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25/04/2006

La réponse de la bergère

La disparition du pétrole et le mur qui se présente devant nous. D’autres y voient une occasion formidable d’essor.

medium_La_reponse_de_la_bergere_00.jpg"La face cachée du pétrole", livre d'Eric Laurent, j'en parlais récemment. D'après lui, il ne reste juste que quelques années (2010) avec ce bon "vieux" pétrole. Et puis, ce seront les prix chers et la pénurie. Comme réponse du "Berger à la bergère", termes que j'ai inversé volontairement dans le titre (vous verrez la raison plus tard), je présente pour l'occasion le même moyen de communication vivant de l'interview avec un autre interlocuteur. L'optimisme est cette fois de rigueur car les solutions d'après lui existent bel et bien. Il sort des paroles habituelles mais nous en avons besoin. Son optimisme dans le futur, sa volonté de trouver des solutions sont de l'"Or" à mettre en balance avec les Cassandres, bien utiles pour réveiller, mais qui broient du "Noir".


Toujours bien mené par Jean-Pierre Jacqmin, journaliste à la RTBF, voici l'interview de Pierre RADANNE, ex-président de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie, en France. Auteur des Energies du siècle, Des crises à la mutation. Sur l'augmentation du prix du pétrole - et après?


JPJ: A entendre votre choix musical, Mickey 3D, "Respire", au début, il y avait rien, votre crédo, c'est "marche arrière toute" et on retourne à la bougie.

- Surtout pas. Cette chanson est agréable, parce que elle est à la fois tonique et en même temps une énorme souffrance. Et il faut sortir de cette souffrance.

JPJ: On va dans le mur?

- Non, on ne va pas dans le mur. L'humanité n'a jamais  été aussi riche, n'a jamais eu autant de connaissances qu'aujourd'hui et donc, elle a totalement la maitrise de son destin. Il faut vouloir ce siècle. Il faut l'écouter, l'accepter, en comprendre les règles et puis à partir de ça, il faut rêver, l'aimer. Il faut aider nos gosses à prolonger la vie de l'humanité. La définition la plus traditionnelle du développement durable, c'est la transmission du patrimoine. Il faut inventer tout cela. C'est un boulot splendide.

JPJ: Le véritable patrimoine actuel, c'est le pétrole. On a eu Eric Laurent comme invité très dernièrement qui a écrit un bouquin "La face cachée du pétrole" dans lequel il dit qu'au terme de quelques années, petites années, le pétrole, c'est fini. Vous êtes d'accord avec lui?

- Les ressources sur terre sont bien évidemment limitées et cela ne se compte pas heureusement en années mais en décennies. Nos sociétés ont un énorme rayon de braquage. En vingt ans, on sait très fortement transformer nos sociétés. A une condition, c'est que la parole soit ouverte, qu'il y a un vrai débat. Nous savons en 20 ans, transformer considérablement notre système énergétique.

JPJ: En 1973, premier crash pétrolier, avec une hausse terrible. La chasse aux gaspis. Le pétrole, on n'en a pas mais on a des idées.  Vous avez l'impression qu'on a changé quoi que ce soit?

- Tout à fait. En 1973, les états étaient aux manettes en matières énergétiques. Ils ont mis en mouvement énormément de choses. On a remplacé le pétrole par d'autres énergies. On a mis en place des politiques d'économie d'énergie. On a inventé tout et on a resserré notre contrainte. Depuis, ce choc, en 12 ans, on a complètement inversé la conjoncture et le prix du pétrole a diminué. On est revenue dans une situation de relative abondance, mais la faute, c'est de ne pas avoir retenu la leçon, il fallait reconduire les équipes qui gagnent.

JPJ: On a rebraqué dans le mauvais sens.

- Oui. On a laissé les choses revenir et vingt ans plus tard, on est reparti dans la même situation. Si on bouge et on veut y aller, on a les moyens de transformer notre société. Mais il ne faut pas perdre de temps.

JPJ: Il y a tout de même beaucoup de choses qui ont changé. Maintenant, toutes les énergies sont presque privatisées. L'eau, c'est aussi une source d'énergie pour le corps humain. Puis, maintenant, il y a l'Inde, la Chine, les Etats-Unis qui n'ont pas beaucoup progressé.  On dit qu'il y a encore des réserves mais pour le moment on ne peut pas raffiner. Vous croyez vraiment qu'on est dans une situation où, en dix ans, on va revenir à un pétrole moins cher?

- Probablement, le prix d'aujourd'hui, va rester le prix moyen de ce siècle. Il faut le dire. Le choc pétrolier actuel va durer dix ans et donc il faut dire "préparez-vous, tenez compte de tout cela, isolez vos maisons, faites attention sur les affaires de transport".  Mais pour donner une vision de la capacité de nos sociétés. En France, entre 1973 et fin 2005, tandis qu'on a eu une croissance économique par habitant de 73%, notre consommation d'énergie par habitant a augmenté de 5%. On est presque dans une société qui sait avoir 2% de croissance économique par an à consommation énergétique stabilisée. C'est ça le progrès.

JPJ: Je ne vous comprends pas. Est-ce que vous êtes en train de vous tirer une balle dans le pied ou dans celui des écolos? Eux disent que c'est la crise, le pétrole c'est fini, on est dans le mur avec un message angoissé et vous dites que dans le fond, si on s'y prend bien, on va y arriver.

- Attendez. On a besoin de trouver de la cohésion sociale, que les gens n'aient pas le sentiment que leur vie va être un drame, qu'il existe un chemin de réussite pour l'humanité. Nos enfants, ils vont être 9 milliards en 2050. En parlant de la Chine et l'Inde, est-ce qu'on va dans un univers de conflits ou est-ce qu'au contraire, on construit les bases d'une société à laquelle peut accéder l'ensemble des peuples du monde et qui permet de fonctionner? La question pétrolière, le changement climatique sont très graves. A nous de nous mobiliser pour réussir la dessus.

JPJ: La solution, c'est le nucléaire?

- Je n'aime pas trop le nucléaire.

JPJ: Ce n'est pas une question d'amour ou pas d'amour.

- Je vais vous renvoyer la balle dans votre camp. Si demain matin, vous annoncez dans le journal que l'homme est ange et plus jamais démon, je suis pour le nucléaire. Simplement, je suis obligé de constater que c'est un moyen pour faire bouillir de l'eau chaude et faire de l'électricité et qu'on en a plein d'autres qui n'ont pas l'habitude de générer des armes de destruction massive. On a aujourd'hui sur la question de l'Iran la gravité de ces questions. Est ce qu'on va vers une nucléarisation du Moyen Orient?

JPJ: Non au nucléaire parce que c'est dangereux et pas parce qu'il y a des déchets?

- C'est surtout le lien avec le militaire dans un siècle qui a tout de même toutes les chances d'être plus violent que le précédent. Ces affaires dont on parle sont sérieuses. Le petit chemin de réussite est ténu. C'est pour cela qu'il faut en parler avec autant de force. Le nucléaire, c'est la dernière solution à prendre.

JPJ: Peut-être une solution de rechange en attendant les pierres philosophales comme l'hydrogène dans les voitures?

- Non, il faut penser "monde", Monsieur,  à des solutions pour l'ensemble de la planète. La première chose à faire: c'est d'isoler nos maisons, c'est d'avoir des véhicules de meilleure qualité, des appareils électroménagers moins consommateurs. Ca touche tout le monde, l'ensemble des peuples du monde. Il faut se mettre sur ce scénario de réussite-là.

JPJ: Mais, le monde pense-t-il comme l'Europe? On voit plutôt le contraire. La Chine et l'Inde, ce n'est pas leur préoccupation. Les Etats-Unis non plus. Une seule petite partie de l'Europe pense à l'économie d'énergie.

- Alors, vous vous trompez sur la Chine et l'Inde. Ce sont des pays d'un milliard d'habitants. Ils ne peuvent pas être dans une logique de prédation des ressources de la planète. Ils ont des densités de population sur leur territoire, des difficultés d'accès à l'énergie. Ni la Chine, ni l'Inde n'ont des hydrocarbures sous leur sol. Ils ont de voies de développement, et ils nous le disent dans les négociations internationales, c'est copier l'Europe et le Japon, et surtout pas les Etats-Unis.

JPJ: Essayons de voir un peu ce qu'on peut faire. Voitures, qu'est ce que vous me préconisez pour demain, pour aujourd'hui même et après?

- Pour la voiture, tomber amoureux de l'autoradio et pas du moteur. On nous vend des voitures dont la vitesse de pointe est double de la vitesse autorisée. Sachez qu'en circulant dans Bruxelles, cette imbécilité-là double votre consommation aux 100 km. Vous avez sur une voiture dont la vitesse de pointe est de 220 kms/h une consommation de 12 litres aux 100 et une voiture dont la vitesse serait simplement calée aux vitesses autorisées, vous auriez une consommation de 6 litres aux 100. Donc, il faut lancer un appel aux femmes: "Occupez-vous des hommes et surtout de leur cerveau reptilien". "Convainquez les hommes que ce n'est pas dans la puissance et dans la vitesse que les choses se jouent sur l'automobile". Nous aurons dans ce siècle des voitures, mais ce seront des voitures plus modestes. On ira vers l'électricité. Mais pour aller vers elle, il faut passer par un redimensionnement de la voiture et à la réalité de l'usage que l'on en fait. Sachez qu'une voiture consomme 14 tonnes de pétrole pendant sa vie. Elle va émettre 44 tonnes de gaz carbonique pendant les 200.000 kms de bons et loyaux services qu'elle doit vous rendre. Ces 44 tonnes de gaz carbonique rendu dans l'atmosphère, c'est le volume de 6 Arcs de Triomphe par voiture. Vous voyez bien que ce n'est pas généralisable à l'ensemble de l'humanité. Le choc pétrolier qu'on a aujourd'hui, c'est d'abord un choc du transport.

JPJ: Notre transport, ce sont les camions. Qu'est-ce qu'on fait avec le transport des marchandises. Cela veut dire qu'on n'a plus les framboises qui viennent des serres qui viennent d'Amérique latine?

- On va relocaliser une partie de l'économie. Notamment, l'agriculture. Tout cela n'a pas de sens et il est essentiel que l'Europe accouche d'un grand programme d'infrastructure ferroviaire pour trimbaler les marchandises à l'intérieur du continent. On élargit l'Europe et on ne fait pas les infrastructures de cette intégration. Ce n'est bien évidemment pas le camionnage sur nos routes qui va nous sauver de ces affaires pétrolières. Pour nos jeunes, c'est le secteur transport qui va le plus muter dans leur vie.

JPJ: Ca veut dire qu'au point de vue "maison", on ne doit pas changer grand chose?

- On va changer grand chose comme partout, mais, là, on a la solution.

JPJ: La maison passive qui ne consomme pas d'énergie? On parle même de 25 euros par an pour se chauffer.

- On a fait des progrès absolument considérable dans l'isolation, dans l'éclairage aussi avec les lampes fluo-compactes. On a la possibilité de produire de l'eau chaude avec  le soutien de l'énergie solaire. Les jeunes auront des maisons qui auront une "peau" sur l'exposition Sud, avec toit, terrasses, façades. Et cette "peau" produira de l'électricité par du photovoltaïque.

JPJ:  Pour le moment, tout cela est hors de prix avec des rendements de 10-15 ans à condition de ne pas avoir d'accident, de casses...

-  Oui, mais 10-15 ans, cela passe. Nous avons un problème sur le pétrole. Si on économise, si on est attentif, si, vite, on décide une directive européenne qui interdit la mise en vente de voiture dont la vitesse serait supérieure à la vitesse de pointe....

JPJ: Vous y croyez-vous?

- Attendez. Il faut parler, Monsieur. La seule ressource dans ce siècle, c'est la parole collective. Quel est le scénario de réussite de ce siècle?  Se poser la question du redimensionnement de la voiture, c'est le premier choix, la première chose à se dire ensemble. Alors on s'engage dans une voie de réussite, on progresse sur les économies d'énergie, sur les énergies renouvelables. On desserre l'espèce de la tenaille dans laquelle on est aujourd'hui. Ne pas être dans une prostration mais dans un désir d'avenir, une mobilisation de tous.

JPJ: Vous n'avez pas le sentiment que les sociétés ne peuvent bouger que quand elles sont dans le mur?

- Les 9 milliards, tout cela c'est une violence sociale, une remise en cause de la paix dans le monde. Dans nos démocratie, grâce à notamment la presse, il faut que l'information circule. On a une ressource, on parlait des idées dans les années 70. La vraie ressource de nos sociétés, c'est la démocratie, c'est la parole collective.

 

L'enfoiré,

 

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Paul Ohl disait : "Nous jugeons les actes de l'histoire avec la conscience de notre époque. Or la conscience ne peut pas devancer celle qui prévaudra dans une société de l'avenir... et vous ne pouvez pas retourner pour changer le passé."

 

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