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05/06/2010

Carrefour ou le four au carré?

Voila plus de trois mois que la crise de l'emploi sévit chez Carrefour en Belgique. Seul de petits filets d'informations sont apparus chez les médias en France. "C4" pourrait être le diminutif. Probablement, information pas assez porteuse. Au carré, parce qu'une affaire peut en cacher une autre, porteuse ou non, mais qui pourrait faire jurisprudence.

0.jpgLa société Carrefour est présente depuis 10 ans sur le marché belge. Elle avait, au départ, repris certains magasins du GB.

En 2007, le Groupe Carrefour lâchait la boule rouge de GB.

En février dernier, Gérard Lavinay, patron de Carrefour Belgium crée la surprise en voulant fermer une partie des magasins.


Le problème c'est que, probablement, Carrefour n'a jamais compris la différence entre le marché français et le marché belge.

Erreurs de gestion de la direction, non avouées? Mauvaise appréciation de l'esprit du consommateur belge? Direction trop typiquement « française »?

Le territoire belge n'a pas les mêmes dimensions, c'est un fait. La consommateur belge préfère la proximité dans l'espace et le temps du magasin dimensionné de ses besoins quotidiens à l'hypermarché qui l'obligerait à se déplacer en dehors des villes.

Les pertes se sont accumulées d'année en année. Les clients ressentaient un malaise. Malaise qui se répercutait par des grèves.

En février, le tsunami prévisible, la fermeture d 'une série de magasins les moins rentables dans les zones du pays les plus déshéritées était annoncée.

1672 emplois se voyaient portés sur les listes du chômage après la fermeture de 21 magasins sur le territoire belge. Cela sans compter, les difficultés, les fermetures probables des sociétés, des fournisseurs et des magasins qui en dépendraient.

Certains repreneurs se sont, très vite, présentés comme Delhaize, Mestdagh. Contrats équivalents? Les commissions paritaires n'étaient pas les mêmes et étaient plus avantageuses aux travailleurs de Carrefour. Les salaires dans les grandes surfaces restent pourtant très proches de l'allocation de chômage.

1.jpgGrèves, alternées avec négociations qui n'aboutissaient pas et enfin, après une nuit de concertation entre le 26-27 mai, un projet d'accord est tombé.

A la clé, cet accord va couter 100 millions à l'État belge, lisait-on dans la presse.

Selon des calculs de la société de conseils en ressources humaines SD Worx, cette vague de nouvelles prépensions pourrait coûter cher à l’Etat, écrivaient, dès le lendemain, De Standaard et Het Nieuwsblad.

La direction et les syndicats de Carrefour ont conclu un projet d’accord, mais selon des journaux flamands le plan social pourrait coûter jusqu’à 100 millions d’euros à l’Office National de l’Emploi. Des chiffres que réfute Joëlle Milquet, Ministre de l'Emploi en disant « si toutes les personnes concernées prennent leur prépensions, ça coûtera au maximum 10 millions d’euros à l’État.

Rapide calcul, sur base d’une allocation de prépension à temps plein de 1.150 euros par mois, payée par l’ONEM, la facture s’élèverait au total, pour une période de dix ans – avec un âge moyen lors du départ de 55 ans et jusqu’à l’âge de la pension de 65 ans – à minimum 90 millions d’euros et maximum 100 millions d’euros. (1)

Du coup, la législation sur les prépensions revient sur la table.1.jpg 

Carrefour demande que soient accordées des prépensions pour un millier de travailleurs dès l’âge de 52 ans. Au total, 984 travailleurs pouvaient en bénéficier, mais cela comprend, en parallèle, des travailleurs des seize magasins Carrefour qui seront repris par le Groupe Mestdagh et de travailleurs des 26 magasins Carrefour déficitaires dont Carrefour gardera la gestion. Sept magasins franchisés, dont un hypermarché, une première pour Carrefour. Les hypermarchés resteraient sous la commission paritaire dans la distribution CP312.

Donc, pas de changement de commission paritaire pour les "chanceux" employés. 28 magasins devraient fermer ou être franchisés.

Les économies qu'espère Carrefour se limiteraient à 14 millions au départ et s'élèveraient à 21 millions dès 2015.

Une garantie d'emploi jusqu'en 2016 serait comprise dans l'accord après d'âpres négociations.

La polyvalence des employés devrait être accrue d'après la nouvelle convention. Les travailleurs se retrouveront interchangeables dans les rayons et à la caisse.

1.jpgMestdagh en était arrivé à hésiter de reprendre les magasins sous son aisselle. L'enthousiasme n'y était plus, disait-il.

« Nous ne sommes pas contre Mestdagh » avait répondu, ostensiblement, une responsable syndicale.

Prépensions ou chômage déguisé, cette fois?

Ce 1er juin après consultation de la base du personnel accepte le Plan du côté Carrefour.

Car, après avoir régler sa sortie, il faudra enregistrer sa rentrée chez Mestdagh.

Mise à jour du 9 juin: La 10ème réunion a eu lieu avec eux. Selon la formule consacrée "Les négociations se sont déroulées de manières constructives, mais dans une ambiance tendue". La semaine prochaine, on reprend le flambeau des négociations.

Le malheur des uns fait un semi-bonheur des autres. Carrefour n'est pas propriétaires des murs de ses magasins. Handicap, en général, avantage, en ce  cas particulier. Pas trop d'entraves en cas de fermetures. La société Redevco qui possèdent ces murs pour 3% de son chiffre d'affaires va devoir retrouver de nouveaux locataires et, parait-il, ils attendent avec impatience.  

Lundi prochain, 7 juin, les négociations reprennent avec Mestdagh pour accorder les violons du côté pile.

Une autre question demeure: Comment va-t-on refidéliser les clients si la fidélité intérieure n'est plus assurée? 

1.jpgDans le même temps, les clients ont progressivement désertés les magasins Carrefour depuis les derniers événements. L'ambiance intérieure détériorée rendait une humeur désagréable vers les clients, les grèves à répétitions, les préavis de grève souvent le week-end, des rayons  restés vides sont certainement à l'origine. Le réapprovisionnement dans les rayons était visiblement peu suivi. Les pertes s'élevaient à plusieurs millions d'euros à cause des grèves. Seul côté positif pour les entreprises de bienfaisances récoltaient les produits frais non vendus. Alors, qui a gagné dans le lutte de ces 3 derniers mois: les syndicats. Des syndicats, accusés d'être trop « réactifs ».

Les prépensions ont relancé la polémique. En Belgique, elles coûtent 1,5 milliards d'euros par an à l'État. Le parti Open VLD a dans son programme de supprimer les prépensions. Il était question d'allonger les carrières plutôt que de les réduire. Mais, ils ne disent pas par quoi ils les remplaceraient. Alors, sera-ce, une nouvelle fois, "A la casse" comme je l'écrivais, il y a cinq ans? Il faut rester "agile", demandent les entreprises, tout en sachant que "fragile" est la rançon de l'âge. Alors, pourquoi ne pas réduire progressivement, selon la pénibilité, le nombre d'heures de travail en fin de course vers la retraite? Il s'agit de se rappeler que la réduction peut être dangereuse.

L'inflation reprend son allure de croisière vers une légère hausse (1,6% en mai).

Mais, Carrefour veut rester longtemps en Belgique, répliquait le patron de Carrefour.

Colruyt a encore un potentiel pour 70 supermarchés en Belgique.

Delhaize, Match et Intermarché sont intéressés par certains marchés.

Carrefour dément travailler avec des exploiteurs chinois.

Le Belge paye ses produits alimentaires plus cher, annonçait-on. Peut-être faudra-t-il faire serrer un peu plus les fournisseurs au collet.1.jpg

Cela va être dur de toute manière pour redonner la confiance entre les interlocuteurs, fournisseurs, vendeurs et consommateurs.

Juillet restera toujours le temps des soldes...

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Bien que nous ne soyons pas totalement dans le même cas d'espèce, il serait intéressant de le rapprocher avec une Convention qui est souvent ignorée et qui est apparue en Grande Bretagne sous la forme de convention TUPE (Transfer of Undertakings Protection of Employment Regulation 2006).

Cette convention permet d'externaliser un département complet avec ses activités vers une autre société qui exercerait les mêmes activités dans le même pays.

L'idée de base serait de protéger l'emploi lors d'un transfert d'employés d'une entreprise vers une autre sans frais de licenciement. Don généreux?

En Europe continentale, cette Convention prend une version convertie en "European Union Acquired Rights Directive" ou 2001/23/EC et traduite en CCT 32 bis, en Belgique et L1224-1 en France. On fait croire que les employés ne pourraient refuser un nouveau contrat puisqu'il serait équivalent.

L'opération est censée éviter aux travailleurs d'avoir des surprises lors d'un transfert d'une activité bien distincte des autres. La société du départ s'occuperait du transfert du service complet sans changements des termes du contrat d'emploi initial dans une continuité et avec tout le passif social de la totalité des membres (direction comprise) du service. N'est-ce pas plutôt un jeu de Ponce Pilate?

L'employé devrait se plier aux nouvelles règles du repreneur, s'intégrer parmi un nouveau personnel. La société repreneuse devrait avoir pignon sur rue, respecter les conventions du pays dans lequel elle s'est installée.

Que font les DRH dans le jeu de quilles? Ils sont là pour organiser le transfert et puis, signer d'un bon "Good luck" pour clôturer le nouveau ou ancien contrat.

Les DRH ont-ils un plan B? se posait-on la question en France.

En cette période de crises à répétitions, l'activité se déplacerait-elle sans plus aucune unité pour continuer à exister? La culture d'entreprise est-elle devenue un leurre pour les travailleurs et pas pour les dirigeants? Pas de risque de concurrence entre l'outsourcé et l'insourcé? Aucun risque de transfert du "Know how" et du "Core business"?

Des questions qui restent sans beaucoup de réponses.

On ne sait plus où on va, mais on y va en grinçant des dents et en jouant à l'économie. Quelle sera la porte de secours qui devrait faire partie du "jeu" et qui n'aurait pas été prévue quand le cordon ombélical est rompu?

Alors, "outsourcer", est-ce une solution à long terme?

Il est vrai qu'après avoir outsourcé le travail, il était logique de continuer avec les hommes.

Quand en plus, c'est pour assurer sans pour autant rassurer, la question resterait posée.

"En restera-t-il quelque chose en finale ou sera-ce une nouvelle proie pour l'ombre?"

Faut-il encore espérer, que, de part et d'autres, les idées ne couleront plus de source?

Personne ne parle plus de "se ressourcer" que pendant la période des vacances.

On y arrive.

Espérons que les idées géniales ressortirons des châteaux de sable.

1.jpg

 L'enfoiré,

 

Sur Agoravox, Carrefour Belgique, en France, intéresse-t-il?

 

Citations:

 

  • "La meilleure façon de lutter contre le chômage, c'est de travailler.", Raymond Barre

  • "La montée du chômage prouve paradoxalement  la bonne santé de notre démographie.", Jack Lang

  • "Le véritable remède contre le chômage est qu'il n'y ait plus de travail pour personne, mais pour chacun une place dans la société.", Albert Jacquard

Commentaires

Hello guy

Un carrefour c'est une croix. Une croix sur pas mal d'emplois....

Amitiés

Écrit par : Victor | 05/06/2010

Bonjour Vic,
Très juste.
Entre chômage et âge du toit de chaume, on ne peut même plus choisir.

Écrit par : L'enfoiré | 05/06/2010

Complément d'information
http://equipe.cne-gnc.be/spip.php?article598

Écrit par : L'enfoiré | 18/08/2010

Les commentaires sont fermés.