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25/02/2014

L'Histoire avec sa grande hache

La foire du livre de Bruxelles s'est achevé, hier. J'y ai été samedi dernier comme je l'ai fait depuis quelques années. Le thème de cette année: "L'Histoire avec sa grande hache" demande quelques nouvelles réflexions.  

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Un thème en relation avec le centième anniversaire de la guerre 14-18. Thème que je n'ai pas ressenti comme essentiel dans la foire, mais qui me porte à extrapoler sur la relation qui existe entre le lecteur et l'écrivain.

Est-ce une foire du livre pour dinosaures comme le laisse penser cette caricature de Vadot?

C'est vrai, avec la concurrence des autres médias, on lit moins de livres et de romans, mais, au vu du monde qui se pressait dans la foire, cela ne semblait pas être totalement le cas.


 

0.jpgLe livre numérique faisait les grands titres et les émois des maisons d'édition  lors d'autres foires du livre de 2012 et 2013. Le thème en était "Sex, books & Rock'n Roll". Le livre numérique avait pris son envol et générait beaucoup de questions sur l'avenir.

Cette fois, le livre numérique n'avait plus qu'un petit stand à sa disposition même s'il revenait dans une discussion à la radio. Le livre numérique, lui-même, est concurrencé à son tour par le livre parlant

Le papier retrouverait-il ses lettres de noblesse?

Le livre se hume, se touche, se palpe et enfin, se lit.

Les deux médias étaient considérés comme complémentaires.

Votre serviteur s'est empressé de jeter quelques regards sur ce qui faisait, de manière plus spécifique, à la foire du livre, cette année. 

Tout d'abord, je me suis arrêté à un stand qui présentait de très beaux livres reconstituant ceux du Moyen Age. Une autre manière de voir et de vouloir posséder un livre sous un autre format que celui de poche. Des livres d'un autre temps, avec enluminures, lettres calligraphiées, incrustées d'or qui avaient nécessité de deux à huit ans de travail, m'avait-on dit. Une exception qui confirme la ou les règles du milieu...

Les visiteurs se pressaient toujours de toucher les autres livres, de les compulser avant de penser jeter son dévolu sur l'un d'eux et de passer à la caisse pour se le procurer.

Les écrivains attendaient, comme d'habitude, de pouvoir les dédicacer.

La foire, c'est cela: avoir le droit de pré-lire les livres sans que quelqu'un ne vienne dire de ne pas y toucher comme cela risque encore d'être le cas dans certaines librairies.

Certains auteurs des livres de BD ou destinés aux enfants, sont là et dessinent sur la page de garde, ce qui leur passe par l'esprit avant de le dédier à qui de "petits" droits.

L'inoxydable, Michel Drucker, présent lui aussi. Adoubé ou adulé, il jouit toujours d'une série de fidèles qui désirent apposer son autographe dans son dernier livre "De la lumière à l'oubli". Etre et avoir été, en sous-titre. Le soucis de chacun pour ne pas devenir un has-been.

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Katherin Pancol, l'écrivaine à succès, avec des livres souvent destinés aux femmes, reconnait que les réactions de lecteurs masculins à ses livres ne sont pas les mêmes que celles d'une femme. Dans son dernier roman, Muchachas, les filles y sont partout et les hommes deviennent des Muchachas, comme on le lit en postface. 

L'auteure raconte ses premières amours avec l'écriture. Ecrire c'est, pour elle, avoir le courage de jeter une idée en l'air qui, si elle ne colle pas au plafond, devrait pouvoir être conservée. Elle avoue être une femme comme une autre qui vaque à d'autres occupations que l'écriture. Lire, elle le fait, mais en dehors de la période de l'écriture. A ma question du temps nécessaire pour écrire un de ses livres, sa réponse fut que cela pourrait s'étendre sur une période de trois ans.

Elle disait avoir suivi des cours d'écriture qui ne lui avait rien appris. Les règles sont là pour être transgressées. Se forger un style propre est un parcours de l'expérience.

Le fond d'une histoire peut-être identique, mais pas la forme pour la raconter. Impression générale: une romancière mûre dans l'écriture qui a choisi le monde des femmes comme lecteurs et s'y complaît manifestement.

0.jpgPlus loin, Nadia Geerts parle de l'actualité avec des accents de rebelle dans son livre "Et si on remettait une couche". L'affaire Trullemans, les Femens, le "nique ta race", le politiquement correct, sont des sujets dont elle tente de remonter les bretelles dans son livre. Ses idées visent le simplisme du prêt-à-penser. Pour elle, écrire, c'est se faire plaisir en premier et débattre de sujets chauds, mais sans violence. En disant cela, elle se censurait ou se bridait elle-même. 

0.jpgLa violence fait partie de la vie de tous les jours, qu'on le veuille ou non.

Si les Femens ont envoyé de l'eau à la figure de Mgr Léonard, ce n'est qu'une réédition de la tarte à la crème que l'entarteur, Noel Godin, avait envoyé à la tête de Bill Gates. Rien de génial, mais appliqué dans une intention d'opposition.

Si Dieudonné mélange tout et tue le partage, comme l'écrit Nadia Geerts, c'est aussi une envie d'aller plus vite au jusqu'au-boutisme par rapport à notre époque devenue souvent rétrograde. Si le laïcisme est en progrès, les religions sont plus vindicatives, comme le rappelait Pierre Galand ce matin à la radio. Nous sommes loin de ce qui s'est passé à Kiev ou à Caracas quand on parle de violence.0.jpg 

"Tout dire, tout écrire et puis finir par en rire" écrivais-je. Tout est bon pour faire remonter les problèmes à la surface. La différence des opinions, le pluralisme sont peut-être la clé cachée d'un progrès commun.

"Le monde est plein d'honnêtes gens, on les reconnaît à ce qu'ils font les mauvais coups avec plus de maladresse" disait Péguy.

Impression générale: une femme rebelle, féministe et laïque et qui, parfois, arrive à se brider elle-même. 

Si j'ai choisi ces deux exemples, c'est que le contraste est total entre ces écrivaines et encore plus avec l'homme de télévision consensuel qu'est Michel Drucker.

1.jpgL'écriture, ce n'est pas de la musique écrite sur une partition qui sera interprétée par quelqu'un d'autre. L'écrit sera lu par des lecteurs de tous les milieux qui auront à adapter leur sensibilité propre et leur attraction par une écriture particulière et pas une autre.  

Dans le billet sur la "Fureur de lire", je donnais quelques exemples d'écrivains à succès. On retrouve souvent les mêmes aujourd'hui.

Guillaume Musso et Marc Lévy en faisaient partie avec des sujets similaires de l'insolite de situation. Pour ne pas se laisser influencer mutuellement, ils disent qu'ils ne se lisent pas entre eux. 

Un autre géant du roman n'a pu venir à la foire du livre, mais des journalistes sont allés le questionner: Ken Follet. A son actif des romans fleuves historiques et des policiers made in UK. On dit de lui qu'il est un homme engagé avec sa femme qu'on appelle dans le milieu la "Champagne socialiste". Il ne s'agit pas d'une petite entreprise. 25 personnes gravitent dans la "compagnie Follet" qui gèrent les déplacements, les contacts avec les publicistes et les éditeurs. Une compagnie où l'on fait tout sauf écrire des livres qu'il destine à lui-même avant de passer à des experts pour corriger les erreurs historiques comme cela a été fait dans le futur "Aux portes de l'éternité". A la base, un bon casting de personnages et une entrée dans leur intimité. Des paysages non décrit comme une photographie mais avec ses vices cachés, un style simple et efficace avec des zooms et des effets narratifs. Ainsi, sa petite entreprise ne connaîtra pas la crise comme le disait le Match.

Avec son livre "La Chute des Géants", il était parfaitement dans l'idée du la foire de cette année. .


 

0.jpgMais parlons de l'écriture qui est, en fait, le sujet et la raison d'être de la Foire du livre. Le pourquoi, le comment...

Dans le "Coin des éditeurs" de la foire, des gens assis qui écoutent un orateur. Celui-ci essaye de faire comprendre ce qu'est la culture nationale en la découpant en couches concentriques.

0.jpgL'écriture ne se coupe pas en couches entre symboles, héros, rites, valeurs et expériences.

Si les différents acteurs s'y retrouvent, c'est pour s'entrechoquer.

Le talent à l'écriture est très subjectif.

L'objectivité, c'est au lecteur de la trouver quand le message de l'écrivain s'est transmis jusqu'à lui.

Le talent est variable en fonction de paramètres liés à la personnalité des lecteurs eux-mêmes, à leur propre "feeling"...

A la question de savoir pourquoi écrire, la réponse serait, simplement, de répondre que ce serait comme d'avoir eu le plaisir de lire.

Dans l'écriture, comme pour le sport, il y a les amateurs et les professionnels.

Personnellement, je reste dans la catégorie "amateurs". 

Pour moi, l'écriture n'a pas été mon métier, mais un challenge d'après métier. Un dérivatif dont il n'est pas question de tirer un quelconque profit en dehors du plaisir d'écrire, de prendre note d'idées qui se retrouvent en finale sur Internet. 

Internet offre l'immédiateté que le livre, en bonne et due forme, ne peut pas. Le livre n'est pas assez interactif, souvent sans suivi possible, sans possibilité de savoir qui lit et d'où en dehors de commentaires des lecteurs ou de critiques littéraires dans le meilleur des cas. Faire intervenir d'autres médias comme la chanson permet de se rendre compte que l'on vit dans le même monde. 

Le livre peut être comparé à une bouteille jetée à la mer qui arrivera, peut-être ou non, à destination, à la bonne adresse mais toujours en différé et sans possibilité d'y apporter des amendements, une fois imprimé sans ouvrir l'écriture d'un nouveau livre. 

Mais, en 2010, lors du cinquième anniversaire de ma présence sur la Toile, je disais déjà cela en long et en large.

Le feuilleton du "Fauteuil blanc" qui sort actuellement sur cette antenne, est né à la suite d'un flash. Après, il a suffi de broder l'histoire et espérer arriver à bon port avec le mot "FIN". Il s'agit d'un feuilleton dont l'écriture s'est poursuivie en même temps que la publication des chapitres précédents.

Le thriller, dont j'ai aimé dans mes précédents romans, peut tout aussi bien exister au niveau des relations familiales et de l'ambiance qui les entourent.

Garder un peu de suspense de chapitre en chapitre, c'est donner le souffle à la fiction et se mettre dans la peau des personnages. L'envie de faire vivre les personnages, donne parfois l'envie de les faire jouer dans une pièce théâtre.

A la base d'une fiction, il y a l'imagination, mais, si ce n'est pas de la science-fiction, elle se doit de rester plausible avec pour allié des faits réels pour donner une certaine véracité à l'ensemble. 

Apprendre à écrire, c'est virevolter du livre sérieux à celui qui ne l'est plus du tout. Un survol au départ qui, parfois, se complète par un approfondissement.

Quant au talent, il restera toujours subjectif.

Le meilleur livre sera celui qui fera oublier au lecteur qu'il est occupé à lire. Pour cela, chaque scène devrait poser une question au lecteur sur ce que sera la suivante.

La Grande Hache dans le cas de la Foire du Livre, sera à la critique de décider de la sortir et le droit de réponse pour la faire rentrer dans son fourreau.  

Le lien entre la lecture et l'écriture ne serait-il pas comme une respiration avec des inspirations et des expirations en va et vient?

En un clic, quelques photos de la Foire du livre.

 

L'enfoiré,

 

Citation:

  • "Lire ouvre les esprits et les portes sur la vie des gens à d'autres époques que la nôtre", Ken Follet
  • « Ecrire, c’est mettre en ordre ses obsessions. », Jean Grenier
  • « Ecrire, c’est une façon de parler sans être interrompu. », Jules Renard 

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