« 2008-02 | Page d'accueil | 2008-04 »

24/03/2008

Le choix du danger

 retro-chine-reporter.jpgCette fois, à Olympie, elle est partie la flamme olympique pour 137.000 kilomètres. Elle transitera par Lhassa, est-il ajouté. Les jeux de 2008 sont la vitrine des réalisations chinoises sur la scène internationale mais ils ont, surtout, une dose de « politique » qui a, semble-t-il, été sous-estimée lors du choix de Pékin. Les événements récents du Tibet n'en sont qu'un début.

Le choix de Pékin pour les JO était-il judicieux le 6 septembre 1999? Mais qu'est-ce que les Jeux Olympiques vont-ils aller faire dans cette galère? La situation politique était connue de tous au moment de ce choix. Pas de surprise, donc.

Cette course éperdue vers le modernisme, commencée en 1999, entammait, inexorablement, une autre vers des problèmes internes et externes au niveau politique et économique. L'explosion de la population tibétaine et celle du commerce sans règles de partage équitable étaient programmées.

Déjà dans la Grèce antique, la politique avait eu son mot à dire. La Pythie conseilla au roi Iphitos d'Ellis d'"occuper les esprits" de la population grecque en réinstaurant, à Olympie, les jeux sportifs, tombés en léthargie. Jeux qui étaient "naturellement" chers aux dieux, mais aussi aux dirigeants. Rétablir la paix en était le but officiel. Le roi de Sparte, son ennemi, fut dès lors son ancien ennemi et nouveau mentor.

Pierre de Coubertin, lui, fondateur des Jeux Olympiques modernes, risque fort de se retourner dans sa tombe. Ses jeux moderne, il les voulaient apolitiques. En 1896, la Hongrie envoya une délégation aux frais de l'Etat, en signant ainsi son indépendance vis-a-vis de l'Autriche. Le nationalisme fait partie intégrante de tous les JO pour montrer ses différences par une indépendance d'idées. Les médailles ne seraient que les récompences exacerbées d'avoir porté le drapeau de la nation et que la démonstration de la force potentielle en temps de guerre. Avec le temps, les JO sont devenu aussi commerciaux. A Amsterdam en 1928, la flamme olympique fut allumée par un employé de la compagnie du gaz. En 1936, plus de doute, c'est la propagande d'Hitler à la gloire du racisme en contradiction avec l'idée olympique qui prend le relais. Avery Brundage, président du Comité Olympique américain s'opposa à un boycott américain, première édition. Ce qui n'empêcha pas l'aryanisation de la sélection des athlètes et les 4 médailles d'or de Jesse Owens qu'Hitler ne pouvait pas se résoudre à applaudir. En 1940, l'organisation des JO japonnais fut annulée et envoyée à Helsinki après l'invasion nippone de la Chine. La Finlande dut annuler à son tour pour cause d'invasion russe. En 1948, Allemagne et Japon étaient exclus d'office à Londres. En 1956, boycott à Melbourne par l'Egypte, l'Irak et le Liban avec un parfum de canal de Suez. En 1980, Jimmy Carter déclina l'invitation aux jeux de Moscou et la Belgique ne versa pas un franc à sa délégation sportive qui défila sans couleurs nationales. En 1984, revanche de Moscou à Los Angeles. Des incidents plus violents commencèrent en 1968 avec les Black Panthers à Mexico et surtout en 1972 avec les attentats. Pour 2008, le Tibet et Taïwan sont interdits de jeux pour répondre à la question de savoir qui sont les maîtres du jeu politique dans la région.

789879332.jpgAvant l'occupation chinoise, le Tibet comptait 6 millions de Tibétains. Aujourd'hui, il n'en compte que 2 millions seulement. Contrainte à l'assimilation chinoise et les stérilisations larvées, Lhassa subit une pression telle qu'elle ne compte plus que 50.000 de Tibetains au milieu de 150.000 Chinois. Une réédition de David contre Goliath s'est engagée avec la peur téléguidée, par le dalaï-lama en exil, sur la communauté internationale. La Chine, trop intéressée par le réservoir d'eau en provenance de l'himalaia, ne cèdera pas facilement cette province trop intéressante. 

Tous les pays du monde, occidentaux comme orientaux, ont été impliqués pendant les dix années qui précèdent et ont ressenti les effets néfastes pour leurs économies suite au choix de la Chine.

Pour réaliser une percée fulgurante, telle que l'a fait la Chine, elle a dû rechercher de plus en plus de moyens financiers pour sortir le pays d'un certain passéisme et payer cette reconnaissance sur la scène mondiale à coups d'efforts surhumains. Les Chinois, peuples pacifiques, se sont vus contraints de se serrer la ceinture et de resserrer les boulons du travail forcé avec pugnacité. L'occident, dès lors, s'est ressenti, dans le même temps, noyé par les produits à bas prix envoyés par la Chine. La bulle spéculative de 2000 n'est peut-être pas étrangère. Les pays occidentaux tentent toujours de s'en sortir de crise en crise et se perd en conjectures pour trouver la parade. Quelque uns vont tirer leur épingle du jeu. Multinationales en générales. Business is business. Les compagnies équipementiaires Adidas, Nike par exemple. Les droits de télés et de l'informatisation probablement.

En contrepartie, cadenassé par le pouvoir en place, pas grand chose de positif sinon une fierté innocente et soumise de la population chinoise. Pas de progrès dans la reconnaissance des Droits de l'Homme et du bien être de celui-ci.

Un environnement saccagé, aussi, à la gloire du succès de quelques uns.A Pékin, là où les jeux vont avoir lieu, la plupart des vieux quartiers ont été rasés. Les pittoresques hutongs ont été remplacés par du béton et du verre high tech toujours plus haut. Un million de personnes ont été expulsées de leur maison. La Cité interdite, avec ses palais impériaux, ne sera-t-elle là que comme seul vestige pour le folklore et pour la nostalgie? Est-ce une honte de ce passé et d'un patrimoine tellement apprécié par les touristes d'aujourd'hui ?

Le tape à l'oeil pour éblouir le monde se voulait à la pointe de la modernité et oublier le passé. Point. Après l’esprit révolutionnaire de Mao, plein feu donc sur le développement capitaliste avec le dynamisme et l’ambition extraordinaire compensé par un capitalisme qui ne fait plus l'unanimité chez ses précurseurs occidentaux. Sur une surface de plus de 9,5 millions km2, un demi milliard de Chinois y vivent une véritable révolution dans cette mégalopole avec, pour seul obstacle majeur pour les Jeux tout proches, la langue du mandarin, ses innombrables dialectes et l'écriture en pictogrammes quasi insurmontable pour l'occidental qui viendra assister à ces jeux. Dans ce cas précis, on pourrait penser que le forcing de l’étude de l’anglais comme moyen de communication ne serait pas un outil rêvé pour garder le gouvernail dans les mains du gouvernement. Rendre la langue chinoise plus populaire aux étrangers voulait se caractériser par un prosélytisme patronné par Confucius comme haute valeur ajoutée, était-il dit comme incitent. Certains mots chinois resteront probablement intraduisibles. 

Le néo-capitalisme est bien là, avec de bons instructeurs, mais sans avoir trouvé l'ouverture nécessaire. Une profonde soif de stabilité et de tranquillité d'une grande part de la population chinoise existe pourtant pour contrer cette révolution voulue par le parti. Il est clair que cette « révolution » technologique a engendré des dégâts stupéfiants pour l'environnement en seulement dix ans. Le fossé entre riches et pauvres n'a fait que croître dans cette urbanisation folle.

1384659679.jpgDepuis, les travailleurs chinois se nourrissent, désormais, avec le bol de riz providentiel, mais ne profitent pas de cette croissance arrivée bien malgré eux. L'image de la bicyclette qui, une fois en marche, ne peut s’arrêter sans tomber, revient dans les esprits. 

Les Droits de l'Homme seront probablement mis entre parenthèse à l'ouverture des JO. En confiant à Pékin l'organisation des Jeux, on contribuerait au développement des droits humains. On commence à se poser la question de la justesse de cette décision et de cette pensée unique.

Pour obtenir quelques clés d'accès à l'empire du milieu, Google, Microsoft, Amazon, Cisco ont accepté de se plier aux exigences du gouvernement chinois. L'objectif financier important, révélé ainsi, contrastait avec les discours des années précédentes. Suivant le credo du "web démocratique", cette collaboration mettait l'éthique en porte à faux. Un moteur de recherche www.google.cn existe, oui, mais pour rechercher quoi, qui et pour qui s'il est 1384659679.2.jpgbridé à la base? "Quand Google voit rouge..." et dénonce cette restriction d'accès.

 

Alors, s'approchant de la date fatidique des JO, les réactions commencent à tomber en cascade.

Un détail bénin, en apparence, mais piquant tout de même Spielberg et Mia Farrow claquent la porte à l'ouverture de JO.

La pollution et la chaleur moite, autour de Pékin, seront-elles du goût des athlètes? Il y a déjà des renoncements à participer.

retro-chine-jo2.jpgLe Tibet et Taïwan n'ont pas été admis par la Chine à présenter une délégation spécifique aux 2 pays aux JO. Taiwan a voté pour un plus grand rapprochement avec la grande Chine.

584197238.jpgA Lhassa, les violences ont commencé. Les autorités chinoises n'ont pas manqué de renvoyer la faute à "la clique du dalaï-lama lama". Quand on muselle la presse (Youtube est censuré en Chine) difficile de donner foi. La tension continuera. On accuse l'autre qui ne peut rien prouver. Des attentats contre les JO et même à Bruxelles ne seront que les catalyseurs de mouvements de fond d'une population qui a perdu tout espoir. Ce n'est pas le dalaï-lama en exil, qui pourra maintenir le grondement sourd de la population tibétaine. Alors rien de plus contagieux que la colère.

Protectorat de la Chine jusqu'en 1912, le Tibet s'est vu récusé unilatéralement sa suzeraineté par la Chine. Le respect des minorités, les invasions chinoises, pas de partage de la richesse ne semblent pas émouvoir le grand frère.

Presque simultanément, le 12 mars, pour noyer le poisson, Washington avait retiré la Chine de "sa" liste des "pires violateurs systématiques des droits de l'Homme" sans demander l'avis de ses partenaires. La Chine est la banque des États-Unis et cela explique peut-être.

Le 8 août 2008 à 8 heure, Jacques Rogge, président du CIO, accusé de Ponce Pilate, aura bien du mal à faire passer dans son discours d'ouverture l'image des JO comme un "catalyseur de changement en Chine" face aux ONG qui ont plutôt le mot "génocide" en tête.

Ne fallait-il pas installer des règles plus précises d'inscription aux Jeux?2010466867.jpg

Les Jeux Olympiques ont toujours été considérées en théorie comme parenthèses pour la paix. Dans le cas, c'était prendre des risques et penser que l'histoire et les réalités n'existent pas.

Alors, boycott des jeux ou non, devient la question urgente.

Il faut seulement ajouter que même les dissidents chinois ne sont pas favorables à un boycott systématique et désirent que les JO aient lieu pour faire parler d'eux. Certains sportifs étrangers veulent y aller. Les étrangers vont-ils être canalisés ou pourront sortir de l'enceinte drillée autour des lieux de rencontre des jeux? Bloquer Internet, peut-être, la parole entre deux individus, c'est déjà diablement plus difficile.

Il n'est plus possible de fermer les yeux sur la politique aujourd'hui. Les athlètes suivent le drapeau du pays qui les envoie. Alors, lutte entre Droits de l'Homme et argent. Y a-t-il vraiment photo pour la conscience d'un homme?

Une parole de Mao Zedong est écrite en marbre pas de loin de Pékin "Recherchez la vérité par l'examen des faits".retro-chine-jo3.jpg

Ce n'est pas ce qui a été fait dès le départ.

Il faudra l'assumer, aujourd'hui, mais avec le plus de fermeté. 

Sera-ce par un chantage à la présence des délégations qui pourrait trouver écho à un changement de politique plus en rapport avec le bien commun? Sera-ce une réédition des jeux de 1968 dans le style "Black Panthers" avec le poing lévé? Mais, surtout, ne pas verser dans plus grave encore comme à Munich en 1972.  La fin, dans ce cas, ne pourrait justifier les moyens et laisserait un goût amer à ce qui n'est, en somme, que des jeux.  

Mais, le dilemme est bien là: "Stop ou encore?"

Mais, surtout, sportez-vous bien.

 

L'enfoiré,

Le Panda jouera-t-il en jaune? 

 

Citations:

  • « Le sport est l'espéranto des races », Jean Giraudoux

  • « Je crois avoir identifié les raisons de l'extraordinaire engouement de mes contemporains pour des sports qu'ils n'exercent pas personnellement. C'est un folklore que la caution de quelques intellos finit par transformer en patrimoine. », Philippe Bouvard

  • «  Pratiqué avec sérieux, le sport n'a rien à voir avec le fair-play. Il déborde de jalousie haineuse, de bestialité, du mépris de toute règle, de plaisir sadique et de violence ; en d'autres mots, c'est la guerre, les fusils en moins. », George Orwell

Mises à jour:

 25-4-2008: Rencontre entre emissaire dalaï lama et la Chine906874421.jpg

19/03/2008

Du fer en boules

1611181988.jpgDans moins d'un mois, il y aura cinquante ans que l'Exposition 1958 ouvrait ses portes à Bruxelles et ça se fête. L'atomium reste un des deux seuls représentants de ces moments de joies. "Progrès et bonheur" comme fil rouge de cet évènement de taille internationale. Qu'en reste-t-il dans ce futur du 17 avril 2008 ? Certainement pas de la petite bière? De la nostalgie, aussi.

 

Je vais, en effet, vous parler d'un temps que les moins de cinquante ans ne peuvent pas connaitre, oserais-je dire pour pasticher La Bohème de Charles Aznavour en l'étirant un peu dans le temps.

Ce n'est pas par assaut de nostalgies que j'aborderai cette époque. Chacune d'elles, ont eu leurs malheurs et leurs bonheurs. L'époque de l'Expo 58 n'était peut-être pas plus rose, mais, elle voulait seulement faire une parenthèse avec comme principe de base "Bâtir un monde à dimension humaine". La course aux armements dans le monde prenait des vacances. La colombe se proposait de protéger les 2,8 milliards d'êtres humains de l'époque. Le père Dominique Pire reçoit le prix Nobel de la Paix. La fin du monde n'effleurait encore aucun esprit. Le sentiment était, tout au contraire, que tout allait aller de mieux en mieux. Les buts officiels dans l'exercice: doper la reconstruction, la croissance économique et aussi réunifier la Belgique.

Essayons par quelques anecdotes, quelques évènements du monde d'expliquer l'euphorie de cette population belge toujours très consciente d'habiter un petit pays mais qui avait déjà une expérience dans l'inauguration de plusieurs expositions, depuis son indépendance.

Ce rassemblement de nations, aussi important, était-ce un miracle, comme on le pensait un peu?

L'Exposition universelle de 1958 ouvrait donc ses portes le 17 avril 1958. Trois jours avant l'ouverture, un américain avec le ticket n° 1, patientait devant l'entrée, pour marquer le coup et se rappeler ses heures d'attentes dans ses souvenirs les plus profonds.

A l'inauguration, 20 mille ballons prenaient leur envol.

Bruxelles "brusselait" entre les deux dates comme disait Jacques Brel. 42 millions de visiteurs allaient déambuler à pied et, aussi, en voiturettes envoyées dans les airs entre les pavillons. Ces visiteurs découvraient le monde dans le concret pour le confronter avec leurs rêves les plus fous. On se mettait sur son 31 avec le costume du dimanche pour aller à l'Expo. Tous les jours, il y avait des attractions, des vedettes qu'on allait pouvoir voir de plus près et puis, aller danser le soir jusqu'aux petites heures.

Six mois plus tard, l'Expo 58 fermait ses portes dans la liesse et avec un bal gigantesque qui avait duré toute la nuit du 19 au 20 octobre.

293 hôtesses de 14 nationalités, parmi 3000 candidates, avaient été engagées pour guider visiteurs étrangers ou belges. Pour cela, elles devaient être au top. On avait inventé le métier d'hotesse pour l'occasion. Quand quelques unes, d'entre elles, avaient osé prendre le soleil sur le Palais 5 et ce fut, pour elles, la porte de sortie.

Le Palais 5 faisait partie du Heysel (il le fait toujours). Il existait depuis l'exposition de 1935. Il était seulement décoré autrement pour donner plus d'éclat.

La voiture prenait de plus en plus du galon et des travaux colossaux que l'on a appelé "bruxellisation", entamèrent les fondations et la tranquillité de Bruxelles. Des boulevards, des tunnels, des autoroutes urbaines voyaient le jour pour accélérer l'accès. Construire viaducs et tunnels correspondait à des centaines d'arbres abattus sur les plus belles avenues de la capitale. Belgique encore unie, sans idée de scission avec gouvernement central et des gouverneurs de provinces comme organisation mais un Mouvement flamand renaissait. Trop français, Bruxelles? Trop chrétien aussi. Le pluralisme était tout bénéfice pour les libéraux progressistes dans ses fondements. Émancipation des femmes et des jeunes s'en est suivi. Une manifestation contre le gouvernement Van Acker, socialiste-libéral qui tomba au pied du Pacte Scolaire. L'école de l'État gratuite contre l'école catholique subsidiée. Cours de morale et de religion par choix dans une compromis à la Belge. En ces temps-là, les gouvernements se succédaient à un rythme accéléré.

Difficile d'imaginer un temps comme celui-là pour les jeunes d'aujourd'hui. Une nouvelle société de consommation sur les premiers pas de la mondialisation naissait, soutenue par un capitalisme triomphant, une grosse industrie sidérurgique, un colonialisme encore florissant.

Quelques événements du monde donnent le cadre international. De mai à juin: soulèvement d'Alger, le président Coty rappelait Charles de Gaulle qui lançait par une première allocution télévisée française, son "Je vous ai compris" à Alger. En Juillet: création de la NASA et Khrouchtchev qui allait en Chine. La Chine se lançait vers un grand bon en avant avec le Grand Timonier Mao. En septembre: la 5ème République était votée en France. Castro renversait Batista à Cuba.

La littérature à l'époque était féconde. Boris Paternack recevait le Nobel de la literrature.

En ce temps-là, tout semblait possible. La fin du monde, on en revenait et on voulait oublier. L'an 2000, on n'imaginait pas du tout ce que ce serait. L'industrie y était poussée par le progrès. C'était le temps du hula-hoop, du Rock 'n' Roll. Le chargeur de disques 45 tours, le distributeur de Coca Cola, le rasoir électrique, l'avion à réaction, les bas nylon étaient arrivés pour révolutionner la vie de tous les jours des hommes et des femmes. La maroquinerie Delvaux commerciale le classique "Brillant" qui existe encore de nos jours.

Dans le "poste", on entendait Elvis Presley sous les drapeaux, avec "King Creole", Buddy Holly avec "Peggy Sue", Nat King Cole et bien d'autres avec leurs rythmes endiablés.    

Sur l'écran de cinéma, l'idole était James Dean. "Vertigo" d'Alfred Hitchcock, "Ascenseur pour l'échafaud" de Louis Malle et "Mon Oncle" de Tati crevaient les écrans. Le tourisme de masse commençait à dépasser les vacances à Ostende et Blankenberge. Une société de plus en plus permissive voulait se partager entre sciences et techniques.

Le prix d'entrée de l'Expo 58 était loin d'être gratuit (30Fb soit 5 euros) avec le pouvoir d'achat de l'époque mais comprenait l'accès à l'atomium. Les abonnements jeunes ne parvenaient pas à réduire suffisamment la facture. Mais, le temps et l'argent ont toujours manqué, on y allait, donc, avec parcimonie lors de grandes occasions. Le tour en voiturettes, en pousse-pousse, sous le patronage d'hôtesses se payait la somme de 60 Fb, l'équivalent d'un euro cinquante mais qui avait diablement plus de poids qu'aujourd'hui. Le sandwich au fromage: 0,25 euros. Une bière: 0,5 euros. Madame pipi, elle demandait 0,05 euros. Le salaire s'établissait souvent bien en dessous de 150 euros par mois. Toujours de bas salaires mais, tout de même, avec une croissance de 5% par an. La population belge comptait, néanmoins, 7% de chômeurs. Des heures de travail s'élevaient souvent au dessus de 50 heures par semaine. Les prix des choses de la vie courante étaient à l'avenant, bas, peu nombreux mais on commençait à pousser à la consommation, en donnant de plus en plus de moyens. L'inflation allait prendre le relais très bientôt. On apprenait pour la première fois, ce que pouvait dire le mot "pickpocket". Ceci explique peut-être cela.

Des appareils électroménagers sortaient progressivement des usines. Tout en rondeurs en streamline. Chers et parfois totalement hors des normes de sécurité et du pratique connu aujourd'hui. Ce n'était pas encore le paradis, mais il y avait un espoir dans le futur. Le bonheur primaire, lui, sortait son bout du nez par l'annonce ressentie par la baisse des servitudes pour l'homme en général, pour la femme en particulier.

Les invitations pour 51 pays avaient été lancées de par le monde. 43 nations présentes qui allaient présenter ce qu'elles avaient de meilleur. L'Inde, la Chine, le Pakistan, l'Indonésie, la Roumanie et la Pologne avaient décliné l'invitation. Plus de 10 milliards de francs belges dont huit pour les pavillons. Un palais des Sciences qui contient des objets exposés pour un autre milliard. Un millions de mètres carrés pour l'ensemble.

La hache de la guerre froide des deux grands avait été enterrée. Les USA avait refusé d'arrêter les essais nucléaires et l'URSS annonçait l'arrêt. Les pavillons de l'URSS et des USA s'observaient à faible distance, en chien de faïence, avec le gigantisme comme liens. Pour le premier, le message principal à donner au monde était « A l'Est tout va bien ». Rassurer les occidentaux et émerveiller par des performances techniques encore très récentes dans l'espace. Pour cela, une réplique de Spoutnik I et une représentation de la capsule de la chienne Leïka, première passagère de l'espace, étaient là pour appuyer les efforts du collectivisme russe. Tout cela, sous l'oeil de Lénine qui regardait la charrue en bois de Nicolas II s'effacer par la technologie défendue par Khrouchtchev à coups de talon de chaussures à la tribune, si besoin. La propagande et les services secrets, des deux côtés, fonctionnaient à fond. On se souvenait d'une phrase que Khrouchtchev avait prononcé quelques années auparavant aux occidentaux "Nous vous enterrerons tous".

Le pavillon rond des USA, lui, allait présenter le côté « relax de l'American way of life» dans des shows perpétuels. Le visiteur était accueilli par la voix enregistrée d'Eisenhower. Ike, avait sa nouvelle machine à voter pour épater la galerie. Essais de télévision couleur avec défilés de mode, vedettes de tous horizons (Loren, Douglas, Bardo, Schneider, Delon, Elington ...), personnalités qui défilaient sur une rampe intérieure. Des cavalcades de cowboys et d'indiens à cheval faisaient partie du show. Le Hamburger, l'apple pie et l'ice cream étaient là pour donner l'envie dans le futur. Un théâtre rond annexe faisait tourner les têtes en présentant le cinéma sur de multiples écrans apportant l'idée au visiteur qu'il se déplaçait dans le monde.

On faisait rêver. Aujourd'hui, le pavillon et le théâtre sont toujours là. Le premier en complet effritement, le second repris par la télévision flamande VRT.

Un détail, pourtant, après l'exposition: pour les indiens engagés pour les shows, personne n'avait budgeté leur retour et ce n'est que la Belgique qui décida d'en assumer les frais. C'est aussi le seul pavillon qui est toujours en place. Laisser à l'abandon, peut-être était-ce aussi, l'habitude de mettre tout sur orbite et d'oublier ensuite...

Un pavillon d'IBM poussait les premiers pas de l'informatique devant les yeux émerveillés des visiteurs. Avec ses décimales automatiques et son tambour magnétique, une machine qui avait la taille d'une petite voiture, sortait plus ou moins instantanément les événements mondiaux de votre date de naissance et répondait, sur cartes perforées, aux questions les plus idiotes auxquelles une calculette répond instantanément aujourd'hui. Des cartes postales rédigées avec la machine électrique à boule était perçu comme un jeu. Personne ne s'intéressait de savoir si leur carte postale arrivait à destination. La surprise n'allait pas jusque la vérification.

Le Congo, toujours belge, allait essayer de démontrer aux Belges que même là-bas, on savait apprécier l'art de vivre. Pas moins de 500 Congolais entouraient les 7 pavillons dédiés au Congo. L'année "1958" était aussi, le cinquantième anniversaire de la donation du Congo à la Belgique par Léopold II. Les missionnaires exposaient les "bienfaits" qu'ils avaient inculqués chez les "nègres" pendant les nombreuses années de la colonisation. Pour appuyer cet exotisme et impressionner les esprits, on avait ressorti les animaux empaillés du pays. La décolonisation était en marche mais, encore une fois, la parenthèse était ouverte. Deux ans plus tard, l'indépendance allait changer tout cela.

L'Amérique du Sud avec le Brésil, l'Argentine et le Mexique faisaient connaitre chacun leur vaste territoire et leur production. L'Asie avec le Cambodge, le Japon, les Philippines, la Thaïlande, l'Iran et l'Irak rappelaient qu'à l'Est aussi, il y avait du nouveau.

L'Europe présentait elle, toute sa technicité. La France avec un pavillon de l'architecte Guillaume Gillet qui faisait tenir tout l'édifice en un seul point contrebalancé par une flèche énorme. Des enregistrements de douze écrivains qui lisaient leurs textes, accueillaient les visiteurs du pays des Droits de l'Homme. La Belgique présentait son "Génie Civil". Flèche en béton d'une audace inouïe qui s'élançait dans les airs avec 80 mètres en porte a faux. Les Néerlandais reproduisaient artificiellement les vagues de la mer à l'aide d'une pompe ingénieuse pour oublier leur inondation du siècle. Le pavillon de la Tchécoslovaquie fut primé, contre toute espérance, comme plus beau pavillon de l'exposition.

La Belgique Joyeuse, village-bistrot, allait sortir ses plus beaux atouts pour montrer au monde que le "petit" pays savait bien faire les choses dans l'humour et la bonne humeur. Cent hectolitres de bière allaient être consommé à l'inauguration. Tradition et typique mélangés à une gastronomie ancestrale ponctuées par des farandoles ou par des bals arrosés d'Oberbayern Lowenbrau. Et on dansait tous les jours jusqu'aux petites heures du matin. La Belgique Joyeuse, rebelote, c'était une nouvelle ponction à l'entrée: 4 euros. La trompe de l'éléphant de Côte-d'Or attirait les enfants trop contents de la distribution gratuite de bonbons et de chocolats.

Des nouveaux riches allaient à l'Expo en Tatra, en Peugeot 403 ou en Daf 600 Variomatic, première voiture à transmission automatique ou en Vespa pour aller retrouver cette ambiance et espérer rencontrer les nouvelles stars que l'on n'appelait pas encore "people". A la maison, quelques télévisions en noir et blanc, bien bombées sur les bords, permettaient de voir ces images volées grâce à la petite antenne qui trônait au salon. Autant en profiter puisque les machines libéraient un peu de temps de la femme au foyer.

702627618.jpgIl y avait surtout l'atomium, cet atome de fer, le clou de l'Expo, au milieu de tous les pavillons, digne représentant de cette marche en avant. Pour père, André Waterkeyn, administrateur de Fabrimetal, il est décédé en 2005, mais son fils continue l'oeuvre du père. A l'échelle, agrandie 165 milliards de fois et haut de 102 mètres, l'atomium était le centre de cette exposition dont le plan rappelait furieusement la vache. Il représentait aussi les neufs provinces belges avec ses neufs boules chacune d'un diamètre de 18 mètres reliées par des tubes de 29 mètres. Les ascenseurs les plus rapides du monde à l'époque y transitaient, à l'intérieur, dans 3 mètres de diamètre.

Véritable Tour Eiffel de Bruxelles, il a pourtant manqué de disparaître comme tous les autres pavillons.

Cinquante ans depuis lors, donc, et cela va se fêter. On s'organise petit à petit.

L'année passée, il a subit sa cure de jouvence. Cet atomium est devenu inoxydable, depuis lors.du-fer-en-boules-eolienne.jpg

Mais, qu'est ce qui a bien pu, à l'époque, générer ce sentiment d'expansion tout azimut sans limites?

Simple, tout était à découvrir, à redécouvrir et à inventer. La surprise venait de chaque progrès de la technologie qui apportait tout à coup un apport inédit à la vie de tous les jours. C'est peut-être ce qui manque aujourd'hui, époque dans laquel, on ne parvient qu'à apporter de nouvelles versions de ce qui existe et cela sans émerveillement. Dans ce demi siècle écoulé, il y a eu des erreurs de parcours, beaucoup d'erreurs d'appréciation sur les conséquences d'une consommation mal contrôlée.

Lors de la mini-exposition organisée dans une galerie commerciale de Bruxelles, dont vous verrez les images en fin de l'article, je me suis promené parmi d'autres seniors qui rêvassaient devant les vitrines. L'envie de s'adresser la parole pour se décharger de leurs souvenirs, de leur fierté était bien présente.

La nostalgie d'un progrès accompagne l'avancée du temps mais efface la nouveauté dans ses souvenirs profonds. Cet article ne servait qu'à rappeler seulement qu'un autre mode de vie a été, un jour, possible. A vous, les jeunes, de ré-inventer votre futur. Vous en avez le potentiel comme toutes les générations. J'ai confiance en vous, une fois qu'on vous aura donné les possibilités et la finalité des projets.

Ne serait-ce pas une invitation à réinventer le monde? Quand je dis réinventer, ce n'est pas revenir à zéro sans l'expérience du passé, mais comme simple base de retranchement.

du-fer-en-boules-belgium-for-ever.jpgEn ce temps-là, à Bruxelles, c'est vrai, pour une fois, les "seniors", d'aujourd'hui, s'étaient étonné d'"avoir les boules" ailleurs qu'au niveau de celles de Manneken Pis et sans chauvinisme.

La grande crise avait encore dix ans avant de manifester les premières craintes pour l'avenir.

Mais cela est déjà une autre histoire.

Je n'avais que dix ans à l'époque mais c'est encore bien clair dans mon esprit.

Back to the future, donc.

Mais comme on le chantait, alors, dans "Si tu vas à Rio", n'oublie pas de monter là-haut, dans un petit village, qu'était aussi Bruxelles, car là, c'était "Hello, le soleil brille, brille, brille" sur la musique du "Pont de la rivière Kwai".

L'atomium remis à neuf, l'année passée, sera-t-il l'ouverture d'un nouveau demi siècle de renouveau ?

Je retrourne souvent sous ce fer en boules, en m'étonnant de voir la foule qui se presse de plus en plus pour visiter des... boules. A ses pieds, il y aura un pavillon temporaire, baptisé "Pavillon du Bonheur provisoire" et construit en assemblant 33.000 casiers vides de bierre belge. Expositions et projections seront du parcours. 

J'y serai le 17 avril, c'est déjà programmé. 

 

L'enfoiré,

 

A voir: les Photos d'hier et d'aujourd'hui de cet Expo 58 (exposition sur le sujet au Woluwe Shopping Center).

Et sur place à l'atomium, de la RTBF, on a aussi son blog et son site officiel

Sources des informations: Le Vif L'Express .

Sur le Panda a-t-on aussi les boules?

Citations:

  • « Prendre connaissance de la vie, c'est savoir la supporter. », Konrad Klapheck
  • « La simplicité n'est pas un but dans l'art, mais on arrive à la simplicité malgré soi en s'approchant du sens réel des choses. », Constantin Brancusi

15/03/2008

Rétro Chine (1)

retro-chine_carte.jpgGrande Chine, ton histoire ne date pas d'hier. Te revoilà plus forte que jamais, pour nous le rappeler et parfois pour nous effrayer. Nous sommes à quelques mois de l'ouverture des JO de Pékin. Essayons une rétro pour extrapoler, ensuite, sur l'avenir dans un deuxième volet.

L'histoire de la Chine remonte à la nuit des temps. Très riche par ses histoires de dynasties d'empereurs jusqu'en 1911. Le Figaro consacrait, en mars, un hors série en panorama sur cette épopée. Remontons seulement au début du 20ème siècle. L'impératrice Tseu Hi manipula les Boxers dans le but de repousser les étrangers hors de Chine. Le dernier empereur, PuYi, très jeune, resta enfermé dans la Cité Interdite (évocation dans le film "Le dernier empereur"). Le 1/10/1949, la Chine virait au rouge vif avec Mao Zedong, qui surnommé le Grand Timonier, créa sa République populaire avec le petit livre rouge comme livre de chevet. Il lança sa Révolution Culturelle, le 18 août 1966, pour mater les opposants. Se succédèrent après sa mort (10/9/1976), la Bande des Quatre menée par Jiang Qing qui croyait pouvoir prendre le pouvoir de son mari décédé, jusqu'à leur jugement. Par après, pourtant, Deng Xiaoping, surnommé le Petit Timonier, comprit que l'autarcie ne pouvait engendrer un futur sur le long terme avec une Chine trop refermée sur elle-même. Il  ouvrit les fontières au modernisme à la chinoise et à une reconversion complète vers l'économie occidentale. Le 4 juin 1989, l'élan de liberté est brisé sur la Place Tian Anmen. Un nouvel élan, plus fort encore, survint lors de la désignation de Pékin comme ville des futurs Jeux Olympiques de 2008.

Film du temps, suspense en thriller pour les uns et liesse pour les autres dont on pourrait avoir une description et un titre de "Joutes Octopusiennes avant le 8 août 2008 à 8 heure" avec le parti chinois comme producteur, une centaine de millions de réalisateurs et plus d'un milliard deux cents millions de figurants. Donc: Actions

retro-chine-armee.jpg

Sous une idéologie communiste menée par un parti unique dominant, une corruption toujours présente, une privatisation d'une petite minorités d’entreprises, l’économie de marché dans sa version la plus excessive voulait oublier, ostensiblement, le carcan socialiste désiré à l’origine. Une volonté de rattraper le temps perdu se manifestat pourtant d’une manière assez chaotique. Dans un boum économique, une élite se constitua des fortunes immenses en permettant de construire de véritables empires et s’attribuant le droit de vivre dans un luxe inimaginable. Les quotas d’exportation, supprimés en janvier 2005, décision prise dix ans auparavant entre les partenaires économiques, suffit pour faire croître le nombre de ces multi millionnaires et faire apparaître des milliers de nouvelles voitures flambant neuves dans les rues de Pékin.

Les quotas à l'exportation, une fois sautés, ils avaient bien vite été dépassés. Le blocage des cargaisons en excédent, arrivées par bateaux dans les ports européens, n'avaient plus reçu l'autorisation de décharger créant une nouvelle crise appelée ironiquement par les Anglais de "crise des soutiens-gorges" due à la pénurie qui s'était produite au grand dam des importateurs et des distributeurs européens. Ce dilemme survenait seulement deux mois après un accord correctif sur ces fameux quotas fixés entre la Chine et l'UE. Surprenant vaudeville qui se résumait par la question: "Alors, Monsieur Mandelson, tu bloques, volonté de la France et de l'Italie ou tu débloques, aspiration de l'Allemagne et d'autres ?". Acte II: en parfait équilibriste, il a trouvé le compromis: on débloquait et on 'grignotait' du quota de 2006 pour laisser entrer les marchandises. Un nouvel "œuf de Colomb" ! Il aurait suffi ensuite de recommencer l'Acte II si nécessaire, les années qui suivirent.

 

45576e82e88989b3df4bd1ffa9162d5c.jpg 

Pourtant, déjà lors de la période de Noël de 2005, bien que l'on pouvait penser qu'un avenir radieux se présentait aux industriels chinois. Paradoxalement, voilà que le vague à l'âme se manifestait chez les fabricants de jouets chinois tandis que plus de 80% des jouets envahissaient l'UE. Bon nombre de producteurs de l'univers des enfants avaient été mené à la faillite par la hausse de leur coût de production qui n'avait pas pu trouver un correspondant dans leur prix de vente mis souvent au rabais par la volonté du marché. La crise du SRAS, les produits pétroliers à la hausse, la hausse du prix de la main d'œuvre avaient grevé les prix de revient. Concurrence interne. "Nous avons décidé de fabriquer des jouets moins chers, sinon on ne pourra pas survivre", disait un producteur de jouet. Le dumping écrasait son propre initiateur et concepteur.Les autres marchés plus haut de gamme étaient encore très limités à la copie des produits occidentaux. Les contrefaçons inondaient les marchés malgré les brevets. Si un progrès extraordinaire était au rendez-vous, le domaine intellectuel était pourtant un peu laissé en rade. Inventer et innover, nous en étions encore loin bien de la sophistication.

Brûler les étapes a des effets pervers sur l'environnement. Le 13 novembre 2005, par exemple, après une explosion d'une usine pétrochimique, probablement due à une erreur par manque de contrôle. Les conséquences catastrophiques ont été rendues publiques seulement le 24 novembre car les 80 kilomètres de pollution ne pouvaient plus se cacher. Une nappe de benzène, produit extrêmement nocif, s'est répandue dans le fleuve Songhua, au nord-est de la Chine, affluent de l'Amour et menacait la ville de Harbin et ses 4 millions d'habitants jusqu'à inquiéter la Russie. La suspension de distribution d'eau est telle que la brasserie de la ville a été demandée à la rescousse pour fournir l'eau qui était destinée au brassage de la bière. Urgence artificielle pour construire le pays  avec une croissance trop rapide contre urgence pour la préserver des erreurs de parcours. Une nouvelle explosion, plus tard.


ef024cfe8ebd9ab883bd5db4529d6015.jpgFin 2005, la Chine décide de réduire sa dépendance vis-à-vis de ses besoins énergétiques. Elle va fermer 2400 mines de charbon dont l'exploitation souffrait de trop d'accidents par coup de grisou et d'une gestion sans beaucoup de scrupules pour les mineurs. Ce qui ne se dit pas, c'est que ces coups de grisou se produisent par manque de respect de ses travailleurs et se subissent par eux à coup de "forcing" pour en fin de journée pouvoir se payer un bol de riz.

Mi-avril 2006, un reportage "Fait divers" rapportait que dans le Sud du pays, le travail des enfants était utilisé pour le recyclage des déchets électroniques et aussi radioactifs car il ne faut pas oublier que la Chine possède la bombe atomique et a dû la tester. En effet, 50% de tous les pays à haute technologie du monde exportait en Chine leur trop plein de matériel périmé ou déclassé. Cela en dépit de l'interdiction d'importation de déchets. PC et circuits intégrés prenaient une valeur non négligeable quand on sait qu'ils détiennent souvent beaucoup de matière tel que le mercure et  l'or. Le niveau de pollution entrainé dénote par contre un excès 5 fois supérieur à la norme supérieure. L'analyse du sang des enfants accuse une augmentation d'anormalité et 80% entre une et cinq ans, sont atteint de saturnisme. Mais encore une fois, mutisme chinois et de la communauté iinternationale qui profite de la situation.

Retour au 19 ème siècle à l'européenne? Championne dans l'inégalitaire, la Chine l'est avec 5% de sa population qui se partage plus de 50% des richesses.  Les plus de 40 ans se souviennent de 1989 et de sa dure répression qui a laissé des traces. Avoir raison trop tôt et avant les autres Roumanie, URSS et pays de l'Est... n'apporte que rarement le succès. Après les paysans et les ouvriers, voilà les étudiants, les rejetons de classes moyennes qui manifestent leur mécontentement et leur volonté de préserver la valeur de leurs diplômes. Des sociétés privées délivrent des diplômes dévalués qui sont de véritables arnaques tandis que les grandes universités sont hors de prix. Lenovo, entreprise créée par Liu Chuanzhi est devenue l'incarnation du succès chinois et attire les étudiants sur le campus de Tsingshua comme les mouches. Un chiffre d'affaire de 13 milliards de dollars (3ème constructeur informatique) depuis le rachat de la division PC d'IBM ne passe pas inaperçu chez les jeunes qui y trouvent le confort high-tech américain. S'adapter aux désirs du client a toujours été son leitmotiv. Comment échapper à la réussite, pourrait-on penser? On en reparlera dans la deuxième partie.

L'histoire de la Chine peut être lue dans le livre de Jacques Gernet, professeur à la Sorbonne de Paris VII.


Réactions des autres:

En guise de réveil, l’Europe tente de se réunifier pour peser plus lourd dans le pouvoir décisionnel. On réagit au coup par coup sans véritable énergie de protection de sa propre économie. L'OMC empêche tout protectionnisme trop ostentatoire ou pointé comme trop passéiste.
La volonté nécessaire, la solidarité acceptée dans les déclarations est souvent non suivie d’effet réel dans la pratique. L’établissement d’un budget européen, nerf de la guerre, n’a même pas pu s’accorder très facilement dans les dernières réunions de l’UE à Bruxelles. L’Europe était, il est vrai, en panne d’idées et d’argent. Les élections françaises et néerlandaises étaient passées par là. Le Luxembourg, heureusement, par son 'oui' a pu faire croire qu'elle n'était pas morte dans l'esprit des gens. Le mini-traité va-t-il tout arrangé?

En 2006, le PIB de l’Union Européenne représente 9700 milliards d’euros, celui des US, 10500 milliards d’euros, la Chine s’octroyant seulement 1800 milliards d’euros. La croissance correspondante des premiers trottine au dessous de 2%, les seconds roulant encore à du 4%, tandis que l’Asie fonçait à du 10% et plus dans le même temps.

Le goût de l’innovation, des projets futuristes et leurs investissements dans ces domaines porteurs permettent aux US de se maintenir dans la bonne moyenne contre vents et marées. 80% des brevets mondiaux leur sont encore attribués. Dans cette volonté et grâce à la force de référence du dollar, ils n’hésitent pas à s’endetter et laissent aux autres le payement de leurs découverts. Ils vendent leurs dettes et achètent à l’étranger. La crise du Subprime, récente, montre un nouveau talon d'Achile pour tous. Réformer l’économie de l’Europe, sans reconstruire ses propres bases, arrivait au plus mauvais moment avec de tels niveaux de faiblesse dans la croissance. Ce n’était certes pas le ferment des investissements majeurs.

Dans ce contexte, la France poussée par les promesses électorales, voulant apporter plus de bien être à sa population, avait pris la direction opposée à toute la logique du 'prix / performance' en offrant les 35 heures par semaine. Penser accorder plus d’emplois en diminuant la quotité de travail de chacun n’était pas un pari gagnant quand le nombre d’heures de travail est en diminution. L’heure de travail devenait plus chère et moins compétitive en comparaison avec l’étranger. Le sacrosaint mot ‘productivité’ ne cessait de sortir des réflexions et, l’oublier, c’était faillir à courte échéance. Plus d’heures de loisirs n'était pas d’un grand bénéfice si le pouvoir d’achat n’augmentait pas dans le même temps. C'était le contraire qui se préparait. Moins d’argent en poche et continuer à vivre comme par le passé obligeait à se préoccuper beaucoup moins de la qualité et plus du prix. Le revirement de politique actuel n'a pas changé la donne.

Pour la FED, financer le déficit était la seule préoccupation pour rester crédible dans leur potentiel de remboursement. Laisser filer le dollar vis-à-vis des autres monnaies pour soutenir ses propres exportations montre une stratégie du chacun pour soi. 

Le « low cost » asiatique, les délocalisations d'une part et le chômage d'autre part allaient de pair.
Beaucoup d’automatismes allaient évidemment dans le même sens de la diminution drastique de temps de travail nécessaire pour produire. Définir les secteurs de pointe du futur, faire mieux que toutes concurrences et se cantonner aux niches productrices d’heures de travail étaient à rechercher sans assurance d'y arriver. Ces nouvelles niches hautement technologiques ne comblaient malheureusement pas les ‘trous’ apparus après la disparition de la ‘vieille’ industrie lourde nécessitant beaucoup plus de main d'oeuvre.

66d30ea6a2ae40994ccddc9918656547.jpgCe qui énervait les partenaires de la Chine, c'était qu'au lieu de réajuster normalement le cours de sa monnaie à la suite d'une surchauffe provenant de son succès et des excédents, la Chine préférait refinancer la dette US. Les excédents gonflaient de 22% au 1er semestre 2006 (14 milliards de $). Il était impératif de stopper ou de contrôler la surchauffe. Une consommation interne plus robuste devenait nécessaire. Elle reste très faible actuellement et réservée à une élite.
La main d’œuvre bon marché chinoise associée à ce jeu de monnaies maintiennent artificiellement les prix à l’exportation à des taux tellement bas qu’ils en devenaient insoutenables pour les économies occidentales.

Le 21 juillet 2005, peut-être victime de leur succès, les Chinois décidaient de cesser d'arrimer leur yuan au dollar et réévaluaient de 2,1% la valeur de leur monnaie. Pour les occidentaux, le réajustement a été pourtant insensible car trop faible et profitable uniquement à quelques autres marchés asiatiques.  Pourtant l'économie asymétrique de la Chine révélée par la situation intérieure et des régions les plus pauvres ne pouvait soutenir une appréciation trop forte de sa devise. Les économistes ne s'attendent qu'à un total de hausse de 6% au meilleur des cas. Ce qui éviterait un impact commercial trop brusqué.

970fe2d84bc111536ed8fa65cc5307d7.jpg

Mais, le pourcentage de 1,31% du PIB dans les investissements chinois en matière de Recherche et Développement était en hausse constante et pouvait, s'il continuait de la sorte, dépasser celui de l'UE qui atteingnait péniblement 1,93 % du PIB.

La faiblesse de certaines entreprises occidentales a incitées la Chine dans une politique du «Zou Chu Qu» ("allez vers l’extérieur") en s’attaquant aux fleurons de l’industrie occidentale par des OPA et des investissements très sélectifs et très stratégiques.

IBM avait abandonné sa production de PC aux Chinois sous le nom Lenovo pour 1,25 milliards d’USD (malgré le boycot américain). Ce qui avait permis à Lenovo d'augmenter ses ventes de 7% dès le premier trimestre. TCL avait racheté les téléviseurs Thomson et les mobiles d’Alcatel. Chevron était attaqué, Unocal visée par CNOOC et son OPA. Un barrage avait fait échouer l'opération (2 août 2005). Range Rover en recherche de repreneur voyait des candidats chinois aux premières places tout en annonçant une reprise de 1600 personnes sur 5000 par leur candidats acquéreurs. D’autres encore avaient pu changer de pavillon.

L’araignée chinoise tissait sa toile et 8000 entreprises chinoises avaient déjà mis un pied dans ces 160 pays fin 2005 d'une manière plus spectaculaire qu'au paravant. Il a généré un appel de fonds frais et les investissements alternatifs tournés vers ces pays dit 'en développement' sont passés de 60 milliards en 1980 à plus 900 milliards de nos jours. Ce nouvel intérêt constitue une véritable chance de réajustement des valeurs. L'Afrique et l'Amérique du Sud avaient aussi des attraits de la nouveauté.
Exempté des règles du traité de Kyoto, les Chinois augmentaient leur demande frénétique en matières premières et par leurs soins, le pillage des ressources naturelles ont commencé. La flambée du prix du pétrole s’explique en grande partie dans cette fuite en avant de la croissance nécessitant de plus en plus d'énergie.
Les US, comme d’autres, s'inquiétaient de l’irruption de la Chine, qu’ils considèrent souvent comme un partenaire déloyal, dans le secteur très sensible de l'énergie. L'Iran, voisin, fournisseur de pétrole, n'effraye pas la Chine avec ses envies de force nucléaire en échange du précieux pétrole.

On pouvait comprendre que le creusement du déficit commercial US n’avait pas l’heur de plaire aux américains et la discorde était à l’ordre du jour dans les réunions au sommet. Le fait que des grandes marques européennes passaient sous le giron des industriels chinois entraînerait très vite des liquidations dans les emplois américains au profit d’une relocalisation de leur production en Chine même. Les US partisans du libre échange passaient vite au protectionnisme d'opportunité. La production de voitures chinoises était en augmentation vertigineuse, la Chine passait d'un million en 2002 à 7 millions d'unité en 2007 et une prévision naturelle de 10 millions en 2010 et 18 millions en 2020. Comment écouler ce nouveau stock dans l'économie locale, pas prête à l'absorber, les 4 millions au moins devait trouver preneurs à l'étranger? La menace d'invasion était, on ne peut plus claire. Le côté dernier cri de la technologie avait été transmis par les industries occidentales implantées sur leur sol. A l'affut d'opportunités, dans le secteur des voitures bon marchées, Karel Cardoen présentait, dans une ambiance festive, ses nouveaux "bijoux" aussi banals (formes passe-partout, similli-cuir bon marché au marché belge dès 2007 avec la Brilliance, comme surnom européen plus pimpant que Zonghua BS6. 5999 euros pour une cinq portes, 11999 pour un coupé, 14999 pour pour un pick up avec la gueule de l'emploi. Pas encore conformes aux normes de sécurité et de pollution européeennes, ces voitures étaient là pour montrer à ceux qui n'auraient pas compris, qu'elles existaient, qu'elles présentaient bien. Un sondage primé par une tombola était organisé parmi les visiteurs pour tâter le terrain.

Incroyable? Non, prévisible. Leur première voiture de 1958 sous l'égide de Mao n'affichait alors qu'une fausse nostalgie mais surtout une volonté de montrer leur fierté vis-à-vis de leur progrès.

Entre temps, la partie est loin d'être gagnée. La RTBF démontrait avec "Question à la Une" de visu que même les sociétés américaines ne sont pas "clean" et se compromettent pour ouvrir le marché. Yahoo, jeune société d'internet américaine se voulait, à sa naissance, il y a une dizaine d'année, outil de liberté en ouvrant ses réseaux au monde, se retrouve aujourd'hui sur le banc des accusés comme moyen contre les Droits de l'Homme en travaillant la main dans la main avec la police chinoise pour pouvoir s'u-introduire sur le marché chinois. Perdant toute conscience, la société a fournit toutes les informations sur les coordonnées de ses clients. L'affaire Chitao, du nom d'un dissident, n'est que l'exemple le plus connu de procès qui ont envoyé ces personnes à l'ombre des prisons pour une dizaine d'années. Avec les informations, il a été permis de les piéger par l'approche illicite des emails, des Messengers, des blogs et autres outils d'internet. L'accès étant permis, la surveillance s'organise. Certains sites avec des mots bien précis ne sont plus accessibles. La place Tien Almen n'existe pas sur les moteurs de recherche. Le gouvernement a pris, sans s'en cacher, des dispositions pour effacer les risques d'une mauvaise utilisation des idées. Pas question de considérer internet comme une zone libre d'échange d'idées. Si la Chine se veut "miracle économique", elle reste en sous main vieille de plus de 60 ans. Hong Kong qui a statut spécial en fonction de son passé colonial a pourtant certains sites chinois complètement bloqués. Certains députés osent se lancer dans la bataille de la liberté en se fixant comme objectif prioritaire de donner la parole à tous. Aux États-Unis, une commission d'enquête avec Tom Lantos ne laisse pas beaucoup le choix d'un dilemme au vice président de Yahoo, Calahan, pour faire accepter l'idée d'un standard mondial. "Reporteurs sans frontières" a eu des difficultés énormes d'approcher les locaux de Yahoo de Pékin pour subir, en finale, un échec et recevoir une fin de non recevoir.

Il faut, il est vrai, avoir une philosophie bien accrochée avec quelques séance de Tai-chi en gym douce pour oublier les événements d'une "certaine vision du passé".

Le futur ne sera pas nécessairement plus calme, cela pour tous les partenaires mondiaux et très loin des "Nuits de Chine, nuits callines, nuits d'amour" .

Comment comprendre cette Chine avec des yeux occidentaux? La fierté du chinois sans limite pour ses réalisations effaceraient-elles les maux inhérents aux processus très rétros vus le plus objectivement possible?

 

Sources: de multiples articles de du Figaro, de l'Echo et d'ailleurs récoltés dans le temps.

Suite que j'appelerai "Verso Chine (2)" avec la grande Chine vue au futur dans un prochain numéro

 

L'Enfoiré,

 

Images qui viennent de Bruxelles avec des goûts de Chine 

 

Un collègue chinois, né à Hong Kong, après la lecture de cet article m'a fait part de ses impressions de l'"intérieur" que je ne manque pas d'ajouter:

 

Dans les années fastes, on avait l'habitude d'un taux de croissance constant et élevé sans devoir se soucier des répercussions sociales. On avait suffisamment de ressources pour absorber tout ça. Maintenant, si on veut maintenir le même taux de croissance, il faut passer par des mesures douloureuses comme la fusion, la réduction d'effectif, ou l'externalisation. S'il n'y avait pas cette obligation de rendement et si on pouvait se contenter de faire aussi bien que l'année avant, on délocaliserait beaucoup moins facilement. Je vais encore plus loin. Si nous avions tous la mentalité des juifs, on n’aurait jamais ce problème. Tu sais qu'un juif achète toujours chez ses compatriotes malgré que le magasin a côté coûte deux fois moins cher. Ici on voit bien que les affaires et le patriotisme sont des choses pas très compatibles. Il n’est donc pas très juste de taxer la Chine de tous les maux. Je ne vais pas jusqu'à dire que les Chinois sont des victimes de notre impérialisme, mais quelque part on a quand même notre part de responsabilité.

Revenons sur l'inégalité en Chine, sachez qu'il y a deux tiers de paysans pour seulement un tiers de citadins. Les paysans ont payés un très lourd tribut pendant la révolution culturelle de l'époque de Mao. Ils n'avaient qu'un seul objectif dans leur vie: quitter les champs et aller travailler en ville. Ils n'ont pas non plus beaucoup de moyens et de possibilités pour leur éducation. Tous ces facteurs accentuent encore plus l'effet naturel de l'économie de marché.

Malgré toutes les misères qu'on a vus à la télé à propos de leurs conditions de travail, il ne faut pas croire que tous ces gens qui travaillent jours et nuits pour gagner à nos yeux un salaire de misère sont des gens malheureux. Sinon ils n'auraient pas fait. Parce qu'ils peuvent toujours retourner travailler à la campagne. Ils l'ont fait parce qu'ils pensent que la vie est quand même meilleure qu'à la campagne. Et surtout ils ne pensent jamais de rester toute leur vie travailler ainsi.

Malgré des restrictions de se manifester, il y avait récemment des émeutes un peu partout dans des zones franches économiques. Le gouvernement chinois est conscient de l'imminence de l'explosion sociale en Chine. Ils seront obligés de prendre des mesures pour calmer les esprits. La répression n'est certainement pas la bonne solution. J'espère qu'ils puissent sortir un lapin de leur chapeau.

Reprenons les chiffres. Supposons que leur croissance se maintienne à 10% l'an. Il faut minimum 20 ans pour arriver plus au moins au niveau de vie occidentale. Tout cela en supposant que l'on ne fasse rien pour renverser la tendance. Leur chemin est encore long, très long. Restons donc optimistes !

 

Un des articles prédécesseurs : "T-shirts à gogo". 

Et Le Panda a-t-il aussi son mot sur la Chine?

 

Citations:

 

  • "Je vais en Chine pour mieux voir la France et ses problèmes.", Jacques Chaban-Delmas

  • "Peu m'importe qu'il y ait du sucre aux Indes, de la porcelaine à la Chine, du café en Arabie ; il faut qu'on me l'apporte.", Condorcet

  • "C'est un symbole. Comme disent les Chinois : Qui n'est pas venu sur la grande muraille n'est pas un brave et qui vient sur la grande muraille conquiert la bravitude.", Ségolène Royal