26/08/2009

Antwerpen, une histoire de main coupée

A Antwerpen, ville flamande du Nord de la Belgique, le 15 août est une occasion de refaire l'histoire.

Antwerpen_01.jpgJe vous ai souvent parlé de ma ville, Bruxelles. Et si on prenait la route plein Nord. A peine une quarantaine de kilomètre et voilà Anvers ou plus exactement Antwerpen, capitale de province, d'arrondissement, de district.

Cette année, la fête de Marie tombait un samedi. La journée était superbe. 30°C au compteur. Pas de vent. La journée allait être très chaude. Ce n'était pas mon coup d'essais dans cette ville. Un parking difficile m'avait déterminé de l'oublier un peu. Un samedi, mais férié, donc plus de problème. Mais, je savais qu'Antwerpen rivalisait avec Liège le 15 août dans l'esprit de fête. Il est vrai que les radios francophones sont assez muettes sur ce qui se passe dans le Nord.

Ici, ce n'est pas le peket qui est bu, mais la bière. Le genièvre, qui est aussi une sorte de peket, c'est pour la soirée, dans le travail de réduction de la soif plus alcoolisée. La promenade traditionnelle dominicale, même pour l'Anversois, c'est au départ de la gare et la remontée du boulevard du Meir jusqu'à l'Escaut. Les amoureux du shopping et de la mode s'y poussent, vers les vitrines, avec des regards obliques de passants honnêtes. La mode a, parait-il, vraiment pris ses gallons de noblesse dans la ville. Mais, je ne vais pas m'avancer plus loin dans ce genre de révélations qui me seraient étrangères.

A l'époque, ce quartier privilégié représentait celui des aristocrates. Même, si la ville compte désormais bien plus de classes moyennes, cela n'a pas changé très visiblement du côté des maisons qui bordent cette allée piétonnière, bien large. Y restaurer les dorures n'est pas rare pour faire revivre les lustres d'antan.

"Une ville internationale à dimension humaine", lit-on dans les . "Pour un weekend d'enfer", un peu plus loin. Et, c'est vrai, il y a de quoi faire et voir.

En chemin, ce boulevard central d'Antwerpen fait défiler des habitations baroques pour faire revivre le temps de l'âge d'or, mixées avec des palais de la Belle époque. La gare date de cette dernière époque glorieuse avec un dôme prestigieuse qui ne peut prendre place que dans de grands espaces de fer et d'acier. A côté de la gare, sur 10,5 ha, le zoo. Fondé en 1843, il affiche son grand âge mais rappelle les espèces exotiques avec quelques 6.500 animaux descendants parfois des animaux ramenées lors de l'époque coloniale au Congo.

Au départ, un gratte-ciel, moderne, dénote avec l'ensemble, mais on ne peut s'arrêter à cette impression de déjà vu, dès l'abord du boulevard.

Après le croisement avec le boulevard de ceinture, au centre du fameux Meir, c'est d'abord le peintre David Teniers qui se présente fièrement sur son socle de marbre. Antoon Van Dijck, lui, trônera, sur son socle de pierres, un peu plus loin. Tous de grands peintres flamands qui ont élu domicile à proximité. Jacob Jordaens, autre peintre de la même époque, a aussi posé son chevalet dans les environs.

Sur chacun des côtés du boulevard, les habitations vont donner le tournis aux visiteurs intéressés par ces maisons hautes qui n'en finissent pas d'éblouir avec ses angelots dorés dans des alcôves insérés dans les façades. Un groupe de Japonais s'affaire avec leur mini boîte à souvenirs numériques, à bout de bras suivant le doigt pointé d'une guide.

Le Boerentoren, visible de loin, "Tour des Paysans" représentait, en 1931, fut un projet révolutionnaire comme seul gratte-ciel en Europe. Culminant avec ses 97 mètres de haut, il donne un aspect "New York", année 30. Il restera jusqu'en 1950, le bâtiment le plus haut d'Europe. Pas vraiment, beau, mais, être classé monument historique, donne des obligations que la beauté n'effacera jamais.

Grands magasins, petits magasins, banques, assurances se partagent ces édifices prestigieux avec des façades dignes d'une époque révolue. Mais, c'est encore plus loin, sur une autre grande place que l'on se retrouvera face au plus célèbre peintre de la ville, Pierre Paul Rubens. Sa maison-atelier va dérouter le visiteur que je suis, l'espace court d'un détour de 100 mètres. Façade renaissance, plutôt austère, avec un aspect baroque à l'intérieur et dans le jardin Renaissance.

En arrière plan, la cathédrale gothique dépasse, déjà, les maisons avec sa flèche unique du haut de ses 123 mètres. C'est sur cette Groenplaats, devant la statue de Rubens que la vue est la plus féerique sur la plus grande église gothique des anciens Pays-Bas, l'Onze-Lieve-Vrouwekatedraal.

C'est ici aussi, que commence la grande foule à l'occasion de la fête de Marie. Les bars à bière sont bondés. Les terrasses, les restaurants affichent complet. On y mange moules et frites avec pizza en entrée. Devant la cathédrale, un attroupement, pour créer l'animation, camouflé à l'identique, on y mime des statues, en vert de gris du bronze. Le potentiel de 24.000 personnes que l'église pourrait contenir, d'après le guide touristique, personne ne songerait à le vérifier sinon pour s'y rafraîchir à l'intérieur.

Le défilé ou la pénitence, au pas d'homme, commence dans un style procession d'Echternach. Plus loin encore de petites échoppes où l'on peut acheter n'importe quoi se bouscule sur la Grand Place, appelé Grote Markt.

Au milieu trône le symbole de la ville, la statue de bronze de Jef Lambeaux (1887) qui rappelle la légende d'Antwerpen. Comme toutes les légendes, elle reste ancrée dans les mémoires bien plus que l'histoire, elle-même. Comme toujours, cela commence par "il était une fois un géant, Druon Antigon qui demandait un passe-droit  exorbitant pour le passage sur le fleuve Escaut. La punition des récalcitrants était une main coupée. Le guerrier romain, neveu de César, Silvius Brabo mit un terme à cette pratique et coupa la main de ce géant trop intéressé par l'argent. La ville "Hantwerpen" (jeter la main) garda ce nom jusqu'au 17ème siècle. En libérateur, sa statue tend fièrement cette main coupée. Perché au dessus d'un socle supportant les "Trois Filles de l'Escaut" avec au pied de la statue, plus surprenant, une tortue, un dragon, un dauphin et un phoque. Cette légende explique l'amour de la ville pour la libre circulation dans son port.

Le mot "fierté" est toujours d'actualité dans cette grande ville. La richesse des Flandres ressort de manière très visible au détour d'une rue, d'une avenue ou d'un boulevard, et pas uniquement sur le Meir.

Le mot Anvers, lui-même est aussi d'origine flamande: "werf" (lever de terre). Sur les flancs de la place, l'hôtel de ville aux drapeaux, des maisons des Guildes avec façades à redans regorgent de dorures. Antwerpen, détrompant la légende, serait plutôt en ancien néerlandais "aan de werpen", c'est à dire "près des digues".

Le XVIème siècle est omni présent sur la place. Jusqu'en 1520, Antwerpen était le plus grand port du monde. Toutes les maisons datent d'après 1583 après le saccage de la ville par Philippe II. Des maisons gothiques à pignons, à croisillons et colonnettes, se perdent en conjectures pour éblouir par leur côté baroque. L'histoire de cette ville sera en berne à la venue de cet espagnol, très catholique, alors qu'à cette époque, le Nord est protestant. En 1576, le coup de grâce était donné à la ville. En 1585, l'Escaut avait été fermé, une première fois, réduisant le port comme une peau de chagrin. Il sera rouvert en 1795, pendant la période française et son renouveau se poursuivra jusqu'en 1815. L'embargo anglais contre Napoléon remis le collier. Il fallut attendre la liberté de la navigation, après une autre période creuse. Cette liberté perdure désormais.

Aujourd'hui, sur la place, en ce jour de fête, les marchands manifestent avec impatience leur envie de vendre, habillés avec les atours de l'époque de Rubens. Vêtements reconstitués que l'on ressort d'année en année pour cette occasion. Les vélos, eux, sont tous harnachés en file indienne, inutilisables dans cette foule.

En prenant ensuite le Suikerrui (le "Canal au sucre"), enfin, nous y sommes, sur les berges de l'Escaut. Déjà, le grand large se fait sentir. On respire. L'Escaut ramène cet air de fraîcheur bien nécessaire. Des berges du fleuve, la vue est large, splendide. On se presse pour embarquer sur le bateau Flandria à la découverte du port. Le tunnel des voitures sous le fleuve, trop loin, ne s'imagine même pas.

Nous sommes à 85 kilomètres de la mer. Quatrième port dans le monde après Rotterdam, Singapour et Hong Hong, il voit passer annuellement quelques 160 millions de tonnes de marchandises. L'ère industrielle y a pris son essor. Après l'indépendance de la Belgique en 1830, le libéralisme le plus débridé de la bourgeoisie francophone repoussera la misère du prolétariat flamand dans les campagnes. Aujourd'hui, on compte près d'un demi million d'habitants. Troisième ville en superficie en Belgique. Cette ville est surnommée 't Stad ou "koekenstad" par référence aux biscuits servis dans les tavernes avec le café et la chantilly aromatisée d'alcool.

Le commerce et la mer, ici, on connaît sur le bout des doigts. Une véritable tradition quand on est un port de cette dimension. Si, pendant un temps, Bruges était sa rivale, l'ensablement de la ville de Damme a fait perdre à celle dernière et son élan vers la mer au profit d'Antwerpen.

Plus que millénaire, cette ville-port a une histoire à rebondissements dignes d'un thriller d'aujourd'hui.

Le Steen, château de pierre sur le port, rappelle sa situation fortifiée. Il servit de prison jusqu'en 1827. Aujourd'hui, il abrite le Musée de la Navigation.

L'Inde, Bornéo puis l'Afrique du Sud vont initier un autre commerce celui du diamant. 8% des exportations belges sont concentrés dans le diamantaire. 85% de diamants bruts transitent par Anvers pour être taillés. Un rapport annuel de 79 milliards de dollars.

Un véritable DiamondLand. "Diamonds Are Forever" chante Shirley.

Les diamantaires se retrouvent plutôt là d'où l'on a commencé la visite, du quartier autour de la gare. Au retour, je rencontrerai, d'ailleurs, quelques habitants qui en font partie de ce commerce et qui sont assez discrets en autre temps. Différent, ce monde-là vit quasiment en district clos. Nous sommes samedi, je le rappelle, le jour du Shabbat. Peu importe la chaleur qu'il fait. Des juifs hassidiques, pour la plupart, sortent leurs habits en l'honneur de ce jour de prière pour se rendre à la synagogue. Après Londres, Antwerpen est le plus grand centre hassidique. (Etre Loubavitch, c'est refusé la mixité).

Pour l'homme, ce sera souvent le schtreimel de fourrure sur la tête, la barbe sous le menton et la jaquette juste au corps en satin noir très brillant. Une coiffe noire de feutre, aussi, très typée qui n'a plus rien à envier au Borsalino. La légèreté du Kippa, elle, ce sera pour le lendemain. Pour les enfants, ce sera la coupe upsherin ou à boucles. La sobriété des vêtements pour les dames et les jeunes filles à talons plats. La liste des choses à faire dans la culture juive ont leurs raisons que l'on ne perd pas son temps à contester mais seulement à constater.

L'islam n'est, d'ailleurs, pas moins représenté dans la ville, mélangé aux protestants et aux catholiques plus ancestraux avec une tolérance apparente ou calculée.

20090826Van Rompuy retour.jpgEn cette période troublée entre communautés, il s'agit de parler néerlandais ou mieux en dialecte flamand. Nous sommes en pays flamand et le sentiment général est : "Antwerpen, een stad, waar de Vlamigen thuis zijn" (ville où les Flamands sont chez eux). Je ne contesterais aucunement. Le VB détient les votes d'un tiers de la population même s'il a perdu quelques plumes. Je ne vais pas me donner plus de chaleur avec cette pensée.

Très loin de l'idée de refaire les JO de 1920 sur le Geminal Beerschot. Le foot reste le sport dérivatif préféré. Preuve à l'appui, la série de télévision "Fc De Kampioenen" qui n'en finit pas de dérouler ses épisodes avec un humour flamand très caractéristique.

Mais, refermons le guide touristique. Antwerpen vit dans un monde en pleine effervescence. Les dancings et les nuits agitées ont attiré des gens moins bien intentionnés. Il y a des affaires célèbres ou moins flatteuses. Ca sent parfois le roussi. C'est parfois parfaitement loufoque. La promiscuité raciale ne fait pas toujours des heureux. J'en connais que le malthusianisme chatouille. D'autres qui s'y plaisent quand les affaires marchent bien, ce qui est un bon moyen d'effacer n'importe quel trouble de croissance. La population de la ville a brusquement doublé dès 1980. 2.315 habitants au km2, ce qui positionne la concentration de la ville à la tête de la Belgique. 14,61% d'allochtones. Un taux de chômage de 14% que la crise n'a pas arrangé.

Je retrouve, bientôt, mon véhicule et jette un dernier regard, vers ces anversois, d'un autre style, d'une autre culture qui n'ont manifestement pas peur de la chaleur ni froids aux yeux.

Je laisserai pour une autre visite, le Musée Plantin Moretus, le Musée Van den Bergh et celui des Beaux-Arts qui valent, certainement, le détour.

A l'intérieur de la bagnole, la clim va me remettre les idées en place, pour oublier très vite mes derniers soucis avec images rêveuses enregistrées de ce que j'ai vu cetté belle après-midi.

Au retour, d'autres villes prestigieuses d'art et d'histoire, comme Lier (Lierre) et Mechelen (Malines) défileront successivement jusqu'à Bruxelles.

Ce soir-là, la BRT aura reçu ma petite visite. Il y a des moments où, il faut se rappeler que la Belgique est bilingue et un rafraîchissement des langues donne des ailes, apprendre à connaître l'autre Communauté, beaucoup d'idées.

Les images de tout cela, c'est ici, je mets ma main à couper...

L'Enfoiré,

Des touristes intéressés chez Agoravox?


Citations:

  • « Une ville ressemble à un animal. Elle possède un système nerveux, une tête, des épaules et des pieds. Chaque ville diffère de toutes les autres : il n'y en a pas deux semblables. Et une ville a des émotions d'ensemble. », John Steinbeck

  • «Tu vois les hautes tours s'élever au-dessus des maisons seulement quand tu as quitté la ville. », Friedrich Nietzsche

  • « Fêtes nationales ?... Fêtes religieuses ?... Le peuple n'est pas toujours tellement regardant, quant à l'origine de ses joies. Pourvu qu'il s'amuse, il n'en demande pas davantage. », Francis Blanche

19/08/2009

Changer ensemble pour seulement être

LChanger pour exister en public_agent.jpg'idée est lancée depuis quelques temps: "Il faut changer ou mourir". Des réformes, en France, on en est arrivé à l'indigestion. Sommes-nous condamnés à ne jamais stabiliser les potentiels acquis? Sommes-nous des mutants perpétuels plus rapide que l'évolution elle-même?

"Dans une économie globale, basée sur la connaissance, les cycles d'innovation se font de plus en plus rapide", lisait-on dans la presse.

C'était en septembre 2006, vous vous rendez compte, cela fait bien un siècle, après tout ce qui s'est passé depuis.

Les CEO modernes se devaient, d'après "Les 4 clés de la gestion de l'innovation", d'amener un changement majeur dans leur entreprise. La pression générée artificiellement génèrerait une concurrence accrue mais aussi une cascade d'effets secondaires. Si améliorer l'efficacité générale de l'entreprise par leur démarche paraissait naturel en ces temps de course contre la montre, on en oubliait, en même temps, que l'opération était loin d'être gratuite et pas toujours profitable.

Ces fameuses quatre clés de la réussite, les principes de base, appris dans les cours de management ne seraient plus valables?

  • une génération d'idées collégiale et ouverte vers l'extérieur.

  • une vision "métier" et technologique rafraîchie qui apporte l'éclairage nouveau qui manquait.

  • une gouvernance adéquate dans l'équilibre du portefeuille des initiatives innovatrices.

  • un lien évident et clair entre stratégie de l'entreprise et l'innovation.20090701Négociations avancées Ethiques.jpg

Avec elles, personne ne pourrait reprocher au patron, au gestionnaire, à l'homme politique, d'avoir pris la décision de changer. La création de valeurs a de ces aléas qu'il faut pardonner dans le cas de ratage manifeste sous peine de se voir exclus du processus de progrès.

S'il ne s'agissait que de trouver des améliorations dans les changements, ce ne serait pas trop grave. Constater après coup, qu'après l'installation de l'innovation, qu'il y aurait, peut-être, mieux valu penser à autre chose au moment de la signature pour lancer le projet tout beau, tout nouveau, personne ne le voulait.

Synonyme de création de nouveaux produits, dans le domaine technologique surtout, on voulait implémenter de nouveaux processus. D'après la notice, ceux-ci seraient plus rapides, plus efficaces, plus rentables, moins chers... le "clé sur porte de l'innovation" à la portée de tous, rendu indispensable à force d'être porté par l'écho des sirènes. Le consommateur se voit contraint et forcer d'acheter le nouveau produit qui remplace le précédent mais qui ne le satisfait plus. On a trop souvent tendance à considérer le changement comme un progrès par essence. On ne consolide plus, on change pour changer et rester dans le mouvement général. Les résultats dans l'entreprise et en politique de cette tendance à l'auto-allumage n'ont pas toujours été à la hauteur des ambitions. Faire partie du "système", de la machine, du rouleau compresseur, avec la crise actuelle, comme nous connaissons, va refroidir ce genre d'excès d'optimisme.

L'informatique, en particulier, nous a bien appris à pousser sur ce champignon de l'évolution et de l'espoir d'une éventuelle révolution.

- Quoi, vous n'êtes pas encore à la version 12.15 bis ? Celle qui fait tout ce que vous demandez?

L'impact de ces modifications n'est peut-être pas sensible ou évident après l'installation, mais il l'est certainement sur le temps qu'il a fallu pour désinstaller la version antérieure, installer la nouvelle et la tester dans ces moindres recoins et fonctionnalités qui existaient au paravent. On appelle cela, en anglais, "overhead" (ce qui passe par dessus la tête et qu'on ne compte pas).

Ce processus de mise à jour est presque transparent avec le software libre. Une seule confirmation de l'acceptation et le processus de l'installation de la nouvelle version commence. Les nouvelles fonctions qui justifieraient le mouvement n'ont souvent pas eu le temps de passer au travers de l'évaluation de l'utilité. Le temps, c'est de l'argent. Pourquoi tester les éléments de l'innovation? N'est-ce pas normal que cela marche, puisque c'est de cela que l'on parle en premier lieu dans toute la campagne d'installation de la nouveauté. On verra par après si l'expérience sera décevante ou non et si le risque en valait la chandelle.

Et si, on attendait la version 13.0? Et bien, non on ne peut pas. Les versions intermédiaires sont là pour corriger les erreurs de la version n-1. C'est dit, la version n+1 tiendra encore la route avec les autres compagnons de routes installés sur les PC. La signature est implicite, tout le monde doit y croire. La sécurité en dépend. Un cas typique du "sans bouger" qui serait une preuve absolue de son manque de perspicacité et de son immobilisme malsain.

Utiliser les fonctionnalités existantes dans le durable, garder les bonnes lunettes pour lire les données qui se seront adaptées à la nouvelle sauce, garder le support du fournisseur dans le statu quo. Des problèmes pour les récalcitrants, réfractaires.

Assumer de manière harmonieuse, un changement que l'on n'a pas opéré par soi-même avec sa propre clé sur porte. Voilà, peut-être, une autre vérité plus insidieuse, encore.

Bouger, pour vivre ou pour survivre? Aux âmes "sensibles" de trouver leurs intérêts devant de tels dilemmes.

Changer.jpgLa "disruption", mot de l'étrange, est un mode de pensée qui défie aussi les conventions établies tout en essayant de créer des visions nouvelles capables de faire évoluer une marque vers un sommet inégalé. Nous sommes dans le domaine des idées qui refusent les modes de pensées répétitifs, des certitudes rassurantes et de l'immobilisme qui dénaturent l'envie de progrès. Pas question de mettre le changement au frigo car il est sensé apporter l'amélioration à quelque chose qui tourne sans problème depuis des lunes. Le "nice to have" prend le pas sur le "mandatory". La proie pour l'ombre. Se tourner du côté des habitudes est la pire réaction que le mot "disruption" ne pourrait accepter.

Changer pour exister Entreprise.jpgRéduire les coûts de manière drastique pour augmenter les bénéfices, dans le durable, en gagnant en flexibilité, est le but avoué. Ces démarches sont-elles bien comprises d'emblée en faisant le tri entre le positif et le négatif? Augmenter les revenus n'est plus qu'un rêve lointain. L'ensemble de l'entreprise, une fois la décision prise, sera entraînée comme dans un engrenage à part entière et, parfois, à plein temps dans l'opération "survie". Une fois, implanter, faire marche arrière, déshonoreraient les décideurs et donc, il faut écraser et s'aplatir devant la sainte décision. Quand on "aime", on ne compte plus les déboires et les surprises de la nouveauté. Cela se laverait dans le sang. Pour appuyer le bien fondé, certains experts le clament encore haut et fort: les entreprises qui ont innové par des changements de structure organisationnelle, s'avèrent être des candidates parmi celles qui ont dégagé la meilleure marge opérationnelle lors des 5 dernières années. Donc, raboter les convictions trop statiques.

Il n'est pas rare, malgré les aveux du fournisseur, de pouvoir monter en puissance dans l'échelle des versions sans aucune perte d'efficacités, de rencontrer par après des fonctionnalités qui n'existent plus qui ont été oubliées ou qui ont été remplacées par d'autres mais qui ne correspondent plus vraiment à la politique ou à la vision de l'utilisateur.

Le Dieu du marketing le voulait. Il a ses raisons que la Foi, seule, encourage. Question de politique ou de vie.

Vu cette fuite en avant, 20090812Régularisation.jpgun besoin de régularisation est désormais dans l'air.

John Steinbeck affirmait que lorsque l'homme vieillit, il est dans sa nature de se protéger contre le changement, particulièrement si le changement apporte une amélioration. Curieux? Non, tout n'est pas bon à prendre et l'expérience de l'âge apporte une sagesse inédite dans la jeunesse.


On lisait, en effet, plus tard: "Le changement est perçu différemment selon l'âge".

Les jeunes cadres seraient plus critiques que leurs aînés face aux remaniements organisationnels. Curieux ce raisonnement porté par les statistiques. Les seniors considèreraient que les changements opérés dans leur société a été un succès. La motivation serait même améliorée par les communications accrues d'après eux. Une surcharge du travail et une détérioration de l'ambiance de travail viennent néanmoins enrayer les avis des deux catégories de cadres. Un désaccord de départ serait la pire des situations. Le scepticisme confirme le dilemme. La fréquence des changements ne fera qu'accentuer le mal être et la difficulté à suivre le train en marche trop rapide.

En politique "pure et dure", il y a les spécialistes, les champions du côté des réformes.20090624Remaniement ministériel.jpg

De véritables athlètes, toutes catégories. On ne sait plus où l'on veut aller mais, populisme aidant, on fait le pas pour progresser, pour exister aujourd'hui. On veut ignorer que la politique est devenue de véritables sables mouvants dans lesquels, pris de court, on patauge à vue. Prévoir des normes et des moyens de les faire appliquer en passant par des lois répressives ou non, cela prend du temps. Alors, "moraliser ses instincts", vous n'y pensez pas...

Réfléchir, cela prend trop de temps. Avoir de l'avance à l'allumage, c'est bien dans la période de test, pas dans celle de la décision et de l'implémentation sans possibilité de retour aisé à la case départ. Définir le but à atteindre avec assurance, les moyens pour y arriver et les tester, c'est quasiment impossible en politique.

Il y aura, dès lors, pour un gouvernement, la version "un" suivit de la version "deux". La suite est à l'avenant. Le retour à la case départ "0" est programmé, en secret, réservée aux initiés.

En temps de crise, le processus de sape ou de restauration s'accélère. Il faut avoir des idées géniales pour changer et cela demande plus qu'une idée.

Il y aura les prédicateurs, les conseillers en entrée. Au porte-parole de faire son travail d'éclaircissements, de digestion de l'idée, avec le maximum d'effets en faisant semblant que tout va s'améliorer.20090605Obama Egypte.jpg Puisqu'on a négocié jusqu'à plus soif, on se justifiera à la postériorité et on priera pour que cela marche.

A l'ouest, du nouveau? Ah, oui, là-bas, le Messie est arrivé. Tout dans la tête et même dans les potentiels de la confiance. Tout pour plaire. Tous prêt pour le croire. Merci pour eux. Aux conservateurs de s'adapter avec les progressistes en tire fesses. Mais, les Messies ne sont plus ce qu'ils étaient. Leurs actions reçoivent des objections. En tant qu'européen, on ne comprend pas les réactions des conservateurs qui contestent le projet de "socialisation" des soins de santé, pourtant tellement nécessaire. Libertaires jusqu'au suicide, refus de tout interventionnisme de l'État. Une vision américaine du problème. Mais, on en parlait, aussi, à la radio, avec une spécialiste. Et pourtant, il faudra y passer un jour. C'est écrit dans les astres de la mondialisation.

"Les maître de l'économie ont compris qu'il fallait que tout change pour que tout continue", lisais-je dans le billet de Jean Daniel du Nouvel Obs pascal. On sortait, à l'époque, de la réunion du G20 à Londres. Les pressions de Barack Obama opposées aux réformes de Nicolas Sarkozy. Il était question de l'intégration de la France dans l'OTAN. On cherchait la sortie de la spirale vertigineuse des suppressions d'emplois. On parlait des gesticulations de la Corée du Nord et au Proche Orient. Mais on remarquait un vent de paix qui soufflait et un souci d'apaisement contagieux. Le "bon vent" était là pour suivre le titre du billet. L'écriture philosophique revenait. François Mauriac renaissait. 20090819Justice and co.jpg

Ce ne serait pas mal, si la Justice avait la bonne idée de se moderniser, de "se manager". Là, c'est plutôt de vieilles casseroles ou ce ne sont plus que les manches de celles-ci, que l'on aperçoit. Alors pour la meilleure soupe? L'affaire Fortis ferait-elle toujours des vagues ... de manches. Là, il s'agit plus de sclérose comme le laisait comprendre ce professeur en Droit Judiciaire? Toutes les lois existent ou presque mais ne sont pas appliquées. "Ce n'est pas parce qu'ils sont nombreux à avoir tort, qu'ils ont raison", lisais-je dans "Le Mystère des dieux".

- Allergiques aux changements, allez vous rhabiller, vous n'avez pas beaucoup d'avenir dans nos murs, dit une voix.

Suis-je rétro, nostalgique du passé, un conservateur de premier, un vieil aigri?

Oh, que non. Proactif, toujours, bien au contraire. J'en ai seulement vu, un peu trop passer des innovations, des projets qui devaient révolutionner son homme et qui se sont terminés par un flop magistral. Trop de déchets, trop d'investissements de soi-même et de l'entreprise à fonds perdus, pour accorder les nouveaux violons avec un résultat qui n'a pas été à la mesure de ses promesses. Si vous en voulez plus, un eBook vous attend. Sans engagement, bien sûr.

C'est l'utilisateur ou le citoyen qui reste le maître atout de la réussite. Les résistances peuvent être très fortes au niveau de l'expérience technique, financier, politique et de tous ces utilisateurs finaux qui devront assumer sans rechigner par après si aucune opposition ou obstacle majeur ne s'est pas manifestées.

L'hostilité peut pourtant se comprendre aisément. Comment acquiescer quelque chose qui est forcé par en haut et, non décrit complètement, dans le détail et qui se présente à celui qui ne possède pas les connaissances techniques mais seulement quelques vagues notions des avantages prévus pour le vivre.

Pour le fournisseur, avoir vendu l'idée, va représenter un retour sur investissement en progrès substantiel financier et une expérience nouvelle dans la partie des tests que lui même n'aurait pas eu le temps de passer en revue. La mise en place de l'idée reste un risque très important, consolider son produit, y apporter les idées intéressantes par l'intermédiaire du client utilisateur est certes très rentable, aussi. L'évolution culturelle pourrait trouver un réel avantage commun dans la partie de ping-pong qui va s'engager dans la suite entre les acteurs.

L'innovation, c'est vrai, n'est pas nécessairement pleine de risques, mais elle demande beaucoup de temps pour être étudiée et analysée de manière sérieuse. Le grand saut dans l'inconnu est la rançon de l'ignorance. Un droit à l'erreur est naturel mais il devra aussi passer à la moulinette de l'évaluation sérieuse. La priorité est d'améliorer, pas de se lancer pieds et poings liés dans l'inconnu. La vision globale du réel bénéfice et la cohésion de l'ensemble sont primordiaux dans le choix du chemin à prendre. Le remplacement d'un projet par un autre plus prometteur ne peut être envisagé que s'il n'est pas pénalisant pour ceux qui l'ont conçu, l'ont à implémenter et l'ont à utiliser. Une stratégie d'entreprise ne se respecte qu'avec tous ces aspects de rentabilité.

Changer pour changer est un leurre dont on se mord les doigts en finale. Brûler les étapes, sans tester le changement avant l'installation ne peut que s'attirer les ennuis à brève ou à courte échéance.

Nous sommes, souvent, devenus des apprentis sorciers de la nature pour le bénéfice d'un changement à court terme. On a accéléré le rythme de ces changements de telle manière que la nature de l'homme ne peut plus l'assumer. Le climat et le réchauffement de la planète sont une des conséquences. On parle parfois de "Capitalisme naturel". Une des solutions, probablement.

Il ne faut pas laisser forcer les changements par une voix bien intentionnée. Laissez votre jugement en décider à votre façon. Vous aurez gagné quelques points dans la sagesse. Aux niveaux des États, rien ne passe mieux dans l'opinion que l'idée de réformes. On se met dès lors à rêver. On ne sait ce qu'on veut voir changer, mais on change.

Réforme de l'État en Belgique. La révision de la constitution, excusez du peu. On parlait dans le Nouvel Obs de "Réforme aux forceps". Réformes de tout par ce qui passent par l'esprit du Président. Alors, oui, on change pour changer. On s'inquiète de souffrir par son manque de cohérence. On n'a même plus le temps d'analyser les résultats des changements précédents, parce qu'on pense déjà aux suivants. Plus de gagnants dans les opérations, style "cataclysmes", tous perdants.

La presse écrivait, récemment, "La gestion du changement n'est-elle pas la première victime de la crise?". Un peu plus loin, un autre article "Frappé de plein fouet par la crise, la Californie est au bord de la faillite". La Californie, là d'où toutes les idées nouvelles partent. Cela fait réfléchir.

Quant aux banques, toujours pointées comme responsables, elles doivent prêter de l'argent. L'épargne belge, avec la crise n'a jamais été aussi haute (172,5 milliards d'euros). L'ancien patron d'Euronext et nouveau de Fortis, Bruno Colmant prévoit le changement avec encore plus de dureté dans l'économie de marché et moins de sécurisation des processus. Courant et contre courant.

Seul le mot "ensemble" pourrait changer cette conformiste au passé. Pas question d'implanter un processus sans prendre la température extérieure dans un monde globalisé.

La démocratie n'existe qu'en politique pas au niveau des entreprises. Chez elles, ce sont ceux qui n'en ont rien à cirer de la bonne gestion de l'entreprise, mais qui ne pensent qu'au rendement de leurs placements: les actionnaires et, en indirects, les épargnants. Responsabiliser pour objectiver et motiver, on n'y penserait même pas dans ce jeu de dupe où l'éthique n'a aucun droit d'existence.

Changer ensemble ou décider de ne rien faire. Mais le changement ne sera pas que cosmétique. Ce seront les mentalités, elles-mêmes qui seront sur la sellettes. La hiérarchie qui devra suivre des règles de conduite car le chef a ses raisons que la raison ne connaît pas toujours. Il faudra oser la court-circuiter, au besoin, si elle ne joue pas son rôle de management. Même le bas de l'échelle, où sont ceux à qui on ne demande, généralement, pas l'avis, devra faire son acte de contrition aussi, comme je l'indiquais dans ce commentaire qui allait à contre courant de l'article de l'auteur. L'innocence sera toujours détournée à l'avantage du plus malin.

Conflit de générations ou d'idéologies? Un planning harmonieux qui planerait au dessus de deux générations, des deux idéologies, cela changerait.

Les conservateurs diraient "Pourquoi changer quelque chose qui marche". Les progressistes, "rien ne vaut un changement pour remuer la m...". Bien mieux, une sélection du meilleur dans les deux champs d'investigation.

Alors, vite un temps pour consolider tous les changements. Pour les comprendre. Pour les assimiler.

L'événement de la semaine, ce fut l'anniversaire des quarante ans du Festival de Woodstock. On lit dans les journaux: "Trois jours de paix, de musique, de boue et de chaos" et "la révélation de la fracture générationnelle avec le mouvement hippie". Les hippies, depuis lors, bien vieillis, se souviennent. Résultat des courses, une seule personne y a gagné financièrement dans l'aventure, mais tout le monde ne se souvient que des bons moments. L'amour et la générosité, ils y ont cru. La musique et la chanson restent les véhicules des souvenirs et des espoirs. La vie, elle, va devoir changer très fortement. C'est clair. Ce ne sera pas avec des fioritures.

Un parallèle amusant? Dans les bals populaires, pour attiser les conversations et donner un "nouvel éclairage", souvent, quelqu'un crie "Changez". Il vous faudra trouver un autre partenaire pour faire partie du jeu. Espérons que celui-ci ne vous marchera pas sur les pieds tous les instants. Le pas de deux qui s'engage peut paraître très peu cadencé au spectateur sur le bord de la piste.

L'ouverture comme état d'esprit", écrivait Argoul, il y déjà bien longtemps. Évidemment...

"La formation et l'emploi peuvent aussi virer au vert", "Les personnes ayant un MBA devraient avoir l'ambition de devenir plombiers", "How I started making $7.500 a month working an online part-time job from home", lisais-je successivement, ce weekend. Un rêve ou un cauchemar futur?

Changer en mode plus privé, c'est encore un autre coton. Là, aussi, il s'agira d'exister, de choisir un modus vivendi et ce ne sera pas plus simple ni exempt de décisions difficiles à prendre.

Puisque tout finit en chanson ou vers, ma vision:

"Réformes pour et par la forme" :

Pourquoi devoir commencer par choisir ?

Une carrière n’est-ce pas se faire plaisir ?

Il ne s’agit pas de rêver à être employé

Mais de creuser un sillon plein de fierté

Se tromper et se retrouver dans l’errance

Pendant une vie où tout ne serait que rance

Alors, quand il faut décider de son temps

Ne faudrait-il pas connaître son tempérament ?

La vie s’enfuit, pas dans une véritable course

Penser uniquement à augmenter sa bourse

N’apportera qu’une pâle idée du bonheur

Chercher un créneau précis et à l’heure

Qui dit qu’en nous, il n’y ait qu’une personne ?

Tendre l’oreille au réveil qui sonne

Ne pas craindre cette envie de changement

Qui ne saura que soi-même autrement

Réinventer ce moment où on se lasse

Evitera de se retrouver dans l’impasse

Au début ne chante que le printemps

La pensée d’avoir emprunté le chemin du ciment

Se retrouver dans l’engrenage de l’été

Ensuite pour engranger ce qu’on a semé

Continuer dans les couleurs de joie de l’automne

N’empêche pas de trouver le travail monotone

Alors avant le grand départ de l’hiver

Pensez à sortir dans le confort du divers.

Mais, je vous ai fait trop réfléchir. C'est encore les vacances et elles sont sacrées, celles-là.20090803SansPapiers.jpg

Le soleil décline à l'horizon. Alors, une dernière fois, chacun son truc à poil, à plumes ou sans l'un ni l'autre.

Profitez des derniers moments de plénitudes et ne changer rien à vos habitudes. Lisez pour l'occasion, les écrits, très actuels, de Nietzsche. A votre retour, on aura eu des idées neuves et parfois folles pour vous accueillir. Alors, pas de précipitations. Il faut toujours s'adapter à son environnement et à son époque.

L'Enfoiré,

Parler ensemble ou séparemment sur Agoravox?

Kroll était en vacances. Merci à Johan De Moor d'avoir pris la relève.20090817VanRompuy en vacance.jpg

Citations:

  • "La civilisation n'est qu'une mince pellicule d'un chaos brûlant", et

  • "Ce n'est pas pour votre droit que vous vous battez, vous les justes. C'est pour faire triompher votre image de l'homme", et

  • "Grâce à la liberté des communications, des groupes d'hommes de même nature pourront se réunir et fonder des communautés. Les nations seront dépassées.", et

  • "Jadis le moi se cachait dans le troupeau, le troupeau se cache encore au fond de moi", Nietzsche

  • "Changer le monde commence par se changer soi-même.", Roger Mondolini

12/08/2009

La méchanceté, tout un art

Le Magazine Littéraire de cet été avait un dossier très complet sur l'Art de la méchanceté. En littérature, c'est par un échange de mots parfois "verts" avec une certaine méchanceté que l'on remplace par un coup de poing bien placé dans un monde plus physique. Mais, alors comment exerce-t-elle son art, cette méchanceté et quelle est son histoire?

La méchanceté, tout un art.jpgQuelques chapitres de ce dossier devraient nous éclairer sur les épisodes d'une mise en condition pour exercer l'Art de la méchanceté.

Un forum n'est pas exempt de ce genre d'exercice. "Parlons peu mais parlons bien" disait, une rédactrice de l'un d'eux qui entamait le sujet avec des yeux féminins, en s'adressant aux "collègues" rédacteurs de cette enceinte virtuelle. Le souci d'annihiler l'agressivité était le maître mot de son article poussé par les inquiétudes de notre époque qui rencontre la concurrence, les barrières et qui empêchent de respirer convenablement, disait-elle. Déshumaniser les relations humaines semblait son plus grand reproche. Pourtant le malin plaisir de refroidir les instincts, les plus humanistes, de nuire son prochain, se cachait derrière quelques répliques qui suivirent. Alors, cette fois, appelons un chat, un chat. Le mot "méchanceté" n'avait même pas été effleuré dans l'article. Étudions-en les arcanes dans le passé et dans notre présent.

Il y a les critiques littéraires officiels, ceux qui sont là pour orienter les lecteurs, pour donner une leçon, violente à la base ou non vers l'auteur du texte. Ce filtre peut prendre le mauvais chemin et faire dévier l'initiateur de l'œuvre littéraire pour mauvaise compréhension des buts. L'amour de la réplique poivrée vient comme maître-atout. L'œuvre écrite manque d'aisances dans le droit de réponse et d'interactivité. Alors, l'auteur s'en retrouvera parfois groggy, mais c'est la règle du jeu.

L'interactivité devrait, pourtant, avoir une place prépondérante. Dans les forums virtuels de la Toile, ce n'est pas le cas. Certains auteurs se payent un maximum d'interventions sous forme de trolls sans consistance, haineuses, partisanes, entrecoupés, heureusement, de passages plus intéressants. La propagande n'est pas exempte des forums et mérite des alertes avec réactions bien musclées. Placer son désaccord, sans précisions, n'a pas la moindre efficacité, ça c'est sûr. Mais l'anonymat a permis de descendre le niveau et la valeur proactive des interventions.

"Pimenter" pour faire mouche avec le moins de mots possible est pratiqué depuis la plus haute Antiquité. Des hiéroglyphes prouvent que les anciens Égyptiens osaient critiquer leur Pharaon par leurs petites faiblesses.

Tout le monde se rappelle du panache de la tirade du nez de Cyrano de Bergerac. De l'humour grinçant, mais de l'humour vrai et bien construit. Pas de méchanceté bête. Une réplique, sans faux fuyant, vaut tous les discours de la Terre. Tout le monde n'est pas à mène de faire usage des bons mots bien salés et poivrés. Il faut de l'expertise et de la connaissance du sujet pour enrayer toute contre attaque. Prévoir l'imprévisible. La rixe oratoire n'en sera que plus belle que si les pouvoirs ne sont pas plus forts d'un côté que de l'autre de la barrière. A armes égales, cela devient un arc et une flèche. Une flèche et un arc. Rapports de forces égaux sans disgrâce politique. De la belle ouvrage. La diplomatie viendra par après.

Le pouvoir, le côté racial, cela casse tout et s'interpose pour tomber dans l'idiotie. La subtilité est ailleurs et se cache derrière les ambiguïtés de haut vol. Pas de deuxième essais ou alors de la même veine. Les plus beaux succès viennent d'ailleurs suite à une réaction au conformisme et à la bêtise. Énoncé d'une traite presque magique et par surprise avec une technique mortifère sans intention de la donnée. Citations avec le moins de mots possible. Nous en verrons quelques "goals" de la sorte en fin d'article. Art du mal par la persuasion de l'absurde de situation, révélé au vol d'une phrase. Si l'interlocuteur a l'intelligence d'en rire, c'est gagné par ricochet. "Les cris désespérés sont les chants les plus beaux", disait Musset. Les spectateurs se régalerons de l'échange.

Les paroles dans le réel des rencontres physiques ne permettent pas cette répartie. La rapidité et la surprise des réactions à données fait plus partie du hasard.

Dans l'écrit, le temps et la surprise sont d'un autre ordre. La répartie devient un sport dans le recueillement d'une feuille blanche, d'un texte écrit préalable ou par l'intermédiaire d'un écran. Là, c'est du recul, du calcul, de la recherche qui est nécessaire. Le jeu d'échec commence. Le premier qui avance son pion, ne sera pas forcément celui qui fera le "Mat". Le fou n'est pas celui que l'on croit. Pas de limite de temps. Des coups à l'avance pour le bien de la partie. L'expérience de ce "jeu" peut se donner une chance par la pratique de l'humour sans verser dans la rixe et la colère.

Ce qui est désolant, c'est que sous le couvert de pseudos, la méchanceté gratuite a souvent tendance à exploser. La vie actuelle est plus agressive, pourquoi pas leurs reflets. Le pseudo, faussement incognito, donne de l'assurance à l'auteur "disgracieux" ou "irrespectueux". Plus besoin d'être original et humoristique sans étiquette. Les réponses deviennent partielles et partiales. On élimine les points qui dérangent. Le jeu de ping-pong est sans allant. C'est un combat entre un mouton et un moutonné à qui perd gagne. La victoire à la Pyrrhus finale, dégoûtera son vainqueur. Dès lors, si on n'a pas atteint le fond, on commence très vite à en sentir les odeurs.

Chacun a sa technique de réponse aux invectives. Fabriquer sa réplique est affaire de doigté et de persuasion qui se veut un correspondant à la hauteur. Pas de secret, pas d'adaptation d'une situation sur une autre. Du coup par coup. Pas d'ego transposable vers un autre. Seulement des règles de respect de règles implicites du "jeu" mais qui ferait patiner l'originalité. L'art de la méchanceté se joue comme la vie. Rien n'est gratuit. La faille, chez l'autre, se découvre parfois après des recherches. Sans mentir ou pervertir la réalité.

"Le poids des mots face aux idées", écrivais-je un jour pour exprimer les différences de cultures.

Anne Roumanoff caracolait, avec humour, "Dire du mal de soi aux autres, c'est idiot. C'est leur donner des idées qu'ils n'auraient pas forcément eues tout seul".

La presse n'est pas plus tendre et ici, il s'agit de BD et de Tintin.

Il est vrai que c'est surtout "A cash city" qu'il ne faut pas avoir de faux espoirs.

En remontant le temps, même sans Internet, des querelles ont été épiques et parfois dans des luttes plus meurtrières moralement que physique.

Le magazine littéraire parlait de Catulle et de son émule Martial qui faisaient les délices de la polémique insidieuse et crue, par l'intermédiaire des épigramme. La politique s'introduit, alors, avec le danger de la posture, sans réel argumentaire, dans un rapport de forces au bras de fer, y était-il précisé.

Le venin se retrouve avec Pierre Aretin, redouté pour ses "pasquinades" dans la forme de la médisance.

Pour Léon Bloy, que tout irritait, la critique passait par à l'autodestruction. Il s'en était fait une raison d'être par la pureté et par sa solitude.

Saint-Simon avec ses Mémoires ne s'inquiétait plus de savoir s'il était méchant ou charitable, pouvait être considéré comme le roi des piques.

"La méchanceté croît avec le progrès des idées", disait Rousseau avec une philosophie toute particulière aux gens de lettres qu'il considérait comme les êtres les plus vils qui soient. Lucidité d'égoïsme de l'amour-propre tout en récusant cette vision manichéenne et en admettant ne pas s'aimer eux-mêmes chez ses contemporains, chacals savants.

Le 19ème siècle voit naître dans les salons où l'on cause, le pire et le meilleur des jeux de mots. La haine littéraire contre la médiocrité y pousse du grotesque à la farce. La pièce d'"Hernani" d'Hugo marque, par le scandale, l'apogée des batailles entre romantiques et néoclassiques.

La fantaisie de la méchanceté a toujours évolué dans le temps en fonction de la notion que l'on avait accolée au "mal". Celui-ci progresse à pas feutrés. Il est banalisé ou au contraire rehausser d'emphase en fonction du point de réception de l'attaque. Longue tradition de la méchanceté pour dire tout haut ce que le monde n'ose dire que tout bas.

20090227Vacances.jpgAujourd'hui, dans notre époque qui demande d'aller toujours plus vite, la caricature remplace, souvent, une longue tirade par l'image flash. Humour acerbe, sarcasmes qui feront mouche du premier coup d'œil ou se perdra lamentablement. Méchanceté ou critique constructive? Parti pris, non objectif, si le même regard critique n'était pas donné avec la même virulence de part et d'autres des barrières. On adore ou on déteste ce genre d'approche, pas de demi mesure, si le recul nécessaire n'est pas entrepris. La méchanceté commence, seulement, avec la bassesse, nulle, non productive et subjective.

Pour le spectacle, il y a les amuseurs publiques, imitateurs et autres qui apporteront cet humour grinçant en pointant des personnages politiques ou de la vie publique. Michel Drucker était "cuisiné" samedi dernier dans l'émission "L'habit ne fait pas Lemoine" et constatait que la période Age tendre et Tête de bois était repoussée dans des tournées nostalgiques. Le dixième des réflexions, lancées aujourd'hui, il y a vingt ans auraient fait l'exclusion et le renvoi sur le champ. Mais il est resté le "gentil" de la bande des présentateurs. Les jeunes ne l'apprécient en général plus car il n'est pas assez vindicatif. Pour durer, il est obligé de laisser la place à ceux dont c'est le métier du génie de la "méchanceté" humoristique tel qu'Anne Roumanoff ou Canteloup. Laurent Ruquier, lui, même avec des clashs, s'assure les rires de son parterre d'invités intéressés par sa cause et par la rigolade.

A la télé, les "Guignols de l'Info" ont encore de beaux jours avec en arrière plan "Le canard enchaîné".

La littérature, elle, se doit de jouer dans la subtilité et l'enthousiasme de la bonne parole. La société policée, sous le couvert de l'éducation jésuitique est (mal)heureusement en perte de vitesse. La vie a été et est un combat, une joute perpétuel. La perfidie de salon du XIX ème siècle, la cruauté des apartés, le théâtre de Molière, de Shakespeare se sont transformés en théâtre de Boulevard. Les arbitres, les modérateurs, c'est le public lui-même qui s'en charge.

La méchanceté a-t-elle progressé avec notre époque? Pas vraiment. L'histoire montre le contraire. Le 18ème siècle de Rousseau a probablement été bien pire. "Tout cela eût été moins facile à faire dans tout autre siècle. Mais celui-ci est particulièrement un siècle haineux et malveillant par caractère", avouait-il. Notre époque s'est seulement gadgétisée. Elle s'est donnée des outils neufs pour se répandre à toutes les classes de la population dans les pays dits démocratiques. Et cette extension fait la différence. Dans le milieu du travail, le jeu de la chaise musicale a créé le chacun pour soi avec le matérialisme en toile de fond. Dans les tensions, le psychisme verse naturellement dans les conflits verbaux avec la vengeance et le vitriol comme encre "sympathique". L'amour et la haine ne sont-ils pas les meilleurs complices? Vigny à la question d'un littérateur qui remarquait cette animosité de langage avec ses alteregos, répondait "Que voulez-vos: nos nous aimons!".

20090305Fillon.jpgLa méchanceté fait, aussi, partie de la "peopleisation" des personnages que d'être rappelé en permanence comme "The man you love to hate" en écho à un slogan hollywoodien. Il s'agit d'être à tout prix. Tout, sauf l'anonymat, pour les hommes politiques.

Rappel: "le méchant, c'est toujours l'autre".

Henri Bergson dans un discours enflammé présentait la vie moderne comme une ouverture à la diversité des opinions par l'intermédiaire de la politesse, de la générosité, voire de la charité.

L'agacement peut venir du coup par l'idéologie du sympa. Béatitude tout aussi peu productrice de progrès, même si cette pensée est aimée de la population quand on voit les entrées pour le film des Chtis. Alors, ce sera dénoncer les erreurs et la bêtise pour, simplement, ne pas se faire "chier". La panoplie des actions possible est à la hauteur des ambitions: impertinence, irrespect, provocation, blasphème... mais dans les bonnes formes.La méchanceté, tout un art Obama.jpg

Bourreaux ou victimes. Réceptionnaires d'un message bon ou mauvais, organisez vos duels. Soyez présents, détendus, c'est la modernité qui le veut. Soyez original. Privilégiez les faits incontestables avec les sources de vos dires sous le manteau. Soyez actifs, voir radioactifs. Jouez aux figures de style, à l'allégorie, par exemple, mais pas nécessairement à l'« allez gorille ». Pas confondre non plus entre calembours et "calles au bourg".

Au travail, bons "tortionnaires" de forum dans le respect, la responsabilité et l'humour...

"Une jolie fleur dans une peau de vache, Une jolie vache déguisée en fleur", chantait Brassens.

Cette méchanceté-là, toute relative, deviendra, peut-être, une relation de type "win-win" pour l'écrivain, le lecteur et pour le spectateur. Sans polémique... enfin, presque.


L'Enfoiré,

Sur Agoravox, ce sont les durs des durs.


Citations:

  • "Je préfère le méchant à l'imbécile, parce que l'imbécile ne se repose jamais", Alexandre Dumas

  • "Quelques-uns meurent trop tôt. Beaucoup meurent trop tard. Très peu meurent à temps", Friedrisch Nietzsche

  • "Le singe est un animal trop débonnaire pour que l'homme puisse en descendre", Friedrisch Nietzsche

  • "L'ennui chez l'homme célèbre, c'est qu'il se prend pour ce qu'il est devenu, non pour ce qu'il est resté", Georges Perros

  • "Si on ne voyait que les gens qu'on estime, on ne verrait personne", Crébillon fils

  • "Les Français ont horreur des inégalités, mais ils adorent les privilèges. Souvent, "inégalité", c'est le nom que tu donnes aux privilèges des autres", Anne Roumanoff


05/08/2009

Viens chez moi, j'habite chez une copine

Un titre de film "Viens chez moi, j'habite chez une copine", m'inspirait un article "provoc". Pour accrocher l'attention? Non, pour établir des statistiques, pour apporter des conclusions et pour mettre à plat certains points dans lequel certains événements sportifs ou autres sont tombés si on n'osait pas y regarder d'un peu plus près.

20090727Armstrong au revoir.jpgL'été est la période des événements sportifs par excellence. Si les compétitions de foot sont en mode mineur jusqu'au mois d'août, d'autres sortent leur épingle du jeu. Alors il y a Roland-Garros, puis Wimbledon pour le tennis. Après les Tours réalisés par la Petite Reine, c'est le Tour de France qui couronne la saison avant de remiser les vélos au vestiaire jusqu'à l'année prochaine ou penser à d'autres horizons là où il est attendu à plus petite échelle.

Beaucoup d'organisations, de nos jours, organisent des événements sportifs, des « event » dirait -on : le Giro en Belgique, Mémorial Yvo Van Damme, et, j'en passe. En vacances, il faut bien meubler les instants d'inoccupation et sortir du farniente offert par la piscine des hôtels. Ici, je ne reprendrai que les sports qui défraient la chronique pendant cette période. Une série d'activités plus ou moins généralisée, plus ou moins monopolisée prennent place. A qui profite tout cela?

Aux organisateurs, bien sûr. Les sponsors, par les retombées, ensuite. Aux sportifs de haut niveau qui, par le jeu de la compétition, se verront sur le podium avec le titre de champion et un prix qui montera exponentiellement. Les premiers recevront le pont d'or. Mais très vite, cela deviendra des cacahuètes de moins en moins grasses, pour les suivants. Les spectateurs supporters auront gagné quelques moments d'adrénaline devant leur petit écran ou sur les bords de ces "event". Dans l'automobile, si besoin est, voici une preuve que les organisateurs font la pluie et le beau temps.

Le sport est l'opium du peuple, dit quelqu'un. C'est presque devenu un rite, une religion. Et cela n'a pas de prix, une religion. En fait, pour le fan, ce n'est pas toujours le sport qui intéresse mais l'ambiance, l'impression de force qu'il apporte. La compétition a de ses dons pour attirer le supporter en lui donnant l'excitation désirée.

Les caractéristiques et préoccupations d’un « event » réussi, pour attirer son public, pourraient compter les étapes et préliminaires suivantes:

  • médiatiser et sponsoriser le spectacle: plus il y a monde, mieux c’est et plus ça rapportera.

  • Un « business plan », calculé par certains mais connu seulement de certains qui empocheront les bénéfices et écarteront ceux qui sont mêlés de plus près avec l'idée commune du profit quitte à sauter ceux qui ne se plieraient pas à certains sacrifices.

  • Les coûts de l'opération sont supportés par les sponsors pour la réalisation mais c'est la collectivité qui en supportera la maintenance et l'intendance.

  • Monte des ASBL et travailler avec des bénévoles qui reçoivent des défraiements pour leurs frais et des petits cadeaux qui remplacent généralement les salaires.

  • Pas de calendrier « protégé » pour un tel « event ». Le initiateur de l’événement choisit la date qui lui convient, sans pitié pour les autres organisateurs. Aucun apport extérieur, les initiés, seuls. Pas de colle donc pour associer les desiderata de chacun.

  • Souvent, le créateur de l’événement n’y connaît rien à l’activité exercée, mais son seul réseau de relations devrait normalement suffire.

  • Plus le créateur d’ « event » est important et puissant, plus il sera potentiellement écouté et plus il se permettra des risques avec moins d'assurances en contre partie. Les organismes publics se plieront ou passeront leur tour.

  • Prépondérance de la publicité et les meilleurs supports médiatiques.

  • Lobjectif principal n’est plus d’amuser le public mais de le faire participer et, surtout, faire sortir un maximum d’argent de leur poche.

  • Pour le même « event », on peut rencontrer des activités qui n’ont rien à voir l’une avec l’autre, mais qui trouvent place ensemble par le souci de rentabilité. Alors tout est pour le mieux.

Comme on le voit, le demandeur n'est pas nécessairement le payeur à toutes les étapes. Comme les retombées ne sont pas chiffrables, mais seulement évaluées, sans feedback, ils dépendent de la publicité qui en est faites. L' « event » est présenté de ce fait par la seule force du marketing.

20090423Huy et flèceh wallinne.jpgDès lors, pour faire partie des élues, les villes demandent le passage du Tour, chez elles. Le Tour de France sort, très souvent, des frontières de l'hexagone lors de certaines étapes. Est-ce normal? Pas de réponse. Elle serait tendancieuse. Trajet variable d'année en année, décidé, bien avant la compétition. Prestige et espérance de faire "marcher" les commerces aux alentours et s'assurer de l'obéissance de ces villes pour éteindre dans l'oeuf toutes revendications. Tout n'est, pourtant, pas bénéfice intégral. En plus de la manne apparente, qu'apporte le Tour de France, il y a les coûts que les villes doivent assumer pour les recevoir. Certains événements ne rentrent pas toujours dans leurs frais. La population, elle, passive, n'a pas l'habitude d'exprimer son accord ou son désaccord. Le Tour et sa caravane passent et certains habitants, parfois, "trépassent". Les citoyens travailleurs se retrouvent naturellement bloqués en attendant qu'elle passe cette put... de caravane. Pas de forcing, car c'est la gendarmerie qui remettra le récalcitrant dans le droit chemin. Sans oublier les résidus qui traînent sur la route en dehors de la volonté des organisateurs. Pendant la course, pour surveiller, il y aura les différentes polices qui payeront leur tribut à la grande messe du sport. La maintenance et l'entretien des routes finiront le travail. Tout cela, en définitive, pour quelques minutes d'excitation et quelques babioles en souvenirs que les organisateurs ont jeté dans la foule pour attirer le chaland en tête du peloton. "Moins cher, c'est illégal", dirait-on, avec humour, selon la formule publicitaire consacrée.20090511Onkelinx.jpg

Le sport cycliste est, cette année et jusqu'à nouvel ordre, sans dopage. Un véritable renouveau. Tout le monde l'espérait un jour. On est contant mais peut-être n'est ce qu'une partie remise. Chercher à se dépasser, esprit de corps, d'accord, mais... On fait parfois la mauvaise oreille. Le team spirit n'est pas toujours au beau fixe. Comme tous les ans, il y a eu des drames de l'imprudence. Statistiquement, c'est imperceptible. Deux spectateurs qui se sont fait renversés par une moto suiveuse et un motocycliste, qui, ailleurs, s'est tué en percutant un obstacle non prévu.

Quand on ne "travaille" plus en circuit fermé, la sécurité devient un casse-tête et responsabiliser la population et les organisateurs ne serait pas le bienvenu dans une opération "call".

Professionnaliser une course, ne sera jamais une mince affaire, ni gratuite.

A mettre aux profits et pertes de la course, donc?

20090601Ecolo Progrès.jpgEn Belgique, Eddy Merckx, en son temps, a créé beaucoup de vocations pour le cyclisme, dès 1969. Qui oserait l'en blâmer? Pas moi. La petite Reine attire de nouveaux zèles parmi les jeunes. Peut-être, faudra-t-il, un jour, oublier la bagnole pour entrer en ville pour imiter Londres et ce sera tant mieux. Mais, actuellement, la ville n'est pas encore le champ privé de la bicyclette en pelotons, n'en déplaise aux écologistes et aux convaincus comme moi.

Les plus grandes compétitions comme les Jeux Olympiques ont très souvent sous-estimées leurs investissements et les frais ne sont récupérés que bien des années après.20080401La flamme et BHV.jpg

Il est vrai qu'il faille parfois viser très haut pour faire rebondir une ville. La ville de Barcelone avec les jeux de 1992, celle de Séville sont des exemples de réussites mais dont les frais ne se sont soldées que bien longtemps après l'événement. Un an après, la Chine, avec les 30 milliards de dollars, est certainement dans une période difficile de consolidation après leurs prestigieuses prestations en vitrine pour le monde. Cela même, si son lifting est loin d'être terminé et qu'elle espère en 2010, remettre le couvert à Shangai. L'environnement de Pékin, lui, a retrouvé le smog, même si l'économie a progressé de deux points. Prestige, quand tu nous tiens...

La recherche du meilleur, du champion, du mieux adapté, de la meilleure équipe a, pourtant, quelques effets secondaires. Le sport de haut niveau peut donner quelques doutes et quelques soucis en fin de carrière, quand on aura dépassé le point de non retour qui existe toujours quelque part. Mais, le spectateur se dit: "comme ils sont payés pour le faire, pourquoi s'en inquiéter?20090518Dieu et le Standard.jpg C'est comme pour tous les métiers: il y a quelques marches ratés et des "laisser pour compte". Mohamed Ali, malgré ses problèmes de santé actuels, dont l'origine ne fait aucun doute, dit que si c'était à refaire, il le referait. La renommée est-elle à ce prix? Être sous les feux de la rampe et parmi les « people » avec contrepoids de fin de carrière très dur à supporter. Car un jour, il faut descendre du podium et descendre est souvent plus dur qu'y monter.

Le sport de haut niveau et ses dérives, on en a déjà parlé. Le prestige, la gloire et l'argent en sont devenus les moteurs principaux au sport en général et a perdu un certain plaisir pour le pratiquer.

Et dire, qu'il y a quelques spectateurs qui entendant l'énormité des montants des prix alloués aux champions, ne manquent pas de hurler à l'injustice. Ils ont déjà oublié qu'ils sont eux-mêmes les patrons et les sponsors de leur propres "vices" derrière la petite lucarne.20090821Athlète de sexe.jpg

Combattre contre son prochain dans une lutte même à la loyale restera pourtant une idéologie complexe dans ses retombées. Les sociétés commerciales poussent à ce genre d'exercice pour attiser cette envie de compétition et pour augmenter les chances d'écraser le concurrent. La compétition, en solitaire, celle qui privilégie le combat avec soi-même, dans l'endurance, elle, n'a pas autant de valeur marchande.

La mondialisation de ces événements et la télé aident naturellement pour cacher quelques côtés moins positifs.

20090706Michael Jackson hommage.jpgLes événements sont ce qu'ils sont. Ils arrivent à date fixe, mais doivent aussi se digérer vaille que vaille à date fixe aussi.

En Belgique, en mai 2008, Red Bull investissait dans sa pub à Bruxelles pour la Fête de l'Iris. Accord entre la ville de Bruxelles pour égailler les foules. J'ai cherché le symbole, sans le trouver. Vous en souvenez peut-être, cela s'appelait "Europe rêve ou réalité". Red Bull ne fait pas l'unanimité et la Santé l'a même interdit un temps. La Taurine, présente dans le corps humain, a été expérimentée sur les GIs durant les guerres de Corée et du Vietnam, comme anti-stress, tout en créant des maux de tête et à l'extrême des hémorragies cérébrales. Alors, qui est la copine de l'autre dans ces événements?20080123Sportifiez-nous Henin.jpg

20080516JustineLeterme.jpgChez nous, le tennis, au féminin, a eu ses heures de gloire. Justine Henin a raccroché sa raquette de compétition au vestiaire pour entamer une autre étape de sa vie. Elle était avide de vivre une autre vie, peut-être "sa" vie. Kim Clijsters, après avoir quitté la compétition, nostalgique des podiums, veut y revenir. Le nationalisme revivrait pendant ses moments d'excitation et de gloire nostalgique? Pour preuve, il s'est souvent éteint dans l'esprit des supporters après leur disparition des écrans de télévision et des écrans marqueurs. Tout passe, tout lasse. (*)

20090731Reprise du foot.jpgLe foot recommence fin juillet. "Sportifez-nous", écrivais-je un jour où c'était nécessaire quand le moral est dans les talons plutôt que dans la pointe des pieds.

Çà, s'est du sport. Oui, mais, encore une fois, pour qui?20090625Arbitres dispositions.jpg

Car, il y a les autres? Les spectateurs, malgré eux. Ceux qui ne sont pas intéressés par les sports en général ou en particulier et tout ce qui s'y rattachent. Parce qu'il y a ceux pour qui le sport, cela les emm... quoi.

Il n'y a pas que les sports d'ailleurs pour trouver de l'opposition. Il y a des endroits qui sont sacrifiés aux "events" surtout en été. J'entendais, récemment, à la radio que la place Flagey de Bruxelles, renouvelée récemment, avait incité les riverains à lancer plusieurs plaintes pour cause de nuisances que ces événements engendrent.

On ne se demande pas, si, lors des manifestations sportives, les nuisances du bruit des télés, elles-mêmes, n'ont pas gêné ceux qui n'en ont rien à cirer.

20090608Gagnant et perdrant.jpgAucune statistique n'existe, non plus, pour déterminer le nombre de querelles de ménage que le sport a généré dans l'intimité des couples lors du choix des programmes de la télé.

Plaintes, mécontents. Les « antis » en tout existent. Ceux qui n'apprécient pas et j'en connais. Sont-ils négligeables pour autant?

Je me le suis demandé. Je leur dédie cet article.

20090523Sport Panique.jpgPourquoi s'en faire? Tant qu'on a la santé et les moyens, pourquoi pas?

Après nous, si ce n'est les mouches, que serait-ce? « Nous irons tous au paradis », chantait Polnareff. Peut-être.

Rien ne vaut, peut-être, une bonne et belle fête locale, qu'on aura organisé soi-même, en prévenant des nuisances, dans un environnement qui s'adaptera au mieux à tout propos et en ayant respecté la quiétude pour le maximum de personnes. Pour cela, il faut en connaître tous les points positifs et négatifs et ne pas faire confiance au premier venu.

Le principe de "mens sana in corpore sano" dans le contexte du respect des règles du "jeu" est une idéologie à plébisciter. Elle donne de la forme et de la longévité à ses participants.20090818Limite du sport.jpg

Je suis loin d'être un "anti-sport". Modestement, je pratique jogging et vélo en solitaire et cela à mon rythme. Je ne serai que très rarement celui qu'on dit "sportif", dans un fauteuil, avec la petite lucarne dans le regard. Courir, prendre son vélo peuvent très bien, sans la recherche d'une victoire quelconque, sans chercher à se comparer, mais s'assurer le meilleur combat avec soi-même en oubliant le spectacle. Compter en heures et plus en kilomètres parcourus. C'est aussi une philosophie. Pierre de Coubertin disait que le principal est de participer. Rien n'est plus juste. Un autre, Stephen Leacock, « Évitez soigneusement de faire du sport : il y a des gens qui sont payés pour ça. ». Comme quoi, tout est dans la nature de l'homme et de sa diversité.

20090831Rentrée Standard.jpgAlors, si un jour, la copine qui habite toujours le même quartier, sollicitée alors qu'elle n'en a rien à faire avec le sport, présentait l'addition, on pourrait lui répondre franchement avec des arguments bien réfléchis et incontestables.

Aimer le sport avec tous points positifs et négatifs, jusqu'à plus soif, question d'âge ou de sexe? Plutôt d'antécédents. Le football, une histoire de famille, disait Jean-Luc Dehaene. Mais, si aimer le sport est la question, en comprendre tous les sens et l'assumer, l'est tout autant.20071121Milquet gardienne de but.jpg

Alors, à vos boîte à compteurs, vos suggestions et vos votes pour et contre.

Avocat du diable, si vous avez quelques instants, de passer par ici, venez à mon secours.


(*) Mise à jour septembre 2009: Kim Clayesters a gagné l'US Open et Justine Hénin annonce son retour à la compétition.20090923Henin retour.jpg


L'Enfoiré,

Sur Agoravox, de Grands ou de Petits sportifs?

Remerciements tout particulier à Kroll pour ses caricatures. Bonne vacances à lui.


Citations:

  • « Le moment où l'on perd les illusions, les passions de la jeunesse, laisse souvent des regrets ; mais quelquefois on hait le prestige qui nous a trompé. », Chamfort

  • « Je crois avoir identifié les raisons de l'extraordinaire engouement de mes contemporains pour des sports qu'ils n'exercent pas personnellement. C'est un folklore que la caution de quelques intellos finit par transformer en patrimoine. », Philippe Bouvard

  • « Baisser les bras dans une compétition sous prétexte qu'on ne peut terminer premier est incompatible avec l'esprit du sport. », Eric Tabarly

  • «  Faire l'amour est la seule activité sportive où l'on préfère s'entraîner que marquer un but. », Anonyme


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