22/03/2010
GPS, sois mon guide mais pas toujours
- T'as pas une carte pour le chemin?
- Pourquoi faire? Il y a le GPS dans la voiture.
Réponse presque automatique. Combien de fois, comptons-nous sur cet engin qui nous impose impérativement une route? Une route qui pourrait être même plus fréquentée puisque tout le monde sera, un jour, relié avec le même GPS, qui empruntera le même trajet et qui se créera, par là, un bouchon monstre. Si la route n'est plus notre problème, tout étant programmé dans la petite boîte, tout n'est pourtant pas sans conséquence.
C
ela ne vous est jamais passé à l'esprit, ce genre de conclusion? Et si la dame qui dit avec insistance de "tourner à droite" venait à se tromper ou plus simplement s'arrêter de fonctionner? Il est vrai que déjà la mise à jour avec les nouvelles routes est loin d'être assurée. Un GPS est fourni avec des parcours enregistrés qui sont d'office déjà obsolètes dès l'achat. Hors, dans certains pays, les travaux ne s'arrêtent jamais.
Pour contourner Paris, pour moi, là, je lui ai dit "merci" à ce GPS. Mais je me souviens avoir voulu regagner le Nord de Venise avec mon GPS. Il battait la chamade, naviguait dans la plus belle semoule sur une nouvelle bretelle d'autoroute qui n'existait pas depuis assez longtemps pour être reconnu par lui. Son interprétation par la voix féminine m'intimait l'ordre péremptoire de tourner à droite, alors que, seul, le mur m'accueillait dans cette direction. Insistante cette dame. Il a fallu que je lui cloue le bec, tellement elle me réchauffait les neurones.
Les barrages dus aux travaux routiers ou à toute autres causes toujours indépendantes de la volonté des autorités locales, ne sont pas rares sont là pour contrecarrer les plans les mieux prédéfinis. Être dévié, pas de problème, il y a les déviations sous forme de panneaux et le GPS qui est appelé à rectifier le tir au besoin en l'absence de la première couche d'aide, se dit-on. Aider, oui, sauf si cela se transforme en un carrousel sans fin et que le chemin conseillé revienne sur le même barrage des travaux routiers quelques minutes plus tard.
L'orientation par la réflexion, où en est-on de ce côté? Le soleil est là, bien concret, on est sauvé et on intime à la généreuse dame d'oublier ses conseils pour un temps en forçant un passage disponible qui n'a plus rien à voir avec la virtualité présentée sur le petit écran.
Ce n'est pas de l'électronique qui va nous abaisser et nous imposer une route qui tournerait en rond, non?
Les appareils, les outils, les robots n'auront pas notre peau, affirme-t-on, alors, haut et fort. Retour à la carte. Avec elle, la cause du "problème" ne se rectifiera pas pour autant, avec autant de facilité. Inverser les erreurs du GPS, c'est bien, mais à condition que l'on se souvienne de la conduite en "manuel". Les exercices du souvenir, les exercices de repérages à intervalles réguliers doivent prendre le dessus sur les automatismes.
Le pilotage automatique, le tout électronique, on commence à comprendre depuis certains accidents ce que cela peut donner à bord d'un avion quand on perd le contrôle des réalités et en se fiant trop aux instruments. Apprendre à tenir le manche à balais ou le volant en conduite manuelle ne fait pas de mal.
Que faisions-nous avant les satellites au dessus de nos têtes? Pas de GPS. Le secours des cartes, d'Internet avec ses aides à la navigation pour un trajet entre deux points. Ces cartes itinéraires programmées ont moins de succès depuis les succès du GPS.
Nos neurones et notre orientation fonctionnaient pourtant, à plein, à une époque révolue. Consulter une carte, je ne sais si vous pensez comme vous, il faut avoir une certaine habitude pour reconnaitre les points d'ancrage, les sigles, les symboles avec la route que vous avez devant vous. On oublie vite. Les repères ne courent pas toujours les rues pour se rassurer. Rien ne se perd aussi vite que les habitudes.
Non, le GPS est génial. Je le répète à qui veut l'entendre. C'est loin d'être un gadget. Lui, il connait les complications d'un itinéraire. Pas d'inquiétude, cela ne tombe pas souvent en panne, mais cela peut déconner parfois pour des raisons dont vous ne connaissez pas nécessairement le fin mot. Tous les conseils sont bons à prendre à condition d'en sortir quelques fois. Tous les chemins mènent à Rome. Mais Rome n'a pas toujours l'apparence de ses rêves.
Le GPS travaille par un procédé de quadrillage avec une longitude et une latitude mixées à une triangulation par satellites sur des orbites à 20.000 km d’altitude. La théorie de la relativité restreinte d'Einstein trouve dans le GPS une utilisation dans le pratique. Si le temps ne s’écoule pas de la même façon, comme il le prévoyait, qu'une horloge en altitude prend de l’avance sur une autre située plus bas, cela veut dire qu'un GPS demande un degré de précision entre la mise à l’heure de deux horloges au cent millionième de seconde près pour localiser l'espace dans le temps à quelques mètres près. Vu la très grande vitesse avec laquelle un signal électromagnétique se propage proche de la vitesse de la lumière, on comprend qu’une petite erreur sur l’estimation du temps de trajet entraine une grosse incertitude de la localisation sur Terre. Pour éviter cela, il est indispensable que l’horloge à bord des satellites soit parfaitement synchrone avec celle de l’appareil GPS, ce qui implique la prise en considération des effets relativistes. Sans prise en compte de la relativité, pas de GPS.
Le GPS n'agit d'ailleurs pas de manière très différente du "GPS" interne de notre cerveau.
Derrière tout cela, il y en a qui se risquent à extrapoler et y ajoutent un aspect sexiste avec un esprit tout à fait scientifique. On arrive à un axiome que les aptitudes à l'orientation et à la navigation seraient meilleurs chez l'homme que chez la femme. C'est programmé par les gènes. Peuchère... J'entends d'ici le tollé des féministes.
On y associerait même l'instinct ancestral du chasseur qui obligerait le mâle à aller à la chasse et à regagner son gîte avec sa proie pour y retrouver sa chère et tendre. Je crois que les choses ont bien changé, les qualités du chasseur aussi.
Théorie non démontrable aisément sans parti pris plus ou moins machiste.
Les méthodes de repérage diffèrent très probablement entre l'homme et la femme. Les femmes trouveraient leur chemin grâce aux points de repères bien concrets comme une maison, un paysage. Les hommes, eux, verseraient plus dans l'abstraction pour s'y retrouver.
Les spéculations de comportement spécifiques sont encore plus problématiques en pensant aux animaux. Les pigeons voyageurs retrouvent le pigeonnier, les tortues et les saumons rejoignent l'endroit de leur ponte, des papillons monarques retournent vers une forêt très précise dans leur transhumance. Voilà quelques mystères que l'on cherche encore à éclaircir avec plus d'assurance possible.
Les neurones aident à s'orienter. C'est clair. Un hippocampe développé enregistrerait plus de nouvelles expériences en les traduisant les enregistrant au fur et à mesure. Les répétitions d'expérience aident dans ce cas.
Dès 1971, John O'Keefe remarquait que des neurones de localisations, des cellules de lieu plus spécialisés dans cette tâche, recevaient un stimulus électrique qui repositionnait son sujet, comme un déclic d'apaisement, une fois arrivé à destination pour s'incruster dans la mémoire. En 2004, les chercheurs Edvard et May-Britt Moser identifiaient les cellules de grille qui quadrillent l'espace sans points de repère mais en se référant aux chemins parcourus. Des balises réelles ou fictives sont donc mémorisées imperceptiblement. Une carte plus ou moins grossière en mémoire et des cellules qui enregistrent les déplacements sur cette carte virtuelle seraient à la base de notre orientation avec, en plus, une chronologie des événements. Des photographies visuelles avec repaires quand il y en a, avec un système à grille quand elles manquent, à condition qu'il y ait une attention suffisante pour les enregistrer. Les jeux vidéo aiguisent d'autant le repérage en augmentant les possibilités de l'orientation par l'intermédiaire de cette attention soutenue. Pour l'homme, grâce à ses sens développés, le processus d'apprentissage serait ainsi plus important que chez les autres mammifères.
Alors, laisser la parole unique à cette dame convoyeuse qui indique le chemin, qui conduit à la place du chauffeur dans l'exclusivité, ferait perdre, à l'homme, sa navigation interne innée.
Sommes-nous devenus des robots esclaves de nos inventions, alors que ces derniers étaient seulement là pour nous aider et pas nous remplacer?
L'Europe est donc disponible dans la voiture, dans un iPhone. Profitons-en, oui, en gardant un oeil sur la boussole de notre orientation interne.
Les fonctions de GPS ne s'arrêtent même pas là. On n'arrête pas le progrès. Les GPS sont là désormais pour donner des informations touristiques, signaler les limitations de vitesses à respecter, avertir la présence de radars fixes, d'éviter les bouchons qu'il se créerait peut-être automatiquement lui-même et bien d'autres choses encore.
Il y a des questions idiotes qui me viennent parfois à l'esprit... Quand le GPS pourra-t-il reconnaitre les limitations de vitesses sur son chemin et aussi relier ces informations au limiteur de vitesse lui-même? Le conducteur respectueux des conventions serait à l'abri des photos souvenir trop chères payées et ne plus être pris au dépourvu.
Il y a cinq ans, on lançait le projet Gallileo. Il allait rendre nos chemins encore plus précis en dépassant les fatidiques 20 mètres d'erreur et cela, en plus, sous le contrôle civil et non plus militaire comme l'a été et l'est, toujours, le GPS.
Sur Wiki, je lis à ce sujet qu'"En test depuis 2004, il commencera à être utilisable en 2010 et sera opérationnel en 2014". La date approche donc.
En 2007, le mode de financement avait dû s'adapter aux réalités des restrictions budgétaires: un financement direct de l'ESA a été choisi sans l'intermédiaire ESNIS.
En plus, selon les estimations le programme devrait créer entre 15000 et 20000 emplois en Europe et 2 000 emplois permanents liés à son exploitation. En période de crise, on ne peut espérer mieux.
Et si je déviais encore plus le sujet en me greffant sur mes propres souvenirs? Il y a quarante ans, j'étais milicien dans le 80A, caserné en Allemagne. Le 1er janvier de 1969, suite à la restructuration de l'Armée belge, le 80A est réduit à une batterie indépendante à Kôln-Dellbruck. Il restait alors un état major, deux pelotons topographiques. J'en faisais partie. Nous étions tous devenus des topographes en herbe après une instruction de 3 mois. J'avais eu quelques bonnes notions préalables de trigonométrie qui aidaient, bien sûr. Les tables de cosinus et de sinus dans le bouquin ad hoc je l'ai gardé un certain temps. Localiser de manière très précises des points par des mesures d'angles entre chacun d'eux avec l'aide d'un théodolite, d'un telluromètre, d'une jeep, de trois militaires à bord, voilà ce qui constituait l'équipe de travail. Le théodolite servait à faire des "tours d'horizon", dans le jargon local. Le telluromètre a déterminer les distances entre ces points.
En 1999, en suivant l'historique, "suite à l'évolution technologique, le GPS a mis fin à la mission de topographie de la Batterie. Il offrait désormais directement les données topos aux clients.". C'est dire si le GPS avait bouleversé le régiment en profondeur.
Il bouleversait, encore une fois, notre vie en tentant de la faciliter.
L'article sur lequel je me suis basé pour parler des GPS concluait, de manière général, par "sans machines, nous serons bientôt perdus".
Alors, si en "chasseur", avec un peu de bon sens de l'orientation, je lançais un avis de recherche, un appel à témoins aux anciens de l'époque du 80A?
Aujourd'hui, le GSM est devenu hybride. Il a été rejoint par le GPS. (Sources)
Impossible de perdre son chemin, de perdre ses semblables avec l'aide d'Internet. Pourquoi pas? (Humour)
C'est résolument un bel outil d'orientation, ce GPS.
Mais, quand le temps va trop vite, que l'Ouest est dans le brouillard, que le Sud ne fait plus rêver, que l'Est nous brûle la rétine, faudrait pas en plus que l'on perde le Nord.
L'enfoiré,
Bien orienté, Agoravox? C'est à voir.
Citations:
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"Rien n'est plus dangereux que d'être trop moderne ; on risque de devenir soudain ultra démodé.", Oscar Wilde
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"L'homme de science le sait bien, lui, que seule la science, a pu, au fil des siècles, lui apporter l'horloge pointeuse et le parcmètre automatique sans lesquels il n'est pas de bonheur terrestre possible.", Pierre Desproges
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"De la naissance à la mort, on branche nos vies sur pilotage automatique et il faut un courage surhumain pour en dévier le cours.", Frédéric Beigbeder
08:10 Publié dans Actualité, Loisirs, Organisation, Réflexions et philosophie, Voyage | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note




Commentaires
Bravo Guy.
Bonne journée.
Mes amitiés aux anciens de la 80A.
Vctor
Écrit par : Victor | 22/03/2010
Répondre à ce commentaireSalut Vic,
Cela m'a amusé de faire revivre le passé avec la modernité du GPS.
Oui, cela ne nous rajeunit pas.
Du 80A m'est resté des pseudos ou des prénoms plutôt que des noms.
Oui, il y a l'adjudant Lemelin, COR. Je l'ai revu à la télévision.
Les autres, il y avait Steve, Babar, Georges, Smith et les autres.
Terrible époque, pendant laquelle j'ai appris à rouler en jeep, en camion Bedford...
Non, je n'ai pas raté mon année de milicien.
Toute une époque...
Bonne journée
Écrit par : L'enfoiré | 22/03/2010
Répondre à ce commentaireBonjour,
ici en Chine, les fabricants de téléphone ont dû revoir leurs gammes et mettent en standard ce fameux gps.
La clientèle ? Les jeunes, qui vaient déjà en permanence leurs oreilles collées au MP3, et qui marchent maintenant, guidés non pas par Mao, mais par leur appareil.
Une autre façon d'aller droit dans le mur ...
Écrit par : Alain | 24/03/2010
Répondre à ce commentaireSalut Alain,
En effet, il y a plusieurs moyens d'aller dans le mur.
De toutes manières, c'est le bout du chemin pour tout le monde l'un après l'autre. :-)
J'ai appris sur AV que la Russie aurait son propre système GPS pour ne pas dépendre des USA.
En Chine, qu'en est-il?
Écrit par : L'enfoiré | 24/03/2010
Répondre à ce commentaireAujourd’hui les technologies de l’Information et de la Communication fournissent une aide précieuse à la conduite automobile. Mais toute médaille a son revers.
C’est le cas du GPS, l’aide à la conduite par satellite. C’est un progrès considérable. Mais son usage peut aussi mener à des erreurs de conduite. Et pas seulement en vous envoyant dans des endroits qui n’ont rien à voir avec votre destination finale. Ou comme, on le voit parfois, dans un lac ou un canal. Le GPS peut aussi nuire à la qualité de la conduite. Ce sont les résultats d’une étude menée par des chercheurs universitaires de Londres et de Lancaster. Ils sont arrivés à la conclusion que les automobilistes ne conduisent pas d’une manière aussi sûre lorsqu’ils se concentrent sur les instructions données.
Quand elles sont simples – continuez tout droit - il n’y pas de réel problème. Mais parfois les informations s’enchaînent – prenez la deuxième rue à droite, tournez immédiatement à gauche puis continuez sur 500 mètres – vous voyez ce que je veux dire. Et dans ce cas, on observe qu’ils peuvent dévier de leur trajectoire, accélérer à mauvais escient ou être distrait au point de ne pas voir des piétons.
L’enquête a été réalisée dans un simulateur de conduite qui reproduisait précisément les instructions données par un GPS.
Il vaut mieux en effet ne pas mener ce genre d’expériences dans les conditions réelles. Quelles conclusions pratiques peut-on en tirer ?
Que les dispositifs technologiques d’aide à la conduite doivent toujours veiller à rester le plus simple possible. Selon les responsables de la recherche : "Les gens sont capables de suivre des instructions données oralement dans un véhicule, et c’est une bonne manière de leur transmettre des informations. Mais si les elles sont trop complexes, ils doivent penser à trop de choses en même temps alors qu’ils doivent déjà se concentrer sur la conduite".
Ces dernières années, les efforts des constructeurs ont porté sur la qualité et de la lisibilité des cartes affichées à l’écran. Mais même s’ils les consultent, les conducteurs privilégient les instructions données oralement. C’est donc là que les efforts doivent maintenant porter pour les rendre davantage conviviales.
En fait, ça découle d’un phénomène qui a encore été souligné récemment à propos des accidents entre trams et piétons. L’usage d’un lecteur de musique mobile par exemple peut aussi affecter la perception visuelle.
Cela ne doit évidemment pas amener à condamner le GPS qui garde ses avantages. Une autre étude, néerlandaise cette fois, avait conclu que globalement, il contribue à réduire le stress au volant. Et on ne parle pas des bagarres dans les couples quand l’un ou l’une conduit et que l’autre tente de déchiffrer la carte !
http://www.rtbf.be/info/emissions/article_mediatic-gps-gardez-les-yeux-ouverts?id=7783280&eid=5017893
Écrit par : L'enfoiré | 08/06/2012
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