22/08/2007

Symphonie indienne

L'Inde est la deuxième nation la plus peuplée du monde avec plus d'un milliard d'habitants. Véritable mosaïque mélangée entre cultures et religieux. Depuis le 15 août 1947, indépendance et démocratie. Chez nous, depuis quelques temps, dans plusieurs sociétés commerciales, l'outsoucing offshore n'a plus de secret. Elle existe dans les activités de la TIC (Technologie, Information, Communication). De l'autre côté, sur place, comment s'en sort-on?

 

27570ac48020dbdf395d8ee05ed4fd3b.jpgARTE programmait pour l'occasion son "Thema" ce 12 août. L'immense marché potentiel indien affiche 9% de croissance par an et il est le seul avec sa main d'oeuvre qualifiée qui puisse faire contrepoids à la Chine. L'Inde est le premier exportateur au monde de services d'aide à la programmation informatique et d'experts en pharmacologie et en biotechnologie. Huitième importateur de produits belges. Les pierres précieuses, par exemple, représentaient en 2004, 85% des exportations belges. Les textiles indiens suivent le chemin inverse.

Un million de diplômés par an souvent en provenance des universités de type "américain". Les sociétés d'informatique ont montré le chemin de cette importation de travail en provenance de l'Inde. Les banques, la distribution et beaucoup d'autres secteurs de l'économie ont suivit en délocalisant leurs activités annexes, en ouvrant une filiale à dans le Sud rural ou en recrutant des ingénieurs locaux pour les importer ensuite en Europe et palier une soi-disant pénurie d'informaticiens. Pénurie surtout d'ingénieurs bon marchés.

L'Inde est constituée de 28 États avec une vingtaine de langues officielles. Hindouistes, musulmans, sikhs, jaïns, chrétiens se partagent le domaine du culte. Le capitale du Karnataka, Bangalore, temple de l'informatique continue de manière exponentielle son Big Bang comme plus gros fournisseur de main d'oeuvre qualifiée dans la haute technologie mais dont les campagnes restent malgré tout sous-développées.

Mais, l'Inde n'est pas Bangalore, les agriculteurs ont aussi des griefs. Cette video en apporte la preuve.

Seuls freins à son expansion, son opposition chronique avec le Pakistan, le pouvoir des autocrates, une administration corrompue et le système des castes toujours bien ancré au sein de la société. Un tiers de la population vit avec un dollar par jour et on compte 40% d'illettrés. L'Inde tisse sa toile sur toute la planète. C'est un fait. Elle s'intègre, elle rachète des sociétés européennes et américaines. Elle ne s'accorde pas facilement avec ses concurrents directs la Chine et le Pakistan. Les normalisations bilatérales de 2003 ne sont que des exemples de recherche de dialogues. En 2030, elle aura probablement dépassé la Chine en population. Pour les États-Unis, elle reste le partenaire potentiel dans la gestion de l'ordre global. L'océan Indien et les relations avec l'Iran sont un peu les chasses gardées de l'Inde.

7b374f28034c4fafdf1bdd0cabf8f402.jpgRevenons dans le secteur informatique privilégié.

De ce côté, Jacques Dutronc devrait chanter une version du genre "un million d'informaticiens indiens et moi, et moi, et moi?"

La situation évolue très rapidement. Les rotations et les chaises musicales ont aussi démarré en Inde. Un nettoyage à 50% du personnel dans l'année n'est pas rare désormais. Comme partout, on joue des coudes. Une fois qualifié, avec l'expérience requise, l'ingénieur indien a des envies bien naturelles de changer d'air et de partir chercher fortune en fondant sa propre société. L'Europe, d'abord, par Londres, en premier. Les États-Unis pour conclure et installer son aura de manière définitive comme base de lancement finale à sa propre société, avec le réseau des compatriotes restés au pays.

Des projets à longs termes sont les plus prisés. Des possibilités d'être envoyé parfaire les formations dans les pays européens est aussi une manière de garder le sourire. Mais, sortons de cette vision pour faire le saut dans l'autre environnement.

Un article de l'Echo attirait, en mi 2006, mon attention. Sous une série d'articles avec pour titre générique "Ces Belges qui travaillent à l'étranger", il s'agissait, cette fois, d'un ingénieur, Daniel Mertens, envoyé par Tractebel du Groupe Suez, qui avait dû revoir sa conception de ce que pouvait être mener un projet, seul, dans l'aventure du management avec à son bord 150 ingénieurs indiens. Son expérience m'a paru intéressante pour en apporter quelques idées. J'y ai ajouté des impressions vues par l'autre bout et par mon expérience.

Notre ingénieur belge, lui aussi bardé de diplômes et surtout d'expériences acquises sous toutes les latitudes racontait son histoire "Au pays des maharadjahs".

Il n'en était pas à son coup d'essais, trente ans déjà, avouait-il. Donc, les histoires du terroir et de folklore, il connaissait. Les projets qui se construisaient autour des chantiers gaziers ont toujours été sa passion et de son métier toujours entouré de gens de couleurs et de coutumes diverses.

Le Congo, Singapour et cette fois, New Delhi se succédaient dans ses pérégrinations et ses découvertes de petit belge aventureux, réédition de Tintin.

Marié lors de son passage à Singapour, il s'était fait aider, alors, par son épouse d'origine de Singapour, pour son initiation et son intégration. Cette fois, c'était sans tuteur ou tutrice qu'il devait se caser et trouver sa niche agréable. Six mois avaient été nécessaires pour s'adapter et trouver des marques dans ce pays haut en couleurs mais aussi aux coutumes ancestrales et parallèles aux nôtres.

Un logement à trouver, tout d'abord, mais pas n'importe lequel. C'était le pays des castes. Il ne s'agissait pas, même si le temps le permettait, d'établir ses pénates à la belle étoile. Il fallait positionner son niveau au "juste prix". L'habitation restait un luxe adapté.

L'étape suivante, c'était équiper cette maison. Et là, les choses se corsaient vraiment. Les produits "made in India" trouvés de ci de là, n'avaient pas la solidité, escomptée à ses yeux, et reflétée par les étiquettes quand celles-ci existaient. Il fallait avoir des adresses fournies par le bouche à oreille pour arriver, enfin, à trouver son environnement immédiat à la hauteur de ses ambitions et ses habitudes européennes de confort. Dans un pays où on manque un peu de tout, les bricolages des artisans faisaient offices de « nec plus ultra ». Se mettre au diapason était décidément une opération de haute voltige et il fallait ajuster ses ambitions en conséquence.

Le temps passait et il fallait bien entreprendre la partie de ce pourquoi on était là.

Donner des délais, établir un planning ne semblaient plus avoir la même rigueur habituellement exigée par les grands pontes des pays dits plus conformes aux normes.

Un calendrier, on connaissait mais c'était plutôt décoratif sur le mur. Déléguer une tâche à quelqu'un n'était pas non plus une affaire d'accord entre deux personnes. Beaucoup de deuxièmes couteaux étaient de la partie et les responsabilités étaient partagées sur plusieurs étages. La cascade d'ordres allait devoir se déverser de proche en proche, de haut en bas et remonter en douceur une fois le travail effectué. Faire le casting de son bras droit était primordial pour effectuer la vérification intermédiaire. Sans cette étape, les dates butoirs n'auraient qu'une raison d'être que pour établir le nombre de jours de retard. Ce qui ne n'était évidemment pas du goût des procédures liées au secteur gazier.

Alors, quant à l'horaire, il valait mieux parler d'autre chose. Le sacro-saint week-end ne se retrouvait pas dans la charte du travail et il fallait être disponible de 9h à 21h, week-end compris, pour être sûr de faire progresser au mieux le projet.

Si le téléphone sonnait pour questionner le chef, il fallait décrocher le cornet en oubliant sa vie privée. Cette obligation était effective par l'interne et l'externe avec les fournisseurs commerciaux. Dans le même temps, ou en contre partie, les fêtes religieuses ou plus prosaïquement du mariage étaient nombreuses et devaient être respectées à la lettre même s'il s'agissait de 2 ou 3 jours.

Ce chef délégué sur place, venu d'un autre ailleurs, en arrivait vite à se demander s'il était payé en fonction des heures prestées.

A l'étage du dessous, on ne discutait pas un ordre venu d'en haut même pas pour donner un avis contraire justifié par une expérience de terrain. On ne disait pas "non" par politesse et par pure déférence à son interlocuteur gradé. Le savoir devait être respecté. Le chef avait ses raisons et on s'adressait à lui comme à la "bonne parole". Le bras droit désigné avait ses prérogatives et occupait heureusement sa place d'interface dans les tâches d'intendance.

N'étant pas indien et donc sans castes, il fallait jouer les arbitres ou de paratonnerre à force de persuasions et de bonnes volontés. Déléguer toujours les tâches qui n'avaient pas d'importance valorisantes et seulement, ces dernières, restaient le "must" réservé sous peine de perdre une place dans l'esprit hiérarchique. L'oublier, c'était générer l'étonnement et la grogne larvée. L'Indien voulait bien faire son travail, c'était visible. Mais, problème de culture, allait-il comprendre toujours la finalité ou se lancer dans une interprétation de ce qu'il croyait avoir compris?

Le pardon de l'"erreur d'appréciation" du chef étranger devait ensuite être accordé de bonne grâce avec le sourire qui effaçait les pires bévues. Le chef, lui, avait le devoir de comprendre pour fidéliser ses troupes. La mentalité d'un autre monde ne s'apprendrait pas comme une science? L'histoire ne dit pas si l'étude de l'hindi était au programme dans son travail de parachèvement du transfert d'information par la suite.

Dur, dur, la vie de cornac.

Mais s'adapter à ce genre de situation n'était-ce pas une expérience de plus à faire valoir aussi, pour plus tard, de retour sous des cieux plus pluvieux?

Si ça coince, il sera toujours possible de se reconvertir par après, de ressortir sa baguette et de mener le grand orchestre. Une symphonie est toujours construite avec un allegro moderato, un andante con moto. Espérons seulement que l'allegro con fueco finale ne prenne des allures de cacophonie surréaliste. Et, cela, ici ou ailleurs.

Ce ne sont qu'une série de constatations et d'expériences qui devraient se retrouver dans le manuel du parfait voyageur avec la mention "Autant savoir". Le voyageur qui souhaite la réussite de ce grand pays peut se préparer à une amère déception lors de sa visite en milieu rural. Tirer parti de cette population-là n'est pas toujours à l'ordre du jour.

Ce témoignage datait de l'année passée. Les choses changent très vite.

Alors, en attendant, il mangeait probablement du riz très épicé et il buvait du thé en silence et religieusement.

Tout était une question d'habitude.

Son retour était prévu en 2007. Aura-t-on la suite et fin de l'histoire ?

Son rêve, il l'a dit, était de retrouver les journaux à heure et à temps, un pique-nique sur la terrasse en famille, hors de l'air conditionné, faire ses emplettes au supermarché et, pour finir, bien belge, une bière, le chocolat et le "moules et frites", mais, pas ensemble, évidemment. Il faut bien cela pour se faire une nouvelle santé.

 

L'enfoiré,

Même article sur Agoravox avec des commentaires

Autre article sur le sujet  "Le nouveau géant émergent".

Citations :

  • "Le Moyen Age est un monde merveilleux, c'est notre western, et en cela il répond à la demande croissante d'évasion et d'exotisme de nos contemporains.", Georges Duby

  • " La cloche dit : Prière ! Et l'enclume : Travail !", Victor Hugo

  • "L'Inde a ceci d'extraordinaire qu'elle est l'un des rares pays au monde où des gens vivent ensemble en relative harmonie alors que plusieurs siècles les séparent", Pr G.Metha

  • "L'Inde est l'endroit idéal pour apprendre à concevoir et à produire des investissements limités", Carlos Ghosn (Renault)

  • "Contrairement à la Chine, en Inde, l'initiative revient aux entrepreneurs", Anand G. Mahindra (Logan)

Pour terminer pourquoi pas une petite réflexion blague pleine d'intimité en provenance de Bangalore en anglais? Je n'ai pas la version hindi.
DADDY! HOW WAS I BORN?" Junior asks his dad, His dad, who is a software engineer sighs and replies, "Ah, my son, I guess one day you would have to find out anyway!"
"Well, I saw your Mom and I first got together in a chat room on MSN. Then I set up a date via e-mail with your mom and we met at a cyber-cafe. We sneaked into a secluded room, where your mother agreed to a download from my hard drive. As soon as I was ready to upload, we discovered that neither one of us had used a firewall, but it was too late to hit the delete button."

"Six weeks later your mom sent me an instant message saying that her operating system was showing signs of unauthorized program activity from a self extracting file which had implanted in her BIOS. Then nine months later a little Pop-Up appeared and said:
You've Got Male'!"

 

16/08/2007

Marchands de petites histoires

"Hétéroclite et insolite" sont les mots qui viennent à l'esprit à la vue d'une brocante, d'un marché aux puces. Pourtant, un certain charme envoûtant demeure.

0d2f2bf4c59ea10392d3f4ce79d2e54f.jpgCe n'est pas un marché comme un autre. C'est une braderie où l'on brade le passé. Les brocantes sont toujours les antiquités du pauvre. Quand elles passent un autre cap, elles ne se retrouvent plus à mène le sol mais derrière des vitrines bien éclairées. Celles-ci se doivent seulement de sortir de l'ombre, en plein jour, pour exister et espérer reprendre de la valeur dans l'imagination du visiteur d'un matin. Le marchand de ces objets n'est que l'intermédiaire distrait des petites histoires du réel vendeur dont on a oublié jusqu'au nom. Les acheteurs de tous les horizons sont là à l'appel. Moments de vie que l'on vient voir par curiosité plus que pour le plaisir d'acheter. Quoique... la belle affaire attire comme l'aimant.

Le plus souvent, les matins de week-end sont réservés à cette sortie dominicale. On faisait jusqu'ici grise mine dans les rangs des vendeurs et des acheteurs. Les dimanches se ressemblaient un peu trop l'air renfrogné et grisaillant. Ce matin, 5 août, le soleil est encore bas sur l'horizon, mais bien présent déjà. On sait qu'avec une journée, telle que celle-ci et qui fait soudain commencer réellement l'été dans la pratique, cela allait faire du monde. Alors, on se rassemble, on se rencontre sur la grande place. 

Cette rencontre avec le passé se fait souvent  bizarrement dans le voisinage des églises. L'affluence est là, silencieuse, religieuse ou bruyante et dépendante des tempéraments, des origines des interlocuteurs vendeurs ou acheteurs.

52227b8e3e6ae44d6c1783db76b1c8bb.jpgLe moment est solennel, mais on n'y pense plus. Le présent va rencontrer le passé pour espérer créer le futur. Les "vide-greniers" ont fait ample moisson de choses d'un autre temps, d’une époque complètement révolue même et qui se réfugie dans les souvenirs les plus reculés. On vend de tout sur ce marché, sur ce bazar de l'insolite.

Avec mon vélo à mes côtés, mon appareil numérique en batterie, je m'avance, je fends la foule bien décidée à réveiller ces objets par l'esprit. On va "chiner", on va fouiner, on va brocanter. Pour y arriver, on est près à vendre son âme au diable. Pour se faire, blaguer, charrier, plaisanter, critiquer, râler sont les verbes qui vont le mieux dans le décor. b9f27fbea3e73ebf117a06900b20c6a4.jpg

Les échoppes d'occasions sont là, tantôt à même le sol, tantôt sur des présentoirs en échafaudage patiemment agencés pour offrir le maximum d'impact dans le domaine de l'imaginaire ou du rêve tortueux. 

Pas moyen d'énumérer les objets qui vont défiler dans l'espace restreint: des vieux bouquins, des tableaux voisinent avec des miroirs, des fers à repasser, des abat-jour, des machines à laver dont on ne doit surtout pas demander le certificat de garantie..... des éléphants roses ou peut-être au fond d'une boîte, la perle du Bengale. Parfois, au sortir d'un détour, on aperçoit une belle commode qui dérange le désordre établi avec l'imagination du hasard.

141118a45ce471b554beb5afbe8011a1.jpgPour ajouter à l'exotisme, les vendeurs se sont habillés en dignes représentants camelots. L'exotisme est de la partie.

Non, nous ne sommes pas dans les souks, enfermées à l'abri du soleil. Souks qui feraient resurgir les souvenirs des vacances récentes, nous sommes au grand jour, sur une place inondée de soleil.

Les prix chantonnent doucement. On ne compte pas en milliers d'euros. On se trouve à l'étage bien en dessous. Il ne s'agit pas d'antiquaires de la place du Grand Sablon de Bruxelles. Sur la plus connue Place du Jeu de Balle dans les Marolles, les antiquaires supplantent aussi de plus en plus les brocanteurs au grand dam de ces derniers et des habitants qui touchent parfois les mêmes secteurs d'activité.

Nous sommes sur une place d'une commune près de chez moi. Dans le même espace temps, je suis sûr que les mêmes scènes se déroulent de multiples fois.

La nostalgie est bien là, lassive. On prend en main certains objets, délicatement, de peur de casser. On se questionne parfois, mais que vais-je pouvoir faire de cela dans mon intérieur cossu? Et, puis tout à coup, étincelle: "et, si je mettais cette assiette au côté de celle que ma donné grand-mère qui y tenait tant ?". 

48f0fc78af01793aa537b7288acee368.jpgOn achète pourtant sans beaucoup réfléchir. L'hésitation n'est que passagère. Pris dans un engrenage avec molette à deux direction: "oui" ou "non". Le "ce n'est pas cher", l'emporte à coup sûr pour effacer le "peut-être".

On le serait à moins. Tout ce qui se trouve ici a été récupéré dans les greniers pour pas grand chose. Le pourfendeur des greniers délaissés a plus pensé à la quantité qu'à la qualité. Du moins, c'est ce qu'il a laissé comprendre au vendeur initial de ce passé d'occasion.

La Tranche Valeur Ajoutée viendra plus tard. Ici, même, peut-être, sur cette place de soleil vêtue.

Les objets ont accompagné des vivants qui ne sont plus là pour en discuter les prix. Ils auraient certainement refusé de lâcher l'objet de nombreuses fois époussetés, usés presque par le frottement de la main caressante et par le temps. Ces objets, ils veulent encore vivre dans une autre vie. Un objet ne meurt pas comme un humain. Ils se soignent, ils se bichonnent avant et peut-être bien par après pour ressusciter. Ils sont uniques par par leur physique mais aussi par tout ce qui l'ont fait vivre. Ils ont trop de choses à raconter pour celui qui sait les entendre, avant de tomber définitivement, lamentablement dans la poubelle ou dans l'oubli définitif et irrémédiable.

Je disais "hétéroclites", particuliers certainement, ces objets. C'est évident. Une vie n'est pas une autre. Celle-ci s'est effilochée dans le pluralisme et la diversité.

925928f12fe3ff07e13eec5cd7107fbf.jpgPourquoi d'ailleurs chercher à rassembler les exemplaires d'un même assortiment? Tout s'éparpille, se dissoud dans l'environnement créé par le hasard.

Nous, humains, ne sommes pas des clones non plus et, certes, un peu plus que des "objets" du passé. Chacun, en écho avec les objets de son environnement, y a mis du sien, de sa personnalité. Là, réside la valeur ajouté. 

Je m'arrête. Je plonge la main vers un disque 33 tours qui me ferait ressurgir une musique bien connue. Un Nat King Cole de première. Vais-je me renseigner sur le prix? Non, je suis à vélo. Comment pourrais-je emporter ce souvenir sans risquer le casser? Et, je le remets dans sa caisse, malheureux, lui et moi, désolés de ne pas avoir fait plus ample connaissance. Peut-être m'aurait-il fait danser comme il l'a certainement fait dans le passé. Perte sèche pour moi.    

Tout à coup, je suis sorti de ma rêverie. Mon vélo gêne un acheteur qui me le fait remarquer de manière assez ostentatoire. Je dois dégager. Ce rappel à l'ordre était certainement nécessaire. Rêver n'est pas salutaire pour tous. La réalité a de ses lois où la raison et le temps prennent la prépondérance.

Les magasins qui bordent  la place n'en ont cure. C'est dimanche, on se ressource pour le lendemain.  Car, demain, c'est un autre jour. Celui-ci aura été un intermède. La folie, il faut bien qu'elle trouve des exutoires. 

Je souris et je m'avance un peu plus loin après une dernière photo.

Un air de revanche se dessine sur mes lèvre et je plante là mon "disturbateur" en lui disant que j'ai rendez-vous avec Louis, La Brocante, un peu plus loin. Il me regarde étonné de cette familiarité mal venue. Il ne cherchera pas à me comprendre. Il s'écarte et ne pense déjà plus à moi. 

Le monde du réel est bien plus dur. La lutte entre les vides-greniers, les brocanteurs professionnels et les antiquaires n'a pas fini de faire du bruit pour dénoncer une concurrence déloyale entre ces vrais et faux métiers. Commerce parallèle et en décallage? Vu la situation économique paupérisante, ce marché attire de plus en plus de monde. Ce n'est plus l'attirance vers l'ancien seul qui prend le pas, mais la recherche de l'utile au meilleur prix. Peu importe le vieillissement. Des paires de chaussures de deuxième "pied" sont là pour le faire comprendre.

Alors, vendre pour combler un manque, oui. En supporter les charges, il faut y passer pour éviter de déforcer l'entièreté du commerce. Quand les gros sous entrent en jeu, des règles s'imposent plus drastiques et plus lointaines du rêve dans lequel j'avais commencé cet article.

Il paraîtrait même que les brocanteurs ont leurs secrets d'après Hubert Duez.... Un autre brocanteur (à Londres, cette fois) parlait de son métier. Dans un autre temps, en 1769, la brocante avait également son histoire.

Personnellement, je me devais d'écrire ce billet sur le vif, sur place, en direct indépendamment de l'aspect économique pourtant bien présent.

Chacun son truc et sa vision. Chez moi, l'hétéroclite finit toujours en hétero-clic ou en hétéro-script.

Michel Jonasz chantait "Le Brocanteur" pour nous en rappeler les fondements tandis que Serge Lama, lui, l'associait à une vieille qui inspire à une nouvelle vocation.

J'espère seulement avoir réveillé vos imaginations, vos rêves par cette matinée dominicale.

Qui sait, à l'intérieur d'un de ces bibelots d'une de ces lampes du passé, y aura-t-il un sortilège compris dans le prix? En héritier, notre rêve serait alors devenu réalité pour pas grand chose.

 

L'enfoiré,

Sur Agoravox, sur le sujet, on chine ou chinoise? "Les puces: émotions durables?"

 

Citations:

 

  • « Vieux foin est difficile à enflammer, plus difficile à éteindre. », Miguel de Cervantes
  • « N'importe quel objet peut être un objet d'art pour peu qu'on l'entoure d'un cadre. », Boris Vian
  • « Nos coeurs et nos greniers sont des cimetières d'objets. », Monique Corriveau
  • « Plus un objet nous devient précieux, plus il nous semble fragile. », Madeleine Ferron

 

Des images de la Mecque bruxelloise de l'antique

08/08/2007

Mariage distancé

La différence d'âge entre les époux ne fait plus l'exception. Problème ou éblouissement de notre époque?


40935a102fd09723342f22f959edc7c5.jpgLe 19 février 2006, Michel Drucker recevait
Francis Perrin dans son émission "Vivement Dimanche". La carrière bien remplie de cet acteur au cœur tendre et au rire généreux nous était montrée. Son épouse, Gersande Perrin, faisait partie des invités. La différence d'âge des deux époux était bien visible sans être exagérée. Son entrée en scène fut précédée par l'interprétation d'une chanson émouvante composée par elle à l'adresse de son mari. "Nous ne vieillirons pas ensemble" a fait fondre celui-ci et l'émotion était forte sur le visage ridé par les rires habituels de Francis. Sujet humain, intimiste que celui-là. Sujet de notre temps, plus que par le passé ou qui passe mieux l'anonymat. Le showbiz dénombre beaucoup d'exemples: Roger Hanin, Renaud ont refait leur vie en passant par cette alternative. Il est parfaitement vrai qu'une différence d'âge importante entre des époux en début de vie n'aura pas les mêmes conséquences qu'aux moments plus avancés de l'aîné des deux. Le sexe (car, il faut bien parlé de lui quelque part) n'aura plus le même degré de sensibilité dans la 2ème partie, c'est un fait. La pertinence de l'amour en commun, les conciliations auront aussi en principe plus d'efficacité (à part dans des cas repris dans le film "Le chat" qui fait réfléchir) dans cette même période.

La différence d'âge entre conjoints est souvent une cure de sourires sinon de rires pour les commérages. Ceux-ci, sous le couvert du manteau et d'innocences, partie des révélations et de on-dit n'ont pas fini de défrayer toutes les chroniques de quartiers. La rumeur est souvent imprégnée de sottises, de faux semblants.

Des quiproquos loufoques sont aussi du parcours lors de la présentation de la famille ainsi constituée qui suivra immanquablement. Des situations des plus savoureuses peuvent se produire, en effet, quand la jeune fille doit présenter l'heureux élu aux parents qui se sentent, eux, tout à coup, revenus ... dans le coup.  

Comme il faut que jeunesse (laquelle?) se passe, il faut bien avoir des sujets grésillants à se mettre sous la dent. Cette différence est malgré tout plus acceptée avec un homme plus âgé et la femme, sa cadette. Serait-ce pour combler la différence de maturité de l'homme? (oui, dites le, Mesdames...)  La femme qui "se paierait" un plus jeune, on parle de manière péjorative de gigolo. (Comment?)

Très peu analysé, psychologiquement et mis au grand jour, ce problème, si problème il y a, ne se fait écho que dans les journaux à sensations. D'abord confiné, il est vrai, dans les milieux aisés du showbiz et du cinéma, il se répand progressivement dans les étages moins huppés. Tous les amours sont possibles. Il est possible sans préjugés ni mensonges, mais il faut en annoncer la couleur.

Fana de citations, je les prendrai comme charpente à ce billet qui n'est pas toujours "doux" dans toutes les approches possibles.

« Chez l'homme, je cherche le chic, le chèque et le choc », lançait Alice Sapritch qui n'était pourtant pas une reine de beauté comme d'autres collègues du cinéma et du théâtre.

Belle entrée en matière que celle-là ! C'est vraiment un programme à multiples facettes plein d'idées opportunistes.
L'âge du partenaire ne serait plus le vrai problème dans ces conditions.

"L'argent ne fait pas le bonheur" est-il encore bien adapté quand il contribue grandement à son aboutissement en l'occurrence?

Alors, pourquoi s'arrêter en si bon chemin et restreindre un potentiel de choix quand une extension sans limite apporte plus de résultats?

"Un de perdu, dix de retrouvés" est une phrase de circonstance en rapport avec la grandeur de l'événement du mariage. Eddy Barclay, s'il était encore de ce monde, ne contredirait pas cet adage. Mais le coût des "opérations" n'a pas été perdu pour tout le monde, ni pour toutes dans ce monde. En fin de parcours, les avoirs avaient été dissipés dans des coffres dont les prête-noms étaient peut-être bien fictifs par la suite.

L'histoire de Jacques Yves Cousteau a été aussi un modèle du genre de l'incompréhensible et de l'incompressible légèreté de l'âme!   

Mais, malgré ce que pense la plupart, tout n'est pas toujours qu'argent, heureusement. L'âme sœur n'est pas nécessairement là où on la cherche naturellement. Par un échange de "bons procédés", la rencontre inédite teintée de différences notoires peut mener à l'aube d'une idylle très tendre.

Une différence d'âge plus importante que celle attribuée à un retard physiologique bien connu de maturité par rapport à la femme, peut faire apparaître un handicap. Mais, pas toujours. D'ailleurs quelles limites restent dans le domaine de l'acceptable? Rien n'est moins sûr. Une génération? Deux générations d'entre chats? Nous sommes vraiment dans le domaine des cas particuliers.

Une situation mieux assise par une carrière déjà remplie, apporte évidemment, à la compagne, confort et sécurité perdue dans les souvenirs du père.

Si celle-ci est très jeune et vient de quitter le giron du papa, l'image très tendre qui en résulte peut appeler l'élue à des sentiments qui préconisent un certain paternalisme de remplacement.

2b52a0dae37971e915ff634fc9ad3b14.jpgLui, de son côté, est prêt à accorder ce qu'elle désire de bon cœur. Un peu macho, sa fierté de la conquête "interdite" fait toute la contrepartie. Son ego de dompteur reprend du galon. "Sa valeur marchande" est, tout à coup, redevenue intacte. Séduire aussi avant qu'il ne soit trop tard.

L'équilibre est encore moins difficile à réaliser si l'union se fait encore relativement jeune pour les deux.

Les soucis auront tout le temps de poindre avec le temps et l'usure irrémédiable de celui-ci. L'écart ne se creusera évidemment jamais quantitativement mais, plus tard, qualitativement et physiquement.
"Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes". Il n'y aurait donc aucun "lézard"et la morale serait sauve.

Elle le serait beaucoup moins quand cette fraîche union est précédée par une rupture avec un passé toujours bien présent. Si, le "démon de midi" survient et que l'esprit s'échauffe à la vue de toute jupe un peu trop courte, il y a plus à se poser de questions. Le désir de conquête n'est plus vraiment seul dans le parcourt et des dégâts irréparables se pointent. "Changement de viande exciterait-il toujours l'appétit?"

Le phénomène peut très bien être inversé, d'ailleurs. Des dames d'âge mûr peuvent avoir des envies de rajeunissement. Les charmes et la tendresse ne sont plus limités au seul sexe dit "faible".

France2 dans Envoyés Spécial du 6 avril 2006 en parlait avec son reportage "Gambie: charters de l'amour".

Le film "Vers le Sud" avait pour thème ce genre d'aventure d'aujourd'hui.

"Trop jeune pour moi", programmé à la télé en cette fin de juillet, c'était la dame qui avait un peu plus d'heures de vol que le médecin qu'elle convoitait sans oser le dire pour refaire une vie qui s'effilochait.

Dans le registre inversé, un autre film, "Tout peut arriver",  faisait rire avec le personnage bien campé de Jack Nicholson en phallocrate sexagénaire friand de jeunes filles.

A ce sujet, les Agence de voyages jouent également le jeu à fond. Les célibataires sont le nouvel enjeu et leur offrent des formules « adaptées » pour voyageurs en solo. Sous le couvert d'explorations « classiques » culturelles, de découvertes et en se défendant souvent de marcher sur les plates bandes des « agences matrimoniales », ces agences jouent pratiquement la carte de la rencontre un peu moins « fortuite » entre des âmes en perdition. Formule à thèmes? Formule qui resterait encore marginale en Belgique mais un peu moins en France. Sur 13 millions de célibataires français, 70% estimeraient que le voyage est le cadre idéal pour trouver un partenaire.

537dec2ef29b7342acde28b1714cd3fa.jpgInternet, c'était parfois la "mise en bouche" en restant très virtuelle. Il faudra toujours avoir des choses plus "physiques" à raconter au retour, non?

Mais, comme chantait Serge Reggiani, s' "Il suffirait de presque rien", cela se saurait.

Pour remédier les affres du temps, pour paraître, le besoin de rafraîchir une "façade", d'effacer une ride disgracieuse se fait sentir alors du côté de la "malchanceuse", la moins gâtée par l'âge. Un rajeunissement en surface peut huiler certains rouages internes endormis. Le miracle de l'esprit opère parfois mieux qu'un placebo.

La chirurgie esthétique est aussi venue bien à propos à la rescousse pour cet office de secours des âmes en peine. Le business est plus que fructueux. La cure de jouvence ne restaure pourtant pas tout et l'oublier serait ridicule. "Une belle carrosserie" ne fait jamais avancer le moteur qui toussote. Il faudra toujours que la "jeunesse intérieure" se passe et l’âge n’a pas vraiment d’importance.

Une cynique conclusion aurait voulu lancer l'idée qu' "il vaut mieux vivre seul que mal accompagné" ou de cette rengaine bien connu: "il vaut mieux être riche, beau et bien portant que pauvre, laid et maladif".

Trouvez bien tard "chaussure à son pied", c'est bien. Il faudra seulement se donner l'objectif que ce ne soit pas une savate ou une pince sans rire.

Le "Tu t'laisses aller" du grand Charles, a tout de suite été enchaîné par la version féminine d'Annie Cordy, sa complice de toujours.

3f65905ee68c2f674be9a92a8011e0a7.jpgAutre part, je lisais un article dont le titre du début "Nous ne vieillirons pas ensemble" revenait mais cachant un autre aspect de la vie de couple. Cette fois, le chapeau révélait que le nombre de mariages rompus chez les plus de 60 ans était en constante augmentation. Quarante ans de vie commune ne serait plus une raison du sine qua non de la vie en "vieux couple".

Aille... Vivre chacun de son côté semblerait, donc, aux yeux de ces seniors comme la panacée nouveau format. Se reprendre en main était invoqué comme sauvetage à la lassitude. Les enfants, traits d'union, ne seraient plus à la maison pour chauffer la colle. ARTE en parlait et relevait la barre en pourcentage de 28% chez les femmes, 39% chez les hommes. Les quinquas se payeraient cette "folie" à plus de 50%.

Le dialogue et la passion auraient-ils quitté les sexas en période de remise en question ? La retraite est souvent un catalyseur du phénomène. Les 24H sur 24 de présence en commun, les possibilités de reconstruire la jeunesse de l'apparence pour séduire sont des incitants nouveaux portés par la publicité. La femme plus jeune ne serait dans ce cas plus nécessairement la cerise sur le gâteau.

Le "Papy boom", contrat rempli avec le travail de parents, permet des ouvertures qui ne sont pas nécessairement de tout repos dans cette vision d'une 2ème, 3ème vie. Les femmes, par exemples, restent les parents pauvres de la reconstruction. Deux fois plus d'aventureuses que d'aventureux restent en rade. La dernière Saint Valentin avait donné l'idée d'en faire des statistiques. Une personne sur sept vit dans la solitude sans réelle vie affective ou sexuelle. Chiffres qui sont aussi en continuelle augmentation. Les célibataires endurcis seraient 38%, incluant les "faux" esseulés pour raisons fiscales.

Tout âge confondu, la Belgique a, parait-il, une place de tête dans les changements de cap avec 3 divorces prononcés contre 4 mariages. Bon business aussi pour les avocats.

4c3349e01dbab94688da87e51cdc4e41.jpgMais, l'herbe n'est pas plus verte ailleurs, dit-on. Les expériences restent une affaire de labos et pas à l'extérieur sans les fonds nécessaires. Si l'aventure, c'est l'aventure, la vie en rose ne durerait-elle qu'un jour à la Saint Valentin. Non, mais autant savoir, alors.

Et puis, au diable le qu'en dira-t-on, il faudra toujours laisser des sujets passionnants et plein de sentiments à tous les écrivains, les cinéastes et chanteurs de la terre. On ne va pas refaire le monde, non?

L'été est souvent le théâtre de la naissance de nouvelles amourettes. Cet article intimiste, un peu « presse du coeur », avait donc sa place dans nos cancans habituels, cette fois, avec un peu plus de bouteille en plus dans le regard !

Un article récent sur Agoravox "Relations sexuelles: qu'est-ce qui nous motive?" vient étayer mon billet de manière plus scientifique et plus intime.

Une vie de couple, c'est surtout "à bas la routine !", autant s'en souvenir.

Le mot "couple" recherché sur Wikipedia m'a inspiré de manière humoristique en mélangeant les disciples.

Si je comprends bien, le "couple" serait: un ensemble de deux éléments qui dans un effort de rotation arrivent à une résultante nulle mais avec un rapport à un point non nul et dont les pièces de structure symétrique joignent la quille au plat-bords mais en se rappelant qu'il faut disposer de deux avirons pour ramer mariés ou de manière équivalente en libre surtout en temps de 'pax'. 

Tout un programme en somme !

"La maladie d'amour" restera toujours autre chose qu'une maladie.

"Non, rien de rien. Non, je ne regrette rien" chantait la Môme Piaf.

Je crois que je peux, cette fois, signer: 

 

L’enfoiré,

Sur Agoravox, y aurait-il des commentaires volages?

 

Citations:

 

  • "Je dois avouer que lors de mon divorce, les torts étaient partagés. 50% des torts à ma femme et 50%  à sa mère.", François Olléry

  • "Voulez-vous savoir ce qui fait les bons mariages ? - les sens dans la jeunesse - l'habitude dans l'âge mûr - le besoin réciproque dans la vieillesse.", Duc de Lévis

  • "Les épouses sont les maîtresses des jeunes gens, les compagnes de l'âge moyen et les gardes-malades des vieillards.", Francis Bacon

  • "Ne dites pas du mal de la masturbation. Après tout, c'est une façon de faire l'amour avec quelqu'un qu'on aime", Woody Allen

  • "La différence entre l'amour et l'argent, c'est que si on partage son argent, il diminue, tandis que si on partage son amour, il augmente. L'idéal étant d'arriver à partager son amour avec quelqu'un qui a du pognon", Philippe Geluck

  • "Je préfère glisser ma peau sous les draps pour le plaisir des sens que la risquer sous les drapeaux pour le prix de l'essence." Raymond Devos


Mise à jour du 25-août 2007: Clap cinquième.

  Dans l'article, je parlais de Roger Hanin qui a perdu son épouse et s'est penché sur une femme bien plus jeune que lui.  TF1 programme un téléfilm "la femme et le pantin", reprise de 1898 de Pierre Louys. Il reprend le rôle d'un film produit par sa femme, il y a 50 ans.  Le titre "Cet obscur objet du désir" a été abandonné. :-))
   

01/08/2007

Belgium, twelve points

Il y a deux semaines, nous fêtions notre nation la Belgique. Comme départ, on ne pouvait espérer mieux. Le titre, lui, venait d'ailleurs, d'un ailleurs plus musical "J'aime la vie" mais qui pourrait bien résumer l'esprit belge.

 

4133d78bce82b97170b3836c4bfeafab.jpgJe parlais de "commande" en voici le lien de l'article et le commentaire  qui le demandait « Belgique: toujours pas de gouvernement ».

La question était: « Pourquoi, plus un Etat est petit en taille, plus il court et recherche sa division. Par le plurilinguisme, la décentralisation et le fédéralisme exacerbé (communauté Wallonne, Flamande, Bruxelloise, Germanique)? »

Ma réponse: « Réel paradoxe. Ces particularismes se retrouvent d'ailleurs souvent ailleurs (Corses, Basques, Irlande du Nord, Kurdes...). Il y a une grande différence entre les mots "pays" (territoire d'un état") et "nation" (communauté humaine qui possède une unité historique pour former un peuple). L’un étant coupé à la hache politiquement, l’autre créé par les habitudes et la vie terre à terre des gens. "Nous sommes tous des coproducteurs de nos perceptions" comme disait un sociologue  »

Question: « Si on peut comprendre le fédéralisme américain, et l’autonomie des gouverneurs (vu l’énormité du territoire et de la population), pourquoi, en Europe, l’infiniment petit, au lieu de se regrouper pour peser plus -comme cela se fait en économie pour les entreprises-, recherche au contraire la division et la complexité ? Pour "faire comme les grands ?" Pour "faire sérieux" ? »

Ma réponse: « Les entreprises multinationales, en premiers, ont compris l'avantage d'une Europe unie, d'un monde uni. Elles se jouent des frontières. Pourquoi? Silence...finances...on tourne. La finance aurait-elle ses raisons que la politique ne connaît pas? Retard d'une guerre? Peut-être. Mais la politique, ceux d’en bas, n’ont pas ressenti les effets sociaux bénéfiques qui étaient avancés pour allécher les acteurs. Le particularisme est visé aujourd'hui. On regarde dans son assiette et plus dans la soupière. "La Libre Belgique" écrivait aussi "La fin de la Belgique, une fiction?" après le coup d'éclat de la RTBF de décembre. Pourtant, nous vivons un ensemble d’attaques venant d’ailleurs. Je ne préciserai pas, mais tout le monde a compris. Alors travailler dans la miniature, ça ne va (mal)heureusement plus. David contre Goliath, c’est une légende pour faire rêver. Il faudra s'y faire ou disparaître.  »

Le décor est planté.

16590abcd6c0750a7d81a67791fb4e54.jpgQuant au tempo, comment trouver meilleur moment pour parler d'un pays que lors de sa fête nationale, qui a eu lieu ce 21 juillet? En point d'orgue, on l'avait annoncée avec la pluie, la drache nationale, comme on dit chez nous. Ce fut tout le contraire. Présage? Un monde de centaines de milliers de personnes était au rendez-vous et apparemment contents d'y être.

La Belgique reste encore une énigme pour pas mal de Français et pas mal d'autres d'ailleurs qui sont venus nous voir à domicile pour se rendre compte sur pièce de la manière « bizarre » de nous comporter en diverses communautés complètement différentes de conception.

Avant d'être Belgique, le territoire a été le couloir de passage et d'invasion de pas mal de peuples d'Europe et d'ailleurs. Ce qui a constitué une richesse incontestable malgré elle. On le reconnaît maintenant. Ce sang mêlé peut se découvrir dans les noms des habitants et à certains mots restés dans le langage de la rue. L'ouverture vers l'extérieur existe peut-être plus qu'ailleurs.

Plus proche, trois langues officielles et plus encore par l'intégration de l'Union Européenne et de l'immigration plus lointaine encore. L'une, nordiste, le flamand, dialecte du néerlandais aux consonances germaniques, l'autre, sudiste et francophone et une dernière, enfin, qui pratique la langue germanique à fond. Au milieu, Bruxelles qui se mélange les pinceaux de toutes origines.

Après les dernières élections de juin 2007, nous sommes donc en pleine négociation pour la constitution d'un nouveau gouvernement. En affaires courantes, en période de crise, diraient certains.

3600481898cb81ca872fab1321b5546b.jpgLe Fédéralisme qui se chercherait une nouvelle étape vers une ségrégation plus effective. Les nerfs sont à vif relatés par la presse pour faire mousser une situation qui s'éternise à leurs yeux. Chaque jour, un accord précède ou suit un désaccord.

Des dossiers restent ouverts depuis longtemps et font mal. BHV, réformes de l'Etat.1c8635783cf3a2032671992f525925a6.jpg.. Nous avons déjà 5 réformes enregistrées. BHV est un symbole. C'est peut-être un peu plus quand on se penche sur le but. Celui-ci est de renforcer le caractère flamand de la périphérie de Bruxelles et de bétonner la frontière linguistique pour une éventuelle future scission.

Le population veut que l'on adresse ses problèmes socio-économiques et financiers. Une réforme définitive de plus tant que l'on ne touche pas à l'essentiel national: la défense, les affaires étrangères, la sécurité, la justice. Redessiner les contours de Bruxelles opposé dans une légitimité d'une capitale qui se veut à la dimention de la réalité, en échange. Les calculs ont été fait. Si la Belgique disparaissait, cela coûterait, dans un premier temps, au Wallon 1000 euros par an et par habitants et 200 pour le Bruxellois. Dettes qui s'adouciraient au fur et à mesure. L'image de marque "Made in Belgium" serait le plus préjudiciable.   

La régionalisation a généré 7 assemblées parlementaires, 6 gouvernements, 10 provinces, 3 régions, 3 communautés, 589 communes, voilà la Belgique politique pour seulement 32 545 kilomètres carré et moins de 10,5 millions d'habitants. Partagée en nationalisme flamand, régionalisme wallon et « belgitude » bruxelloise. Bruxelles (161 km2), Washington en devenir, toujours meilleur atout pour tous au milieu du jeu de quilles. Véritable échafaudage institutionnel qui n'est évidemment pas gratuit. Cela fait du monde au balcon et dans les tribunes...et dur, dur, d'être Belge?

Le suffrage universel obligatoire à la proportionnelle ne donne pas les mêmes chances de cloturer la formation d'un gouvernement aussi rapidement qu'en France. Deux tiers des votes sont nécessaires pour adresser les problèmes cruciaux. 

5471911c38f91df391350d83bb9b4e93.jpgCette fois encore, informateur, modérateur, formateurs (Yves Leterme), réconciliateurs se succèderont à la table des négociations.

Alors, on s'installe dans la discussion dans le meilleur cadre possible, d'abord, le prieuré de Val-Duchesse, à l'orée de la Forêt de Soignes. "On travaille pour réussir", dit-on... On compte surtout les points en relation avec les programmes et les promesses devant l'électorat.

Sera-ce "Belgium, twelve points"? Le suspense continue.

4403433a86e0adf17db861874c83cc6e.jpgLa gaffe du futur premier ministre, formateur, qui chantait la Marseillaise au lieu de la l'hymne de la Belgique, la Brabançonne, n'est qu'une des péripéties, piège banal d'un journaliste pour les uns,  énormité inadmissible pour les autres.

Il faut bien le dire, les paroles de cette Brabançonne ont évolué de nombreuses fois dans l'histoire depuis celle de Jenneval. Le côté révolutionnaire des débuts était totalement obsolète. Des mots comme « esclavage » par exemple n'avaient plus de sens aujourd'hui. Des alexandrins de début qui se sont mués en vers à dix pieds, rendent la chanson difficile. L'air, lui n'a pas changé. Entonner un « la-la-la » ajusté aurait donc été plus judicieux ou une présentation humoristique sous forme d'Alzheimer notoire. Résultat, une nouvelle méfiance vis-à-vis d'une possible communion bien digérée.

Le confédéralisme sans séparatisme est le but avoué du côté Nord. Comme corollaire, se marier, oui, mais sans bague au doigt de mariage... et quelques casseroles derrière le cortège des voitures. Réflexions citoyennes différentes ici...

Cette fois, croisée des chemins qui précède un grand tournant? Serait-ce « Te veel is te veel » ou « Trop, c'est trop » ? Les francophones non demandeur de changements.

2d868218e574acc0733319c41a915364.jpgJe prends à dessin le site de la Flandres on line d'aujourd'hui pour présenter la situation. Le site est en grande ligne vrai en substance mais évidemment dirigé vers des idées politiciennes de l'actualité plus flamandes de conception qu'à la recherche d'une Belgique unifiée.

Les télévisions du Nord et du Sud n'ont reçu que récemment une incitation à parler avec un langage commun et un partage d'informations.

Le discours du Roi de Noël 2007 se voulait encore plus intégrateur et rassembleur que d'habitude, pas nécessairement comme le disait un des commentateur français pour tenir sa place, mais aussi dans d'autres buts plus importants. Soulagé, inquiet et ... ambigu.

Le Roi règne mais ne gouverne pas. Sans pouvoir réel sinon de conseil avec rôle de signataire des lois votées par le gouvernement. Le devoir de réserve n'est pas un vain mot et son successeur en a fait les frais.

aeedaa010c42eaf06f2b2c8680e6cf2c.jpgNotre image de marque belge n'est pas vraiment à rechercher dans Wallonie ou Flandre expos. La petitesse de ce pays ne justifie pas plus de ségrégation. Une séparation de fait ne se marie pas avec les réalités du terrain et de l'Europe en formation.

Bruxelles, en plus de capitale de la Belgique, est la capitale de l'Europe. Elle a été adoptée sans aucun référendum comme capitale de la Flandre. Personne n'en aurait cure et pourtant. Bruxelles, entourée de la Communauté flamande, ne vit pas à l'heure flamande mais avec un fort pourcentage de sa population d'expression française. Elle n'appartient pas plus à la Wallonie, d'ailleurs. Elle est une entité séparée à part entière. Géographiquement, la ville fait désordre. De plus, les autochtones ont été depuis longtemps accompagnés d'allochtones de toutes origines de l'Europe. On pourrait dire que c'est la ville européenne par excellence. Donc, faux problème? Pas de problèmes insurmontables à la suite d'une immigration de toutes formes. La Communauté Européenne a attiré de nouvelles langues et un melting pot s'impose naturellement avec de l'organisation. Métonymie de l'Europe, ce Bruxelles d'aujourd'hui.

La détermination à réaliser l'union dans la diversité se retrouve dans le pourcentage de seulement 13% de nos concitoyens qui expriment parfois bruyamment que la séparation est la solution à tous les maux du pays. Des preuves partisanes inverses font partie du concert.

Le 13 décembre 2006, coup de théâtre, voilà le faux Journal Télévisé qui fait annonce de manière très vraisemblable la séparation de la Belgique et de la prise du pouvoir dans le Nord du pays. Cette élection sentait le souffre après cela et après une ruade de la justice qui forçait de trouver une solution pour le problème BHV (Bruxelles, Halle, Vilvoorde). L'« Onde de choc » de la RTBF a été totale et diversement appréciée. La constitution réglée à la proportionnelle et non pas avec une vue à moitié-moitié comme commence à l'imaginer la France.

Cela prend du temps pour créer un gouvernement à chaque fois (1988:148 jours), surtout que les problèmes litigieux sont généralement repoussés pour l'occasion d'après élections. Mais cela n'a jamais empêché à créer la coalition qui se greffe le mieux possible avec les résultats d'élections. En 1930, pas moins de 6 formateurs se sont succédés.

c3ae577f4aeddb43895ee25beacab305.jpgFaut pas rêver: les problèmes sont de taille. Bizarrement, ils pourraient d'ailleurs être complémentaires.

Des clichés au niveau emploi entre Nord et Sud existent. Le chômage des jeunes pourrait très bien trouver preneur dans le Nord. L'inverse est vrai pour les travailleurs plus âgé dans le Nord qui pourraient faire valoir leur expérience dans le Sud. Le vieillissement des Flamands plus important sera à financer. Des échanges donc, pour résoudre les problèmes d'emplois? L'Echo du 4/10/2006 remarquait déjà le phénomène et titrait "Quand les employeurs se regroupent pour partager les salariers".  La sécurité sociale a été conçue pour la solidarité, pas pour l'aparté.

L'histoire particulière est très riche d'enseignement.

380f805249e6d3641d73dcc2bd5e17d3.jpgPlus d'autonomies pour arranger les choses? Un fédéralisme coopératif?

La situation actuelle est particulière. Les dernières élections ont amené l'idée d'une coalition Orange Bleue mais avec des acteurs qui n'ont pas les mêmes buts de chaque côté de la frontière linguistique et cela même dans un même parti centriste. Du temps et encore du temps est nécessaire.

b4e0614da4f324d546ec51402e9fa028.jpgLe "Vif L’Express" se posait la question « Et, si Leterme «échouait? ». La personnalité du futur premier ministre qui a récolté du côté flamand 800.000 voix de préférence ne correspondrait pas à ce que le pays pourrait attendre d'un homme rassembleur. Un mépris des journalistes, une absence de compromis, un manque d'humour, cassant, un esprit brouillon sont les reproches principaux. Les phrases assassines contre les francophones accusés d'incapacité d'apprendre la seconde langue. Pourtant, mi flamand, mi wallon, comment aurait-on pu espérer meilleur candidat médiateur et conciliateur bien belge? Une carrure au dessus de la mêlée, alors?

L'erreur d'orientation scolaire en manque de billinguisme est avancée. Le coût de l'hypothétique séparation voulue par certains n'a intentionnellement pas été évalué à sa juste hauteur. La Belgique n'est pas la Tchecoslovaquie. Il suffit de regarder une carte pour s'en convaincre. Le 'grand" partage de la dette publique par exemple ne serait pas de la petite bière vu son imbrication. Une nouvelle blague belge, probablement? Belgique, triangle des Bermudes?

Quand, on n'aime pas les histoires belges, cela pourrait être un chant du cygne. Quand la Flandre arrive avant tout autre chose avec un CD&V accoquiné au N-VA séparatiste, il y a problème. Situation explosive et  crise de personnalité ou de départ.

8297565986a03ae794d765ce1619d364.jpgMême, le budget a passé la rampe de l'accord malgré l'équilibre rompu sans précédent depuis quelques années (déficit de 0,2%).

Le journal l'Echo lançait en août lancer "Il n'existe pas d'Etat confédéral" inscrit dans le programme de la Flandre (selon Hugues Dumont, professeur en droit constitutionnel à Saint-Louis).  Une confédération est une association d'Etats qui restent indépendants et souverains tout en gérant ensemble un certain nombre de matières avec pour guide un traité internationnal et non pas une constitution. Ce qui veut dire que ce qui est préconisé en Flandre n'est pas réalisable juridiquement. Même la Suisse n'est plus une confédération depuis le XIXème siècle. Ses cantons n'ont pas de souveraineté. C'est un Etat fédéral à part entière. L'Allemagne l'était avant Bismarck. Les Etats-Unis au début de son existence. 

Politiquement, la volonté flamande est de créer un Etat avec des compétences résiduelles reviennent aux Régions et aux Communautés avec une autonomie fiscale et aussi une ré-écriture de la Constitution belge. Retour vers deux grands blocs avec Bruxelles et la Communauté germanophone sous tutelle, réduite d'autant dans ses marges de manoeuvre. En résumé, un Etat fédéral qui ne sonnerait plus que comme une coquille vide. Bruxelles produit 19% des richesses du pays avec seulement 9,7% de Bruxellois de souche. Le PIB évolue 2 fois plus vite qu'ailleurs. 

Autre proposition sortie du chapeau "Fédération de coopérations". Les finances au secours du communautaire. 

123f064d9f6c4165a7a2b770535ebebf.jpgLa politique, c'est comme la guerre. La paix suit toujours et on continuera à gouverner coute que coute avec le « Parler Belge », ce compromis, cette spécificité très particulière. Artistes, scientifiques, sportifs ont choisi avec modestie et autodérision salvatrice. Les drapeaux qui flottent aux balcons à Bruxelles. Pour se parler, si cela ne marche pas autrment, il y a toujours l'anglais ou une autre passe-muraille.

Vous avez raison, Français, nous sommes difficiles à cerner... (La preuve ici.). Un peu sadomasochiste, superréaliste, style Magritte, les Belges.

Alors, vite un demi ou une Chimay Bleue, mon frère, « mijn broer » car, on a si soif, « we hebben zo dorst ». Le plat pays de Brel n'est plus une morne plaine depuis longtemps. 

Julius Caesar disait de nous: « Horum omnium fortissimi sunt Belgae ».

Que l'on pourrait traduire en extrapolant par l'"Union fait la force".

Tiens, c'est justement notre devise !

 

L'enfoiré,

 

Site intéressant en provenance du Québec sur l'origine des langues parlées en Belgique.

"Le divorce avec la Flandre, entre utopie et réalisme"    

 

Citations:

 

  • « Plus vieux est le bouc, plus dure est sa corne. », Proverbe belge
  • « Que celui qui n'est pas content de son voisin recule sa maison. », Proverbe belge
  • « Les anges ne croient au diable que quand ils ont reçu un coup de cornes. », Proverbe belge

PS. Mes remerciements à Kroll et les autres caricaturistes du Soir et de l'Echo.

Et la voix du peuple d'ici et d'ailleurs, sur Agoravox, qu'est-ce qu'on en dit? 

Pétition pour une Belgique unie

"La Flandre a déclaré la guerre à la Belgique"

 

Des images de la fête nationale pour remonter le moral, non peut-être?

 

Des bouquins qui parlent de la situation actuelle:

 

« Incurable mal Belge » de Jules Gheude

« Belgique, où vas-tu? » de Pierre-Yves Monette

« La vie est belge » de Jan Bucquoy iconoclaste, subversif qui voit « La paradis, là maintenant et tout de suite »

« L'Espace Wallonie-Bruxelles. Voyage au bout de la Belgique » de Benoit Bayenet

"La spectaculaire histoire des rois des Belges", Patrick Roegiers

 

Suites du "thriller de l'été et de l'automne", la version belge du "Torchon brûle" :

"Les flammes de la loque à reloqueter"

7 août: "On s'approche de la crise"

8 août: "Une nouvelle note du formateur"

9 août: En mal d'organisation

10 août: La question et chassé-croisé

14 aoùt: "V'là un sphynx en sus" et qui ne fait pas d'ombre. Faudra que le soleil soit très haut pour cela.

16-août: "La réponse de la bergère au berger"

17-août": "Les parfums de la Duchesse sont ils sèches, archi-sèche"

18-août": "Ouf : Nous sommes arrivés à la case... de départ. Au rapport... au roi" "Quand la musique est bonne...." Quand la réforme "waterzooï" et le "lapin n'est plus qu'aux pruneaux avec mise en bière?

21-août: "Restons très schématique"

22-août: "Heureusement, il y a les copains, et les copains des copains " et ça c'est bien

23-août: "Je sens que j'ai la pêche. Flute c'est de l'orange bleue que je dois me farcir

24-août: "Après la pêche et l'orange-bleue, voilà la banane"

26-août: "Inquiétude chez les artistes"

28-août: "Duo dino non admis" alors on cherche

29 août:  "Le sphynx revient en explorateur "

31 août: Echo "Scission de la Belgique: tout le monde serait perdant." Pour la Flandre, la fin des transferts Nord-Sud ne compenseraient pas le contrecoup économique.

Le Vif L'Express: site les risques d'une scission, par le transfert de compétences:

  • Le casse tête de la dette,
  • La concurrence fiscale entre région
  • La Sécurité Socoale avec 15 à 20% de majoration des budgets
  • Les salaires a deux vitesses 
  • Les transports désorientés  

1 octobre: On presse l'orange bleue 

4 octobre: Relance Bilaterale en quadrature du cercle

21 octobre: Les accords tombent, les fronts aussi. mais on pense à la paix

26 octobre: voilà que nous sommes à vendre pour la deuxième fois.

3 novembre: Des états d'âme commence à sortir dans la lassitude

5 novembre: "Modification dans le guiness book belge" 148 qui dit mieux

6 novembre: Indigestion

7 novembre: "Etat d'urgence" vote unilatéral et ça fait crack boom hue

8 novembre: "La Belgique a la gueule de bois" cordon sanitaire et fédéralisme d'union: poubelle

9 novembre: "Les réconciliateurs en selle?" 

12 novembre: "Encephalogramme plat"

14 novembre: "Deux réconciliateurs vallent mieux qu'un seul".

15 novembre: "Le réconciliateur déconsilié" et on ajoute un peu d'huile sur la démo cratie

16 novembre: "Guerre de tranchées ou de retranchés?"

18 novembre: "Bruxelles se rassemble"

27 novembre: "Du rififi à la cours Nouvelle Voulonté Admise"

28 novembre: "Des idées venant d'ailleurs" et pendant cela on parle de crochets

29 novembre: "Sans jus, cette orange?"

30 novembre: une video de notre amuseur Pirette explique l'inexpliquable avec l'humour en plus

1 décembre: "On risque le tout pour le tout, une fois?"   et résultat on jette l'éponge l'Orange Bleue n'a plus de jus

2 décembre: "Le clash bissé" alors on cherche l'homme qui a vu l'ours. Qui?

3 décembre: "On pense aux anciens" et à dépanneur de luxe

8 décembre: "On renie ce qu'on a poussé"

10 décembre: "Et une gaffe, une..."

13 décembre: "Des solutions proposées en chat". ? (3ème) (4ème) (6ème)

18 décembre: François Pirette remet cela (depuis le 30 nov) alors que le gouvernement intermimaire proposé par Verhofstadt a du mal

19 décembre: 192 jours de crise et le Père Noël sans barbe et à lunette apporte un gouvernement, une fois

15 janvier: La pieuvre est partie, ouverture des 8 partis. Attention JY Cousteau est à bord.

25 janvier: "L'octopus est en rang d'oignon ou vice versa"

4 février: "On cherche un parallèle ailleurs"

29-février: Après une première vague de réforme avant celle de juillet, on réfléchit

18 mars: Il est né le divine enfant "Leterme I" est là. Bravo, mais si c'était dans la douleur

19 mars: 'Le Terne 1er"

20 mars: "Les dix années d'avant" résumées par des politologues et celles d'après

 

Belge Side Story musique connue, paroles un peu corrigées.

35d12ddd142fafbe8ed688229d36a115.jpgLa crise vue au travers des caricatures de Kroll 

Mais que dit-il de lui, ce Kroll ?

 

et ceux de RIF de l'Echo:

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Petite histoire pour autre chose

L'histoire de la jeune Belgique pourrait-elle expliquer la situation d'aujourd'hui? Survolons là en vitesse rapide à la recherche d'indices. Souvent l'incommensurable légèreté de l'être et beaucoup de situations peuvent s'y puiser dans des racines bien ancrées.

1a5b28ff309466706d1c30b414a437c3.jpgEntre 1813 et 1830, Guillaume 1er des Pays-Bas, protestant gouverne les « Provinces du Sud » dont fait partie le territoire de la future Belgique et impose le hollandais comme langue nationale. Il ne comprend pas le mouvement libertaire francophone qui se construit progressivement dans l'université de Liège par la presse (Charles Rogier, jeune socialiste républicain). Dans le même temps, des taxes imposées sur le pain, la misère à côté de fortunes immenses poussent au changement. La Meuse et l'Escaut avaient joué le rôle de catalyseur pour un commerce de dentelles et de draps dans le Nord et de la métallurgie autour de Liège. Le chemin de fer devait poursuivre l'oeuvre de rapprochement et d'extension du commerce.

Le 25/8/1830, un banal opéra « La Muette de Portici », joué à la Monnaie, déclanche la révolution avec des accents révolutionnaires et patriotiques de « Amour sacré de la Patrie ». Un mois plus tard, la révolution est gagnée. Royauté ou république? Ce sera royauté pour ne pas copier la France. Le 21 juillet 1831, Léopold I de Saxe Cobourg d'origine allemande prête serment en tant que Roi. Presse libre, école laïque, gouvernement exempt de fonctionnaires et d'ecclésiastiques, libéralisme, expriment la modernité du Sud et incruste le Nord dans un traditionalisme. Le Nord, agricole, manque de tout avec les filatures de draps qui périclitent face aux importations en provenance d'Angleterre, agriculture comme seule débouchés. La maladie de la patate apporte la famine. On y parle flamand. Le Sud, industrialisé, capitaliste, riche annonce son âge d'or en rivalisant avec la Grande Bretagne par la métallurgie et la mécanique. C'est le temps des ingénieurs et de l'explosion de la technicité. L'université même en pays flamand enseigne en français. En 1865, Léopold II a des rêves coloniaux jugés barbares. Le Congo, 80 fois plus grand que la Belgique, le fascine. En même temps, les grandes réalisations du modernisme continuent. Bruxelles profite des rêves du souverain de cette effervescence en nid de communications, le Palais de Justice, la Bourse, le tramway, l'urbanisme et l'Art Nouveau (Horta), la Senne, nauséabonde, voûtée après le choléra de 1867. Une classe de plus en plus riche s'installe en se soutenant par l'intermédiaire d'un dumping social de la classe ouvrière. La Belle Epoque avec les lumières et l'électricité est bien là mais pas pour tout le monde. Le progrès impose ses lois. L'industrie lourde explose et s'exporte en Egypte, Russie, Chine... La crise économique de 1885 engendre le chômage, privation, grève et la protestation. Le suffrage universel entre dans la constitution en 1893 suite à la solidarité socialiste, mais avec des nombres de voix réservé aux hommes et dépendant de la situation de l'électeur.

Le Nord se rebelle contre le Sud mené par le prêtre Daens. Incompris, Léopold II meurt et laisse la place à Albert Ier qui va changer l'esprit d'une population eu égard de la royauté. Un roi belge prête serment dans les deux langues pour la première fois. Appréciation et liens passionnels entre lui et sa population. Les catholiques, les libéraux et les socialistes sont condamnés à composer une réconciliation. Des maisons du Peuple s'ouvrent partout. Alors, on se réunit et on boit au café et on lit peu. Sans instruction pas d'emploi.

En 1912, Jules Destrée, lance un pavé dans la marre en proposant au Roi la séparation de la Wallonie et de la Flandre.

Les expositions, les sports, les arts (J. Ensor, F. Rops, M. Maeterlinck, E. Verhaeren)vont canaliser les rivalités pendant un temps.

La guerre 14-18 efface la neutralité et replient les Belges envahis vers l'Yser conduit par le Roi lui-même dans les tranchées qui prend le surnom de "Chevalier". La paix arrive. Mais, le bruit court que les soldats flamands commandés par des officiers français auraient payé la paix au prix fort et qu'ils n'avaient pas compris les ordres de leurs dirigeants.

A l'armistice du 11 novembre 1918 tout est à reconstruire. 800.000 chômeurs. Les réformes sont indispensables. Le Suffrage Universel est imposé mais pas égalitairement. La durée du travail passe de 12 heures 7/7 à 8 h d'abord et 40h par semaine ensuite. La situation s'améliore. Les salaires augmentent. Le crack de 1929 et la grippe asiatique refont déraper le processus.

Le fascisme recrute avec force de persuasion mais ne parvient pas à s'imposer. La guerre qui éclate sans être attendue ou si peu. L'aviation qui anéantit les fortifications plantées en souvenir d'une guerre précédente. Exil et réfugiés sur les routes. Léopold III capitule et se retrouve "prisonnier de luxe", ce qui a, en définitive, limité la casse à 55.000 morts surtout civiles du côté belge. 

Après la guerre, tout n'est pas détruit. Reconstruction mais infrastructure qui peut encore fonctionner vaille que vaille. Les immigrés Italiens vont apporter la main d'oeuvre devenue rare dans les mines de charbonnage du Sud. Cela dure jusqu'au drame de l'incendie de la mine du Bois du Casier.   

1950: La question royale va diviser une nouvelle fois le pays de manière violente. Les Flamands désirent le retour du Roi, les Wallons veulent son abdication. Son fils, Baudouin Ier devient roi en juillet 1951. "Vive la république" avait été lancé par Julien Lahaut. Il en fera les frais. En parallèle, l'Europe se construit. Le Progrès avec télévision, machines, voitures est dans les têtes et voilent les problèmes pour un temps. L'Expo Universelle de 1958 se veut le couronnement de la technique. Les mariages du Prince Albert et de Baudouin vont réconcilier les Belges. Les "Golden Sixties" font ressortir l'esprit jeune, la société de consommation, plein emploi, femmes revendiquant l'égalité, le sport en tête. On a le moral.

1960: La loi unique qui va s'appeler la loi "inique". Pourtant dans le même temps, dans le Sud, les industries reposent dangereusement sur le charbonnage, la sidérurgie sans chimie ni technologie de pointe. L'Université Catholique de Louvain va se scinder en deux ("Walen buiten") et envoyer les étudiants francophones à Louvain-La-Neuve. Les Fourons vont être souvent le théâtre de "Promenades dominicales" peu champêtres de partis de l'extrême droite flamande. Le déficit de l'Etat est vertigineux. La Loi Unique est votée avec des restrictions très dures, des salaires revus à la baisse. La Wallonie se sent plus lésée que les Flamands. La paralysie, les grèves nationales ne sont arrêtées qu'avec l'intervention d'André Renard  qui voit la solution dans une réforme de l'Etat et le fédéralisme: trois régions, trois communautés.

1962: le frontières linguistiques sont dessinées.  On déguise le problème pour Bruxelles. Les "Communes à facilités" sont nés. Les tentatives pour les rabotter vont se succéder dès lors.

En 1967, la Constitution est traduite en Néerlandais.

1968: Traumatisme chez les bourgeois wallons: l'Université de Louvain rejette les francophones. Louvain La Neuve est contruite et les reprend à bord.  

En 1970, les 9 provinces changent de partitions. La crise se formalise avec la pénurie du pétrole. L'inflation et le chômage ne s'équilibre plus. 

1978: le pacte d'Egmont capote.  

Une loi linguistique avait été votée aux forceps (1980: Ernest Glinne). Le premier ministire Maertens est devenu le notaire des changements à répétition. Bruxelles reste au frigo. Une quatrième révision de la constitution donnait des compétences aux communautés et régions. Le processus de partage s'installe. La Belgique est fédéralisée. La cure d'amaigrissement de l'Etat s'appuie par des pouvoirs spéciaux. Le pessimisme domine car les charbonnages et les usines le plus souvent wallonnes ferment une à une. Des tentatives de déstabilisation de l' Etat font ressortir des violences endormies (CCC, tueurs du Brabant, Heysel).

1988: la loi de Financement crée des difficultés de financement des écoles pour les francophones.

La monnaie unique va obliger à resserrer les boulons et l'austérité. L'extrême droite fait une percée en 1991 et s'installe. Mais, un "démineur" est déjà là et fait la première grande réforme de l'état en versant dans le fédéralisme (1988-89) et 80 milliards passent du niveau fédéral aux régions.

En 1993, Baudouin Ier n'est plus et réveille l'unité du pays lors de son enterrement. Albert II relève le challenge. La Marche Blanche va réunir les Belges dans un drame familial en secouant justice et gendarmerie. Le cinéma réveille l'originalité par la sincérité typiquement dans l'idée de "Ca, c'est du belge". La dioxine précipite la chute du gouvernement dans un arc-en-ciel gouvernemental repoussant le parti chrétien dans l'opposition. La Belgique est devenue fédérale.

1999: Un vote flamand fixe 5 résolutions avec une idée cachée de confédération.

2007: Leterme, flamand au CD&V est incontournable avec 800.000 voix. Les 2/3 de majorité ne peut que le désigner comme 1er ministre.

2008: Surprise les francophones font bloc contre les desiderata des Flamands. La réforme de l'Etat, la scission BHV ne trouvent pas de compensations du côté francophone. L'élargissement de Bruxelles. Le problème de langue, de droit du sol, de la loi du nombre ressortent comme neige au soleil. 

La suite : La crise expliquée aux nuls

Cet article du Soir récent (15 août) peut confirmer ce qui précède: le titre aurait pu être "Malade d'autonomie".

And now back to the present or to the future?

 

L'enfoiré,

 

Source (Moi, Belgique)

"La spectaculaire histoire des Rois des Belges", Patrick Roegiers 

26/07/2007

Hommage à un pince-avec-rire

Il y a quelques temps, au cours d'une partie de jogging, je suis tombé nez à nez avec une affiche qui annonçait une exposition consacrée à Bourvil à la maison communale. J'y suis allé. Une multitude d'affiche de cinéma. Ce 27 juillet, Bourvil aurait eu 90 ans. Flash-back. b8814dd7b347df4824c43a36c4b3647e.jpg

Une exposition, trente ans après sa disparition mais sans correspondre fidèlement à une date anniversaire précise. Bizarre.

Cette fois, ce 27 juillet, nous y sommes en synchro. Alors allons-y de l'hommage aux âges de l'homme.

Vite le "copain" Google pour aller chercher les infos sur ce personnage dont j'ai tellement de souvenirs en "background".

Show Man complet, Bourvil a fait rire des générations spectateurs du théâtre, du cinéma et amateurs de chansons.

Au cinéma, le film que j'ai vu le plus souvent est "La grande vadrouille" et à chaque vision, c'est la même rigolade. Je connais les répliques par cœur.

André Bourvil, du nom du village natal de sa mère, Bourville. 5482ab9cdd63bc3d03b0507552392131.jpg

André Raimbourg de son vrai nom est né le 27 juillet 1917. Mort à la guerre, son père, il ne le connaîtra jamais et vivra dans une famille modeste et conformiste. Brillant écolier, il joue cependant très souvent le pitre, sa carrière se mettait en place avec comme modèle, Fernandel. De petits métiers lui permettent de subsister mais ne l'enchantent pas. En parallèle, sa carrière se dessine progressivement. Il écrit des textes mis en musique par Etienne Lorin, mais il n'échappe pas à la galère jusqu'en 1943 quand ses dons naturels de comique se découvrent progressivement. En 1946, ses premiers enregistrements en 78 tours tournent sur le pick-up. Les chansons "Les crayons" et "A bicyclette" sont vraiment ses premiers succès. Dans le même temps, pour l'interpréter, premier film au cinéma en 1945 "La Ferme du pendu" de Jean Dréville. C'est le triomphe chez Bruno Coquatrix avec l'orchestre de Ray Ventura.

Il sait tout faire. Les rôles de pitres ne sont qu'en surface. "Pas si bête", un autre film peut résumer cette façon de voir. Le sentimental en 1954 dans "Poisson d'avril" et déjà avec De Funès et sa complice Annie Cordy (repassé sur AB4). Le dramatique, le lyrique, le jeu spirituel, tout est bon dans l'inconscience de la jeunesse pourtant déjà bien mature. Mais il est sympa, dirait-on de lui aujourd'hui face à sa manière de jouer en auto dérision mixée avec une grande intelligence. Il bafouille dans sa causerie antialcoolique mémorable "L'alcool non, mais l'eau ferrugineuse, oui!". On en rie encore. Défendre les plus faibles est aussi une idée que le passionne. Son honnêteté, sa franchise fait des merveilles dans tous les rôles et petits métiers (pompier, peintre...) qui commencent à défiler sur sa "liste de bal".

cee20ac377f0915fe3b3b22ed8c084db.jpgL'injustice, le cynisme et l'hypocrisie sont ses tartes à crème qu'il projette sur tous ses adeptes dans "Les Arnaud".

L'opérette va lui donner d'autres occasions d'exprimer son "moi" dans une sorte de "Clair de lune à Maubeuge" ou de "Ballade irlandaise" dans la nostalgie du "Non, je ne me souviens plus du nom du Bal Perdu" en avouant avec conviction "Oui, mais vivre sans tendresse, non, ça je ne le pourrais pas".

fcad1ef6745d37d36979905c525753c5.jpgIl interprète au cinéma les classiques des classiques de la drôlerie où il excelle en tant que "Le Corniaud" parti en vacances avec sa 2Cv qui ne fera plus de mal à personne sur les routes après sa rencontre inopinée avec De Funès en truand.

Il fait "La Traversée de Paris" en passant par le "Mur de l'Atlantique".

 

f67328fd5902eaa975fc13128c8b8031.jpg"Le Bossu" avec Jean Marais, avant de retrouver une nouvelle fois, son comparse de choix, De Funès dans "La Grande Vadrouille".

Trop humain pour être sans tache, il joue des rôles très sérieux ou de méchant aussi avec Thénardier dans "Les Misérables", dans le pilleur de troncs dans "Le drôle de paroissien" ou le vétérinaire obsédé dans "L'étalon". La parodie de "Je t'aime moi non plus" avec "Ca" en duo avec Jacqueline Maillan ajoute une autre touche en 1970.

Il n'a jamais accepté faire des concessions avec ses contemporains sans l'humour qui lui servait de guide avec générosité et solidarité envers les moins bien lotis.

Le fou rire qu'il génère par contagion dans les spectateurs de sa pièce de théâtre "La bonne planque" marquera les anthologies. La chanson va lui ouvrir des portes de "La Tendresse", de la "Tactique du Gendarme", de la "Ballade Irlandaise", sous un "Clair de Lune à Maubeuge" en bavant sur une "Salade de fruits".

En 1968, il apprend qu'il est atteint de la maladie de Kahler, qui va le ronger par une lente destruction de la moelle osseuse, il tourne encore 4 films avant de tirer sa révérence.

3f33c95991c407d3ee92035d71413dd7.jpgSon dernier "Le Cercle rouge", en inspecteur de police, il parviendra à dissimuler ses souffrances qui ne s'achèveront que le 22 septembre 1970.

Alors, imaginons ce qu'il aurait pu pensé à l'annonce de cette nouvelle tragique pour lui par un médecin avisé et quelque peu ésotérique.

Internet n'existe pas pour se documenter. Est-ce une maladie courante, honteuse, avec une issue fatale après une courte ou une longue période de vie?

Que de questions auraient germé dans la tête de ce "Pince" ou "Prince" qui a tellement l'habitude d'utiliser ses zygomatiques pour l'imposer à ses clients, les spectateurs? Comme c'est très souvent le cas, pas de vulgarisateur qui va se mettre au niveau de la "victime" non consentante.

Sommes-nous d'ailleurs plus loin aujourd’hui dans la recherche et la correction de cette erreur de parcours que l'homme est obligé d'avoir comme épée de Damoclès au dessus de la tête?

« On ne sait pas ce qu’on y cherche, mais on trouve ce qu’on ne cherche pas », déclarait Anne Roumanoff avec beaucoup d’humour mais tant de clairvoyance.

 

Curieux, je me suis mis néanmoins à fouiller avec le moteur de recherche sur internet, qu'est ce qui se cache derrière ce Monsieur Otto Kahler, né à Prague en 1849, et derrière la terrible maladie qui porte son nom.

Le néophyte se retrouve devant une cascade de couche de mots pour expliquer cette maladie:

  • "Myélome multiple des os", c'est la maladie de Kahler.

Plus clair? Allons voir du côté "Myélome":

  • Lymphopathie maligne de lignée B, se traduisant par la prolifération de cellules plasmocytaires malignes, d'origine clonale (c'est-à-dire dérivant d'une seule cellule lymphoïde).

  • Secteur proliférant = plasmocytaire.

  • Evolution : augmentation de fréquence, maladie mortelle.

  • Age, environ 60 ans.

Pas vraiment plus au courant et pas satisfait pour autant. Je continue la recherche et remonte à la source dans un jeu de piste.

  • Prolifération maligne des plasmocytes, initialement localisée à la moelle osseuse.

  • Le plasmocyte est une variété de cellule lymphoïde qui se trouve dans la moelle osseuse et surtout dans le tissu lymphoïde. Normalement, on ne le trouve pas dans le sang. Il sécrète les immunoglobulines.

  • Dans le myélome, il y a prolifération médullaire de plasmocytes qui fabriquent et excrètent un type unique d'immunoglobuline (monoclonale) qu'on peut retrouver dans le sang et les urines.

Après 40 ans et non pas 60, comme il est dit pour l'autre mot tout aussi sibyllin, le risque augmente plus pour l'homme, nous révèlent les statistiques.

Alors, on essaye de se raccrocher à des termes plus connus. Est-ce une sorte de leucémie?

Les symptômes sont des plus troublants.

  • Les douleurs osseuses, dorsales basses, lombaires ou costales, apparaissent progressivement. Elles sont aggravées par les mouvements, varient en intensité pendant des semaines ou des mois avant de devenir véritablement invalidantes.

  • Dans quelques cas, les douleurs apparaissent brutalement en liaison avec l'effondrement d'une vertèbre ou une fracture plus ou moins spontanée de côte ou d'un os long par exemple. On se rapproche de ce qui touche à la vérité.

Parfois c'est une complication qui fait le diagnostic. Cette fois, passons à une « vitesse » un peu différente, méthode Bourvil:

  • Un syndrome d'hyperviscosité sanguine (refroidissement des extrémités, troubles de la vue, troubles de la conscience, maux de tête, fatigue) ; (serait-ce celui de Stockholm ou j'ai raté quelque chose?)

  • Des complications hémorragiques ; (ça va saigner?)

  • Des complications rénales : protéinurie, insuffisance rénale... (anorexique en plus?)

  • Une amylose (aille, voilà que ça recommence...!)

  • Des infections récidivantes ; (quand ça recommence, on a le coeur qui balance)

  • Des compressions médullaires... (ça, cela devrait être très médusant)

  • Les radiographies du squelette sont évocatrices : lacunes à l'emporte-pièce, décalcifications diffuses, tassements vertébraux. (lacune de calcium, pas assez de lait, très certainement?)

  • La numération formule sanguine est normale ou montre une anémie. (on compte en quoi?)

  • La vitesse de sédimentation est très élevée. (ça fait du combien?)

  • Les urines peuvent contenir la protéine de Bence-Jones (recherche par immuno-électrophorèse). (là, c'est foutu)

  • Les protéines de Bence-Jones sont des protéines particulières caractérisées par leur thermo-solubilité : elles précipitent à 60°C et se redissolvent à 90°C. (30°C, c'est pas grand chose pour réagir)

  • L'électrophorèse des protides fait le diagnostic en révélant un pic étroit d'immunoglobuline monoclonale. (je sens que je vais m'écrouler du haut de ce pic)

  • L'immuno-électrophorèse caractérise l'immunoglobuline responsable. (ah, la sale bête)

  • La biopsie médullaire par ponction sternale est indispensable. (il vaut mieux savoir)

  • Sur le myélogramme, il y a une augmentation du taux des plasmocytes. (j'arrête de boire)

  • Le diagnostic différentiel se pose avec les gammapathies monoclonales bénignes. (ouf..)

 

Alors, voilà le traitement pour se sentir un peu moins mal?

  • La chimiothérapie avec un ou plusieurs médicaments améliore la qualité de vie, ainsi que la radiothérapie et dans certains cas la chirurgie. (sauvé...)

  • Les plasmaphérèses (échanges plasmatiques), les autogreffes de cellules souches sont parfois envisagées. (répétez un peu, pour voir. Qui me ferait cette honte et me qualifier d'autogreffé...)

 

Vous avez tout compris? Pas très rassuré, c'est sûr. Tel que j'ai connu Bourvil, je crois qu'il aurait aimé que l'on présente ces symptômes et ces explications de cette manière bien déphasée.

Une conclusion simpliste: il en faut des connaissances pour se lancer dans les arcanes de la médecine!

La médecine jouerait-elle dans la scène de l'incommensurable légèreté des mots venus d'ailleurs?

Difficile d'exprimer les choses de la vie avec les mots de la rue? Comment mettre les choses à la bonne hauteur? Est-ce réservé à une élite de l'élite? Apprendre à son patient que ses jours sont comptés de manière plus ou moins précise. Mais, encore...

Comprendre vraiment par A+B avec des mots que le patient attend, reste un exercice d'équilibriste face aux spécificités. Les manières de recevoir "le" message seront en plus acceptées ou non en fonction d'une culture.

Il n'en reste pas moins que le patient reste pieds et poings liés aux dires du médecin. Avant le malade se trouvait cobaye de sa nature humaine. On a changé seulement d'interlocuteur interprète.

Hommage à Bourvil, oui. Comment a-t-il pu encore courir pour poursuivre l'évadé de sa surveillance dans son dernier film, le "Cercle rouge"? Une force de caractère. Comme si jouer une pièce ou un film donnait des forces surnaturelles...

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Bourvil n'était pas un pince sans rire. Que du contraire, il riait de lui-même, de ses propres histoires. Dans "La bonne planque", le coup de téléphone au commissariat reste inénarrable. Bourvil entraînait le public dans son rire tellement communicatif. Même un film en noir et blanc,  c'est le moment des vacances et des reprises, un film avec lui aura son importance.

Par cet article, j'aurai simplement essayé de lui rendre hommage en vulgarisateur avec l'humour qu'il aimait et surtout avec les yeux d'en bas. Des yeux, bien à gauche de la poitrine. Tout simplement.

Bourvil, mort, oui, mais de rire. Peut-être dans un "Bal perdu".

 

L’Enfoiré,

Sur Agoravox, ne riez tout de même pas trop haut.

Ce rire, j'en avais déjà parlé un 1er avril.

Citations:

 

  • "Après l'esprit de discernement, ce qu'il y a au monde de plus rare, ce sont les diamants et les perles.", Jean de La Bruyère

  • "Il n'y a pas "un" caractère d'entrepreneur. Mais il faut "du" caractère pour l'être.", Peter Drucker

  • "Sème un acte, tu récolteras une habitude ; sème une habitude, tu récolteras un caractère; sème un caractère, tu récolteras une destinée.", Tenzin Gyatso

 Mise à jour de ce 29 juillet 2007:

Cet article écrit aurait pu être transposé aujourd'hui avec la mort de Michel Serrault. Coïncidence du calendrier?

Même amuseur publique, aimé par son public et qui est parti à la suite d'une maladie tout aussi rare: "Polychondrite atrophiante chronique".

Je me suis plongé de la même manière sur les informations fournies par internet:

La polychondrite atrophiante est une maladie rare, grave et chronique associant des lésions oculaires et une dégénérescence avec disparition plus ou moins totale des cartilages. Elle évolue en quelques années par des poussées s'accompagnant d'une atteinte de l'état général et du cœur. Sa ou ses causes sont inconnues, peut-être auto-immunes (les patients fabriquent des anticorps contre leurs propres tissus).

Les hommes d'exceptions et du rire auraient-ils une fin d'exception? Aura-t-on la chance d'en garder quelques-uns de ces hommes? Merci, Michel, nous t'aimions.

 

 

19/07/2007

Forêt de Soignes, forêt soignée

Forêt de Soignes, poumon de la région bruxelloise. Ses points d’intérêt multiples. Son histoire mouvementée.

Pour mon départ de la vie active, mes collègues m’avaient préparé un cadeau: le livre illustré « La forêt de Soignes » de Dick van der Ben aux éditions Racines. Le 21 juillet, fête nationale belge, oblige, parlons-en de ce joyaux naturel belge qui s'incruste au sud de Bruxelles en partageant ses sols avec la ville et les habitations.

L’inspiration a été du parcours par ce choix judicieux. Le cadeau n’était pas innocent : 250 pages illustrées de textes et d’images d’endroits que je connais pour les avoir parcourus, les avoir arpentés en long et en large.

En ces temps de crise politique au sortir d'un vote électoral difficile et où la Belgique se cherche, existe-t-il un endroit plus propice à la réflexion? Et bien non. Où a lieu actuellement les dernières négociation du formateur du gouvernement? Je vous le donne en mille: dans le Prieuré de Val Duchesse, réouvert pour l'occasion. Ne dira-t-on pas un jour comme dicton: "De l'arbre jaillit la lumière" ?

0b7a250a3f86b3ff4cd539247e9569b1.jpgMon article « Extase automnale » avait été écrit à l’abri de sa végétation sous une lumière nostalgique et les couleurs chatoyantes de l’automne.

Depuis des années, en toutes saisons, à pied, à vélo ou en jogging, mais pas à cheval, quoique j’aurais pu, pas mal d’endroits de cette forêt sont passés tout azimut devant mes yeux émerveillés.

Le Rouge-Cloître, en plein milieu de la commune d’Auderghem, est un point de départ. Endroit de rassemblement de beaucoup de randonnées, près de l’ADEPS, il abrite une abbaye ancestrale qui date de la fin du 14ème siècle. bb7fea7c840ce3a12cc736cc6f901e92.jpgEn 1385, première chapelle dédiée à Saint Paul. Autour, une série d’habitations d’époque abrite désormais des locaux réservés aux artistes. Expositions, ateliers se succèdent à rythme soutenu. Un peu à l’étroit jusqu’il y a peu, il est actuellement en pleine phase de restauration et d’élargissement du champ de vision sur les étangs et les maisons historiques. La maison du meunier se fait photographier et la roue à eau de la maison du pécheur roule sous le courant sans discontinuer. L'apogée de ce site, on le situe vers 1725. L'église a été  ravagée par un incendie en 1805. Subsistent une manufacture de coton, une teinturerie, une brasserie, une champignonnière et un restaurant.

16c020869ccd266b7b75a3d04c7aaa93.jpgLes étangs ne manquent pas et n’ont jamais été délaissés par les pécheurs qui ne se préoccupent pas de l’effervescence de leur entourage. Perdus dans une paix à peine troublée par le bruit de fond de l’autoroute proche, ils se préoccupent d’empiler les poissons. Tableau de chasse qu’ils sont près de montrer à la première question d’un passager des chemins environnants. Les joggeurs et les cyclistes vaquent à leur sport favori en parallèle se souciant peu des frémissements qu’ils pourraient générer dans l’esprit d’un canard Colvert, d’une poule d’eau.

Rester dans vos chemins respectifs et les problèmes seront bien gérés.

Mais auparavant, que s’est-il passé ?

Cette fois, il s’agissait d’en parcourir l’histoire. Son passé traverse allègrement toutes les périodes du néolithique, du crétacé, du jurassique en s’enfilant au passage des étages aux noms plus tortueux les uns que les autres mais se terminant par « -ien ».

Ce n’est pas Jurassic Parc, quoique…

L’humus qui compose ses sols se décompose en "moder" et en "mor".

L’époque de pleistocène s’est partagée en périodes tempérées et froides Plus d’une vingtaine de glaciations se sont succédées. De 1830 à nos jours, la température moyenne par décennie a progressé de 8,8°C à 10°C.

Seul 75% de pluviosité atteint le sol. Le reste est perdu par évaporation et perdu pour l’écosystème. Le feuillu alimente pourtant mieux les nappes phréatiques que le résineux. Climat subocéanique humide et variable. L’ouragan de 1990 laisse des traces encore visibles de son passage. Des successions d’étés secs et d’hivers rigoureux ont une action mais moins visibles.

Mais la forêt se soigne auparavant et aujourd’hui. On y veille avec œil distrait ou responsable.

L’époque romaine (57 AC-407 PC) n’a pas laissé de trace.

Clovis et Charlemagne en dépeuplant les campagnes feront regagner du terrain à la forêt. Les ducs de Brabant (1190-1404) tiennent comme à la prunelle de leurs yeux à ces forêts pour la chasse et pour l’abondance des rentrées financières procurées sous la forme de charbon de bois.7380a8ec1d63043adf43b7690d892430.jpg

Les lieux-dits « Trois Fontaines », Tervueren sont du lot des privilégiés.

951a11e7df66367aee03614a896dd6d9.jpgLes communautés religieuses vont y rechercher des endroits propices à la méditation. Privilèges qui leur seront accordés par des autorisations de défricher.  

L’abbaye de Forest est édifiée en premier, prélude aux croisades en 1096. L'abbaye de la Cambre suivra.

Les Ducs de Bourgogne (1404-1482), les Habsbourg (1482-1555), les Espagnols (1555-1700) érigent l’abbaye de Boetendael avec son Val des pénitents. Charles-Quint accorde une attention soutenue et des dons à l'Abbaye du Rouge-Cloître et poursuit le développement de son église en y ajoutant des vitraux.

Le couvent des capucins de Tervueren abritera l’archiduchesse Isabelle dans ses derniers instants.

Les Autrichiens (1714-1794) pacifient et restaurent une sécurité perdue dans le vandalisme et les vols. Les hêtres sont plantés en masse.

Les régimes français (1794-1814), hollandais (1815-1830) nationalisent les biens forestiers. La gestion des bois passe ainsi aux mains étrangères qui s'attachent à réparer les altérations.

L’état belge (1830) achète enfin la forêt de Soignes, dont il ne reste que 4400 ha, pour une somme de 8 millions de florins.

L’écologie et le social vont progressivement prendre le relais. Les chênes, merisiers, frênes vont apporter l’équilibre manquant et effacer la monoculture du hêtre.

e6a4f3abdcdb6269329a1284ca9ff274.jpgAujourd’hui, la forêt se partage arbitrairement entre des limites linguistiques avec des règles et des spécificités différentes au sauté d’un chemin, digne d'une histoire belge. 2500 ha sont désormais administrés par la Région flamande.

Le chateau de la Hulpe s'offre des séquoias géants en plein progrès dans le gigantisme, mélangés avec les essences les plus exotiques. La fondation Folon s'y est installé dans ce parc de Solvay.

L’arboretum de Tervueren, promenade royale, réserve pas très loin des surprises par la variété de ses arbres de collection et complète les jardins botaniques.

Forêt de Soignes soignée, c'est incontestable. Le forestier s'est rendu compte assez récemment des avantages de la diversité des espèces qui remplaceront la monoculture des hêtres. La forêt ne serait-elle pas un microcosme allégorique de notre monde? Seule différence, peut-être, les arbres ne se parlent pas. En apparence, du moins.

Pendant ce temps, les routes amputent, les lisières des agglomérations rongent, les tempêtes écornent, les pluies acides, les ordures, le bruit polluent et font dépérir les chênes.

"Trois minutes pour la planète" parlait des avantages d'avoir une forêt saine ce 11 juillet 2007 à la RTBF. 

Comment faire aimer la forêt si ce n’est en donnant accès à tous à sa beauté toujours renouvelée. Touristes, passants, cyclistes, jogueurs, sportifs agressent lentement sans le vouloir malgré les précautions prises.

Vaste dilemme de notre temps.

De tous les temps.

Bonne fête Belgique.

 

L'enfoiré,

 

Le Rouge-Cloître s'éclatte avec des Sortillèges en prime

Défense du patrimoine et de l'environnement à la ceinture verte de Bruxelles

Sur Agoravox, la forêt génère des commentaires

 

Citations:

 

  • « On dit souvent que les arbres nous empêchent de voir la forêt ; il est tout aussi juste de dire qu'on ne voit pas les arbres à cause de la forêt. », Ilya Ehrenbourg

  • « Penser, c'est chercher des clairières dans une forêt. », Jules Renard

  • « Les forêts précèdent les peuples, les déserts les suivent. », François René de Chateaubriand

  • « Auprès de mon arbre, je vivais heureux », Georges Brassens

14/07/2007

Un cuba libre, por favor

Le magazine GEO de mai 2007 titrait « En attendant demain » en parlant de Cuba. Des souvenirs de vacances de 1996 me sont revenus en mémoire. Dix ans après, rien de changé, seul l'espoir qui grandit.

d48987abc9dbbb82e3c558bd3fe8d2ab.jpgS'il existe un pays très spécial, il faut parler de Cuba qui allie vraisemblablement toujours les extrêmes: enfer et paradis.

Il y a d'abord les cartes postales, les clichés présentés par les films d'Antoine dont un est passé le 7 juillet sur nos antennes belges, "Iles... était une fois". Antoine, très certainement patronné par les offices du tourisme, aime les Caraïbes, c'est sûr.

Mais, comme toujours, le rêve voile d'autres réalités moins "blue sky", pardon, "cielo azul".

Alors, commençons par ce rêve en quelques clichés en vrac: la mer turquoise calme transparente, les plages idylliques où on regrette de ne pas être né, les couleurs pastels du Malecon, les Mogottes à Pilar del Rio, la salsa endiablée,  les folies bergères du Tropicana, Hemingway avec son café des artistes et son mojito,  le tabac qui se confectionne à la douceur de mains habiles avec le havane en bouche du producteur au consommateur, tout en restant sous le charme du lecteur, le rhum, la langouste... Des images plein la besace.

Quoi, vous êtes encore là? Le mythe ne vous aurait pas fait planer?

Un mois printanier de 1996, j'atterrissais sur l'aéroport "José Marti" de la capitale, La Havane. L'aéroport Juan Gualberto Gomez de Varadero n'existait pas encore.

Aujourd'hui, je me suis remis dans ces pensées multiples et contrastées de ce pays qui a la forme qui s’adapte au sobriquet et à la réputation de son président Fidel Castro au pouvoir depuis 1959 : le crocodile vert. Tour à tour, dans un Moyen Age en profondeur, dans une vitrine révolutionnaire et une volonté de modernisme dont les images du grand voisin parviennent en cachette sur les écrans de télévision. La révolution est un état de rébellion qui vient et qui doit partir comme il est venu. La tension ne peut se maintenir pendant plus d'un demi siècle. Les images de Che Gevara (du Che, pour les intimes) et de Fidel placardées sur les murs pour sensibiliser à la situation que l'on fait subir m'ont toujours énervé. La tension est affaire de "snapshot" pas de "cinéma perpétuel en boucle".

La péninsule de Varadero est le plus souvent la porte d'entrée des touristes dans ce monde d'exception, ce ghetto de faux riches qui ignorent et qui s'ignorent.

Mes réflexions de l'époque, pourraient-elles avoir changé aujourd'hui? Le magazine GEO fait penser que depuis 11 ans, rien n'a vraiment changé. En route donc, pour une exploration par coup de flash dans un passé qui n'aurait pas mué. Je ne savais pas encore que j'étais arrivé au creux de la vague dans cette dernière décade du 20ème siècle.

D'abord, le vol avec la Cuban Airline à bord d'un Iliouchine, avion drastiquement rustique. Une fois atterri à La Havane, pour regagner son hôtel dans cet endroit de rêve pour touriste, celui-ci est tout de suite mis au parfum de l'ambiance. La réflexion qui vient tout de suite, c'est la comparaison entre nos méthodes de ralentissement de nos autos. Chez nous, on installe à coup de monnaies des casses vitesse. A Cuba, pas de problème, c'est gratuit: on laisse faire la nature. Les slaloms commencent donc pour éviter les nids de poules laissés par les ruissellements. D'après, le film d'Antoine, les routes seraient devenues des billards!

Arrivé à l'entrée de Varadero, contrôle avec barrière et guérite. La plaque minéralogique avec numéro spécial donne le tempo et le sésame ou non.

Les hôtels internationaux vont se succéder à un rythme accéléré plus prestigieux les uns que les autres avec des allures américaines. Luxe et volupté contrastant avec les préliminaires vus sur la route. Rien n'est trop beau pour satisfaire ce pourvoyeur de moyens financiers pour le pays.

7457f41ac86bb68af77f08f77dfeca3c.jpgLa maison de la famille DuPont, souvenir de l'avant révolution, ne dépareille pas avec les hôtels .

Les panneaux publicitaires ont progressivement remplacé ceux qui montraient la gloire de la "revolucion" et de son leader, "el commandante".

Le dollar se sent à plein nez tout en étant interdit officiellement à l'extérieur de l'enceinte.

La visite de La Havane va confirmer les impressions de départ avec des surprises de taille. Dans la voiturette moderne, le guide résiste aux questionnements avec le sourire le plus convainquant.

7be4c823e61ed499a9cc3218f04e9e3f.jpgPour comprendre, il faut prendre du recul et rien ne vaut une vue du fortin en face de la capitale. C'est beau de loin, c'est sûr. Les monuments sur l'autre rive se perdent dans une ville qui cherche son modernisme. Sera-ce le même topo sur l'autre rive au plus près?

La traversée de la baie mène droit au Musée de la Révolution. Un tank trône, en avant plan du batiment, fier d'avoir repoussé l'envahisseur impérialiste. Car la révolution est le leitmotiv, le fil rouge de ce demi siècle cubain. Le passé de la résistance contre un embargo est volontairement le seul souvenir que l'on veut graver à jamais dans les esprits. Ce passé est tour à tour montré et caché comme si l'autorité avait voulu arrêter le temps les armes à la main.

Les voitures ne courent pas les rues, elles y trottinent de peur qu'elles ne se cassent. Elles ont un âge canonique de 40-50 ans et on les entretient. Véritable musée ambulant qui vaut tout de même au mieux 150 mois du salaire le plus élevé de médecin. La médecine est gratuite ici. Les médicaments brillent, en revanche, un peu par leur absence. Le logement est aussi un problème majeur reconnu par le régime.

Alors, on répare, on bricole et on parvient à rouler vaille que vaille. Les moyens de transports publics quand par chance, ils passent toutes les heures, on les veut les plus efficaces possible au détriment d'un confort.

b6a253b27c8739614a4644aa5b66f667.jpg"El camello", "le chameau" comme on l'appelle, est là, il mérite son nom par sa forme, sa longueur et sa vitesse.

Sur l'immense place de la révolution, on croit entendre les discours de Fidel Castro tellement ils ont imprégné les heures du premier mai. a97189288b9cef02574427a3e3b938b4.jpg

Le Capitole se veut copie de l'original de Washington.

026ec87d26dca6220beff30442be342b.jpgVolontairement, un plongeon dans ce passé que l'on veut oublier et qui revient lancinant, les différents endroits célèbres qui ont hanté Hemingway, le restaurant Floridita, le bistro Bodeguita. Les photos, les signatures rappellent ces moments d'un autre espace temps. On veut les ignorer, on les pousse avec nostalgie à la vue du touriste pour probablement ne pas le désorienter.

Très vite, la visite guidée mène à l'immense place de la révolution où le monument du poète José Marti trône en maître avec le Che rappelant la tribune aux discours fleuves du président et avec les Ministères, aux batiments plutôt austères et secrets.

La visite suivante ne va pas passer par les échoppes d'aujourd'hui. Hors du cycle touristique, elles étonneraient le touriste par son manque qui sort de ses habitudes du supermarché. Les gens d'aujourd'hui ne sont pas habilités à donner un avis sur leur vie. « On se partage la précarité, les combines et sacrifices dans une interminable course de fond », comme l'écrit l'écrivain cubain Fernando Leonardo Padura dans GEO en parlant d'une situation qui aura vieilli pourtant de plus de 10 ans.

Bien au contraire, on oriente ensuite le touriste vers le cimetière avec ses mausolées de personnages de la pègre, mafias d'avant révolution et qui ont sévi grâce à la prostitution en contournant la prohibition de l'autre côté. La visite continue après le musée où plastronne en évidence la statue de Christophe Colomb, qui est passé dans ces parages dans son rôle de découvreur du nouveau monde. Monde qui, ici, a suspendu son vol. Nous sommes dans l'histoire, mais c'est la préhistoire, la période d'avant la révolution qui impressionne et que l'on montre avec ostentation. Une archéologie que l'on veut plus libertaire et plus libertine.

553489b02d3fec41a77cad3c1e547e00.jpgLa place de la cathédrale va essayer de s'extraire au jour le jour, de refaire le plein de touristes et de dollars. On parcourt, on fréquente des échoppes à la sauvette. Le tour des belles, aussi, qui sont là pour satisfaire ces voyageurs en mal d'aventures nocturnes bien rémunérées par ces mêmes billets verts interdits.

Interdit ces billets? Oui et non.

Dans la légalité, il faut échanger ces beaux billets verts dès l'entrée dans le pays contre la monnaie locale qui n'aura évidemment cours que sur place. Le peso local sera converti en CUC, une première fois à raison de 25 pesos par CUC convertible en dollars. Le salaire sera payé en pesos et la nourriture en CUC relié à son tour au dollar. Le médecin et le policier sont au sommet de la hiérarchie des salaires et doivent se contenter de 800 pesos par mois. Le marché noir est là. On y trouve pour 35 pesos un steak d'une livre, mais il faut aimer la graisse.

Vu l'état des routes et les distances importantes, tous déplacements se résument pour des transferts en avion. Mais avec quel avion?

- Je n'ai pas demandé de faire du parachutisme, ai-je eu l'intention de faire remarquer.

Car l'impression est bien là. Tout y est. Dans la carlingue de l'Andronov, on se regarde en face de chaque côté, on se sourit, pas très rassurés. Le cockpit est ouvert. Pendant la visite, pas besoin de chercher le pilotage automatique. Les nuages sont nombreux et on danse en coeur. Quinze minutes de vol et ce qui devait arriver, arrive. On doit faire demi tour, la piste à destination est impraticable due aux intempéries. Dure loi de la nature. Dure loi de la faiblesse des moyens.

L'histoire tragi-comique d'un couple de touristes connus là-bas est assez caractéristique. Histoire qui ne leur rappellera pas nécessairement de bons souvenirs.

Passer 3 semaines de vacances avec une carte Visa ne devrait pas causer un problème. Cela a été dit. L'American Express, c'est prohibé, c'est connu. L'office du tourisme a averti. Une semaine avant la fin de leurs vacances, les choses vont se corser. Au moment de régler la note, ils s'aperçoivent que ladite carte est inutilisable. Le mot "Visa" est bon, mais il est accompagné du sigle de la banque qui l'a produite: une banque américaine. Là, la moiteur n'a plus rien à voir avec celle de l'atmosphère ! Le stress est de la partie et La Havane n'est plus assez proche pour faire des allers-retours très nombreux pour s'assurer si le mandat est arrivé. Ce n'était évidemment pas la banque à mettre en cause de refuser la carte. L'embargo des Etats-Unis, contre le régime castriste, était seul responsable de cet état anachronique. Mais, entre-temps, les choses pourrissent sur place pour le moins...

Mais, l'aventure, c'est l'aventure !

4bfe9ff0476a749c7a59c8288a195c3d.jpgLe Cubain, lui, regarde la mer sur le Malecon, inscrit au patrimoine de l'humanité à l'Unesco, aux maisons défraîchies et tellement belles mais d'un autre temps. On compte les vagues d'un air distrait. Résignés, le désespoir aidant, certains essayent de traverser le "channel" au risque de leur vie.

Internet est encore seulement dans 2% des mains cubaines. Les blogs essayent néanmoins de devenir une force de frappe pour la dissidence. L'accès à la toile et l'achat d'un ordinateur sont à demander au gouvernement d'après un décret de 1996. Le délit de surf est réprimé et son prix s'élève à 4,5 dollars de l'heure équivalant à 50% du salaire moyen. Un marché noir de l'informatique et la révolution digitale cubaine ne s'arrête plus aussi facilement.

Les tickets de rationnement disparaîtront-ils un jour? Pourront-ils effacer la survivance pour la remplacer par la vie dans sa totalité?

La révolution aurait-elle vécu des débuts trop violents? Vit-elle dès lors une suite dans l'attente trop longue? Aura-t-elle une fin en accord avec l'espoir du peuple?

Le bailleur de fonds, l'URSS, n'est plus depuis sa propre chute en 1990 et cela a été le chant du cygne du régime cubain et du rêve d'autarcie par rapport à l'Oncle Sam. Celui-ci attend le changement et sera probablement le bailleur suivant bien plus présent. Car le potentiel existe. L'éducation gratuite, point positif du régime, a généré des ingénieurs de hauts niveaux. Les professionnels en technologies nouvelles sont déjà en place et hautement qualifiés. Du pétrole, il y en a aussi mais pas assez riche pour s'engager trop avant. Bas de laine huileux?

Les vieilles voitures, par exemple, pourront espérer le succès qu'elles méritent auprès des collectionneurs? Elles font partie du patrimoine.

De vieux frigos américains interdits ont déjà une deuxième vie. L'imagination des artistes leur a donné un côté kitsch qui n'a rien à envier aux oeuvres modernes de nos musées.

L'économie, c'est aussi ainsi qu'elle recommence. Par petits paliers successifs et insensibles.

Pour découvrir le véritable problème de Cuba sous la joute du révolutionnaire, du "phénomène Fidel Castro", pourquoi ne pas se tourner vers les écrits d'un écrivain, tel que Serge Raffy avec son livre parfois contesté "Castro l'infidèle"?

Comme il le disait dans son épilogue, Castro se considère comme un Dieu, sans partage d'idées. Pas de miracle sinon ceux qu'"Il" invente. La "Bataille des Idées" est un concept castriste, révolutionnaire encore une fois, qu'il a "instauré" avec son imagination fertile. Combattre l'impérialisme US au besoin avec les armes de ses propres ennemis. 

Complexe de supériorité, de personnalité? Sa longévité a vu passer quelques onze présidents US pendant son séjour à La Havane. Pas besoin de raisons pour justifier des controverses ou des contradictions. Chasser l'envahisseur avant l'invasion en traquant tous les neurones contraires que l'on pourrait rencontrer dans les têtes des voisins de palier. Des bataillons de contrôleurs de consciences font donc le travail de recherche sous le nom de "Travailleurs sociaux". Inquisition et chasse aux sorcières. Kafka en balade au pays de la canne à sucre!

Castro, qu'on se le dise, est immortel. Ses "sorties" du pouvoir ne sont que des intermèdes pour faire rêver. Céder son pouvoir à son clone, Raül, véritable ombre du maître ne fait qu'attendre les ordres du patron. Chacun en a l'habitude de sa résurrection prochaine. On ne s'excite plus face aux fausses sorties à répétition qui confirment que Robin des Bois n'est pas à l'entrée de l'hospice. En plus, il a la barraca. Hugo Chavès est venu à son chevet avec un beau cadeau en poche. Ce qui a redonné de l'adrénaline à son commanditaire qui déjà réfléchit pour reprendre les rênes de nouvelles virées révolutionnaires. Le bilan véritable, on en a rien à cirer de sa positivité. L'impérialisme n'est pas beau. Oui. Mais alors, passez de Charyde en Scylla?

Véritablement phénomène révolutionnaire, poussé à la paranoïa, on ne veut voir que sa manière de pensée comme seul guide pour le reste de la terre entière. Il l'explique et l'expliquera encore longtemps en long et en large sur la place de la Révolution.

Raùl Castro se dit ouvert au dialogue avec Bush. On lui a dit de l'être. Une nouvelle révolution pacifique voudrait se préparer. Sa fille, Manuela, face au fascisme, lutte en suffragette pour les minorités sexuelles. La dissidence ne sera-t-il bientôt plus qu'un souvenir?

La déclassification des documents de la CIA, toute récente, a permis de connaître les intentions de celle-ci qui imaginait d'éliminer Fidel Castro. Cela non plus ne passera pas facilement dans les esprits de chaque coté de la mer des Caraïbes.

"Castro", un nom avec trop de souvenirs en forme de fusées des années 60 et d'une baie cochonne et l'Amérique refuse, en surface, le dialogue tout en investissant les lieux imperceptiblement.

L'Union Européenne fait également la fine bouche. Elle s'apprête à prolonger, de six mois, l'étrange régime de "sanctions suspendues" contre Cuba. En 2003, la vague de condamnations de 75 dissidents et l'exécution sommaire de trois jeunes Cubains qui avaient détourné une embarcation pour fuir aux Etats-Unis avaient stoppé les envies de normaliser les relations. Les problèmes des droits de l'homme du pays ne sont pas résolus malgré le changement. Un soutien dynamique à la société civile n'est pas exempt de risque de transfert du bénéfice. Et puis, le coeur a ses raisons que ...f6ed761cb8520de6c13ddb7a3fb03d86.jpg

Cela garderait un arrière goût, car il n'y a que les aboutissements des rêves qui ont une valeur humaine. ecfcbd891849d78b1a57f561fe0d7141.jpgLe reggaeton des jeunes fait danser les corps, le cigare enfume l'esprit, le rhum fait oublier le temps qui fuit toujours sur cette borne du fameux septième kilomètre de Fernando, rappelé dans GEO, plus proche du dixième de l'arrivée que du départ mais toujours dans l'épuisement des années perdues.25a64df89a686e338963e4e693bfaad1.jpg

D'après le magazine, les esprits de Santeria ont annoncé des changements pour cette année 2007.

Dictature à Cuba? Question qui ne peut trouver réponse qu'en allant sur place avec des yeux ouverts tels que seul un représentant d'un régime parlementaire avec élection à la clé, peut le faire. Si soudainement, la démocratie s'implantait dans le pays avec la possibilité de voter pour Castro ou non, serions-nous aussi sûr que les choses changeraient? On s'abitue tellement à la bonne parole.

Près d'un demi siècle pour un régime, deux générations, n'est-ce pas déjà un record de bonnes paroles?

3c8974f21b2b7c5a987447ecbe0de086.jpgVite, il fait chaud.

Dans un bar, près de chez moi, une voix résonne:

- "Et, un cuba libre. Un. Bien froid", lance un jeune fille d'une voix ferme.

Dans un temps parallèle, quelque part dans les Caraïbes:

- "Por favor, un cerveza de un CUC !"

 

L'Enfoiré,

 

De l'exotisme des commentaires en plus sur Agoravox 

Une autre référence sur Agoravox "Les torpilles de Fidel Castro". 

Et un autre bouquin interview de Castro par Ignacio Ramonet

 

Citations:

 

·       "Dans la plupart des pays, les citoyens possèdent la liberté de parole. Mais dans une démocratie, ils possèdent encore la liberté après avoir parlé.", André Guillois

·       "Le meilleur ambassadeur de Cuba est un cigare cubain.", Raul Roa Couri

·       "Peut-on jamais être tout à fait malheureux quand on sait qu'on ne le sera pas toujours ?", Pierre Carch

 

09/07/2007

Traité utile

Le mini traité en compromis de la CE (23 juin 2007), bricolage institutionnel comparé au grand projet de la constitution. Alors, petit succès ou grande victoire ? Présenté par les médias, certainement, une impression de crise et la seule possibilité pour sauver les meubles.

ba84f981397a5bcc03888c04afd31371.jpgVoilà, le traité simplifié pour l'Europe est en piste depuis le 23 juin.

J'avais déjà eu l'occasion de parler de mes impressions de ratés partiels de la CE dans l'article « En manque d'europlanisme ».

Jean-Claude Juncker, premier ministre du Luxembourg un des nains de l'Europe, qui parle trois langues est l'homme qui avait dit un jour, au sortir d'une de ces réunions au rond-point Schuman à Bruxelles:

 

« Si le ridicule tuait, les rues de Bruxelles seraient jonchées de cadavres ».

 

C'est un des hommes politiques, européens convaincus. Espèce d'homme que l'on voudrait mettre dans le rayon « obsolète ». Comme la Constitution que l'on voulait « morte » née.

Cette fois, il a dit au sujet du mini traité simplifié:

 

« Le traité constitutionnel était parfaitement compréhensible, ceci est un traité simplifié qui est très compliqué ».

 

Surenchérit par le ministre des Affaires Etrangères belge qui y voyait le but dans le fait d'"être illisible". Le manque de clarté rendrait donc les choses plus "abordables" pour 500 millions de citoyens. Paradoxe? Contradictions voulues?

Alors, qui a raison?

Les sujets que l'on ne digère pas, sont à la poubelle. On a parfois l'impression de tomber sur des blancs qui ont remplacé des chapitres de la Constitution, première mouture.

Pour rester crédible, il a fallu condenser tout cela dans un temps record. C'était vital. C'était comique aussi. Du Lucky Luck inversé. L'ombre qui devait tirer plus vite que son objet.

Pierre Defraigne, directeur de la branche européenne de l'Institut français des relations internationales (IFRI), donnait à la radio son avis sur le résultat du mini traité signé de justesse en Allemagne. Ses idées me paraissaient très intéressantes. Les voici présentées un peu en vrac.

Le traité simplifié allait améliorer le fonctionnement des institutions, d'après lui. La présidence qui deviendra permanente. Qui? Des gens multilingue et déjà fonctionnel, très probablement. Le multilinguisme est la clé essentielle de la compréhension. C'est même un pléonasme que de le dire. Alors, Manuel Barroso, peut-être, mais il y en a d'autres.

Une commission réduite à 15 membres en place de 27. La double majorité qui facilite les décisions.

Le Conseil Européen, lui, restait très faiblard et peu efficace pour accoucher la moindre directive. Trop de dissensions entre les membres mène à l’immobilisme. Rien de fracassant dans la nouveauté au paravent.

La Grande Bretagne se cherche toujours. A l’intérieur ou détachée avec la Manche comme barrière de protection. L’euro, l’espace Schengen, la durée du travail, la coopération policière sont les idées avec lesquels, elle veut fonctionner en « stand alone ». Elle suivra toujours à distance. Pas de champion de l'Europe de ce côté de la Manche. Rester ouvert aux entreprises et aux états reste le projet britannique. Ce 6 juillet, le journal L'Echo osait même se poser la question "Le Royaune-Unis serait-il en train de glisser vers la la sortie de l'Europe?". Gordon Brown encore moins européen que son charismatique prédécesseur. Londres, s'auto-exclut et accepte des concessions d'aller plus vite et plus loin en matière pénale aux autres membres plus volontaristes. On détricote en douce avec la mémoire courte. Nouveau membre en 1975, le Royaume-Uni priait de créer le "Fonds de développement régional" pour moderniser et restructurer sa propre industrie. La mariée était-elle trop belle? Un divorce?

La Pologne qui a une ancienne arête dans la gorge vis-à-vis de l'Allemagne, demandera un peu de maturité par l'intérieur. On ne grandit qu'en observant les autres. Ses objectons, la CE veut les minimiser, mais elle ne veut pas rouvrir des dossiers concernant les accords signés par les membres pour une simple question de crédibilité. Les frères Kaczynski, ultra conservateurs, continuent pourtant le bras de fer. La Ligue des familles dit que l'accord serait contraire aux valeurs familiales et nationales polonaises. La ratification remise en chantier par un nouvel appel du pied nationaliste et de ce fait, anti-européen ?

La France qui s'est retrouvé au devant de la scène avec son nouveau président qui devait montré son efficacité à jouer un rôle de "bon et de mauvais flic", de social rassembleur, a réussi son coup médiatique. Mais il devra prouver et confirmer ses intentions.

La charte des droits sociaux, un peu considérée comme Europe sociale, ne parvient toujours pas à être digérée par des gouvernements du plus en plus de droite. Le « non » à la Constitution Européenne avait pourtant été porté par une majorité de Français et de Hollandais pour des raisons différentes.

Alors, retour à la case départ avec des bases différentes? Non, pas vraiment, seulement rabotées.

Une Europe à deux vitesses? Une majoritaire qui veut avancer et l'autre qui veut réduire les pouvoirs de l'Union à la plus simple expression pour faire ressortir le nationalisme. Les premiers devront monter aux seconds que cela peut marcher avec coopération renforcée et entraîneront la suite du peloton.

Organiser les avant-gardistes et ceux qui poussent sur le frein. Une vitalité démocratique est nécessaire et à ce sujet.

Il y a une chose qu'il faut remarquer du dernier conseil de l'Europe:

La chancelière Angela Merkel, « la reine des sommets », comme on l'a appelé, personnalité qui n'est pas étrangère à l'aboutissement d'un nouveau souffle pour l'Europe pendant sa présidence allemande. Deuxième événement désembourbé et débloqué par elle, lors du Conseil de l'Europe de décembre 2005.

Pragmatisme, intuition, calme, détermination, féminisme à la rescousse? Pour débloquer un tel imbroglio, un talent de médiatrice et de démineur était nécessaire pour le moins.

En février 2007, la « Kanzlerin » avait pu convaincre les 27 de réduire de 20% les émissions de gaz à effet de serre pour 2020.

Mon article « Femme, avenir de l'homme » avait fait sourire à l'époque. Les choses ont évolué par l'actualité brûlante et ont orienté le futur en accord sur certains points et pas sur d'autres. On ne gagne pas au tiercé tous les jours. La concurrence des autres acteurs n’a pas manqué de se présenter en libérateurs de l'Europe. Et pourtant. Peu importe.

L'article d'un autre rédacteur d'Agoravox, très complet sur cette personnalité, Présidence allemande: retour sur un bilan positif", est passé dernièrement.

Ce qui reste inquiétant pour l'Europe, c'est le Danemark et la Suède qui refusent toujours de rentrer sous le giron de l'Europe. La fiscalité de l'entreprise est devenue un point d'intransigeance de l'Irlande qui peut l'écarter aussi de l'Union pour regagner les sceptiques anglais.

L'opinion publique et l'Europe des citoyens sont les seuls qui puissent donner l'impulsion que les gouvernements trop peu représentatifs, ne peuvent plus assumer seuls. Le silence coupable du Parlement européen est, il faut bien le dire, responsable de ne pas chercher à sortir des ornières de l'immobilisme.

La colégislation et la codécision du Parlement européen ont certes gagné avec l'idée de traité. Mais, les avancées de l'Europe sont une nouvelles fois laminées, rabotées.

L'idéologie européenne n'a pas encore perdu son âme, mais elle a pris des allures de procession style « Echternach », trois pas en avant et deux en arrière.

Les citoyens, eux, ont encore, seuls, une part à jouer, restée ignorée par eux, jusqu'ici. Le clivage droite gauche n’est plus seul dans l'esprit des habitants dans une dichotomie guerrière et qui ne profite qu'à une élite. Projet médiateur intermédiaire qui ne peut arriver à destination que par de vrais partis paneuropéens, un bleu, un rouge et un vert, qui imposeraient un esprit plus fort et plus uniforme. Et si ce n'est pas encore à la bonne dimension, pourquoi pas des partis à l'échelle mondiale?

Décidemment, les Etats Unis d'Europe, qui ne copieraient pas nécessairement ceux d'Amérique par ces incompatibilités, ces virages trop peu conformes à l'ensemble des habitants de la terre, ne sont pas encore pour demain.

Alors, comme le monde ne s'est pas fait en une semaine, on attendra et on écrira sur internet ou ailleurs comme d'habitude. Internet reste « le » bon outil qui devrait sauver le monde comme j'ai osé le dire dans mon « A propos ». Sauver de l'égarement ressenti par la base sociale mais qui est aussi plus sociable que prévu en cherchant un peu.

Les pétitions, le référendum pour des décisions de sociétés peuvent inverser l'idéologie du libéralisme exacerbée si c'est de cela que la base plurielle se plaint. La privatisation n'est pas nécessairement la solution pour les véritables acteurs: les travailleurs consommateurs.

Cela remue doucement, oui. Les citoyens sont devenus plus responsables et moins passifs que par le passé. Bouger, c'est toujours plus dur.

Quand on est tous dans le même bain, il vaut mieux jeter un coup d'oeil sur le thermomètre pour obtenir une eau la plus tiède possible et garder le robinet sous la main pour les cas ou la baignoire déborderait ou qu'au contraire une évaporation viendrait à nous priver d'une eau bien rafraîchissante.

Alors, « pacte utile » ? Europe tirée d'affaire? 

Utile, la réponse est simple: oui, très utile, si les véritables acteurs consommateurs auront la volonté et prendront l'audace d'avoir leurs mots à dire. L'environnement et l'énergie à côté du social sont des points très proches du citoyen. Utile pour les acteurs du G8, eux-mêmes, nouveaux ou non, qui auront eu l'occasion de se gauger et de savoir jusqu'où aller trop proche ou trop loin. Utile, aussi, pour tous les autres qui pourront se rendre compte que si l'Europe vaut bien un "messe", elle ne se construit pas seule avec quelques représentants.

Europe, tirée d'affaire, certainement pas. Deux années perdues depuis le Traité constitutionnel mort-né, certes.

Le miracle n'a pas eu lieu à Heiligendamm. Si l'Europe ne prend pas une place véritable dans la société des nations, le G8 n'aura peut-être plus de raison d'être. Tant mieux, ce sera cela de gagner pour la diminution de pollution que cela fera gagner dans les déplacements. Les deux grands d'avant reprennent déjà les rênes en aparté, à la pèche. Pour faire comprendre qu'ils pourraient avoir changé, les US sont passés de pécheurs à prêcheurs contre le climat planétaire. Preuve que l'opinion publique n'est pas perdue de vue et qu'elle ne compte pas, en apparence du moins, pour des prunes.

Alors, "engageons-nous dans un véritable projet européen qui n'existe peut-être pas encore", pourrait-on conclure.

Pas tout a fait, comme on pourrait le penser en votant pour un parti, mais pour un programme qui irait dans la direction qui semble être le mieux. Si chacun ne peut occuper une place sur les rangs d'un parlement, cela ferait désordre, il n'en est pas moins vrai que la voix de chacun, écrite ou colportée, sculpte la voie de la sagesse commune nécessaire au véritable progrès.

"La fermer", c'est d'office se condamner en permanence soit à la case départ, soit dans l'ornière de l'habitude des "moutons de Panurge".

 

L'Enfoiré,

 

Citations:

 

  • « Les êtres humains ont souvent à coeur de se singulariser par de subtiles et déplaisantes variations, défectuosités, traits de caractère... - sans doute dans le but d'obliger leurs interlocuteurs à les traiter comme des individus à part entière. », Michel Houellebecq
  • « Traitez les gens comme s'ils étaient ce qu'ils devraient être, vous les aiderez à devenir ce qu'ils peuvent être. », Johann Wolfgang von Goethe
  • « Le mâle repoussé traite généralement de "salope" la femme qui, précisément, refuse de l'être. », Marcel Pagnol

Mises à jour:

  • 7-sept-2007: L'annonce par les frères Kaczynski au pouvoir à Varsovie d'élections législatives peut-être dès le 21 octobre est venue relancer l'incertitude polonaise. La Pologne a réitéré ses réserves à propos du système de double majorité pour les décisions au Conseil et sur le compromis dit de «Ioannina» (Source: Echo)

 

 

05/07/2007

Ecritures et images parallèles

Free a annoncé les premières télévisions libres. Nous y sommes. Après l'esprit démocratique révélé par des mots et l'écriture dans les blogs, nous voilà à la renaissance démocratique par l'intermédiaire des images et de la vidéo de particuliers. Rien oublié au passage?

 

Un article d'Agoravox 'TV perso de Free, la télévision vous regarde" m'avait fait réagir en sens divers. Les télévisions officielles souvent décriées par leur manque de consistance ou leur parti pris ont jusqu'ici été à la base de l'information. L'idée de Free est bien entendu de laisser parler par l'image les spectateurs habituels de l'autre côté de l'écran. Idée louable et qui va être appréciée par la plupart des jeunes qui en veulent et qui sont près à monter leur présence effective.

Le SVM de juillet en parlait avec le maximum de détails. Du côté technique, de l'archivage, tout est désormais possible. Les prix de l'accès et de réalisation de "show" privés sont à la hauteur des ambitions. Pas de problème.

Le côté fonctionnel est plus sujet à question.

9df1b987d07400e1407f91452ad64c50.jpgRevenons à ce qui s'est passé pour l'écriture des blogs. Tout était lancé en "free" mode, sans bourse déliée. La pub allait combler les trous et le manque à gagner.

Et ça à marché, plein tube. Un blog par seconde sort toujours de la toile publique.

Les invites de ses fournisseurs d'accès étaient claires: laisser apparaître toutes les idées, toutes les images qui avaient toujours été imaginées sans jamais oser le demander. Il n'y a qu'à s'inscrire. Les annonces provocatrices même ne pouvaient qu'attiser le feu interne de tout citoyen qui se respecte.

Alors, parlons sérieux. Les images de "bobonne à la plage" des débuts, ça intéressait qui? Et, la petite pensée, vite fait, bien fait en quelques mots qui plane dans un esprit ombrageux? Ce sera lu par les copains que l'on espère nombreux. Ils le feront d'ailleurs dès le début, ils laisseront même un commentaire bien banal, en somme: "excellent". Mais après?

La vie de tous les jours est ce qu'elle est. Préoccupante, agressive, et ne laisse que peu de temps à l'interlocuteur le mieux préparé à l'ouverture plurielle. Dans le meilleur des cas, on veut bien lire mais alors, en plus, exprimer un commentaire de contestation pour entamer une conversation virtuelle. Il ne faut pas rêver, ce n'est pas la tasse de thé.  Le soir, le journal officiel reprendra son job d'information traditionnelle même s'il est en perte de vitesse d'après certains echos.

Alors, chez le citoyen, on s'organise. On se centralise. On se réuni sur un site plus contrôlé, plus censuré, n'auront de cesse de conclure les frustrés de liberté sans limites.

Retour à la case départ du contrôle?

Le risque existe bel et bien. C'est sûr. Tout est une question de s'assurer d'un maximum de pluralisme de l'équipe en charge du contrôle. La modération n'est pas une censure. Je connais, ça passionne et ça prend aussi du temps, beaucoup de temps. Est-ce une manière de mettre l'"église au milieu du village"? Mais, faut-il une église dans le village? Non, certainement. Seulement, un aiguillage et un peu d'ordre qui se veuvent pluraliste, oui.

Les réactions et commentaires sont plus nombreux quand les articles sont concentrés. C'est un fait. Alors, on daigne lire un peu plus, quant à commenter, on se mouille un peu plus. C'est vrai.

L'esprit "journal" n'est pas mort. Qu'il soit sous forme de papier ou électronique style "internet". L'intérêt est évident pour les deux bords, rédacteurs ou lecteurs. Les articles se sont mûris et modérateur, il y a souvent des articles que j'aurais aimer avoir pu écrire moi-même.

Dans cet environnement, tout est-il pour le mieux dans le meilleur des mondes? Non.

Les bons commentaires sont mélangés à beaucoup de "fioritures en désynchro" et aucun système pour éliminer le trop plein ne pourra l'éviter malgré les essais drastiques. Quand c'est bon, je dirais même que certains commentaires dépassent en consistance certains articles eux-mêmes. Les journalistes se sont sentis attaqués dans leur profession avec cet afflu d'informations en parallèle. Ces nouveaux acteurs ont bien essayer de mettre une couche dure sous forme de renom en "cinquième pouvoir" pour confirmer leur présence, leur existence. La censure, insensiblement, peut exister aussi si l'on n'y prend garde surtout à des moments "stratégiques" comme nous en avons connus récemment. La transparence des processus est affaire d'objectivité. Dans ce domaine aussi, à l'extrème, un plus un ne fait pas nécessairement la somme arithmétique et perd de ce fait une partie d'impartialité. Catastrophe? Des hommes et pas de machines à bord.  Autant savoir. C'est tout. 

Il faut montrer les dents et afficher une détermination sans failles pour se faire respecter. pour cela, avoir son franc parlé, le faire ressentir et le défendre. Rien n'est plus vrai. Et cela doit le rester. mais, il y a un "mais".

Il ne faut pas être dupe. Rester humble. Pas de connaissances en journalisme. Pas d'études en se sens. pas de budget en support. Fermeture du premier rideau. 

Alors, où va nous mener les images en plus? Une image, une caricature pouvait déjà remplacer un texte de plusieurs pages. On bénit l'idée.

YouTube et d'autres, première étape. Passer la tête à la télé perso, deuxième. Chouette. 

Celui qui fait des photos pour un article sur le net, entendra certainement, un jour, la question "Est-ce que j'étais bien sur la photo?". Amusant, ce besoin de notoriété!

Tribunes libres, la télé avec caméscope après la radio avec micro. On va se mobiliser. Car, on se modernise même dans le libre.

Une question de média technique? Les budgets de réalisations ont fondus. Pas de problème, donc. Question de moyens fonctionnels? Avoir quelque chose à dire, à montrer qui intéressera tout le monde n'est pas une question de gratuité. Mais où seront les filets de protection, même si on oublie le direct dans l'aventure?

Quelques pépites, certainement, passeront mais après combien d'heures de vision perdues?

69015c28790a0855309a104960a0f587.jpgLes blogs avaient généré quelques excès tout à tour sanctionné en justice ou relaxés pour manque de consistance juridique.

Prendre des responsabilités à bon escient n'est pas si simple et nécessite également des connaissances qui dépassent ce "fameux citoyen lambda". Des spécialistes vont sortir du lots. Des semi-professionnels. Des professionnels cachés.

Nouveau laboratoire pour un futur en construction. L'audience, l'audimat pour la télé officielle, restera les champions de la qualité. Le chalenge est lancé.

On n’arrête pas le progrès. Les adaptations vont suivre chez les dits "anciens" et plus tard pour les "nouveaux". Usure de pouvoir? Un peu. Retour de flammes? Aussi. 

C'est dur de parler contre ses propres convictions. Je devais m'y attelé objectivement.

A vos marques ou à vos manques "Télé Libres".

 

L'enfoiré,

 

Sur Agoravox, des écritures imagées librement commmentées  

 


Citations:

 

  • "Il y a des gens qui parlent de tout et de rien. Une chose m'ennuie chez eux: ils parlent beaucoup de rien et peu de tout", Philippe Geluck
  • « La vie a beaucoup plus d'imagination que nous. », François Truffaut

  • « Ce n'est pas parce que c'est un succès qu'un film est bon et ce n'est pas parce qu'un film est bon que c'est un succès. », William Goldman

  • « Si je fais un film et qu'il marche aux Etats-Unis, je sais que je vais être plus riche, mais s'il marche en France et particulièrement à Paris, je sais que j'ai fait un bon film... », Hugh Grant

  • « Un film, c'est toujours une tentative, jamais une finalité. », François Ozon

 

30/06/2007

Petites natures pour Grande Nature

A notre progrès technologique, dont on est fier, ne manquait-il rien? Un aspect nous avait probablement échappé. L'homme, cet être surdoué peut, en fait, chercher dans les biens petites créatures de la nature des modèles dont il pourrait s'inspirer. Juste retour des choses. Alors, on y remédie. Trop souvent, on ne pensait qu'à l'expérimentation sur les animaux pour nous "servir" de ce qu'ils ont en eux. Erreur. Grosse erreur car ils ont beaucoup à donner comme cadeaux de l'évolution.

 

Très longtemps, l'esthétique n'a vraiment pas été la tarte à la crème des concepteurs, des inventeurs de nos besoins de tous les jours plus portés sur le côté pratique et utilitaire. Ce n'était pas la priorité. Voilà tout.

Assez récemment, des efforts dans le design sortent des planches à dessins de concepteurs de génie. Le côté pratique n'est plus seul dans le champ des investigations.

Aujourd'hui, les ingénieurs concepteurs doivent désormais s'entourer de biologistes, de designers, d'architectes d'intérieur, d'artistes pour échanger les idées et atteindre le plaisir total des utilisateurs clients.

Bien que toujours en référence avec le pratique, les connexions sans-fil Wifi, Bluetooth sont une première manifestation de cette volonté d'évolution dans cette voie.
Les rondeurs, les couleurs, la miniaturisation viennent aussi au secours. L'image de marque publicitaire n'est plus la seule motivation de ce changement. Les utilisateurs ont clairement exprimé leur désir de s'entourer d'objets ayant une valeur ajoutée dans le domaine de l'esthétique. Le cocooning n'est certainement pas étranger à ce changement d'attitude.

La fréquentation des musées d'art, le retour en grâce de l'"Art Nouveau" ne sont que des manifestations de ce désir d'esthétisme. Arrondir les angles, intégrer la manière de faire de la Nature, l'utilisation de matière plus noble apportant un toucher agréable pour agrémenter le maximum de sens.

Les flacons de parfum ne cessent de changer de look aux formes harmonieuses pour attirer le regard et le besoin de toucher qui s'associe à l'odeur qui va rendre la consommatrice encore plus attirante. Les nouveaux collectionneurs de ces objets apportent une concrétisation de ce besoin et du rêve.

2d47aae327f9ed6f1a1dba3ebc18959a.jpgMandelbrot avec l'invention des formules mathématiques qui sont à la base des fractales touche de plus près l'imitation de la nature par la répétition d'un même algorithme à l'infini reproduisant fidèlement les finesses d'une feuille par exemple.bc1589ab999fa05212b670f985de173e.jpg

Le biomimétisme fait partie de la recherche fondamentale et commence à sortir de l'image d'activité de luxe. Cette discipline tente de relier les choses entre elles avec la nature comme chef d'orchestre. Nos problèmes de société trouvent réponse aux pratiques avec la vie et à l'homme appréciant de plus en plus la beauté. Le lien entre la biologie et le mime se concrétise dans la simplicité naturelle, dont l'évidence jusqu'ici a été trop longtemps laissée en sommeil. Il est sans conteste que les années qui viennent vont faire exploser ce désir. La production d'électricité par la transformation de l'énergie solaire n'est pas seulement renouvelable.

Avez-vous déjà regardé de près les moules s'accrochant sur les rochers? Vous ne voyez pas? Pas de question à avoir au sujet de la résistance pour ne pas se faire emporté par la vague? La colle utilisée par la moule est de une matière que l'on pourrait copier dans sa manière de se fixer de manière efficace contre vents et marées. Le secteur de l'acier avec Arcelor et l'université de Liège sont très intéressés. Les revêtements à base de polymères pourraient en bénéficier pour accroître l'adhésion sur l'acier en respectant l'environnement. Les fonctions antibactériennes sont aussi recherchée dans l'agroalimentaire. La planche du boucher ou le bloc opératoire en seraient protégés en faisant intervenir chimie, biologie, physique dans une parfaite complémentarité.

La biomimétique, cette nouvelle science, qui veut copier la nature pour concevoir les matériaux de demain est bien présente. Les organisme de la nature évoluent depuis des millions d'années pour se construire les meilleures techniques pour survivre et parfaitement adaptées à l'environnement. La nature est manifestement un superbe ingénieur pour se structurer à chaque échelon avec un assemblage très précis, relativement simple, consommant un minimum d'énergie et sans effets polluants. Les universités se sont mises à étudier ces structures dans leur complexité avec ses principes actifs pour être appliqué dans ses concepts dans l'industrie pour le design et la fabrication de ces nouveaux matériaux. Des supers colles résistant à l'eau sont développées est utilisé dans la construction et le biomédical.

Plus troublant, il existe une plante qui peut aider à retrouver des mines antipersonnelles. Des biologistes danois ont en effet transformé et court-circuité deux gènes d'une plante (l'arabette des dames) pour lui faire détecter des traces d'explosifs enterrés. Plantée par hélicoptère, au bout de quelques semaines, la plante grandit et passera du rouge au vert en cas de détection d'une mine. Deux propriétés sont poussées pour cela: la perception du dioxyde d'azote trouvée dans les mines et la production de pigments (antocyanines) synthétisée par la plante pour avertir de la présence du dioxyde d'azote. Les métaux lourd, Nickel, Cadmium, Chrome, Plomb peuvent aussi être détectés et bientôt absorbés par la plante. Le génome complet de la plante est connu. Elle est rendue stérile pour éviter la propagation. En plus, elle pousse vite.

Dans le fond pas trop difficile à réaliser, les projets qui vont dans ce sens et les consommateurs seront certes prêts à accepter une très légère augmentation des prix. Augmentation qui s'atténuera avec la maturité du projet.

Plagier pour innover. Les connaissances en biologie ne feront qu'accentuer les ouvertures dans la science du biomimétisme. Les technologies du futur seront condamnées à se donner à fond dans ce domaine ou périr.

L'art du beau ne s'ouvre pas seulement que dans l'enceinte de son logis.

Aux côtés des artistes, les industriels, les architectes sont inspirés par la nature pour réaliser de plus en plus les machines de ce futur proche.

7cccdd9d853cd1d10897d4df67d35419.jpgLe TGV et surtout celui qui circule au Japon profilé sur le modèle du bec du martin-pêcheur. Ce dernier devait gagner en vitesse sans perdre outre mesure son silence et éliminer au mieux les vibrations. Le rapprochement avec la nature lui a donné la réponse à ce problème. Le martin-pêcheur, en plongeant de l'air dans l'eau pour attraper ses proies, devait pouvoir changer de résistance à l'environnement dans un temps très court sans trop éclabousser autour de lui pour rester le plus imperceptible possible. Un long profil du bec du martin-pêcheur pour le TGV allait faire gagner 10% de vitesse et diminuer la consommation de 15%.


Les algues résistent très bien aux courants mais s'arrachent facilement. Le secret? Elles s'enroulent en spirales pour offrir moins de résistance aux flux. L'adaptation pratique allait se retrouver dans les hélices de bateaux pour éliminer les turbulences consommatrices de beaucoup de fuel.


Des marques déposées n'ont pas manqué de sortir pour s'installer dans ce marché qui se veut copieur de la Nature: le lotus, cette fleur aux formes harmonieuses a été choisie comme emblème par l'une d'entre-elle. Des propriétés extraordinaires ont été découvertes dans cette fleur. Des milliers de piliers, dont elle est recouverte à sa surface, empêchent l'adhérence de saletés et impuretés. L'autonettoyant est en place bien avant notre découverte. Une peinture adhère au principe en y introduisant des nanoparticules de titane pour accélérer le séchage et laisser les surfaces peintes propres uniquement grâce à l'eau de pluie. De nombreuses applications du même type et dans le même but n'ont pas manqué de sortir de l'imagination des ingénieurs.

Toutes les idées du biomimétisme ne sont pas neuves. Les igloos sont tellement dans les mœurs des Esquimauds qu'on en oublie l'origine.

Les mannequins crash qui se disloquent pour sauver des vies humaines dans le secteur de l'aéronautique tout d'abord. Ensuite, les "crashs dummies" de plus en plus sophistiqués pour se rapprocher au mieux de son modèle humain. Beaux? Ce caractère esthétique malgré ce que l'on pouvait craindre, n'a pas été sous-estimé même s'il n'était pas nécessaire pour l'expérience et qu'il ne devait subsister seulement l'espace d'un choc. Ces robots hors pair, mais avec père concepteur, ont pris place à bord de voitures de test en hommes, femmes, enfants, bébés, obèse et bien d'autres statuts. Ces derniers sont passés pour modèles pour ces robots "casse gueule" de la modernité avec toute la technologie pour affiner le rapprochement. Essentiels pour le développement de l'automobile, ils s'"habituent'" à absorber les chocs pour parfaire l'existence des airbags, de repose-tête et de tout élément dans le cadre de l'amélioration de la sécurité. Quitte à influencer fondamentalement le développement de nouveaux modèles et le comportement des composants. Rien n'est assez beau pour permettre à son maître d'écouler une vie plus sûre.

Parvenir à construire des micro-robots capables d'effectuer des mouvements complexes est un défi de taille. Depuis quelques années, la recherche en robotique se tourne également vers le vivant pour trouver des réponses. Les drosophiles, ces petites mouches communément appelées "mouches du vinaigre", mesurant à peine quelques millimètres, agiles, rapides et précis ont un aérodynamisme exceptionnel qui pourrait donner des idées pour leur mode de fonctionnement. Leur force, le contrôle de leur vol sont photographiés en laboratoire à des 10000 images par seconde. Construire des micro-robots d'un millimètre de long et les utiliser dans le domaine médical pour le calcul de la concentration en oxygène de l'oeil. Il fallait y penser.

Le photovoltaïque réalise un rêve dans l'alliance de la performance et de la préservation de l'environnement. L'énergie du soleil convertie en électricité, elle-même source d'énergie propre. Pas moyen de trouver mieux avec un esprit et une volonté d'y apporter un caractère renouvelable à l'infini. La chereté de l'entreprise reste sa maladie principale, avec, en prime, son côté intermittent très dépendant de la météo. Malade, peut-être, mais, le procédé n'en finit pas de se soigner. Un facteur élevé à cinq fois plus cher que son concurrent direct et traditionnel. De plus, le panneau voltaïque consomme lui-même lors de sa fabrication. Un rendement global amélioré devrait poindre et atteindre la rentabilité avant 2030 pour se stabiliser au prix de 5 à 12 cent par kWh pour une production annuelle de 1000 kWh. Avoir un toit couvert brillant de tous ses feux face au soleil généreux, n'est-ce pas une solution belle et rentable en surplus? Les UV n'ont donc plus seulement un caractère utilitaire efficace pour assurer l'électricité des maisons. Un côté volontairement esthétique peut se retrouver sur les toits munis de ces cellules brillantes au soleil. Question de goût? Peut-être, mais, tout de même, affaire à suivre.

S'il existe un domaine d'activité dans lequel on ne penserait pas trouver une technologie copiée de la nature, c'est bien celle de l'armée. Et pourtant, la DGA (Délégation Générale pour l'Armement) en France veut s'en inspirer et se lance aussi dans la biotechnologie. Imaginer une libellule mécanique qui aurait un maximum de qualités retrouvées sur cet animal champion de mimétisme est le but pour contrôler un ennemi proche et rapporter les renseignements stratégiques. Le microdione reproduirait, en effet, la libellule. Musclée de 200.000 muscles, constitués de silicium inerte, avec un oeuil caméra miniature de 20 mg, retransmettre enfin les renseignements apportés par cette vision en ange gardien mécanique. Curieux, non?.

Dans tous ces cas-ci, copier c'est avancer. La nature n'a pas que des catastrophes à nous offrir les jours de fureur encore faut-il ouvrir le bon œil. Léonard de Vinci avait copié la nature pendant toute sa vie et le génie avait fait le reste.

Dans ce domaine de la nature et de ses représentations, je ne manque pas l'occasion de parler d'une l'émission culte de télé belge, la RTBF:

"Le jardin extraordinaire", lancée le 3 octobre 1965 sur l'antenne tous les week-end. Charles Trenet ne pouvait rêver mieux comme représentants.  Bientôt quarante deux ans de volonté de montrer que les animaux sont plus que des habitants qui vivent en parallèles sur notre terre. Emission présentée au féminin, par Arlette Vincent (1965-1991) et ensuite par Claudine Brasseur, assistée par l'expertise de Paul Galland, l'émission nous a appris que nous partageons avec les animaux ce jardin extraordinaire: le monde. Tout doucement mais sûrement, la nature est passée de l'extraordinaire à l'ordinaire dans l'esprit des téléspectateurs belge. En 1971, cette émission avait été tout naturellement la première à être diffusée en couleur sur le poste, comme on désignait la télé à l'époque. Bonne vacance à l'émission et retour en septembre comme d'habitude.

Alors, pour terminer, ne pourrait-on pas espérer une imitation du naturel par Dame Nature, elle-même, pour ce modèle qu'est l'Homme? Mais ça, c'est une autre histoire et il faudra en discuter avec le Créateur !

Ce n'est pas neuf, d'ailleurs. Les stoïciens avec Zénon n'en espéraient pas moins pour eux-mêmes.

La technique, c'était bien. L'homme aidé par la nature comprise dans sa finalité, c'est mieux. C'est, en plus, service libre et compris. Il n'y a qu'à observer. Tout est là.

 

L'enfoiré,

 

Sur Agoravox, des commentaires en plus.


Citations:

  • "L'art, c'est la façon humaine de disposer le sensible ou l'intelligible à des fins esthétiques.", James Joyce

  • "Tout art est une imitation de la nature.", Sénèque

  • "La peinture, ce n'est pas copier la nature mais c'est apprendre à travailler comme elle.", Pablo Picasso

  • "La nature dit toujours quelque chose.", Nicolas Hulot

  • "Dans la nature, tout a toujours une raison. Si tu comprends cette raison, tu n'as plus besoin de l'expérience", Léonard di Vinci

 

23/06/2007

Question de papiers ou d'humanité?

Dans un monde de déséquilibres notoires comment assumer ses différences sans donner de réponse? Le 20 juin, nous étions la "Journée Mondiale des réfugiés".

4ad2ad9be6baffaa8172e29087591156.jpgEn écoutant la radio, je me suis senti entre deux chaises en pensant aux personnes arrivant de l'étranger, réfugiés, dans l'illégalité des sans-papiers, que l'on parque dans un confinement assez "carcéral" (n'ayons pas peur des mots) et aux travailleurs locaux qui vivent également des moments difficiles parfois à cause de la prise de postes de travail par la clandestinité ou les tarifs hors concurrences de ces réfugiés. Le HCR dénombre 50 millions de réfugiés dans le monde en permanence. Ce chiffre est en constante augmentation en relation avec les pays dans lesquels la sécurité n'est plus assurée.


Nous ne sommes pas à une contradiction près. Donc, pourquoi ne pas l'analyser et chercher des réponses en dehors de tout esprit conflictuel. Les dilemmes s'amoncellent et notre monde tourne à des vitesses tellement différentes. Les intermédiaires qui profitent de situations anormales ont aussi pignon sur rue.

Les "boot people" risquent leur vie sur les vagues de leur évasion à la dérive vers l'inconnu. Une navigation ratée ne semble pas les avoir changé dans leur décision. Payer leur droit de passage de plus en plus cher pèse moins que la volonté de quitter leur pays. Les Canaries, l'île de Lampedusa et l'Espagne sont des eldorados. Un demi million de personne se trouvait en quête d'"évasion" en Mauritanie pour passer aux Canaries ou par l'île de Lampedusa puisque les portes marocaines de Ceuta et Mellilia étaient fermées.

La subsidiaire vise quelque chose d'extrêmement simple. Quand il y a une situation de violence généralisée, ce qui est le cas d'un certain nombre de pays dans le monde, en particulier en Afrique, les personnes devraient pouvoir obtenir un statut de séjour en collaboration avec les autres pays d'Europe avec l'idée de "protection subsidiaire". L'asile, c'est un droit et comme tout droit subjectif, doit être reconnu, consacré par une juridiction.

 

Frédérique Mawet, (FM) directrice du CIRE, pour "Coordination et Initiatives pour Réfugiés et Etrangers" en Belgique était l'invitée du journaliste Jean-Pierre Jacqmin (JPJA) le 24 février 2006. Ce n'est pas récent. Mais est-on très différent dans les conclusions dans notre terre dite d'asile?

Voici, des passages de l'interview intégrale riches d'enseignement et de réflexions:

JPJA - Alors venir ici ou rester chez eux? Est-ce que tout le débat politique ne se réduit à ce que dit la chanson "C'est déjà ça" d'Alain Souchon?

FM - Effectivement Alain Souchon nous parle de ces gens qui sont poussés sur les routes par les guerres, les violences, les régimes totalitaires, la faim, les désastres écologiques, mais aussi le besoin de monnayer sa force de travail simplement.

JPJA - Est-ce que la solution, c'est de régulariser les gens, ou plutôt de leur permettre de retourner chez eux et de finalement de développer les pays chez eux ?

FM - Il n'y a pas une solution, mais en tout cas, c'est là dessus que les ONG se battent, que les syndicats aussi sont prêts à se battre et que les sans-papiers réclament notamment. Il faut des procédures claires, des procédures dans lesquelles les gens s'y retrouvent, des procédures qui donnent des garanties juridiques. On n'est pas du tout de ce cas de figure actuellement.

JPJA - Il y a combien de personnes étrangères en attente de statut, qu’elles soient, je vais dire sans-papiers ou en voie de régularisation pour le moment en Belgique ? Est-ce qu'on a une idée du nombre de clandestins par exemple ?

FM - Du nombre du clandestins, on considère qu'on doit être à peu près au même nombre qu'avant l'opération de 1999-2000. Quelques 100.000 à 120.000. On estime par exemple qu'il y a actuellement 25.000 personnes qui sont en attente de réponse à leur recours au Conseil d'Etat. Il devrait y avoir des mesures prises pour elles dans la suite des réformes. Des mesures transitoires qui vont dire ce qui va se passer pour les anciens dossiers, une fois que les procédures auront été réformées. Pour les autres ce qu'on demande, ce n'est pas une régularisation en bloc, c'est un processus de régularisation qui soit mis dans la loi, qui soit clair avec des critères clairs, auxquels les gens puissent se référer. Il y a rien de pire que le flou. Je pense que les opérations "one shot" ne sont pas bonnes, elles sont des coûts ponctuels seulement parfois nécessaires. Je pense que l'opération 1999-2000 a permis quand même à une quarantaine de milliers de personnes qui attendaient dans la clandestinité, de trouver des solutions. Mais ce n'est pas comme ça qu'on doit procéder, je pense que ce n'est pas digne, il faut un processus permanent. L'affaire des Afghans à Sainte-Croix, c'est à dire des gens, qui attendaient depuis trois, quatre ans et même beaucoup plus, dans la procédure d'asile s'appelle de la "mal-administration". Une procédure de régularisation permanente ne veut pas du tout dire accepter tout le monde à tout moment. C'est dire clairement sur base de quels critères les gens vont être acceptés et sortir du flou. Nous pensons que l'appel d'air se fait aussi largement par le flou, par le fait que tout le monde peut essayer, tout le monde peut risquer sa chance, puisque aujourd'hui, il n'y a pas de critères. Déboutés, ils peuvent poser ce recours, mais il n'est pas suspensif, ils peuvent être encore accueillis, certains sont encore dans le processus d'accueil des demandeurs d'asile. Mais à tout moment, ils peuvent être expulsés. Comme d'ailleurs les grévistes de la faim qui sont à l'église, et disent « voilà, c'est maintenant, c'est important, et on va se mobiliser là dessus jusqu'au bout, jusqu'à aboutir à ce qu'on attend et à ce qu'on estime juste. »

JPJA - Mais dans le discours que vous tenez, c'est plutôt « on doit, régulariser tout le monde, tout ceux qui sont là.

FM – Non, je ne dis pas qu'il faut régulariser tout le monde malheureusement. Je pense qu'un jour, il faudra arriver à la libre circulation des gens. Il n'y a pas de raison que seuls les riches, les biens, les capitaux circulent. Il faut que les gens, un jour puissent aussi circuler. Pas mal de ces personnes sont effectivement arrivées par l'asile et avaient de bonnes raisons qui ne sont pas forcément prises en compte par la Belgique selon la convention de Genève. Il y a eu un petit 16.000 personnes qui ont demandé l'asile. Ils viennent de Russie, ils viennent du Congo, Congo RDC, ils viennent de Serbie Monténégro, d'Irak et de Slovaquie, pour les principales nationalités qui demandent l'asile. Il y a effectivement toutes les situations et qu'on rabat un peu vite sur la question des réfugiés économiques. Il y a effectivement des gens qui ont besoin de monnayer leur force de travail et qui viennent pour ça. Mais si vous regardez les conditions dans lesquelles ils vivent. Prenons un exemple au hasard, qui est quand même fort revenu et qui a défrayé la chronique en Belgique : l'Iran. Les Iraniens qui viennent et qui vivent dans un régime totalitaire qui sanctionne le moindre acte. Il y a 1001 problèmes d’oppression, de mauvaise prise en compte, de régimes qui ne sont pas démocratiques, de difficultés d'existence, de difficultés de vie que les gens rencontrent chez eux, qui les poussent à venir nous demander protection. Enfermer les mineurs, c'est incroyable. Mais enfermer des étrangers en gros 8.000 personnes par an dont des enfants, qui n'ont commis aucun autre délit que de ne pas avoir le bon papier..."

 

Le 16 mars 2006, 130 grévistes de la faim acceptaient après 24 jours de suspendre leur grève après 5 mois dans l'église Saint-Boniface. Suspendre car ils n'étaient pas rassurés de recevoir des papiers à durée illimitée. Je me suis senti un peu gêné et très perplexe. Comment réagir? Comment rester objectif? Défendre les gens qui se retrouvent concurrencés dans leur travail contre ou par des travailleurs qui recherchent à tout prix une place au "soleil" au figuré après avoir quitté le "soleil" au sens propre. Sans démagogie aucune, garder un discours cohérent face à ce dilemme du refus d’ouverture à la main d'oeuvre à bon marché et, dans le même temps, penser aux travailleurs qui se retrouvent au chômage souvent par la suite. La circulation des biens est une des règles du commerce. La circulation des personnes n'est certes pas qu'une prolongation logique de la même idée.

Nous avons eu Semira Adamou dans notre histoire qui après avoir vécu pendant un temps long dans des "centres fermés" a reçu son ticket de retour entourée de gendarme et qui en est morte. Morte, d'avoir trop espérer en notre pays, d'avoir cru à l'égalité des chances et s'en est étouffée par les coussins appliqués de force sur son visage pour la faire taire. Etre réfugié dans des camps ou dans des enclos fermés.

Les États membres de l'UE sont incapables de déterminer avec précision les flux migratoires d'après une étude (projet Thesim) pour harmoniser les statistiques relatives à cette migration. Tirer des conclusions dans ce cas est bien aléatoire. Un futur plus "radieux" se préparerait-il? La Belgique a fait des progrès dans ce procesus de longue haleine, admettait le professeur Michel Poulain chargé la CE.

cb29b39983e6453f223192c3dd85b89b.jpgLe 20 juin 2007, une réfugiée d'Irak et un réfugié du Congo étaient les invités de la même radio pour parler de leurs problèmes. Pour la première, quitter le pays était devenu vital. Le second rappelait, pour expliquer, que les prix de leurs marchandises et matières premières étaient fixées par les acheteurs du Nord et non pas par les vendeurs du Sud.

Pourquoi veulent-ils quitter leur patrie? Il suffit de s'y rendre pour comprendre et de relativiser nos petits problèmes locaux. Par manque de prise de conscience de la part des pays riches du nord, on va très probablement rester confronter à ce problème de pression migratoire pour longtemps encore.

L'importance du problème du Sud et des moyens qu'il fallait y consacrer, ont été sous-estimés au départ des politiques de développement. L'Australie et le Canada, grâce une plus grande facilité d'accueil eu égard à la grâce à l'étendue de leurs territoires, organise apparemment mieux l'immigration.

Nous avons besoin de migrants dans nos pays pour garder une ligne démographique suffisante au développement du Nord et par ricochet du Sud. Quelle limite à l'hospitalité est-elle acceptable pour ne pas tomber à plein dans les situations des sans-abris et des sans-papiers?

La démocratie est aussi en jeu. Elle se verrait avoir des politiciens arrivés au pouvoir qui refuserait en définitive toute politique de solidarité Nord-Sud. Des règles sont nécessaires et des limites cohérentes correspondant à un besoin réel des pays accueillants en terme d'emplois, pour ne pas faire des émigrés de nouveaux chômeurs.

Dans le même temps, les pays de l’Est de l’Europe ont une population aussi demanderesse. L’Est et le Sud ont et devront avoir des pays qui ont des dirigeants qui participent à l’effort.et contribuent au développement de leur population d’origine. Par les rémittences, les flux financiers des réfugiés qui versent une parties de leurs revenus vers leur pays d’origine. Dans le monde, 120 milliards d’euros par an repartent par le chemin inverse vers leur famille et accélère ainsi le développement propre du pays. Une réelle politique de coopération au développement par échange de « bons procédés financiers » dans des programmes structurés de développement pourrait être à la base.

Il y a les réfugiés pour cause économique, ceux qui fuient leur pays car ils y sont en danger, mais il faut compter aussi sur la fuite des cerveaux avec 25% à 50% des étudiants de ces pays en voie de développement qui sortent hors de leur pays pour faire leurs études et restent ensuite dans celui qui les accueilli pendant leur formation.

Quand on sait qu’il manque de personnel médical dans le Sud, cela creuse l’écart et ce n’est qu’en assurant un salaire décent et des conditions de travail convenables qu’ils retourneraient, de bonne grâce, d’où ils sont venu et contribueraient au bien-être des populations d’origine.

Même si cela est un peu tard, limiter le départ des gens par l’émigration en travaillant aux sources de l’émigration et du problème, lui-même, par l’augmentation des moyens plus vite, par la recherche de solution durable, on réduira les flux migratoire.

Une fois dans les "murs" du pays qui a "accueilli" le clandestin, le chemin de croix pour lui ne s'arrête pas là. Malgré une nouvelle rédaction "light" de la directive Bolkestein dans laquelle le principe du pays d'origine n'apparaît plus comme règle générale, il se trouvera très vite confronté au droit international privé et aux droits des consommateurs qui supplanteraient les effets de la directive amendée. Libéraliser les échanges reste la base de l'accord. Aucune autorisation préalable n'est requise à la circulation d'un travailleur détaché à l'étranger. Des études ont évalué la fraude sociale à 15% du PIB dans l'Union européenne avec la Belgique dans le peloton de tête avec un coût minimum de près de 2 milliards d'euros. Les législations en matière d'immigration sont à la traîne en Belgique, en Italie, en Finlance, et au Luxembourg. Les droits d'immigrer ne doivent pas automatiquement être assorti d'un accès à la sécurité sociale.  Chaque homme sur un même pied d'égalité, pas de favoritisme, pas de discrimation inadmissible. Les inégalités mènent aux abus.  

Un employeur "indélicat" qui n'a pas déclaré à l'ONSS les prestations de travailleurs reste une prérogative de contrôle de l'inspection sociale qui se soldera parfois par une simple amende administrative.

L'immigration sélective qui ferait entrer des gens ayant un métier en corrélation avec les besoins pour les réguler reste assez élitiste.

La France veut mener une politique d'immigration dite choisie qui revient en fait, à instaurer un tri sélectif en fonction des nécessités économiques du pays accueillant. Le gouvernement français veut attirer des étudiants et des actifs de haut niveau à qui il décernerait un titre de séjour baptisé « compétences et talents ». Les autres seraient plutôt des "immigrés jetables". Cette carte, dit le projet, serait réservée aux étrangers « susceptibles de participer de façon significative et durable au développement économique et au rayonnement, notamment intellectuel, culturel ou sportif, de la France ou de leur pays d'origine ». Outre son aspect « marché au esclave », ce projet constitue une véritable menace pour les pays en développement qui, pour des rasions évidentes, éprouvent déjà tellement de difficultés non seulement à former des cadres mais aussi à éviter leur exode. En fait, des projets de ce type organisent d'une manière cynique et destructrice l'hémorragie cérébrale du tiers monde.

En avril 2006, aux États-Unis, un compromis était proposé à la commission, compromis qui consistait en une régularisation de 7 millions de clandestins vivant plus de 5 ans sur le territoire, s'ils payaient une amende et parlaient l'anglais couramment. Dans le même temps, le gouvernement annonçait qu'il voulait stopper l'immigration nouvelle, imaginait un mur pour se séparer du Mexique. S'il est vrai que les États-Unis accueillent le plus d'immigrés dans le monde (1 million par an), il faut se rappeler que ce n'est pas gratuit. L'"American dream" en a besoin pour des raisons économiques et si certains immigrés s'en sortent bien, d'autres doivent se contenter de 5 dollars par heure dans un pays où le niveau de vie reste très cher.

L'immigration sera le défit majeur de ce début de siècle. Le drame humanitaire qu'il représente ne pourra que s'accentuer au cours des années qui viennent. L'Europe parle toujours d'une voix plurielle et reste à la traîne partagée entre la forteresse et l'ouverture des vannes sans exceptions. Un demi million de "sans papiers" comblera-t-il le trou dans la démographie dégraissante des "avec papiers"?

Une invasion planifiée correctement deviendrait une véritable intégration. Entre temps, on se consulte au sommet et on saute sur la vague de la sévérité ou de la solidarité dans la mer démontée de la mondialisation.

Les aides de la coopération, envoyées dans les pays en voie de développement sont malheureusement souvent dévoyées. La "Taxe pour s'envoyer en l'air" ne serait-elle aussi qu'une des représentantes de ces aides qui atterrissent à un mauvais endroit? 

Le magazine "La Recherche" se posait la question en octobre 2006 de ce que pensait la Science des races. On y découvrait avec étonnement qu'il existait déjà un médicament spécifiquement pour une population noire (Bidil) indiquée dans le traitement des insuffisances cardiaques. Problème d'éthique qui n'avait pas manquer de trouver de multiples critiques sur son chemin. Se soigner selon son origine en suivant d'éventuelles frontières du génome humain aurait été le répondant. Il y était pourtant tout à fait prouvé que des individus de différents continents étaient à peine moins semblables que ceux d'un même continent suivant l'étude de David Hinds. Y aurait-il un pluriel au mot "race"? L'appartenance à une race n'est qu'une question de principe identitaire de l'individu. Le code génétique serait plus vraisemblablement un code de conduite.

En début d'année , Paul Herman, journaliste à la RTBF écrivait dans le même sens:




"C'était sur Eco-Soir. Et l'on parlait des flux financiers engendrés par la présence de migrants sur le sol européen. Il était question, rien que pour le pourtour méditérranéen de 8 à 15 milliards d'euros par an. Et c'est pourquoi le vice-président de la BEI, Monsieur Philippe de Fontaine-Vive a déclaré ceci : « Je crois que les banquiers n'ont pas tous compris l'importance des travailleurs migrants en Europe. Ces migrants offrent de très belles opportunités de clientèles qui vont développer non seulement l'Europe mais leur pays d'origine ». En foi de quoi, les policiers allemands, ce n'est pas se démener pour renvoyer Michel qu'ils devraient faire, mais se battre pour le garder. La semaine dernière, Sophie, je vous parlais de ce rapport de la Banque Mondiale qui constatait que la fortune des 4 milliards de pauvres de cette planète se montait à 3.700 milliards d'euros et qu'il s'agissait là, disait-elle, d'un marché à ne plus négliger. Un marché à ne plus négliger, une très belle opportunité de clientèle, ce seront peut-être bien les banquiers, après tout, qui apporteront aux politiques les arguments sonnants et trébuchants qui leur feront revoir leur copie, maintenant qu'ils savent que les sans papiers ne sont pas nécessairement sans argent. C'est d'ailleurs ce que disait aussi l'ancien secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, dans un de ses derniers discours : que l'aide au développement de tous les pays de la planète réunis ne pouvait pas concurrencer l'argent que renvoyaient les migrants dans leur pays d'origine. Et les banques espagnoles faisaient quant elles remarquer que sans la présence des migrants, légaux ou non, la croissance du pays aurait diminué de trois points. Si l'on comprend bien, donc, un sans papier qui arrive sur notre territoire fabrique de la richesse non seulement pour son pays d'accueil mais aussi pour son pays d'origine. Si c'est le cas, et c'est le cas, il faut proposer les sans papiers du monde entier au Prix Nobel d'économie. Je vous assure que ça se tient. C'est dommage, mais avant-hier, nous avons perdu 100 personnes au large du Yémen, des clandestins jetés à la mer par leur passeur et noyés avant les plages. Parce que nous avons négligé ce marché, nous voilà avec cent clients potentiels en moins. Cent Somaliens qui n'auront jamais de prix Nobel. Et pas de nom sur leur tombe, non plus, d'ailleurs."

 

Terre, tu auras encore beaucoup de mal à absorber la multiplication de ces Hommes qui veulent vivre de mieux en mieux comme d'autres le font. La diversité et surtout la disparité sont de ce monde. Misère d'ici et énormément de misère d'ailleurs, nous ne sommes pas tous dans le même bateau, il faut bien le constater. L'histoire de l'immigration est tragique.

Ensuite, je me suis fait tout petit et je réfléchis car il s’agit du futur de la cohabitation des hommes sur notre planète.

L'émigration: problème archi connu. Pourtant toujours actuel et qu'il faut remettre à jour à chaque anniversaire de ce monde qui n'est décidemment pas le meilleur des mondes.

 

"Nous sommes tous des réfugiés", chantait Julien Clerc en collaboration avec le HCR.

 

L'enfoiré,

 

Sur Agoravox, des commentaires de l'émigration? 

 

Citations:

 

  • "Je n'existe plus, puisque je n'ai plus de papiers", Mikhaïl Boulgakov

  • "Pour savoir la pensée de nos ennemis, nous ouvririons leurs coeurs ; ouvrir leurs papiers est plus légitime", William Shakespeare

  • "Ou on a des papiers en règle et on s'embête - ou on choisi l'amour et on a des embêtements...", Jean Anouilh

  • "La plus grande et la plus émouvante histoire serait l'histoire des hommes sans histoire, des hommes sans papiers, mais elle est impossible à écrire.", Jean Guéhenno

 

16/06/2007

La technicité n'est plus seule

De l’importance de la psychologie dans le travail d’embauche et de son prolongement chez les embauchés. Les résultats se feront aussi sentir par un management d'exception.

Le jour où vous avez à vous "vendre" par l'intermédiaire d'un Curriculum Vitae, il faudrait se rappeler que certaines choses commencent à changer.

Il y a quelques décades, avec le beau diplôme en poche, se présenter sur le marché de l’emploi n’était presque qu’une formalité. Ce n'est plus vrai. Cette fois, bien rodé par des cours bien techniques et bien bardé de connaissances des plus pointues, la recherche du bon emploi n’est plus du tout un long fleuve tranquille. Des connaissances techniques de plus en plus pointues nécessitant parfois une expérience de plusieurs années se sont ajoutées en première instance, mais, même cela, ne semble plus suffire.


Si la connaissance des langues est venue s’aligner aux lots des «plus», une nouvelle corde à notre arc est devenue nécessaire: la nécessité de vivre en harmonie avec l'entourage, les collègues immédiats ou éloignés et les clients qui vont entrer dans les relations humaines quotidiennes. Le "team spirit" est devenu un "must", pour parler anglo-saxon. La complexité s'est accrue. Et, on va plus vite ensemble que tout seul. Bravo pour la découverte! Comme l’esprit d’équipe a pris le dessus pour toutes recherches, toutes les affaires qui se traitent dans l’entreprise, nécessite une sérieuse dose de psychologie apprise et appliquée. Il pourrait devenir un article important dans le CV. Les caractériels n’ont plus vraiment la cote dans les services des Ressources Humaines.

Et, de cela, on ne parle absolument pas pendant l'enseignement dans les écoles. Le programme et rien que le programme est la règle.

La chance peut venir par l'éducation, mais cela demande du temps que les parents, pris eux-mêmes par le flux des obligations, n'ont plus nécessairement à accorder à leur enfants.

De ce fait, ni l'école ni la relation "parent-enfant" n'ont généralement fait des miracles dans l'apprentissage bien compris de l'implication de la nécessité de vivre en société avec la compréhension du rôle à y jouer. Alors, chacun y va avec manière d'être personnelle en risquant de faire capoter une équipe déjà en place et qui par bonheur marchait bien.

L'habileté à comprendre un problème par le côté humain, l'esprit et la facilité à pouvoir s'intégrer dans une équipe, et non plus par la seule porte de la technique, sont devenues très appréciées par les embaucheurs d’aujourd’hui. La psychologie, cours principal pour l’un, en option pour d’autres ou parfaitement ignoré pour la majorité n’est plus le cours à délaisser d’entrée de jeu. Cette affinité aux relations publiques est trop importante pour ne pas y prêter une attention particulière. Si l’embauche se conclut, la période d’essai ne sera pas seulement utilisée pour vérifier les connaissances techniques apprises mais, aussi, si ce fameux «team spirit» est au rendez-vous. La politique prend une importance de plus en plus radicale. La partie technique seule est de plus en plus réservée à l’outsourcing bien moins cher (du moins, jusqu'à nouvel ordre).

Je parle contre ma "chapelle" en fonction de mes antécédents, j'en suis conscient. Je dirais même que la fonctionnalité est bien plus importante que la manière de lui répondre. Le "pourquoi" est plus opportun que le "comment". Le lien social à l'ère du virtuel a trop souvent été mis à l'écart et s'est retrouvé trop fragile. Assez récemment, l'écriture de blogs est parfois pris en considération pour cerner la pensée dans la tête du HR en mal d'idées mais, les idées virtuelles ne remplaceront jamais le "physique en dur" plus aléatoire et plus vrai dans la confrontation.

Pour résumer, il faut savoir vendre ses idées avec l'efficacité de son "charisme" plus que par ses connaissances techniques.

Puisque charité commence par soi-même, je pense aux métiers de hautes technicité comme l'informatique. Il y a eu ce très bon article, très récemment, sur Agoravox "Les professionnels de l'information ont-ils un avenir?".

S’adapter à une situation, en trouver les raisons intimes précises s’apprend souvent sur le tas par l’expérience, mais aussi après de nombreuses bévues qui se sont soldées par des échecs commerciaux retentissants souvent gardés sous le manteau pour leur côté ridicule. N'est pas "vendeur" qui veut. Oui, c'est vrai. Mais, hors école, car là, on apprend la technique, l'éducation peut apporter une direction sur la manière de vivre en société.

606dbdc5b3f7de61399dd05c9db9cbaa.jpgLa société qui marche et qui fait de bon résultats, est celle qui a compris, du haut de la hiérarchie jusqu'au bas de celle-ci, le bien fondé d'une pratique qui implique des rapports de partage des tâches, des idées et des informations dans le respect de chacun. Les avoir, ses fameuses idées, c'est bien. Les faire partager avec le sourire et la persuasion construite en commun, c'est mieux.

Arrivé à un poste à responsabilité, plus tard, ne permet pas d'oublier ce principe de sagesse. Déléguer, alors, ce ne sera pas s'absoudre d'une tâche ni fourguer un dossier comme une patate chaude à un subalterne. Ce sera en partager la substance pour lui donner le maximum d'efficacité car c'est un collaborateur de facto. Communiquer et communiquer encore. Les secrets sont pour la concurrence.

Le commandement hiérarchique vertical est nécessaire pour imprimer une doctrine de fonctionnement, pour suivre les fondements de la société en dernière extrémité et comme garde-fou aux litiges. Les rapports horizontaux ou transversaux seront plus utiles dans le fonctionnement normal quotidien. Chacun, "vendeur" de sa propre solution, doit rester prêt à partager une idée contraire. Une fois, «manager», la conduite d’une équipe de travail en y apportant cohésion et l’apport nécessaire pour consolider les envies et les tendances en toute objectivité et en concordance avec les buts de la société qui emploie tout ce beau monde est devenue une obligation pour une bonne gestion. Il faudra le garder en mémoire tout au long de son existence active (et même après). Les contrats ne se font plus uniquement à coup de «têtes bien faites et bien pleines», mais aussi à «tête bien pensante psychologiquement».

Prendre des initiatives acceptées de haut en bas et en reflet de bas en haut, motive les acteurs du grand show trop souvent greffés sur des considérations matérialistes. Le respect mutuel est venu contrecarrer les plans bien établis des jeunes loups indépendants.

Un travail d'équipe est à ce prix. Beaucoup de sociétés se sont redressées grâce à la parfaite complicité entre les membres de l'équipe et la parfaite compréhension de ce principe en plaçant un homme clé à la bonne place. Le contraire existe plus souvent qu'à son tour à cause d'erreurs de jugements sur la personne.

Une vue à 360° est la panacée souvent oubliée. Une technicité trop particulière manquera d'ouverture. Le mondialisme mode Heidegger, souvent décrié, l'est surtout parce qu'il prend le PPCD et non le PGCM. Les techniciens me comprendront certainement.

Il n'y pas si longtemps, un autre article d'Agoravox faisait réfléchir ou rire jaune, le kaizen repris dans cet article "Le Système Toyota pour les Nuls". Si ce système est mis en place sans tergiversation, il ira de pair avec des succès mieux construits.

Alors, avant d’envoyer ce fameux CV, à côté de la photo, souriante comme il se doit, n’oubliez pas d’y ajouter quelques preuves de vos bons sentiments vis-à-vis des autres, de ce bon contact qui vous caractérise. Vous faites partie d'associations solidaires, vous pratiquez un sport d'équipe: faites en mention en bonne place sur ce beau document qui sera votre image.

Cela pourra toujours servir. Soyez en sûr.

Le journal l'"Echo" sortait en février 2007 un article intitulé "Sortir de sa bulle technique" en faisant référence aux techniciens ICT. L'expertise technique est une exigence et la valoriser au service d'un contenu l'est autant ... si pas d'avantage. Pour Valérie Janssens directrice de D.R.H. de Skynet, fournisseur d'accès à internet a ressentit une mutation stratégique si pas une révolution quand, d'une manière imagée après la fourniture de la "bouteille", il a fallut fournir le contenu, le "vin", lui même. Une compétence orientée vers le marketing et la communication s'est manifesté et a dû être ajoutée. Jusque là, ignorant de ce que fait le collègue, sortir de sa bulle pour travailler en équipe et pas seulement au niveau restreint du département lui-même a été la solution.

Un article sur le Management suivait une l'enquête « Right Management » réalisée en fin d'année 2006 annonçait que le plus haut indice de confiance depuis 4 ans vis-à-vis de la sécurité avait été atteint en Belgique. "Seul un travailleur sur cinq craint de perdre son job". Dans le même temps, 65% d'entre eux estime qu'il serait difficile d'en trouver un autre. Encourageant? L'outplacement a encore de beaux jours devant lui, heureusemet pour les uns, malheureusement pour les autres.

c4994f00f1e411354fd4b33546c6a349.jpgAvant nos élections, l'hebdomadaire "Le Vif-Express" essayait,  avec de multiples exemples belges parmi les politiciens, de savoir ce qui les maintenait dans l'envie de se tenir au pouvoir. Les compétences ne sont pas de la plus cruelle nécessité. C'est parfaitement clair lors de l'attribution et le roulement des postes qui ne correspondent pas toujours plus qu'une certaine "affinité intellectuelle".

"Qu'est-ce qui fait un bon candidat politique", était la question annexe.

 

Les réponses données étaient "Être...":

  • combatif

  • ambitieux

  • dominateur

  • méfiant

  • sympathique

Une certaine tendance à la mégalomanie était le revers de la médaille. Le rire et l'ambition de travailler en équipe ne pouvaient en être exclu.

J'ajouterais certainement le charisme, le besoin de rêve à 90% associé à 10% de cauchemar, pour revenir les deux pieds sur terre.

Est-ce différent à d'autres échelles? Pourquoi pas, fixer des projets dans une éducation permanente? Apprendre sans parler de technique, mais à parler au téléphone et en public, de gérer les caractères difficiles, de rire, de négocier en se mettant à la place de l'interlocuteur, de placer un bon mot dans une conversation même avec un langage un peu "exotique" pour soi. Vivre ensemble avec ses spécificités.

Pour terminer, essayons d'entrevoir le monde du manager idéal. D'emblée, je dirais que tout le monde n'est pas apte à s'installer et à grimper les marches de la hiérarchie. Beaucoup de compromissions, de jeux politiques sont souvent du parcours. Les beaux principes de bases édictés dans le calme de la réflexion perdent vite leur poids dans l'urgence et la panique. Je le rappelais en 2005 dans l'article « Plus de rameurs SVP ».

Quels seraient les "Best employers"? En Belgique, FedEx a été distingué comme

  • "Great place to work". "People, Service, Profit" sont les principes qui y sont promulgués.

  • "Open Day policy" qui accorde une communication entre le haut et le bas de la hiérarchie avec vue à l'horizontal. Les idées ne sont pas seulement dans les têtes pensantes du sommet. Responsabiliser motive la base sans aucune contestation.

  • "Priorité à la promotion interne". 90% du management viendrait de la base. Compétence avant diplômes.

  • "Équilibre" psychique et morale pour aboutir dans le travail en évitant les heures supplémentaires.

Malgré les cours de management qui démontrent des attitudes à adopter théoriquement, cela ne s'apprend pas dans sa forme pure et dure. Très souvent, une échelle vers le haut se présente et le candidat à l'escalade va se lancer dans l'aventure ou comble de raffinement va se faire pousser sur la nième marche. Mais le risque est grand. L'échelon n'est peut-être qu'un miroir aux alouettes, un vol d'Icare qui pourrait se terminer en chute libre. Rêver n'est pas réaliser.

Très charismatique, ayant peut-être pour origine une "erreur" d'un des gènes à sa conception, il existe, malgré les apparences, en très petit nombre dans nos entreprises. Psychologie très spéciale, il se retrouve très fréquemment en dehors des groupes formés par les tests habituels.

Leader dans l'âme, le "manager parfait" l'est comme son homologue, le "gaz parfait". Il s'insinue par sa seule présence sans faire de vague dans tout l'espace qui lui est octroyé. Il ne reste pas dans sa tour d'ivoire et va s'informer de ce qui va ou ne va pas. Attention, ce n'est pas la « Mouche du coche ». Il ne reste pas sans voix ni sans action. Il a des privilèges qu'il distribue au compte goutte ou non dépendant du cas par cas.

Dans le monde animal, on penserait à lui comme à une raie Manta qui planerait entre deux eaux calmement entourée par beaucoup de rémoras.

Si c'était un liquide, je dirais qu'il s'agit d'un Chablis Grand Cru, gouleyant à souhait.

Véritable Indiana Jones, il parvient à éliminer les obstacles par lui-même et dans l'esprit de son équipe. Démineur, il fait oublier ou remet les pendules à l'heure des problèmes et contrariétés dans l'enthousiasme partagé. Les partenaires de la vie se pressent naturellement à ses côtés. C'est à se demander si sa "moitié" a dû signer le contrat de mariage avec la clause spéciale du refus de l'existence même du mot «jalousie». Il est l'entrepreneur moteur efficace qui agit parfois d'une manière insensible par son entourage. Ethiquement sans reproche, il se force à présenter une situation sans camoufler une vérité qui pourrait lui porter préjudice par après, mais, surtout, se retourner contre sa suite. Il est capable de redresser la barre d'entreprises en détresse. La confiance règne en maître sous son emprise. Il l'a comprit et assimilé. Il est le véritable ciment d'une équipe qu'il reconnaît par le travail accompli dans l'ombre en conciliant et partageant ses idées avec les autres. Il est polyglotte parfait pour assurer le passage de son message. Celui-ci, il est prêt à le transmettre via une foule de technique dont il récolte en définitive le succès par l'originalité. Cela va de la bonne histoire, qui fera rire tout son auditoire, à l'histoire vraie qui par son analogie fera exemple comparatif. Il prend en considération les suggestions de la boîte prévue à cet effet sans filtre intermédiaire. Il ne s'attribue les mérites du succès qu'avec partage et pas en paternité. Il compte les points dans un équilibre entre sympathie, détente et détermination. C'est tout.

Ces principes demandent beaucoup de temps de sa part. C'est sûr. On ne dort pas tous les jours une fois au sommet. Les rétributions seront à la hauteur de la contribution. Pourquoi pas, d'ailleurs. Un oiseau rare doit toujours chercher une relation « win-win ».

Le Dr Peter Drucker écrivait le texte suivant au sujet de l'intégrité de la direction (c'était en anlais, désolé...) :

"The proof of the sincerity and seriousness of management is uncompromising emphasis on integrity of character. This, above all, has to be symbolized in management's "people" decisions. For it is character through which leadership is exercised; it is character that sets the example and is imitated. Character is not something one can fool people about. The people with whom a person works, and especially subordinates, know in a few weeks whether he or she has integrity or not. They may forgive a person for a great deal: incompetence, ignorance, insecurity, or bad manners. But they will not forgive a lack of integrity in that person. Nor will they forgive higher management for choosing him or her. This is particularly true of the people at the head of an enterprise. For the spirit of an organization is created from the top. If an organization is great in spirit, it is because the spirit of its top people is great. If it decays, it does so because the top rots; as the proverb has it, "Trees die from the top." No one should ever be appointed to a senior position unless top management is willing to have his or her character serve as the model for subordinates.

Action Point: Evaluate the character of the CEO and top management when considering a job offer. Align yourself with people who have integrity."

Personne ne pourrait, en fait, aussi bien faire refléter la mise en application du bon vieux principe de "La main de fer dans un gant de velours" ou, en anglais, plus simplement "The right man at the right place".

Mise à jour du 11 juillet 2008: Le journal Echo titrait "Violence au boulot: le patron a sa part de responsabilités". En dehors du phénomène de harcèlement et de brimade sur le lieu de travail, la violence dans l'entreprise attire de plus en plus l'attention. Elle est évaluée à 8,3% chez les salariés belges, 6,9% en France, 4,5% en Allemagne. Agression verbale, matérielle, morale, sexuelle, menaces... Une loi de 2002, revue en 2007, protège le salarié pour traiter la charge psychosociale due au travail. Elaborer une prévention est même obligée par l'analyse des risques potentiels. Les conséquences de tout harcèlement, souvent sous-estimées, peut engendrer un syndrome de stress post-traumatique. Insomnie, méfiance et anxiété sont contre productives pour tout travail en équipe.  Donc, "keep smiling only for reputation".   

 

 

L'enfoiré,

 

Et sur Agoravox, qu'en dit-on de cette technicité en mal de solitude? 

La DPO, vous connaissez?

 

Citations:

 

  • "La psychologie c'est l'art de faire croire aux autres que nous les comprenons.", Benoît Gagnon

  • "Les parents ont une si pauvre psychologie de l'amour qu'on aurait le droit de croire qu'ils ont tous fait des mariages de raison.", Claire Martin

  • "Le management est un art populaire. Son expertise est inversement proportionnel à la longueur des études.", François Proust

  • "En grande partie, ce que nous appelons "management" consiste à compliquer le travail des gens.", Louis Armstrong

  • "Une direction efficace redonne les priorités. Un management efficace est l'autorité les concrétisant", Stephen Covey

 

 

13/06/2007

Compromis ou qu’on a promis « première »

Après les élections françaises présidentielles et les législatives en Belgique du 10 juin. Le compromis y est, de ce côté, une manière de gouverner en passant par la proportionnelle. Bien dur de dessiner la barque du gouvernement avec des convictions différentes. L'orange bleu en est le résultat. Un informateur bleu est nommé. Le formateur du gouvernement sera désigné bien plus tard.

20addfd30e294dea9efbad2a184b548c.jpgLe "compromis à la belge" est devenu la référence dont l'utilisation se retrouve à la suite de décisions à prendre et qui terminent avec un sourire 'coincé' peut-être mais qui devra éviter l'orage final de la rupture.

La Belgique, a connu, depuis belle lurette, les "affres de la compromission" sous la coupole du "compromis" contraint forcée. Des bipartites, des tripartites de chaque côté de la frontière linguistique se sont succédées avec des fortunes diverses et la vie a parfaitement continué sans catastrophe.

Médiatisées, les couleurs des partis politiques ont, en effet, agrémenté les décors successifs: la coalition violette, coalition en olivier en marguerite, coalition arc-en-ciel....

Comment cela est-il possible? La démocratie ne serait-elle plus ce qu'elle était avec des convictions sans partage? La gauche et la droite pourraient-elles manger du même pain? Peut-on encore penser qu'une politique puisse croiser le fer sans regarder à l'extérieur?

9d1c5e795ee1c42f78ee4d5ef3107048.jpgL'élection française rend statistiquement 50% de satisfaits et 50% de mécontents dans une dichotomie sans partage. Il est vrai qu'il y a eu des vases communiquants lors des dernières élections présidentielles françaises. Mais, il s'agit pour le transfuge de garder un profil bas dans le gouvernement mono-parental. Dans les années 80, on s'étonnait de pouvoir ou plutôt de devoir assumer une coalition gouvernementale contre nature dans la bipolarité gauche-droite entre président et ministres. Actuellement cette cohabitation n'existe plus. Le parti UDF placé au "milieu" a étonné par son rebond dépassant de loin les partis conventionnels des oppositions de l'extrême. La lassitude de la bipolarité avait fait rebondir ce parti, un peu endormi, il faut bien le dire. Il n'a pas réussi son pari au niveau présidentiel. Les législatives ont confirmé les présidentielles pour se conformer au noyau du président, prouvent que le multipartisme n'est pas encore sorti des urnes bleu-blanc-rouge.

Les compromis font partie du paysage politique belge. Les politiciens de tout poil doivent encore une fois se limer les ongles pour survivre dans le tumulte de discussions dont personne ne sort vainqueur sans partage ni sans perdre quelques « plumes ».

Un mouvement médiateur n'a fait que s'amplifier dans les pays démocratiques. La situation mondiale difficile que nous vivons a vu des virages prononcés de gauche et de droite en ballottage de contentement en mécontentement, tout en restant malgré tout dans des limites de plus en plus centristes. Pas nécessairement qualitatif mais plutôt quantitatif. Le centre, opportuniste, permet de se tourner vers des solutions de gauche ou de droite en fonction des obligations. Contenter les acteurs de l'un et de l'autre bord dans un consensus de partage et combler une majorité trop étroite, le centrisme se justifie en se voulant le représentant du renouveau démocratique.

L'homme de la rue se cherche. Il se rend bien compte que revendiquer plus d'acquis sociaux n'est plus possible dans un contexte international trop envahissant. Le rouleau compresseur extérieur est bien là. L'ignorer serait préjudiciable pour un avenir très rapproché. Dans le même temps, il n'est pas prêt à laisser s'échapper ses acquis actuels. Donc, retour parfois à plus d'attentisme central pour reprendre le flambeau plus militant le moment opportun. C'est moins glorieux, peut-être, mais plus raisonné qu'il n'y parait. Ce « milieu » se retrouve soit dans les statuts soit dans la coalition. Dans le cas de coalition, certains prônent, même, pour des décisions d'un pays fixées par une majorité des deux tiers large.

Dur, dur d'être ministre en Belgique. Il vaut mieux être petit dormeur. Je n'ai jamais vu ailleurs autant de nuits qui suivent les jours pour trouver les accords à l'arraché. Réformer, peut-être, mais avec l'appui de la stabilité du raisonnement partagé n'est pas des plus aisés.

En accords avec tous les partis belges dits 'démocratiques', un 'cordon sanitaire' avait été pactisé pour écarter les partis extrémistes et marquer sa différence de conception. Quand la majorité est sensiblement trop faible ou risque de disparaître de la scène politique, la tentation a toujours été forte pour faire couper cette protection mais cela tient, jusqu'à nouvel ordre. La démocratie est un luxe et personne ne veut perdre ce lien avec la richesse du rêve.

Depuis plusieurs législatures, les gouvernements successifs ont passé l'épreuve du feu et de l'équilibre de la corde raide dans les budgets mixés avec la confrontation syndicats patrons. Cela a fait grincer les dents de l'opposition sur des points qui malgré l'anormalité flagrante ne devaient pas plaire au royaume du Capital. Ce sera "bravo" pour les uns et "aurait pu mieux faire" pour les autres. Aux partis de choisir la version en fonction de sa position du moment.

378d465fc17d75e18cb809a2e602ad3f.jpgLe Belge est complexe. Oui. Ce n'est pas une erreur et on ne comprend pas vu de l'extérieur. Un ensemble de points sont à la base de cette incompréhension. Le bilinguisme, la double culture forcée sont les points de départ. Le pouvoir politique et économique se voit toujours comme la meilleure couverture de la prospérité. Cela ajoute le piment aux discussions du haut et les sourires intéressés du bas. Manque de cohérence ou opportunisme? "Le communautaire ne fait plus vraiment recette", entend-on récemment. Et, oui, les électeurs ont souvent une vérité propre, très personnelle et plus tournée vers les difficultés pour simplement "vivre". Mais, on n'est pas toujours bien vu d'avoir une autre vérité avant les autres. Bruxelles est souvent un laboratoire de la vie ensemble et j'en parlais avec un style "pavé dans la mare" dans "Europe irisée".

Pour corser dans l'originalité, le citoyen bruxellois de Berchem Saint Agathe, voulait faire entendre sa voix avant de la donner le 10 juin et affiche ses prétentions pour un futur meilleur au côté des panneaux officiels des partis. Les "Votez pour moi", "Trop de têtes, pas assez d'idées" prennent une place non négligeable. C'était nouveau et ce n'était pas à sous-estimer pour autant. Nous avons chez nous la règle de la proportionnelle contrairement à la dichotomie du vote à la française. Quel est le vote le plus démocratique et qui prend en compte le plus de citoyens? La réponse est mitigée.

La proportionnelle permet de chercher le point d'équilibre qui permet de gouverner avec le plus de vision démocratique. S'associer en partage n'est pas perdre ses convictions. Pour l'électeur belge, le panachage des votes ne peut encore se faire que dans une seule liste comme si les convictions de bonnes gestions ne s'inventent que dans un seul parti.

Le vote à la proportionnelle a, pourtant, des travers possibles. Le citoyen a l'impression d'un immobilisme. Son vote est dilué proportionnellement par les apparentements. Ce principe permet les alliances et de rejeter dans l'opposition un parti devenu trop gênant quoique gagnant en nombre de voix. Le plus petit commun dénominateur est la règle du partage. Les entourloupettes font partie du paysage politique avec une grande surprise pour l'électeur et il vaut mieux un ordinateur qu'un boulier compteur pour attribuer les postes ministériels. Mais, il faudra s'entendre coûte que coûte. Alors on s'arrange et on maquille quitte à sortir de la volonté des urnes. Le statu quo est le danger pour une démocratie qui se voudrait progressiste. Le lyrisme est aux oubliettes pour les électeurs et il est clair qu'un tel vote doit être obligatoire pour continuer à être représentatif. Les seuls vrais bénéficiaires sont ceux qui auront trouvé les bonnes clés de répartition.

Le pluralisme d'idéologies mène, il est vrai, à des situations dans lesquelles c'est le parfait dilemme du verre à moitié vide ou à moitié plein.

Est-ce dire qu'une idéologie aura-t-elle encore les moyens de s'imposer pleinement sans un régime plus "dictatorial"? Certainement, mais en plus de temps. Un parti unique au pouvoir permet d'aller plus vite vers la solution que l'on veut voir implanter. Une multipartite, par contre, donnera une chance à la politique en place d'être plus durable, mieux étudiée, mieux balancée en fonction des désirs réels de la population. Une meilleure réussite pourrait-elle être l'apanage de cette unicité? La dictature est en définitive la seule qui atteint "faussement" cet objectif avec des résultats électoraux proches des 100%. Mais, n'est-ce pas une chance de ne pas choisir cette voie? L'homme s'aperçoit tout à coup qu'il n'est plus seul et qu'il va devoir vivre ensemble pour 'survivre'. Les marges de manoeuvres sont devenues beaucoup plus étroites mais plus profitables pour le citoyen.

A cause de cette situation inattendue, ambiguë diraient certains, le chemin de la politique, il faudra accepter à l'avenir qu'il adopte la voie du compromis ou plus péjoratif de la "compromission" malgré les promesses "extrémistes" lancées pour attirer les derniers fans.

Le contre-pouvoir, qui peut être une opposition constructive, reste nécessaire pourtant dans toute vraie démocratie. La protection des minorités en dépend exclusivement. La majorité par le fait qu'elle est devenue plus difficile à acquérir prouve qu'elle doit rester disputée avec l'appui d'une population de plus en plus bigarrée. Les alliances sont rentrées dans les moeurs mais il y en a certaines mieux supportées que d'autres.

Le discours politique se dissocie souvent de la réalité économique ou de la morale la plus générique. Le porte parole doit souvent en avoir gros sur le coeur en prononçant les mots édulcorés alors qu'une dureté de voix serait plus approprié à la situation du moment.

Le livre de Pierre-Yves Monette « Belgique, où vas-tu? » étudiait la monarchie belge et de tout ce qui l'entourait. Comme préambule, le livre mettait en exergue notre beau pays de cocagne en terre de mal gouvernance.

Il y a les partis démocratiques et ceux qui veulent en sortir pour éliminer les "vieilles casseroles" traînées par l'esprit démocratique pris parfois d'embonpoint. Une usure du pouvoir est naturelle.

55600ebfdebe3efd8d354ff62b4dc42b.jpgDans les dernières élections, les « affaires de Charleroi » ont été décisives dans les décisions des électeurs. Le parti socialiste en a fait les frais. Les difficultés pour vivre ensemble, pour gérer la chose publique et pour l'organiser sont les points de complexités à analyser. Démissions et gestes forts ont été les possologies pour appaiser les esprits.ac999c5e981c68967a6e4027be6e2362.jpg

La Belgique est complexe, c'est vrai mais les manières d'en sortir n'ont pas manqué d'être pointées ironiquement comme des "histoires belges".

Réformer et réactualiser, oui. Casser ce qui marche bien, non.

Le découpage de notre pays de manière artificielle pour suivre les envies de ségrégationnisme de quelques uns, parallèles à une majorité silencieuse, est suicidaire. La complexité ne se règle pas à coup de bistouris mais à l'amiable avec le plus grand nombre.

Fédéral, régions, communautés... quelles différences mériteraient-elles une gestion séparée? Duplication des administrations et des fonctions vitales comme la santé, l'agriculture, le commerce extérieur apporte-t-elle le bien être pour tous? Notre image de marque de la "Ca, c'est du belge" encore fraîche, et voilà celles de Flandre et de Wallonie qui viennent à la rescousse à contre courant en sous-marque.

Complexité insurmontable ou simplement complexifiée?

Nos institutions sont construites avec un bonne dose de compromis avec des réformes digérées vaille que vaille. La population le plus souvent débonnaire et bonne vivante, ne s'y retrouve plus toujours dans notre pays avec les échos qui viennent d'en haut et subit des réorganisations structurelles à divers niveaux. Est-ce par compassion ou par passion? Notre devise "L'union fait la la force", le ferait-elle moins aujourd'hui?

"Ensemble, ensemble, même s