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05/05/2007

Baden-Powell, MV Doulos même combat ?

Thalassa du vendredi 27 avril 2007 parlait de la Corse sur France3 mais il avait aussi un chapitre qui avait pour titre "La Bible et le gouvernail" et qui parlait du bateau MV Doulos. Dans le même temps, on fêtait les 100 ans du scoutisme. Mais, qui a-t-il comme relation entre les deux?

Le MV Doulos a une histoire longue comme le bras. Il remonte son existence jusqu'à être contemporain du Titanic.

De quoi faire dire à son capitaine :

- Les constructeurs du Titanic en étaient si fiers qu’ils ont dit « même Dieu ne pourrait couler le Titanic !», nous, nous disons quatre-vingt-douze ans plus tard « seul Dieu maintient encore le Doulos à flot »!


Et pour mener à bien cette étrange mission, GBA (Good Book For All) son armateur dispose d’un argument de poids : un demi million de livres dans les cales de leur étrange navire librairie ...

Depuis lors, il sillonne, en effet, les mers avec des pavillons multiples, avec à bord des noms de toutes consonances, de toutes nationalités.

Après avoir risqué la casse de nombreuses fois, après des tribulations pacifiques et militaires, ce bateau a été racheté pour presque rien et il dresse depuis le pavillon du "bon sentiment", avec des drapeaux de tous les horizons devenu pour l'occasion presque pour apporter des couleurs apatrides et l'envie de porter la bonne nouvelle de Dieu au travers le monde. Seul lien, seule obligation, parler l'anglais à bord.

Le mot "évangélisation" n'est pas aimé à bord. Il est plutôt mis en sourdine. Pourtant, il s'agit bien du but essentiel. Ce n'est pour se former à la navigation. Ces 350 marins d'eau très douce voyagent en sachant à peine où se trouve le mat de misaine. Un enseignement de la navigation est fait presque en catastrophe pour éviter la vraie catastrophe. Mais comme disait le capitaine, la motivation placée au plus haut remplace le manque d'expérience. Lors d'une tempête, les images du documentaire nous montrait que l'enseignement et avoir le pied marin n'avait pas été poussé jusque là.

Les ports par où ces voyageurs spéciaux transitent ne sont pas choisis au hasard. On les y attend avec les les bras ouverts et le plus de sourires possibles.

Bon enfant, ils veulent refaire le monde à bord et où ils accostent. Faire le monde meilleur, plus responsable. Tout un programme, pour une arche de Noé reconstituée. Mais aussi, plus dépendant d'une autorité qui prend leur destin et leur esprit imperceptiblement.

Dans l'histoire, nous avons toujours eu des missionnaires volontaires et efficaces pour faire le bien dans le monde. L'aventure de la vie quand on peut la diriger selon des préceptes que l'on veut partager avec les autres et soi-même est un sacerdoce qui se comprend et s'apprécie à sa juste valeur. Mais comme pour ces voyageurs marins, il s'agit d'une aventure à part entière que l'idéologie protège pour un bénéfice partagé par eux-mêmes et les autorités qu'ils représentent. Celles-ci s'occupent de l'intendance car souvent un troisième acteur intervient aussi: l'argent et le pouvoir. Voilà, un nouveau larron en foire !

Le fondateur du scoutisme est le Baron Baden-Powell, 8ème fils d'un Révérend. Quelque part, un missionnaire aussi si l'on y réfléchit. L'armée, la religion étaient apparemment ses motivations et ses sponsors avant l'heure. Défenseur de la discipline, sa carrière militaire lui permet de s'apercevoir du rôle important d'éclaireur. En Afrique du Sud, où il est capitaine, il en a la confirmation à la vue des indigènes qui l'impressionnent par leur efficacité dans cette fonction. La guerre des Boers est pour lui une occasion de monter dans l'échelle de la célébrité par le sauvetage de la petite ville de Mafeking en 1899. Si le courage y était, l'astuce n'était pas absente non plus. En 1900, il se retrouve major-général. "Aids to Scouting" (l'art des éclaireurs") est né. Franc-maçon, il est assez crieux que le mouvement ait été dévié par un abbé français vers une idéologie plus religieuse. Baden Powell a renontré Hitler. Quese sont-ils dit? Réponse à méditer.

« À la fin de ma carrière militaire, dit Baden-Powell, je me mis à l'œuvre pour transformer ce qui était un art d'apprendre aux hommes à faire la guerre, en un art d'apprendre aux jeunes à faire la paix; le scoutisme n'a rien de commun avec les principes militaires. ».

Mais cela y ressemble furieusement et même en temps de paix.

Sur sa tombe au Kénia est gravé un signe de piste (symbole), le signe « fin de piste, retourner » et qui peut être interprété par "Je suis rentré chez moi". Curieux, il était pourtant né en Angleterre!

Un article de l'Echo 30 avril 2007 rappelle que les plus grands chefs d'entreprise ont été scouts dans leur jeunesse. Leur totem y est représenté fièrement. Cette force économique pèse 220 millions d'euros, est-il signalé.

Si la religion n'est plus en apparence le seul moteur de ce mouvement, elle en a été la base. Les chansons qui s'y chantaient, les messes qui faisaient partie des activités préconisées prouvaient. Les fondements sont-ils oubliés pour autant?

38 millions de scouts et de guides dans le monde (pour les femmes, c'est ainsi qu'on les distingue) dans 216 pays (160.000 en Belgique). Véritable laboratoire du management d'aujourd'hui. Les jeunes d'aujourd'hui, des hommes de demain souvent dirigeants qui seront rechercher en tant que tel. Les directeurs des Ressources Humaines passés par là, rechercheront plutôt de jeunes tiges avec la trace du foulard autour du cou. Rien d'anormal, ce qui se ressemble, s'assemble.

La longévité, le nombre de participants et parmi eux le nombre de têtes pensantes qui dirigeront notre économie, prouvent que le mouvement n'est pas aussi innocent qu'il n'y parait. Il y a, en Belgique, parmi ces 8% de jeunes ayant fait partie du mouvement scout, 5 fédérations dont certaines sont plus portées par le catholicisme que d'autres plus pluralistes. Il n'en reste pas moins vrai qu'ils ne représentent aucun mouvement ayant un contact quelconque avec d'autres religions moins chrétiennes.

1.jpgDans les rangs des scouts, on porte, plus modernisé peut-être, un uniforme très similaire à celui qui est porté dans les armées du monde. La structure, le salut au drapeau, une logique de hiérarchie, une certaine rigidité sont-ils les mêmes? Il faut obéir ou sortir des rangs. Les postes à pourvoir sont réservés à ceux qui ont "compris" la bonne parole impliquée dans les préceptes religieux ou militaires, si ce n'est les deux. Une structure pyramidale est toujours en place et les grands ont la responsabilité des plus petits. Les compétences doivent suivre naturellement après les stages de formation à la vie. École de cette vie qui transpirera toujours dans les actes d'adulte. La créativité et la responsabilité verticale et horizontale sont élevés aujourd'hui comme porte drapeau du scoutisme.

Les préceptes de solidarité, de respect en d'entraide ne sont, en effet, pas loin de ceux que l'on inculque dans les armées du monde avec pour seule différence, dans le cas de l'armée, qu'un ennemi peut être combattu par les armes. Le pouvoir et l'argent ont été aussi de la partie. Une cotisation est demandée pour faire partie. Le mouvement Patro a un uniforme vert, plutôt social. Le scout, un bleu, plus bourgeois. Le mouvement Don Bosco a voulu y répondre et donner sa propre vision, en son temps,

1.jpgLe Jamboree organisé ce 29 avril à Bruxelles à l'occasion des 100 ans du scoutisme a rassemblé 100.000 jeunes de tous horizons. Les réunions commencées au Cinquantenaire, l'armée était bizarrement tout à côté des groupements de scouts. Les exercices militaires étaient même à disposition de ces jeunes. Le message implicite porterait-il sur le recrutement futur par l'envie comme deuxième étape ou stage? Le kaki était la couleur unique sur place. Pas de casques bleus en vue dont c'était aussi le cinquantième anniversaire ce 2 mai 2007.

Le manque de repaires des jeunes aujourd'hui intervient aussi dans le processus de récupération. Le jeu et l'esprit de réunion vont-ils réussir pour remédier à cette carence? Cela y ressemble.

Ce matin-là, je m'y suis baladé sur le Cinquantenaire et les constatations n'ont pas manqué.

D'entrée, les cadences de tambours cadencés me font penser à d'autres mouvements moins pacifiques: un, deux, un, deux, een, twee... sont les paroles qui coordonnent les coups portés sur le tambour.

Si l'uniforme est bien présent, il a pris des couleurs et des allures d'aujourd'hui. Les ballons sur la tête pour montrer que l'on n'est plus accroché à des images d'Épinal.

Plus loin, sacrilèges si l'on n'écoute pas bien: on danse sur des airs entraînants de Western. Surprenant? Il faut bien s'amuser un peu. C'est la fête et le jour de tous les extra. Beaucoup moins de discipline que le fondateur l'aurait voulu. Bon enfant que tout cela mais bien dirigé tout de même.

Les budgets pour arriver à leurs fins, à leur outil de cohésion "le sport" ne suffisent pas. Ok. Alors, pour financer, on met la main au fourneau ou à la pâte pour récolter les financements nécessaires aux projets. Toujours en Belgique, le bénévolat des louveteaux, des éclaireurs et des routiers peut s'évaluer à quelques 500 heures par an et par participant. Onze millions d'heures rien que pour la communauté française. A vu de nez, 200 millions d'euros sont ainsi récoltés. Mais c'est évidemment pour la bonne cause et pour le succès futur des enfants! Donc, pas de problème.

On cherche toujours des sponsors pour les chaussures et les uniformes et on compte sur les anciens, les précurseurs pour se souvenir du bon vieux temps.

Quand les fondements sont ébranlés dans l'histoire comme en 1968, le mouvement s'est réorganisé pour rectifier la pédagogie. Des éclaireurs et des pionniers ont été nommés pour réactualiser le processus en perte de vitesse jusqu'en 1980. Une démocratisation en a été un des résultats.

Comme, aujourd'hui, la religion catholique est en perte de vitesse en occident et que par contre, celle de l'islam, dont les valeurs sont différentes, fait parler d'elle de manière très controversée et virulente dans ses extrémités, ne serions-nous pas des deux côtés en préparation à une confrontation possible dans le futur?

La construction spirituelle prêt à se défendre ne peut devenir un antagonisme mortel pour les deux. Voilà la limite à ne pas dépasser.

"Mourir pour des idées, d'accord, mais de mort lente", chantait Georges Brassens avec raison.

École de vie, le scoutisme? Sans aucun doute. Il ne doit seulement pas, comme d'autres mouvements moins jeunes, devenir une école de mort. Le prix de la vie a trop souvent perdu de sa valeur aujourd'hui.

Toujours prêt? C'est sûr.

Mise en pratique des sentiments altruistes pour le bien du monde sur le bateau le Doulos? Aussi.

Préparation à la concentration des esprits vers un idéal que l'on veut très précis et dirigé vers un"Bien selon sa foi" sans partage avec une idéologie plus laïque? Je laisserai la réponse à qui pourra la donner.

La devise du 21ème siècle sera toujours, ne l'oublions pas "Restez groupés. On vit mieux ensemble et on arrive à plus de résultats". Je ne dirai jamais le contraire.

Tant que ce sera dans l'allégresse et la paix, pourquoi pas?

Qui le ferait autrement de réunir autant de jeunes avec la main tendue? Savoir marcher au pas, cela peut toujours servir dans la vie et l'uniforme restera le seul attribut de son identification égalitaire vis-à-vis des autres.

Les insignes, les décorations, les étiquettes seront là comme récompenses à un uniformisme de pensée.

Cela peut marcher ainsi, très probablement.

Encore faut-il que cette dernière reste consciente et qu'elle ne vire pas vers une continuation de cette volonté, ce plaisir de vivre ensemble dans une communauté mais qui serait en plus raciale, sectaire ou militaire dans l'âme.

Oserait-on même étendre cette réflexion et se poser "la" question de base: "Est-ce que l'homme ne naîtrait-il pas avec le plaisir de faire la guerre?".

Pour contrecarrer sa faiblesse naturelle, l'homme a inventé les armes qui lui manquaient à son corp nu. Alors, comme on aime sa propre création, son gamin se sent plus sûr avec un revolver en plastique quand ce n'est pas en "dur" ailleurs pour montrer sa force par rapport à la fillette avec sa poupée.

Un rôle de prédateur sophistiqué, voilà ce que la nature nous a attribué. La bête est en nous, c'est sûr. Autant s'en souvenir parfois.

Qu'on ne se trompe pas sur mes sentiments. Par cet article je ne désirais pas polémiquer, mais seulement soulever une question du côté de ceux qui en ont fait partie. Lors de l'émission radio de RTBF "Quand les jeunes s'en mêlent" du 5 mai, un jeune a exprimé le même doute. Il ne faudra jamais oublier que l'enfer est parfois pavé de très bonnes intentions.

Un exutoire dans le scoutisme, comme il y en a dans le sport, dans le ... travail. Bravo, qui pourrait contester?

La manière de répondre ne sera pas à partir d'un groupement qui en décidera en finale mais en chacun de nous avec le seul miroir comme interlocuteur. Mais cela est une autre histoire. Un peu la mienne en somme.

Mon Totem à inventer?

Alors, pourquoi pas:

 

L'enfoiré caméléon réfléchissant,

 

Des réflexions du même type sur Agoravox



Citations:

  • "L'homme sage est celui des actes qu'il a accomplis et non celui des actes qu'il a rêvés.", Domique Blondeau

  • "Etre libre et seul, c'est oublier le temps présent. C'est retrouver en soi un univers à part qui vous appartient en propre et que vous n'avez livré à personne.", Alice Parizeau

  • "Il faut critiquer, il faut constamment tout remettre en cause. Cela permet de rester jeune et de progresser.", Alice Parizeau

  • "On ne rencontre guère, pour se déclarer satisfaits du pouvoir, que ceux qui y participent.", Maurice Druon


Des images d'un Jamboree centenaire

 

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