26/11/2008

Le Soleil Levant, un soleil du rouge au noir?

Après le Japon qui en son temps faisait trembler les producteurs de voitures d’Occident, la Chine, la Corée et bien d'autres de l'ASEAN remettaient le couvert. Le soleil High Tech japonnais, l'Hinomaru, la techno, la petite auto prennent-ils, cette fois, un coup de soleil noir?

Le soleil levant, un soleil du rouge au noir drapeau.jpgLe 11 janvier 2006 et le 10 décembre, deux «Questions à la Une» à la RTBF posaient la question «Les voitures chinoises vont-elles envahir le monde», "Comment faire fortune en Chine, rêve ou réalité" . On n'en est plus là, même chez les précurseurs.

Le journal L'Écho du 27 décembre 2007 titrait « L'économie japonaise subit un coup de sabre ». Il s'agissait, alors, d'une crise du logement sans précédent initiée par la réduction des coûts et suivie par des milliers de personnes qui devaient quitter leurs logements menacés d'effondrement à la moindre secousse tellurique. Image de marque globale : « Les clients voient un tricheur derrière chaque assureur ».

Le même journal du 15 août 2008 titrait « La croissance du Japon stoppée net dans son élan ». Premier recul de son PIB et du BoJ. Tout le monde boudait, difficile de relever ses taux, malgré l'inflation en tenant compte de la régression économique, était-il dit. En janvier, exportateurs, le Japon craignait la récession aux USA.

Celui du 21 novembre 2008, cela se précise: "Le Japon était déprimé, ses exportations vont l'achever". Plus loin: "La panne automobile fait tache d'huile, pas d'embellie attendue avant 2010".

En 2003, en effet, le Japon a pu sortir de la récession grâce à ses exportations. Cette fois, la balance commerciale est en déficit en octobre pour la première fois depuis 2001, alors que certains analystes tablaient encore sur un excédent de 80 milliards de yens. Le mois passé, l'excédent des importations par rapport aux exportations a dépassé les 510 millions d'euros soit une chute de 7,7%.

La crise de l'automobile, aujourd'hui, entraine tous les marchés de l'automobile mais aussi de la sidérurgie, du verre, du plastique, de l'électronique technologie, de la motricité, vers des problèmes imprévus. Même la dégringolade du prix du pétrole au tier du prix de l'été ne parvient plus à enrayer la chute de la demande en véhicule.

Aux États-Unis, GM, Ford demandent des aides d'urgence aux gouvernement et met en chômage technique ses travailleurs. Il y a peu, à grand renfort de rabais qui rabotaient leurs profits pour ne s'élever produit chez Daimler Chrysler de 186 $ par véhicule, de 139$ chez Ford et tomber en perte chez GM de 1200$. En octobre, les exportations nord-américaines avaient baissé de 18,2%, en l'Europe de 17%.

Le produit chinois phare de l’usine Chery Automobiles était récemment la QQ, petite voiture citadine aux couleurs acidulées. Son prix trois fois moindre que la concurrence occidentale (3.000 euros plancher) était son principal atout. L’aspect sécurité qui n'était pas au même niveau que la voiture occidentale, n’était pas une raison «sine qua non» pour se lancer sur les marchés. L’airbag ne sert que rarement et on ne le voit jamais dans une voiture. Vingt voitures par dix milles habitants comme marché intérieur semblaient ouvrir des perspectives alors que les marchés occidentaux étaient souvent saturés. Les pièces de rechanges restaient le marché principal avoué pour l’exportation aux ¾ de la production chinoise. La Passat, «made in China» restait pourtant l’équivalent de 18 années d’un salaire moyen local. En demi secret, la VW Shanghai travaillait, en étroite collaboration, mais ne divulguait pas les différences existantes entre les modèles destinés à la consommation intérieure et celle vers l’extérieure. L'année passée, le producteur chinois «Brilliance Automobile» était fière de sortir une voiture 100% chinoise de très grand luxe pour à peine 15.000 euros. Société chinoise de l'automobile qui était la première à être cotée à New York. Contourner le protectionnisme latent des vieux continents, se plier au mieux aux règles de sécurité et de pollution minimum étaient la préoccupation majeure.

Les Chinois, c'est une bonne entrée en matière, mais l'Asie du Sud-Est voulait aussi une part du gâteau de la scène mondiale. D'ici 2015, elles s'étaient engagés à prendre place de pied ferme dans le grand marché commun. Les tensions ne manquaient pas dans cette zone de libre échange en progrès constant. Prêt, pour cela, à éliminer les droits de passage sur quelques 80% des marchandises exportées. 38 milliards de dollars de fonds en 2005 participaient au redressement spectaculaire et 2006 voyait une progression de 90%. Le but final, clairement annoncé, était de conquérir le marché mondial de l'automobile.

En Chine, cent euros par mois pour un travail de 40 heures semaine était la norme du manque à pouvoir dépenser. Ce qui veut dire que la consommation intérieure n'est pas prête à renverser les pertes de l'exportation.

Le Soleil Levant, un soleil du rouge au noir Toyota.jpgLes sinologues rappellent pourtant que la classe ouvrière chinoise ne s'améliore pas et pourrait même se dégrader.

2008. Douche froide.  Honda et Toyota doivent revoir leur production. Après une stagnation et des taux d'intérêt au plancher de 0%, les courbes de la Bourse japonaise avaient pourtant repris du poil de la bête sous forme de Dragon ou d'autres prédateurs aux crocs acérés. Amusant, on lisait: Les Japonais auront le téléphone dans la peau.

L e Japon ne tient pas mieux de la forme, même si la liquidité de ses banques est la plus importante dans le monde.mondialisation Mais des liquidités, pourquoi faire? Des restructurations drastiques, un meilleur rendement assuré n'assurent pas mieux la vente de la production. Pas de crédits demandés par les entreprises. Répartir, alors, les liquidités dans la population? Qui dit que les habitudes ancestrales d'épargne ne vont pas pousser les Japonnais à épargner plus encore en ne réinjectant rien dans l'économie du pays? Le département de R&D, la robotique et le vieillissement de la population pourraient donner un coup de fouet.

Un ajustement plus fin encore, en fonction de pays où s’implanter, devrait parachever le travail d’incursion dans les marchés extérieurs.

La crise vient de changer complètement la donne dans un monde des entreprises, déboussolé.

LLe Soleil Levant, un soleil du rouge au noir Tata.jpg'Inde, elle, s'est mise dans le grand jeu la technologie à haute performance mais à bas prix. Prix de production qui ne sont, aux dernières nouvelles, pourtant plus à l'abri des hausses revendicatives des salariés. La première Tata est sortie et est électrique en plus. Là, se trouve peut-être le futur de l'automobile dans un marché encore très peu développé ailleurs.

L'ASEAN (Association des nations d'Asie du Sud Est) devra trouver encore d'autres tours dans son sac. C'est clair.

Amélie Nothomb, née au pays du Soleil Levant, avait, en son temps, parlé de son Japon dans "Stupeur et tremblements" avec la comparaison entre la vie à l'occidentale et la "japonaise" au bureau, avec "Ni d'Eve ni d'Adam", dans l'intimité d'un coupe mixte.mondialisation

 Le Système Toyota avait-il eu plus de chance de rendre plus heureux par le travail? Les yakusas (sabre, respect et honneur), les Samouraïs ne sont pas si loin. Le Japon pris entre traditions et modernité, le livre "Tokyo mirage" d'Anne Rambach terminait sa trilogie dans le Japon des sokaiyas, escrocs vivants de racket et chantage auprès des entreprises. Le Japon est l'un des pays les plus fabuleux du monde, est-il dit avec amour par une japonaise. Je m'en voudrais de ne pas en faire écho.

En janvier prochain, le salon de l’automobile de Bruxelles, un surplus de publicité pourra-t-il tenter le "prospect" pour qu'il devienne « client »? Car, rien ne va plus.

Le soleil levant, un soleil du rouge au noir Salon.jpgJusqu'à récemment, les Japonnais étaient passés du stade de fourmis, avec le mouvement du repli sur eux-mêmes, humbles ou guerriers, à celui de la cigale, en commençant à dépenser. Le taux d'épargne du Japonnais était passé de 23,5% en 1975 à 11,4% en 1997 et 8% en fin 2007. Pourquoi continuer à épargner? Les taux étaient ridiculement bas. Retour à la case départ, dans ce jeu de l'oie avec l'air du temps?

La jeunesse au travail semblait obnubilée par le besoin de faire du chiffre avec fierté et nationalisme. En sourdine, le taux de suicides élevé, parmi les jeunes prouvaient, par contre, que ce n'est pas la panacée du bonheur. La geisha, le kimono, le jardin japonnais sont peut-être présents même comme vestiges d'une culture ancestrale. "Le sumo, emblème de ce monde de tradition, luttait déjà pour sa survie", pouvait-on lire.

RLe soleil rouge un soleil noir Caviar.jpgire jaune, ni ici, ni là bas ne sera désormais plus "la" solution. Rire en multicolore avec le cérémonial de la tasse de thé devant soi? Tout n'est pas caviar. Les occasions de sourire de l'actualité japonaise sont, disons-le franchement, plutôt rares. La discrétion maladive, austère et complexe, remplace sa formidable expansion économique des années 60 et 70. Deuxième puissance économique de la planète, premier créancier des États-Unis, le Japon subit une paralysie politique, des salaires qui stagnent. L'archipel broie du noir, même les coiffures des femmes en attesterait par leurs coupes courtes, reflet de la mauvaise humeur.

On écrivait pour les États-Unis : "l'un des indicateurs qui s'est constamment amélioré aux Etats-Unis, la productivité, pourrait être le signe le plus évident de la dégradation de la gestion américaine". Le Japon précède même cette productivité. Est-ce l' "Arnaque à la productivité?", comme constatait Henry Mintzberg, professeur de gestion à Montréal.

Ailleurs, je lisais: "Il faut ressusciter les esprits animaux". La compétition chez eux, n'est pas une affaire de fric, mais de survie.

Une autre histoire, un retour aux sources, donc, que l'on devrait peut-être redécouvrir dans ce monde qui est devenu un si petit village dans lequel tout se tient, tout vit ou tout meurt ensemble. 192 milliards pour relancer l'économie...

Encore un peu plus de karoshi, pour faire passer la pillule? N'oubliez pas de réserver la chambre capsule à Tokio, si pas le temps pour rentrer chez soi.

Alors, un petit coup de rouge, à la méthode japonaise? C'est de saison et c'est pas mal pour l'ambiance?

Le Soleil Levant, un soleil du rouge au noir Beaujolais.jpg

L’enfoiré,

 

Sur agoravox même article

 

 

Mise à jour 26/12/2008: Au Japon, effondrement sans précédent de la production industrielle

.................. 05/03/2009: Le Nouvel Obs titre ""Japon, les "freeters" dehors". Fini l'emploi à vie, base du consensus social japonais. Les entreprises licencient. Les premiers touchés sont l'armée des travailleurs intérimaires, les "freeters". Même Toyota...

................... 17/08/2009: Le Japon sort de la récession mais on reste très loin de l'euphorie

................... 30/08/2009: Le succès du parti démocratique contre le parti libéral présent depuis plus d'un demi siècle, prouve qu'il fallait changer de cap. Un article, peut-être, "Le jour où le Japon s'est éveillé".

................... 11/03/2010: 1.jpgLa crise japonaise se rapproche. Les épargnants japonais absorbent jusqu'à 95% de la dette de leur gouvernement.

................... 03/06/2010: Le PDJ, centre gauche échoue et son 1er ministre Attoyama rend son tablier. Manque de popularité, décroissance atone, niveau de vie en baisse, promesses non tenues et non retrait de la base américaine à Okinawa.

...................11/03/2011: Séisme 8.9, tsunami et centrales nucléaires touchées.

 

 

Citations:

  • « Le génie a cela de beau qu'il ressemble à tout le monde et que personne ne lui ressemble. », Honoré de Balzac

  • « Il y a deux genres de personnes, ceux qui font le travail et ceux qui en prennent le crédit. Tentez d'être du premier groupe ; il y a moins de compétition. », Indira Gandhi

 

Commentaires

L'enfoiré
Je ne confonds pas japon et chine mais certains événements sont révélateurs :

http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2008/11/26/violente-manifestation-dans-une-usine-de-jouets-chinoise_1123162_3216.html#xtor=RSS-3208

J'ai pris du retard sur la GG10, encore à t'en dire ...
Je reviendrai lire Le Japon ensuite...

Écrit par : Liberty | 26/11/2008

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L'enfoiré,

Disons que ce qui nous faisait peur hier, "le péril jaune" est très relativisé depuis.

Sais-tu qu'au Japon ce sont les employés qui payent (bonbon) leur examen d'entrée dans leur société .

Les marchés Asiatiques nous montrent leurs limites en termes de sécurité et de qualité .
Les révoltes sociales ne tarderont pas à arriver, malgré la répression les Chinois commencent à passer à l'action.

Pour l'automobile en général, il ne faut pas oublier un point essentiel :
-Les voitures sont volontairement construites pour que nous ne puissions plus faire l'entretien nous même.

Désormais le consommateur un peu à l'étroit préfère garder son vieux modèle.
En dehors du prix d'achat il est dissuasif de faire le calcul de l'entretien "spécialisé" .

J'ai eu 3 voitures en 17 ans et aucune n'a jamais vu la couleur d'un garage.
Si j'achetais une voiture récente je serai lié au garage pour la vie.
Le commerce ressemble de plus en plus à une prise d'otage... Et moi je n'aime pas être pris en otage !

Donc a choisir un modèle plus que l'autre, je choisira à coup sur celui me donnant le plus de liberté.

L'arnaque écologique fais que si nous n'avons pas de voitures électrique c'est une volonté politique.

Soucis d'autonomie des batteries ?
Qu'à cela ne tienne, si la volonté y était, au lieu de faire le plein à la station service nous irions y échanger nos batteries vides contre des pleines ...
Un système simple de fixation et de manutention peut être intégralement automatisé.

Si ces handicapés du ciboulot voulait cesser de prendre le peuple pour des idiots, je puis même leur proposer mes services.
L'automatisme c'est mon job, l'électrique en fais partie, il ne faut pas nous raconter des billevesées !

Écrit par : Liberty | 27/11/2008

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Liberty,

J'ai pris l'automobile comme point d'ancrage puisqu'il est soit produit localement ou à distance de la maison mère. La bagnole fait marché une foule d'acteurs en parallèle. C'est donc un point de référence à la crise que nous connaissons.
Dans ta déviation, je reconnais ton esprit de technicien jusqu'au boutiste.
Il faut, je crois, ne pas penser que tout le monde a envie d'aller mettre ses mains dans le cambouis.
N'oublie pas que nous sommes tous différents et aussi dépendants l'un de l'autre.
Je ne vois personnellement pas de problème à céder ma bagnole à celui que j'aurai estimé être à la hauteur de la tâche pour un prix raisonnable.
Cinq milliards d'humain sur terre, ça fait déjà une sacré redondance possible. Alors si tout le monde s'avise à remplacer ces concitoyens, nous serons mal partis et nous coulerons ensemble. Parce que dans ton monde d'autosatisfaction, tu vas créé encore plus de chômeurs. Et je ne suis pas sûr que cela soit le but à atteindre.
L'industrie automobile a été aussi prise de court avec la solution écologique électrique.
Aucun constructeur, aujourd'hui, ne semble pas à mène de remplacer de manière drastique le bon vieux pétrole. Je peux imaginer que changer une chaîne de montage n'est pas aussi aisé. L'Inde peut commencer sans beaucoup de systèmes précédents. Changer de batterie à la station service demande des batteries beaucoup plus légères (ce n'est pas le cas du tout) et plus « longue durée » qu'aujourd'hui. L'autonomie actuelle ne dépasse pas la journée. Ce qui limite l'utilisation aux transports intra-city. La vitesse n'est plus un problème, elle est largement suffisante. En attendant, d'autres systèmes peuvent être envisagés pour produire cette électricité et recharger cette batterie. Par les réactions chimique par exemple. La chimie ne crée pas uniquement des médicaments.

Écrit par : L'enfoiré | 27/11/2008

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Je suis bien obliger de démonter que Sarko est un voleur avec sa taxe carbone .
Il nous joue la comédie écolo alors que ce sont les entreprises et les états qui ne trouvent pas la solution pour basculer du pétrole à l'électrique sans tuer l'économie.

OK, on ne réforme pas toute une productivité d'un coup de baguette magique, si le remède est pire que le mal ...

Mais il ne faut pas se voiler la face, l'électrique est 100 fois plus simple à produire que le thermique .
Le nombre de pièces moteur est divisé par 1000 !

Je ne te raconte pas les licenciements ...

C'est qu'ils sont courageux avec de grandes limites, c'est pas de mettre des milliers de types sur la paille qui les gêne mais c'est de risquer de se faire couper la tête ...
(déjà qu'il n'est pas grand...)

Écrit par : Liberty | 27/11/2008

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Rapport du 23/12/2008: Le système Toyota a du plomb dans l'aile. Pertes enregistrées pour la première fois depuis 68 ans. Après des coupes sonde du mois passé dans le personnel.

Écrit par : l'Enfoiré | 23/12/2008

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Gouvernement centre gauche en crise. Premier ministre donne sa démission. 4ème gouvernement en moins de 4 ans qui termine son parcours.
Nouveau gouvernement.
http://www.lesoir.be/actualite/monde/2010-06-04/japon-naoto-kan-elu-premier-ministre-774214.php

Écrit par : L'enfoiré | 03/06/2010

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Naoto-kan démissionne.
http://www.lexpress.fr/actualites/2/monde/le-premier-ministre-japonais-demissionne-du-parti-au-pouvoir_1024134.htm
Raison de sa gestion de la catastrophe nucléaire de Fukushima déclenchée par le séisme et le tsunami du 11 mars dernier.

Écrit par : L'enfoiré | 26/08/2011

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Japon, le pays où la démographie prend des accents de science fiction

« Petit à petit, mais inéluctablement, le Japon évolue vers un type de société dont les contours et les rouages ont seulement été envisagés dans la science fiction », écrit Nick Eberstadt, un démographe, dans le Wilson Quaterly, se référant à la dystopie de P.D. James, « Les Fils de l’Homme », dans laquelle l’auteure imagine un monde dans lequel l’infertilité progressive des hommes a conduit les femmes à promener des poupées dans des landaus, et où les rares enfants sont agressifs et antisociaux.
Eberstadt est spécialisé dans les problèmes posés par le déclin de la fertilité dans le monde. Il estime que le cas du Japon est unique. Le taux de fécondité du pays s’établit à 1,3 enfant par femme, bien en deçà du niveau nécessaire pour que la population puisse seulement se renouveler. Avec le développement de l’espérance de vie, en 2040 le pays pourrait bien se trouver dans la situation inédite de compter un centenaire par nouveau-né. D’ici là, la population devrait se réduire de 20%, ce qui pose le problème du déclin économique et de la viabilité du welfare-state.
Pour Eberstadt, c’est l’association du libéralisme et du traditionalisme qui est à l’origine de cette catastrophe. D’un côté, les valeurs religieuses et les valeurs familiales traditionnelles se sont effondrées, conduisant au déclin des mariages, et à la progression des divorces ; et de l’autre, il est toujours impensable de concevoir un enfant hors mariage. Du coup, les jeunes Japonais renoncent à avoir des enfants, et l’émergence des familles monoparentales n’a pas eu lieu comme dans les autres pays occidentaux. En outre, les Japonais du 21ème siècle ne sont guère plus intéressés par l’immigration qu’ils ne l’étaient au cours du siècle précédent, se fermant ainsi de la solution que celle-ci pourrait leur apporter sur le plan démographique. En 2009, le Japon a naturalisé à peine un tiers du nombre de citoyens que la Suisse a naturalisés au cours de la même année, alors que la population de cette dernière ne correspond qu’à 6% de celle du Japon, et que la Suisse n’a pas la réputation d’être le pays le plus ouvert en matière d’immigration.
Ces déséquilibres ne vont pas sans poser des problèmes. Le pays connait un des plus forts taux de suicide du monde développé. On assiste aussi à l’apparition de phénomènes tout à fait spécifiques. Il est par exemple possible de louer des « membres de la famille » pour s’en faire accompagner au mariage de ses amis ; les séniors peuvent se procurer des « babyloids », des peluches qui imitent les bruits que les bébés produisent ; et les chercheurs planchent sur la conception de robots qui ressemblent à des bébés. Très fréquemment, les jeunes ne quittent plus le foyer parental, ils deviennent des « parasites célibataires ». On dénombre également des centaines de milliers de « hikikomori », ces jeunes hommes qui refusent toute vie sociale et passent tout leur temps à jouer à des jeux vidéos, à lire des mangas ou à surfer sur internet.

Source : http://www.express.be/joker/?action=view&cat=world&item=japon-le-pays-ou-la-demographie-prend-des-accents-de-science-fiction&language=fr&utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=

Écrit par : L'enfoiré | 02/05/2012

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