16/06/2008

Bons sens ne sauraient mentir

bons-sens-ne-sauraient-mentir_00.jpg Il existe un petit village en Toscane. Il a vu un auteur du 19ème siècle qui jouit encore, malgré une thématique apparemment très simple destinée aux enfants, d’une réputation mondiale à la suite de l'oeuvre de sa vie, un roman de conte de fées. Repris par Walt Disney en 1940. Le village s’appelle Collodi près de Pescia, l’auteur : Carlo Lorenzini , surnommé "Collodi", le personnage : Pinocchio. Je suis allé à sa rencontre... 

 

Selon l’histoire du roman, un vieux menuisier, Geppetto, se sentant esseulé dans son atelier, imagine de créer un pantin en bois représentant un garçonnet. Habile de ses mains, il le sculpte et le nomme Pinocchio avec l’intime désir de le voir se transformer en véritable petit garçon. Lors d’une nuit, la Fée Bleue de la providence exauce son rêve le plus cher et donne la vie à sa marionnette. Celle-ci se révèle fantasque quoique toujours bien intentionnée. Sous l’œil de la Fée et du menuisier, les aventures malheureuses vont se succéder, aventures qui ne seront racontées, qu’interprétés par une multitude de petits mensonges. La fée décide de lui infliger un châtiment pour lui donner une leçon de vie et pour lui imposer de dire la vérité. Dès lors, un mensonge qui sortirait de sa bouche en bois et ce serait son nez qui s’allongerait en fonction de l’importance de son méfait. Cela ne tarde pas à prendre des habitudes qui engendrent des aventures épiques. Le conte s’achèvera heureusement quand Pinocchio perdra cette mauvaise habitude et qu’il deviendra, « happy end » oblige, en un véritable petit enfant dans la réalité. Derrière cette fable enfantine, se cache l'Italie de l'époque, pauvre, résignée, pessimiste et en proie à une défaite des valeurs paysannes manipulées par des gens très rusés.

Devenu tellement célèbre, l’auteur est plus connu sous le nom de son village où depuis 1951, un parc fantastique pour enfants a été réalisé à Collodi. Le décor, un labyrinthe, situé au bord d’un torrent et face à la villa et aux jardins Garzoni.

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L’histoire de la marionnette y défile dans les méandres de ce labyrinthe avec le requin très suggestif engloutissant Geppetto au milieu de l'histoire agitée.

C’est à partir des magnifiques jardins, avec ses statues de satyres, face au labyrinthe, très caché que je n'ai pu l'apercevoir. L’auteur de la fable, lui, c’était de la cuisine du château des marquis de Garzoni qu'il a imaginé son personnage.

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Le soir, en allant me coucher, mes souvenirs, suites de cette visite enchantée, sont revenues en mémoire de manière étrange. Et si le mensonge n’existait plus, si tous le monde parlait sans réfléchir, que se passerait-il? bons-sens-ne-sauraient-mentir_10.jpg

Ce matin-là, je me réveillai dans un autre monde. Cela commençait fort, très fort même.

Mon épouse ne me disait plus « Ronfle en douceur, mon amour » mais d’une mine sévère :

   - Tu m’as encore une fois empêché de dormir. Ton ronflement, j’espère que tu n’auras pas d’ennui avec les voisins.

Surpris, je ne relevai pas le nez et ne répliquai pas sachant que c'est une chose dont on ne connaît pas la vérité par soi-même.

Plus tard, sous la douche je commençai à entonner, imperceptiblement, une vieille chanson d’Aznavour « Tu exagères » suivi de « Tu t’laisses aller ».

Mon épouse, ensuite, suivit sous la douche. Elle chantonnait le même air mais avec des paroles différentes et tout aussi troublantes.    

Plus tard, au petit déjeuner, je m’entendis dire : « la confiture, y en a marre et si tu me faisais des œufs au lard pour changer? ». La moutarde semblait me sortir du nez et c'était pourtant le moment de consommer du miel plutôt que de la moutarde.

On s’est quitté la mine un peu balancée dans une humeur exécrable mais chacun trouvait cela normal.

Dans l’ascenseur, voilà que la voisine monte à bord et que je lui dis :

-         Savez-vous que le Chanel n°6 existe depuis peu ? Cela sentira un peu moins dans l'ascensceur.

Moi, qui ne savait même pas qu’il existait le N° 5 ! …

Elle me répond du tac au tac :

-         Vous êtes sûr que votre after-shave, vous le mettez là où il faut, bien partout ? Et puis, vous feriez mieux de la fermer, tout le monde y gagnerait car votre haleine ...   

Je n'eus pas le temps de lui répondre. Nous étions arrivé à destination au rez-de-chaussée. Non, mais, de quoi s’occupe-t-elle?, pensais-je.

Sur la route,  un « enc.. » me fit une queue de poisson en me levant un doigt que je ne pensais pas si long.

Je lui lance une invective que je n’oserais répéter ici.

Arrivé au bureau, voilà que le collègue qui, il faut bien le dire, n’avait pas vraiment les mêmes opinions que les miennes, sortait d’une voix salace :

-         T’as mal dormi, ou quoi ? Est-ce une manière de te coucher sur le clavier ?

-         Non, mais, je dois bien récupérer le temps que t’as perdu hier devant la machine à café.

Mais, il avait un peu raison, je l’admets. Mais alors, lui...

Le patron l’avait bien vu aussi et se déplaçant pour me le confirmer à sa manière, je ne lui en laissai pas le temps et lui envoyai, à la vue d’une couleur rouge anormale sur les joues :

-         La prochaine fois, laissez la porte de votre bureau ouverte. Au moins, je n’aurai pas à aller payer au cinéma ce soir pour aller voir « Basic Instinct II ». Au fait, avez-vous pensé à mon augmentation ?

Il faut dire que sa secrétaire est un sacré morceau et elle avait un de ses rouges aux lèvres qui me rappelait celui de la joue du patron.

Décidemment, tout allait de travers! Je ne me reconnaissais pas du tout dans ces paroles. Chacun avait des paroles sans mensonges, sans filtres et sans hésitations aucunes. Etonné de moi-même et des autres qui n’étaient pas dans leurs habitudes.

Au mess, voilà que la préposée me pose sèchement la question de manière péremptoire sans prendre les moindres formes :

-         L’aile ou la cuisse, votre poulet ?

-         Quelle question. Les deux, voyons quand on voit le prix que l’on demande pour le plat.

Je passe encore sur les détails. J'ai dû choisir autre chose.

L’après-midi, un client téléphone.

-         Je ne comprends pas mon PC. Il ne réagit pas comme d’habitude. Il ne s’allume pas.

-         Vous êtes sûr que vous avez mis le courant ? Vous avez lu la notice d'utilisation avant de me téléphoner ?

-         Non, mais vous me prenez pour qui, je suis une habituée ? Puisque, je vous le dis. Et vous vous êtes là pourquoi ?

Dire une simili vérité pèse décidément des tonnes sur les épaules du citoyen lambda. La délicatesse pour le dire fait pour le moins un peu défaut, dans cette journée fantasque.

L'après-midi, un drame dans la société et un collègue était décédé nous envoya tous au cimetière.

Là, l’épouse, en pleurs, se tenait difficilement et se tenait soutenue entre ses enfants.

Quelqu’un lui posa la question :

-         Vous-vous êtes disputés la veille ? Avait-il un problème en dehors du bureau ? Le patron a déjà pris les devants. Ne vous inquiétez pas. J'ai vu une tête nouvelle dans son bureau, il y a quelques jours.

Quel ignoble personnage! Le cortège s'avance et la conversation ne donna pas de conséquences. Heureusement...

Je trouvais les questions déplacées, mais ne réagis pas. Endormi? La dernière réplique me paraissait presque injurieuse.

Le soir, à la télé, un homme politique parle :

-         Les électeurs ne me comprennendront jamais. J’ai une villa et une famille à entretenir. Je ne peux pas être partout. Le jeton de présence, je le rembourserai. Moi, qui fait tout pour eux.

Tout à coup, son nez s’allongea, s'allongea dans la démesure...

Bons sens ne pouraient menti Famille.jpgC’est à ce moment que je sentis comme un tremblement de terre.

Mon épouse, au dessus de moi, me secouait avec force.

-         Tu ne vas pas travailler, chéri ?

Je lui souris. J’étais revenu de loin, d'un monde de fausses vérités. Ce n'étais pas moi. Comment avais-je pu imaginer cela?

Depuis lors, je souris plus souvent.

Je sais que j’ai encore beaucoup de rêves plus palpitants, moins stressants en réserve.

Celui-ci était par trop dur. Je jetai un coup d'oeil à Wikipedia qui m'en donnait une définition tellement claire du mensonge pernicieux.

  • Le mensonge pernicieux, qui a non seulement l'effet, mais le but de nuire à autrui. Ce mensonge parfois nommé par la littérature mensonge malicieux, est naturellement considéré tant par la morale que par la religion comme le plus grave des trois. Ce point est commun aux cultures occidentale et chinoise.
  • En politique, c'était même de l'art...  Donc, le mensonge fait bien partie de notre monde d'aujourd'hui.

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Le mensonge et la vérité n'ont que des frontières bien floues chez les enfants. Elles ne prettent pas vraiment à conséquence. Dans l'autre monde des adultes, il en va tout autre. Apprendre la psychologie, analyser ses semblables, accéder à toutes les sources disponibles, comparer et comparer encore avec ses propres convictions, sont des tâches qui deviennent primordiales  aux citoyens dans un monde médiatique. Déceler la malversation dans les propos n'est pas une mince affaire maquillée sous de beaux principes. La philosophie et tous ses auteurs, à travers les siècles, est aussi intéressante dans cette recherche de soi-même par rapport à ses semblables.  Les nez qui s'allongent et les fées ne font pas partie du monde des adultes qui, en plus, progresse dans le virtuel. La vérité ne se donne pas, elle se cherche. 

Il y a bien longtemps, la fin de l'histoire de Pinocchio, elle, fut plus délicieuse, et disait « Quel drôle d’air j’avais quand j’étais une marionnette ! Et comme je suis content d’être devenu un vrai et bon petit garçon ! »

L'Enfoiré, 

On ne ment jamais chez Le Panda

Citations :

  • « Ce qui est déshonorant, ce n'est pas de mentir, c'est de se faire prendre en flagrant délit de mensonge. Il y a des maladroits du mensonge : ceux-là on devrait les reléguer dans la vérité et leur interdire d'en sortir. », Etienne Rey

  • « J'aime la vérité. Je crois que l'humanité en a besoin ; mais elle a bien plus grand besoin encore du mensonge qui la flatte, la console, lui donne des espérances infinies. Sans le mensonge, elle périrait de désespoir et d'ennui. », Anatole France

  • « Les journalistes ne croient pas les mensonges des hommes politiques, mais ils les répètent ! C'est pire ! », Coluche

15/04/2008

Ote ton bandeau et ajuste ta balance (1)

ote-ton-bandeau-et-ajuste-ta-balance00.jpgLe grand procès Fourniret est en cours. L'émotion et la colère contre la justice ("Incurie du système judiciaire. Son imbécilité..." Marie-Noel Bouzet). Et si on prenait un peu de recul et si on parlait de cette Justice, elle-même. La justice, qui fait partie du pouvoir judiciaire, un de nos trois pouvoirs belges, est-on dans son "bon droit" de prendre un peu de temps pour l'analyser plus intimement? L'arroseur arrosé, en quelques sortes. 

 

Prélude

A tort ou à raison, je dois avouer que je n’ai jamais été en pleine confiance devant l’équité, les verdicts, les sentences au devant des procès pour lesquels la Justice doit statuer. Dans cette première phrase toute anodine, que de mots liés avec cette la justice et pourtant, l’homme de la rue en est très éloigné et a souvent du mal à en comprendre le suivi. Peut-être, le justiciable en attend trop de la Justice, présentée comme "La" solution à leurs conflits. Il y fait appel dans la majorité des cas pour défendre ses droits dans un esprit très peu rassuré en recourant à un avocat, le plus souvent, ou parce qu’il est appelé à comparaître dans une affaire dont il est témoin.

ote-ton-bandeau-et-ajuste-ta-balance03.jpgGarde fou de nos actions et de nos agissements, la justice permet de vivre en harmonie en société. Elle est là pour faire respecter les lois édictée par un autre pouvoir. Sans elle, l’anarchie perpétuelle et les pires méfaits régneraient. Les Droits de l’Homme sont bien clairs à ce sujet. La responsabilité de chacun doit être contrôlée pour permettre toute vie en commun par l'intermédiaire de la Justice. Il n'y a société que dans le cas où le droit est présent. La Constitution, faisant part de tout État qui se veut démocratique, est la loi fondamentale en fonction de laquelle la société est constituée. Les droits fondamentaux que l'on nomme nourriture, chaleur, logement, éducation, soins et justice, ont leurs places dans cette charte de l'individu et des personnes. Cette liste évolue en fonction des exigences du bien être et pour corriger une erreur d'appréciation de l'histoire. Le recours au juge est donc la manière normale de résoudre un conflit avec son voisin, son débiteur, son employeur, l'assassin et j'en passe dans la liste des litiges de la vie en commun. Notre Palais de Justice à Bruxelles, plus vaste que la Basilique Saint-Pierre à Rome est une preuve que la Justice veut en imposer. Gageons qu'on y arrivera dans l'intimité du citoyen, aussi. 

 

L'histoire
 

ote-ton-bandeau-et-ajuste-ta-balance02.jpgDe tout temps, pharaons, seigneurs et clergés exercaient le pouvoir de Justice et avaient droit de vie ou de mort sur les habitants gérés par eux. Au Moyen-Age, les auteurs de meurtres étaient traînés sur une claie avant de subir la pendaison qui, en général, était réservée aux larrons. Les criminels de lèse-majesté étaient décapités. Les aveux s'arrachaient souvent par la torture. Le rituel de la peine de mort, orchestré par la présence de la foule, était vivement ressenti comme une atteinte à l’honneur personnel et familial.

Ensuite, et jusqu’au 13e siècle, le Roi reçevait de Dieu le pouvoir spirituel et temporel de rendre justice. Entouré de conseillers, il expédiait, lui-même, les affaires. Les peines étaient codifiées dans des écrits appelés Coutumiers en fonction des types de délits.

Par après, le Roi allait déléguer ses pouvoirs judiciaires à des juges spécialement nommés. A la révolution française, la réorganisation de la justice s’imposait aux révolutionnaires, pétris de philosophie des Lumières. Les Constituants élaboraient la Déclaration fondamentale des Droits de l’Homme. Fin de la torture. Les débats contradictoires permettaient aux citoyens d’exposer leurs points de vue.

Napoléon réalisait l’unification des lois et un nouveau code civil porte, désormais, son nom. Il restait conscient du lien existant toujourss entre le temporel et le spirituel pour s'assurer un maximum de plébiscites. Les degrés des tribunaux suivaient déjà la même hiérarchie que nous connaissons encore aujourd'hui: juges de paix, du civil, de cours d’appel, de cassation. L'impunité et les privilèges de l''Ancien Régime", représentés dans une justice privée, dès la fin du 18ème siècle, ont été remplacés par une justice publique et civile.

ote-ton-bandeau-et-ajuste-ta-balance07.jpgA la fin du 20ème siècle, l’abolition de la peine de mort était de plus en plus observée. En Belgique, elle datait de 1996 bien qu’elle n’était plus été exercée depuis plusieurs années auparavant. Ensuite, plus beaucoup de bouleversement jusqu’à nos jours. Seulement, une évolution douce s'en est suivie, toujours embourbées dans des dossiers de plus en plus volumineux.

Les nouvelles méthodes

Les méthodes récentes de découverte de la vérité évoluent en efficacité: la biométrie, l’identification criminelle par les empreintes digitales sont utilisés depuis 1897. La biotechnologie, la génétique et l’étude de l’ADN apportent, aujourd'hui, une approche scientifique de plus en plus précise dans la recherche des culpabilités.
La recherche de la vérité reste la préoccupation des prétoires. Aucun moyen actuel ne permet encore, à coup sûr, l’identification d'un coupable que ce soit à l’aide de sérum de vérité ou de la machine habilitée à la détection des mensonges. Indications, sans plus, mais pas preuve.

Science non exacte, par définition, elle ne devrait, malgré tout, pas trop s’en éloigner car il en va de la liberté ou de la punition par emprisonnement d’hommes et de femmes. Les erreurs judiciaires brisent une vie car, même si, après de multiples tentatives, la vérité éclate, enfin, au grand jour et que l’inculpé est blanchi, aux yeux de l’entourage, les rumeurs courront encore et le doute subsistera. Le "Pas de fumée sans feu" poursuit la pensée du citoyen lambda. Certains journaux à sensation prennent souvent un malin plaisir à amplifier cet état d’esprit, à forger une opinion avant et pendant les procès. « Toute personne accusée d'un acte délictueux est présumée innocente jusqu'à ce que sa culpabilité ait été légalement établie au cours d'un procès public où toutes les garanties nécessaires à sa défense lui auront été assurées » (Art.. 11 des Droits de l’Homme). Cet article est néanmoins caduque dans les faits dans certains cas. Depuis le 8 Janvier 2008, l'assemblée nationale française a adopté le projet de de loi relatif à la détention se sûreté permettant de faire une entorse à cette règle. La présomption d'innocence tombe aussi facilement devant la raison d'Etat.   


Constatations préliminaires

L’éloignement, parfois le divorce, entre la population et la Justice trouve son origine dans l’usage d’un vocabulaire codifié, sibyllin aux formules ésotériques qui reste parfaitement étranger ou incompris même dans la description des événements les plus communs.

Avec l’esprit verlans, on pourrait dire : « Pourquoi faire simple, quand il y a moyen de faire compliqué ».

Un tel langage est-il nécessaire dans un monde qui se veut proche de ses citoyens? Dénouer les arcanes des procès demande des spécialistes. "Nul n'est censé ignorer la loi", mais, en pratique, il en va tout autrement. Prendre un avocat pour se défendre dans le moindre litige, dans la moindre affaire, est devenu une obligation pour l’homme de la rue qui sinon se trouve marginalisé de fait.

Plus grave encore, se défendre seul devant un tribunal est autorisé, mais jouer son propre avocat, c’est souvent vouer à l’échec la cause la plus juste, la mieux défendable.

La justice se plaint d'être submergée par les affaires. N'est-elle pas volontairement responsable de ses propres contraintes? Emphases, trémolos de préambules ne font qu'alourdir artificiellement la lecture du texte qui le décrit. A bon escient? La justice ne vit-elle pas de ce manque de concision? L'imprécision des lois n'offre-t-elle pas la protection de ses membres? Qui bloque ou ajourne un dossier?

Face à l'affaire d'un client, l'avocat a souvent un rôle initial de recherche de "calques "que l'on appelle "jurisprudences", dans l'arsenal du passé de la justice. Les intégrer, en détecter les failles possibles, broder autour du sujet sont des actions de pure routine.

Une loi, qui est à la base de tous jugements, qu'est-ce? "Prescription établie par l'autorité souveraine de l'Etat, applicable à tous, et définissant les droits et les devoirs de chacun". Rien d'anormal? Et bien si. Il n'est nullement dit qu'elle doit être "précise" et "rigoureuse". Cela veut dire, qu'elle doit pouvoir être interprétée en fonction de la "culture", de l'expertise, des faits sans précédents ou non d'une affaire. Si elles étaient précises, ce serait une véritable révolution. Vous pourriez en principe vous défendre vous même, comme il est d'ailleurs permis. Et les avocats auraient moins de travail.

Les erreurs d'aiguillage ne vous ont jamais effrayées? Non? Comment se fait-il que tellement de Cours ont été choisies par les avocats et qu'en définitive, après des mois, on apprenne que le jugement est remis pour cause de "non-compétence"? On s'étonne de l'engorgement des palais, devant ce qui manifestement, n'a pas été enseigné ou incorrectement, à l'avocat. L'Etat belge vient d'être condamné à 30.000 euros par la "Cour européenne des Droits de l'Homme" dans l'affaire de la décharge de Mellery pour la lenteur de son action.

"Responsabilité: avantage à la magistrature" posait la bonne question de la réforme de la Justice en France. Les réalisateurs de cinéma ont d’ailleurs très bien compris l’intérêt qu’ils pouvaient en tirer en introduisant le suspens dans leurs films ayant pour cadre un procès. Car, la Justice passionne les foules et le cinéma vérité donne le meilleur taux d'écoute.

 

Affaires de pédophie ou "Sérial killers"

Fin des années 90, la Belgique a subit un haut le coeur en découvrant les actes de pédophilie et les rapts d'enfants. Des 'marches blanches' ont suivi cette prise de conscience pour protester.

La justice et la gendarmerie ont été mis sur la sellette et ont du réagir après les commissions d'enquête médiatisées. Des promesses ont été faites à la population. Les choses devaient changer et ont partiellement évoluées.

Avec le recul, qu'en est-il des résultats: une gendarmerie réformée et uniformisé avec les forces de police, le budget de la justice augmenté mais une relation plus étroite de confiance avec la population s'est-elle pas vraiment produite? Les déclarations des victimes prouveraient le contraire. Le procès de l'affaire 'Dutroux' belge n'a pas eu assez de coupables à se mettre sous la dent d'après l'opinion publique. Dessaisissement de juge en charge des affaires. Show spectacle aussi dans une Commission d'enquête télévisée à l'américaine.

Plus de dix ans après l'affaire, Anne Thilly, Procureur Général émérite au Parquet de Liège, en charge de l'affaire, rappelait, lors de son retrait de la vie active, ces moments d'émotions intenses qui ont fait pleurer la population belge et montrait ce qui a changer depuis lors au département de la Justice. Une meilleure communication entre les acteurs du drame (police, gendarmerie et justice), un dialogue entre les acteurs, suppression de la concurrence entre eux, éléments divers qui ont créé les pires dysfonctionnements et le véritable ratage. "Child focus" est né en Belgique. La commission parlementaire organisée pour en tirer les leçons n'a pas été épargnée par les médias. Y-a-t-il une meilleur compréhension après cet anniversaire entre justice et justiciables? Un peu, c'est à espérer.

ote-ton-bandeau-et-ajuste-ta-balance-fourniret2.jpgL'affaire 'Fourniret' a montré, aussi, les limites de la Justice. Le silence du prévenu n'en est qu'une interprétation. Même genre de victimes, même manière dans la prise en charge de l'affaire. "Négligences ou connivences" était le titre d'un « Envoyé Spécial » de l'époque. Assassins en séries, viols de plus faibles. Dysfonctionnements par les informations qui n'ont pas transité de pays à pays. Manque de recherche de liens entre des affaires géographiquement éloignés. Affaires trop vite classées. Casier judiciaire non centralisé. La Justice a oublié que le crime s'est industrialisé, s'est surtout décentralisé, délocalisé, mondialisé. La recherche de la vérité n'est plus ce qu'elle était. Elle nécessite autre chose que  des pertes de temps. Des décades pour ceux qui ont été les parents de victimes et pour les risques de reproduction des délits rejetés dans l'impunité ne sont plus permises. C'est le travail des enquêteur de police. Bien sûr. Ils doivent travailler dans l'urgence. S'entourer de tout le côté scientifique pour atteindre des niveaux proches de ceux qu'on voit dans des séries comme "Les experts". Il est reconnu que les premières heures après la découverte d'un délit, sont capitales. Dans une affaire d'enfant disparu, c'est essentiel ("Child focus"). Une chance énorme a permis de sortir l'aiguille de la botte de foin. Il ne s'agit pas de mettre des bâtons dans les roues et de travailler en équipes solides et internationales. Le transit d'informations a été aussi amélioré par le Système de Traitement des Infractions Constatées de la police (STIC) et le Système Judiciaire de Documentation et d'Exploitation (JUDEX) référencent 22 millions de personnes en France. Les Renseignements Généraux (RG), le Système d'Information Schengen et le Système d'information d'Europol (TECS), la Commission Nationale Informatique et des Libertés (CNIL) comblent les trous. Cela fait beaucoup d'organismes qui ne sont pas sous le même chapeau. En Belgique, Cedric Visart de Bocarné, nommé à 53 ans comme le plus jeune Procureur Général de Liège avait suivi de près l'affaire Brichet. Il faisait parlé de lui dans le Vif-L'Express de cette semaine. Défini comme homme de communication avec la presse n'était pas exempt de détracteurs.  

ote-ton-bandeau-et-ajuste-ta-balance-fourniret.jpgA cheval sur la France et la Belgique,  cette affaire Fourniret, mari et femme, "tueurs en série" ou "hors série", passe devant la juridiction de Charleville-Mézierre à partir du 27 mars 2008. Sept meurtres connus, des tentatives d'enlèvement sont à leur actif. Encore une affaire qui a révélé que la criminalité est internationale, alors que la justice de chaque pays se réserve son terrain de prédilection. Interpol absent? Une des victime, la petite Elisabeth Brichet est restée 14 ans dans l'obscurité de la recherche. Le 14 avril avait ses parent à la barre et les mots d'émotion pouvait difficilement dissimulé le chagrin. La Justice était visée par son "Incurie et insouciance".  

Les victimes, perdues, ne demandent, souvent, que la justice soit faite

Le coût du procès est déjà évalué à près de 2 millions d'euros. Seront-ils productifs d'une amélioration?

En France, Lionel Jospin avait pourtant mis en place le Fichier National des Empreintes Génétiques (FNAEG) pour recueillir l'ADN des délinquants sexuels jugés coupables.  

L'affaire de l'enlèvement des deux fillettes, Stacy et Nathalie ont eu une meilleure approche et un dialogue s'est mieux installé pour les retrouver. Elle n'est pas plus facile pour autant. La recherche de preuves restent toujours le problème principal quand l'inculpé nie les faits. Mais, est-il "apte" géographiquement et psychologiquement à être le vrai coupable?

ote-ton-bandeau-et-ajuste-ta-balance_55.jpgEn France, le procès d'Outreau, sombre affaire de pédophilie collective, apparaissait comme telle en février 2001, laisse un goût amer aux faux coupables. Fiasco inverse dans la construction d'un château de cartes en mettant sur le gril tout un village (60 personnes accusées au début) dans une affaire sordide d'inceste qui s'est emballée en inculpant 17 innocents jetés en prison pour des années. Surréalisme de la justice? Confusion dans les noms de personne et de lieu, mythomanes dans les accusés, juge d'instruction sans expérience qui a besoin de tenir son dossier à flot coûte que coûte pour suivre le jeu de la presse qui associe l'affaire belge et française. Pressions énormes. Viols de dossiers d'instruction. Il a fallu, pour six accusés, faire appel pour éviter  un véritable naufrage judiciaire. Tous ont été acquittés. Devenu la caricature du dérapage à tous niveaux, ce procès a nécessité les excuses du Ministère de la Justice en bonne et due forme. Est-ce une erreur judiciaire comme les autres? L'innocence des accusés étaient tellement évidentes au vu de l'impossibilité de certaines situations, que c'en est devenu un véritable mystère. Une commission d'enquête a été aussi créée pour en tirer les leçons. Le juge d'instruction, Burgaud, malgré tout ce fiasco, n'a pas jugé bon de s'excuser devant les victimes mais a été promu comme substitut du parquet anti terroriste de Paris après une prime de mutation très probablement pour éviter toutes représailles.

Reconnaître l'erreur et la réhabilitation coûtent cher.

Commentaires et remarques rapides:

  •  bizarrement, les ténors du barreau se sont bousculés au portillon pour défendre ce genre de personnage et cela même gratuitement (pub!). La réalité rejoint toujours la fiction d'une manière ou d'une autre quand on pense au film "L'avocat du diable".

  •  le procès d'Outreau va rester caricatural de l'erreur judiciaire dans toute son horreur quand on sait qu'un total de 25 ans de prison a été enduré par les accusés depuis le début de l'affaire. Des leçons oubliées de l'affaire

  •  dénonciations mensongères, affabulations, confirmation par les enfants eux-mêmes sont à la base de l'affaire française. Principe de précaution à observer. Se rétracter est devenu plus difficile que de dire la vérité.

  •  Le «capital vie» perdue est-il monnayable? Renouvelable, ça certainement pas.

  •  Pour être "juste", je me dois tout de même ajouter cette réflexions du journaliste Hugues Le Paige qui a pour titre: "Commission de l'émotion".

  • Des avocats de haut vol pour défendre les grands criminels, généralement les mêmes.

  • Une franchise juridique mise en place dissuade pourtant les plus pauvres de se faire assister par un avocat. Une justice pour riche vient à l'esprit.

 

Principale critique: la lenteur et la lourdeur

Après des recherches des auteurs de méfaits par la police, vient l'étude du cas et la création de dossiers. L'épaisseur des dossiers en dit long. On est en droit de se demander si beaucoup de pages ne sont pas là pour apporter, aux yeux de chacun, le bla-bla parfaitement superfétatoire à la recherche de la vérité et pour intensifier l’importance d'un procès, le rendant très cher par là même. Recouper les faits, les avoir reconstitués sont les artifices de la justice moderne.

Pour le juge qui exerce son métier honnêtement, comment peut-il passer d’affaire en affaire au cours de sa journée et trouver un jugement équitable pour chacun d’eux face aux piles de documents générées?

L'Europe suit de près les États Unis dans la "judiciarisation" de la vie privée et commerciale avec un nombre de procès qui ne fait que croître. Se sont ajouté les délits des "cols blancs". De l'autre côté du miroir, les prisons doivent refuser du 'monde' à cause de leur exiguïté ou du manque de gardiens. Surpopulation et promiscuité. Certains délits considérés comme mineurs sont blanchis, des remises de peine plus rapides sont effectuées par manque de moyens, ce qui ne fait évidemment qu'accentuer le problème de respectabilité de la Justice. N'est-ce pas le moment de changer la conception de la peine en fonction du jugement? Y-a-t-il danger pour la société? La prison reste le seul recours pour la société. Une réhabilitation morale par la possibilité de payer de sa personne pour la famille victime ou pour la société. La longueur de peine dépendante de gravité du délit. Gravité qui pourrait entraîner une vie complète de pénalité pour aboutir au pardon des victimes par la réhabilitation par des travaux d'intérêts généraux pour la société ou pour la famille des victimes. Les audiences reportées entament la patience des justiciables mais aussi des juges qui passent une grande partie de leur temps à postposer pour des raisons multiples: absences des avocats ou par manque de pièces aux dossiers.

Les procès durent parfois des années avant de trouver un aboutissement. Les séances sont souvent ajournées devant l’énormité des données à mettre en lumière.

La lenteur des procédures judiciaires est parfois incompréhensible et souvent difficilement admissible.

La Justice a toute la vie devant elle, les justiciables ne l’ont pas. A cause de cette lenteur, certaines victimes obtiennent justice après leur mort. Comble de l’injustice.

Cette même lenteur, aboutit parfois bien à propos à des non-lieux ou des prescriptions pour dépassement du délai de réactions des victimes. Débordement par des jugements reportés souvent "sine die". On doit bien assumer ce retard. Les huissiers devront remettre le couvert pour les invites suivantes sans oublier personne. Sera-ce reparti pour un tour de moulin ou plus de cours en cours? Gagner du temps est parfois la recette avouée par la défense. Une prescription salvatrice, un vice de procédure, une lassitude du plaignant de la partie adverse avant l'engagement de frais exorbitants, sont les artifices de calcul judiciaire. Il est plus que vrai que les frais ne sont pas à prendre à la légère. On sait où on commence, mais le poteau d'arrivée est souvent un mirage bien lointain. Le perdant du procès remboursera les honoraires du gagnant, désormais.

La Justice de Paix qui va « pacifier » deux interlocuteurs en des réunions de conciliation. Un avocat, au milieu, et la partie est gagnée pour celui qui a pris les devants dans ce sens.

Le manque de considération des jeunes avocats par la non-expérience est aussi un cause à l'arriéré judiciaire. La valeur n'attend pas le nombre des années? C'est pas si sûr, ici. Du moins dans l'esprit des "anciens", les grands "ténors" en profitent. Se faire les dents sur les affaires traitées en prodeo pour les "jeunes tiges" ne rapporte pas lourd et ne motive pas. A peine 1000 euros net par mois, si ce n'est moins, pour préparer un dossier dans les arcanes de la justice. Les avocats prodeo ne se pressent d'ailleurs pas au portillon. Un manque à gagner pour la justice qui voit échapper des procès fructueux potentiels. Des règlements à l'amiable seront des pis aller et une parodie de justice.

La médecine est un commerce. Elle travaille dans le volet santé du corps. Ici, il s'agit de la santé de la société contre elle-même. La rentabilité se trouve dans la longévité. En France, la faculté de Droit et de Médecine sont fusionnées. Est-ce un signe?

Le Code Napoléon a vieilli, c'est sûr. Probablement mal. Des plaintes en provenance de la Cour de Cassation même dans son rapport de 2006 tenteraient de le prouver. Le management des séances de tribunaux laissent à désirer quant au temps perdu pour arriver à ses fins. Seul les ténors du barreau auraient une audience respectée. 

Avec le noeud Gordien, la justice ne vit-elle pas un mal incurable de tous les temps?

On le verra probablement au prochain numéro, au prochain procès, au prochain article...

 

L'Enfoiré, 

La Panda est aussi à la barre

Citations:

  • "La grande erreur de la justice, c'est de s'imaginer que ses accusés agissent toujours logiquement", Jules Renard
  • "Lorsque le couperet de la justice se met en travers de son chemin, l'homme du monde se doit de changer de trottoir.", Benoit Poelvoorde
  • "La perfection de la justice consiste à aimer beaucoup les choses grandes, et peu les petites", Chevalier de Méré
  • "Seule personne qui écrit un document de 10.000 mots et l'intitule "Sommaire". ( Franz Kafka)

26/02/2008

Le petit oiseau est de sortie

Cette fois, c'est Polaroïd qui lâche la bride. La photo instantannée a été supplantée par le numérique. Dans ce cas, on sort la rengaine "On n'arrête pas le progrès". La photographie en donne des preuves évidentes souvent dans la douleur.

057b33357ce82d7bd6d49715a1edd6c2.jpgCertaines industries très florissantes dans le passé ont la gueule de bois ces derniers temps. En l'espace de moins de vingt ans, le dos au mur, elles se sont retrouvées devant l'obligation de changer leur production de toujours ou de périr.
Depuis l'avènement du numérique, toutes les industries qui tournent autour de la photographies ont été touchées: les producteurs d'appareil photos pourtant drillées aux changements de version en version, les fournisseurs de films et de papier photographiques, les entreprises de développements de ces mêmes films, les dispatchings qui orientaient ces consommables et qui doivent de plus en plus passer par l'intermédiaire d'Internet,... Tous se sont payés des restructurations très sensibles. Tout d'abord, en tête, Kodak, né en 1890 et qui fournit sur les deux fronts, pense diminuer la casse en se défaisant de 20.000 emplois dans le monde. En 2004, le Britanique Ilford, spécialiste de labo photo et des papiers noir et blanc, revendit ses activités par appartement.

Nikon a dit adieux à l'argentique et aux objectifs et plus aucun appareil reflex ne sera développé sans l'identification terminée par "-D". Ce n'est plus un virage mais une véritable cassure.

Chez Canon, 14% de ses ventes restent rentables dans les gammes "anciennes", mais il gère désormais les stocks d'EOS et se retirera comme d'autres sur la pointe des pieds. Bizarre de parler de "pied" dans ce cas. Lui, qui, par le passé, donnait une stabilisation aux photos, passe aussi à la trappe des objets devenus presque inutile face aux stabilisateurs électroniques d'images présents sur les appareils numériques.9f8601ad82061586f88b43e0876db367.jpg

Konica-Minolta baisse également les bras, abandonne, dès le 31 mars, son activité photo et passe la main à Sony. Celui-ci, numéro deux de l'électronique, désormais, est devenu le 3ème laron avec 10% derrière Canon (47%) et Nikon (33%). Des résolutions qui dépassent les 12 millions de pixels sont devenus presque monnaie courante.  En Belgique, le marché du numérique atteindra probablement le million d'appareils vendus cette année. Renouveler sa gamme est devenu la seule manière de survivre. 

Signe du changement complet, la recherche et le développement du film couleur ont été stoppés chez beaucoup de fournisseurs. Chez Agfa-Gevaert, la division film avait été rendue indépendante avec le nouveau nom d'"AgfaPhoto" dans un premier stade pour permettre la mise en lumière les raisons de la faillite prochaine de la division. Les avocats en Allemagne ne chôment pas pour obtenir des compensations pour les travailleurs du secteur. Et, c'est la chaîne complète qui est touchée: fabricant de pellicules photos, laboratoires de développement et du tirage qui se fait désormais chez soi avec l'imprimante. Agfa-Gevaert, Option et Glabal Graphics sont en tête des cibles potentielles pour de nouvelles OPA. Oserais-je dire, "y a pas photo".

Mi février 2008, Polaroïd rejoint les vieux objets modernes et annonce qu'il arrêtera la production de ses appareils à développement instantané, aujourd'hui, en qualité et en processus. La firme recherche dès lors repreneur et s'associe désormais à une autre qui planifie de développer des imprimantes sans encres. Breveté en 1929, le papier photographique instantanné se composait de cristaux aciculaires qui grâce aux champs éléctriques et magnétiques absorbaient la lumière polarisée sur une feuille dichroïque.  

Tous se sont rués dans la voie tracée par le numérique avec plus ou moins de bonheur après un réveil douloureux.

Comparativement à d'autres développements technologiques qui apportent un nouveau média, un nouveau support de l'information, cette fois, c'est toute une infrastructure bien en place depuis bien longtemps qui vacille sous ses bases. La photo n'a pourtant pas trop à se plaindre quand on pense à la photographie argentique sur film qui a une histoire qui date de plus d'un siècle. C'est peut-être pour cela que le séisme a été plus intense que d'habitude. A force du temps, les rouages d'une entreprise bien graissés perdent malgré tout l'élasticité pour rebondir au quart de tour. De nos jours, le cycle de durée de vie des produits technologiques ne dépasse que rarement les dix ou quinze ans. Les CD, qui ont poussé les disques vinyles dans les musées ou dans les mains de passionnés collectionneurs, se voient progressivement supplantés par les DVD. Sans être une nouveauté révolutionnaire, ces derniers obligent les consommateurs à renouveler l'équipement de lecture et d'écriture pour jouir de cette augmentation drastique d'informations stockées sur le même type de support. Ces DVD se voient également en perte de vitesse et dépassés par une technologie plus performante tout en cherchant encore des standards.

Pour la photo, par contre, une véritable révolution, un "tremblement de terre" chez les employés de toutes ces firmes se sont donc produits dans plus ou moins de silence. Les budgets ont complètement changé d'orientation avec tout ce que cela entraîne de modifications structurelles. Les grincements de dents n'ont pas certes manqué parmi le personnel. Ils ne sont pas venu de l'industrie de la photo proprement dite, qui freinait probablement des deux pieds. Les reconversions ont pu s'envisager chez les plus jeunes, mais...

Des débuts fastidieux du développement de la photo numérique ont pourtant été à la base du lancement. Sortant pour la première fois des usines Sony, en 1982, à petite échelle du caméscope et du Mavica, le premier appareil photographique numérique avec des images stockées sur mini disque magnétique (Mavipak). Énormément de points négatifs. Prix exorbitants, manque de résolution et de précision n'allaient pas générer les passions. Un capteur CCD de 279.300 éléments de silicium recevait l'image à partir de l'objectif au travers d'un filtre à bandes (RVB). La définition limitée à 700 lignes horizontales n'étant tout juste bonne à tirer un format d'image de 120*160 mm.
Les difficultés des débuts a aussi été oubliées par une production de plus en plus grande poussée par la presse et les magazines spécialisés. Ceux-ci annonçaient vraiment l'utilisation possible et rentable dès les années 2000. Les derniers soucis en concurrence avec les bons vieux appareils pleins de maturité s'estompèrent progressivement. La vitesse de prise de vue qui a toujours tenu à l'écart les photographes de sports fait désormais partie du passé. Les résolutions en Méga Pixels (MPix) toujours plus gonflées permettent de rivaliser avantageusement au niveau des résultats avec les 24/36 de l'époque: 10 Mpix, ce qu'il faut pour agrandir ses photos suffisamment et en plus à bon marché. Que demander de plus? L'avantage majeur pour le consommateur c'est qu'il peut voir sa photo directement après l'avoir prise par le petit écran vidéo, qu'il peut en fonction du résultat approximatif corriger et refaire immédiatement la photo ratée. Les prix ont littéralement fondus et se sont rapprochés de leurs prédécesseurs. Prédécesseurs qui disparaissent derrière des prix en porte clé dans l'occasion.

Depuis, en vacances, que prend-vous comme appareil photo pour mémoriser vos ébats? Le petit nouveau avec le petit écran derrière, évidemment.

Une question reste en suspend : la pérennité de vos résultats "papier" imprimés avec l'imprimante à jet d'encre. Beaucoup de textes et commentaires on déjà relevé ce point. Affaire à suivre.

Un "Nouvel Obs" de août 2006, présentait un article intitulé "High-tech à la recherche des clients perdus". Cherchant la solution pour un producteur qui voit son produit devenir ringard après une époque longue out très courte. Il analysait les problèmes à la suite du boom des écrans plats, des clés USB, des baladeurs MP3 qui ont poussé ces sociétés dans les cordes de la technologie numérique. Le magnétophone à cassette, vous en avez encore un très probablement dans votre chaîne HiFi. Il fonctionne toujours parfaitement. Question subsidiaire: "L'alimentez-vous par de nouveaux enregistrements?". La clé USB enterre les disquettes plus sûrement que prévu. L'écran cathodique vit son chant du cygne pour couronner les articles de l'obsolète. Se balader avec du MP3 pendant des heures innombrables a séduit avec la collaboration efficace du PC pour le chargement. Le photophone, nouveau mot, qui intègre l'appareil photo numérique dans le téléphone. Multifonctionnel, ce genre d'appareil était à ses débuts franchement mauvais dans sa fonction "photo" et relevait plus du gadget. Aujourd'hui, encore une fois, on a de quoi se faire surprendre en photo avec la qualité en plus. Ce qu'il y a derrière, les optiques Carl Zeis, toujours dans le coup par leur renommée et par la reconversion réussie dans les appareils de demain. Nokia a présenté son N93 qui en plus de téléphoner va fournir des photos de qualité 24X36 avec zoom incorporé. Qui dit mieux?

Du côté cinéma, après une bataille de standard, le DVD-HD de Toshiba est dépassé par le Blu-Ray de Sony qui fait son grand cinéma. Même format que le DVD haute défintion mais avec 5x plus d'informations gravés.  

Et pourtant, certains osent à parler de "Photo, quand on abandonne le numéric". Et, ce n'est pas par nostalgie.

Investir dans la technologie? Qui oserait encore penser le faire autrement qu'en Bourse. Les produits High Tech vivent presque moins que l'espace d'un matin. Le dieu "Progrès" est intransigeant.
Si le consommateur veut réellement gagner à tous les coups, il n'y a que le producteur qui doit investir dans la technologie de pointe, jamais lui même. A peine sorti du magasin, votre beau jouet sous le bras, plein de sophistications, vanté par les magasines les plus "à la pointe", cet objet du désir aura déjà du plomb dans l'aile de la nouveauté. Mais, quand on aime, on ne compte pas. Le point positif reste que, depuis le numérique, la photo a le vent en poupe. On n'a jamais fait autant de "clic" derrière ce petit écran magique. Alors, ne jamais laisser son appareil dans l'armoire et utiliser tout de suite et à fond la caisse, si le besoin existe. Voilà le véritable message "conseil" de cet article.

Ne jeter pas, non plus, vos appareils photos analogiques et vos beaux "cailloux" qui ont accompagné tant de journées fantastiques en conservant vos précieuses images stockées sur des films gardant le suspense jusqu'au développement bien plus tard. Ils ne sont pas encore à mettre au rancard. Il est parfois possible de les connecter avec les nouveaux. Même si le numérique a beaucoup d'avantages pour le particulier par rapport aux appareils argentiques, certains professionnels ne l'ont pas rejetés et gardent jalousement leur bijoux de technologie légèrement "dépassés". Arrière garde? Pas vraiment donc. 

Une fois acheté, amortir cet objet de rêve au plus vite sera votre préoccupation de tous les instants. Ramener les plus belles photos de la terre devrait nous motiver et nous faire oublier la "duperie" bien naturelle de l'évolution des technologies.
Et puis, comme toujours, ressortir d'un grenier, un peu empoussiérés, ces beaux joujoux auront peut-être plus de valeur qu'il n'y paraîtrait au premier abord. Les collectionneurs de tous poils existent et dans un musée, les choses prennent souvent plus de plastique.

Malgré que la couleur se retrouve dans toutes les visions du monde, le film noir et blanc a encore, à raison, ses "fanatiques". Seul un réajustement, un repositionnement s'imposent. Dans un autre domaine, les disques vinyles existent toujours dans les fonds de greniers mais souvent sans aucune chance d'en sortir car le fameux pickup n'a pas eu la même chance. Bientôt les cassettes VHS, les CD vont subir les affres du temps et de la mode.
Dans quelles mesures, faudra-t-il arriver à la conversion complète dans une reconversion? Le consommateur-client sera seul juge. Pour une fois, qu'il a ce droit au chapitre, le poids de la masse restera le décideur exclusif.

N'oublions pas qu'une photo reste un "snapshot", un espace de temps figé correspondant à un moment de vie. Le souvenir qu'apporte ce "stop sur image" permet de s'assurer bien plus tard et de se montrer à soi-même et aux suivants qu'on a existé un jour en pleine jeunesse.

Au rythme où vont les transformations des technologies dans la photo numérique, une question urgente se pose pourtant.La pérénité de nos photos. Ce n'est pas seulement le temps qui pourrait les altérer. Combien de temps nous permettront les industries de pouvoir consulter nos bibliothèques d'images qui, étant numériques et théoriquement éternelles, dépendraient uniquement de lecteurs compatibles vers le haut mais aussi vers le bas de la chaîne? Ne plus avoir les bonnes lunettes pour voir nos belles photos serait tellement peu enviable. L'informatique et ses logiciels de plus en plus performants assurent vaille que vaille cette compatibilité vers le bas mais en y apportant de multiples corrections de version en version. L'Hybernatus de demain aura-t-il la chance de revoir les photos de sa jeunesse? Le match 24X36 avec pellicule contre le petit nouveau numérique à écran comme oculaire est joué. Les ventes d'appareils analogiques se sont effondrées. La "Rolls Royce" de l'argentique, toujours pas sous le "reflex", Leicaa presque mis la clé sous le paillasson. Le concept "reflex", lui, n'est pourtant pas mort. Il reste toujours aussi professionnel dans sa volonté d'affiner sa perspicacité, mais il a seulement changé le clin d'oeil du "petit oiseau" dans l'appareil. La miniaturisation fait un retour en marche arrière sur le réflex numérique. Il retrouve des objectifs qui ne sont plus mignon du tout.

Nous avons touché de près le domaine des professionnels sans pourtant le traverser. En parallèle, il y a les "grands", les 6X6 qui n'ont pas disparu. Hasselblad, par exemple, touche seulement un autre public plus averti de professionnels. Les objectifs à soufflet pour photographier les bâtiments n'ont pas totalement disparu. Le passé n'a pas encore dit son dernier mot.

Si la photo panoramique a élargi les horizons, la photo en relief n'est pas encore sortie des limbes avec l'anaglyphe et la stéréoscopie. Le cinéma dépassera probablement la photo de vitesse pour le relief. Pour la télévision, c'est déjà en marche chez Philips et Samsung, sans lunette pour le premier avec des écrans WOWvx et des rayons lumineux émis par l'écran. Un nouveau chapitre bien plus palpitant peut-être s'est rouvert dans ce sens. Ouvrir une 3ème dimension se sera, alors, ouvrir la véritablement la fenêtre à l'image. Certains s'y intéressent déjà.

5bc1f0c8da0d7d367d4bb59034c83fbe.jpgSans verser dans les excès présentés par le film "Photos obsessions", bien entendu, photographier reste une passion. Maintenant, si la nostalgie vous prend, peut-être un retour sur les anciennes photos, des anciens négatifs et dias pourrait par la digitalisation remettre les choses en place. L'imagination est seule conseillère avec les logiciels existant pour y remettre un aspect d'aujourd'hui.

medium_Le_petit_oiseau_est_de_sortie_01.4.jpgCe clin d'oeil ci, vous ne l'avez pas vu, car le petit oiseau vient de rentrer au bercail.

A vos appareils, donc, pas de saison pour les sortir de leurs étuis. La passion ne vient pas de l'appareil mais de ce qu'il y a aux deux extrémités de l'oculaire: le paysage et l'opérateur. La photo, ensuite, ce n'est jamais qu'un ensemble de trois couleur: le bleu, le vert et le rouge. Analogique ou numérique, même passion.

 

L'enfoiré,

Si la technique de l'actu et du futur vous intéresse, suivez ce site, photovore, parait-il.

Vous en voulez de l'histoire analogique, en voici une : "L'étonnant destin des photos de Serge Prokoudine-Gorsky" 

Mais on parle de photos... et si on montrait les parcs de Bruxelles en photos par exemple

Y aurait-il photo chez Le Panda?

 

Citations:

  • "Avenir : Sombre, incertain, complexe mais aussi ouvert, flexible, changeant... Comme l'économie et comme les technologies.", Luc Fayard

  • "Avec des nouvelles technologies, ne sommes-nous pas en train d'assister à la disparition inéluctable de l'auteur ou du créateur au profit d'une marque ?", Paul Virilio

  • "La science, c'est ce que le père enseigne à son fils. La technologie, c'est ce que le fils enseigne à son papa.", Michel Serres

  • "La technologie c'est comme le poisson. Plus ça reste en r