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08/04/2006

Le ciel pour horizon (2)

Volet 1: Sciences et théologie
 

Volet 2 : Vivre et laisser vivre.


1. Le préambule

0.jpg"Et si en plus y'a personne".

Cette chanson a le mérite de pointer en une courte chanson un certain nombre de choses qu’on observe depuis une quinzaine d’années, notamment le retour de la radicalité au nom de la religion en passant des États-Unis à Israël, d’Israël au Proche-Orient, du Proche-Orient à l’Asie. Il est donc intéressant qu’un chanteur puisse cristalliser ce que de nombreux observateurs mettent en évidence.


Alain Souchon dans son dernier album chante:

 

 
2. Science et Théologie

La Science a toujours été parallèle à la Théologie. La Science ne serait plus elle-même si elle s'encombrait de croyance. La foi, elle, ne ressent pas le besoin de confirmation pour trouver ses fidèles et son propre chemin. Les métaphores, les allégories, les abstractions permettent aux fidèles d'entrevoir ce qu'elle ne pourra jamais contrôler d'une manière un temps soit peu scientifique. Elle apporte seulement la vérité nécessaire à sa cohésion. La Bible, le Coran, la Torah et d'autres sont les boussoles des religions qu'elles décrivent et conduisent. Le Savoir et la Science toujours en évolution ne nous permettront jamais de tout expliquer. Une réponse apportera toujours une question nouvelle. A cette nébuleuse infinie, certains donneront le nom "Dieu", d'autres s'arrêteront au point d'interrogation. C'est un choix intime qui doit se respecter sans question.
La constatation majeure de ce que la croyance religieuse ou profane apporte de positif au monde est que l'humanité dans son ensemble ne s'est jamais aussi bien comportée en termes de solidarité en dépit du pouvoir de destruction et de barbarie dont l'Homme s'est affublé conséquence de sa "désobéissance". Le partage est l'idée maîtresse de la doctrine religieuse. L'idéologie socialiste ou laïque, tout en étant parallèle, la rejoint par certains points communs. Toutes religions s'inspirent de mythes qui les ont précédés. Le christianisme et le judaïsme se sont inspirés de mythes égyptiens tels que celui d'Osiris, dieu mort et ressuscité. Ils vont simplement leur donner une signification différente en temps que réalité sortant de l'allégorie.
 
3. Ma perception de la Religion

Personnellement, je n'ai peut-être pas reçu l'éducation religieuse ad hoc. Mon esprit cartésien m'empêche de prendre en considération religions, gris-gris et phénomènes paranormaux sans une réflexion profonde, je peux néanmoins me sentir bien dans ma peau en me sentant presque "athée" (qui nie l'existence de Dieu) mais avec tendance "agnostique" (qui déclare l'absolu inaccessible). Avoir une foi est nécessaire, mais est-ce par l'intermédiaire d'une religion? L'Eglise a donné des collèges, des écoles salésiennes, des universités et ceux qui y ont passé leurs années de jeunesse ne le regrettent en général pas. J'ai seulement pris une autre voie. Cela étant dit je n'ai aucun problème à vivre ni à comprendre que d'autres ont des idées plus religieuses que moi. Ma tolérance est totale et j'en espère autant de ceux qui ne partagent pas mon absolutisme non religieux. J'aurai par contre une aversion notoire à l'encontre de fanatismes, d'intégrismes de toutes doctrines. Je sais que le sujet est sensible et que je pourrais vexer certains par mes convictions intimes, mais telle n'est pas du tout mon intention. Je vous parlerai donc franchement et si vous ne pouvez pas le supporter changer de page sans hésitation. Je n'y verrai aucun mobile à polémique. Le pluralisme d'idées est un dogme pour moi. Avoir la foi dans la religion me paraît une trop belle chose pour oser la spolier par des idées extrémistes ou non permissives que je n'aurai jamais. La générosité, le besoin de faire le don de soi et le bonheur autour de soi, accompagnent le plus souvent la foi. Mère Theresa, soeur Emmanuelle, les missionnaires ont voué leur vie à la reconstruction de ceux que la destinée avait fait naître dans des endroits déshérités. Les vocations apportent l'essence à la vie qu'elles soient scientifiques ou pédagogiques. Sans la religion, nous n'aurions pas connu les chefs d'oeuvres qui se sont érigés dans les cathédrales, les églises, les musiques de Haendel et bien d'autres, dans l'art en général. Et c'est aussi à mettre à l'actif.
 

"Connais-toi, toi-même", répétait Socrate.


La foi religieuse, je ne l'ai pas, voilà tout. Je n'en ai pas le réconfort non plus. Etre convaincu dans le fond de soi de l'existence d'une vie meilleure ailleurs doit être rassurant et apporter le parachute aux soucis de la vie et à l'inéluctable fin. Parmi tous les acteurs vivant sur terre, l'Homme est seul conscient de la fin de sa vie et cela ne lui apporte pas nécessairement la tranquillité.
Les animaux n'ont pas besoin de savoir si Dieu existe. Ils savent d'instinct que l'espèce dont ils font partie doit être protégée. Grégaires, ils se protègent mutuellement, ne s'entretuent pas (ou très exceptionnellement), se reproduisent à heure et à temps en s'autorégulant quand leur population sort de l'harmonie qu'ils ont avec la Nature.

La prière est là pour rendre grâce à Dieu dirait un ecclésiastique. Je répondrais que l'on peut se retrouver en état de prière sans en déclamer les mots mentalement. Ma prière, s'il faut l'appeler ainsi, serait de sacraliser la Nature, souvent chef d'oeuvre en péril. Le bonheur vrai est à ce prix. Souvent, on perd de vue le mode d'emploi. Le "Carpe diem", que je préconise comme guide, ne comprend pas d'idée matérialiste. Le bonheur, qui en découle, ne se retrouve pas par l'intermédiaire de l'argent mais par le plaisir de vivre avec son entourage humain ou naturel, avec motivation de l'y chercher. Quand à prier pour d'autres à distance, je préférerais vraiment leur apporter mon aide personnelle en direct sans passer par des intermédiaires.
 

"Il est plus difficile de devenir chrétien quand on ne l'est pas" disait Kirkegaard


L'Eglise, je la fréquente le plus souvent en tant que touriste à la découverte de ses beautés ou lors de mariages et d'enterrements. Le "folklore" religieux qui tourne autour de la messe, avec le rite, l'encens et les cantiques ne me laisse que très peu sensible face à l'événement qu'elle célèbre. Je dirais même que les rappels de chapitres de la Bible qui sont souvent lus lors d'enterrements pour apaiser la douleur des défunts me semblent fort éloignés de la tristesse de ceux-ci. Les problèmes intimes pourraient-ils d'ailleurs trouver réponse d'une manière constante par une "fable" aussi belle soit-elle? Mais je ne peux qu'espérer me tromper.

Ce n'est de toute manière pas la preuve par Dieu ou même par trois en y ajoutant le Saint Esprit. 

L'éducation chez les Jésuites a laissé des marques indélébiles chez beaucoup d'adultes d'aujourd'hui et de demain et je dirais que l'enseignement religieux ne devrait apparaître et être proposé à l'écolier que très tard dans sa jeunesse sous peine d'en devenir dogmatique et non assimilé. Cette formation jésuitique poursuit ses disciples par sa méthode et son endoctrinement. Ses disciples ressentent de faire partie d'une élite, d'une intelligence supérieure voulant dominer la pensée. Ils se reconnaissent et ils sont appréciés par les Sociétés qui voient en eux un esprit rigoriste. En général, les anciens étudiants ne regrettent pas cette formation mais bien son endoctrinement.

Blaise Pascal parlait de trois mondes: le corps (la beauté, la richesse), l'esprit (l'intelligence) et le coeur (la charité). Les Hommes ont leurs champions dans ces trois catégories. Si cela fait partie du pluralisme de notre monde, il n'en demeure pas moins que ces trois groupes ne s'entendent qu'après avoir mis la hache de guerre au vestiaire.
Alors, allons-y après ces prémisses de mise au point.

  • Premier principe dogmatique défendu par la plupart des religions: Dieu aurait créé l'Homme. Mon interprétation serait plutôt inverse.
  • Pourquoi une religion plutôt qu'une autre aurait-elle d'ailleurs une doctrine plus proche de la vérité? Le Dieu n'est pas toujours le même et, si ce l'est, Il n'aura pas la même manière de "vendre" son message. Jean-Paul II répond "Dans chaque religion, il y a une parcelle de vérité". Cela n'aide pas vraiment le candidat croyant pour rester intègre dans son choix. Le doute s'est souvent installé puisque l'histoire est pleine de schismes religieux qui ont disloqué cette parfaite harmonie de surface.
  • Sans vouloir dire que cela soit un mal, les religions, qu'elles le veulent ou non, font une ingérence dans les esprits et le subconscient de ses fidèles et parfois, envahissantes, leur impriment une manière de vivre absolutiste, très rigoriste et très peu libertaire. L'endoctrinement est le départ du bon futur de la religion.
  • Sous la protection du secret suprême, le croyant s'adressait jadis à la prêtrise par la confession de ses péchés intimes. Des prêtres qui ne sont que des hommes avec bontés et travers. Cette confession a souvent servi au rachat de ses fautes, de son âme et fut considérée comme un exutoire à toutes nos faiblesses.
  • Dommage que Jésus n'a pas eu l'envie d'écrire sa vie lui-même. Que d'interprétations de son message auraient été évitées!
  • La Résurrection du Christ et l'Immaculé Conception de Marie me semblent inactuels et déconnectés des préoccupations de notre époque. Anecdotes pleines d'optimisme certes mais sans réel point d'appui, ni de récupération à l'usage des fidèles d'aujourd'hui. Impressionner les foules par de l'inimaginable, du merveilleux a souvent été le fond de commerce des Eglises.
  • Les miracles ne s'expliquent pas. Intervention divine? Les critiques de la science n'ont pas bonne presse dans les relations avec la religion. Lourdes, Saint-Suaire, stigmates et pseudo-miracles exploitent surtout le besoin du merveilleux des sociétés humaines. On pourrait dire "Le miracle, c'est d'y croire".
  • La canonisation et la béatification des saints n'est pas une opération aussi innocente qu'il n'y paraît. Le nombre de "Bienheureux" a augmenté de manière exponentielle. L'homme, un être qui se bonifierait?  
  • La manière de concevoir la spiritualité dont je me sens personnellement la plus proche est celle qu'avaient les hommes qui observaient la nature dans sa beauté, sans toujours la comprendre mais en la respectant et craignant ses excès. Saint François d'Assise a écrit le "Cantique du frère Soleil ou des créatures" et y voyait également une représentation naturelle mais il l'associait à Dieu. L'abbé Henri Breuil en faisait la même approche. L'habitude de tout humaniser, de tout personnifier et de donner visage humain à toutes nos angoisses se résume à tout réduire à notre échelle et une preuve de la normalisation d'un certain nombrilisme (création de l'Homme à l'image de Dieu).
  • En disant cela, je n'engage bien sûr que moi dans cette vision de l'homme en relation avec sa vie et son destin de mortel. Avantage ou inconvénient ? Stressante ou effrayante, la foi pourra aider à la résolution de ce problème existentiel majeur de savoir la raison de notre présence sur Terre et de notre disparition après la vie puisqu'il devrait apporter l'espoir d'une autre vie après la mort. Dieu, d'après la Religion, aurait donné à chacun d'entre nous une chance de le trouver tel un billet de Lotto pour le bonheur. A chacun de savoir s'il est joueur ou non.
  • Le cinéma n'est pas resté absent d'opinions contestés: "La Passion du Christ" de Mel Gibson, "La dernière Tentation du Christ" de Martin Scorses, "L'évangile selon Saint Mathieu" de Pier Paolo Pasolini n'ont certes pas passé inaperçus. La "Guerre des Etoiles" reste le plus caricatural qui oppose le Bien au côté obscur du Mal.

Nous avons eu le bonheur d'apparaître l'espace d'un instant dans la dimension du temps galactique sur une planète qui miraculeusement permettait la vie. Assumons-là au mieux de nos humbles moyens dans la plénitude de nos idées religieuses ou athées, ces dernières qui, à y réfléchir, font également partie d'une 'religion'.
Notre existence nous a seulement été prêtée !

C'est Dieu qui a inventé la vie, Ok.

Rien que pour cela je l'en remercierais.  

 

L'enfoiré,

 

Bientôt, dernière partie "Ciel pour horizon (3)".

 

Citations: 

  • "Toutes les religions ont eu leurs mystères, et il semble que, sans cela, il n'y aurait point de religion.", Charles de Secondat
  • "Ce n'est pas le doute, c'est la certitude qui rend fou", Nietzsche
  • "Si Dieu existe, il est malade mental", Benoît Gagnon 
  • "S'il est un Dieu, pourquoi Dieu permet-il le mal ? Question naïve. S'il est un Dieu, pourquoi obéirait-il à notre morale ?", Thierry Maulnier
  • "Le pape est l'avocat de dieu. Dommage que son client soit mort", Francis Picabia

A voir: Les Images sont elles pieuses?

Commentaires

Salut O Enfoiré pharaonique,

Ton texte est bienheureusement inquiétant.

Je veux dire que tu y mets tant de ta sincérité, que tu ébranlerais la foi même du pire mécréant qui se cacherait sur le trône du Pape lui-même. Ce qui n'arrive jamais, et pour cause. Les marches sont progressives et bien-gardées.

Mais, j'ai bien vu le magnifique lapsus que tu as laissé, en manière de petit caillou blanc qui te mène à retrouver ton chemin pour sortir à l'intact de ce bois-là, de cette croix-là.

Quand tu dis à la fin de ton article "Rien pour cela je l'en remercierais." au lieu que tu ais écrit "Rien que pour cela je l'en remercierais." Qui ? Dieu que tu ne remercies pas, en fait. Et parce que vraiment tu doutes non-pas de son existence mais de ses causes à l'existence : est-il une image ou un être ? Voilà la question que se pose le pape lui-même. Hormis que Baudrillard pense que le Pape sait, et que forcément il serait même le seul à savoir que Dieu n'existe pas, puisque il faut bien qu'il l'apprenne, ou qu'il le comprenne sur ce sommet-là.

Et donc, si Dieu existait effectivement, ton article aurait le mérite de préciser ce détail d'importance, que : Dieu lui-même n'aurait pas jugé utile, ou ne serait pas parvenu à corriger, et depuis l'invisible, ton lapsus si dénonciateur de tout l'édifice des croyances pâtissées en millefeuille.
Ce qui est franchement un indice de son pire "laisser-aller".

De toutes les façons, tu n'avais aucune chance d'être canonisé par le saint suaire lui-même. Car, tu es, d'une part, un Enfoiré, et d'autre part tu parles trop sincèrement pour savoir mentir à ce degré, au premier rang, qui est exigé pour un tel office de sainteté recevable pour ce concours par les temps qui courent vite.

A l'occasion, nous boirons un coup ensemble, pour défêter ça !

Ton drouguy le Demian West

Écrit par : demian west | 09/04/2006

Mon drouguy,
Merci, En effet, c'est le genre d'article que j'écris après m'être laver les mains à la javel, par en dessous et par dessus. Je respecte les idées même si je ne les partage pas. Nous avons, en Belgique, un humoriste (Pirette) qui a fait un sketche dans lequel il jouait le rôle du pape et qui tombe sur une encyclique oubliée qui lui révèle l'inexistance du "patron". Je te le conseille. Un article intitulé "Le miracle, c'est d'y croire" (résumé d'une émission tv) est en attente de parution sur Agoravox. Suite (3) et fin bientôt.
A+

Écrit par : L'enfoiré | 09/04/2006

C'est grâce à l'abbé Breuil, inventeur de la préhistoire telle qu'on la connait aujourd'hui, qu'il existe un homme antédiluvien (Neandertal, qui du reste n'est pas notre ancêtre génétique). Alors l'église en effet a ses vertus. Quid des philosophies ? (aspect seulement ébauché dans ton texte, M. alias l’Enfoiré) Elles nous apprennent qu'elles sont elles aussi, à certains égards une religion, dans le sens où leur dessein est de nous faire oublier notre finitude, à l'instar des grandes religions (c.à.d celles qui ne sont pas taxées de secte, ce qui ne prouve pas qu’elles en soient). Le gros avantage des religions sur la philosophie, c’est qu’elles permettent de blanchir les pécheurs, les irréligieux eux doivent vivre avec le poids de leur conscience. C’est incontestablement un atout dans la vie, que de pouvoir faire toutes les saloperies possibles, sachant qu’on sera pardonné (en tous les cas les chefs de services sont souvent croyants). J’espère qu’on me pardonnera ces quelques mots relaps, car je ne les emmènerais pas au paradis !

Écrit par : fabien | 10/04/2006

"Premier principe dogmatique défendu par la plupart des religions: Dieu aurait créé l'Homme. Mon interprétation serait plutôt inverse."

je suis presque d'accord avec votre interprétation, à la nuance près que nous parlons ici du "Dieu-créateur", certains l'appellent même le Créateur.

l'homme aurait donc créé (ou inventé, ou rencontré) le Dieu-créateur, pourquoi pas? la théologie, après tout, n'est autre qu'une science suggestive.

Écrit par : sunny walker | 09/05/2006

En période de crise, on en parle plus.
http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/dieu-l-etre-et-le-neant-et-le-91404

Écrit par : L'enfoiré | 29/03/2011

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