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20/05/2011

Du tag au tact

Dernièrement, une invitation me fut ainsi lancée de ressortir nos tags bruxellois. Ceux que l'on rencontre le long des rues, sur les volets baissés, sur les bords d'un quai de gare ou dans des endroits plus inattendus encore. En espérant que cet ailleurs, disponible, existe toujours et soit autorisé pour cette fonction.

1.jpgLes tags, c'est un média comme un autre. Un moyen de diffusion que l'on peut trouver sous tellement de formes.  

La semaine dernière, l'approche des médias peut se produire via une technique comme la radio, la télé et internet. 

Destinée à la vue d'un inconnu, d'un passant, sa diffusion se produit comme une bouteille à la mer. Elle ne sait pas où elle arrivera, comment elle sera acceptée. Elle choquera ou émouvra, pourvu qu'elle arrive à destination quelque part.


L'art urbain a désormais sa place dans les galeries, les musées, les salles de ventes. Il est gratuit sur des façades monumentales au point d'oublier sa nature rebelle. Le "Street art" peut-être considéré comme vandale, comme iconoclaste et pourtant, il est autre chose que cela... 

Je prends la relève par ces dessins, ces tags que l'on trouve sur les murs d'une ville comme Bruxelles ou ailleurs.

Les tags, dessins et graphitis ont toujours représenté la détresse du monde tout en apportant un art de la rue que l'on aime ou que l'on déteste, mais qui ne laisse jamais indifférent.

Wikipedia dit "Le mot italien graffiti dérive du latin graphium (éraflure) qui tire son étymologie du grec graphein (γράφειν) qui signifie indifféremment écrire, dessiner ou peindre.Les graffiti existent depuis des époques reculées, dont certains exemples remontent à la Grèce antique ainsi qu'à l'Empire romain et peut aller de simple marques de griffures à des peintures de murs élaborées. Dans les temps modernes, la peinture aérosol et les marqueurs sont devenus les outils les plus utilisés. Dans la plupart des pays, dégrader une propriété avec un graffiti sans le consentement de son propriétaire est considéré comme du vandalisme, lequel est punissable par la loi. Parfois, le graffiti est employé pour communiquer un message politique et social. Il existe de nombreux caractères et styles de graffiti, cette forme d'art évoluant rapidement".

Installé à un endroit auquel il n'était pas destiné et c'est le le rejet, le drame. Une signature seule n'a rien d'artistique. Une surface unie, blanche qui vient d'être restaurée, un volet de devanture, ne sont pas plus adaptés si ce n'est pas autorisé. Il ne faut pas le considéré comme un sport car le nettoyage des édifices publics coûte des millions chaque année à la communauté. On parle alors plus du "tag" de manière péjorative que de "graffiti" avec un accent artistique.

Taguer n'est pas jouer. Oui, le tag exprime le mal-être d'un jeune, qui passe du rêve au cauchemar mal digéré. Malheureusement, les cauchemars des autres n'ont jamais bonne presse. Dans les extrêmes, cela devient une pathologie, une drogue, portée par le stress et le goût du risque. Si le tag à l'arraché offre, aux jeunes, l'adrénaline de l'exploit, la routine ne l'apporte plus. Le goût des hauts risques ira jusqu'à trouver la mort au bout du chemin pour simplement se donner une impression d'être, un jour, "maître du monde".

Là, on touche au point de non retour.

"La bande dessine sur les murs" écrivais-je un autre jour, au sujet de la Bande Dessinée qui s’étale, à la vue de tous. Sur les murs de Bruxelles, on les retrouve au détour d'une façade, d'un coin de mur nu qui resterait sans joie, inexpressif sans cette bande dessinée. Ils ne font pas de vagues parce qu'ils ont été créés par des gens reconnus par la société.

Dans le cas des tags, même volonté sans l'étiquette de la reconnaissance. Mais, si l'esprit de bande est seul présent, cela manquerait de personnalité, d'individualité.

Les Égyptiens, aussi, griffonnaient sur les murs de leurs temples, sous les formes figuratives ou en hiéroglyphes.

Taguer notre présent, imposer notre marque comme une emprise contre l'évolution du temps, nous le faisons tous sans même le savoir.

Un tag peut être un dessin sur le sol. Un dessin que tout le monde regardera créé en passant et qu'il foulera du pied, dès que le dessinateur aura quitté les lieux. Comment s'exprimer sans nuire à celui qui n'aura pas les mêmes options, les mêmes choix et qui voudra ajouter l'emphase ses propres convictions? L'astuce s'est de créer des espaces autorités.

Taguer, pour le jeune, c'est ridiculiser la société ou ses membres. 

Taguer donne une impression de liberté, c'est évident. Liberté qui comme chacun sait s'arrête toujours quelque part, avec la vision d'un autre interlocuteur encore plus rusé.

Le tag se prépare avec minutie comme toute œuvre. Il ne s'improvise pas.

Iconoclastes, ils agressent. Artistiques, ils étonnent. Il y a tellement de lieux, d'endroits pour sortir de l'anonymat, de lieux parfois trop communs ou trop chics.

Un tag peut être, très beau, bien plus qu'une publicité officielle ne le sera jamais. 

Ici, on n'est plus dans le vernissage d'un musée ou d'une galerie branchée comme le montrait mon ami québécois dans sa première approche. Ici, nous sommes sur la voie publique et elle a ses propres règles.

Certaines fresques murales comme j'en ai vues, m'ont impressionnée. Je me suis retrouvé dans un Musée en plein air. Un musée de la vie et de notre modernité. L'imagination, l'originalité restent, pour moi, les "reines" du jeu.

A mon avis, là, on arrive à de l'art pur sans suivre le seul dessein du vandalisme. La déprédation, la malversation ne sont pas les meilleures méthodes de l'art. Un graphiste peut rester, seulement, un gaffeur.

Le tag est l'art de dessiner tout haut ce que d'autres disent tout bas. Avec le rythme et le pastiche d'une chanson de notre époque.


 

Cela deviendrait dans une ode pour tagueurs:

"Alors on tague":

Qui dit société dit erreurs
Qui dit erreurs dit terreurs
Qui dit terreurs dit images
Qui dit image dit humeur
Qui dit humeur dit rage
Qui dit rage dit murs
Qui dit murs dit souillures
Qui dit souillures dit moisissures

Alors on tague(9x)

Qui dit tag dit mise à sac
 Qui dit sac dit ressacs
Qui dit ressacs dit matraque
Qui dit matraque dit mauvais sort
Qui dit mauvais sort serait la mort
Et là tu te dis que c'est fini
Non c'est pas fini, il y a graffiti
Un graffiti qui aide et qui unit
Mais si ton dessin, c’est pas du miel
Alors tu te bouches plus les oreilles
Et là tu tagues encore plus fort et ça punit

 Alors on tague
Lalalalalala, Lalalalalala
Alors on tague
Lalalalalala, Lalalalalala
Et puis seulement quand c’est fini

Alors on tague ... (8x)
Et des graffitis y en a encore... (5x)

Rompt ton anonymat
Saute tous les entrechats
Fais tout ressortir avec éclat
Mais te trompes pas de proie
Pour que ton image restera
Sans erreur que tu regretteras
Ton tag, alors, on photographiera
Et entre amis, on se partagera

Alors on danse(9x)

A Vous, Tagueurs, de "taguer" mon article. 1.jpgC'est avec le plus grand plaisir que je remettrai une sur-couche blanche pour vous permettre de vous exprimer à nouveau.

Pour ma chambre, c'est déjà fait. Pas besoin de sur-couche...

En attendant, je vous invite dans une "Tag Party bruxelloise" en images.

 

L'enfoiré,

 

Citations:

  • "L'imagination sous sa forme la plus pure, c'est l'art de donner vie à ce qui n'existe pas, de persuader les autres d'accepter un monde qui n'est pas vraiment là", Paul Auster

  • "L'imagination est surtout la faculté de nous libérer des images premières, de changer les images" Gaston Bachelard

  • "Le tact dans l'audace c'est de savoir jusqu'où on peut aller trop loin", Jean Cocteau

 

Mise à jour 12 juillet 2015: Une nouvelle zone de murs de tags  près de Bruxelles Les Bains et le long du canal. La culture hip-hop, le Street art s'élargit

 

Commentaires

Vision récente du même sujet au Québec
http://lesbeautesdemontreal.com/2011/12/04/lart-du-salon-a-la-rue/

Écrit par : L'enfoiré | 04/12/2011

Le Touring Explorer du mois de septembre (213) a un article sur le sujet/
"Pouquoi dessiner des graffiti sur les ponts et les murs?"

Chapitres:

Expression artistique
Esbroufe et virilité
Profondes racines
En transe et en images
L'art comme stimulant
Dessiner sur les murs est étroitement lié à l'histoire de l'humanité

Écrit par : L'enfoiré | 02/09/2013

Une nouvelle zone de murs dédiée aux tags à Bruxelles-Les- Bains.
La culture hip-hop, le Street art s'élargit.

Cosmopolite Art tour se met en place.

Finis les graffitis, cela devient de l'art avec sa valeur marchande, dans les musées, les galeries comme Alice Gallery et dans les rues

https://plus.google.com/photos/104191234223077588730/albums/5601445641965998689/6170579391508205506?pid=6170579391508205506&oid=104191234223077588730

Le JT en parlait jeudi passé
http://www.rtbf.be/video/detail_jt-19h30?id=2029440
(timing: 16:17-19:44)

Écrit par : L'enfoiré | 12/07/2015

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