-même. Belle idée, mais qui n'est que purement théorique quand elle ne vient que d'un côté. Le jugement de Dieu est aussi une belle invention historique, dont on connaît maintenant l'ignoble machinerie pour casser l'ego de quelqu'un.

Dernièrement, en Belgique, l'Assurance Justice a été remise sur la table. Le but : permettre aux "petites" gens de requérir une justice qui ne serait pas réclamée par eux en temps normal par manque de moyens financiers.

L'immunité des parlementaires ou des ressortissants étrangers VIP prouve s'il est besoin que la justice est une affaire qui ne touche pas tout citoyen de la même manière. La levée de l'immunité est nécessaire avant toute action possible.

Les trois pouvoirs politiques sont et doivent rester séparés et ne peuvent s'influencer mutuellement. Et pourtant... Je ne reviendrai pas sur certaines "dérogations" voulues ou non.

Comme "injustices" dans l'enceinte de cette grande institution, j'oserais dénoncer le manque d'obligation pour le juge de justifier ses propres décisions au bas de l'échelle de la classification des jugements, la politisation des nominations, les jugements par contumace des inculpés qui ne se présentent pas à l'audience alors que les avocats en retard sont excusés et le jugement ajourné...

Je ne sais si les choses ont changé depuis peu, mais une critique importante a toujours été lancée par les victimes, partie civile, quand il fallait accéder aux dossiers de l'affaire et l'injustice pour laquelle ils espéraient une réparation fournie par la justice. Les inculpés, eux, y ont eu toujours accès. Que cache cette discrimination?

Prenons du recul vis-à-vis de cette Grande Dame.

D'une façon générale, rien ne pourrait contraindre quelqu'un à commettre un acte qu'il juge comme injuste. Ne pas accepter la loi est un devoir dans certains cas très précis qui devront s'accompagner d'une action pour remédier aux règles injustes. Refuser de porter les armes pour apprendre à tuer un autre homme en temps de guerre a toujours été considéré comme une désertion et condamné très sévèrement. La possibilité d'être objecteur de conscience n'a été obtenue que qu'après une grève de la faim en 1962.

John Rawls se posait la question en ces termes : "La question est de savoir dans quels cas et jusqu'à quel point nous sommes obligés d'obéir à un système injuste".

Dernièrement, on apprenait que le Ministère de la Justice faisait la réception des nouveaux locaux de la Justice à Mons. Tout nouveau, tout beau, plus d'espace pour permettre de prendre plus de place aux dossiers et ... aux hommes de loi. On n'a rien résolu du côté de la rationalisation des dossiers.

Le projet Phénix s'est perdu, a-t-on dit, et n'avait pas résolu le problème qui nécessitait un révolution de l'archivage des dossiers. Le projet Cheops Justice, tout récent, le permettra-t-il? Affaire à suivre, encore une fois.

 

Ailleurs

Je vous ai parlé de cas qui se sont passés en Belgique et un peu en France. Aux États-Unis, l’utilisation de la Justice pour faire de l’argent est encore plus difficile à accepter. Les avocats ne sont pas rétribués pour la défense de leurs clients par les provisions de ceux-ci, ils le sont au pourcentage qu’ils pourront soutirer d’une affaire gagnée et de l’argent du dédommagement qui aura été décidé en conclusion des procès dont ils avaient la charge et la défense. Avec de tels incitants, tout est prétexte à procès. Attendre tout accidenté de la route, tout patient sortant des hôpitaux pour les questionner et leur faire découvrir l’injustice qui aurait pu leur être passée inaperçue est devenu une habitude. Autre différence: aux Usa, c'est l'accusé qui doit prouver son innocence, alors, qu'en Europe, c'est la partie civile qui doit prouver la culpabilité de la partie adverse.

Les énormes sommes réclamées en dommages et intérêts pour les soi-disant préjudices subis lors de procès retentissants expliquent l’opulence des bureaux d’avocats américains. On arrive à l’effet pervers qui oblige les médecins à s’assurer au maximum et les mènent parfois à refuser d’exercer leur métier dans le cas d’interventions risquées de peur de représailles financières exagérées et qui dépasseraient la garantie.

L'industrie pharmaceutique, elle aussi, est attaquée comme dernièrement avec la condamnation élevée à 250.000 dollars qu'elle devrait verser à la veuve d'un homme qui avait pris leur l'anti-inflammatoire Vioxx. Ce médicament avait soulagé, pendant des années, les malades avec succès mais devait être utilisé avec une dose contrôlée d'une manière stricte et pour une durée limitée. Il n'est pas question ici de contester la responsabilité de l'industrie pharmaceutique ou de prendre leur défense. Quand trop d'argent est en jeu et quand on sait qu'un pourcentage non négligeable des "compensations" est destiné aux bureaux d'avocats, on est en droit de craindre un esprit de "piratage". Son alter ego, le Celebrex de Pfizer est encore en vente en Belgique, toujours non remboursé par la mutuelle.

Le 12 décembre, Merck, fournisseur du produit, recevait une réponse d'annulation du procès, une fin de non-recevoir ou une preuve d'incompétence tout simplement d'une des deux parties en présence.

Les fusions et les acquisitions de sociétés sont également un domaine dans lequel les bureaux d'avocats n'ont pas manqué de faire des étincelles dans leurs résultats. Les cabinets d'avocats tirent de mieux en mieux leur épingle du jeu dans la demande d'aide en justice. En 2005, une augmentation de 47% des opérations enregistrées dans le marché européen (782 milliards d'euros) a été comptabilisée. ("Allen & Overy" pour le Benelux avec plus de 42 millions d'euros et 78 dossiers traités).Fusionnez, chères entreprises, nous sommes là...

Aux États-Unis, encore, le principe de la liberté sous caution, est, lui aussi, tout simplement inique. Pouvoir se retrouver chez soi après le payement d'une somme énorme prouve l'existence d'une justice à deux vitesses. L'exemple du meurtrier de "Mississipi Burning", ex-responsable du Ku Klux Klan est suffisamment éloquent pour s'y attarder un peu dans la réflexion.

Robert Clark a été libéré aux USA, ce 10 novembre 2006, après 24 ans d'incarcération pour un viol qu'il n'avait pas commis. Son blog.

La sanction, qui suit la non observance de la loi, doit tenter de rester fondamentalement pédagogique appuyant la nécessité du respect de règles communes. Dissuasive par l'exemple, elle associe la peur et pourrait susciter les transgressions par une répression aveugle.

Comment peut-on associer l'idée de "donner" la mort à une peine? La loi du Talion, bien sûr. L'inconscience de la barbarie peut être argumentée par manque d'efficacité dans l'éradication du crime et par le risque d'erreur non nul. Aujourd'hui, Amnesty International dénonce les 4 pays principaux qui pratiquent encore des exécutions que sont la Chine, l'Iran, le Vietnam et les États-Unis (dans 38 états). Après un arrêt, c'est reparti. La Chine est en pleine actualité pour ce qui est des Droits de l'Homme.

1977 sonnait le retour de la peine de mort aux US et l'histoire de Gary Gilmore, premier condamné exécuté après la décision de la Cour suprême, mit fin au moratoire et est restée dans les mémoires avec "Le Chant du Bourreau". Ces dernières années, un revirement est occupé à se produire dans l'opinion publique et les jurés, eux-mêmes, ont la main moins lourde. Les tests ADN ont sauvé 14 détenus des couloirs de la mort. En dehors de ce test scientifique, comme je l'ai dit plus haut, rien ne permet d'affirmer aujourd'hui à 100% la culpabilité d'un coupable et cela même si lui-même s'est nommé de ce nom pour des raisons qui lui sont propres. Je ne pourrai donc jamais souscrire à une quelconque justice qui apporterait cette solution finale. Les États-Unis viennent de remettre les exécutions à l'actualité après un sursaut d'humanité pendant quelques mois. L'article "Justice ou barbarie" vient ajouter un peu d'huile sur le feu de notre conscience.

Les droits de la femme ne sont malheureusement pas égaux dans pas mal de pays. C'est évidemment bien pratique pour les hommes.

Incomprise, la justice se perd dans des simulacres.

20090814Justice sur la sellette.jpgLe dernier jugement de "cols blancs", autour de l'affaire Sabena et Swissair, fut appelé le plus grand procès économique. Il a été rendu en Suisse pour répondre à la partie civile qui représentait tous les citoyens. Il en est un de simulacre. La Suisse est le pays de l'argent. Et cela explique peut-être le résultat qui a débouté les plaignants. Les citoyens comprenaient que les patrons de Swissair et de la Sabena, mal gérés par leurs patrons, soient acquittés, mais qu'ils soient en plus bien récompensés au niveau de prêt de 2 millions d'euros. Là, il est clair qu'on risque beaucoup moins sur les hautes marches de la société.

Pour prouver que les choses changent, je lancerai un dernier clin d'oeil avec une jurisprudence gabonnaise savoureuse et qui date de 1964.

Les suites de la justice

Comment parler de la justice sans aborder les suites de son action. Je veux parler des peines et des prisons pour les "pratiquer". Le problème des prisons sont très souvent remises sur la table des négociations de tous les gouvernements. Trop petites, pas assez nombreuses, surpopulation. Alors les idées germent pour remédier au mieux avec les compressions de budget qui sont suffisamment restrictifs pour ne pas verser dans les ces "extras" ou ce "mal nécessaire" de la société moderne. Les prisons sont un endroit que le citoyen ne connaît pas. Le mot "attendre" prend encore plus de sens derrière les barreaux que dans les prétoires. L'oisiveté est le mal de base (80% de détenus restent sans occupation, sans job qui pourrait leur servir lors d'une réinsertion dans la société). Lire, la télévision quand on peut la payer, sont là. Oui.

20090116Encadrement Justice.jpgLes procès postposés, les procédures de libérations conditionnelles qui n'en finissent pas pour des prévenus prennent des dimensions encore plus aiguës. La sanction est acceptée par les coupables. Si le crime demande une peine qui apporte une protection de la société. Le statut du détenu existe depuis la loi de principes de Dupont en Belgique mais reste encore loin de la réalité. Alors il faut conscientiser. Ressortir de la prison n'aura jamais le résultat espéré dans une amélioration. Le travail psychologique est loin d'avoir été entrepris. L'apprentissage du détenu en prison sera beaucoup plus négatif. Alors, est-ce la digne suite du budget engagé par la population pour se donner une justice?

En parallèle, il y a les victimes "parallèles" des familles d'emprisonnés, les "dégâts collatéraux", et les gardiens de prisons qui subissent aussi de plein fouet, la dureté du processus trop peu adapté aux besoins.

Le livre "Ce monde hors du monde", par Claire Capron, visiteuse de prisons (éd. Couleur Livre) faisait comprendre la relation de confiance qui doit se greffer entre les détenus et les prisonniers pour en faire comprendre les problèmes internes.

 

Aspirations et conclusions

En dehors de la Cours des Grands, toutes les étapes de notre vie croisent des jugements divers faits par des instances différentes qui apporteront le blanc sein (au lieu de blanc-seing) ou non à nos actions ou à notre simple présence dans la société. D'abord, notre naissance pontifiée par le corps médical et la reconnaissance du "viable". Ensuite, la fin de chaque année d'études sanctionnée avec nos examens de passage de classe en classe par des "maîtres" ou des profs, se continuer par notre entrée dans la vie active professionnelle ponctuée par des décisions de conformité avec les besoins de sociétés commerciales, parallèlement, pour l'accès au podium pour les sportifs et les artistes, et, pour finir, la maladie qui peut donner un point final à tout ce qui précède.

Tout est fait le plus souvent pour intimider, désarçonner et déstabiliser le candidat: le jargon, les robes et les jabots, la hauteur de l'estrade ou le grand bureau qui le sépare de ses juges, le secret d'instruction qui entoure l'affaire qui nous concerne, la grandiloquence des propos qui l'accompagne, l'impressionnante hauteur des palais de Justice par son côté solennel...

Dès lors, comment ne pas espérer le maximum de respect mutuel, le besoin d'égalité de part et d'autre dans ces lieux de justice? Être condamné, être débouté sont des actes qui nécessitent l'obtention d'une justification claire, compréhensible et incontestable du "pourquoi". Ne pas s'y inscrire, c'est faire preuve d'absolutisme arbitraire contraire à la doctrine de Justice.

Un justiciable qui se retrouve devant ses juges peut se retrouver inculpé mais de base non coupable. Je ne parle pas, ici, du concept "responsable mais pas coupable". Trop souvent l'amalgame est trop vite fait d'entrée de jeu. Si, les média ont certes leur responsabilité dans le phénomène, les acteurs des tribunaux ne sont pas tout à fait étrangers à cet état d'esprit.

Il serait néanmoins malhonnête d’accuser la justice de tous les maux. Le but de la justice est de faire respecter les lois, non de les créer. La complémentarité entre la justice et le législatif est telle que le respect de la distinction demande un moment de réflexion. Le législatif a sa part de responsabilité dans la lenteur par l’amendement d’une loi incompatible avec une justice bien adéquate. Cela devait être rappelé.

Est-ce aussi mon esprit trop cartésien qui l'imagine? Est-ce qu'une « Justice Universelle » ne serait pas faire preuve de reconnaissance dans l'humanisme? Une Justice qui jugerait une affaire, un délit de la même façon et avec les mêmes pénalités à la clé, d’une manière indépendante de la couleur des prévenus, du pays où elle sera nécessaire ou du pouvoir en place. Mais, la Justice, étant chasse gardée des États, cette idée-là ne restera probablement qu'une élucubration du domaine de l'imaginaire.

Il n'est pas question de laisser la Justice entre des autres mains qui ne seraient pas celles de la proximité. La confiance est encore moins présente vis-à-vis de celle d'un autre pays.

Comme nous venons de le revoir, l'herbe n'est pas plus verte ailleurs. La Cour de Justice européenne distribue les mauvais points aux États avec une fréquence commune. La justice ne suivra jamais que sa population à la trace au travers des lois qu'elle voudra bien s'imposer par l'entremis de ses représentants. Lois qui se feront respectées par des sanctions de la Justice locale. Représentants qui seront les élus de ceux qui voudront se déplacer pour voter. Les lois ne viennent pas, ou plus, du ciel. La vigilance contre les dérives s'impose donc partout et surtout dans les pays dits « démocratiques ». C'est une base. Pas de chevalier blanc, mais une conscience de vouloir vivre en commun, pour le bien commun. Le "Dura lex, sed lex" peut se retrouver du coup dans l'obsolescence et dans la compréhension. Un adage, "La loi est dure mais c'est la loi", qui ne représentera que la suite des paramètres auxquels on y ajoutera de la valeur.

En y réfléchissant, cette Justice de rêve existe déjà: c'est ce que certains appellerait "Justice naturelle". Celle-ci, pour bons ou mauvais, pour riches ou pauvres, sanctionnera la vie toujours au même tarif. Ce sera à la fin 'perpette' pour tous. Ce n'est, dans cette échéance, plus seulement selon une seule vision personnelle. Mais cela c'est une autre histoire.

Alors, en attendant, justice des Hommes, soit à la portée de tous et prompte dans tes jugements, ensuite, tu pourras remettre ton bandeau. La Justice dans le box des accusés, il fallait bien y arriver un jour.

"Vous n'aurez pas ma liberté de pensée", chantait Florent Pagny.

Mise à jour 08 août 2010. Une sorte de conclusion philosophique de la conclusion.

Parler de la justice, c'est comme parler de la pluie et du beau temps: il y a des hauts et des bas à la recherche d'une vérité, d'un inculpé, d'un présumé coupable avant qu'il ne devienne coupable. Cette conclusion serait plus philosophique que réellement humaine. On entend souvent dire que la justice a été créée pour les riches. C'est souvent vrai, quand on pense que la différence de prix payé pour un avocat expert, maître du barreau avec une expérience longue, permettra plus facilement de sortir des problèmes que jeune avocat commis d'office ou pro-deo.

Mais, la Justice veut se donner parfois bonne conscience et protégé la veuve et l'orphelin et prendra son parti. Mais, la justice restera toujours plus tributaire de la réparation de faits qui touchent plus un ensemble que du particulier. La raison d'Etat n'est qu'une de ses manifestation. Elle se doit de protéger la société dans son ensemble plutôt que de s'arrâter à des individus en particulier. Sa fonction primaire est d'éviter les drames futures ou d'empêcher qu'ils ne s'amplifient. Au dessus de la Justice d'un État, la Cours Internationale des Droits de l'Homme doit souvent punir les justices des Etats.

Nous sommes bien loin de la Loi du Talion qui jugeait en appliquant la réparation par le même drame. La plupart des gens, par leur éducation, ont compris que le retour en arrière dans le temps n'apportera jamais la correction de l'injustice. Une victime restera une victime. L'acte gravé dans sa mémoire et dans l'histoire de la Justice.

Nous vivons une époque de recul dans les moyens financiers. Le low-cost a pris de l'ampleur à tous niveaux. Les investissements dans une Justice de qualité ne se font pas plus que dans le passé dans l'expéditif.

Les Sherlock Holmes, les "profilers" sont peut-être plus nombreux et demandent une mise à jour continuelle pour se nourrir des nouvelles techniques qui permettent de s'approcher d'une vérité plus circonstanciée. On s'intéresse désormais plus aux raisons  dans le passé qui ont pousser le coupable à effecteur son délit. Elle ne peut être laxiste sinon les citoyens sont tenter de se charger de faire leur justice eux-mêmes. Les films du "Justicier dans la ville" ont eu un grand succès. 

Les affaires récentes se chevauchent avec des affaires beaucoup plus anciennes. La prescription d'une affaire s'inscrit de fait après trente ans.

Une des plus grandes énigmes de crimes est l'affaire dénommées des tueries du Brabant wallon. Cela s'est passé entre les années 1982 et 1985. L'enquête reprend du service pour battre le temps de ces cinq dernières années. Déstabillisation de l'Etat, truands? Les méthodes d'investigation, l'utilisation de ADN permettent aujourd'hui de passer à la vitesse supérieure. 

La justice de demain ne sera certainement pas la justice d'aujourd'hui. Ça, c'est sûr.

L'enfoiré,

Article sur le même sujet de Frankie

Le site du soir et des procès

 

Citations:

  • "Maintenant les gens, ils font des procès pour un rien. Sur les cigarettes, il y a écrit "Fumer tue". J'ai un copain qui fume depuis 30 ans, il veut faire un procès parce qu'il n'est pas encore mort", Anne Roumanoff

  • "La justice coute cher, c'est pour ça qu'on l'économise", Marcel Achard

23/05/2008

Ote ton bandeau et ajuste ta balance (2)

L'histoire de la Justice, ses méthodes ont engendré des constatations. Contestations du citoyen lambda pour quelques affaires qu'il ne comprend pas toujours avec son propre esprit. Nous avons déjà revu les problèmes majeurs et je n'en aurai qu'effleuré tous les aspects avec celui-ci. Et si les idées venaient d'ici ou d'ailleurs pour améliorer la situation ? 

justice"Les chauffards sont-ils criminels" titrait la RTBF dans son magazine "Questions à la une" du 11 janvier 2007. Voilà bien un domaine de la justice qui mériterait, vu les cas très fréquents, un peu plus de célérité dans les jugements qui suivent les délits. La vitesse excessive, ou plus judiciairement inadaptée, l'alcool au volant sont la cause de 1500 morts sur nos routes belges. Des homicides involontaires peuvent, théoriquement, donner d'après la loi, une peine de cinq ans de prison. La pratique est tout autre. Seuls quinze jours sont nécessaires au conducteur irresponsable pour retrouver son permis après la déchéance. Pas de préventive. L’incapacité de conduire est seule capable de faire le contraire. Le sentiment d’impunité, la récurrence de l’alcoolisme au volant et les récidives ne sont que les conséquences de cette pénurie de lois ou son manque d’application. La police n’est pas mise au courant des individus connus pour récidive. Pourtant, exemple à l’appui dans l'émission, l’exécution d’un jugement peut aller très vite. Une condamnation de 3 ans de déchéance et de 6 mois de prison avait été prononcée dans un cas pareil, lors de l'émission. Le principe de précaution a, peut-être, été remis en chantier. Au sujet des peines encourues dans ce cas précis, un travail obligatoire d’intérêt public, dans les hôpitaux et dans l’ambiance des victimes des chauffards pourrait encore une fois avantageusement prendre la place d’années de prison.

Dernièrement, pour un délit de fuite, le dossier ne présentait pas le document de désignation d'un juge d'instruction. Résultat lors du procès: vice de forme, affaire ajournée retour à l'arriéré judiciaire.

ote-ton-bandeau-et-ajuste-ta-balance_jeunes.jpg Ce 13 janvier 2006, le juge, Luc Monin était condamné à six mois de suspension sans solde pour raison de retards qu’il a mis pour rendre une série de jugement dans les années 90. Ma première réaction fut : "Serait-on à l’aube d’une remise en question de cette Justice qui se veut équitable? Les juges seraient-ils devenus autre chose que des intouchables?". Je serais resté sur cette opinion quand le 15 mars 2007, encore une fois "Questions à la Une" revenait sur le sujet sous un autre jour avec cette suspicion "La justice est-elle sous influence?" Le juge Monin est ce magistrat de Dinant qui a refusé publiquement de signer un jugement en septembre dernier. Une grande première dans les annales judiciaires belges! Le juge rebelle revenait sur son geste inédit en apportant des justifications à son refus des plus troublantes. Il dénonçait, en effet, une justice partisane et influencée. Influencée par des réseaux d'amitiés, des réseaux maçonniques, par le pouvoir politique, ou simplement par des magistrats qui faussaient la vérité judiciaire. Alors indépendante ou pas, la justice belge ? Tout n'est pas noir, mais tout n'est pas blanc non plus. C'est l'avis d'un magistrat en vue. Bouc émissaire? Non, je ne devrais pas y croire car on ne badine pas dans la cour des gens qui n’ont que cette alternative pour se défendre!

ote-ton-bandeau-et-ajuste-ta-balance_uyten.jpg Il n'y a pas si longtemps la nomination des juges se faisait en fonction de l'appartenance politique. Comme on dit dans ces cas-là: "Affaire à suivre".

Le 7 février 2007, l'émission "Questions à la Une" me donnait, encore une fois, matière à réflexion. Le titre évocateur était tout simplement "Diplomates: Immunité ou Impunité ?". Il s'agissait, en effet, de diplomates qui passent par chez nous et dans tous les pays du monde et qui se permettent des « extras » sur le compte de l'immunité diplomatique. Par cet artifice, les pays d'accueil n'ont plus les possibilités de saisir les comptes bancaires, de pénétrer dans les domiciles, d'ouvrir les bagages, d'inquiéter tous membres, famille comprise de l'ambassade.

 ote-ton-bandeau-et-ajuste-ta-balance_uyten2.jpg Dernièrement une lettre était tombée dans de mauvaises mains et il était clair qu'un certain démarchage auprès du gouvernement se faisait en dehors de tout chemin éthique.

Un magistrat suspecté de faux? Surprise sur prise pourrait-on conclure. Quand les possibilités existent de passer outre la barre, comment résister à l'envie?

Le dopage et le cyclisme sont des clients de la justice. Elle avait accepté de reporter à une date ultérieure l'examen du cas de Floyd Landis, dépisté positif à la testostérone après la victoire dans le dernier Tour de France en échange de sa non-participation à des courses futures sur le sol français. Floyd Landis révélait aux journalistes qu'il n'était pas contre les Agences antidopages, mais qu'il croyait davantage dans le système américain. "Les Agences ne veulent pas les droits (de la défense) qui seraient fournis pourtant au pire des criminels dans notre pays." était la conclusion de l'article !

Les divorces, il n'y a pas photos, sont la "vache à lait" de la Justice. La procédure en sera désormais accélérée. Des opposants se sont manifestés directement après l'annonce. On ne tue pas aussi facilement la poule aux oeufs d'or.

ote-ton-bandeau-et-ajuste-ta-balance-dimanche.jpgC'est évident. Nous ne sommes pas devenus plus "sages" avec le temps. Bien au contraire. Nous avons une recrudescence de crimes en série, comme nous l'avons rappelé dans l'article précédent. Alors, la Justice s'est organisée. Elle s'est attelée à tout expliquer même l'inexplicable. Des avocats plaideront pour les causes les plus indéfendables pour sauver un client qu'ils ne pourraient accepter dans leur propre environnement. Il existe des maîtres du barreau qui sont intéressés par les affaires les plus scabreuses. Est-ce par jeu, effet de pub ou pour démontrer au monde leur expertise? Des spécialistes existent dans tous les pays. Ils doivent exister, c'est sûr, mais pourquoi dans l'exclusivité et pas nécessairement payés au juste prix? Alors tout est bon pour disculper le client. L'affaire récente en Autriche avec la séquestration des enfants d'un père indigne et incestueux va être plaidée par la démence. Vingt quatre ans pour découvrir un dément? Construire un bunker à la vue de tout le monde. L'urbanisme se serait-il endormi? Les agents de quartier auront encore du travail avant de mourir par manque d'effectifs.

Il est clair que vu le nombre de délits "comptabilisés", "rapportés", nous sommes sûr que la plupart ne seront jamais traités. Chacun a peut-être encore sa déclaration inventoriée dans les dédales des couloirs d'un des Palais de Justice. Qui croit encore à l’anonymat pour les témoignages et les dépositions?

D'où la question: L'existence de cette dernière, est-ce pour rassurer, pour donner bonne conscience aux âmes sensibles et aussi laisser au citoyen lambda de croire qu'il est encore très bien de ne pas être passé par là et qu'on ne peut subsister au dessus des lois? Encore une, style "Harakiri", probablement, bête et méchante.

 

Les espoirs possibles pour y remédier

Ces dernières années, l’informatique tentait de mettre un peu d’ordre dans ce fatras par un accès plus rapide aux procès jugés précédemment et qui pourraient faire jurisprudence. Numériser tout cela, la tâche n’était guère facile cependant. Un tel retard de modernisme ne se règle pas en quelques mois. Ce « mammouthland » a aussi ses prérogatives. Les arriérés judiciaires restent un véritable boulet. Les communications internes et externes, la conservation des dossiers, la constitution d'une base de données de jurisprudences, l'élaboration de statistiques et l'administration des institutions faisaient partie de cette modernisation. Les jurisprudences devaient être mémorisés dans leur complète intégralité dans des bases de données et être accessibles  par les hommes de loi, habilités pour apporter une solution au problème de sécurité et de détermination dans la pérennité. Mais, sous des couverts de progrès, avoués, est-ce  que l'appareil judiciaire avait-il vraiment intérêt et l'envie à mettre à nu ces petites affaires, ces petits privilèges, moins avoués? Des tentatives ont eu lieu de résoudre l'impossible avec le projet Phénix en Belgique. Projet qui a capoté parce qu'il n'était simplement pas élevé à la bonne hauteur de l'ampleur de la tâche et aussi, peut-être, parce que l'envie n'y était pas d'ouvrir la boîte de Pandore, parmi tous ses acteurs.

La justice en panne par le manque de confiance du justiciable moyen et l'engorgement des prétoires commencent timidement à trouver remède par ce que l'on appelle les Modes Alternatifs de Règlement des Conflits (M.A.R.C.). Quand il y avait contestation envers un homme de loi, le Conseil de l'Ordre des Avocats aurait pu être de bon remède. Comme tous Conseils de l'Ordre, celui-ci a certes à protéger ses propres membres.

Avec l'arbitrage et la conciliation, la médiation avec ombudsman va pouvoir contribuer à alléger les tribunaux comme c'est déjà le cas dans les pays anglo-saxons. Des médiateurs familiaux dans le cas de divorces, des médiateurs commerciaux pour éclaircir le travail du juge dans des litiges entre entreprises, des médiateurs sociaux pour trouver un arrangement entre un employé et son employeur lors d'un licenciement ne sont plus une utopie d'une Justice rendue plus rapide et plus efficace. Ces procédés attendent seulement le bon vouloir de la classe politique et leurs arrêtés d'application et aussi l'indépendance d'action.

Benoit Friedman, professeur de droit à l'ULB, rapportait ce 24 novembre 2006 dans une interview à la radio les éléments de la commission de réforme de la Cour d'Assises.

ote-ton-bandeau-et-ajuste-ta-balance-rappels.jpg L'engorgement des prisons est souvent avancé pour démontrer qu'il ne faudrait pas trop pousser sur le champignon des condamnations de prison. La surpopulation carcérale est chronique.

ote-ton-bandeau-et-ajuste-ta-balance_prisons.jpg Un plan 2008-2012 vient de voir le jour pour rénover les prisons et pour en créer 3 nouvelles. Les sanctions commuées en travaux d'intérêt public sont aussi un moyen pour désengorger les prisons dans les cas de police correctionnelle. Ces travaux d'intérêts généraux peuvent profiter à la communauté et, au besoin, même aux victimes. Les budgets alloués au ré-aménagement des prisons sont évidemment lourds pour tous gouvernements. Tout dépend du délit et du repentir de l'inculpé. Il est appliqué en Belgique depuis 5 ans. Par exemple, le tarif pour les infractions aux codes de la route est de 45 heures minimum. Des assistants de justice accompagnent le système. Le bracelet électronique est aussi un moyen d'assurer la surveillance et de réinsertion dans la vie pour le condamné. Récemment, je parlais des puces RFID qui rendait l'homme repérable et satellisé dans son espace temps. Mais, la justice doit avoir les moyens de faire appliquer les sanctions qu'elle édicte. Tout a un prix. Sans cette constatation, ce serait l'impunité puisque la justice manquerait de moyens. A qui profiterait un tel crime?

Suite au prochain numero.20090808Justice Fortis.jpg

 

L'enfoiré,

 

Le site du soir et des procès

 

Citations :

 

  • "Ce n'est jamais la Justice qui rend la justice, ce sont des juges, c'est-à-dire des hommes et des femmes susceptibles, comme tout autre de commettre des erreurs.", Lionel Jospin

  • "La Justice, c'est six mille ans d'erreurs judiciaires", Robert Brasillach

  • "Droit et Justice ! La meilleure marque de maquillage qui soit au monde, résultats garantis !", Pierre Pellot

15/04/2008

Ote ton bandeau et ajuste ta balance (1)

Le grand procès Fourniret est en cours. L'émotion et la colère contre la justice ("Incurie du système judiciaire. Son imbécilité..." Marie-Noel Bouzet). Et si on prenait un peu de recul et si on parlait de cette Justice, elle-même. La justice, qui fait partie du pouvoir judiciaire, un de nos trois pouvoirs belges, est-on dans son "bon droit" de prendre un peu de temps pour l'analyser plus intimement? L'arroseur arrosé, en quelques sortes. 

justicePrélude

A tort ou à raison, je dois avouer que je n’ai jamais été en pleine confiance devant l’équité, les verdicts, les sentences au devant des procès pour lesquels la Justice doit statuer. Dans cette première phrase toute anodine, que de mots liés avec cette la justice et pourtant, l’homme de la rue en est très éloigné et a souvent du mal à en comprendre le suivi. Peut-être, le justiciable en attend trop de la Justice, présentée comme "La" solution à leurs conflits. Il y fait appel dans la majorité des cas pour défendre ses droits dans un esprit très peu rassuré en recourant à un avocat, le plus souvent, ou parce qu’il est appelé à comparaître dans une affaire dont il est témoin.

Garde fou de nos actions et de nos agissements, la justice permet de vivre en harmonie en société. Elle est là pour faire respecter les lois édictée par un autre pouvoir. Sans elle, l’anarchie perpétuelle et les pires méfaits régneraient. Les Droits de l’Homme sont bien clairs à ce sujet. La responsabilité de chacun doit être contrôlée pour permettre toute vie en commun par l'intermédiaire de la Justice. Il n'y a société que dans le cas où le droit est présent. La Constitution, faisant part de tout État qui se veut démocratique, est la loi fondamentale en fonction de laquelle la société est constituée. Les droits fondamentaux que l'on nomme nourriture, chaleur, logement, éducation, soins et justice, ont leurs places dans cette charte de l'individu et des personnes. Cette liste évolue en fonction des exigences du bien être et pour corriger une erreur d'appréciation de l'histoire. Le recours au juge est donc la manière normale de résoudre un conflit avec son voisin, son débiteur, son employeur, l'assassin et j'en passe dans la liste des litiges de la vie en commun. Notre Palais de Justice à Bruxelles, plus vaste que la Basilique Saint-Pierre à Rome est une preuve que la Justice veut en imposer. Gageons qu'on y arrivera dans l'intimité du citoyen, aussi. 

 

L'histoire
 

ote-ton-bandeau-et-ajuste-ta-balance02.jpgDe tout temps, pharaons, seigneurs et clergés exercaient le pouvoir de Justice et avaient droit de vie ou de mort sur les habitants gérés par eux. La loi du Talion est la plus ancienne des lois de justice. Au Moyen-Age, les auteurs de meurtres étaient traînés sur une claie avant de subir la pendaison qui, en général, était réservée aux larrons. Les criminels de lèse-majesté étaient décapités. Les aveux s'arrachaient souvent par la torture. Le rituel de la peine de mort, orchestré par la présence de la foule, était vivement ressenti comme une atteinte à l’honneur personnel et familial.

Ensuite, et jusqu’au 13e siècle, le Roi reçevait de Dieu le pouvoir spirituel et temporel de rendre justice. Entouré de conseillers, il expédiait, lui-même, les affaires. Les peines étaient codifiées dans des écrits appelés Coutumiers en fonction des types de délits.

Par après, le Roi allait déléguer ses pouvoirs judiciaires à des juges spécialement nommés. A la révolution française, la réorganisation de la justice s’imposait aux révolutionnaires, pétris de philosophie des Lumières. Les Constituants élaboraient la Déclaration fondamentale des Droits de l’Homme. Fin de la torture. Les débats contradictoires permettaient aux citoyens d’exposer leurs points de vue.

Napoléon réalisait l’unification des lois et un nouveau code civil porte, désormais, son nom. Il restait conscient du lien existant toujourss entre le temporel et le spirituel pour s'assurer un maximum de plébiscites. Les degrés des tribunaux suivaient déjà la même hiérarchie que nous connaissons encore aujourd'hui: juges de paix, du civil, de cours d’appel, de cassation. L'impunité et les privilèges de l''Ancien Régime", représentés dans une justice privée, dès la fin du 18ème siècle, ont été remplacés par une justice publique et civile.

ote-ton-bandeau-et-ajuste-ta-balance07.jpgA la fin du 20ème siècle, l’abolition de la peine de mort était de plus en plus observée. En Belgique, elle datait de 1996 bien qu’elle n’était plus été exercée depuis plusieurs années auparavant. Ensuite, plus beaucoup de bouleversement jusqu’à nos jours. Seulement, une évolution douce s'en est suivie, toujours embourbées dans des dossiers de plus en plus volumineux.

Les nouvelles méthodes

Les méthodes récentes de découverte de la vérité évoluent en efficacité: la biométrie, l’identification criminelle par les empreintes digitales sont utilisés depuis 1897. La biotechnologie, la génétique et l’étude de l’ADN apportent, aujourd'hui, une approche scientifique de plus en plus précise dans la recherche des culpabilités.
La recherche de la vérité reste la préoccupation des prétoires. Aucun moyen actuel ne permet encore, à coup sûr, l’identification d'un coupable que ce soit à l’aide de sérum de vérité ou de la machine habilitée à la détection des mensonges. Indications, sans plus, mais pas preuve.

Science non exacte, par définition, elle ne devrait, malgré tout, pas trop s’en éloigner car il en va de la liberté ou de la punition par emprisonnement d’hommes et de femmes. Les erreurs judiciaires brisent une vie car, même si, après de multiples tentatives, la vérité éclate, enfin, au grand jour et que l’inculpé est blanchi, aux yeux de l’entourage, les rumeurs courront encore et le doute subsistera. Le "Pas de fumée sans feu" poursuit la pensée du citoyen lambda. Certains journaux à sensation prennent souvent un malin plaisir à amplifier cet état d’esprit, à forger une opinion avant et pendant les procès. « Toute personne accusée d'un acte délictueux est présumée innocente jusqu'à ce que sa culpabilité ait été légalement établie au cours d'un procès public où toutes les garanties nécessaires à sa défense lui auront été assurées » (Art.. 11 des Droits de l’Homme). Cet article est néanmoins caduque dans les faits dans certains cas. Depuis le 8 Janvier 2008, l'assemblée nationale française a adopté le projet de de loi relatif à la détention se sûreté permettant de faire une entorse à cette règle. La présomption d'innocence tombe aussi facilement devant la raison d'Etat.   


Constatations préliminaires

L’éloignement, parfois le divorce, entre la population et la Justice trouve son origine dans l’usage d’un vocabulaire codifié, sibyllin aux formules ésotériques qui reste parfaitement étranger ou incompris même dans la description des événements les plus communs.

Avec l’esprit verlans, on pourrait dire : « Pourquoi faire simple, quand il y a moyen de faire compliqué ».

Un tel langage est-il nécessaire dans un monde qui se veut proche de ses citoyens? Dénouer les arcanes des procès demande des spécialistes. "Nul n'est censé ignorer la loi", mais, en pratique, il en va tout autrement. Prendre un avocat pour se défendre dans le moindre litige, dans la moindre affaire, est devenu une obligation pour l’homme de la rue qui sinon se trouve marginalisé de fait.

Plus grave encore, se défendre seul devant un tribunal est autorisé, mais jouer son propre avocat, c’est souvent vouer à l’échec la cause la plus juste, la mieux défendable.

La justice se plaint d'être submergée par les affaires. N'est-elle pas volontairement responsable de ses propres contraintes? Emphases, trémolos de préambules ne font qu'alourdir artificiellement la lecture du texte qui le décrit. A bon escient? La justice ne vit-elle pas de ce manque de concision? L'imprécision des lois n'offre-t-elle pas la protection de ses membres? Qui bloque ou ajourne un dossier?

Face à l'affaire d'un client, l'avocat a souvent un rôle initial de recherche de "calques "que l'on appelle "jurisprudences", dans l'arsenal du passé de la justice. Les intégrer, en détecter les failles possibles, broder autour du sujet sont des actions de pure routine.

Une loi, qui est à la base de tous jugements, qu'est-ce? "Prescription établie par l'autorité souveraine de l'Etat, applicable à tous, et définissant les droits et les devoirs de chacun". Rien d'anormal? Et bien si. Il n'est nullement dit qu'elle doit être "précise" et "rigoureuse". Cela veut dire, qu'elle doit pouvoir être interprétée en fonction de la "culture", de l'expertise, des faits sans précédents ou non d'une affaire. Si elles étaient précises, ce serait une véritable révolution. Vous pourriez en principe vous défendre vous même, comme il est d'ailleurs permis. Et les avocats auraient moins de travail.

Les erreurs d'aiguillage ne vous ont jamais effrayées? Non? Comment se fait-il que tellement de Cours ont été choisies par les avocats et qu'en définitive, après des mois, on apprenne que le jugement est remis pour cause de "non-compétence"? On s'étonne de l'engorgement des palais, devant ce qui manifestement, n'a pas été enseigné ou incorrectement, à l'avocat. L'Etat belge vient d'être condamné à 30.000 euros par la "Cour européenne des Droits de l'Homme" dans l'affaire de la décharge de Mellery pour la lenteur de son action.

"Responsabilité: avantage à la magistrature" posait la bonne question de la réforme de la Justice en France. Les réalisateurs de cinéma ont d’ailleurs très bien compris l’intérêt qu’ils pouvaient en tirer en introduisant le suspens dans leurs films ayant pour cadre un procès. Car, la Justice passionne les foules et le cinéma vérité donne le meilleur taux d'écoute.

 

Affaires de pédophie ou "Sérial killers"

Fin des années 90, la Belgique a subit un haut le coeur en découvrant les actes de pédophilie et les rapts d'enfants. Des 'marches blanches' ont suivi cette prise de conscience pour protester.

La justice et la gendarmerie ont été mis sur la sellette et ont du réagir après les commissions d'enquête médiatisées. Des promesses ont été faites à la population. Les choses devaient changer et ont partiellement évoluées.

Avec le recul, qu'en est-il des résultats: une gendarmerie réformée et uniformisé avec les forces de police, le budget de la justice augmenté mais une relation plus étroite de confiance avec la population s'est-elle pas vraiment produite? Les déclarations des victimes prouveraient le contraire. Le procès de l'affaire 'Dutroux' belge n'a pas eu assez de coupables à se mettre sous la dent d'après l'opinion publique. Dessaisissement de juge en charge des affaires. Show spectacle aussi dans une Commission d'enquête télévisée à l'américaine.

Plus de dix ans après l'affaire, Anne Thilly, Procureur Général émérite au Parquet de Liège, en charge de l'affaire, rappelait, lors de son retrait de la vie active, ces moments d'émotions intenses qui ont fait pleurer la population belge et montrait ce qui a changer depuis lors au département de la Justice. Une meilleure communication entre les acteurs du drame (police, gendarmerie et justice), un dialogue entre les acteurs, suppression de la concurrence entre eux, éléments divers qui ont créé les pires dysfonctionnements et le véritable ratage. "Child focus" est né en Belgique. La commission parlementaire organisée pour en tirer les leçons n'a pas été épargnée par les médias. Y-a-t-il une meilleur compréhension après cet anniversaire entre justice et justiciables? Un peu, c'est à espérer.

ote-ton-bandeau-et-ajuste-ta-balance-fourniret2.jpgL'affaire 'Fourniret' a montré, aussi, les limites de la Justice. Le silence du prévenu n'en est qu'une interprétation. Même genre de victimes, même manière dans la prise en charge de l'affaire. "Négligences ou connivences" était le titre d'un « Envoyé Spécial » de l'époque. Assassins en séries, viols de plus faibles. Dysfonctionnements par les informations qui n'ont pas transité de pays à pays. Manque de recherche de liens entre des affaires géographiquement éloignés. Affaires trop vite classées. Casier judiciaire non centralisé. La Justice a oublié que le crime s'est industrialisé, s'est surtout décentralisé, délocalisé, mondialisé. La recherche de la vérité n'est plus ce qu'elle était. Elle nécessite autre chose que  des pertes de temps. Des décades pour ceux qui ont été les parents de victimes et pour les risques de reproduction des délits rejetés dans l'impunité ne sont plus permises. C'est le travail des enquêteur de police. Bien sûr. Ils doivent travailler dans l'urgence. S'entourer de tout le côté scientifique pour atteindre des niveaux proches de ceux qu'on voit dans des séries comme "Les experts". Il est reconnu que les premières heures après la découverte d'un délit, sont capitales. Dans une affaire d'enfant disparu, c'est essentiel ("Child focus"). Une chance énorme a permis de sortir l'aiguille de la botte de foin. Il ne s'agit pas de mettre des bâtons dans les roues et de travailler en équipes solides et internationales. Le transit d'informations a été aussi amélioré par le Système de Traitement des Infractions Constatées de la police (STIC) et le Système Judiciaire de Documentation et d'Exploitation (JUDEX) référencent 22 millions de personnes en France. Les Renseignements Généraux (RG), le Système d'Information Schengen et le Système d'information d'Europol (TECS), la Commission Nationale Informatique et des Libertés (CNIL) comblent les trous. Cela fait beaucoup d'organismes qui ne sont pas sous le même chapeau. En Belgique, Cedric Visart de Bocarné, nommé à 53 ans comme le plus jeune Procureur Général de Liège avait suivi de près l'affaire Brichet. Il faisait parlé de lui dans le Vif-L'Express de cette semaine. Défini comme homme de communication avec la presse n'était pas exempt de détracteurs.  

ote-ton-bandeau-et-ajuste-ta-balance-fourniret.jpgA cheval sur la France et la Belgique,  cette affaire Fourniret, mari et femme, "tueurs en série" ou "hors série", passe devant la juridiction de Charleville-Mézierre à partir du 27 mars 2008. Sept meurtres connus, des tentatives d'enlèvement sont à leur actif. Encore une affaire qui a révélé que la criminalité est internationale, alors que la justice de chaque pays se réserve son terrain de prédilection. Interpol absent? Une des victime, la petite Elisabeth Brichet est restée 14 ans dans l'obscurité de la recherche. Le 14 avril avait ses parent à la barre et les mots d'émotion pouvait difficilement dissimulé le chagrin. La Justice était visée par son "Incurie et insouciance".  

Les victimes, perdues, ne demandent, souvent, que la justice soit faite

Le coût du procès est déjà évalué à près de 2 millions d'euros. Seront-ils productifs d'une amélioration?

En France, Lionel Jospin avait pourtant mis en place le Fichier National des Empreintes Génétiques (FNAEG) pour recueillir l'ADN des délinquants sexuels jugés coupables.  

L'affaire de l'enlèvement des deux fillettes, Stacy et Nathalie ont eu une meilleure approche et un dialogue s'est mieux installé pour les retrouver. Elle n'est pas plus facile pour autant. La recherche de preuves restent toujours le problème principal quand l'inculpé nie les faits. Mais, est-il "apte" géographiquement et psychologiquement à être le vrai coupable?

ote-ton-bandeau-et-ajuste-ta-balance_55.jpgEn France, le procès d'Outreau, sombre affaire de pédophilie collective, apparaissait comme telle en février 2001, laisse un goût amer aux faux coupables. Fiasco inverse dans la construction d'un château de cartes en mettant sur le gril tout un village (60 personnes accusées au début) dans une affaire sordide d'inceste qui s'est emballée en inculpant 17 innocents jetés en prison pour des années. Surréalisme de la justice? Confusion dans les noms de personne et de lieu, mythomanes dans les accusés, juge d'instruction sans expérience qui a besoin de tenir son dossier à flot coûte que coûte pour suivre le jeu de la presse qui associe l'affaire belge et française. Pressions énormes. Viols de dossiers d'instruction. Il a fallu, pour six accusés, faire appel pour éviter  un véritable naufrage judiciaire. Tous ont été acquittés. Devenu la caricature du dérapage à tous niveaux, ce procès a nécessité les excuses du Ministère de la Justice en bonne et due forme. Est-ce une erreur judiciaire comme les autres? L'innocence des accusés étaient tellement évidentes au vu de l'impossibilité de certaines situations, que c'en est devenu un véritable mystère. Une commission d'enquête a été aussi créée pour en tirer les leçons. Le juge d'instruction, Burgaud, malgré tout ce fiasco, n'a pas jugé bon de s'excuser devant les victimes mais a été promu comme substitut du parquet anti terroriste de Paris après une prime de mutation très probablement pour éviter toutes représailles.

Reconnaître l'erreur et la réhabilitation coûtent cher.

Commentaires et remarques rapides:

  • bizarrement, les ténors du barreau se sont bousculés au portillon pour défendre ce genre de personnage et cela même gratuitement (pub!). La réalité rejoint toujours la fiction d'une manière ou d'une autre quand on pense au film "L'avocat du diable".

  • le procès d'Outreau va rester caricatural de l'erreur judiciaire dans toute son horreur quand on sait qu'un total de 25 ans de prison a été enduré par les accusés depuis le début de l'affaire. Des leçons oubliées de l'affaire

  • dénonciations mensongères, affabulations, confirmation par les enfants eux-mêmes sont à la base de l'affaire française. Principe de précaution à observer. Se rétracter est devenu plus difficile que de dire la vérité.

  •  Le «capital vie» perdue est-il monnayable? Renouvelable, ça certainement pas.

  •  Pour être "juste", je me dois tout de même ajouter cette réflexions du journaliste Hugues Le Paige qui a pour titre: "Commission de l'émotion".

  • Des avocats de haut vol pour défendre les grands criminels, généralement les mêmes.

  • Une franchise juridique mise en place dissuade pourtant les plus pauvres de se faire assister par un avocat. Une justice pour riche vient à l'esprit.

 

Principale critique: la lenteur et la lourdeur

Après des recherches des auteurs de méfaits par la police, vient l'étude du cas et la création de dossiers. L'épaisseur des dossiers en dit long. On est en droit de se demander si beaucoup de pages ne sont pas là pour apporter, aux yeux de chacun, le bla-bla parfaitement superfétatoire à la recherche de la vérité et pour intensifier l’importance d'un procès, le rendant très cher par là même. Recouper les faits, les avoir reconstitués sont les artifices de la justice moderne.

Pour le juge qui exerce son métier honnêtement, comment peut-il passer d’affaire en affaire au cours de sa journée et trouver un jugement équitable pour chacun d’eux face aux piles de documents générées?

L'Europe suit de près les États Unis dans la "judiciarisation" de la vie privée et commerciale avec un nombre de procès qui ne fait que croître. Se sont ajouté les délits des "cols blancs". De l'autre côté du miroir, les prisons doivent refuser du 'monde' à cause de leur exiguïté ou du manque de gardiens. Surpopulation et promiscuité. Certains délits considérés comme mineurs sont blanchis, des remises de peine plus rapides sont effectuées par manque de moyens, ce qui ne fait évidemment qu'accentuer le problème de respectabilité de la Justice. N'est-ce pas le moment de changer la conception de la peine en fonction du jugement? Y-a-t-il danger pour la société? La prison reste le seul recours pour la société. Une réhabilitation morale par la possibilité de payer de sa personne pour la famille victime ou pour la société. La longueur de peine dépendante de gravité du délit. Gravité qui pourrait entraîner une vie complète de pénalité pour aboutir au pardon des victimes par la réhabilitation par des travaux d'intérêts généraux pour la société ou pour la famille des victimes. Les audiences reportées entament la patience des justiciables mais aussi des juges qui passent une grande partie de leur temps à postposer pour des raisons multiples: absences des avocats ou par manque de pièces aux dossiers.

Les procès durent parfois des années avant de trouver un aboutissement. Les séances sont souvent ajournées devant l’énormité des données à mettre en lumière.

La lenteur des procédures judiciaires est parfois incompréhensible et souvent difficilement admissible.

La Justice a toute la vie devant elle, les justiciables ne l’ont pas. A cause de cette lenteur, certaines victimes obtiennent justice après leur mort. Comble de l’injustice.

Cette même lenteur, aboutit parfois bien à propos à des non-lieux ou des prescriptions pour dépassement du délai de réactions des victimes. Débordement par des jugements reportés souvent "sine die". On doit bien assumer ce retard. Les huissiers devront remettre le couvert pour les invites suivantes sans oublier personne. Sera-ce reparti pour un tour de moulin ou plus de cours en cours? Gagner du temps est parfois la recette avouée par la défense. Une prescription salvatrice, un vice de procédure, une lassitude du plaignant de la partie adverse avant l'engagement de frais exorbitants, sont les artifices de calcul judiciaire. Il est plus que vrai que les frais ne sont pas à prendre à la légère. On sait où on commence, mais le poteau d'arrivée est souvent un mirage bien lointain. Le perdant du procès remboursera les honoraires du gagnant, désormais.

La Justice de Paix qui va « pacifier » deux interlocuteurs en des réunions de conciliation. Un avocat, au milieu, et la partie est gagnée pour celui qui a pris les devants dans ce sens.

Le manque de considération des jeunes avocats par la non-expérience est aussi un cause à l'arriéré judiciaire. La valeur n'attend pas le nombre des années? C'est pas si sûr, ici. Du moins dans l'esprit des "anciens", les grands "ténors" en profitent. Se faire les dents sur les affaires traitées en prodeo pour les "jeunes tiges" ne rapporte pas lourd et ne motive pas. A peine 1000 euros net par mois, si ce n'est moins, pour préparer un dossier dans les arcanes de la justice. Les avocats prodeo ne se pressent d'ailleurs pas au portillon. Un manque à gagner pour la justice qui voit échapper des procès fructueux potentiels. Des règlements à l'amiable seront des pis aller et une parodie de justice.

La médecine est un commerce. Elle travaille dans le volet santé du corps. Ici, il s'agit de la santé de la société contre elle-même. La rentabilité se trouve dans la longévité. En France, la faculté de Droit et de Médecine sont fusionnées. Est-ce un signe?

Le Code Napoléon a vieilli, c'est sûr. Probablement mal. Des plaintes en provenance de la Cour de Cassation même dans son rapport de 2006 tenteraient de le prouver. Le management des séances de tribunaux laissent à désirer quant au temps perdu pour arriver à ses fins. Seul les ténors du barreau auraient une audience respectée. 

Avec le noeud Gordien, la justice ne vit-elle pas un mal incurable de tous les temps?

On le verra probablement au prochain numéro, au prochain procès, au prochain article...

 

L'enfoiré, 

 

Citations:

  • "La grande erreur de la justice, c'est de s'imaginer que ses accusés agissent toujours logiquement", Jules Renard
  • "Lorsque le couperet de la justice se met en travers de son chemin, l'homme du monde se doit de changer de trottoir.", Benoit Poelvoorde
  • "La perfection de la justice consiste à aimer beaucoup les choses grandes, et peu les petites", Chevalier de Méré

14/04/2007

L'alterologie (2)

Volet 1: Les périodes troubles (1945-1962

 

Volet 2 : L'âge tendre de l'espoir (1963-1989)


La première période trouble passée (1945-1962), beaucoup de pays occidentaux vont connaître une période de presque euphorie pendant laquelle l'espoir d'un monde meilleur parait s'ouvrir devant eux. De nouvelles inventions semblent pouvoir donner des ailes aux ambitions. Dans beaucoup de secteurs, la sécurité d'emploi est assurée. Un travailleur Japonais entre dans une entreprise et n'en sort qu'en fin de carrière. Les grandes sociétés pourvoyeuses de main d'œuvre en abondance tels la sidérurgie, le textile rassemblent à elles seules un gros pourcentage des disponibilités employés-ouvriers. Le pouvoir socialiste, les syndicats surveillent le déroulement des opérations. L'inflation, toujours présente en période de développement intense, n'est peut être pas sous contrôle mais un index réajuste en continu le niveau de vie. Le "baby boom" est en marche avec confiance. L'exposition universelle de Bruxelles en 1958 a apporté le reflet prometteur de ce qui allait arriver les prochaines décades.

Étudions les points importants qui ont jalonnés cette période que l'on peut qualifier de faste en continuant à suivre notre cahier des charges définit dans le premier chapitre : "Et si cela s'était passé autrement?".

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Si l'indépendance du Congo dans l'urgence n'avait pas été prématurée ou mal agencée? Un court arrêt le 30 juin 1960, pour nous le demander.

Je crois que la réponse est dans la question. Poussés dans le dos par des extrémistes avides de pouvoir nouveaux, le Congo se retrouvait sans expérience de la liberté ni de formations suffisantes pour assumer la transition et la prise en charge d'un pays aussi vaste. Les troubles qui suivirent n'auraient pas été aussi violents. Coups d'état en 1965, crise, troubles toujours menés avec un esprit rejetant les derniers occupants. La démocratie a aujourd'hui encore des difficultés à s'installer. Mais je laisserai les intéressés s'exprimer eux-mêmes sur le sujet.

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Si Kennedy, n'avait pas été poussé pour raisons de prestige et de revanche sur leur fierté secouée, de promettre la lune avant la fin de la décade?

Après les réussites russes du 4 octobre 1957 avec Spoutnik (et son bip-bip caractéristique), de Gagarine qui, le 12 avril 1961, fut le 1er homme de l'espace, il fallait réagir.

La course à l'espace n'aurait pas eu lieu avec autant de potentiel, d'urgence avec des budgets moins étendus. Nous n'aurions certainement pas eu de télécommunications aussi efficaces, la télévision n'aurait pas eu le punch que nous lui connaissons, la captation de l'énergie solaire par les cellules photoélectriques serait encore au niveau expérimental, les expériences scientifiques n'auraient pu apporter des avancées dans les domaines variés comme la médecine, la technologie, la météorologie. Le 21 juillet 1969, ce premier pas avait lieu sur le sol lunaire. Le Lehm, la station spatiale (ISS) en orbite autour de la terre. Les Navettes remplaçant progressivement les fusées pour permettre le retour sur terre. 1986 Challenger, 2004 Columbia ralentiront cet élan, mais ne pourront le stopper.

Et dire que jusqu'il y a peu, certains pensaient encore que la marche sur la lune avait été une fiction générée en studio!

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Si, le 3 décembre 1967, au Cap, le Docteur Barnard n'avait pas repoussé les limites d'une pensée figée.

Avant lui, on pensait que le cœur faisait partie intégrante du corps sans espoir de le greffer par transplantation dans le corps d'une autre personne? Washkanski, 1er transplanté, souffrant d'insuffisance cardiaque, n'a malheureusement pas pu survivre pendant longtemps avec son nouveau cœur, mais l'expérience a pu faire découvrir le problème de rejet d'un corps étranger et lancer la recherche de médicaments pouvant contrecarrer cette réaction naturelle. Aujourd'hui, plus de 40.000 transplantations ont eu lieu, un nombre considérable d'anciens malades du cœur vivent très bien après cette opération de transplantation qui se pratique tous les jours dans le monde avec un pourcentage de réussites important. Trouver des donneurs est encore le seul problème actuellement.

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Si le 2 août 1964, dans le golfe de Tonkin, avait été une journée bien calme pendant laquelle le Nord Vietnam n'avait pas attaqué deux destroyers US (ou que ceux-ci avaient été dans leur base) dans un remake de Pearl Harbour?

Une escalade de la violence n'aurait peut-être pas précipité la guerre du Vietnam. La guerre froide s'était réchauffée par belligérants interposés. Dix gouvernements successifs au régime de Diem dans le Sud n'ont pu le stabiliser. Le Vietnam Nord et le Viêt-Cong, appuyés par L'URSS et la république populaire de Chine du côté Nord et le Vietnam Sud soutenus par les US et 40 autres pays, l'engrenage de la guerre pouvait commencer. Les B52 larguèrent ensuite leurs bombes au napalm. La guérilla contre les armes lourdes US. Devant les pertes humaines et le coût de cette guerre, l'opposition croissante intérieure contre celle-ci se manifesta en mouvements hippies pour la paix et l'opposition extérieure internationale menant au 27 janvier 1973 à la signature du cesser le feu. Saigon tomba le 30 avril et la capitulation était signée. Les produits chimiques utilisés pour la déforestation ont ouvert la voie à des guerres chimiques et biologiques et ont laissé 30 ans plus tard d'importantes malformations génétiques chez les populations bombardées. Ces huit années ont causé la mort de 2 millions de Vietnamiens (+ 3 millions de blessés), 57.000 Américains tués et 153.000 blessés. David avait vaincu Goliath, mais à quel prix.

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Si 4 ans après avoir reçu le Prix Nobel de Paix, le pasteur Martin Luther King n'avait pas été assassiné le 4 avril 1968?

Par la lutte pour l'égalité des races et la non-violence, le pasteur aurait pu continuer son mouvement pour le droit des Noirs et son fameux "I have a dream" aurait pu représenter plus une réalité qu'un rêve. Les noirs, n'auraient-ils pas eu plus de chance de sortir de la marginalisation qui existe encore aux USA?

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Si, le 3 février 1969, une personnalité charismatique telle que Yasser Arafat n'avait pas été élu chef de l'OLP?

Tour à tour au devant de la scène ou relégué dans l'exil, Yasser Arafat s'est retrouvé, jusqu'à sa mort le 11 novembre 2004, l'emblème d'un peuple Palestinien opprimé ou mis à l'écart. Se poser cette question est une question très dépendante du point de vue. Pourtant, il faut bien l'avouer, son caractère entier, dépassé souvent par sa droite plus belliqueuse, sa volonté sans partage d'une Palestine retrouvée, a empêché d'arriver à une paix durable. Lors des accords d'Oslo, le 13 septembre 1993, il prenait, entouré de Bill Clinton et d'Yitzhak Rabin, des résolutions sans lendemain. L'année suivante, il partageait le prix Nobel de la Paix avec les cosignataires Israéliens. Les épisodes de l'intifada recommencèrent pourtant plusieurs fois. En cette année 2005, son successeur, plus pacifiste et pondéré, a renoué le dialogue souvent rompu avec les adversaires de toujours. Gaza est en passe d'être libéré de tous les colons. Espérons que l'on n'a pas uniquement élargi les mûrs de la prison. Les élections de mars 2006 en Israël semblent enfin ouvrir une ère plus propice d'entente cordiale si pas de paix. N'a-t-on pas de ce côté du monde perdu beaucoup de temps avec de multiples "faucons" au pouvoir? L'avenir seul répondra à cette question.

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Si comme dans l'antiquité, les Jeux Olympiques permettaient pendant cette courte durée de mettre les armes et les nationalismes au vestiaire?

Ce 5 septembre 1972 à Munich allait rappeler une première fois au monde que le sport est souvent rattrapé par la politique. La tragédie éclatait dans le rang des athlètes par une action terroriste. Le boycott des JO de 1980 à Moscou par les Américains, la RFA et quelques autres pays en fut une autre preuve.

Le sport et rien que le sport. C'est le problème.

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Si la presse n'avait pas eu un pouvoir insoupçonné vis-à-vis de la politique?

Ce 8 juin 1974, l'affaire du Watergate mettait un terme à la carrière du 37ème président des États Unis après deux ans d'enquête. Nixon, après avoir nié jusqu'au bout son implication dans les écoutes téléphoniques, était forcé de démissionner. La force de la presse, sa liberté d'action, le droit de ne pas révéler ses sources, arrivaient enfin à maturité. Elle a dû souvent le payer au prix fort avec le reportage des conflits et des situations dans les pays sous le joug de la dictature. Tant que la presse aura une réelle envie d'informer, l'homme de la rue aura toujours son mot à dire.

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Si le Shah d'Iran avait compris le danger potentiel de l'intégrisme?

Ce 22 janvier 1979, il n'aurait pas dû quitter l'Iran et laisser la place au régime de l'imam Khomeiny qui allait plonger le pays dans une purge de tous les modérés du régime précédent. Une folie justicière à la Robespierre n'allait plus connaître de bornes jusqu'à la mort de celui-ci.

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Si Tito avait eu un successeur et pour continuer son socialisme à la yougoslave?

Tito qui avait maintenu, d'une main de fer, un pays fédéral comme la Yougoslavie, qui compte plusieurs ethnies, langues, écritures. Si, une fois disparu, le 4 mai 1980, il avait pu être succédé par quelqu'un de la même trempe, la crise économique, la paralysie des institutions, les haines renfrognées seraient-elles venues à la surface en poussant les gens à ne plus vouloir vivre ensemble et à choisir l'indépendance nationaliste pendant les dix années qui suivirent? Hélas, les années 90 prouveront le contraire et une guerre raciale, fratricide sans merci devait se dérouler pendant cinq ans. Mais cela fait partie de l'épisode suivante.

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Si les ordinateurs n'avaient pas quitté le milieu des sociétés et conservé leur taille importante?

Sans les précurseurs et le géant IBM qui le lançait, en juillet 1980, le Personal Computer, n'aurait pas été à la portée de tous et Internet n'aurait pas été la révolution de la connaissance humaine et le moyen qui a rapproché les hommes. Le monde ne serait jamais devenu subitement aussi petit quand Internet s'est pointé.

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Si l'accident nucléaire de Tchernobyl du 26 avril 1986 n'avait pas eu lieu ?

Le monde n'aurait pas appris le degré de vétusté des installations soviétiques et la vigilance n'aurait pas été plus grande et d'autres catastrophes auraient pu se produire. Les victimes ont été nombreuses, cela ne fait plus aucun doute aujourd'hui. Les chiffres avoués ont été avancés par les autorités à plus de 30.000 victimes et 50.000 déportés. Le site abandonné pour des dizaines d'années. L'augmentation du nombre de cancers attribués aux radiations qui sont tombées sur l'Europe entière n'a pu évidemment être évaluée à sa juste mesure. Des statistiques existent certainement. Le coup de semonce a peut-être été néanmoins salutaire comme dans toutes les catastrophes. D'autres centrales du même type que Tchernobyl existent encore et fournissent encore de l'électricité aux anciens pays soviétiques. L'Union Soviétique toujours très discrète auparavant a dû rectifier son attitude vis-à-vis des autres pays. Des contrôles plus réguliers ont été décidés. Les pays se sont sentis plus solidaire devant le danger commun.
Les sous-marins nucléaires laissés à l'abandon sans entretien dans le nord de la Sibérie par manque de capitaux risquent également de ressortir d'une manière plus insidieuse sans laisser de traces.

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Si l'esprit de liberté n'avait pas germé dans la tête de certains, une envie d'égalité parmi les hommes, de démocratie auraient-elles pu prendre tant d'ampleur? Le printemps 1968 a été le détonateur d'une série d'événements en cascase.

Tous ce qui va suivre n'aurait probablement pas eu lieu.

Violentes manifestations après l'attentat contre l'étudiant Rudi Dutschke en Allemagne le 11 avril. Initialisée par un beau Printemps de Prague le 15 avril, réprimée le 20 août par l'invasion des chars soviétiques, la liberté se réveille à l'Est comme à l'Ouest.

A partir des premiers heures du 3 au 7 mai, Paris avec ses étudiants connaissent un Mai 68 complet de paralysie du pays, de barricades, de démissions gouvernementales et le retour du Général De Gaule. "Sous les pavés, la plage", illusion?

En août, c'est au tour de la Tchécoslovaquie d'exprimer son envie de changement. L'invasion des chars soviétiques mettent fin à Prague à l'expérience du "socialisme à visage humain".

En 1985, avec le nouveau pèlerin Gorbatchev, laissant derrière lui Brejnev, Andropov et Tchernenko, les derniers bastions du communisme pur et dur, prend le pouvoir en URSS. La Glasnost et la Perestroïka, de nouveaux mots qui deviennent familiers dans le monde. Les voyages d'hommes d'états se multiplient. Son prix Nobel de la Paix en 1990 lui a apporté une preuve d'estime des pays occidentaux alors qu'à l'intérieur cela pas toujours été le cas. Il signera la fin de la guerre froide en novembre de la même année.
L'année 1989 fut celle pendant laquelle tout se précipite dans un aboutissement riche par la volonté des hommes d'assumer leur destin. Les heures du despotisme sont comptées.

Le 9 mai, le Code Napoléon est remis en chantier et réévalue le poids de l'instigateur d'un crime.
Le 4 juin, les étudiants chinois se voient réprimés sur la
place Tien An men par les massacres perpétrés par leur gouvernement. Ils sont matés dans le sang dans leur élan contre révolutionnaire et une impitoyable répression s'en suit. Être parmi les premiers ne donne jamais beaucoup de chance de réussite. L'ouest serait-il encore attaqué économiquement aujourd'hui si des salaires démocratiques avaient été aux mains de la masse des travailleurs chinois responsables?

Le 8 juillet, le chanteur Renaud rassemble 100.000 personnes derrière lui pour protester contre le faste du Bicentenaire et de la venue des Sept Grands du 14 juillet (sans Cendrillon). Slogan "Dette, apartheid, colonies, ça suffit comme ça".

1er août, parution des livres de Soljenitsyne à Moscou après des années de Goulag.

15 août, De Klerk devient président de l'Afrique du Sud, accédant suivant, ses dires, à une "nouvelle ère" et mettant fin à l'apartheid du moins dans la Constitution. Nelson Mandela, chef de l'ANC, avait été emprisonné en 1962 pour avoir résisté au régime de l'apartheid. Il sortira de prison le 13 février 1990.

Le 24 août, la Pologne et le syndicat Solidarnosc sous Lech Walesa au départ des chantiers de Gdansk ont fait parler d'eux et, au grand dam de Jaruzelski, l'investiture de Tadeusz Mazowiecki commence dans le non-communisme.

Le 10 septembre, la Hongrie ouvre ses frontières. Des milliers de réfugiés de RDA se projettent dans la brèche.

Le 29 septembre, l'armée Vietnamienne quitte le Cambodge laissant 60.000 morts derrière elle.

Le 30 octobre, l'engouement d'un nouveau "Far West" fait descendre des milliers d'allemands de l'Est dans les rues de Leipzig. Réformes et démocratie dans toutes les bouches. L'instabilité et l'esprit d'insurrection sont maximales dans ce renouveau.

Le 10 novembre, le Mur de Berlin, qui sépare les deux parties de la ville, s'effondre et la réunification de l'Allemagne peut commencer.

Le 26 décembre, la Roumanie est libérée du ce qu'on a appelé tyran des Carpates, Ceausescu.

L'URSS n'aura plus qu'à bien se tenir dans son idéologie communiste. On connaît la suite.

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Remarques de conclusion:

Que ceux qui n'aiment pas l'histoire me pardonnent. Peut-être n'ont-ils, d'ailleurs, pas atteint la lecture de ces dernières lignes.

Cette revue de quelques 27 années de petites et de grandes histoires dans l'Histoire avec un grand 'H' le fut avec l'énumération des dates qui n'étaient là que pour en suivre le fil. Cette vision légèrement biaisée par l'alterologie montre simplement que les événements de l'histoire, mémoire du monde, n'arrivent jamais par hasard et que si on veut l'oublier nous serons toujours condamnés de la revivre. La suite au prochain numéro.

 

L'Enfoiré,

 

 

Citations :

  • "Notre histoire est telle que tout à coup, des gens ordinaires sont confrontés à des décisions majeures d'une manière à laquelle les gens ordinaires ne sont en général pas confrontés", John Maxwell Coetzee
  • "L'histoire se répète de manière caricaturale", Grégoire Bouillier
  • "Chaque histoire s'accompagne d'un nombre indéterminé d'anti-histoires dont chacune est complémentaire des autres", Claude Lévi-Strauss
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A suivre, la semaine prochaine : (Période 1990-2005 : La période du doute)

 

17/08/2006

La vie privée, la belle affaire..

Le respect de la vie privée, une priorité. Oui, mais pas pour tous et partout.



Le site Intelius, "Live in the know" va balayer toutes ces idées "préconçues" de la responsabilité de la vie privée et du respect d'autrui.

Avoir un esprit de "concierge" qui se retrouve à l'affut de tout événement croustillant derrière ses rideaux, voilà la première étape d'un processus d'empiètement des plates bandes d'autrui.

Pourtant, nous sommes avec cette manière d'être un peu délictueuse, très loin de ce que permet internet aujourd'hui.

C'est plutôt ringard, ces moyens non informatisés et qui obligent à être partout à tout moment pour ne rien laisser échapper à sa "sagacité".

Plus besoin de cacher sa manière d'être et de vivre, les informations sont présentes et disponibles à qui est près de déposer une petite obole dans la sébile.

Sans bourse délier, il est déjà désormais moyen de s'informer, quoi de plus naturel, sur une foule de renseignements anodins au sujet de son voisin: où habite, où il a déménagé, s'il est marié. "Anodins", tout dépend évidemment pour qui.

Le pays de la nouveauté, les Etats-Unis, bien sûr, là où les expérimentations les plus folles sont initiées dans le plus grand flegme. Là bas, sa fortune, on ne s'en cache pas en général. On l'affiche au grand jour. Circulez sur les rives le longs des côtes de Floride, et on vous annoncera fièrement le prix des maisons croisées: 1 million de dollars (quel pauvre bougre, imagine-t-on, 5 millions de dollars, et j'en passe,

Donc, pourquoi se priver. La voie royale de la proclamation des réussites est du parcours. Aucun dérapage, en vue. Et cela fait fureur dans les chaumières du drapeau étoilé. Rares critiques sinon de la part de détectives qui considèrent les données trop peu actualisée.

Les vidéo surveillances existent mais la vision des images enregistrées étaient réservées exclusivement à des yeux "avertis".

Mais où habite Madame Mac et aussi quel est l'historique de ses déplacements ? Ses différents téléphones? Qu'est-elle devenue? Est-elle plus âgée que moi? Habite-t-elle dans une maison complètement payée (photos par satellite et différents renseignements sur l'environnement à l'appui)? Son casier judicaire est-il vierge?

En effet, l'info peut s'accompagner de l'image en prime. Google va y aider avec son outil "Google Earth" car, dans peu de temps, il sera même possible de zoomer sur la maison et qui sait, sur cette Madame Mac en train de déjeuner sur la terrasse avec un clin d'œil du satellite au passage. La technique a ses secrets qu'il vaut mieux garder sous le manteau.

Pour obtenir des infos sur la fortune, de ses petits travers judiciaires et vices de cette chère Madame Mac. au pire, il faudra donner une identification et le numéro de sa carte de crédit. Mais, ce n'est vraiment pas cher, à peine une dizaine de dollars par mois, une pitié. Et puis, on peut vérifier dans le même temps ses propres données. Le pied, quoi.

Ces compléments aux fameuses Pages Blanches du bottin ne sont peut-être qu'une étape et des idées plus subreptices se creusent probablement pour ajouter des données plus intimes.

La cerise sur le gâteau pour l'employeur éventuel, celui-ci peut obtenir un rapport de "Instant Employment Screening", qui permettra de donner le maximum d'informations type criminel historiques ou actuelles sur le crédit de son candidat. Ses infractions de roulages peuvent aussi servir pour établir un profile. Plus moyen de se tromper lors de son engagement.

"Live in the know. Live Inteliusly", voilà la devise.

Le site a même été récompensé pour la justesse de leur initiative comme meilleure nouvelle entreprise à la croissance de 700% en 3 ans par l'American Business Award.

Nous y sommes dans le monde du secret. Y-a-qu'à demander. Comme dit la publicité, la vraie connaissance peut faire toute la différence.

Protéger ses intérêts et ses entreprises quoi de plus normal dans ce monde complexe.

En Belgique, la loi empêche ce genre de dérive. Des sociétés ayant pignon sur rue rassemblent les données concernant la situation de confort d'une société commerciale mais pas de l'individu en propre. Corine Dautrelepont, avocate spécialisée en droit des médias et de la communication, affirme haut et fort que ce genre d'information est très fortement encadré par la législation. Elle cite un exemple du gouvernement flamand qui avait publié sur son site une liste des sportifs sanctionnés pour dopage. Le gouvernement flamand s'est vu contrer par des recours judiciaire qui sont arrivés jusqu'à la cours d'arbitrage pour obtenir la suspension et l'annulation.

Heureusement qu'il y a l'Atlantique entre nous et qu'en plus les deux continents continuent de s'écarter.

(Source: Journal Télévisé RTBF1 14 août 2006)

Mise à jour du 6 février 2007: Un billet de Paul herman de la RTBF, au sujet de la réflexion sur les écoles qui impose patte blanche à l'ouverture de leur porte:

Vous permettez, jeune homme, que j'emprunte votre empreinte ? Vous promettez d'être sages et de poser vos doigts sur le captage juste avant de passer le grillage ? Là, je vous parle de l'école Marie-José, à Liège, dans le quartier d'Outremeuse où, depuis hier, comme vous le savez, les deux cents élèves de cet institut technique et professionnel se font encoder la phalange, de sorte que leur empreinte digitale soit désormais leur sésame pour entrer et sortir de l'établissement. C'est drôle, mais lorsque je suis parti visiter le site que l'institut Marie-José partage avec le collège Sainte Véronique, pour en apprendre un peu plus sur le projet pédagogique, je suis d'abord arrivé sur la rubrique « Carte d'identité » qui ouvrait sur « Renseignements généraux », et j'aurais pu croire qu'un effet de sens menait assez directement à la case « Empreinte digitale » mais non, le mauvais esprit n'est pas de mise, car voilà aussi un institut dont les élèves étudient les changements du climat, une école qui organise un voyage de fin d'année à Breendonk et qui travaille sur de forts intéressants projets européens pour Luxembourg 2007. On dirait donc bien qu'on est là dans l'idée et le principe même de ce qui fait l'éducation qui, littéralement, signifie « conduire quelqu'un en dehors de lui-même, le tirer vers ce qu'il ne connaît pas » et voilà donc bien, se dit-on, des professeurs qui savent ce que sont et l'émancipation et l'autonomie. Et c'est pourquoi l'on ne trouve pas de réponse à cette inquiétante question : comment une école qui emmène ses élèves à Breendonk en arrive-t-elle à contrôler leurs empreintes digitales ? On connaissait déjà les caméras de surveillance dans notre enseignement, et ce n'est pas la première fois que l'on a recours à des senseurs - je parle là du procédé optique par quoi se reconnaissent les empreintes - pour pallier le manque d'encadrement et assurer aux écoles une sécurité interne que le monde extérieur semble leur mégoter. Mais dira-t-on à ce directeur que l'on trouve désormais de faux doigts en gélatine que l'on peut fabriquer en moins d'une heure, qui coûtent moins de dix euros et qui permettent de tromper 80% des systèmes de reconnaissance d'empreintes digitales ? Ce qui pourrait, à tout prendre être un excellent travail de fin d'année pour les élèves de cette école technique et professionnelle qui trouveraient là matière à mettre en perspective les expériences pédagogiques de leur direction. Au fait, je vous parlais la semaine dernière, de cette autre direction d'école, à Ostende, tout occupée, elle, à lutter contre le tabac et qui voulait faire porter aux fumeurs des badges discriminants. Eh bien, elle est revenue sur sa décision et a retiré son projet. Elle préfère désormais le patch au badge. Comme quoi on a toujours raison de faire confiance à la raison. Vous n'en êtes pas sûrs ? J'en mettrais ma main à couper.”



L'enfoiré,



Sur Agoravox, d'autres commentaires. 

 

Citations:

 

  • "C'est une vie exquise, celle qui se maintient en ordre, jusque dans son privé.", Montaigne
  • "La moralité est un luxe privé et coûteux", Henry Adams
  • "Aime celui qui te dit tes défauts dans le privé.", Proverbe hébreu

13/07/2006

Bond à petits bonds

L'antagonisme des deux grands blocs mondiaux n'existe plus vraiment. Le "monde du secret" a du mettre une sourdine de plus à ses agissements. Le fameux James Bond a pris de l'âge mais il n'a pas disparu pour autant. Il a seulement changé d'objectifs et il a encore de beaux restes et de jours de gloire devant lui.

 

Ce 12 juillet, la RTBF1 invitait Jean-Claude Delepierre, actuel président de la CETIF, la Cellule de Traitement des Informations Financières, et ancien président du Comité R, le comité chargé du contrôle des services de renseignement belge. 

Après les événements de Bombay qui rappellent furieusement ceux de Madrid ou de Londres, l'espionnage vu par l'intérieur, avec l'interview de JP Jacqmin, me paraissait tout à fait adéquat.

Son choix musical: "Les Variations Goldberg" de Jean-Sébastien BACH, Variation 1, par Glenn Gould.

JPJA : Alors, variations Goldberg, Glenn Gould, Jean-Sébastien Bach, déjà des histoires de prête nom, c'est une manière d'entrer en espionnage ?

  • On peut le voir comme ça, mais bon je crois que l'espionnage ça fait partie d'un grand tout et ce n'est pas comme ça que je le vois moi. Moi je le vois plutôt comme effectivement un lien au travers du temps entre deux génies incommensurables, je le vois aussi dans cette dimension qu'on cherche toujours un peu ailleurs, on cherche le divin ailleurs, alors que quand on écoute ça, on se rend compte que le divin est dans l'homme et qu'il y a aussi la beauté. Donc, il y a ça aussi. Et le renseignement, c'est vrai, ça peut peut-être déboucher là-dessus, ça devrait déboucher là-dessus.

JPJA : Ça, on verra si le renseignement débouche sur le divin. Pour que les choses soient concrètes pour les gens, il y a eu des attentats en Inde hier, 174 morts, est-ce que la cellule de traitement d'informations financières qui doit lutter contre le blanchiment d'argent et le terrorisme, les transactions financières qui alimentent le terrorisme, est déjà saisie de ce genre de choses ?

  • Mais elle est saisie de manière générique de ce genre de chose, puisque la cellule de traitement des informations financières, CETIF et CFI, pour les abréviations en néerlandais, reçoit les déclarations de soupçons des institutions financières et des autres personnes visées par la loi, comptables, réviseurs d'entreprises, notaires, et elle est compétente non seulement pour le blanchiment lié aux activités terroristes, mais aussi depuis 2004 pour le financement du terrorisme. Donc, oui, génériquement, oui, maintenant sur le cas pratique...

JPJA : Est-ce que ça veut dire que, par exemple, des gens originaires d'Inde ou dont on sait qu'ils pourraient être liés à des organisations type Cachemire, même si les revendications ne sont pas encore sur la table, sont mis déjà sur la sellette, sous surveillance ?

  • Sous surveillance, en ce qui concerne la CETIF, non parce que la surveillance n'est pas une surveillance globale, c'est une surveillance qui dépend de la détection par les institutions financières de mouvements ou d'opérations financières suspectes par rapport au profil des clients.

JPJA : Donc ce sont les banques, en gros, les banques privées ?

  • Oui, ce sont les banques privées, d'autres intermédiaires financiers également et à ce stade-ci, si on devait détecter sur notre territoire des mouvements financiers suspects, qui seraient en relation avec les mouvements dont on parle aujourd'hui, ou avec certaines personnes en relation, il est clair que le système fonctionne à ce moment-là dans le sens qu'il y a des déclarations de soupçons transmises à la cellule. La cellule, à ce moment là, est saisie et peut alimenter son dossier avec d'autres informations policières, renseignements, autres informations financières et si un lien est fait, elle doit transmettre aux autorités judiciaires, en l'occurrence ici le parquet fédéral s'il s'agit de terrorisme.

JPJA : Est-ce que ça représente vraiment beaucoup de cas de blanchiment d'argent ? Parce que ce qu'on a vu aussi, les attentats terroristes ne coûtent finalement pas si cher que ça. Est-ce qu'on peut le détecter par les transactions financières, le terrorisme ?

  • On peut le détecter. Depuis 1993, la cellule a comme compétence de détecter le blanchiment lié au terrorisme. Sur la période précédent les attentats du 11 septembre, des dossiers ont été transmis. Dire évidemment que c'est la majorité des dossiers de la cellule, non, il faut effectivement rester...

JPJA : C'est d'abord quoi: le trafic de drogue et des blanchiments comme ceux-là ?

  • Trafic de drogue qui sert à financer les caisses d'un mouvement terroriste, prise d'otages, hold-up, etc., Ce sont des infractions qui ont été détectées dans des dossiers de blanchiment transmis par la cellule avant 2001. Depuis 2001, depuis les attentats du 11 septembre, nous avons évidemment davantage transmis de dossiers, le nombre a augmenté parce que la vigilance a été davantage accrue et puis le système de transmission des informations au niveau de la coopération internationale s'est également accru. Il ne faut pas vous cacher que nous avons reçu beaucoup d'informations de la part de notre homologue américain, par exemple. Ou comme de notre homologue espagnol dans le cas des attentats de Madrid. Donc, aujourd'hui nous avons cet aspect-là plus le financement du terrorisme. Le financement du terrorisme, c'est évidemment plus difficile parce que détecter le financement du terrorisme, c'est non seulement détecter des sources financières d'origine illicite, mais le financement peut se faire par des sources licites. Si je participe à l'idéologie d'un mouvement extrémiste qui d'autre part se livre à des attentats terroristes, je peux très bien décider tous les mois de consacrer une partie de ma rémunération à leur faire des dons. Donc, il y a des dons et c'est difficile à ce moment-là de détecter ce genre de choses.

JPJA : Transactions financières, on peut encore en parler dans l'actualité, on va venir à votre constat et à votre expérience sur l'observation des services de renseignement en Belgique, mais il y a le dossier Swift qui est dans l'air, donc c'est une société qui fait des transactions, qui permet des transactions financières dans le monde globalement et qui a transmis des informations visiblement ou qui a donné l'autorisation au réseau de contre-espionnage américain d'avoir des informations sur ce qui se fait en Europe, en Belgique peut-être. Est-ce que vous étiez au courant ?

  • Non absolument pas. Nous avons été mis au courant par les articles du New-York Times, nous n'étions pas au courant précédemment. Et renseignements pris, le système de détection des opérations suspectes et le système de collaboration internationale entre ce qu'on appelle les cellules de renseignements financiers n'a pas, jusqu'à ce jour en tout cas, il n'y a pas d'éléments qui indiquent que ce système a été impliqué ou utilisé dans ce genre de chose.

JPJA : Est-ce que ce qui s'est passé est d'après vous illicite ?

  • Mais, ça c'est le grand problème. Illicite non, on ne peut pas d'office dire que c'est illicite. La seule chose, c'est qu'il faut prendre en compte toute une série d'hypothèses. Le caractère licite ou illicite ne pourrait se déterminer que si on savait exactement ce qui s'est passé. Or, on a des informations, mais on ne sait par exemple pas si des institutions belges ou si des citoyens belges auraient été concernés par ce système de renseignements. Donc, avant de savoir tout ça, on ne peut pas affirmer  que ce soit illicite ou non. Et même dans le cas où ce serait établi, encore faudrait-il savoir où les informations ont été récoltées et il faudrait savoir également si il y a une infraction à notre loi nationale à nous. Donc ce sont des questions très complexes.

JPJA : Des enquêtes sont en cours aussi du côté de la Banque Centrale Européenne dont les Américains disent qu'ils avaient été mis, que la Banque Centrale Européenne a été mise au courant ?

  • Oui, mais je doute fort qu'on connaisse un jour le fin fond de l'histoire.

JPJA : Est-ce que ce n'est pas un peu exactement comme pour les vols de la CIA avec prisonniers à bord qui seraient passés par la Belgique, chose qui est, elle, illégale ? On dit qu'on ne sait pas très bien le nombre de vols, on ne sait pas très bien si il y avait des prisonniers à bord. Il y a des vols dont on ne sait pas très bien s'ils ont eu lieu. On apprend que la base de Chièvres, base OTAN, on n'a pas contrôle dessus. Est-ce que tout ça est normal ?

  • Mais tout ça est normal, en tout cas, tout ça semble aujourd'hui être la situation que nous connaissons. Alors, je pense qu'il y a un décrochage entre le fait que nous avons des lois qui s'appliquent sur notre territoire national et qu'aujourd'hui avec la mondialisation, avec la suppression des frontières, avec l'évolution des moyens technologiques, c'est très difficile de contenir tout ça dans un territoire bien délimité. Alors, vous prenez un exemple des écoutes téléphoniques. Est-ce qu'il est illégal de faire des écoutes téléphoniques dans un autre pays, et je ne parle pas des Etats-Unis, ça peut être n'importe lequel des pays tiers.

JPJA : On sait qu'il y a un réseau qui s'appelle "échelon" qui surveille toutes les communications. En principe, c'est illégal ? Si on regarde la loi belge, pour pouvoir faire des écoutes téléphoniques en Belgique, il y a quand même un certain nombre de règles à respecter, avec mandat de juge d'instruction par exemple. Les Américains nous écoutent sans aucun soucis ?

  • Mais d'un autre côté, les Américains respectent leur législation. Techniquement, l'opération n'est pas faite en Belgique. L'opération est faite de l'extérieur.

JPJA : En Angleterre ?

  • Imaginons que ça soit en Angleterre, ça peut être fait au départ d'un bateau dans les mers internationales.

JPJA : Est-ce que vous n'êtes pas en train de nous dire, Jean-Claude Delepierre, finalement que des services secrets, des services de renseignements en Belgique, ils sont complètement débordés, ils sont dépassés par la mondialisation ?

  • Dépassés, c'est peut-être un mot qui déjà donnerait une idée définitive. En tout cas, ils sont confrontés à un problème très complexe et je crois que tous ces exemples démontrent qu'il faut y réfléchir. Tous ces exemples démontrent qu'il faut voir quels sont les moyens dont on dispose tant sur le plan légal, mais pas uniquement sur le plan légal. Est-ce qu'il est possible chez nous de faire éventuellement respecter la loi si elle devait être violée par ce type d'activités ? Mais ce n'est pas un problème typiquement belge, c'est un problème qui doit être discuté sur le plan international aussi. Est-ce qu'il n'y a pas lieu d'avoir une meilleure communication entre les différents états qui travaillent dans le même sens, qui ont les mêmes principes démocratiques ? Est-ce que la communication est toujours très bonne ? On a un peu l'impression que ce n'est pas toujours le cas et qu'en premier lieu, c'est peut-être ça qui pose problème.

JPJA : On l'a vu au cours des derniers mois, la sûreté de l'état, mais ici dans le cadre des vols américains CIA, c'est plus le service de renseignements militaires qui est sur la sellette, un certain nombre de dossiers et une presse vendue à l'Iran, dont certains Américains ont dit, par exemple, qu'elle aurait pu servir à la filière nucléaire, il y a l'affaire Erdal, est-ce que nos services de renseignements sont à la hauteur selon vous, vous qui les avez surveillés pendant plusieurs années ?

  • Ils sont à la hauteur. Evidemment posée comme ça, c'est une question un peu diffificle...

JPJA : Vous doutez ?

  • C'est une question piège. Mais je dirais, si vous me demandez s'ils sont à la hauteur et qu'on ne peut pas aller plus haut, je vous répondrais non bien sûr, personne n'est jamais à la hauteur. Je crois que ce qu'il faut faire, en tout cas, ils sont les mieux placés pour devoir travailler dans ces domaines-là. Et je crois qu'il faut leur donner les moyens, il faut aussi non seulement que les services de renseignements puissent avoir les moyens, mais il faut aussi qu'à l'extérieur des services de renseignements, on soit conscient de ce type de problèmes et qu'un dialogue s'instaure avec ces services.

JPJA : Finalement, vous les avez surveillés ou vous les accompagnez, parce que vous les défendez là ?

  • Mais on les a toujours défendus, on les a toujours défendus tout en étant critiques par rapport à leur action. Et je dirais qui aime bien, châtie bien. Nous n'avons jamais châtié. Mais je crois que nos critiques se voulaient surtout constructives même si elles n'étaient pas toujours agréables à entendre.

JPJA : Vous avez décelé des coups tordus qui n'étaient pas admissibles ?

  • Non, pas à ce point là. On a décelé des dysfonctionnements, on en a parlé, on a cité les problèmes qui se passaient au niveau de la collaboration, surtout au niveau de la coordination et au niveau de la transmission des informations aux autorités décisionnelles.

Après cette lecture, on peut conclure qu'il reste du travail à faire. Jamais de chômage dans le secteur du secret.

L'homme qui compare ses agissements par anthropomorphisme avec les animaux n'a pas remarqué qu'il s'est détaché de sa fonction essentiel de la vie qui est le maintien de l'espèce humaine sur Terre.

Certains animaux en période de pénurie diminuent leur population de manière presque automatique.

Est-ce que l'homme avec le terrorisme aurait-il trouvé une autre manière de s'autoréguler ? 

 

L'enfoiré,

 

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Citations:

 

  • "Qui se venge en secret, en secret en fait gloire", Pierre Corneille
  • "Le secret, c'est qu'il n'y a pas de secret. Nous sommes des petits enfants égoïstes et malheureux, pleins de peur et de colère...", André-Comte Sponville
  • "Le secret des forts est de se contraindre sans répit.", Maurice Barrès

 

 

28/06/2006

Garde à "longue" vue ?

Deux fillettes, Stacy et Nathalie, ont disparu en Belgique dans la nuit du 9 au 10 juin. Un suspect se trouve derrière les barreaux presque depuis le début.

Un nouveau drame familial a fait la manchette de tous les médias quand deux fillettes ont disparu. Child Focus et toutes les gendarmeries du pays se sont mis à leur recherche, sans succès jusqu’ici. Exploration des décharges, battues successives dans tous les endroits possibles, fouilles dans la Meuse n’ont pas manqué. De faux appels pour apporter une aide à la gendarmerie ont donné pas mal d’espoirs déçus.

L’affaire Dutroux, par son caractère de ressemblance, a réveillé des esprits fort touchés par les événements de l’époque. Le désarroi des parents n’en est que plus grand, au fur et à mesure que les heures passent, toujours vides de nouvelles informations. Les premières heures qui entourent l’événement sont bien sûr cruciales. Très vite, les soupçons se sont concentrés sur un suspect, Abdallah Ait Oud, au passé judiciaire chargé pour faits de mœurs, suspect qui se trouvait apparemment sur les lieux. Mandat a été lancé pour le retrouver, car il avait quitté son domicile. Trois jours après, il s’est présenté aux autorités judiciaires et les interrogatoires ont commencé immédiatement. Incarcéré et inculpé de séquestration et d’enlèvement depuis le 14 juin, il nie les faits.

Le 19 juin, confirmation de son mandat d’arrêt au vu de, soi-disant, suffisamment d’indices de culpabilité. Son passé judiciaire ne l’a évidemment pas aidé. Les présomptions ont été appuyées par sa volonté de changer d’aspect en se rasant le crâne, et naturellement par sa présence sur les lieux de la disparition. Le 27 juin, nouvelle requête du maintien de sa détention pour une durée d’un mois. Apparemment, toujours pas d’aveux, toujours pas de nouvelles pistes ni de nouveaux suspects. Les avocats de la défense ont plaidé sans succès pour sa remise en liberté. Aucun lien dans le dossier entre les éléments retenus contre leur client et la disparition des enfants n’est avancé pour appuyer leur thèse. L’accusé ne cesse de crier son innocence et tient tête. Les avocats ne sont pas loin de crier à l’erreur judiciaire.

Alors, quoi ? Sommes-nous encore en ligne avec les règles d’une garde à vue ? Ne dépasse-t-on pas un délai imparti à un tel examen ? Je sais qu’on parle plutôt de détention préventive et qu’on est sorti de la « garde à vue ». Mais le résultat pratique est le même. Toute personne reste présumée innocente, même avec des antécédents dont elle doit avoir déjà purgé la peine. De nouvelles auditions sont planifiées et pourraient être encore longues. Des éclaircissements dans son emploi du temps sont toujours nécessaires compte tenu de certaines incohérences par rapport à ses déclarations du début. L'abattage médiatique a créé une émotion très forte. Néanmoins, ne sommes-nous pas en train de dépasser nos droits de justice dans cette détention qui se prolonge ? N’existe-t-il pas des moyens modernes pour garder un œil sur un suspect sans devoir l’incarcérer ? Les bracelets électroniques utilisés pour les détenus en cours de peine pourraient être de la partie, dans un cas comme celui-ci. Sinon, pourquoi garder à vue prolongée tout un quartier dont les occupants auraient eu la malchance de se trouver à proximité ? Le Parquet a évidemment peur de réitérer des erreurs du passé devant l’opinion publique, avec des relaxations mal appropriées.

On n’est jamais assez prudent. Mais il s’agit de justice, qu’il faut préserver d’excès, quels qu’ils soient. Le dédouanement de ses actes antérieurs est peut-être très contestable surtout quand il n'est pas suivi comme cela a été le cas sans une loi dans ce sens.

Martine Vanderelst, psychanalyste et responsable de l'équipe de traitement des auteurs d'infractions sexuelles, au Service de Santé Mentale à l'U.L.B, interviewée, rappelait que personne ne peut affirmer que quelqu'un qui a commis des actes délectueux sexuelles ne changera jamais mais qu'il fallait dans le même temps protéger la société. Il faut d'après elle revoir le système pénitentiaire autrement. Ailleurs, précisait-elle, dans ces cas précis, la prison à vie est préconisée mais avec des réévaluations successives.

Pour maintenir l'accusé en détention, le Parquet a, par respect, le devoir de clarifier les raisons exactes de sa prise de décision de passer d’une garde à vue normale à une bien plus longue. Le délit de « sale gueule » n’est pas encore reconnu.

Je crois que sinon, les dégâts ne manqueront pas un jour à l’appel et, de plus, une erreur judiciaire n’aide jamais les victimes, en aucune manière.

 

L’enfoiré,

 

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Mise à jour du 10 novembre 2006 en provenance du Soir:

 

"La chambre du conseil a examiné le premier mandat d'arrêt à charge d'Abdallah Aid Oud. Celui-ci concere les préventions d'enlèvement et de séquestration de Stacy et Nathalie. Abdallah était défendu pour le première fois par son nouveau conseil, Me Jean-Philippe Mayence, qui remplace Bouchat et Franchimot. Je veux éviter que le débat de fond ne se fasse dans l'opinion publique et dans les journaux, disait son nouvel avocat, en reprenant la présomption d'innocence qui n'est pas seulement valable pour un homme politique qui s'en prévaut. Imaginez la difficulté de trouver 12 jurés vierge de tout à priori pour constituer le jury d'assise. On a agi de telle sorte qu'on ne puisse pas imaginer qu'il soit innocent."   

 

Citation:

 

  • "Toute prison a sa fenêtre", Gilbert Gratiant

04/05/2006

Autre temps, autres moeurs

Un fait divers "banal" qui arrive bien souvent et qui pose question.

 

Ce 3 mai, dans une rue de la petite ville belge de Huy et devant une école avant la sortie des élèves de l'école technique. Ca c'est pour le décor.

Des coups de feu  retentissent. Sous les yeux des badauds, pensionnés jouant aux cartes et de quelques élèves dans la cour de récréation, un homme s'affale sur le sol. L'épilogue d'un drame appréhendé comme familial est  joué.

Un homme, Sedat, qui arpentait le trottoir a été accosté par une voiture qui s'est arrêté à sa hauteur. A bord, son beau frère et un autre membre de la famille entame une discussion rapidement envenimée. L'un des deux sort une arme et tire à bout portant sur dans la tête du piéton. Celui git là avec des balles dans la tête.

Sedat Ibrahami gisait sur la route à l'arrivée des secours. Maintenu artificiellement en vie, le jeune homme a été transporté en hélicoptère au CHU de Liège où il est décédé.

L'agresseur, un albanais de 43 ans, est ensuite allé se rendre à la police toute proche. Il explique son acte comme un crime d'honneur. Sedat qui allait fêter son 29e anniversaire dans deux jours venait de quitter sa femme. Un abandon vécu comme une trahison par la famille de cette dernière qui a voulu laver l'affront. 

Rideau.

"Aujourd'hui, il y avait du monde dans la cour car c'était notre journée sportive. Une voiture était là, les gens discutaient entre eux, puis il y a eu les coups de feu. On a fait rentrer tout le monde au réfectoire", raconte Agostino, 19 ans, élève de 5e.

 

Consternation dans le quartier: devant une école, ça fait  toujours mauvais genre et ne laisse pas indifférent.  

Affaire "banale". Exceptionnelle? C'est à voir.

Faut-il relever cette histoire dans ces colonnes? Je me suis posé la question.

Nous sommes dans une enceinte de discussions et une réflexion s'impose.

Pour raison de famille, les mœurs de certains européens restent ancrées à tel point que l’on oublie qu’on a quitté son pays natal et que les règles doivent correspondre à son entourage. Vivre en bonne coopération, en bonne compréhension avec le pays d’accueil devrait être une règle de base. Pas de racisme, du tout dans ces paroles.

Il est possible que dans certains pays, laver l’honneur constitue une obligation et de ce fait ne peut que donner peu de punition aux auteurs. Les vieilles habitudes ne devraient-elles pas être remisées au vestiaire ? Garder ses coutumes n’est pas cela.

Les problèmes d’immigration que nous voyons de plus en plus sur la table des dirigeants de nos états occidentaux ne devraient-ils pas trouver une partie de solution après avoir fait un effort de connaissance des règles des candidats immigrants pour stigmatiser les différences et pouvoir les mentionner avec emphase ?         

Un ordre intérieur reste bien le manuel de bonne intégration.

 

 

L'enfoiré,

 

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22/04/2006

Jusqu'où aller trop loin

La semaine dernière, l'inadmissible, l'incompréhensible s'est produit: l'assassinat d'un jeune par un autre pour un simple MP3. Les réactions et l'émotion étaient très vives dans la population belge.

 

En pleine gare Centrale à Bruxelles, en heure de grande affluence, le jeune Joe a eu le malheur d'écouter son MP3 en allant récupérer son train comme tous les jours. Ce 'luxe' a créé une envie qui s'est terminée en drame et a coûté la vie à Joe Van Holsbeek à la suite d'un coup de couteau.

La question du pourquoi, du comment une chose pareille a pu se produire est sur toutes les lèvres.

 

Jean-Michel Longneaux, professeur de Philosophie aux Facultés Universitaires Notre Dame de la Paix de Namur tentait de répondre aux questions dans une interview à la radio, menée par le journaliste Jean-Pierre JACQMIN de la RTBF, à l'occasion de ce vendredi 20 avril, plein d'émotions, jour de l'enterrement.

 

JPJA : Alors, dans votre choix musical "Ami ou ennemi" ,  "qui va là ?", dit Maurane. Qui va là ? C'était l'expression au Moyen Age, quand on avait l'inquiétude d'aller à la rencontre de quelqu'un d'autre, d'étranger. Ca touche ce qu'on vit pour le moment ?

  • En tout cas, ce genre d'événement, de drame nous renvoie à cette incertitude. On vit dans une société plus ou moins anonyme en tout cas. On côtoie plein de gens qu'on ne connaît pas tout simplement. Et c'est vrai que c'est terrible de voir que parmi tous ces gens, il y a des gens bien disposés et puis il y a des gens prêts à commettre l'irréparable et c'est parfois terrifiant de voir que l'on côtoie ces gens de près. Quand on voit les films qui sont projetés actuellement de ces deux jeunes qui rentrent dans la gare et toutes ces personnes qui ont frôlé ces deux jeunes et qui ont presque vu ou assisté à la scène même et tout ça se passe sans qu'on puisse le prévoir. C'est cet anonymat dans lequel on est, cette fréquentation de toute une série de personnes inconnues. C'est vrai que c'est sidérant de voir qu'on ne peut jamais rien prévoir. Mais c'est vrai que la chanson de Maurane aussi dit que, et c'est intéressant de le dire dans ce contexte-ci, que parfois ce sont mêmes nos amis qui sont des ennemis. C'est-à-dire que les personnes dont on doit se méfier ne sont pas forcément celles que l'on croit. Et c'est vrai que dans les discours que l'on peut entendre, on a tendance à essayer de stigmatiser justement ceux qui seraient soi-disant nos ennemis alors qu'ils ne sont pas toujours là où on le pense.

JPJA : Alors, le premier discours qu'on entendait aussi dans la rue c'était : « Vous, vous rendez compte, des jeunes tuent des jeunes ». Alors que justement les jeunes devraient se connaître ?

  • Il y a deux choses. Il y a d'abord les différences culturelles notamment ou sociales qui sont telles que entre nous, entre jeunes, entre personnes qui se côtoient pourtant tous les jours dans le même bus par exemple, c'est clair qu'on ne se connaît pas nécessairement. On ne connaît que la surface, que l'aspect visible. Et puis il y a une autre dimension, mais enfin sur laquelle il ne faut peut-être pas s'étendre mais qui est plus fondamentale, c'est que fondamentalement nous sommes tous, même à l'intérieur des relations privilégiées que nous avons avec d'autres, par exemple dans un couple, dans une famille ou que sais-je, et bien nous sommes tous des solitudes indépassables. Et, ça veut dire que l'autre nous échappe toujours par un côté. La difficulté qu'il y a à vivre dans un couple avec l'autre que pourtant soi-disant l'on connaît bien, montre déjà qu'il y a un problème. Alors, forcément avec les autres personnes que nous connaissons moins bien, et puis avec tous les anonymes, toute cette dimension de solitude par laquelle l'une ou l'autre nous échappe, n'est qu'amplifiée et amène alors évidemment parfois des surprises heureuses, mais aussi des drames évidemment.

JPJA : Sans savoir qui sont réellement les coupables, on a parfois l'impression à entendre ce qui se dit que c'est une espèce de deuil. On est dans le deuil. On doit faire silence pour le moment, on y reviendra après. Mais un deuil de la société multiculturelle idéalisée ?

  • Oui, tout à fait. C'est clair que ce genre de drame rappelle aussi qu'on vit dans l'imaginaire, mais à du 100%. C’est-à-dire où on a rêvé et où on continue à croire, il y a encore des publicités dans les gares qui le montrent, que la différence ça doit être enrichissant et merveilleux. Alors, bien entendu, il y a des choses enrichissantes dans la différence. Il ne s'agit pas de nier cette dimension-là. Mais il faut rappeler quand même, parce que c'est la réalité dans laquelle nous vivons, que la différence c'est d'abord, ou c'est aussi, en tout cas, une difficulté. Ce sont des incompréhensions, des malentendus, des regards mal interprétés, des habitudes, des manières de parler qu'on ne supporte pas. Enfin bref, vivre avec des gens différents c'est difficile. Et c'est d'abord ça qui doit être posé comme question. C'est non pas comment faire pour que ces différences deviennent des différences pittoresques, mais comment fait-on pour vivre avec des gens qui ne pensent pas comme nous, des gens qui ne sont pas comme nous, des gens qui nous interpellent, qui nous remettent en question ? Comment on fait pour vivre avec ces personnes-là ? Au lieu d'essayer de raboter cette différence, de les éliminer pour faire des personnes différentes, des personnes qu'on peut effectivement exploiter touristiquement si voulez, qui sont sympathiques et qui font plaisir simplement.

JPJA : On a fait du folklore avec la multi culturalité, on s'habille autrement, on peut danser autrement, on peut manger autrement, mais on n’a pas vu toutes les difficultés d'intégration ?

  • Voilà. Et nous n'aurions le droit d'être différent qu'à la condition d'être gentil, d'être enrichissant pour les autres etc.…. Or, évidemment c'est beaucoup plus complexe. Nous avons d'abord le droit d'être nous-mêmes, tout simplement, et de penser ce que nous pensons, de croire en ce en quoi nous croyons. Et c'est d'abord cela qui doit être rappelé, même si c'est interpellant, même si c'est dérangeant. Le tout c'est de voir dans quelle limite. Comment gérer cette différence ? Comment gérer cette interpellation ? Pourvu qu'on reconnaisse qu'elle ait le droit d'exister.

JPJA : Maintenant, différence de communauté, différence de culture ne veut pas nécessairement dire différence de valeur sur le bien et le mal. Ici, il y a homicide, il y a meurtre...

  • Oui, ça c'est effectivement des valeurs de base, qui sont des valeurs non négociables. Ca ne se vote pas. Il est clair que tuer d'abord et puis tuer en plus pour des raisons comme celles-ci, pour voler un objet, il est clair que ça, c'est impardonnable et que dans toute culture, vous allez toujours retrouver effectivement ces interdits fondateurs sur lesquels tout le monde peut se mettre d'accord.

JPJA : Mais n'empêche que le pas a été franchi. Il est franchi régulièrement, il est franchi, j'allais dire, tous les jours. Ici, pourquoi est-ce que ça prend un tel sens ? Est-ce que vous n'avez pas le sentiment, vous qui êtes un spécialiste de l'étude, et j'allais dire philosophique, du deuil et de la manière dont les choses doivent se passer, que la Belgique depuis une semaine est en période de deuil ?

  • Il y a quelque chose de cet ordre-là, mais pour deux raisons. La première qui conditionne la seconde, c'est que tout simplement, on se projette très facilement dans cette situation. Que l'on soit parent soi-même ou que l'on soit un jeune, et bien on se projette soit sur la victime, soit sur les parents. Et on se dit : « Mais enfin, c'est terrible, si ça m'arrivait aussi à moi ». Enfin, il y a une communion, une solidarité qui est très spontanée, qui peut être comprise. La deuxième chose c'est que bon, non seulement on se projette, mais en plus ce genre de drame vient toucher à des choses qui nous sont très intimes et qui sont des moteurs d'existence. Tout d'abord on constate que dans ce genre de drame, on est tout à fait impuissant. On n'a pas pu prévoir, on n'a pas pu anticiper et c'est terrible face à ça d'être reconduit à ce sentiment d'impuissance : comment aurait-on pu…

JPJA : A la limite, on a des caméras qui ont filmé, il y a des gens qui doivent peut-être se reconnaître dedans en disant : « Tiens je suis passé à la Gare Centrale devant ces deux gars-là, je ne les ai pas vu ».

  • Exactement. C’est tout ça. Tout était réuni pour que quand même on puisse agir, enfin me semble-t-il, et pourtant malgré tout ça se produit. Comment éviter ce drame à l'avenir ? C'est d'abord ce sentiment d'impuissance auquel on est reconduit. Et ça c'est paniquant évidemment. Alors la deuxième chose qui est terrible, c'est que ça nous renvoie aussi un sentiment d'incertitude par rapport à l'existence. On a beau mettre en place justement des caméras, il y a beau y avoir des gens, on se rend compte que le drame peut encore avoir lieu. C'est-à-dire que l'avenir est incertain, que l'on peut mourir, même jeune. Et ça on doit le rappeler parfois, parce qu'on a l'impression que ce n'est que pour les vieux. Mais le fait de vivre fait que nous avons à mourir et parfois dans des circonstances dramatiques évidemment. Et c'est cette incertitude de l'existence dans laquelle ici nous sommes reconduits de façon violente évidemment. Et ça, ça nous touche de prêt et du coup, ça nous amène à chercher des réponses, des explications. Et puis la troisième chose évidemment à laquelle on est reconduit ici aussi, c'est tout simplement cette solitude que nous sommes, on en a déjà parlé tantôt. C'est-à-dire, si vous prenez l'exemple des parents, on a beau aimé son enfant, c'est vrai que la mort de son enfant fait que il ne m'a jamais vraiment appartenu, il peut mourir, ça à beau être la chair de ma chair il ne m'appartient pas. Et nous sommes reconduits à cet écart. De même, la solitude dans le fait qu'on ne peut pas prévoir le comportement des autres.

JPJA : Est-ce que c'est propre à la société dans laquelle on est, dont on dit que les rapports économiques sont durs, sont violents, la compétition, la permanence ? Est-ce qu'on est dans une société qui engendre davantage cela ? Et de frustrations peut-être, parce que quand même, arriver à tuer pour un appareil audionumérique….. C'est le reflet d'une frustration ça ?

  • En tout cas, nous sommes dans une société effectivement qui prône des valeurs exactement inverses à celles que je viens d'énumérer. C'est-à-dire qui sont les valeurs de la vie. Cette impuissance etc.…. Et nous sommes dans une société qui prône l'inverse. C'est-à-dire, un idéal de toute puissance. Il faut tout avoir, en tout cas on aurait le droit d'avoir tout d'une façon ou d'une autre. Et si on ne peut pas y aller légalement, on peut y aller illégalement. Enfin, peu importe, il y a une espèce d'immunité. Il y a le fait de l'épanouissement de soi. Toutes ces choses qui sont liées à la toute puissance. Il faut être en bonne santé. Et nous sommes tellement persuadés que cela nous est dû, que du coup quand on n’a pas accès à ces choses, quand on ne peut pas être tout puissant ainsi, et bien on est prêt à tout pour quand même y arriver évidemment. Ca c'est une chose. Et alors, certaines personnes vont recourir effectivement à la violence. Notre société aussi prône d'autres valeurs comme par exemple, le fait qu’il n'y a pas de solitude possible. Il faut qu'on puisse être branché en permanence comme on dit, qu'on puisse être raccordé aux autres, qu'on puisse être joignable en permanence. C'est vrai que c'est aussi une extension, que les autres ne sont jamais que ce que j'en dis. Concrètement, ça veut dire ceci : j'ai envie du MP3 de quelqu'un, il ne veut pas, ce type m'embête, je décide qu'il me…et je veux l'éliminer, je le fais c'est tout. Il n'y a plus de questions qui se posent.

JPJA : Mais comment est-ce qu'on a perdu ces valeurs essentielles ? Ce n'est même pas le bien et mal, c'est la vie et la mort.

  • Ici on touche à la vie et à la mort évidemment. Mais comment on y arrive ? Et bien tout simplement parce qu'on est dans un système idéologique. Je veux dire : on a amené des valeurs et puis on rend crédibles ces valeurs avec la consommation, avec toute une série de choses.

JPJA : Oui, mais est-ce qu'on en a perdu les repères par manque d'autorité ? On dit par exemple, l'autorité parentale, ou on dit l'autorité des autorités du pays, qui sont, et c'est paradoxal aussi on y reviendra en une minute peut-être, convoquées au silence. On demande aux politiques qui devraient débattre, qui devraient se saisir d'une discussion, de se taire ?

  • Tout à fait. Et il n'y a pas que les politiques, il y a les médias, il y a les intellectuels. Tout le monde devrait, après un temps de recueillement qui est tout à fait compréhensible bien entendu… Mais à un moment donné, il faut pouvoir essayer de comprendre ce qui se passe, essayer de donner du sens. Et que les politiques interviennent. Enfin, toutes les personnes concernées doivent pouvoir intervenir là. Tout simplement parce qu'il faut pouvoir sortir de ce genre de drame. Convoquer les gens au recueillement, au silence et puis les maintenir dans ce silence soi-disant parce qu'aucune parole ne serait à la hauteur de ce qui a été vécu -ce qui n'est pas tout à fait faux, remarquez bien-, mais enfermer les gens dans ce silence, c'est les enfermer dans une souffrance de laquelle ils ne pourront jamais sortir. Il faut pouvoir parler, donner du sens. Et voir ce que l’on peut mettre en place pour essayer d'éviter ce genre de drame, pour essayer de voir comment on peut continuer à vivre ensemble avec des personnes différentes. On parlait de cela tout à l'heure, continuer à vivre avec elles malgré ce genre de choses. Comment vivre par exemple avec des personnes délinquantes notamment ?

JPJA : Le rapport à l'autorité, on le sent bien ici puisque personne ne peut prendre la parole, personne ne peut décider, c'est aussi une valeur perdue de l'Occident ?

  • Je ne pense pas. En tout cas, c'est vrai qu'il est difficile de la mettre en application parce que ça suppose une chose terrible. Pour exercer l'autorité il faut accepter de n'être pas aimé. Si vous voulez être aimé par les personnes sur qui vous avez autorité, vous ne pouvez plus exercer l'autorité, vous êtes dans le chantage. Je veux plaire, je veux séduire.

JPJA : Donc le politique ne peut plus être autoritaire ?

  • S'il assume ses responsabilités, il ne peut pas plaire, il ne peut pas séduire. En tout cas, il ne peut pas vouloir plaire et vouloir séduire….

JPJA : C'est le grand dilemme de la société démocratique dans laquelle il faut plaire pour être élu ?

  • Tout à fait. Et on voit bien qu'on est pris dans des impossibilités évidemment. Et c'est pour ça que le politique n'est peut-être pas le mieux placé aujourd'hui pour pouvoir tenir cette fonction. Mais du côté des parents, du côté des autorités, des intellectuels une fois encore, des éducateurs, enfin de toutes ces personnes qui travaillent dans la rue, qui travaillent avec les jeunes, qui sont sur le terrain. Il est clair que là il faut pouvoir non seulement avoir une relation de proximité, qui est non pas dans la séduction, mais en tout cas, dans la compréhension, dans l'écoute. Mais il faut aussi qu'il y ait sur le terrain d'autres personnes qui jouent ce rôle désagréable de rappeler les interdits. Tuer, on ne peut jamais. Voler, on ne peut pas non plus. Enfin, rappeler ce genre de choses élémentaires qui appelle à la transgression, qui appellent à la sanction. Enfin, toute une série de choses appliquées par l'autorité, mais qui doivent être encadrées aussi pour ne pas tomber dans l'abus de pouvoir évidemment.

 

Ce philosophe a, je crois, posé de bonnes questions. Sans pouvoir obligatoirement répondre au pourquoi de manière définitive, les questions sous jacentes à ce drame prouvent que l'on ne maitrise plus vraiment la violence.

Ceci méritait de se retrouver dans les discussions par sa justesse. Puissent ces réflexions apporter quelques réconforts et explications. 

Parents, la Belgique entière est solidaire dans votre douleur. Frangin, très beau, ton discours, très difficile pour chacun de ne pas sentir une larme perlée dans le coin de l'oeil.

"Plus jamais ça", ce sont toujours les mots de la fin.  

 

L'enfoiré,

Voici le site Pour Joe

 

Citations:

 

  • "Je ne peux pas admettre la violence, même contre la violence", Roger Martin du Gard
  • "La violence engendre la violence. C'est pourquoi la plupart des révolutions se sont perverties en dictatures.", Vaclav Havel
  •  "La violence est une forme de faiblesse.", Dominique Rocheteau
  • "La victoire obtenue par la violence équivaut à une défaite, car elle est momentanée.", Gandhi  
  • "La violence exclut la nuance, c'est ça le merdier entre les hommes.", Aziz Chouaki

 

18/04/2006

Il était le vol, une fois

Le titre pourrait faire croire à une histoire belge. Et oui, c'en est une. Voilà que notre ministre de l'intérieur pense à minimiser le larcin. Le vol à l'étalage ne serait plus coté à l'argus des délits à punir. 
 
Ce 13 avril (tiens, on est 13 jours en retard), le parquet d'Audenarde vient de classer les vols en magasins sans suite.

A Audenarde, en effet, dresser la liste des contraventions pour laquelle il ne faudra plus de PV, au départ confidentielle, a été la première tâche vite fait, bien fait et distribuée au policiers. "Sans suite" a un impact immédiat. Le feu vert aux voleurs vient d'être installé. Le passage au feu rouge et la photo sont pour les autres usagers motorisés. Un "véritable plaidoyer pour l'impunité" n'ont pas manqué de relever les gens de bonne loi.  Sont compris dans la liste des infractions qui ne seraient plus verbalisées: vol de moins de 2000 euros, détentions de drogues jusqu'à 10 g alors que 3 g seulement sont la tolérance, détérioration de pneus, de machines, bagarres de café, oubli du payement du plein de carburant, fausses alertes à la bombe...  considérés sans conséquences.

Scénario: "Un policier arrête pour vol un petit délinquant pris sur le fait sur la voie publique. Présentez-moi votre carnet de vol. Pas de croix? Non? Ok, Excusez-nous. Vous pouvez partir. Tachez de ne pas recommencer trop vite.
Préjudicié, de toute manière, vous avez toujours la possibilité de présenter votre cas en justice. Sorry, vous devrez peut-être attendre un peu". Coupez. 

Le ministre de l'Intérieur a réagit positivement à cette initiative du procureur et a sauté sur l'occasion d'alléger la charge administrative de la police qui demeure la préoccupation majeure en ces temps de diminution drastique des budgets. Non content, il a en plus souhaité étendre cette initiative à tous les arrondissements judiciaires et zones de police de Belgique. L'histoire ne dit pas s'il a déjà subit un vol chez lui.

La police ne serait-elle pas mieux utilisée pour d'autres affaires plus en relation avec les films que l'on voit à la télé? La liste des "petits délits prioritairement à rejeter aux oubliettes" a été établie et devrait très prochainement être soumise à un conseil des ministres. Donc, si vous avez l'intention de visiter la ville, ne jetez pas uniquement un coup d'oeil dans l'occulaire de l'appareil photo.

Le lendemain, la réaction de la police, elle-même, a été tout à fait opposée. Le corps de police affirmait que cette décision envoyait un très mauvais message. Pas grave? Non, peut-être.     

On n'a une idée de l'imagination au pouvoir qu'en couchant le "8" (ça devrait vous rappeler quelque chose).  

Pendant ce temps-là, le ministre de la Justice, dame de foi et de poigne, n'a pas donné son appui au projet (ou pas encore, peut-être). Plus conforme dans sa position à donner son avis, elle ne ferme néanmoins pas du tout la porte aux discussions. "Simplifier" le travail des policiers pour des infractions de moindre importance, elle n'est pas contre. Ce sera toujours ça de gagné. Quand on n'a plus les moyens de sa politique... 

La Fédération de la Grande Distribution (FEDIS) a évidemment accueilli la nouvelle avec une fraicheur non dissimulée. Les vols représentent un pourcent de leur chiffre d'affaire de la distribution, soit 500 millions d'euros partent ainsi dans les poches de certains "petits" détrousseurs et sortent pendant ce temps de la poche du consommateur qui devra payer ce manque à gagner.

Comme les extrêmes sont toujours éliminés ou rabotés un jour au l'autre, certains ne vont-ils pas sortir un jour d'un chapeau trop enflammé: "Et si on supprimait la punition des génocidaires?".

Le TPI, aurait-il ses jours comptés?
 

L'enfoiré,
     

Sur Agoravox, d'autres commentaires

Citations:
 

  • "L'honnêteté ne consiste pas à ne jamais voler, mais à savoir jusqu'à quel point on peut voler, et comment faire bon usage de ce qu'on vole.", Samuel Butler 
  • "Qui vole un œuf, ferait mieux de voler un bœuf", Francis Blanche 
  • "Celui qui accepte avec le sourire d'être volé vole lui-même quelque chose à son voleur.", William Shakespeare 
  • "Si tu donnes à quelqu'un un poisson que tu as volé, il mangera une fois. Si tu lui apprends à voler, il mangera toute sa vie.", Philippe Geluck

15/03/2006

Un rendez-vous raté

Milosevic vient de quitter ce monde. Etait-ce une conséquence de son coeur défaillant, de sa propre décision ou celle de quelqu'un dans l'ombre? L'enquête le déterminera peut-être, mais la justice, elle, aura un goût de trop peu.  

 

Damien Vander Meerssche, professeur à l'UCL, était l'invité du journaliste Jean-Pierre Jacqmin de la RTBF.

Encore une fois, je passerai par la transcription de interview comme entrée en matière.
Son choix musical était Yannick Noah avec "Laissez-nous essayer".

JPJA - Un choix musical à la fois velléitaire "Laissez-nous essayer" mais sans trop y croire ? C'est la Justice internationale ?


DVM - Mais je crois que c'est une attitude de modestie. C'est vrai que quelque part, la Justice, elle a une place à occuper, une place qui, on le voit, reste toujours assez modeste parce que la Justice a ses moyens limités. Mais je pense qu'il faut, il faut continuer surtout, c'est ça.


 

JPJA - Moyens limités, dites-vous, la Justice, mais la Justice internationale avait de sacrés moyens et de solides moyens, que ce soit le Tribunal pénal international à Arusha pour le Rwanda ou le Tribunal pénal international pour l'ex Yougoslavie à La Haye, les moyens financiers sont là ?

DVM - Je ne parlais pas spécialement de moyens financiers. Je parlais de moyens dans le sens de rendre une Justice équitable. Alors c'est vrai que ces Justices internationales, en terme de moyens, elles les ont, il faut le reconnaître.


 

JPJA - Ce sont des grands machins, non ?

DVM - Ce sont de gros machins de l’ONU. C'était un peu inévitable parce qu'aussi, c'est une composition tout à fait internationale, alors des fois un peu composite, on se demande, enfin bon, il y a des gens qui viennent de tous les horizons, rien que mettre tous ces gens ensemble et en faire une équipe, c'est un challenge me semble-t-il, très important mais n'empêche qu'ils sont, je dirais, engagés et payés pour quand même rendre justice et la Justice, c'est rendre des jugements. Ce n’est pas simplement faire des enquêtes ; ce n’est pas simplement faire des procès. C'est arriver à des verdicts qu'ils soient de culpabilité ou d'innocence, ça, c'est le rôle de la Justice. Mais donc là, il y a quand même un challenge à relever et un engagement qu'on attend de la part de tout magistrat, d'ailleurs.


 

JPJA - On ne l'a pas vu ici puisque bon, Milosevic est arrêté depuis 5 ans. Il y a 13 ans que ce Tribunal pénal international existe sur l'ex-Yougoslavie, qu'est-ce qu'il va devenir maintenant d'après vous ?

DVM - Mais j'espère qu'il va continuer son travail, c'est important. Je pense que c'est un Tribunal qui, dans les premières années, effectivement, a eu beaucoup de difficultés à démarrer mais qui, ces derniers temps, avait, précisément, était parvenu à attraper un certain rythme et un certain rythme de jugement. Donc si on voit l'ensemble du bilan du Tribunal du TPI grec, donc l'ex Yougoslavie, il me semble qu'il y a vraiment une évolution qui plutôt, est encourageante. Mais il reste à mon avis des points, des points essentiels, c'est notamment la durée des enquêtes et la durée des procès. Alors la durée des enquêtes, on peut le comprendre, c'est complexe, c'est quand même particulier puisqu'on joue en déplacement, on doit aller quand même sur place. Mais alors, il faut être cohérent, que si la durée des enquêtes nécessite déjà un certain temps, c'est pour que le procès dure moins longtemps, c'est qu'on ait ciblé, c'est qu'on ait ramené les preuves, c'est qu'on ait les éléments et là, des procès qui durent plusieurs années, je raisonne simplement sur le plan humain, comment un juge peut se souvenir de ce qui a été dit à la première audience. Alors on dit qu'on enregistre toutes les audiences. Ne me faites pas croire que les juges vont encore en plus, réentendre une seconde fois tout ce qui s'est dit à l'audience, je ne pense pas.


 

JPJA - La faute, c'est quoi, c'est d'avoir voulu, par exemple pour ce qui concerne Slobodan Milosevic, mettre tous les dossiers qui concernent aussi bien la Croatie que la Bosnie, que le Kosovo, ensemble à l'instruction, dans un seul dossier ?

DVM - Les dossiers mammouth, on l'a vécu en Belgique aussi, soyons clair, les dossiers mammouths sont toujours beaucoup plus difficiles à gérer, on le voit même dans les affaires financières, il suffit de voir beaucoup trop grand et vous ne savez plus gérer ça en terme de jugement. D'autre part, on peut comprendre que quand on veut juger quelqu'un par rapport à un phénomène, il y avait quand même une dimension très symbolique par rapport à Monsieur Milosevic, je pense personnellement que c'est une Justice qui reste quand même à un stade très symbolique dans le sens qu'elle touche finalement quelques personnes en terme de dizaines par rapport à un nombre d'auteurs qui atteint des milliers, des dizaines de milliers, voire des centaines de milliers comme au Rwanda. De ce point de vue-là, on ne peut avoir évidemment qu'une approche qui est assez centrée et ici, on a voulu faire un procès sur la personne, mais je pense même en prenant tous ces phénomènes importants, je crois que la Justice internationale doit se remettre en cause au point de vue méthodologie. C'est-à-dire qu'il faut se centrer sur l'objet du débat. Il faut faire des choix. On ne peut pas nécessairement juger tous les actes d'une personne pendant x années ou toutes les conséquences de ses actes parce que c'était de ça qu'il s'agissait à certains moments, mais qu'il faut pouvoir cibler pour, à ce moment-là, poser les bonnes questions et aller au centre du sujet.


 

JPJA - Faire un peu comme on le fait pour Saddam Hussein, prendre un massacre et essayer de le décortiquer pour obtenir déjà, je dirais, une première condamnation ?

DVM - C'est peut-être un peu l'extrême dans l'autre sens, peut-être, parce que si c'est un massacre, il faut songer à toutes les autres victimes qui souhaitent aussi avoir un jugement. On annonce peut-être qu'il n'y aurait même pas de second jugement, je pense que là, c'est un autre extrême. Mais non, ce que je pense, ce qu'il faut, c'est pouvoir se donner un objectif de départ en disant, voilà ce qu'on vise par rapport peut-être à ce qu'il aurait décidé avec les conséquences que ça a eu et s'y tenir, mais vous savez, il suffit d'aller, les audiences à Arusha ou les audiences du,


 

JPJA - Le tribunal pour le Rwanda, oui ?

DVM - Oui, ou les audiences de La Haye, c'est assez ennuyeux parce qu'on a l'impression que pendant 90% du temps, on parle, oui, on ne sait pas exactement où on veut en venir et on a l'impression mais, allons droit au but…


 

JPJA - C'est du juridisme pointu ? Parce que dans l'histoire, on a connu les grands procès de Nuremberg, qui était d'une manière un peu expéditive, c'était le procès des vainqueurs contre les vaincus, c'est un peu ce qui se passe avec Saddam Hussein. Tandis qu'un Tribunal pénal international ou la Cour internationale veut plus montrer une grande neutralité alors que c'est un peu là que ça se passe ?

DVM - C'est la procédure anglo-saxonne où les parties dirigent le procès, ce n’est pas le juge qui dirige les procès.


 

JPJA - Et ici, ce sont les avocats, c'est la défense ?

DVM - Ça veut dire, c'est les avocats, attention, c'est également l'accusation, le Procureur, la Défense, mais qui ont une très grande liberté et peut-être par rapport à des personnes qui n'ont pas l'habitude du droit anglo-saxon, une trop grande liberté. Parce que le juge joue le rôle d'arbitre en droit anglo-saxon mais il ne doit pas intervenir dans le débat. Donc c'est difficile d'interrompre parce qu'on dira vite, « si vous interrompez, c'est que vous ne laissez pas la parole à l'une ou l'autre partie. »


 

JPJA - Oui, par exemple, il y avait, Milosevic a été coupé, on lui a coupé la parole quand il a réclamé par exemple des soins et de pouvoir aller à Moscou, le juge lui a coupé la parole et certains ont trouvé que c'était scandaleux ?

DVM - Moi, je suis d'avis, c'est que le juge doit prendre ses responsabilités. Dans la direction, il faut quand même un minimum et on le voit, on développe les droits à la défense, on développe les enquêtes mais il faut pouvoir gérer un procès. Enfin, je veux dire, on parle toujours de management, on parle toujours de pouvoir mener, je dirais, une entreprise. Mais un procès est une entreprise et là, je pense qu'il faut que le juge puisse, tout en restant impartial, c'est une donnée qu'il doit avoir, mais il doit pouvoir en termes de gestion du procès avoir un pouvoir tout à fait décisionnel.


 

JPJA - Alors maintenant pour faire la part entre ce que l'on peut juger au niveau national et ce que l'on peut juger au niveau international, est-ce qu'on y voit un peu plus clair maintenant de toutes ces expériences que l'on a eues, de ce qu'il faudrait réserver à une Cour pénale internationale qui existe, pas reconnue encore par les Etats Unis, mais qui existe et de ce qu'il faudrait laisser au niveau des Etats nationaux ?

DVM - Je pense qu'il y a déjà une règle qu'on peut voir, c'est que quand le juge du lieu des faits, le juge du pays où se sont passés les faits, est dans la capacité de juger, dans la capacité de juger, c'est-à-dire qu'il a quand même une indépendance et une impartialité, donc il a ces qualités-là, c'est le juge le mieux placé. Je pense que c'est l'exemple du Chili, c'est le juge chilien qui est le mieux placé pour juger le cas échéant, le général Pinochet. Même pour, pour Monsieur Saddam Hussein, je pense que le juge irakien, s'il est vraiment indépendant et impartial, c'est le mieux placé, parce qu'on gagne beaucoup de temps, on joue à domicile, c'est un peu comme en football, on ne joue pas en déplacement, on joue à domicile, c'est un avantage énorme. Maintenant lorsque effectivement, pour des enjeux aussi importants, il est souvent difficile de juger sur place, je pense que Monsieur Milosevic, il est impossible de le juger sur place. Alors qu'une juridiction internationale a tout son sens et le juge national, on l'a vu, la Belgique a été un peu appelée malgré elle, à défaut, à jouer un peu, à combler ce trou…


 

JPJA - Vous étiez bien placé puisque vous avez poursuivi Pinochet en Belgique ?

DVM - Mais c'était le problème, le problème n'était peut-être pas qu'on venait de combler ce trou, c'était surtout que le trou existait. Mais on a vu vite que les critiques venaient et que il y a quand même la place vraiment en terme d'image et d'impartialité et d'indépendance, il est évident qu'un juge international a une plus grande légitimité qu'un juge national qui lui, va jouer en déplacement, qui lui, on va vite l'accuser de venir se mêler, s'ingérer dans les affaires d'un autre Etat. Donc là, je pense qu'il y a vraiment une nécessité, donc je suis en même temps à la fois, j'ai un regard critique par rapport aux juridictions internationales mais je peux vous dire qu'en même temps, elles sont indispensables. Alors c'est de nouveau toujours l'enjeu, ce n'est pas parce qu'une Justice ne fonctionne pas exactement comme on le voudrait,


 

JPJA - Il y a faillite quand même ici dans le cas de Milosevic ?

DVM - Mais il y a faillite, je ne dirais sûrement pas faillite du Tribunal pour l'ex-Yougoslavie, au contraire, je trouve que c'est un Tribunal qui, je l'ai dit, suit son cours, progresse…


 

JPJA - Mieux qu’Arusha ?

DVM - Beaucoup mieux qu'Arusha, me semble-t-il en termes de nombre de personnes jugées, il y a un nombre très important. Il y a vraiment une expérience accumulée aussi, une expérience accumulée dont je pense, la Cour pénale doit s'inspirer, dont Arusha doit s'inspirer, donc là, il y a tout un acquis. Maintenant effectivement, il y a toujours des couacs et là reconnaissons que c'est peut-être l'occasion de s'interroger sur la trop longue durée de ces procès où finalement, je veux dire, l'essentiel est perdu, si ça dure trop longtemps.


 

JPJA - Mais est-ce que si on ne parvient pas à avoir Karadzic et Mladic qui sont les deux responsables de la guerre en Bosnie même, visiblement avec la complicité de Milosevic mais ça, on ne pourra jamais le prouver du point de vue juridique, est-ce que si on n'a pas l'arrestation de ces deux-là, ça va partir et tourner à rien ?

DVM - Mais d'abord, ça va tourner à rien puisqu'il y a déjà eu plusieurs jugements et quand même des jugements sur le plan, je veux dire, d'un précédent très important parce que c'est quand même la première juridiction internationale à fonctionner sur ce concept-là quand même de juridiction vraiment représentant l'ensemble des Etats. Maintenant, il faut admettre, on remonte, on est à quoi, dix ans, quinze ans, le temps joue contre la Justice. Il y a un moment donné où la Justice et c'est vrai, plus la distance s'installe en temps, moins la Justice aussi a sa place, donc je crois et on l'a annoncé aussi pour Arusha, qu'à un moment donné, il faudra ce grand investissement, il faudra un peu le réduire, il faudra en tout cas le réévaluer. Donc là, la Justice doit toujours être réévaluée aussi et c'est vrai que le temps joue contre la Justice et donc à un moment donné, je pense qu'il y aura des prises de décisions qui seront prises, on renverra la situation aux juges nationaux. Moi, je pense à ce qui va se passer…


 

JPJA - A un moment, on peut se dire quand même, rapidement, que ce sont quand même les avocats et les accusés qui ont mené le tempo, que ce soit avec Saddam Hussein ou que ce soit avec Slobodan Milosevic ?

DVM - Mais c'est-à-dire que c'est normal que les avocats jouent leur rôle, les avocats des accusés, ils jouent leur rôle. Pour moi, c'est à la Justice à pouvoir recevoir les moyens et ça, moyens juridiques en droit anglo-saxon, c'est des fois un peu plus difficile mais aussi à les exercer et là, c'est un exercice qui n'est pas facile évidemment de respecter à la fois la prise de parole de chacun et bien entendu éventuellement une certaine efficacité. C'est comme à la Radio, on doit respecter les délais, vous devez m'interrompre…


 

JPJA - Eh bien, on y est.


 

Dans cet interview, je vois une occasion de plus qui démontre que la justice doit faire vite pour établir son diagnostique et surtout apporter remède. Dans la phrase précédente, le vocabulaire choisi plus adéquat dans la médecine n'est certes pas un hasard.   

 

L'enfoiré,

 

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Commentaires:

 

  • "Juger, c'est de toute évidence ne pas comprendre puisque, si l'on comprenait, on ne pourrait pas juger", André Malreaux
  • "Qui juge lentement juge sûrement.", Sophocle
  • "Nous sommes réticents aux meurtres particuliers, mais permissifs aux génocides et résignés au meurtre général, biologique.", Viviane Forrester
  • "Ces guerres, des catastrophes naturelles parmi des milliers d'autres Un moment où la bêtise se fait plus grande, où une partie de l'humanité refait son plein de vertus guerrières et de courage exalté pendant que l'autre dénonce les génocides.", Paul Ohl

04/10/2005

Le mal silencieux

La corruption est la véritable plaie dans notre monde de profits faciles. Le progrès en est souvent freiné.

1.jpgDans notre plus tendre enfance, nos parents nous ont toujours prodigué (à de rares exceptions près qui n'étaient d'ailleurs pas naturelles) une récompense sous forme d'argent de poche pour tout acte nécessitant un effort ou non.

Plus tard, l'habitude en a été prise et devenant adulte, la mentalité de certains n'est pas parvenue à sortir de ce cercle vicieux. S'il est normal d'espérer une rétribution pour un travail accompli sous le sceau d'un contrat, il n'est pas toujours avouable de vouloir percevoir des allocations parallèles à tout prix ou en évitant de se couvrir par les règles de l'éthique. Beaucoup de chemins, en y réfléchissant bien, ne sont pas à prendre même s'ils sont à notre portée ou s'ils nous sont proposés sans risques. Je dirais même qu'à fortiori s'ils semblent trop faciles, il y a danger pour notre bien-être moral.

Dans le règne animal, la recherche du moindre effort dans la capture d'une proie est instinctive. Chez l'homme aussi, la loi du rapport prix/performance est bien vite de retour dans l'esprit du rapport travail/récompense. Les animaux survivent g'âce à l'économie d'efforts, nous jouons ou travaillons à l'économie de moyens pour arriver à nos fins. La manière d'y arriver est différente, l'objectif et le principe sont les mêmes.

Sans même le vouloir ou en ressentir le mal, des déviations par rapport aux règles établies, des malversations bénignes arrivent à nous tenter.  Nous voilà à la porte de la corruption, de ce mal silencieux.

Pourtant, la différence entre la rétribution et ce mal est bien claire et ne nécessite que rarement une explication. La corruption reste silencieuse et cachée. Quand elle se retrouve sous forme d'argent, le pot de vin, le dessous de table ne trouvent pas de traces évidentes.  L'imagination n'a pas vraiment de limite en la matière.

Active ou passive, la corruption fait des dégâts depuis que l'homme existe. Elle est la gangrène de l'espoir en un futur meilleur. Elle sape par l'intérieur les plus beaux élans de générosité. Que de temps perdu, elle a pu engranger inutilement à fond perdu pour ceux qui court-circuitent les dons généreux!

Et cela commence très bas. Le pourboire glisser subrepticement alors que le service a été payé, fait déjà partie du mouvement. Les pourboires échappent à l'impôt. Le népotisme est une autre forme de passe-droit. On touche alors à l'éthique.

Arrivé au sommet d'une hiérarchie du pouvoir, chacun pourrait être tenté, et parfois sollicité, d'utiliser ce nouveau pouvoir, lié à cette position en semi intouchable, de dévier et de corrompre le système ou les hommes à son propre avantage. Vulgairement dit, "Par ici, la bonne soupe". Le détournement de fonds dont on a la charge est une corruption. Les techniques sont nombreuses et c'est plutôt la devise "pas vu, pas pris" qui prévaut. Recevoir un "passe-droit", détourner les biens publiques de leur objectif d'origine, bénéficier d'avantages non reconnus, gagner un marché par des dons divers sont des pratiques qui frisent ou tombent dans l'irrégularité même si elles pouvaient avoir un côté positif au préalable.  
Parfois, la corruption se retrouve en deuxième main. Souvenons-nous de l'adage "Les amis de mes amis sont mes amis".

Toujours mafieuse dans le fond, elle se manifeste encore de beaucoup de manières différentes par le blanchiment d'argent, la criminalité organisée, le racket, le trafic des armes ou de la drogue, la prostitution, l'escroquerie financière ou le banal dessous de table. Les délits d'initiés en bourse ou ailleurs doivent être éradiqués. Parfois, il s'agit de "criminels en col blanc" ou de "criminels aux mains rouges" travaillant à l'échelle mondiale et s'employant à subvertir les hommes d'Etats. Les cartels, il en existe dans beaucoup de partie du monde où la transparence des pratiques ne fait pas l'unanimité. La complaisance des autorités est parfois le premier échelon de la corruption.

Au niveau de l'Etat, cette corruption est encore plus préjudiciable pour le peuple qui espère des jours meilleurs après chaque élection. Elle agit à contre courant de la démocratie. Les scandales financiers que l'on surnomme pudiquement "Les affaires" éclatent et ne sont pas rares dans tous les régimes politiques. Sans frontière d'état ou économique, la corruption gangrène toutes les formes de gouvernement. Elle existe dans les pays dit "bananiers", mais aussi chez les pays les plus puissants de la terre. Les films américains nous montrent souvent le mauvais chemin en nous apportant des images jouées par un acteur dont la langue se délie subitement après que celui qui est en recherche de renseignement aura subrepticement glissé le billet ad hoc sous la table.  La cascade des responsabilités à la suite de malversations découvertes fait des dégâts pour l'appréciation de la démocratie elle-même et de nombreux fusibles sautent dans la logique déséquilibrant les autres membres  du gouvernement. Les "Châteaux en Espagne" pour le corrompu se transforment alors par le "Château de carte" pour les autres membres du groupe. Tout le monde en est éclaboussé, la classe politique d'abord, les citoyens ensuite par les plans qui en sont ébranlés. Après le séisme politique récent en Belgique, les rails tordus du Plan "Marshall_eke" qui devait relancer l'économie de la Wallonie vient peut-être d'en faire les frais. L'image du parti en sera ternie pour un temps certain. Merci, la démocratie, car grâce à elle, les médias en "caisse de résonnance" (comme le disait Xavier Mabille) font sortir du chapeau ce genre d'abus.

Le combat à l'échelle locale du pays est voué à l'échec, la corruption n'a pas de frontière pour agir. Ce mal-là n'est pas un bobo mais un véritable cancer généralisé qu'il faut combattre avec le concours de toutes les nations volontaires. La tâche est importante mais essentielle au progrès de la société. Face à l'importance de la tâche et à l'obligation de l'éradiquer au mieux, l'OCDE se mobilise pour la contrer par une approche multidisciplinaire.  Grâce à la Convention de 1997 sur la lutte contre la corruption d'agents publics étrangers dans les transactions commerciales internationales et les recommandations contre la déductibilité fiscale des pots-de-vin.  Les Conventions de 1999 et 2000, elles, luttent contre la corruption dans les systèmes nationaux de crédits à l'exportation. Au niveau des entreprises US, des actions ont été prises pour culpabiliser les gens qui se trouvent au plus haut niveau de la décision en cas de malversation. Dans le privé, les opérations liées sous le nom de "Sarbanes-Oxley" vont dans ce sens, même si l'excès contraire est parfois atteint comme nous le verrons bientôt dans un de mes prochains billets.

Pourtant, en parlant avec votre entourage, la réaction la plus classique devant cette situation pernicieuse sera dans la plupart des cas: "Moi, je ne mange pas de ce pain-là". Chevaliers blancs, attention, grattez un peu, cependant. Dans le "corps le plus sain", sommeillent les extrêmes les plus contradictoires. Rappelons qu'il s'agit d'instinct chez l'animal comme nous l'avons vu.

Tout n'est souvent qu'une question de "montant" de nombre de zéros bien placés à droite du chiffre le plus significatif possible pour passer le cap dangereux! Bien sûr, plus haut l'échelle sociale du candidat à corrompre est élevée, plus haut en sera le prix. L'impact de la prise du mauvais chemin sera aussi plus important.

L'intégrité est l'antidote au côté obscur de la corruption. C'est un savant mélange de justice, d'honnêteté, de rigueur, d'objectivité, d'éthique, de sens de l'honneur, de morale. Elle ne se mesure pas. On est tout simplement intègre dans sa manière d'être ou non, voilà tout, sans aucune autre forme de procès.

Dans tous les domaines de relation entre les hommes, elle est requise et demandé en préalable. Au niveau sportif, professionnel, politique ou familial, toute entorse est appelée à être sanctionnée dès la reconnaissance d'un manquement.  Cela restera une affaire d'éducation. De ce côté, je ne suis pas sûr que les cours de civisme poussent suffisamment son enseignement.

La signature au bas d'un document, prêter serment sont des actes avec un caractère solennel sans échappatoire, sans tergiversation. L'acceptation d'un code d'éthique avec signature d'acteur est requise dans beaucoup d'entreprises qui ne veulent plus subir le genre d'effet "à la Enron" ou "à la Parmalat".  Comme la frontière entre l'éthiquement permissible ou à rejeter est parfois floue, l'étude de situations pratiques viennent à l'appui de la morale bien pensée et font réfléchir les intéressés.

Le journaliste de la RTBF Hugues Le Paige ajoutait le texte suivant:

Une vie de chien

Le plus souvent, la vie d'un homme politique est une vie de chien. Il ne faut pas avoir peur des mots ni hésiter à le rappeler alors la tempête n'a pas fini de souffler sur ceux qui ont choisi la chose politique comme activité professionnelle. Qui ont choisi et qui aussi ont été choisis par l'ensemble des citoyens. Etre représentant du peuple, à quelque niveau que ce soit, exige du courage, de l'abnégation, des sacrifices que consentent l'immense majorité des élus. Certes les bénéfices narcissiques ne sont pas absents du métier de représentation et les rémunérations ne sont pas négligeables même si à responsabilités comparables celles du secteur privé sont d'une tout autre ampleur. La fonction est exigeante et on a raison d'exiger beaucoup de ceux qui la remplissent. Comme il est indispensable, et tout simplement démocratique, de dénoncer les dérives d'un système où les locataires provisoires du pouvoir en viennent à se comporter en propriétaires abusifs. On a déjà dit on dira encore un peu partout, et avec pertinence, la nécessité impérieuse d'une révision fondamentale des règles et des comportements en matière de responsabilité publique. Il ne s'agit pas de sous-estimer ou de relativiser la gravité des faits en cause mais simplement de rappeler quelques évidences sur le métier politique, quant à notre responsabilité collective dans quelques dysfonctionnements et plus largement sur l'air du temps. L'activité politique est tout la fois éreintante, usante et frustrante. A l'homme politique on reproche tout à la fois son omnipotence et son impuissance : ce qui est moins contradictoire qu'il n'y paraît. Il n'est pas inutile de souligner, par ailleurs, que le clientélisme justement vilipendé suppose des partenaires. La déviance anti-démocratique n'est pas unilatérale : pour qu'un passe-droit soit accordé il faut qu'il ait été sollicité. Enfin la politique n'a pas échappé à la marchandisation généralisée de notre société. Les valeurs du marché qui, depuis un quart de siècle, dominent les esprits et imposent leurs lois à tout activité humaine ne sont pas de celles qui s'embarrassent d'éthique. On ne peut l'oublier ni dans la dénonciation des scandales ni dans les tentatives d'y remédier.

 

L'argent, ce veau d'or, reste, pour la plupart, le mirage, l'aboutissement d'une vie bien remplie.

Le bonheur, lui, réside plus modestement dans le fait de se sentir bien dans sa peau.

 


L'enfoiré

 

Citations :

 

  • 'La pire des corruptions n'est pas celle qui brave les lois ; mais celle qui s'en fait à elle-même.", Louis de Bonald
  • "La république... la corruption sans doute y paraît plus grande que dans les monarchies. Cela tient au nombre et à la diversité des gens qui sont portés au pouvoir", Anatole France
  • "Révélée, la corruption financière peut être combattue et sanctionnée. La corruption des idées est plus insidieuse, plus subtile et, à ce titre, d'une dangerosité plus essentielle", Edwy Plenel
  • "La corruption de ce qu'il y a de meilleur est la pire.", Maxime Latine
  • "Un dictateur n'est qu'une fiction. Son pouvoir se dissémine en réalité entre de nombreux sous-dictateurs anonymes et irresponsables dont la tyrannie et la corruption deviennent bientôt insupportables", Gustave Le Bon

 

 

Images corrompues...???