23/09/2011
Cézanne ouvre-toi
Début septembre, je me suis trouvé à Aix-en-Provence, chez Paul Cézanne comme s'il était toujours vivant. Il fallait que je vous en parle, moi, pour qui Cézanne, je l'avoue, était un peintre dont je ne connaissais pas vraiment grand chose. Aix est sa ville et tout y fait penser. Alors Cézanne, ouvre-toi, je me mets sur tes pas...
Tout rappelle Paul Cézanne à Aix-en-Pce comme l'indiquent, en diminutif, les panneaux de signalisation de cette ville de Provence. Est-ce Cézanne qui fait vivre Aix ou Aix qui maintient son patrimoine par l'intermédiaire de cet illustre nom? Un peu des deux dans une coalition d'intérêts touristiques et picturaux...
Toujours est-il que cela marche et fait marcher à pied, jogger, pour moi, tous les matins quand tout s'éveille.
Surtout, pas en voiture, vu la circulation automobile qui ne faiblit pas. La ville vit de jour et tard en soirée.
De Paul Cézanne, Wikipedia nous en dit: "Paul Cézanne, un peintre français, né le 19 janvier 1839 à Aix-en-Provence, mort le 22 octobre 1906 à Aix-en-Provence). Membre du mouvement impressionniste, il est l'auteur de nombreux paysages de Provence, et particulièrement de la campagne d'Aix-en-Provence".
Le nom de Cézanne est une affaire de collusion familiale avec Aix. Tout rappelle le peintre dans la ville. Du cours Mirabeau, aristocratique, avec ses cafés seulement depuis le 19ème siècle, aux appartements où sa famille et lui-même ont vécu.
Dès 1700, le nom est mentionné dans les actes de la mairie d'Aix, même si les grands-parents de Paul Cézanne avaient quitté la ville pour s'installer à Saint-Zacharie dans le Var. En 1848, le père de Paul crée la banque "Cézanne et Cabassol". Son fils est un artiste et il a une ambition. Il n'aime ni les chiffres ni le Droit, préconisé pour lui par son père.
En 1858, élève moyen, Paul échoue au baccalauréat. Alors, il suit, avec assiduité, les cours de l'école municipale de dessin. Il obtient un deuxième prix pour une étude de figure peinte. Il a trouvé sa voie et abandonne ses études de droits. Il devient copiste au musée du Louvre. Il séjourne à l'Estaque, près de Marseille, où il se réfugie pendant la guerre Franco-Prussienne en 1870.
Ami d'enfance de l'écrivain Émile Zola, il se brouille avec lui après que celui-ci lui ait envoyé son roman "L'Œuvre" qui raconte l'histoire d'un peintre maudit et pourchassé par le destin incapable d'achever sa "grande œuvre". Inspiration fidèle de la situation de Paul Cézanne. "Paul peut avoir le génie d'un grand peintre, il n'aura jamais le génie de le devenir.", y écrit Zola.
La situation financière de Cézanne, il est vrai, reste précaire, d'autant que son père diminue son soutien. En 1895, sa première exposition personnelle se heurte encore à l'incompréhension du public. Cette année-là, il commence à se rendre à la montagne Sainte-Victoire, face à la montagne, sur une bute des Lauves que l'on appelle aujourd'hui "Terrain des Peintres". Ce cycle de peintures, il le représente sur près de 80 œuvres.
Son atelier, très proche, entouré de 70 ares de terrain agricole, planté d'oliviers et de figuiers, devient le refuge de ses créations, avant d'aller sur site, chaque jour.
En octobre 1906, sur le site du massif de la Sainte-Victoire, alors qu'il peint sur le motif, un violent orage s'abat. Cézanne a un malaise. Il est recueilli par des charretiers et déposé dans sa maison de la rue Boulegon, à Aix, où il meurt, emporté par une pneumonie.
La vision de Cézanne sera révélée au public un an après sa mort, au Salon d’Automne de 1907.
Son œuvre va au-delà de l'impressionnisme en transition avec le cubisme du 20ème siècle et reste encore aujourd'hui la plus mal comprise, voire la plus controversée. Picasso s'est inspiré de son œuvre. Il est refusé à l'École des Beaux-Arts en raison d'un tempérament jugé par trop excessif. Il expose au salon des Refusés.
Ce sont ses amis peintres, notamment Pissarro, Renoir, Monet et Degas qui surent, les premiers, déceler ses intentions et reconnaître ses qualités de simplificateur par l'interprétation des formes géométriques essentielles. Traiter « par le cylindre et la sphère ». 
Pissarro écrivait : « Pendant que j'étais à admirer le côté curieux, déconcertant de Cézanne que je ressens depuis nombre d'années, arrive Renoir. Mais mon enthousiasme n'est que de la Saint-Jean à côté de celui de Renoir, Degas lui-même qui subit le charme de cette nature de sauvage raffiné, Monet, tous... sommes-nous dans l'erreur ?... je ne le crois pas... Les seuls qui ne subissent pas le charme, sont justement des artistes ou des amateurs qui par leurs erreurs nous montrent bien qu'un sens leur fait défaut. Du reste, ils évoquent tous logiquement des défauts que nous voyons, qui crèvent les yeux, mais le charme... ils ne le voient pas... Comme Renoir me le disait très justement, il y a un je ne sais quoi d'analogue aux choses de Pompéi si frustes et si admirables... ».
Personnage solitaire et sans concessions, il délaisse rapidement le groupe.
Cézanne a peint environ trois cents tableaux. Entre 1862 et 1870, ce fut, selon ses propres termes, sa "période couarde" et "période baroque" pour ses admirateurs. La période impressionniste, avec un peinture aux vibrations colorées et lumineuses, viendra suite à l'influence de Pissarro, de Van Gogh et d'autres. Sa préoccupation de "trouver les volumes" dans une période constructive, synthétique, va le faire dévier de l'impressionnisme vers le cubisme du 20ème siècle.
Écologiste avant l'heure, il n'avait de cesse que de recommander la nature. "J’en reviens toujours à ceci : le peintre doit se consacrer entièrement à l’étude de la nature, et tâcher de produire des tableaux qui soient un enseignement.". Conscient du défi qu’il s’imposait à lui-même, il donnait l'impression d'incomplétude dans certaines études de la montagne Sainte-Victoire par sa formule cézannienne, d’une ambition démesurée... d'une chimère.
Salvador Dali dit de Cézanne : « Le peintre le plus mauvais de la France s'appelle Paul Cézanne, c'est le plus maladroit, le plus catastrophique, celui qui a plongé l'art moderne dans la m... qui est en train de nous engloutir...».
En 1895, Ambroise Vollard le révèle véritablement à ses contemporains.
La vision de Cézanne sera vraiment révélée au public un an après sa mort, au Salon d’Automne de 1907.
Être en avance sur son temps ne permet jamais de devenir célèbre qu'à titre posthume. C'est aussi le problème de trouver le bon "impresario" quand on est solitaire dans l'âme... Ambroise Vollard a joué ce rôle, mais un peu tard.
En 1902, à la mort d'Émile Zola et lors de l'inauguration d'une statue à l'image de l'écrivain au début de 1906, Paul a souffert de la séparation de son ami d'enfance qu'il a probablment lui-même créée.
Rappel du lien essentiel entre les deux expressions de l'interprétation de la vie, l'écriture et la peinture, la plume et le pinceau? Psychologie de l'artiste qui se retrouve seul avec la nature comme compagne? Perfectionniste, jusqu'auboutiste dans son art?
Les peintures de Cézanne sont représentées sur Internet.
Cézanne disait "Quand j'étais à Aix, il me semblait que je serais mieux autre part, maintenant que je suis ici, je regrette Aix. Quand on est né là-bas, c'est foutu, rien ne vous dit plus".
Non, vraiment, il se sentait bien à Aix. Je le comprends. J'y ai passé des heures agréables à me mêler à la foule aux moments chauds d'une journée de semaine ou à la solitude dans les ruelles vides d'un samedi ou dimanche matin. 
Car, à Aix, on peut jouer aux cartes comme tu l'as peint, jogger au travers de ses rues et ruelles, mais, souvent, on s'y arrête pour unir l'ocre de ses façades, pour tâter la douceur de ses fontaines à tous les croisements des chemins, pour s'émerveiller de ses portails sculptés dans le bois comme devantures des hôtels symboles d'époques révolues, pour retrouver son chemin et ainsi passer aux prochaines empreintes de tes pas.
Oui, Paul, la nature qui entoure la ville, t'impressionnait, les natures mortes te solidarisaient avec les objets, les portraits te faisaient rêver, mais tu n'as pas penser apporter ta touche particulière sur l'intérieur de ta ville.
Alors, j'apporte une réponse à cette lacune avec quelques photos de la ville d'Aix-en-Provence prises pendant quinze jours de partages de réflexions sur l'espace qui nous entoure.
Merci, Paul, de t'être ouvert à moi, toi, discret, avec ta psychologie complexe et tes idées futuristes.
Dis, Paul, tu ne m'en voudras pas de te tutoyer?
Cette fois, je te connais un peu mieux.
A force d'aller dans tes pas, tu es devenu un ami à titre posthume, bien entendu...
L'enfoiré,
"Cézanne peint", France Gall
Citations:
- "La peinture est une poésie qui se voit au lieu de se sentir et la poésie est une peinture qui se sent au lieu de se voir.", Léonard de Vinci
- "Les peintres ne connaissent rien à la peinture et plus encore à leur peinture. Il a fallu toujours quelqu'un pour la leur expliquer.", Léon Daudet
- "Je suis le primitif d'un nouvel art", Paul Cézanne
09:00 Publié dans Actualité, Art, Voyage | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note
20/05/2011
Du tag au tact
Dernièrement, une invitation me fut ainsi lancée de ressortir nos tags bruxellois. Ceux que l'on rencontre le long des rues, sur les volets baissés, sur les bords d'un quai de gare ou dans des endroits plus inattendus encore. En espérant que cet ailleurs, disponible, existe toujours et soit autorisé pour cette fonction.
Les tags, c'est un média comme un autre. Un moyen de diffusion que l'on peut traouver sous tellement de formes.
La semaine dernière, les médias se présentaient par l'approche technique comme la radio, la télé et internet.
Destinée à la vue d'un inconnu, d'un passant, sa diffusion se produit comme une bouteille à la mer. Elle ne sait pas où elle arrivera, comment elle sera acceptée. Elle choquera ou émouvra, pourvu qu'elle arrive à destination quelque part.
L'art urbain a désormais sa place dans les galmeries, les musées, les salles de ventes. Il est gratuit sur des façades monumentales au point d'oublier sa nature rebelle. Le "Street art" peut-être considéré comme vandale, comme iconoclaste et pourtant...
Je prends la relève par ces dessins, ces tags que l'on trouve sur les murs d'une ville comme Bruxelles ou ailleurs.
Les tags, dessins et graphitis ont toujours représenté la détresse du monde tout en apportant un art de la rue que l'on aime ou que l'on déteste, mais qui ne laisse jamais indifférent.
Wikipedia dit "Le mot italien graffiti dérive du latin graphium (éraflure) qui tire son étymologie du grec graphein (γράφειν) qui signifie indifféremment écrire, dessiner ou peindre.Les graffiti existent depuis des époques reculées, dont certains exemples remontent à la Grèce antique ainsi qu'à l'Empire romain et peut aller de simple marques de griffures à des peintures de murs élaborées. Dans les temps modernes, la peinture aérosol et les marqueurs sont devenus les outils les plus utilisés. Dans la plupart des pays, dégrader une propriété avec un graffiti sans le consentement de son propriétaire est considéré comme du vandalisme, lequel est punissable par la loi. Parfois, le graffiti est employé pour communiquer un message politique et social. Il existe de nombreux caractères et styles de graffiti, cette forme d'art évoluant rapidement".
Installé à un endroit auquel il n'était pas destiné et c'est le le rejet, le drame. Une signature seule n'a rien d'artistique. Une surface unie, blanche qui vient d'être restaurée, un volet de devanture, ne sont pas plus adaptés si ce n'est pas autorisé. Il ne faut pas le considéré comme un sport car le nettoyage des édifices publics coûte des millions chaque année à la communauté. On parle alors plus du "tag" de manière péjorative que de "graffiti" avec un accent artistique.
Taguer n'est pas jouer. Oui, le tag exprime le mal-être d'un jeune, qui passe du rêve au cauchemar mal digéré. Malheureusement, les cauchemars des autres n'ont jamais bonne presse. Dans les extrêmes, cela devient une pathologie, une drogue, portée par le stress et le goût du risque. Si le tag à l'arraché offre, aux jeunes, l'adrénaline de l'exploit, la routine ne l'apporte plus. Le goût des hauts risques ira jusqu'à trouver la mort au bout du chemin pour simplement se donner une impression d'être, un jour, "maître du monde".
Là, on touche au point de non retour.
"La bande dessine sur les murs" écrivais-je, au sujet de la Bande Dessinée qui s’étale, à la vue de tous. Sur les murs de Bruxelles, on les retrouve au détour d'une façade, d'un coin de mur nu qui resterait sans joie, inexpressif sans cette bande dessinée.
Dans le cas des tags, même volonté. Mais, si l'esprit de bande est seul présent, cela manquerait de personnalité, d'individualité.
Les Égyptiens, aussi, griffonnaient sur les murs de leurs temples, sous les formes figuratives ou en hiéroglyphes.
Taguer notre présent, imposer notre marque comme une emprise contre l'évolution du temps, nous le faisons tous sans même le savoir.
Un tag peut être un dessin sur le sol. Un dessin que tout le monde regardera créé en passant et foulera du pied, dès que le dessinateur aura quitté les lieux. Comment s'exprimer sans nuire à celui qui n'aura pas les mêmes options, les mêmes choix et qui voudra ajouter l'emphase ses propres convictions? L'astuce s'est de créer des espaces autorités.
Taguer, pour le jeune, c'est ridiculiser la société ou ses membres.
Taguer donne une impression de liberté, c'est évident. Liberté qui comme chacun sait s'arrête toujours quelque part, avec la vision d'un autre interlocuteur encore plus rusé.
Le tag se prépare avec minutie comme toute œuvre. Il ne s'improvise pas.
Iconoclastes, ils agressent. Artistiques, ils étonnent. Il y a tellement de lieux, d'endroits pour sortir de l'anonymat, de lieux parfois trop communs ou trop chics.
Un tag peut être, très beau, bien plus qu'une publicité officielle ne le sera jamais.
Ici, on n'est plus dans le vernissage d'un musée ou d'une galerie branchée comme le montrait mon ami québécois dans sa première approche. Ici, nous sommes sur la voie publique et elle a ses propres règles.
Certaines fresques murales comme j'en ai vues, m'ont impressionnée. Je me suis retrouvé dans un Musée en plein air. Un musée de la vie et de notre modernité. L'imagination, l'originalité restent, pour moi, les "reines" du jeu.
A mon avis, là, on arrive à de l'art pur sans suivre le seul dessein du vandalisme. La déprédation, la malversation ne sont pas les meilleures méthodes de l'art. Un graphiste peut rester, seulement, un gaffeur.
Le tag est l'art de dessiner tout haut ce que d'autres disent tout bas. Avec le rythme et le pastiche d'une chanson de notre époque, cela deviendrait dans une ode aux tagueurs:
"Alors on tague":
Qui dit société dit erreurs
Qui dit erreurs dit terreurs
Qui dit terreurs dit images
Qui dit image dit humeur
Qui dit humeur dit rage
Qui dit rage dit murs
Qui dit murs dit souillures
Qui dit souillures dit moisissures
Alors on tague(9x)
Qui dit tag dit mise à sac
Qui dit sac dit ressacs
Qui dit ressacs dit matraque
Qui dit matraque dit mauvais sort
Qui dit mauvais sort serait la mort
Et là tu te dis que c'est fini
Non c'est pas fini, il y a graffiti
Un graffiti qui aide et qui unit
Mais si ton dessin, c’est pas du miel
Alors tu te bouches plus les oreilles
Et là tu tagues encore plus fort et ça punit
Alors on tague
Lalalalalala, Lalalalalala
Alors on tague
Lalalalalala, Lalalalalala
Et puis seulement quand c’est fini
Alors on tague ... (8x)
Et des graffitis y en a encore... (5x)
Rompt ton anonymat
Saute tous les entrechats
Fais tout ressortir avec éclat
Mais te trompes pas de proie
Pour que ton image restera
Sans erreur que tu regretteras
Ton tag, alors, on photographiera
Et entre amis, on se partagera
Alors on danse(9x)
A Vous, Tagueurs, de "taguer" mon article.
C'est avec le plus grand plaisir que je remettrai une sur-couche blanche pour vous permettre de vous exprimer à nouveau.
Pour ma chambre, c'est déjà fait. Pas besoin de sur-couche...
En attendant, je vous invite dans une "Tag Party bruxelloise" en images.
L'enfoiré,
Citations:
-
"L'imagination sous sa forme la plus pure, c'est l'art de donner vie à ce qui n'existe pas, de persuader les autres d'accepter un monde qui n'est pas vraiment là", Paul Auster
-
"L'imagination est surtout la faculté de nous libérer des images premières, de changer les images" Gaston Bachelard
-
"Le tact dans l'audace c'est de savoir jusqu'où on peut aller trop loin", Jean Cocteau
08:05 Publié dans Art, Belgique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
05/12/2010
La Bande dessine sur les murs
Comme le dit Wikipedia "La bande dessinée est considérée comme un art à part entière en Belgique. Un grand nombre de bandes dessinées francophones sont d'origine belge, d'où l'expression bande dessinée franco-belge." Où la trouve-t-on? Dans les livres, bien entendu. Au cinéma, parfois. Dans les Musées de la Bande Dessinée comme celui de Bruxelles. Mais où encore? On va le découvrir...
Dimanche.
5 décembre.
En Belgique, demain, c'est la fête de Saint Nicolas et des enfants sages.
Il fait froid. Le traîneau de Saint Nicolas aura du mal à se frayer une voie parmi les chemins enneigés. Il est toujours pris par le temps. Il a dû prendre de l'avance. Je le comprends, le weekend, c'est plus tranquille.
Pour les grands, que de mauvaises nouvelles à se farcir au quotidien! Son sinistre collaborateur, le Père Fouettard distribue trop de coups de fouet.
Il fallait du rêve, beaucoup de rêves pour cet événement.
Que pouvais-je offrir, de mieux, aux petits et aux grands? 
Oui, je sais, certains pourraient aller chercher leur Saint Nicolas à la banque demain, mais n'anticipons pas... à chaque jour suffit sa peine et ses colères.
Partons en chasse à la bande dessinée belge.
Wikipedia dit tout ou presque à son sujet: "Elle démarra réellement en 1929 avec Hergé (inventeur de la « ligne claire », dessins dépouillés à l'extrême). Il fit voyager son jeune reporter nommé Tintin aux quatre coins du monde (et même sur la lune !)."
Hergé a créé une lignée de dessinateurs avec ses albums, adressés aux jeunes de 7 à 77 ans.
En 1930, il sortait son premier "Tintin au pays des Soviets". Il y aura 23 albums qui passeront sur tous les continents. Tintin est devenu un mythe.
Depuis la mort d'Hergé, il est considéré comme l'un des plus grands artistes contemporains et a vendu plus de 200 millions d'albums, traduits dans une centaine de langues. Aujourd'hui, l'œuvre d'Hergé est gérée par sa veuve Fanny Rodwell via la société Moulinsart et la Fondation Hergé.
En 1964, Tintin a aussi pris le chemin du film avec "Tintin et l'orange bleue". Il l'a pris aussi en télé.
Cette fois, c'est Spielberg, "himself", qui va bientôt sortir un film avec des acteurs qui joueront son histoire en le faisant revivre en 3D. Ce sera donc "The Adventure of Tintin. Secret of The Unicorne"". Un secret de la Licorne qui date de 1943.
Un budget de 95 millions d'euros. Une ambition de rester fidèle à l'esthétisme d'Hergé, avec la "motion capture" pour restituer numériquement les visages des héros. Les pérégrinations de ce reporter célèbre qui voulait aller partout, va être très surveillées. Ca, c'est sûr. L'entreprise "Tintin" vaut encore de l'or en mascottes et en ex-votos qui reflètent les épisodes des premiers pas sur la Lune et d'ailleurs. Jamie Belle incarnera Tintin. Andy Serkis, celui du Capitaine Haddock. Quant à Milou, secret, personne ne sait.
Et puis, la célébrité attire les polémiques.
Il y a un an, ce fut "Tintin au Congo" sous l'angle du racisme.
Les tintinophiles, ceux qui ont conservé les albums originaux de Tintins sont plus riches aujourd'hui. Les planches originales ont été mises à l'enchère récemment. Les prix atteignaient des sommets. Les acheteurs s'en retrouveront-ils plus riches de souvenirs?
La marque "Tintin" est ultra-protégée. Les représentations des "jouets Tintin" ne sont plus à catégoriser parmi les jouets mais dans les objets de collections.
Le "Question à la Une", "Tintin a-til vendu son âme au diable" avait été consacré à cette nouvelle forme de protection des droits d'auteurs que n'aurait peut-être pas apprécié son créateur.
Le nouveau Musée Hergé a relancé, récemment, une autre polémique quand les journalistes ont été compris comme des adultes-enfants, mais "photos non admis".
Et, oui, tout augmente, tout change. Même La Castafiore ne chante plus de la même façon.
Pour la fête national de 2005, Tintin avait envahi la façade du Palais de Justice.
Les voitures qui avaient un lien avec les histoires rocambolesques de Tintin, y étaient représentées.
En mai 2009, c'est la Grand Place qui étallait la fusée pour la Lune sur le sol sous les regards étonnés de la foule et de la bande à Tintin.
Oublions les polémiques et Tintin est loin d'être le seul acteur.
Avec 650 auteurs de bandes dessinées, la Belgique peut s'enorgueillir de « la plus grande concentration au monde de héros de papier au kilomètre carré ».
Se sont suivis entre-autres : Spirou (1938), Blake et Mortimer (1946), Lucky Luke (1947), Bob Bang (1947), Félix (1949), Achille et Boule-de-Gomme (1949), Gil Jourdan (1956), Gaston Lagaffe (1957), les Schtroumpfs (1958), Boule et Bill, Luc Orient, Achille Talon, Buck Danny, Dan Cooper, Bob et Bobette, Tif et Tondu, Modeste et Pompon, Bob Morane, Chick Bill, Ric Hochet, Corentin, Alix, Cubitus, Natacha, Yoko Tsuno, Bernard Prince, Comanche, Olivier Rameau, le Chat, Les Tuniques bleues, Jeremiah, XIII, Largo Winch, Gord, Fox, Albert Lombaire, les Schtroumpfs.
Franquin se spécialisa dans les gags de Gaston Lagaffe.
Jacobs, le fantastique de Black et Mortimer.
Van Hamme, le domaine de la finance avec Largo Winch.
Avec la sophistication de Schuiten, ce sont les adultes qui commencèrent à s'intéresser à la BD.
Marvano y ajouta la science fiction.
Tout récemment, Alain Chabat piste Marsupilami à Bruxelles pour "Houba ! Le Marsupilami et l’Orchidée de Chicxulub".
Le Musée de la BD de Bruxelles attire beaucoup de visiteurs pas uniquement parce qu'il s'abrite derrière les murs d'un bâtiment de prestige créé par le maître de l'Art Nouveau, Victor Horta.
La BD pour adultes a pris aussi le relais.
Je ne suis pas, ou plus, un lecteur fervent de bandes dessinées. Les textes m'attirent plus. Aurais-je dépassé un âge critique ou une question d'époque révolue?
Le journal "Pilote" a été un compagnon de ma jeunesse. J'ai conservé longtemps les planches centrales du "Pilotorama". Le journal n'est plus. Il a vécu pendant 30 ans. Tintin est toujours là. Mon épouse possédait tous les albums avant de les céder chez les jeunes de la famille à l'occasion de Saint Nicolas, probablement. On se doit de passer le flambeau.
Aujourd'hui, les images attirent bien plus que les textes et pas uniquement chez les jeunes. Une bonne histoire, une intrigue palpitante, parfois de l'érotisme, sont les ingrédients d'une BD moderne et réussie.
Mais, cette fois, ce ne sont pas les livres, les musées qui nous intéressent.
Ce sont les murs de la capitale, les interstices de ses murs qui accueillent les dessins et qui vont nous démontrer qu'aujourd'hui, la BD est bien vivante sous toutes ses formes et avec tous ses auteurs qui y ont collaboré.
Mi-novembre, Van Hamme présentait son "XIII" dans la rue Philippe de Champagne.
Bruxelles organise des promenades pour découvrir le "neuvième art". J'en ai fait autant depuis longtemps.
Tout est bon pour inspirer l'envie de dessiner les rêves des bédéistes au grand bonheur des Bruxellois. Dans le quartier des Marolles, Tintin et "ses copains" y sont partout.
Tout est gratuit et à la vue de tous, si on sait où les trouver.
Ces murs de Bruxelles nous font nous attarder, nous font rêver à notre passé, à notre présent? Tout est gratuit, cette fois.
Bonne fête aux "lecteurs de 7 à 77 ans", disait Hergé. Ce sera plutôt, de 8 ans jusqu'à 88 ans, aujourd'hui.
Quant à vous, Saint Nicolas prenez votre temps, cela glisse...
Mais, pour les pressés de la gachette, les photos sont aussi ici.
L'enfoiré,
Saint Nicolas passe aussi au Nord de la France et chez Agoravox
09:20 Publié dans Actualité, Art, Belgique, Film | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note












